Trappes / St-Quentin-en-Yvelines :

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La réussite des jeunes originaires de Saint-Quentin-en-Yvelines et de Trappes notamment est quelque chose d'extraordinaire. Une des plus spectaculaires est bien sûr celle de Jamel Debbouze. L'auteur, qui a été durant près de 40 ans journaliste sur le secteur, a sans doute fait la première interview de Jamel. Il a vu aussi les débuts d'Omar Sy, de Sophia Aram, des danseurs de la troupe de Black Blanc Beur, et de tant d'autres issus de Déclic Théâtre avec Papy, ou du Théâtre de l'Unité, avec Jacques Livchine et Hervée de Lafond.
Publié le : mercredi 1 juin 2016
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EAN13 : 9782140010842
Nombre de pages : 248
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Bernard Delattre
La réussite de jeunes originaires de Saint-Quentin-en-Yvelines
et de Trappes notamment est quelque chose d’extraordinaire.
Une des plus spectaculaires est bien sûr celle de Jamel
Debbouze, qui est devenu une star internationale. L’auteur,
qui a été durant près de 40 ans journaliste sur le secteur, a
sans doute fait la première interview de Jamel et il a suivi
sa carrière avec étonnement. Il a vu aussi les débuts d’Omar
Sy (qui est aujourd’hui à Hollywood), de Sophia Aram, des
danseurs de la troupe Black Blanc Beur, et de tant d’autres
issus de Déclic Théâtre avec Papy, ou du Théâtre de l’Unité,
avec Jacques Livchine et Hervée de Lafond. Le sport est
aussi une culture et l’auteur a vu également les débuts du
footballeur Nicolas Anelka.
Trappes/Dans ce livre, ce sont ainsi vingt-huit portraits qui sont
présentés. Autant de messages d’espoir pour les habitants
d’aujourd’hui. Mais s’agit-il d’une exception culturelle ? Les sT-QuenTin-en-Yvelines : entretiens avec les uns et les autres prouvent qu’il peut s’agir
aussi du fruit logique d’un efort fait au niveau des structures une exception artistique ?et des moyens et que ce qui a été réalisé à Trappes et à
StQuentin-en-Yvelines peut sans doute l’être aussi sur d’autres
territoires.
Avec sa pléiade de stars :
Jamel, Omar Sy, les Black Blanc Beur,
Passionné depuis toujours de culture et de sport, Bernard Delattre, qui est
originaire de Saône-et-Loire, a débuté comme journaliste professionnel Shy’m, Anelka…
permanent sur le secteur de la Ville nouvelle de
Saint-Quentin-enYvelines. Il y est resté près de 40 ans, ce qui lui a permis de suivre de près
l’éclosion de futures stars, grâce à la mise en place d’importantes structures
d’accompagnement et d’expression. Avec ce livre, il livre une analyse de tout Préface de Michel Laugier, président de la Ville nouvelle
cela. Ce qui a été réalisé sur cette Ville nouvelle peut l’être aussi ailleurs si l’on
Postface de Guy Malandain, maire de Trappesen donne les moyens.
Photos de couverture : B. Delattre, D. Demoineret, P. Yver
ISBN : 978-2-343-08846-4
9 782343 08846425 €
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Bernard Delattre
Trappes/St-Quentin-en-Yvelines : une exception artistique ?





TRAPPES/ST-QUENTIN-EN-YVELINES :
UNE EXCEPTION ARTISTIQUE ?



















Bernard Delattre





Trappes/St-Quentin-en-Yvelines :
une exception artistique ?



Avec sa pléiade de stars :
Jamel, Omar Sy, les Black Blanc Beur,
Shy’m, Anelka…



Préface de Michel Laugier, président de la Ville nouvelle

Postface de Guy Malandain, maire de Trappes



















































Les droits d’auteur de cet ouvrage sont reversés à la compagnie Black Blanc Beur.







© L’Harmattan, 2016

5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris

www.harmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-08846-4
EAN : 9782343088464 PENSÉES DE NELSON MANDELA
- « Cela semble toujours impossible. Jusqu’à ce
qu’on le fasse. »
- « L’éducation est l’arme la plus puissante qu’on
puisse utiliser pour changer le Monde. »
- « En faisant scintiller notre lumière, nous offrons
aux autres la possibilité d’en faire autant. »
PRÉFACE
Par Michel Laugier, président de la
Communauté d’agglomération

« Depuis plus de quarante ans,
Saint-Quentin-enYvelines met tout en œuvre pour que l’ensemble des
arts soient à l’honneur : danse, théâtre, musique,
cinéma, arts plastiques… Pour qu’ils puissent
s’exprimer et qu’ils laissent la place à tous les talents.
C’est un territoire en perpétuel mouvement que nous
avons eu à cœur de développer.
À une époque où les repères sont plus complexes, la
culture reste un lien universel qui unit et réunit les
populations. C’est un facteur de cohésion sociale, où
chacun doit pouvoir accéder dès son plus jeune âge à
des pratiques artistiques pour se construire,
s’épanouir, développer sa curiosité et son esprit
critique, et c’est ce que nous nous efforçons d’offrir à
SQY.
Saint-Quentin-en-Yvelines bouge,
Saint-Quentin-enYvelines rayonne au-delà de ses limites géographiques
en accueillant et en organisant au fil des années des
manifestations riches, variées et originales pour le plus
grand plaisir de ses habitants. Notre territoire a su
s’adapter aux besoins des individus en leur proposant
des programmations culturelles ambitieuses.
L’enjeu du “Vivre ensemble” ne sera que meilleur
compte tenu du futur élargissement du périmètre.
En effet, la pluralité des équipements sociaux-culturels
déjà mis en place depuis quatre décennies fait de notre
territoire un véritable dispositif d’aide au
développement d’une population diversifiée
9demandeuse de s’épanouir dans un panel de
disciplines toutes très complémentaires, tant au niveau
culturel que sportif ou encore économique.
La scène nationale et la modernisation des
médiathèques sont des points forts qui ont largement
contribué au développement de l’ensemble des jeunes
de notre territoire, provenant et ciblant toutes les
populations.
La richesse, le dynamisme et le fort engagement du
tissu associatif de Saint-Quentin-en-Yvelines, qui
compte 1500 associations, a également permis
l’évolution de notre agglomération. C’est ainsi qu’est
né, en 2001, le service Vie associative, qui soutient et
valorise les actions de bénévolat sur notre territoire.
En construisant des équipements et en soutenant la vie
associative, la communauté d’agglomération a
considérablement renforcé ce lien entre les habitants
et créé une identité saint-quentinoise forte.
Cette vitalité associative est particulièrement présente
sur les sept communes qui composent le territoire.
C’est pour se forger une identité commune et
rassembler les habitants que l’agglomération propose
de nombreux équipements culturels de qualité :
- Avec 8 médiathèques, notre réseau est l’un des
plus importants de France ; il permet au plus
grand nombre l’accès aux savoirs et à la
connaissance.
- On compte aujourd’hui 11 salles de spectacles ;
dont le Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines et
la Ferme du Manet situés sur la commune de
Montigny-le-Bretonneux, le Prisme et la Ferme
du Mousseau situés sur la commune
d’Élancourt, la Merise située sur la commune de
Trappes, l’Estaminet situé sur la commune de
Magny-les-Hameaux, la Ferme de Bel-Ébat, la
10Maison de la Poésie et le pôle musique de la
Batterie situés sur la commune de Guyancourt,
le Scarabée situé à La Verrière et pour finir la
Ferme Decauville située sur la commune de
Voisins-le-Bretonneux.
- Le musée de la ville, qui au travers de ses
expositions, ses visites thématiques et ses
ateliers pédagogiques, raconte l’histoire du
territoire de Saint-Quentin-en-Yvelines et les
évolutions considérables qu’il a connues au fil
des siècles.
- Et pour finir, depuis janvier 2014, le complexe
du Vélodrome national de
Saint-Quentin-enYvelines, qui, au-delà de ses activités cyclistes
accueille en permanence un grand nombre
d’activités liées au sport, à la communication, à
la culture et aux loisirs.
Les infrastructures qu’offre aujourd’hui le territoire,
qu’elles soient sportives ou culturelles, sont des
éléments essentiels au développement et à
l’épanouissement personnel des habitants.
De nombreux talents, aujourd’hui reconnus de tous,
ont émergé de ce territoire en mouvement.
Parmi les plus célèbres figurent Jamel Debbouze,
Sophia Aram, Arnaud Tsamere, Issa Doumbia, Andy
Pimor, Omar Sy, le chanteur La Fouine, la chanteuse
Shy’m… Autant de comédiens, d’humoristes, de
chroniqueurs et de chanteurs qui ne manquent jamais
de rappeler d’où ils viennent et qui prouvent que la
politique culturelle qui est menée sur le territoire a été
un formidable tremplin dans leur ascension.
Ce territoire “tout public” a été créé par les
SaintQuentinois, pour les Saint-Quentinois, avec une forte
volonté de l’État dès la création de la Ville nouvelle. Les
11portraits que vous allez découvrir dans ces entretiens
sont le reflet de cette diversité culturelle. »
Michel LAUGIER,
maire de Montigny, président de la Communauté
d’agglomération de SQY et conseiller général des
Yvelines.
12INTRODUCTION



« La culture ne s’hérite pas, elle se conquiert. »
André MALRAUX
(Hommage à la
Grèce)


Trappes a été longtemps la plus importante collectivité
locale des sept communes qui composent la Ville
nouvelle de Saint-Quentin-en-Yvelines. Dans les années
soixante, le Président Charles de Gaulle avait voulu une
décentralisation sur l’ensemble du pays, avec la
création de Villes nouvelles en région parisienne et en
province. Il voulait notamment que l’urbanisation soit
mieux organisée en région parisienne et il avait chargé
Paul Delouvrier, grand commis de l’État, d’orchestrer
le développement de ces Villes nouvelles.
Trappes était alors la plus importante commune de son
secteur (avec déjà environ 30 000 habitants et avec un
important centre ferroviaire, alors que les autres
entités n’étaient encore que des villages d’environ
1000 ou 2000 personnes) et la nouvelle agglomération
aurait dû porter son nom. Comme ce fut le cas à Evry,
Melun-Sénart ou Corbeil. Mais, compte tenu du fait que
Trappes était alors dirigée par un maire d’obédience
communiste (le PCF y était majoritaire depuis des
décennies et la ville était un de ses bastions en région
parisienne), de Gaulle n’avait pas voulu du nom de
“Ville nouvelle de Trappes”. « Trouvez moi un autre
nom ! », avait-il dit. Paul Delouvrier s’était finalement
13rabattu sur l’appellation de Saint-Quentin-en-Yvelines,
Saint-Quentin étant le nom du plan d’eau artificiel
(érigé pour le système des étangs et rigoles du château
de Versailles, sous Louis XIV) se trouvant lui-même sur
le site d’une ancienne chapelle.
La crise économique a frappé de plein fouet la
commune de Trappes, qui est devenue dans les années
soixante-dix, ce qu’on appelait une “banlieue difficile”
ou “sensible”. L’installation du commissariat de police
a vu notamment des journées d’émeutes mais tout s’est
heureusement arrangé par la suite. De nombreux
habitants vivaient dans des habitations à loyer modéré
et beaucoup venaient de l’immigration. Les
provenances étaient de toutes les origines : Maghreb et
Afrique noire, Asie, Amérique du Sud, Europe de l’Est,
etc. Les jeunes Trappistes n’ont pas toujours eu une vie
facile au niveau économique mais ils ont eu la chance
de profiter d’une exceptionnelle richesse en diversité
et créativité.
L’État a permis l’essor rapide des Villes nouvelles par
un important investissement. Un effort particulier a
porté notamment sur le développement de la vie
associative et plus généralement sur le secteur que l’on
appelait à l’époque “socio-culturel”, avec tout un
dispositif au travers de la mission de l’Association pour
la Promotion des Actions Socio-Culturelles (APASC) et
de la Maison Pour Tous des 7-Mares (qui allait avoir
ensuite le nom du “Pollen” puis du “Prisme”). Tout ceci
a permis dès la fin des années 70, puis tout au long des
années 80, de stimuler, puis d’enrichir le récit naissant
de la nouvelle agglomération de
Saint-Quentin-enYvelines.
Dès la fin des années 70, l’APASC a accueilli sur le
territoire deux grandes compagnies de spectacle
vivant : Les Compagnons de la Marionnette avec Saïd et
14Réjane Hamidi (Saïd était un des meilleurs
marionnettistes du Monde, habitué des rencontres de
Charleville-Mézières et Réjane était première danseuse
du Ballet algérien et une grande spécialiste des danses
orientales - après son expérience très appréciée à
Saint-Quentin-en-Yvelines, ce sympathique couple
devait tenir un hôtel-restaurant à Avignon, autre grand
lieu du spectacle vivant), Le Théâtre de l’Unité et
Compagnie avec Jacques Livchine, Hervée de Lafond,
Pierre Laplace, Éric Métayer et Christian Sinninger
notamment (une équipe porteuse de la grande idée du
théâtre populaire, pour amener l’art dans la rue et
même chez les gens). Un énorme de travail de terrain a
été notamment accompli dans les quartiers avec Infos
Jeunes. « Avec l’équipe du Théâtre de l’Unité, il n’y a pas
eu de position de domination », souligne justement
Sylvie Gasteau, témoin de cette époque pour France
Culture ; elle ajoute : « L’Unité avait un énorme
savoirfaire mais elle donnait à tous l’impression que tout le
monde était à son niveau. Ce n’était bien sûr pas le cas
mais elle savait prendre le temps et donner confiance
aux jeunes. » Le Théâtre de l’Unité, qui a tout fait pour
toucher le plus grand nombre avec même des
spectacles dans des appartements, a apporté aussi à
Saint-Quentin-en-Yvelines l’improvisation théâtrale
par l’intermédiaire de troupes de Belgique et du
Québec et a formé Alain Degois, dit “Papy”, qui a fondé
lui-même à Trappes Déclic Théâtre. Ce qui allait
permettre par la suite l’éclosion de Jamel Debbouze et
moult autres jeunes talents.
Dans un contexte social devenu toujours plus difficile
du fait de la crise économique encore plus forte (avec
le retour de problèmes notamment autour du
commissariat de Trappes, avec des jeunes en difficulté
dans plusieurs quartiers – à Trappes aux Merisiers
15surtout, à La Verrière au Bois de l’Étang que l’on
appelait “Chicago”, à Guyancourt au boulevard du
Château, notamment), l’aide aux jeunes a été renforcée
en 1984 avec l’association de danse hip-hop Black
Blanc Beur, fondée par Jean Djemad, Christine Coudun
et Mouloud Ioulain. Les B3 et Déclic Théâtre ont permis
à de nombreux jeunes d’avoir un vrai projet de vie et
de se réaliser par l’expression artistique
D’autant plus que d’autres jeunes, plus âgés et plus
mûrs, ont tout fait, avec l’aide des élus et des pouvoirs
publics, pour que leurs benjamins ne sombrent pas
dans les dangers mortels des addictions à la drogue, à
l’alcool, à la violence ou à la délinquance.
Sur Trappes, Rachid Benzine a fait ainsi un travail
remarquable avec son association Issue de Secours.
Aujourd’hui, cela peut être encore pire avec la terrible
tentation du djihad qui menace les jeunes de ces
quartiers dits sensibles…
Des situations semblables ont été vécues aussi dans les
secteurs difficiles d’Élancourt, Maurepas,
Magny-lesHameaux, Guyancourt, Montigny-le-Bretonneux et
même Voisins-le-Bretonneux (que certains appellent :
« le Neuilly de la Ville nouvelle » et où une troupe de
hip-hop, Illicit Dance (avec Olav Sibi), émanation de
Black Blanc Beur, a permis de sauver plusieurs jeunes
en difficulté.
Plus de trente ans après, il faut rendre hommage à tous
ces aînés, ces grands frères, ces héros du quotidien qui
ont permis de récupérer de nombreux jeunes en
perdition, grâce le plus souvent à des projets culturels
ou artistiques. La réussite a été au rendez-vous, de
façon étonnante même avec l’éclosion de grands
talents, qui brillent désormais au niveau national ou
international.
16La compagnie de danse Black Blanc Beur, qui a célébré
ses 30 années en 2014, a été applaudie sur les scènes
des cinq continents. Et elle continue avec de nouveaux
jeunes et avec un nouveau nom : B3.1.
Rachid Benzine, qui avait fondé l’association Issue de
secours, est devenu un grand écrivain, islamologue et
spécialiste du dialogue chrétien-musulman.
Alain Degois, dit “Papy”, lui-même enfant de
l’assistance publique, a eu le bonheur de voir
l’immense succès de Jamel Debbouze. Un des plus
fantastiques succès que l’on puisse imaginer dans
notre pays ! Il y en a eu beaucoup d’autres, comme le
démontre cet ouvrage.
Parmi les nombreux autres comédiens issus de
Trappes, il faut aussi citer bien sûr Omar Sy, devenu
mondialement célèbre depuis le film Les Intouchables
et qui est maintenant installé à Hollywood.
Mais c’est bien sur toutes les communes de la Ville
nouvelle et alentours que la culture a permis
l’explosion de talents : à Élancourt-Maurepas, avec Les
Grooms et Laurent Searle ; à Montigny-le-Bretonneux,
avec Éric Judor et Arnaud Tsamere. Issu de Plaisir
(commune qui faisait partie de la Ville nouvelle à ses
débuts et qui – ironie de l’histoire – y est revenue en
2016 du fait de l’agrandissement de l’agglomération
nouvelle car l’expérience communautaire réussie des
Villes nouvelles a incité les pouvoirs publics à
développer les communautés de communes sur tout le
territoire de notre pays), Jean Dujardin allait devenir
un des plus grands comédiens français, tout comme
Guillaume Canet, originaire de la forêt de Rambouillet.
Sans oublier Bérénice Bejo, venue du village
d’Auffargis (comme Guy Malandain, le maire de
Trappes).
17Sur le plan sportif (car bien sûr « Le sport est aussi une
culture », comme l’a si bien écrit Jean Giraudoux – le
travail d’un footballeur est assez parallèle à celui d’un
danseur), une des plus belles réussites d’un jeune
Trappiste est bien le fait du footballeur Nicolas Anelka.
Il a joué au Paris-Saint-Germain, en Angleterre, en
Espagne, en Chine, en équipe de France, etc. Il a été un
des plus grands talents de sa génération et il aurait pu
faire sans doute encore mieux s’il avait su éviter
quelques bêtises de jeunesse
Toutes ces réussites spectaculaires sont autant de
raisons d’espérer pour les jeunes d’aujourd’hui qui se
trouvent dans de grandes difficultés, familiales ou
économiques.
Des sources d’espérance aussi pour tous les éducateurs
actuels, qui ne disposent pas toujours des moyens dont
ils ont besoin et qui sont dans le doute sur leurs
actions. Oui, il faut continuer, car, comme dit le dicton :
« Impossible n’est pas français. » La création (que ce
soit par la musique, la littérature, l’humour, la danse, le
sport mais aussi par les études : mathématiques,
sciences économiques, sciences sociales, médecine,
philosophie, droit, etc) reste bien l’un des meilleurs
moyens de survivre et d’avancer.
Ce qui s’est passé à Trappes et St-Quentin-en-Yvelines
prouve qu’à partir de la volonté des collectivités
publiques d’aider les associations culturelles, peut se
développer un réel mouvement de création, avec de
vrais succès. Sans démagogie et sans crainte, les élus
ont contribué à l’émergence d’un authentique récit
commun. Ce qui s’est passé ici n’est donc pas si
exceptionnel et peut donc aussi se dérouler ailleurs.
Pour l’écrivain américain Henry Miller, qui a longtemps
vécu en France, autour des années 1930 et qui a bien
connu Blaise Cendrars (qui repose en paix au cimetière
18du Tremblay-sur-Mauldre, à quelques kilomètres de
Trappes), la création est quelque chose de vital pour
l’être humain. « Quand on applique l’esprit à une chose
aussi simple et aussi innocente que de peindre une
aquarelle, on oublie un peu de l’angoisse qui naît de
notre appartenance à un monde devenu fou. » (Virage
à 80, édité chez Stock).
Ceci est bien sûr aussi vrai pour la comédie, la danse, la
course à pied, la bicyclette ou encore le football.

















19
Jacques Livchine et Hervée de Lafond (à g. de la
photo), lors d’une prestation théâtrale à la Ferme
du Mousseau, à Élancourt.


Le spectacle de rue de “La Femme Chapiteau” sur le
place des 7-Mares, devant la Maison Pour Tous.
20

1 – JACQUES LIVCHINE,
FONDATEUR
DU THÉÂTRE DE L’UNITÉ
ET DU CARNAVAL DES TÉNÈBRES

Un personnage a bien marqué la fin des années 70 et la
décennie 1980 à Trappes et Saint-Quentin-en-Yvelines.
Il s’agit bien sûr du comédien – metteur en scène
Jacques Livchine, toujours accompagné de la super
Hervée de Lafond (« Hervée avec un “e” parce que
mon père, qui était militaire, avait toujours rêvé d’un
garçon », disait-elle en plaisantant). Beaucoup de
SaintQuentinois amoureux de la culture populaire se posent
encore cette question : Comment la Ville nouvelle
a-telle pu divorcer avec la troupe de l’Unité, qui lui avait
apporté autant de bonheur ? Et dire que cette rupture
a été voulue par des élus de gauche… Mais nous aurons
l’occasion d’y revenir.

- De grands spectacles populaires pour tous.
C’est une évidence ! Jacques Livchine et Hervée de
Lafond aiment le peuple, les gens de la base. Ils ont
horreur d’une culture qui serait réservée à une élite.
Dans son livre Griffonneries (édité par les Solitaires
intempestifs), Jacques Livchine cite une phrase de
Bourdieu qui compte pour lui : « L’artiste est celui qui
est capable de faire sensation, ce qui ne veut pas dire
faire du sensationnel à la façon des saltimbanques de
télévision, mais au sens fort du terme, faire passer dans
l’ordre de la sensation, qui en tant que telle est de
21nature à toucher la sensibilité, à émouvoir, des
analyses qui dans la rigueur froide du concept et de la
démonstration laisseraient le lecteur ou le spectateur
indifférent. » De même, dans l’excellent enregistrement
qu’a fait pour France Culture la Trappiste Sylvie
Gasteau, il explique que son rêve « est que la caissière
du supermarché vienne aux spectacles. » Ce qui a été
réalisé bien sûr.
Jacques Livchine (pseudonyme de Jacques Rappoport),
né en 1943 en Haute-Loire, a toujours été un pionnier
du théâtre de rue en France. Après ses études de
Lettres à la Sorbonne (licence avec un certificat
d’études théâtrales), il a fondé le Théâtre de l’Unité en
1968 à Issy-les-Moulineaux. La troupe est devenue une
compagnie professionnelle en 1972 avec L’Avare and
co d’après Molière. Il a formé un trio de création avec
Hervée de Lafond et Claude Acquart et a été le
principal instigateur de la création de la Ligue
d’improvisation française en 1981. Il a travaillé
également à partir de 1981 avec Gil Galliot, qui allait
devenir par la suite un grand metteur en scène et qui
connaît une belle réussite à Paris (voir chapitre 10 de
ce livre).
Arrivée à la fin des années 1970 à
Saint-Quentin-enYvelines, la troupe de l’Unité y a laissé un souvenir
impérissable. Mais c’est à Montbéliard que la
compagnie célèbrera son trentième anniversaire en
1998, avec le Centre d’Art et de Plaisanterie, scène
nationale. Car elle a dû quitter
Saint-Quentin-enYvelines en 1986-1987. Mais quelle belle aventure et
quelle belle histoire d’amour cela a été durant dix
années avec la Ville nouvelle des Yvelines !
« Le Théâtre de l’Unité, c’est toujours autre chose ! »,
telle était la devise de la compagnie. Effectivement, les
Saint-Quentinois ont eu la chance et le bonheur de voir
22la différence avec cette troupe pas comme les autres.
Avec cette compagnie, les spectateurs pouvaient
facilement se retrouver eux-mêmes acteurs. Jacques,
Hervée et leurs complices allaient chercher les
personnes dans la foule pour les amener au milieu de
la scène. Et tout le monde était content car c’était
toujours très drôle, avec du direct et de l’improvisation
loufoque.
Faire un spectacle dans une 2CV… Il n’y avait que
l’Unité pour avoir une telle idée. Cette première mise
en scène de théâtre de rue a eu lieu en 1977, avec un
immédiat succès populaire. Qui n’a pas roulé jeune
dans une 2CV ?... Les Saint-Quentinois ont bien profité
de cette 2CV Théâtre. Elle devait être jouée au total
plus de 400 fois, en France, dans toute l’Europe, en
Corée et même au Texas. La troupe a mis ensuite sur
pied Cyrano Promenade et Me prenez vous pour une
éponge Monseigneur ? (en 1978).
La bande à Livchine devait marquer à tout jamais le
public saint-quentinois avec sa mise en scène de La
Périchole. C’était en 1979 et pratiquement tout le
milieu associatif culturel de la Ville nouvelle devait s’y
retrouver sur scène. Dans la Maison pour tous des
Sept-Mares, qui était alors le grand lieu culturel de
Saint-Quentin-en-Yvelines, se sont produits, au cours
de ce spectacle, les comédiens de l’Unité bien sûr, mais
également, les associations de musique et de danse,
ainsi que les pratiquants de karaté et autres sports…
Dans une énorme mise en scène riche en couleurs, en
mouvements et en joie de vivre.
La troupe a continué ses prestations de rue avec,
notamment en 1980, La Femme chapiteau. Encore une
idée étonnante : vêtue d’une robe rouge, une immense
femme (elle évoluait sur des échasses), accueillait le
public sous son vêtement… Un spectacle freudien, qui
23

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