Tim Burton

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Issu d'un colloque, cet ouvrage rassemble des réflexions sur les relations entre enfance et horreur dans l'œuvre de Tim Burton. Il vise à renouveler, sous cet intitulé paradoxal, les études déjà parues sur ce cinéaste charismatique, en proposant trois grandes lignes de force (Tim Burton et les arts, Autour des origines…, L'image de l'Artiste).
Publié le : lundi 15 février 2016
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EAN13 : 9782140002311
Nombre de pages : 216
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Tim Burton Horreurs Enfantines
Sous la direction de MélanieBOISSONNEAU, BéréniceBONHOMME etAdrienneBOUTANG
Tim Burton Horreurs Enfantines
Champs visuels Collection dirigée par Pierre-Jean BENGHOZI, Raphaëlle MOINE, Bruno PÉQUIGNOTet Guillaume SOULEZ Une collection d'ouvrages qui traitent de façon interdisciplinaire des images, peinture, photographie, B.D., télévision, cinéma (acteurs, auteurs, marché, metteurs en scène, thèmes, techniques, publics etc.). Cette collection est ouverte à toutes les démarches théoriques et méthodologiques appliquées aux questions spécifiques des usages esthétiques et sociaux des techniques de l'image fixe ou animée, sans craindre la confrontation des idées, mais aussi sans dogmatisme. Dernières parutions Marion POIRSON-DECHONNE,Entre spiritualité et laïcité, La tentation iconoclaste du cinéma, 2016. Alain DELIGNE,Charger, L’idée de poids dans la caricature, 2015. Laurent JULLIER (dir.),Les films à voir cette semaine, stratégies de la critique de cinéma, 2015. Chih-Wei LIN,Les images qui se suivent, 2015. Christophe TRIOLLET,Le contrôle cinématographique en France. Quand le sexe, la violence, et la religion font débat,2015. PhilippeDE VITA,Jean Renoir Épistolier, Fragments autobiographiques d’un honnête homme,2015. Karl DERISSON,Blanche Neige et les sept nains, la création du chef-d’œuvre de Walt Disney,2014. Florent BARRÈRE,Une espèce animale à l’épreuve de l’image. Essai sur le calmar géant. Seconde édition revue et augmentée, 2014. Noël BURCH,Kast Écrits 1945-1983. Suivi de Amende honorable Pierre , 2014. Anne GILLAIN,François Truffaut. Le secret perdu, 2014. Daniel Weyl,: procès de Jeanne d’Arc. De la plumeRobert Bresson médiévale au cinématographe, 2014. Giusy PISANO(dir.),L’archive-forme : Créations, Mémoire, Histoire, 2014. Isabelle PRAT-STEFFEN,: figures du vide et duLe cinéma d’Isabel Coixet silence, 2013. Aurélie BLOTet Alexis PICHARD(coord.),Les séries américaines. La société réinventée, 2013. Jim LAPIN,La régulation de la télévision hertzienne dans les départements d’outre-mer,2013. Éric COSTEIX,Alain Resnais. La mémoire de l’éternité, 2013.
Sous la direction de Mélanie BOISSONNEAU, Bérénice BONHOMMEet Adrienne BOUTANGTim Burton Horreurs Enfantines
Avec l’aide de l’IRCAV Institut de Recherche sur le Cinéma et l’Audiovisuel
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08424-4 EAN : 9782343084244
Remerciements  Nous souhaitons remercier les partenaires institutionnels qui ont contribué par leur aide financière et logistique à l’organisation du col-loqueTim Burton Horreurs enfantines, l’Université Paris Sorbonne Nouvelle, la Cinémathèque Française et L’IRCAV.  Nous remercions pour l’aide apportée à la publication de ce livre l’IRCAV ainsi que la collection champs visuels de l’Harmattan.  Nous voulons remercier Bernard Benoliel, Jean-Pierre Bertin-Maghit, Nathalie Bourgeois, Laurent Creton, Éric Dufour, Vincent Deville, Laurent Jullier, Barbara Le Maître, Alison McMahan, Raphaëlle Moine, François Thomas et Serge Toubiana.  Notre gratitude va aussi à Danielle Pastor sans qui ce présent ouvrage n’aurait pas pu voir le jour.*
Préface
« ... Une dame m’a écrit une lettre sincère assurant qu’il ne convient pas d’enseigner les contes de fées aux enfants, même s’ils sont vrais. Il est cruel, dit-elle, de raconter des contes de fées aux enfants, parce qu’ils les effraient. [...]. Tous ces discours se basent sur un complet oubli de ce qu’est un enfant. Si l’on gardait les spectres et les lutins à l’écart des en-fants, ils les inventeraient tout seuls. Un jeune enfant dans le noir est ca-pable d’inventer plus d’enfers que Swedenborg. Un jeune enfant peut imaginer des monstres trop gros et trop noirs pour tenir dans une image, et leur donner des noms trop surnaturels et cacophoniques pour avoir été engendrés dans les hurlements d’un fou. L’enfant, tout d’abord, aime en général ce qui est horrible, et continue à se complaire à ce goût, même quand il n’en est rien. [...]. La peur ne naît pas des contes de fées : la peur 1 naît de l’univers de l’âme . » *  Difficile de parler de Tim Burton, l’enfant terrible de Calarts, sans évoquer le rapport du cinéaste à l’enfance. L’enfant se décline sous toutes ses formes dans ses films : enfants sages, enfants seuls, sales gosses, enfants enfermés dans un corps d’adulte… C’est le même Burton, qui, pourtant, a déclaré, non sans provocation : 2 Je ne connais pas d’enfants, je n’ai pas d’enfants , et je n’aime pas la phrase « garder son âme d’enfant », parce que ça fait attardé mental. Mais d’un autre côté on peut se demander : à quel moment se construit-on un 3 imaginaire ? Et à quel moment devient-on qui on est ?
1  Gilbert-Keith Chesterton, « L’Ange rouge » dansessaisLe Paradoxe ambulant. 59 choisis par Alberto Manguel, traduction Isabelle Reinharez, Arles, Actes Sud, « Le cabinet de lecture », 2004, p. 206-207. 2  Sa situation familiale a évolué depuis… 3  Mark Salisbury,Tim Burton. Entretiens avec Mark Salisbury, Préface de Johnny Depp, trad. Bernard Achour, Paris, Sonatine Éditions, 2009, p. 34.
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PRÉFACE
 L’époque actuelle, soucieuse de protéger une « enfance » souvent idéalisée, l’oppose vigoureusement à la violence et à l’horreur. Ils sont nombreux, les parents qui, emmenant innocemment leurs enfants voir l’exposition Tim Burton, ont dû les éloigner avec horreur de telle image jugée trop violente, avant de se plaindre du fait que « ce n’était pas pour les enfants ». À ces parents indignés, on pourrait rétorquer qu’ils ont dû mal voir les films de Burton, où le macabre envahit l’univers enfantin et en détourne les symboles mièvres avec la même jubilation que Jack éventrant les jouets de Noël ou Catwoman souillant les murs roses de sa bonbonnière. Mais ne convient-il pas de dépasser cette opposition, entre enfance et violence ? Nul besoin de lire Bettelheim pour savoir que le territoire supposément enfantin, celui des contes et des légendes, est lourd de symboles qui dépassent largement l’univers pastel auquel on a coutume de le réduire. Comme l’indique l’intitulé de ce recueil, qui fait suite à un colloque qui s’est tenu à la Cinémathèque Française, c’est donc sous le signe de l’évidence davantage que du paradoxe qu’il s’agit d’étudier l’association entre enfance et horreur dans (et autour de) l’œuvre de Tim Burton.  C’est bien cette manière d’accoler l’univers enfantin et l’horreur qui a valu au cinéaste de nombreuses frictions avec les comités de censure et autres associations familiales. Tim Burton n’idéalise pas l’enfance, qui est chez lui non seulement un creuset de possibilités, mais aussi le lieu de tous les traumatismes dans un monde fait de violence et d’agression. L’univers de ses premiers courts métrages,Vincent(1982) etFrankenweenie (1984), fut jugé insolite et dérangeant. Il en ira de même pour les films suivants,L’Étrange Noël de monsieur Jack,par exemple, qu’on déclarera trop effrayant pour les enfants. C’est que Burton s’insurge contre une vision fausse, édulcorée, de l’enfance, prenant en exemple ses propres souvenirs de jeune spectateur, peuplés de monstres de cinéma. C’est le rapport à l’enfance encore qui explique la prégnance des contes de fées venant nourrir la narration et l’esthétique des films de Burton, comme dansEdward aux mains d’argent, dont le récit est lancé par la question posée par une petite fille sur l’origine de la neige, dansBig Fish(2003) ou encoreAlice au pays des Merveilles(2009), des films commeBeetlejuice,Sleepy Hollow etLes Noces funèbresapparaissant aussi comme les héritiers du conte fantastique. Tim Burton puise dans l’imaginaire collectif, mêlant conte merveilleux et conte fantastique aux univers horrifiques de son enfance cinéphile. Cette association n’a rien d’étonnant pour quelqu’un qui avoue :
PRÉFACE
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Pour moi qui ne lisais jamais, ces films de monstres ont probablement 4 été mes contes de fées . Burton rappelle fréquemment que les contes sont durs et cruels et s’étonne de la perception du public et surtout des adultes : Pour la plupart des gens, « conte de fées » signifie « jolie histoire pour les 5 enfants », ce qui n’est pas du tout la réalité .  La plupart des films de Tim Burton entrent profondément en réso-nance avec les psychés enfantine et adolescente. Mais si la violence et la cruauté y apparaissent si précieuses, c’est qu’elles sont, chez Burton comme dans les contes dont il s’inspire, archétypales. Le conte associe imaginaire et violence à une grande puissance symbolique. Il est porteur d’une forme de vérité, se construit sur une affaire familiale et pose des questions complexes comme la construction de l’identité, la sexualité ou l’intégration à la communauté, et cela de manière simple. Tim Burton explique ainsi son choix de la forme du conte de fées dansEdward aux mains d’argent: J’ai toujours aimé les contes de fées qui offrent une image forte, graphi-quement audacieuse, absurde parfois, tout en exprimant un état psycho-logique. Dans ce cas précis, ce fut celui d’un personnage en conflit avec lui-même, qui voudrait toucher mais ne le peut pas, qui est à la fois créa-6 tif et destructeur .  C’est donc la part d’ombre de l’imaginaire enfantin, que ce recueil a pour objet d’interroger, à travers l’analyse de Tim Burton, de ses in-fluences et de ses références. Car l’œuvre de Burton oscille en perma-nence entre les deux pôles du fantastique, depuis l’enchantement jusqu’au cauchemar le plus inquiétant. Les articles réunis ici examinent les rapports entre enfance et horreur suivant deux modes principaux : la subversion et la conjuration. Conjuration d’abord : l’enfance, chez Bur-ton, n’est pas, loin de là, un univers apaisé, et la noirceur des œuvres fait écho à des inquiétudes fondamentales, réseau d’angoisses que la peur du noir et de l’obscurité reflète sans la résumer. Ainsi Florence Cheron revient-elle aux « sources » de l’univers burtonien, retraçant la genèse des traumatismes enfantins, de ces scènes d’ « anti bonheur » familial venues ensuite nourrir l’imagination grinçante du cinéaste. De même Vincent 4 Ibid., p. 33. 5 Ibid., p. 65. 6  Michel Ciment et Laurent Vachaud, « Vincent, Beetlejuice, Edward et les autres », dans Pierre Eisenreich (ed.),Tim Burton, Paris, Scope, « Positif », 2008, p. 10-11.
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