Théâtres en écritures

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Dossier, correspondances et cahier critique de l'actualité africaine.
Publié le : mardi 1 septembre 1998
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EAN13 : 9782296364035
Nombre de pages : 128
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Dossier en écritures

Un dossier réalisé par Sylvie Chalaye

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Une mangrove francophone enracinée en Limousin 5 Sylvie Chalaye Fête de la différence pour un croyant du festival: Sony Labou Tansi 7 Entretien avec Monique Blin 8 Un village planétaire sous chapiteau 14 Annie Rambion Identité subie ou identité choisie? 17 ateliers d'écriture avec Kojfi Kwahulé Mémoire sur scène 19 Caya Makhélé Un « cul noir)} en potée 24 Koulsy Lamko Les histoires du festival: entretien avec Nadine Chausse 25 L'éditeur des cheminsde traverse: entretienavec lL. Escarfail 30 FIFL 1 33 Koulsy Lamko, Alfred Dogbé, Liazéré La parole restituée 36 Catherine Pont-Humbert FIFL 2 40 Alfred Dogbé, Liazéré, Koulsy Lamko Festivalier fidèle, passionément éditeur: entretien avec E. Lansman...42 Lajeune fille au gousset 46 Kojfi Kwahulé Un festival à contre-courant: entretien avec Robert Abirached 50 Saint Sassine; de la marginalité à Limoges 53 Boniface Mongo-Mboussa Les spectacles africains de cette 15ème édition du festival 56 Sylvie Chalaye

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Hexagone Coupe du monde: le cadeau de la bande à Zizou Fayçal Chehat 58

Cahier critique Théâtres en Avignon Entretien avec Greg Gennain 60 Les Déconnards, de Koffi Kwahulé 63 Cahier d'un retour au pays natal, d'Aimé Césaire 65 D'Chimbo, la dernière surprise de l'amour, d'Elie Stephenson 66 L'esclave et le molosse, d'après Patrick Chamoiseau 67 Entretien avec Greg ..Gennain 68 Mme Huguette et les Français de souche, de Julius Amédée Laou 70 Khamosu, de Tatjana T'felt et Richard Mayoute 71 Orphée noir, d'après Léopold Sédar Senghor. 72 Entretien avec Moïse Touré 73 Les porteurs d'eau, par le Théâtre Talipot 76 Pawol Ti-Moun, de Mariann Mathéus 78 Inventaire d'une mélancolie, d'après Patrick Chamoiseau 78 L'oiseau vert, de Carlo Gozzi 80 Sylvie Chalaye
Littérature/édition L'enfer à Madagascar Entretien avec Michèle Rakotoson Taina Tervonen Nouveautés du livre Fayçal Chehat, Boniface Mongo-Mboussa 81 83 86

Cinéma Djibril Diop Mambety, l'unique Cannes 98: l'exclusion? La Vie sur Terre, d'Abderrahmane Sissako Entretien avec Abderrahmane Sissako Les convergences de Racines noires Le cri des cinémas arabes Olivier Bar/et Expositions ADEIAO et Sidiki Traoré Jacques Binet Actualité du disque Luigi Elongui
Couverture: La Fable du Cloître, de Caya Makhélé, mise en scène Patrick Mohr, par le Théâtre Spirale (Suisse) «:;)Alain Chambaretaud

92 96 98 99 101 l03 Arts plastiques 105 Musique/disques 107

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Editorial
Ecrire son
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Peinture rupestre Afrique du Sud -+-

harmonie
« Pour moi, écrire, c'est construire un monde, plutôt reconstruire un monde, du moins me reconstruire un monde oùje me situe, essayer de rétablir là une autre harmonie. » Tchikaya U Tam'si
Entretien avec Honorat de Yegagne, in Ivoire Soir, 21.07.87

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Place au théâtre! L'ironie d'une revue culturelle est de prétendre saisir des spectacles vivants par des mots, lesquels «même nombreux, ne remplissent pas un panier », comme le dit un proverbe yoruba. Pourtant, parole en action, le théâtre passe par le texte. Rendre hommage aux quinze ans de festival à Limoges revient à saluer la liberté laissée aux auteurs et le soutien de leur écriture, l'accueil et le respect de la création littéraire. Cet hommage s'inscrit dans les partenariats développés avec des festivals qui nous semblent faire véritablement avancer la connaissance des cultures africaines. Nous ouvrirons le mois prochain nos colonnes aux écrivains africains en partenariat avec le festival Fest' Africa de Lille puis reprendrons ensuite notre approche transversale.

Comme toutes les expressions culturelles, le théâtre africain explose en tous sens. De nouveaux noms s'imposent, le rejet du didactisme ouvre les horizons de l' intimité, de la dérision, de l'inquiétude et du doute, des mises en scènes laissent davantage aux acteurs leurs corps et leurs voix, jouant de subtilité avec les mouvements de groupes qui l'ont si longtemps caractérisé, l'engagement dans la cité reste fenne mais se fait un cri personnel pour une autre hannonie du monde... Nous aurons atteint notre objectif si cette ballade en spectacle vivant vous donne l'envie de découvrir, connaître, approfondir. Africultures rend systématiquement compte des théâtres contemporains de culture africaine. Et cela grâce au travail de founni de Sylvie Chalaye qui a réalisé ce dossier, ainsi 3

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que le coup de chapeau à l'initiative de Greg Germain en Avignon. Notons qu'elle publie ce mois-ci un ouvrage magistral dans la collection Images plurielles à L'Harmattan: Du Noir au nègre: l'image du Noir au théâtre (15501960), passionnant et important voyage à travers les personnages noirs de tout le théâtre français. La revue Africultures, en collaboration avec les Editions L'Har-

mattan, se donne les moyens d'être l'outil indépendant et complet au service des cultures africaines qu'elle prétend devenir: 128 pages sans augmentation de prix, et un site internet d'envergure en préparation. Merci à tous ceux qui, chaque jour plus nombreux, nous accompagnent dans cette démarche.
Olivier Barlet

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Rédaction décentralisée: Les Pilles F - 26110 Nyons Tel: ++33 (0)4 75277480 Fax: ++33 (0)4 75 27 75 75 E-mail: barIet@hol.fr Directeur de la publication: Fayçal Chehat Responsable de la rédaction: Olivier BarIet Comité de rédaction: Arts plastiques: Jacques Binet Théâtre: Sylvie Chalaye Cinéma: Olivier BarIet Hexagone: Soeuf Elbadawi Musique/danse: Luigi Elongui Littérature/édition: Fayçal Chehat, Taina Tervonen et Boniface Mongo-Mboussa Publicité: Laure Dosseh Tél/fax: 01 4021 05 83 ISSN: 1276-2458 4

Rédacteurs associés: Abidjan: Tanella Boni, Jean-Servais Bakyono Dakar: Baba Diop Niamey: Alfred Dogbé Alger: Fadela Mezani Madrid: Landry-Wilfrid Miampika New-York: Luc Deschamps Diffusion: Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique F -75005 Paris Amériques : L'Harmattan inc., 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y lK9 Abonnements: voir dernière page. Vente au numéro: en librairies ou à L'Harmattan (+ 8 F port). Tous droits de reproduction réservés, sauf autorisation préalable. nOlO - ISBN: 2-7384-6639-7

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dossier: Théâtres en écritures
Introduction

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Une mangrove francophone enracinée en Limousin
par Sylvie Chalaye
Installé depuis sa création, en 1984, dans le verdoyant bassin du Limousin, le Festival International des Francophonies est une vraie pépinière de talents. Monique Blin, la jardinière de cette serre francophone qui, au moment du festival, prend la forme d'un vaste chapiteau, cultive avec passion les essences rares venues de tous les pays, créant les conditions favorables à la germination dans la Maison des auteurs qui fête ses 10 ans, provoquant avec malice les rencontres, les croisements, les hybridations dont naîtront parfois de magnifiques projets. Mais bien que francophones, les plantations du festival n'ont rien d'un jardin à la française. Hétéroclite, disparate et changeant, le festival refuse les sentiers battus. Ainsi, loin des feux de la rampe où les papillons brûlent leurs ailes, poussent de drôles de spécimens, fleurs sauvages parfois, mais qui

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s'épanouissent et prennent de l'étoffe, et dont les noms d'abord jugés imprononçables finissent par résonner avec éclats: Tchicaya U'Tamsi, Jean-Luc Raharimanana, Gerty Dambury, Bernard Zadi Zaourou, Michèle Rakotoson, Sliman Benaïssa, Williams Sassine, M'hamed Benguettaf, Sony Labou Tansi, Abdourahman Wabéri, Emmanuel Boundzeki Dongala, Koulsy Lamko, Boubacar Boris Diop, Kossi Efoui, Tanella Boni... Le destin jaloux en a fauché quelques- unes prématurément, mais leur sève de mangrove continue de nourrir le terreau des francophonies et voilà bientôt 15 ans que prospère cette forêt dense de talents. C'est pourquoi loin de faire un panégyrique ou une rétrospective des spectacles passés, nous avons préféré fêter l'anniversaire de cette 15e édition en offrant au Festival et à ses spectateurs un vrai bouquet de 5

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ceux qui font et ont fait le festival, où les essences limousines se mêlent à celles des tropiques. Articles, entretiens, poèmes, fictions, nouvelles, anecdotes, témoignages, souvenirs, cartes postales... Des auteurs africains qui ont résidé à Limoges aux organisateurs qui travaillent toute l'année sur le terrain, en passant par les spectateurs aguerris ou le jeune public néophyte, sans oublier les artistes, les éditeurs-partenaires, les journalistes, les enseignants et même les cafetiers passionnés de littérature,

ce bouquet se veut le reflet en coulisses de cette fête des théâtres et des écritures contemporaines francophones de tous horizons qu'est devenu le Festival, espace d'écoute, d'échange et de rencontres artistiques internationales. Bouquet qui célèbre aussi bien sûr les amours africaines d'une région qui s'est mise sous le signe du zèbre pour mieux en prendre de toutes les couleurs dans les yeux et les oreilles comme le dit avec humour l'affiche de cette quinzième édition. 0

La Maison des Auteurs

10ans: 69 auteurs en résidence
Kangni Alemdjrodo (Togo) ; Michelle Allen (Québec); Camille Adébah Amouro (Bénin) ; François Archambault (Québec) , Maurice Bandaman (Côte d'Ivoire) ; Kiridi Bangoura (Guinée); Sylvain Bemba (Congo); Slimane Benaïssa (AlgérieFrance); M'Hamed Benguettaf (Algérie) ; Bodi Bunch Bodelin (Togo) ; Tanella Boni (Côte d'Ivoire); Michel Marc Bouchard (Québec); Ken BuguJ (Bénin); JeanFrançois Caron (Québec); Florent CouaoZotti (Bénin); Jean-Marc Dalpé (CanadaOntario); Gerty Darnbury (Guadeloupe); Luc Delisse (Belgique); Moussa Diagana (Mauritanie); Ousmane Moussa Diagana (Mauritanie); Gaoussou Diawara (Mali); Boubacar Boris Diop (Sénégal); Nocky Djedanoum (Tchad-France); Abdelkader Djemai (Algérie-France); Alfred Dogbé (Niger); Emmanuel Boundzeki Dongala (Congo); Yoshua Kossi Efoui (TogoFrance); Idris Youssouf Elmi (Djibouti); Paul Edmond (Belgique); Abia Farhoud (Liban-Québec) ; Mercedes Fouda (Cameroun) ; Emmanuel Genvrin (Réunion) ; Etienne Goyémidé (Centrafrique); Ansomwin Ignace Hien (Burkina Faso) ; David Jaomanoro (Madagascar); Ahmed Kalouaz (AlgérieFrance); Jean-Robert Kasélé (Zaïre); Hélène Kaziendé (Niger); Moussa Konaté (Mali); Koffi Kwahulé (Côte d'IvoireFrance); Sony Labou Tansi (Congo); Koulsy Lamko (Tchad-Burkina Faso); Kouaho Adjoba Liazéré (Côte d'Ivoire); Abderrharnane Lounes (Algérie); Tomasz Lubienski (Pologne); Auguste Makaya (Congo-Gabon) ; Robert Marinier (CanadaOntario); Marie-France Marsot (Québec) ; Guy Menga (Congo); Wajdi Mouawad (Liban-Québec); Pius Nkasharna Ngandu (Zaïre-France); Dominique Ngoie-NgalJa (Congo), Michel Ouellette (CanadaOntario); Laurent Owondo (Gabon); Frédéric Pambou (Congo) ; Dominick Parenteau-Lebeuf (Québec); José Pliya (Bénin-Cameroun) ; Charlotte Arrisoa Rafenomanjato (Madagascar) ; Jean-Luc Raharimanana (Madagascar-France) ; Michèle Rakotoson (Madagascar-France) ; Pierre-Louis Rivière (Réunion); Francine Ruelle (Québec) ; Williams Sassine (Guinée) ; Kitia Touré (Côte d'Ivoire) ; Lise Vaillancourt (Québec) , Anita Van Belle (Belgique) ; Abdourahman Wabéri (Djibouti-France) ; Gao Xingjian (Chine-France); Bernard Zadi Zaourou (Côte d'Ivoire).

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Fête de la différence pour un croyant du festival. Sony Labou Tansi
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Il y en a qui disent c'est un habitué, il y en a qui disent c'est un fidèle. Moi je dis plutôt que je suis un croyant du Festival, simplement parce je suis allé à plusieurs rencontres culturelles; et le défaut de ces rencontres-là, c'est qu'on passe, on ne se voit pas, et souvent d'ailleurs on ne voit rien. Mais Je crois qu'à Limoges, et c'est ça qui est bien, d'abord on rencontre des gens du Limousin, parce qu'on est reçu dans des familles et on a des amis. Ensuite dans l'esprit. Les Européens (je le dis sans méchanceté) ont l'impression qu'ils sont seuls au monde. D'un endroit comme Paris, c'est difficile de le leur dire. A Londres ou même New York, on ne peut rien leur dire parce qu'il y a

quand même la présence un peu trop pesante de l'argent dans tous les discours et toutes les rencontres. Mais ici, à Limoges, on peut arriver à dire aux Européens qu'ils ne sont pas seuls au monde et qu'ils y a d'autres hommes. Ici nous appelons ça la fête de la différence et c'est le problème fondamental je crois, c'est d'arriver à reconnaître qu'on n'est pas les mêmes, et c'est bien qu'on soit différents. Arriver à accepter cette difSony Laboll Tansi. DR férence et à la vivre entièrement, c'est ça qui est la chose intéressante.
Propos recueillis par Annie Rambion Octobre 1989, 6e édition du festival

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Un zèbre qui tricote toute l'année:
entretien avec Monique Blin
qu'on a fait découvrir de nombreux auteurs et metteurs en scène, et surtout qu'il y a désormais une forte demande du public.

Après avoir travaillé plusieurs années au théâtre des Amandiers à Nanterre, où se trouvait Patrice Chéreau, Monique Blin démissionne et vient à Limoges créer le Festival. Pierre Debauche y dirige alors le Centre dramatique. Il le quitte quelques temps plus tard pour partir à Rennes. Fidèle à ses engagements, Monique Blin restera, portant à bout de bras un Festival qui aujourd'hui lui doit beaucoup.

S'agit-il du public du Limousin? En priorité oui, mais on fait aussi en sorte que le public national et international soit concerné par toutes ces oeuvres. Il est par ailleurs essentiel de tisser des réseaux. Car parachuter un festival pendant quinze jours, puis refermer la porte et attendre l'année suivante ne rime à rien. L'important est de travailler toute l'année avec ce public en déComment s'est faite la naissance centralisant les choses dans toutes de cefestival? les communes du Limousin intéresL'idée était d'inventer un événe- sées par le festival, une trentaine ment international où la langue environ; et d'avoir entre deux festifrançaise soit le lieu de rencontre, vals des échanges avec les bibliode partage. Un tel festival permetthèques, les assotrait de donner au ciations, les enseipublic des textes gnants, les jeunes. « IlY a désormais une et des réalisations La nouvelle étape venant de l'un des forte demande du est d'inventer des quarante-six pays événements avec public. }) francophones de des partenaires du l'époque, puisque Limousin. aujourd'hui il y en a, je crois, cinquante-deux. Il Le Festival est-il arrivé à Limoges s'agissait de donner au public une par hasard? sensibilisation à toutes ces cultures. Non, c'est Jean-Marie Serreau qui Ce pari de créer ce festival en Li- avait émis l'idée d'un festival avec mousin, je crois, a été gagné des artistes des différents pays puisque voici la quinzième année et d'Afrique francophone. Et puis 8

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Jean-Marie est décédé, mais l'idée est restée sur la table. Ensuite, quand Pierre Debauche est arrivé à Limoges comme directeur du Centre Dramatique G'étais à Nanterre à I' époque), il a dit: « Et si on faisait ce festival à Limoges?» Quoi qu'il en soit, la volonté était de le faire en région et non à Paris. Les choses ont-elles étéfaciles? Elles ont été lentes. Car lorsqu'on arrive avec de nouvelles idées, il fàut convaincre les collectivités locales d'être parties prenantes. Le premier partenaire a été le Conseil Général de la Haute- Vienne, ensuite ont suivi le Conseil régional du Limousin et la Ville de Limoges. Peut-on dire qu'à l'époque il y avait une nécessité de ce festival dans la région? Non, c'est une volonté de professionnels dont l'intérêt a été reconnu après coup. Aujourd'hui, il n'est donc plus nécessaire de convaincre vos partenaires. Si, parce que chaque année on re-

part

à zéro; on doit monter des

dossiers, voir les tutelles, que ce soient les ministères ou les collectivités territoriales pour leur expliquer nos projets. Du côté des minis-

tères, les subventions sont souvent
données aux projets et non à l'activité en général. Nous, nous souhaiterions avoir une convention triennale qui nous permette de dégager du temps pour travailler sur le

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du 24 septembre au 4 octobre 1998

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rendez-vous

contenu et avec les publics. C'est assez usant de passer des heures, des jours, des semaines à monter ces multiples dossiers alors qu'au bout de quinze ans on a prouvé que 9

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maintenant c'était un festival répondait à un besoin.

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On a tendance à dire que, finalement, dans le Festival des Francophonies, l'Afrique est très représentée. Pour certains elle le serait trop... La musique africaine est très connue, mais en 1984 le théâtre africain ne l'était pas. Les médias

ont toujours présenté l'Afrique sous des aspects négatifs, dramatiques alors qu'il y a des richesses intellectuelles à faire connaître. Il y a donc eu effectivement dès le départ une volonté de donner une priorité aux créateurs africains afin qu'ils disposent d'un plateau où ils puissent trouver une reconnaissance. Car un auteur ne peut pas être connu, si son texte n'est ni joué ni publié. Et étant donné qu'en Afrique il n'y a pratiquement pas de maisons d'édition s'intéressant au théâtre, il a encore moins de chance d'être reconnu. Je crois que le Festival, à ce propos, a contribué à faire découvrir et reconnaître de nombreux auteurs grâce notamment à sa Maison des Auteurs qui leur offrent pendant trois mois des conditions de travail dignes de leur activité. Comment est née l'idee de la Maison des Auteurs? Encore une fois du désir de faire exister le Festival

Koulsy Lamko et Koffi Kwahulé.

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du désir de faire exister le Festival alors rencontré un graphiste, et après discussion, on est tombés sur en dehors de la période d'intensité. Car l'auteur ne vit pas comme un le zèbre qui incarne la liberté; c'est moine dans sa cellule. Il est mêlé à aussi le noir et le blanc, un mélange la vie régionale à travers des lec- de couleurs comme de cultures. tures, des rencontres avec les pu- Quant aux quatre têtes, c'est pour blics dont les enseignants... Je crois lui donner un peu d'humour. Et que ces rencontres nourrissent les désormais quand on dit Zèbre, on auteurs puisqu'elles leur permettent pense immédiatement au Festival de confronter aux autres le texte en des Francophonies. Et comme le train de s'écrire. Beauc! 1]- disait Williams Sassine, lorsqu'on teurs m'ont d'ailleurs mé regarde le logo, on ne sait pas s'il cela. En outre, venant d'horizons commence par le noir ou par le divers (Afrique francophone, Ca- blanc... nada, Belgique...), ils trouvent là l'occasion de croisements intéres- Les grands festivals ont en général sants. Ce qui évite à la Maison un festival off. Pensez-vous qu'il y a la place d'un off à d'être un Limoges? ghetto afriUn festival off a besoin cain. En tous « Williams Sassine di- de lieux. Contrairement cas, j'essaie sait que lorsqu'on reà Avignon où il yale aujourd'hui garde le zèbre, on ne soleil au mois de juillet de trouver un avec beaucoup de poséquilibre sait pas s'il comsibilités de lieux, à Lientre les mence par le noir ou moges il y a peu de continents. Je par le blanc. » lieux et peu de soleil en Joue en septembre-octobre. quelque sorte Nous préférons plutôt le jeu de l'internationalité que souligne le nom travailler avec des partenaires lomême du Festival, sans pour autant caux. Cette année un metteur en oublier la France puisque la France scène du Limousin montera le texte est aussi un pays francophone. d'un auteur venu en résidence et un groupe de musiciens du Sénégal va travailler avec un groupe de musiEt le fameux logo, les fameux ciens de Limoges. Je pense que de zèbres? On a fait appel, lors des premiers cette rencontre sortira certainement festivals, à des plasticiens qui nous quelque chose. C'est dans ce sens ont fait de très belles affiches mais que je vois la notion de off: favoriqui n'étaient pas représentatives du ser le terrain des rencontres. D'aufestival. Il faut un signe, c'est le tant plus qu'un off ne verrait que propre de la communication. On a des compagnies françaises, ce qui

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nous éloigne des objectifs du festival; même à Avignon, les troupes étrangères sont quasiment inexistantes dans le off. L'un des aspects sympathiques du festival, c'est le fameux chapiteau. C'est un lieu de fête pour que les artistes puissent se rencontrer. L'espace permet également au public de Limoges, même quand il n'est pas vraiment intéressé par la chose théâtrale, de prendre part à la fête.

crois savoir que la Chartreuse de Villeneuve-les-Avignon va bientôt se mettre aux lectures à domicile. Est-ce que vous voyez se dégager une certaine évolution du festival depuis 1984 ? Aujourd'hui, on commence à percevoir les :fruits de tout un travail souterrain; on voit des auteurs qui sont joués et édités ailleurs. Ma grande fierté est que Koulsy Lamko qui a été auteur à Limoges, va voir un de ses textes créé à Limoges par Paul Golub et dans le même temps à Montréal par Martin Faucher au Théâtre de la Licorne. C'est la première fois qu'un auteur africain va être présenté au public québecois.

Comment sefait le choix des musiciens qui animent le chapiteau? On travaille avec RFI qui programme un des lauréats des découvertes. Nous mêmes nous repérons faite cette d'autres groupes. Cette année on a Comment s'est trois groupes du Sénégal. Mais le rencontre? chapiteau, c'est Au Festival des Amériques où le aussi des débats, Centre des auteurs une librairie, des « Aujourd'hui, on comdramatiques avait lectures... mence à percevoir les invité Koffi Kwafruits de tout un travail hulé et Koulsy Le Festival Lamko pour deux semble en effet souterrain. » multiplier les leclectures de leurs tures. travaux. Le metAu début de son histoire il n'y avait teur en scène qui a fait la lecture du pas de lecture dans le Festival, il texte de Koulsy a décidé de le n'y avait que les spectacles. Mais créer. L'évolution de ce festival, dans le souci de créer d'autres c'est aussi tous les réseaux que cela moyens de faire connaître ces écri- tisse non seulement entre les autures, on s'est mis à en organiser un teurs, mais aussi avec les metteurs peu partout dans la ville: dans les en scène. cafés, les magasins, les librairies, les bibliothèques et même dans les Dans la programmation du Festifamilles comme le théâtre en appar- val, il y a trois spectacles africains tement. Et ça fait école puisque je cette année: la pièce de Koulsy 12

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