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Stenka Penser avec les mains

De
75 pages
Ce peintre-poète est à la fois Druze et Akyé, mais aussi ouvert aux souffles divers et vivifiants des cultures ivoirienne, française et mondiale, toutes choses qui consacrent et justifient l'enracinement et l'universalité de son œuvre. Stenka rompt avec la symétrie; il a le don de la voyance; il aspire à élever son âme jusqu'au cœur de cet univers éthéré où règnent l'harmonie et la paix, tandis que ce monde ne lui offre que miasme et ennui… Ce ouvrage révèle dans sa dimension totale un peintre véritablement habité.
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STEN KA
Penser avec les mains

Marie-José Hourantier

STENKA
Penser avec les mains

Préface de Bottey Zadi Zaourou

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Kossuth

Hongrie

Kônyvesbolt L. u. 14-16 1053 Budapest

L'Harmattan Italia Via Deg1i Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

@ L'Harmattan, 2004 ISBN: 2-7475-6994-2 EAN: 9782747569941

Préface

« Penser avec les mains ». Avec ce titre, MarieJosé Hourantier donne le ton de l'œuvre dès les premiers signes. Simple métaphore verbale assurant l'identification de la main au cerveau ou alors catachrèse en trompe-l'œil démultipliant les capacités merveilleuses de ce chefd'œuvre qu'est la main? Peu importe, puisque ces propos nous conduisent à la même vérité. Stenka est un poète, un grand poète. Pourquoi lors nous parlerait-on de « penser» au lieu de « sentir» ou d' «émouvoir »avec les mains? Je me souviens. Lorsqu'en 1979, Marie-José Hourantier et Werewere Liking firent irruption dans le ciel de l' Art dramatique ivoirien et y plantèrent l'étoile rouge du « théâtre rituel », je me souviens que c'était à bord d'une mystérieuse fusée baptisée « Les mains veulent dire ». De la poésie. Oui, de la poésie jusqu'aux confins du surréel. l'expulse donc ce verbe penser qui pourrait faire croire que Stenka est un poète du signifié alors que toute son œuvre- et l'auteur le démontre avec brio- est une liturgie de l'insolite, une constante pression sur le réel pour qu'il s'ouvre comme ce ciel adiaffien et laisse passer le rêveur ailé en route «vers des horizons mystérieux », vers cet « univers d'initiés où il retrouvera la paix et le sourire », cette précieuse harmonie que célèbrent depuis toujours les poètes du monde entier. Mais... prenons garde. Marie-José Hourantier n'a pas si tort que cela. D'ailleurs, avait-on jamais dit qu'elle a tort? Ah que non! Stenka nous engage en effet sur les sentiers d'une poétique bien à lui que son exégète expose avec talent et sans en oublier les fondements.

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« Stenka aime faire la distinction entre l'artisan qui sait où il va et l'artiste à l' œuvre unique, guidé par une main invisible, préoccupé par la signification intérieure des choses ». Et l'auteur d'ajouter: «Rien n'est calculé... ». Naturellement! Et c'est du reste pourquoi nous boudions le syntagme verbo-nominal «penser avec les mains». Philosophie du poétique? Oui, peut-être; mais tenons-nous-en au seul concept de «poétique» qui, pour être embarrassé de radicelles et d'ornements philosophiques, n'en demeure pas moins essentiellement une réponse au «comment» et accessoirement, au « pourquoi» du Beau poétique. Il est vrai que lorsqu'il parle de la mort comme d' «une délivrance» ou qu'il prêche une certaine théorie de la réincarnation, qu'il proclame aussi que « la mort est une clef qui vous ouvre les portes de l'espérance, vous offre une vie supérieure à celle que vous menez... », Stenka donne à son œuvre une assise spirituelle qui se confirme par le statut que luimême se définit: «un magicien habilité à communiquer avec le surnaturel» et qui n'est en définitive rien moins qu'un médium, un pont entre notre monde et l'univers parallèle des Forces et des âmes des initiés défunts. Toute sa poétique trouve sa logique et son équilibre sur ce socle mystique. Mais là n'est pas son seul fondement. Comme toute poétique individuelle, celle de Stenka prend racine dans les cultures qui l'ont accomplie et qui demeurent, consciemment ou inconsciemment, la source qui l'inspire. De ce passé druze dont Hourantier souligne avec raison la propension au syncrétisme, il tient sûrement ce goût de l'éclectisme. De ses origines akyé lui vient peut-être aussi cette tendance à se replier sur luimême, à l'image des maîtres de l'agnanda nù (1) si « soucieux de leur indépendance et de leur supériorité ». Ceux-ci l'ont donc nourri de leur mysticisme ismaélo6

fatimides; ceux-là l'ont élevé au milieu des mythes nègres qui démolissent toute frontière entre les êtres, les phénomènes et les choses et ouvrent au poète les portes du sanctuaire. Dès lors quoi d'étonnant que Stenka nous étonne par ces paroles didigaesques que note M.J.Hourantier dans le paragraphe de l'orphelin: «je portais ma mère sur le dos / Et mon père trottait contre mes jambes ». Entendons par là «je suis d'avant père et mère / Alors je me suis inventé un père et une mère / Le premier somnolant sur mon dos / Et le second trottinant à mes côtés». Les bases étant ainsi définies, précisons avec l'auteur les principaux repères de cette poétique. Pour comprendre et admettre la pertinence de ce concept de poétique dont nous usons ici en extension de sens délibérée, il suffit d'interroger en initié les six paragraphes que M.J .Hourantier regroupe sous le titre de « poéticité de la technique». Avec Stenka, c'est véritablement dans la préparation technique de la toile que naît la poéticité que les éléments figuratifs, abstraits ou symboliques accompliront en un tableau vivant et fascinant: le poème improférable mais qui célèbre avec sa parole muette, la liturgie éternelle du Beau. « Il ne pense pas la toile, c'est la toile qui le pense », dit l'auteur. Ce n'est pas simple anthropomorphisme langagier. Le poète, ce n'est peut-être pas Stenka mais la toile vers qui convergent Forces et Souffles surgis du monde parallèle où règne, solaire et lunaire, la déesse Beauté que célébra aussi un Baudelaire. L'artiste a un troisième œil et même une oreille troisième puisque le simple « mur peint et dégradé par le temps» lui révèle des silhouettes (fantômes et ombres au sens africain du terme), la trace des Invisibles qui habiteront demain le tableau et le feront vivre en tant que poème liturgique. Comme on le voit, la technique seule ne suffit pas. Quelque magique qu'elle soit, elle n'est que l'amorce d'un 7