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Tout le théâtre comique provençal de Jean-Paul Marsal

De
286 pages

Le meilleur de l'humour contemporain méridional est dans cet ouvrage qui vous amusera pour le meilleur et pour le rire.

Vous savourerez le mariage du rire et de la spiritualité. Ce théâtre va emparadiser votre vie et ensoleiller votre esprit.

« Quel plaisir d'ouvrir ce livre qui devrait être remboursé à 100% par la Sécurité Sociale... L'art de Marsal est de conter toutes les aventures avec ironie : la galéjade pointe quasiment à chaque mot. Impossible de citer toutes les listes des jeux de mots galéjeurs où Marsal excelle... »

Extrait de la critique du livre par Mr Jean-Claude Roux, chef de rédaction de la revue n°180 « Li Nouvello de Provènço », 42 boulevard Sixte Isnard 84000 Avignon.


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Couverture

Image couverture

Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-92395-0

 

© Edilivre, 2015

Du même auteur

Du même auteur aux éditions Edilivre :

« Les prophéties du 5e évangile selon Frédéric Mistral »

« L’alchimie spirituelle dans l’œuvre de Frédéric Mistral »

« Séances de cinéma avec Frédéric Mistral »

« En Provence, le conte est bon de 7 secondes à 177 ans et les galets jadent »

*
*       *

L’illustration de la couverture,

« Éclat de vie »,

est une toile de l’Artiste Peintre

Nelly Martin-Jarrand

http://il-etait-une-foi.over-blog.com/

Lou marcat

À-n-Antibo, lou marcat isto sus lou cours Massena proche de la catedralo, de la coumuno e di bàrri que douminon la Mieterrano.

Ramoun lou masié, sa mouié Magali soun darrié soun banc emé si sèt enfant pèr vèndre fru e liéume. Séuvan, lou pescadou, arribo emé sa femo Mirèio e si cinq enfant pèr istala sa floto de pèis.

– Bonjour Ramoun, touques un pau la paleto !

– Adessias Séuvan ! coume sian ?

– Tras que bèn… e tu ?

– Se carrejan coume poudèn.

– As amena touto la chourmo ! Iéu tambèn… Zou ! Au tai ! ».

MIRÈIO : Alor Magali, as segui moun bon counsèu pèr lucha contro lou desvèi ?

MAGALI : O, siéu arribado de coumta fin-que 666.999.

MIRÈIO : As pouscu plega parpello ?

MAGALI : Noun, èro l’ouro… e me siéu levado dóu pèd garèu. Ai lou catarinoun.

MIRÈIO : Iéu, avans de parti, uno cliènto me telefouno. Voulié uno dougeno d’ùstri ni grosso, ni pichoto, ni vièio, ni duro e pas arenouso ! Ié responde : « Emé o sènso perlo ? ».

MAGALI : Es seguramen aquelo qu’a empega à l’interiour dóu refrigeradou uno foto de soun ome en maiot de ban dóu tèms de si fianço pèr qu’arresto de manja tout soun countengut…

MIRÈIO : N’ia de zozò ! Coume lou banquié… L’autre jour, ié demande l’ouro e me respond :

« Vue euro cinquanto ».

MAGALI : Aquelo empego !

LA NINÈIO : Sian galoi d’èstre’qui. Anan aprendre de laid mot quand nòsti gènt van veni verd.

RAMOUN À SÉUVAN : En Savoio, lis abalissèire an blouca li trin… Li vaco soun urouso : avien jamai vist li trin tant proche e tant de tèms ! Bramon : emé lou putan de TGV an tóuti lou torticòli ! ».

Le marché

À Antibes, le marché se situe sur le cours Masséna à côté de la cathédrale, de la mairie et des remparts qui dominent la Méditerranée.

Raymond le fermier, sa femme Magali sont derrière leur banc avec leurs sept enfants pour vendre fruits et légumes. Sylvain, le pêcheur, arrive avec Mireille et leurs cinq enfants pour installer leur banc de poissons :

– Bonjour Raymond, serre-moi la main !

– Adieu Sylvain ! Comment ça va ?

– Très bien… et toi ?

– On se porte comme on peut.

– Tu as amené toute l’équipe ! Moi aussi… Allez ! Au travail !

MIREILLE : Alors Magali, tu as suivi mon bon conseil pour lutter contre l’insomnie ?

MAGALI : Oui, je suis arrivée à compter jusqu’à 666999.

MIREILLE : Tu as pu dormir ?

MAGALI : Non, c’était l’heure… et je me suis levée du pied gauche. Je suis de mauvaise humeur.

MIREILLE : Moi, avant de partir, une cliente me téléphone. Elle voulait une douzaine d’huîtres ni grosses, ni petites, ni vieilles, ni dures et pas sableuses ! Je lui réponds : « avec ou sans perles ? ».

MAGALI : C’est sûrement celle qui a collé à l’intérieur du frigidaire une photo de son mari en maillot de bain du temps de leurs fiançailles pour qu’il arrête de manger tout son contenu.

MIREILLE : Il y en a des originaux ! Comme le banquier… L’autre jour, je lui demande l’heure et il me répond : « Huit euros cinquante ».

MAGALI : Elle est bien bonne celle-là !

LES ENFANTS (ENTRE EUX) : Nous sommes contents d’être ici. On va apprendre de nouveaux gros mots quand nos parents vont se mettre en colère…

RAYMOND À SYLVAIN : En Savoie, les éleveurs bloquent les trains… Ce sont les vaches qui sont heureuses : elles n’ont jamais vu les trains aussi près et aussi longtemps ! Ils se plaignent car depuis qu’il y a le TGV, elles ont toutes attrapé le torticolis !

 

 

SÉUVAN : Es chanudo aquelo… Tiers, lou restauradou m’a counta la dóu canibale que demando : « Un avoucat, uno religiouso, un souïsset mai saunant ! ».

RAMOUN : Germano dirié : oubra en estènt dins si bello, i’à rèn de meiour !

SÉUVAN : Es La Bruyère que diguè : Acò’s : ma maire m’a fa, acò crèmo au lume ?

RAMOUN : Es egau ! Zou !

Après uno ouro de travai tout es lèst.

Li dous coumpan soun à coustat pèr vèndre la mangiho.

MAGALI COUMENÇO : Sentès lis oulour de nòsti fru e liéume terradouren. Venon pas de l’estrangié.

UN OME DE DIRE : Avès de kiwi ?

MAGALI : Nàni ! Sian pas de kangourou ! Anas vous escoundre, ensuca !

L’ome s’esbandis sèns demanda soun rèsto.

RAMOUN : Calmo-te, sian de coumerçant. Fau pas reçaupre la clientèlo em’un fusiéu.

MAGALI : Coumerçant, o, mai ni sourd nimai mut. Mai mounte sian ?

MIRÈIO :Ramoun a resoun… Resto siavo.

MAGALI : Res vòu croumpa !

MIRÈIO : Segur que se li mandes au diable, van rèn t’acheta.

MAGALI : As resoun ! Vau miés faire sourti lou verbe en disènt la tiero de nòsti proudu. Zou ! Ramoun e la ninèio, cridas à vous faire peta li maisso ! Iéu pèr m’assoula vau vèire Flour…

LA NINÈIO : D’acord, ma ! A nautre de rampela. Bòni gènt, espinchas l’ourtoulaio, se fai pas crida : Vènon tout-bèu-just d’èstre culi ! Cachofle ! Alucas aquésti paquet de rais-fort !

UNO CLIÈNTO : Nàni, pas pèr vuei !

 

 

RAYMOND À SYLVAIN : En Savoie, les éleveurs bloquent les trains… Ce sont les vaches qui sont heureuses : elles n’ont jamais vu les trains aussi près et aussi longtemps ! Ils se plaignent car depuis qu’il y a le TGV, elles ont toutes attrapé le torticolis !

SYLVAIN : Elle n’est pas mauvaise celle-là… Thierry, lerestaurateur, m’a raconté celle du cannibale qui demande : « Un avocat, une religieuse et un petit-suisse, mais le tout saignant ! ».

RAYMOND : Comme dirait Germaine, travailler dans la bonne humeur, il n’y a que ça de vrai !

SYLVAIN : C’est La Bruyère qui a dit cette lapalissade ?

RAYMOND : C’est égal ! Allez !

Après une heure de travail tout est prêt.

Les deux amis sont voisins pour vendre leurs produits.

MAGALI : Sentez les parfums de nos fruits et légumes. Ils ne viennent pas de l’étranger.

UN HOMME : Vous avez des kiwis ?

MAGALI : Non ! Nous ne sommes pas des kangourous !

MAGALI : Allez-vous en, ensuqué !

L’homme s’en va sans demander le reste.

RAYMOND : Calme-toi, nous sommes des commerçants, il ne faut pas recevoir la clientèle avec un fusil.

MAGALI : Commerçant oui ! Mais ni sourd ni muet. Mais où sommes-nous ?

MIREILLE : Raymond a raison… Reste calme.

MAGALI : Personne n’achète !

MIREILLE : C’est sûr que si tu les envoies au diable…

MAGALI : Tu as raison ! Il vaut mieux faire sortir le verbe avec la liste de nos produits. Allez ! Raymond et les enfants, criez à vous faire éclater les mâchoires ! Moi pour me calmer je vais voir Fleur…

LES ENFANTS : Bien, maman ! À nous de battre le rappel. Braves gens, admirez ces légumes, ils sont frais ! Artichauts ! Regardez ces radis !

UN CLIENT : Non, pas aujourd’hui !

 

 

LA NINÈIO : Zou ! Venès eici que vou serve ! Caulet-flori coucourdo, api, pòrri, navèu, pastenargo, merinjano, poumo d’amour. Soun en dounacioun. Queto chausido !

Quéti bèllis amelo, Ambricot. Masantas acò ! Rèn qu’en li vesèn, lou goust dóu sucre vous vèn à la bouco.

(Plan-plan, Magali rejoun lou banc de soun amigo.)

– Bonjour, Flour !

– Adessias Magali, dequé vos ?

– Fai-me senti uno flour remaiso – doulour. Me fan veni cabro.

FLOUR : Tè, sènt aquesto bello roso.

MAGALI : Hum ! Ié siéu ! Siéu dins mi bono… Gramaci !

FLOUR : Sabes que « Galo Bon tèms », l’ourtoulan a tres particuliero qu’an de noum de flour : Margarido, Roso, Jacinte.

MAGALI : O, se boufo un di pichot noum quouro fai peta la narro, sa femo qu’es jalouso de soun oumbro s’imagino que penso à soun obro. Pistachié !

FLOUR : Au fa, vènde li libre de classo de cinquenco de Titin ; soun quasimen nòu. Soun libret escoulàri n’en fai provo !

MAGALI : Tranquile coume uno gerlo d’òli !

Te gramacie Flour… Adessias !

(La masiero es aro emé Ferigoulo l’erbouristo.)

– Ai agu la maliço, dounas-me uno erbo pèr bèn digeri aquest vèspre.

– Tè ! De la sàuvi, em’acò vas digeri de roucas.

– Gramaci, Ferigoulo ! Que Diéu vous benesigue pèr aquéstis erbeto que soun doun de Diéu. Ai besoun d’un bon counsèu. Lou cat de la vesino gnaulo touto la niue…

FERIGOULO : Fau un meno-som.

MAGALI : Me mandas encò dóu farmacian !

FERIGOULO : Espèro ! Faras bèure l’endourmitòri dins uno tasso de la au cat…

MAGALI : Osco, Ferigoulo e à bèn lèu…

 

 

LES ENFANTS : Allez ! Venez ! Que je vous serve. Choux-fleurs, courges, céleris, poireaux, navets, carottes, aubergines, tomates, amandes, abricots. Soupesez ça ! Rien qu’en les voyant, le goût du sucre vous vient à la bouche.

(Pendant ce temps, Magali rejoint le banc de son amie.)

– Bonjour, Fleur !

– Adieu, Magali, que veux-tu ?

– Fais-moi sentir une fleur calmante. Ils me font devenir chèvre.

FLEUR : Tiens, cette belle rose.

MAGALI : Extra ! J’ai retrouvé ma bonne humeur. Merci.

FLEUR : Tu es au courant que « Bon Vivant » l’horticulteur a trois maîtresses qui portent des noms de fleur : Marguerite, Rose et Jacinthe.

MAGALI : Oui ! Comme ça, dans son sommeil, s’il prononce un de ces prénoms, sa femme qui est jalouse s’imagine qu’il pense à son travail. Ah ! Ces hommes !

FLEUR : Au fait, je vends les livres de classe de cinquième de Baptiste ; ils sont en bon état, ayant peu servi. Son livret scolaire en fait foi !

MAGALI : Tranquille comme Baptiste ! Il n’a pas dû leur faire mal… Je te remercie Fleur… Adieu.

(La fermière passe devant l’herboriste surnommé « Thym »)

MAGALI : Je me suis mise en colère, donnez-moi une herbe pour digérer ce soir.

THYM : De la sauge, avec ça tu vas digérer des rochers.

MAGALI : Merci, Thym ! Que Dieu vous bénisse pour ces herbes qui sont un don divin. J’ai un conseil à vous demander. Le chat de la voisine miaule toute la nuit…

THYM : Va chercher un soporifique.

MAGALI : Quoi ? Vous, l’herboriste, vous m’envoyez chez le pharmacien !

THYM : Attends ! Tu feras boire le soporifique dans une tasse de lait au chat…

 

 

(Aro es emé li poulet de Cesar)

– Oh, Cesar, ti poulet soun desflanca.

CESAR : Galejes, soun arriba de Bresse i’à un moumenet.

MAGALI : Alor soun vengu d’à pato ! Pito-sòu. (Rison)

(Vaqui li maiot)

MAGALI : Sus l’etiqueto dóu tricot legisse quaranto dóu cènt lano, cinquanto cinq dóu cènt coutoun. E li cinq dóu cènt restant ?

ADÈLO E AMELÌO : Es ço que restrechis au proumié lavage.

MAGALI ES ARO À SOUN BANC : Nòsti proudu reston pas de mes dins li frigò ! Sian pas d’assassin e d’empouisounaire. Pèr acò anas au manjo-lèu e super-marcat.

RAMOUN DE COUNTUNIA : Nosto deviso es li dous vers de Mistral dins Calendau !

« La terro maire, la naturo nourris toujour sa pourtaduro… »

N’i’a pèr se lipa li brego. Acò fai pas groussi. Es lou maumanja qu’adus de marrìdi graisso, la mangiho anglo-americano pèr èisemple.

(Séuvan, Mirèio e sis enfant soun pas de rèsto)

SÉUVAN : Avèn uno floto de pèis magnifico.

UNO CLIÈNTO : Voste pèis nous a fa ravage.

SÉUVAN : Alor acò, pecaire, es la pèco d’un limoun qu’a passa.

LA CLIÈNTO : Pensas que siéu jijelasso…

SÉUVAN : Lou cliènt a toujour resoun !

TOUTO LA FAMILO CRIDO : Aqui, sian pas de manjo-car ! Tout acò, vous fai pas lingueto ? Solo, loup, rouget qu’es la becasso de mar…, romb, daurado, vivo, toun muje, aurióu, tóuteno, ustri, clauvisso, oursin ! etc…

Zou ! Croumpas n’en tóuti !

Maugrat lis esfors di bramaire e bramarello, res croumpo.

Alor, Ramoun dis à Séuvan :

 

 

MAGALI : Bravo Thym ! À bientôt !

(Elle arrive devant le banc du marchand de poulets).

– César, tes poulets sont efflanqués.

CÉSAR : Tu plaisantes, des poulets de Bresse qui sont arrivés tard dans la soirée…

MAGALI : Alors, ils ont dû venir à pattes ! (Ils rient).

(Maintenant, elle est avec Adèle et Amélie, les marchandes de pulls.)

MAGALI : Sur l’étiquette du pull-over je lis : 40 % de laine, 55 % coton. À quoi correspondent les 5 % restants ?

ADÈLE ET AMÉLIE : C’est ce qui rétrécit au premier lavage…

MAGALI (REVENUE À SON BANC) : Nos produits ne restent pas des mois dans les frigidaires ! Nous ne sommes pas des assassins, des empoisonneurs. Pour cela, allez au fast-food et au supermarché…

RAYMOND : Notre devise ? Les deux vers de Frédéric Mistral dans Calendau !

« La terre mère, la nature Nourrit toujours sa portée… »

Regardez et léchez-vous les lèvres. Ça ne fait pas grossir. C’est la mauvaise nourriture qui apporte des graisses, le manger anglo-américain par exemple…

(Sylvain, Mireille et leurs enfants ne sont pas en reste)

SYLVAIN : Nous avons un banc de poissons magnifique.

UNE CLIENTE : Votre poisson nous a rendus malades.

SYLVAIN : Alors, ça, hélas, vous êtes tombé sur un citron pas frais !

LA CLIENTE : Vous pensez que je suis imbécile…

SYLVAIN : Le client a toujours raison !

TOUTE LA FAMILLE CRIE : Ici nous ne sommes pas des carnivores ! Tout ça ne vous fait pas envie ? Soles, loups, rougets, turbots, daurades, vives, thons, mulets, maquereaux, calamars, huîtres, clavisses, oursins, etc… Allez ! Achetez-en tous !

Malgré les efforts des crieurs et crieuses, personne n’achète.

Alors Raymond dit à Sylvain :

 

 

– Tafort ! Fau s’encouraja : te croumpe de sardino, de clauvisso e nòu Sant-Pèire.

– Gramaci ! Iéu, me fau cachofle, poumo d’amour e tartifle.

Aquest gèste amistous creo un pichot miracle. Quatecant, li gènt, en aio, se turtejon pèr se prouvesi de fru, de liéume e de pèis.

ES LA NIUE DE CALENDO !

 

 

– Courage ! Nous allons nous entraider : je t’achète des sardines, des clavisses et neuf Saint-Pierre.

– Merci ! Moi, il me faut des choux-fleurs des tomates et des pommes de terre.

Ce geste d’amitié crée un petit miracle. Soudain, les gens, en effervescence, se bousculent pour s’approvisionner en fruits, légumes et poissons…

C’EST LA NUIT DE NOËL !

L’ecÒ

D’après un conte de Frederi Mistral

PERSOUNAGE : MOUSSU CAGO-DARDÈNO. MOUSSU CHAVANO.

L’ECÒ (UNO VOUES DINS LA COULISSO)

Moussu Cago-dardèno es asseta davans uno taulo cargado de papié. A si bericle sus lou nas e sa casqueto sus la tèsto. Bado si SICAV ! S’entènd pica à la porto.

MOUSSU CAGO-DARDÈNO : Intras !

MOUSSU CHAVANO : Bonjour, Moussu !

MOUSSU CAGO-DARDÈNO : Adessias Chavano ! Dequé vos ?

MOUSSU CHAVANO : Siéu escagassa, moun mège vèn de me douna un arrèst de travai « ad vitam aeternam ». Ai la malautié sènso noum o pulèu la malautié de Chavano. Es ansin que lou medecin l’a noumado. Avié jamai vist acò !

MOUSSU CAGO-DARDÈNO : Paure Chavano…

MOUSSU CHAVANO : Siéu sèns energìo. Quet malur de douna soun noum à-n-uno malautié !

MOUSSU CAGO-DARDÈNO : Pode faire quaucarèn ?

MOUSSU CHAVANO : Me presta d’argènt !

(Moussu Cago-dardèno beisso la tèsto sènso muta.)

MOUSSU CHAVANO : Ai de crèdi de pertout. Ajudas-me.

(Moussu Cago-dardèno resto silencious.)

MOUSSU CHAVANO : Que se n’en garço !

(S’ageinouio à l’escart e prego souto voues) : Vous salude Marìo, cafido de gràci, lou Segnour es emé vous, sias benesido entre tóuti li femo e Jèsus lou fru de voste ventrounet es benesi ; Santo Marìo, Maire de Diéu, pregas pèr iéu e fasès que Moussu Cago-dardèno me douno d’argènt. Amen !

MOUSSU CAGO-DARDÈNO : Vole bèn te presta de dardèno.

MOUSSU CHAVANO (SE RELEVANT) : Gramaci Santo Marìo ! Gramaci moussu !

L’écho

D’après un conte de Frédéric Mistral

PERSONNAGES : MONSIEUR « CHIE-SOUS ». MONSIEUR « ORAGE ».

L’ÉCHO (UNE VOIX DANS LA COULISSE).

Monsieur « Chie-sous » est assis devant une table chargée de papiers. Il a ses lunettes sur le nez et sa casquette sur la tête. Il admire ses SICAV ! On entend frapper à la porte.

MONSIEUR CHIE-SOUS : Entrez !

MONSIEUR ORAGE : Bonjour monsieur !

MONSIEUR CHIE-SOUS : Adieu Orage ! Que veux-tu ?

MONSIEUR ORAGE : Je suis démoli. Mon médecin vient de me donner un arrêt de travail « ad vitam aeternam ». J’ai la maladie « sans nom » ou plutôt la maladie « Orage ». Le docteur l’appelle ainsi car il n’a jamais vu ça.

MONSIEUR CHIE-SOUS : Pauvre Orage…

MONSIEUR ORAGE : Je suis sans énergie. Quel malheur de donner son nom à une maladie !

MONSIEUR CHIE-SOUS : Je peux faire quelque chose ?

MONSIEUR ORAGE : Me prêter de l’argent !

(Monsieur Chie-sous baisse la tête sans dire un mot.)

J’ai des crédits de partout. Aidez-moi !

(Monsieur Chie-sous reste silencieux.)

Il s’en moque !

(Orage s’agenouille à l’écart et prie à voix basse) : Je vous salue Marie pleine de grâces, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus le fruit de vos entrailles est béni ; Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour moi et faites que Monsieur Chie-sous me donne de l’argent. Amen !

MONSIEUR CHIE-SOUS : Je veux bien te prêter de l’argent.

MONSIEUR ORAGE (EN SE RELEVANT) : Merci Sainte Marie ! Merci monsieur !

 

 

MOUSSU CAGO-DARDÈNO : Mai… fau que demande à l’ecò de ma croto.

MOUSSU CHAVANO : Qu’es acò ?

MOUSSU CAGO-DARDÈNO : Ai pèr abitudo de jamai presta’n sóu sènso me counseia’mé l’écò de ma croto. Dins ma croto, ai un ecò que parlo coume uno persouno ; l’ecò, es un fènis d’asard se respond pas la verita. Vau l’interrouga ! Siés aqui, ecò maliciéu ?

ECÒ : Ié siéu, Ié siéu, Ié siéu…

MOUSSU CAGO-DARDÈNO : Aquéu que vòu d’argènt, es-ti bon pagaire ?

ECÒ : Pas gaire, pas gaire, pas gaire !

MOUSSU CAGO-DARDÈNO : Ié fau presta o noun ?

ECÒ : Oh ! Noun !… Oh ! Noun !… Oh ! Noun !…

MOUSSU CAGO-DARDÈNO : Eh ! Bèn, vèses Chavano, emé la meiouro voulounta dóu mounde, pode pas faire mens que d’escouta moun counseié.

CHAVANO (DESCADENA) : Anas vous escoundre emé voste ecò.

Bourdiho ! Chapa-can !

Siéu pas un pacan. Siéu bèn alisca ! Relucas aquelo vièio gamato. Rachou, glàri, sartan, caramentran ! Es acò Prouvènço de vuei. Pos creba, res pèr t’ajuda.

Sa caquesto ! Dato d’avans Jurassic Pargue ! Vaqui lou diploudoucus e si SICAV !

(Chavano pren la casqueto de Moussu Cago-Dardèno e la mando dins lou publi.)

E un OVNI, un !

(Un ome la recaup sus la tèsto).

Pan, un ensuca de mai ! (Lou publi ris. Chavano ié crido).

Vous fai rire tout acò, vous agrado de cacalassa malo-di lou malur dis autre ?

Vaqui la chourmo prouvençalo acampado dins sa reservo !

Badon coume de panié trauca… Tout vai bèn ! Tout es coucagno ! Tout vai charmant !

 

 

MONSIEUR CHIE-SOUS : Mais… Il faut que je demande d’abord à l’écho de ma cave.

MONSIEUR ORAGE : Qu’est-ce que c’est ?

MONSIEUR CHIE-SOUS : J’ai pour habitude de ne jamais prêter un sou sans prendre conseil de l’écho de ma cave qui parle comme une personne ; c’est un hasard extraordinaire s’il ne répond pas la vérité. Je vais l’interroger…

Tu es ici, écho malicieux ?

L’ÉCHO : J’y suis, j’y suis, j’y suis…

MONSIEUR CHIE-SOUS : Celui qui veut de l’argent, ici, est-il bon payeur ?

L’ÉCHO : Guère, guère, guère !

MONSIEUR CHIE-SOUS : Faut-il lui prêter ou non ?

L’ÉCHO : Oh ! Non !… Oh ! Non !… Oh ! Non !…

MONSIEUR CHIE-SOUS : Eh ! bien, tu vois Orage, avec la meilleure volonté du monde, je ne peux pas faire moins que d’écouter mon conseiller.

MONSIEUR ORAGE (DÉCHAÎNÉ) : Allez vous cacher vous et votre écho. Moins que rien ! Oh, je ne suis pas un paysan, moi, je suis bien endimanché.

Regardez cette vieille auge. Avare, fantôme, poêle, carnaval !

C’est ça la Provence d’aujourd’hui. Tu peux crever, personne pour t’aider.

Et sa casquette ! Elle date d’avant Jurassic Park ! Voici le diplodocus et ses SICAV…

(Orage prend la casquette de Monsieur Chie-sous et l’envoie dans le public.)

Et un OVNI, un !

(Un homme la reçoit sur la tête.)

Pan, un ensuqué de plus ! (Le public rit. Orage lui crie) : Ça vous fait rire, ça vous plaît d’éclater de rire, grâce au malheur des autres ?

Voilà l’équipe provençale réunie dans sa réserve. Ils sont bouche bée comme des paniers troués…

Tout va bien ! Tout est cocagne ! Tout est charmant !

 

 

Oh ! Fau se boulega ! Sian coulounisa, macdolounisa, disnelisa, americanisa. I pichot ié dison Kevin, James, Jordan, Marvin, Assedic ! Aquéu finira au chaumage o direitour de l’Assedic…

Lou Moundialisme e la pensado unico nous fan creba. Li jacoubin penson pèr nautre.

Tout vai bèn ! Tout es coucagno ! Tout vai charmant !

L’educacioun naciounalo, o pulèu internaciounalo escafo l’istòri nostro !

Tout vai bèn ! Tout es coucagno ! Tout vai charmant !

Li proumoutour estrasson noste bèu païs.

Tout vai bèn ! Tout es coucagno ! Tout vai charmant !

Nàutri, li prouvençau, sian « cigalo d’or », « cigalo d’or » pèr se faire couiouna ! Mistral a di :

« Un pople que leisso toumba la lengo e lis us de si paire noun merito que de creba souto lou pèd de l’usurpaire ». E alor ?

Tout vai bèn ! Tout es coucagno ! Tout vai charmant !

Anas demanda à-n-un escoulan : « Dequ’es l’aiòli ? » Responso : « la dernière voiture japonaise ! »

E Frederi Mistral ? : « C’est celui qui a inventé le vent ».

Pauro Prouvènço. Qu t’ai visto e qu te vèi… Aro à cinquanto an te mandon à la bourdiho. Vivèn la civilisacioun dóu kleenex. Li gènt vous prenon, se servon de vous… « A servi ! ». E vous mandon à la bourdiho. Mounte es passa l’afreiramen, l’amista…

A passa tèms, la porto de l’oustau èro toujour duberto. Aro i’a sèt sarraio pèr cado porto… e d’alarmo pèr l’oustau, la veituro… la croto ! Meme l’ecò, la pèiro sourdo n’en a besoun.

A passa tèms, i’avié uno sieto de mai à taulo pèr lou paure que venié pica à la porto.

Aro i’a lou diploudoucus e si SICAV. Mounte es sa casqueto ?

(Vai dins lou publi.)

I’a-ti quaucun pèr me douna d’argènt tintin ?

O gramaci, madamo.

– Mon sa ! (Pren Lou sa de la damo).