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Un festival de théâtre et ses compagnies

De
222 pages
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Ajouté le : 01 janvier 0001
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EAN13 : 9782296272538
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UN FESTIVAL DE THEATRE ET SES COMPAGNIES

Publié avec le concours du Centre National du Théâtre, agence d'information et de documentation de l'Association Avignon-Publie-Off de l'Université de Paris-X Nanterre

L'Harmattan, 1992 ISBN: 2-7384-1612-8

COLLECTION DOSSIER dirigée par Dominique DESjEUX

ANNE-MARIE
Maître de Conférences à l'Université

GREEN
de Paris X

- Nanterre

UN

FESTIVAL DE THEATRE ET SES COMPAGNIES
LE OFF D'AVIGNON
PREFACE de PAUL PUAUX
avec la collaboration de

IRENE AMIEL VERONIQUE HENRY CHRISTINE PANNETIER GABRIEL PERREAU FRANCOIS REZKI ROMUALD RIPON DOMINIQUE SALON

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole Polytechnique 75 005 Paris

COLLECTION

DOSSIERS SCIENCES et SOCIALES

HUMAINES

La collection DOSSIERS SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES est créée pour donner la parole aux étudiants, qui ont en général peu l'occcasion de publier. Son ambition est de fournir un panorama de la recherche en sciences humaines et sociales aujourd'hui, et l'idée de ce qu'eUe sera demain. Les travaux publiés à partir d'enquêtes et de recherches de terrain sont l'expression de ce qui est en train d'émerger, en France et à l'étranger. Les éventuelles limites théoriques et descriptives des travaux d'étudiants ne signifient pas absence de qualité et d'originalité. DOSSIERS SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES a pour but de combler l'isolement des étudiants pour favoriser une dynamique et un échange entre les recherches en cours. Les publications, réduction de maîtrise, DEA ou travaux intermédiaires de thèse, sont réunis autour d'un thème, soit par un enseignant qui anime le dossier, soit à l'initiative d'un étudiant qui appelle à communication. Chaque fascicule thématique regroupe en 180 pages de deux à dix communications, présentées par l'animateur du Dossier dans une introduction de synthèse. Collection DOSSIERS SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES animée par: Sophie T APONIER, responsable de la collection Dominique DESJEUX, professeur à Paris V Sorbonne SmaÏn LAACHER, directeur littéraire
Conseil éditorial: Pierre-Yves OAUDARD (étudiant, Paris V) - Eric MARCHANDET (étudiant, Paris V) Richard DELRIEUX (étudiant Nice) - Maurice BLANC (maître de conférence, Nancy) Françoise BOURDARIA (maître de conférence, Tours) Alain BOURDIN (professeur, Toulouse) - François DUBET (professeur, Bordeaux) Anne GUlLLOU (maître de conférence, Brest) Guy MINOUET (sociologue, Angers) - C. de MONTLmERT (professeur, Strasbourg) .A. PIETTE (maître de conférence, Montpellier) Jean PAVIOEAU (maître de conférence, Perpignan) - Richard POTTIEZ (professeur, .

-

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-

Nice).

Livres déjà parus dans la même collection:

s~~a~,

S. Joubert, et E. Marchandet .

(dir. publ.), Le social dans tous

1990.

D. Cuche (dir. publ.), leunes professions, professions de jeunes?, 1991. D. Desjeux, I. Orhant, S. Taponier, L'Edition en sciences humaines, La mise en scène des sciences de l'Homme et de la société, 1991.

REMERCIEMENTS

Nous tenons à remercier tous ceux qui nous ont apportés dans la réalisation de cet ouvrage. Georges

leur aide

LABICA Vice Président chargé de la Recherche à l'Université de Paris X Nanterre qui a soutenu notre entreprise et a appuyé nos démarches pour obtenir les aides nous permettant de faire aboutir notre recherche. Maria COSIO Directrice adjointe du département de Sociologie de l'Université de Paris X Nanterre et Professeur de Démographie qui nous a encouragés et aidés pour réussir matériellement notre entreprise. Paul PUAUX qui nous a toujours accueillis chaleureusement et qui nous a sans cesse apporté son soutien moral en cherchant à nous aider à trouver des solutions à nos difficultés. Alain LEONARD qui a mis à notre disposition avec patience et gentillesse les documents et renseignements nécessaires à l'élaboration de notre travail et qui a facilité notre insertion dans les

mécanismes

du OFF.

.

Nadia DERRAR chargée de mission à la Direction du Théâtre du Ministère de la Culture qui a bien voulu nous soutenir dans la réalisation de notre projet. Jocelyne LINARES responsable à la Chambre de Commerce d'A VIGNON qui nous a apporté une aide logistique et a accepté de mettre un bureau à notre disposition pendant la durée du festival.

7

Christian

CONIL responsable à la M.N.E.F. de "Fous de Théâtre" apporté une aide matérielle. du Centre pour son

et qui nous a

Gabriel A TCHIKIAN enseignant responsable de Paris-X Nanterre, traitement informatique.

de Calcul de l'Université aide précieuse lors du

Bruna PALlERNE secrétaire du Département de Sociologie de l'Université de Paris-X Nanterre, qui nous a aidés à surmonter les obstacles matériels. Muriel RAUX étudiante de Sociologie à l'Université de Nanterre, qui est venue apporter son dynamisme et son aide pour procéder à l'enquête de terrain. Nous tenons à remercier tout particulièrement les compagnies qui nous ont toujours accueillis chaleureusement. Sans leur sympathie, leur compréhension et leur acceptation à répondre aux questionnaires et à nous accorder des entretiens ce livre n'aurait pu voir le jour.

8

PREFACE
En 1991, une première étude sur le public "Off Festival" de 1990 révélait la qualité du travail d'une équipe d' ét ud iants
sociologues de Nanterre sous la chaleureuse impulsion de Mme Green, leur professeur. Les difficultés rencontrées, l'insuffisance des moyens matériels et financiers pouvaient légitimement décourager leur curiosité, affaiblir leur enthousiasme, user leur persévérance. A l'évidence, il n'en fut rien. Ils ont fait leur cet aphorisme de René Char: "La réalité ne peut être franchie que soulevée". Tenter de comprendre ce qui fait courir les compagnies de théâtre vers ce rassemblement de près de 400 spectacles, en dépit de tous les obstacles, de toutes les déceptions est, certes, un objectif stimulant. Il concerne, me semble-HI, tous les responsables plus ou moins inquiets ou perplexes devant le foisonnement actuel. La nature même des relations qu'ils peuvent entretenir avec les participants dépend largement de l'interprétation des raisons de leur présence. Or, la tendance aux jugements rapides aussi bien que la faiblesse des contacts réels rendent difficile l'approche d'un terrain beaucoup plus complexe que nous ne l'imaginons. Je ressentais moimême, dans les années 70, la nécessité de mettre au jour les motivations des troupes qui se bousculaient déjà dans A vignon. Bien
entendu,

j'en reconnais plusieurs dans cet essai, exprimées dans nos
Mais bien d'autres, plus diverses, plus plus ambigües font naître de nouvelles questions.

réunions d'alors.
contradictoires,

On comprendra et on pardonnera le signataire de ces lignes de retenir tout particulièrement celle-ci: Quelle est la part des représentations symboliques sur le festival. A cet égard, le chapitre consacré aux "parades", contestées ou approuvées, me paraît très important. Dès les années 69 et 70, les premières compagnies "Off" se sont immédiatement manifestées par des défilés-parades plus ou

9

moins amicalement et joyeusement contestataires. Il entre aujourd'hui dans leur ambition le goût d'un contact direct avec le public, le désir de faire connaître le comédien aux spectateurs, le rêve de la fête, l'affirmation de la jeunesse, l'appétit de toutes les "rencontres" empêchées par le rythme de travail quotidien. On peut s'interroger naturellement sur la pureté des intentions, la qualité des résultats, les maladresses et les erreurs, les illusions et les désillusions. Mais comment ne pas déceler dans ces aspirations un certain nombre des constantes de l'action de Jean VILAR. Le fait que 4 ou 5% seulement des compagnies s'y réfèrent précisément ne change rien à l'affaire. Consciemment ou non, ceux qui "galèrent" aujourd'hui remontent obstinément le fleuve vers sa source. Cet éclairage, la meilleure connaissance des conditions d'existence des compagnies, devraient aider tous ceux qui ont en charge l'avenir du festival d'Avignon dans leur recherche d'un équilibre toujours précaire. Ce n'est pas le moindre mérite de cette publication.

PAUL PUAUX Le 2 juin 1992

10

AVANT L'AVENTURE

PROPOS CONTINUE...

L'an dernier nous avions montré qu'une recherche peut être vécue et réalisée comme une aventure. Nous avions, en effet, produit une étude "LE FESTIVAL D'AVIGNON OFF VINGT ANS APRES..." (Editions de l'Espace Européen) sans aucune aide pour sa réalisation mais avec la ténacité, la volonté et l'amitié mutuelle d'un groupe d'étudiants (d'apprentis) sociologues et de leur enseignante. Cette première étude qui traitait du OFF du point de vue des festivaliers, la première du genre, abordée avec les outils de la sociologie tentait de cerner, de comprendre et d'analyser sur le vif pendant toute la durée du festival d'A VIGNON ce que peut être la pratique d'un festival non officiel qui a pris sa source et ses racines dans l'idéologie d'un festival de théâtre populaire. Au travers de la démarche des festivaliers venant en AVIGNON nous voulions mieux saisir la situation du théâtre dans notre société. Notre postulat était que le fait théâtral ne peut se limiter au texte où à l'interprétation même si "les rubriques de la pratique sociale du théâtre définissent un trop vaste programme pour qu'il soit possible d'en
examiner du théâtre toutes les parties" (Jean DUVIGNAUD - PUF - 1965 page 48).

-

. Pour

une sociologie

Nous posant des questions quant aux raisons de l'attrait pour un festival de théâtre, ce qui revient à se poser les questions sur les fonctions qu'il peut remplir, nous avons pu comprendre que "la fête", "l'ambiance de fête" étaient au coeur de la démarche des festivaliers.

Il

Ce constat, et le questionnement qu'il a engendré, a recoupé d'autres questions sur la nature et la fonction des pratiques culturelles aujourd'hui. Il est probable qu'une comparaison avec d'autres études sur d'autres types de festivals nous aiderait à discriminer l'ensemble des paramètres qui sous-tendent les pratiques culturelles ou théâtrales de la société contemporaine. Le OFF étant au centre de notre réflexion actuelle nous voulions développer et comprendre quelle est cette nécessité à vouloir se retrouver dans une fête ou au moins ce qui en a l'apparence. Nous avons pensé que comprendre le OFF du point de vue des compagnies était la deuxième approche que nous devions avoir de ce fait théâtral. Il ne s'agissait plus alors de limiter nos interrogations théâtre pour qui ?, un festival pour qui ?" mais nous devions demander "du théâtre par qui ?, un festival pour quoi ?" à "du nous

Répondre à ces questions, c'était à nouveau entreprendre l'aventure. Tout comme les compagnies venant dans le OFF qui en ont déjà eu l'expérience et forts de la publication d'un livre (premières marques d'une légitimation ?) nous avons amélioré (un tout petit peu...) les conditions de réalisation de l'enquête de terrain puisque, outre les appuis chaleureux et moraux de Paul PUAUX et d'Alain LEONARD, quelques subsides ont facilité le déplacement de NANTERRE en AVIGNON (grâce à la Direction du Théâtre du Ministère de la Culture et au Conseil Scientifique de l'Université de Paris X Nanterre) et ont permis d'avoir le "minimum vital quotidien" pendant tout le festival. Ces marques de "reconnaissance", de "légitimation" ont apporté des aides, sans doute nécessaires, pour une meilleure approche du terrain mais nous ont laissé devant les mêmes difficultés matérielles et la réalisation de ce livre n'est finalement liée qu'au seul volontarisme de l'équipe. Il n'est guère possible actuellement d'envisager que de jeunes étudiants puissent s'initier à la recherche "in vivo". Mais abrégeons là nos considérations car ce n'est plus le statut du théâtre dans la société dont il s'agit ici mais bien du statut que la société contemporaine accorde à ses étudiants et à la place qu'elle accorde à leurs ambitions et à leurs choix. Si nous pensons encore que l'aventure a continué c'est que le rapport à la réflexion théorique et à la réalisation de la recherche s'est déroulé dans les mêmes conditions. Une méthode, certes non

12

improvisée quant aux hypothèses, aux outils de collecte de données sur le terrain, mais qui a dû sans cesse être réfléchie, rediscutée, retravaillée tout au long de la période du festival et celle qui a suivi. Nous avons voulu faire de la "recherche OFF" avec les qualités de la "recherche lN" (ou officielle ?!). Là encore, nous avons travaillé à froid et à chaud. A chaud (toujours avec la canicule!..) puisque nous sommes restés pendant l'intégralité de la durée du festival sur place et disponibles à toutes les heures pendant lesquelles les compagnies pouvaient être contactées (euphémisme pour ne pas dire vingt quatre sur vingt quatre), nous étions donc "des festivaliers/chercheurs/Off" et avec ce "statut" il s'agissait non seulement de participer, mais aussi d'observer et d'analyser les événements prévus et imprévus. A froid nous avons travaillé très régulièrement (bien sûr avant) mais pendant le festival en organisant des réunions de travail ponctuelles et régulières. Cette démarche a ses caractéristiques propres une (des) hypothèse spécifique. On peut aborder d'autres outils conceptuels. et a engendré le OFF avec

Nous avons pris en compte cet événement qui, s'il est circonscrit dans le temps, se marque par l'absence de ses repères précis, classables et vérifiables; cela nous a contraint à nous adapter à l'événement en acceptant l'improvisation (crime de lèse majesté sociologique !) en fonction du flair, de l'approche ou de la découverte de rencontres, de faits imprévisibles et de décisions ou de choix méthodologiques de dernier moment. L'acceptation de cette improvisation ne nous a jamais empêchés d'avoir parallèlement des démarches plus réfléchies, plus systématiques, plus rationnelles. Il faut insister, à cet égard, sur la part importante que l'ensemble du groupe a laissé aux échanges, critiques, autocritiques, controverses. Finalement nous n'avons eu comme démarche que la volonté de prendre sur le OFF "/e point de vue qui est celui de la science sociale: l'oeil sociologique, ce regard que l'on peut appeler spinoziste, prend les choses et les gens comme ils sont, parce qu'il travaille toujours à les rapporter aux causeS et aux raisons qu'ils ont d'être ce qu'ils sont. C'est un regard qui rend raison, comme on disait au grand siècle. "Ne pas déplorer, ne pas rire, ne pas détester, mais
comprendre"." (Pierre BOURDIEU - "Introduction

Actes de la Recherche page 5).

en Sciences

Sociales

- n°

à la socianalyse"

90 décembre

1991

-

-

13

Je tiens à insister sur le fait que "cet oeil sociologique", qui s'est exercé pendant un temps relativement court et qui a permis de réaliser avant le prochain festival cet ouvrage, n'a été que le résultat d'un réel travail communautaire, de confiance et franchise mutuelles reposant sur une amitié partagée entre tous pour mettre à distance ou résoudre toutes les difficultés inhérentes à une telle aventure. Mais soyons réaliste un temps, c'est aussi la passion à la fois pour le théâtre et pour la réflexion sociologique envers un fait culturel associé à une curiosité aiguisée à chaque instant qui ont donné le ferment nécessaire à ce travail. En bref, c'est une recherche qui en tant que telle est rationnelle mais qui a pris en compte au cours de sa réalisation l'affectif, l'irrationnel et la passion. Il ne s'agit certes pas d'une étude exhaustive du OFF (il n'y a pas pour l'instant de synthèse de ce OFF) mais de la mise en perspective de questions, de pistes de réflexion qui peuvent être reprises par tous ceux qui seront interpellés par ce qu'ils liront. Nous avons conscience que d'autres approches nous permettraient de mieux faire ressortir en quoi le festival d'AVIGNON et le OFF en particulier peut se caractériser selon les mots de Catherine CLEMENT, "La pègre, la peste et les dieux" (Editions théâtrales 1991). Nous voulions d'abord prendre en compte la dimension de la fête, de la fête théâtrale dans la société contemporaine au travers d'un fait spécifique qui a déjà développé ses mythes, ses lois et ses controverses: le festival d'AVIGNON OFF.

14

INTRODUCTION
lA FETE OU lES JEUX DU STADE ?..

Depuis quelques années la sociologie voit le champ de ses recherches se développer vers des domaines spécifiques tels que la sociologie de la culture, la sociologie de l'art, la sociologie du théâtre, etc... Devant cette évolution on peut toujours se demander si l'on doit, au sein de la sociologie de la culture, développer une sociologie du théâtre surtout lorsque l'on sait que "Ia sociologie et l'art ne font pas bon ménage. Cela tient à l'art et aux artistes qui supportent mal tout ce qui attente à l'idée qu'ils ont d'eux-mêmes: l'univers de l'art est un univers de croyance dans le don, dans l'unicité du créateur incréé, et l'irruption du sociologue qui veut' comprendre, expliquer, rendre raison, fait scandale. Désenchantement, réductionnisme, en un mot grossièreté ou, ce qui revient au même, sacrilège" (Pierre BOURDIEU

- Questions

de Sociologie

-

Editions

de Minuit

- 1984

- page

207).

Nous sommes, pourtant, convaincus que la société actuelle dans ses rapports à la culture peut s'inscrire dans le champ de l'analyse sociologique. En effet, un fait culturel ou un fait artistique tel que le théâtre peut s'analyser et se comprendre aussi bien dans l'approche de la production, de la diffusion que de la réception parce que dans chacune de ces approches il véhicule des modèles culturels. Nous pensons que, lorsque la plupart des études sociologiques de la culture ou de l'art fixent seulement le public comme objet d'étude, il ne s'agit que d'une démarche parcellaire d'un fait beaucoup plus large. Nous-mêmes nous avons commencé notre étude du OFF dans cette perspective mais nous avions déjà souligné que nous ne voulions pas prendre le risque de ne faire qu'une étude qui pourrait être qualifiée de sociologie du constat. Nous avons 15

cherché à situer ce public au sein d'une idéologie, celle qui a caractérisé le festival d'AVIGNON à ses origines, et nous l'avons abordé au sein du concept de théâtre populaire et de festival populaire. Il y a, entre autre, un autre pôle qui caractérise tout festival, c'est celui qui concerne la diffusion (en l'occurrence la représentation d'un spectacle pour un festival de théâtre). Une réflexion sociologique doit donc se poser la question de la fonction que prend cette diffusion au sein du festival. C'est finalement cette dernière approche qui sous-tend toute cette nouvelle étude. La fonction et la nature des représentations théâtrales au sein du festival, le choix ou non d'une démarche de théâtre populaire sont les aspects que les compagnies qui font le choix de venir dans le OFF abordent à un moment ou à un autre. Bien sûr, du fait de la tradition du festival d'AVIGNON, le notion de théâtre populaire, de festival populaire est sous-jacente à notre réflexion, mais c'est davantage autour des questionnements "quel théâtre ?, quelle fonction dans le OFF ?, pourquoi ?" que nous avons étudié les compagnies qui viennent en AVIGNON. Sans doute cette réflexion nous-a-telle contraint à passer d'une compagnie à une autre et l'analyse des matériaux recueillis sur le terrain peuvent-ils apparaître avec une part d'arbitraire dans la problématique. Cette étude ne vise cependant pas à produire un ouvrage qui aurait l'apparence d'être un tout unique. Nous avons voulu que chaque chapitre puisse être lu "pour soi" même si, bien sûr, un lien et un fil conducteur ne perdent jamais de vue l'hypothèse qui a sous tendu chaque aspect que nous avons étudié. En ce qui concerne la méthode nous tenons à souligner les choix que nous avons faits. Les chiffres sont des éléments pour constater un fait social et pour donner des pistes de recherche. Lorsque ceux-ci sont dégagés, doivent s'ouvrir des interrogations sur les causes, sur les lois auxquelles obéissent ce fait social qu'est le festival d'A VIGNON OFF. La méthode a donc utilisé un double outillage scientifique: sociologique et sémiologique inscrit dans une démarche empirique. Il s'agissait, d'une part, de rechercher les fondements des aspirations des compagnies qui décident de venir dans le OFF, ce qui nous amenait également à comprendre la fonction qu'elles attribuent au OFF. D'autre part, il ne s'agissait pas pour nous que d'étudier les compagnies selon les questions habituelles du sociologue quantitativiste mais de prendre aussi en compte les aspects qui apparaissent parfois plus psychologiqueset plus
idéologiques.

16

Partant de constatations statistiques, la réflexion s'est faite également à partir d'observations systématiques et de discours que les compagnies ont bien voulu construire à propos des perceptions et des représentations qu'elles ont du festival d'AVIGNON en général et du OFF en particulier. Bien sOr, l'objet qui est étudié, le OFF, est soumis à l'évolution, au changement, à la transformation. Aussi, si l'analyse fixe l'objet d'étude, il ne faut pas considérer que ce OFF n'a pas été pris dans un certain dynamisme, d'autant que s'agissant du domaine du spectacle vivant au sein d'un festival les faits sont mouvants, dépendants des modes, des engouements, des rumeurs... Nous devons toutefois admettre que toute évolution se caractérise par des marqueurs stables ou en évolution lente et c'est précisément ces marqueurs dans le ici et maintenant qui nous ont interrogée. Avant d'aborder d'emblée les résultats de l'analyse nous tenons à délimiter et à préciser quels sont les axes et l'hypothèse qui nous ont guidée dans la recherche. festival, Revenons un temps à Jean VILAR et à son approche du qu'en disait-il aux premiers temps d'AVIGNON (en 1950) :

"Qu'est-ce qu'un festival? Si je pose la question au normalien CURTIS ou au normalien CLA VEL, ils répondent: "Eh bien, ça veut dire la fête /" Si le la pose à mon concierge, il me répond: "Ca me rappel/e le cinéma". Et i/ vrai que l'on a officiel/ement et magistralement accolé le mot cinéma et le mot festival. (...) Regrettons que l'on perde parfois le sens des mots. Regrettons que "Avignon" et "Festival" soient mariés ensemble (...). Regrettons que chaque vi/le de France ne puisse avoir son festival. Mais, les regrets honnêtement exprimés, il est nécessaire de dire un peu où nous conduit cette festivalomanie ou, si l'on veut, cet orgueil des cités à vouloir être autre chose qu'une ville industrielle ou une vi/le de football-association. (...) On voit où cette liberté peut mener. On ne pourra plus, juillet venu, aller en France sans entendre, assoupi dans son jardin le soir, les cris des tragédiens en herbe. (...) Racine, Corneil/e, Shakespeare vont devenir nos "digest" estivaux. L'art dramatique va prendre un bon coup de gueulante. (...) Faisons du théâtre, faisons du peuple, faisons des festivals, faisons du bruit, faisons de l'art. Eh, bien, non /

17

"Avignon" (..), i/ n'a pas pavoisé quelque profession de foi autre que celle de son ignorance. "Qu'allez-vous faire en Avignon ?" demandait à Vi/ar, à Clavel, à Dussane des inquiets. Et nous répondions quelque phrase imprécise. J'ai souvent répondu: "Je ne sais pas". Et il est vrai que nous ne savions ce que nous allions quêter là-bas. (Jean VILAR Le théâtre service public

- Gallimard

- 1975

- page

440).

Cette réflexion doit nous amener à réfléchir sur ce que peut être, ce festival, cette fête du théâtre dans la société contemporaine après les évolutions et les transformations qui l'ont marquée depuis cette réflexion. Généralement la fête est le fait social qui provoque autant de définitions ou d'analyses qu'il peut y avoir d'auteurs et on s'aperçoit qu'on ne parvient jamais à lui donner le sens le plus profond. Il est difficile de trancher devant l'abondance des points de vue si on ne tente pas d'apporter une définition dans le champ de la sociologie. Nous ne souhaitons pas ancrer notre réflexion dans une idéologie qui ne percevrait dans la société contemporaine qu'une dégénérescence de la fête mais de la nuancer comme l'aborde Joffre DUMAZEDIER qui voit dans la fête à la fois des "fêtes véritables" et des "semi loisirs". Si l'on se fie aux discours des festivaliers qui voient dans le festival d'AVIGNON une fête on doit chercher dans l'immédiat les apparences de la fête du théâtre. Sans conteste les parades dans les rues semblent en être les caractéristiques, bien qu'elles se réalisent sans la présence habituelle des acteurs des fêtes des rues (jongleurs, marionnettistes, funambules, etc...). Cependant l'air de fête, l'ambiance de fête pendant près d'un mois dans les rues d'A VIGNON dépasse la valeur de chaque spectacle présenté. En effet, ces parades, cette ambiance sont bien plus qu'une simple fête puisqu'elles contribuent à ébranler les fondements même d'une culture traditionnelle, d'une culture légitimée (l'invitation dans le festival officiel par exemple). Aux origines du OFF, cette rupture était consciente et rompait avec la tradition humaniste de la culture et avec le théâtre "bourgeois" des salles à l'italienne; elle faisait disparaître la barrière entre professionnels légitimés et professionnels non légitimés ni reconnus, entre professionnels et amateurs, entre professionnels et publics. La démarche consistait à faire sortir la pratique théâtrale et festive de son champ spécifique et de renouer avec des formes de spectacles "déclassantes", non "distingantes", méprisées ou ignorées. Il s'agissait de montrer qu'une certaine culture théâtrale élitaire,

18

proposée dans le cadre d'un festival officiel avait vécu et qu'une autre était en train de naître (revenant ainsi aux sources d'un théâtre populaire). Il y avait probablement l'intention de montrer qu'on pouvait faire d'un festival autre chose que ce qu'il avait été au cours des années et que cette nouvelle démarche ne pouvait que favoriser les rencontres et la communion théâtrale. On sait bien que cette nouvelle approche du festival, prenant très explicitement l'apparence d'une fête ne peut pas être la fête pour tout le monde, que des critiques s'en donnent à coeur joie chaque année pour fustiger le OFF et critiquer l'ambiance qu'il fait naître dans la ville, que les commerçants ou certains avignonnais n'apprécient pas (n'y participent pas) cette fête. En opposition, on sait très bien que les festivaliers, quant à eux, sont très favorables et considèrent cette forme festive du festival comme une occàsion d'échanges et de don de soi-même qui permet à chacun de trouver le sens de sa venue au festival. Est-il possible que cette fête ait ainsi plusieurs aspects, plusieurs dimensions? Avant d'apporter une réponse nous pouvons nous interroger sur le sens et la forme de cette fête. Dans un premier temps, nous reprenons à notre compte l'approche de DURKHEIM qui voyait deux traits communs à toutes les fêtes: le caractère sacré ou cérémoniel uni au caractère profane ou divertissant. On retrouve dans la forme des fêtes une exaltation d'un fait social, religieux ou historique qui se manifeste par la transgression symbolique des règles sociales dans un espace et pendant un temps définis. Il est donc nécessaire de déterminer où seraient ces deux caractères dans cette fête du théâtre du OFF d'A VIGNON et de mieux cerner qui en serait véritablement concerné: les festivaliers ou les compagnies. On peut, en effet, se demander durant le festival d'A VIGNON OFF ce qui est consacré, quel est le fait social qui est exalté et quelle en est la dimension symbolique? Vient-on consacrer l'acte théâtral, le fait théâtral, le texte théâtral, autre chose? Où est l'interdit, la transgression? Est-ce le nombre sans cesse croissant de spectacles (près de trois cents spectacles par jour) ? Si l'on apporte des réponses à ces questionnements c'est déjà admettre ou accepter l'idée que le théâtre serait de l'ordre du sacré. Peut-on encore l'affirmer dans la société contemporaine? Pierre BOURDIEU
qu'une instance (un lieu)

pourrait

voir dans ce festival

moins une fête

de légitimation. Devant une telleperception

19

le statut des compagnies change totalement et le OFF n'est plus réellement une fête du théâtre mais devient une sorte de "jeu du stade" tel qu'on a pu voir leur évolution de la Grèce antique à l'époque romaine (où ils sont devenus jeux sanglants) et pour lesquels on savait qu'il y avait peu d'élus pour la victoire: "Ne savez-vous pas que, dans les courses du stade, tous courent, mais qu'un seul remporte le prix? Courez donc de manière à le remporter. Les athlètes se privent de tout. Mais eux, c'est pour obtenir une couronne périssable, et nous, une impérissable. Et c'est bien ainsi que je cours, moi, non pas à l'aventure; c'est ainsi que je fais du pugilat, sans frapper dans le
vide." Robert (Saint Paul - Première

des Spectacles
Racelière"

- Encyclopédie

Epitre

aux Corinthiens 302)

- Gallimard - 1965 - page

de la Pléiade

- "Les

- cité

dans

Histoire

Jeux Grecs de

Le jeu du cirque, de l'arène se substituerait alors au sacré. Le festival d'AVIGNON serait un fait social contemporain, inscrit dans les logiques sociales qui font de ce moment festif une lutte dans laquelle les compagnies gagneraient leur reconnaissance sociale. A VIGNON se transforme donc, dans cette perspective, en enceinte où se
déroule la lutte pour la légitimité et affirmer sa distinction.

"Les luttes

dont l'enjeu est tout ce qui, dans le monde social est l'ordre de la croyance, du crédit et du discrédit, de la perception et de l'appréciation, de la connaissance et de la reconnaissance, nom, renom, prestige, honneur, gloire, autorité, tout ce qui fait le pouvoir symbolique comme reconnu, ne concerne jamais que les détenteurs "distingués" et les prétendants "prétentieux". Reconnaissance de la distinction qui s'affirme dans l'effort pour se l'approprier, fut-ce sous les espèces illusoires du bluff et du simili, et pour se démarquer par rapport à ceux qui en sont dépourvus; la prétention inspire l'acquisition". (Pierre BOURDIEU - La distinction - Editions de Minuit 1979 - page 281).

Joffre DUMAZEDIER, quant à lui, ne s'étonnerait guère de cette nouvelle forme festive puisqu'il a bien montré que la société industrielle ne peut plus avoir les mêmes repères que les sociétés
traditionnelles: manifestations

"Les institutions de base sécrétent à toute occasion
anciennes, les autres à des manifestations nouvelles:

un grand nombre de types de fêtes ou de mini-fêtes beaucoup plus nombreuses qu'autrefois. Les unes correspondent à des la sacralisation et la transgression sacrée ont à peu près disparu mais non les rites et les excès en tous genres, excès plus ou moins

excessifs après deux siècles d'éducation pour tenter, selon
Condorcet, de "rendre la raison populaire",

20

La pratique de ces fêtes est l'occasion de consommation collective et individuelle dont les besoins sont excités par une société marchande dont le profit est le moteur majeur (...J." (Joffre DUMAZEDIER Aujourd'hui à chacun sa mini-fête - Revue AUTREMENT - N°7 Novembre 1976 - page 80) Il nous est difficile de trancher et c'est précisément pour comprendre les conditions de la production de cette fête contemporaine du théâtre, non seulement inscrite dans l'idéologie du théâtre populaire mais également dans la logique du renversement des valeurs traditionnelles du théâtre, que nous avons entrepris depuis deux années, avec les outils que nous procurent le savoir sociologique, cette recherche sur le festival d'AVIGNON OFF. Les
d'Avignon

festivaliers
OFF vingt

nous
ans après"

ont déjà

répondu

(voir

"Le

festival
en

-

Editions

de l'Espace

Européen),

montrant leur attachement particulier à cette ambiance temps de donner la parole aux compagnies.

de fête il est

21

CHAPITRE UN OFF

I

QUI SE STRUCTURE...

Pour des détails concernant l'histoire et les débuts du festival d'AVIGNON OFF nous renvoyons le lecteur à l'analyse qui en a été faite dans "LE FESTIVAL D'AVIGNON OFF 20 ANS APRES". Un simple rappel des faits historiques va nous permettre de mieux comprendre le fonctionnement actuel et les enjeux qui apparaissent tout au long de l'étude des questionnaires et des entretiens. On ne peut omettre de festival officiel qui a été créé festival OFF, lorsqu'on étudie 1947 à 1968), apparaît n'être Jean VILAR a semé vingt ans l'émergence de ce OFF. renvoyer l'existence du festival OFF au par Jean VILAR en 1947. En effet, le attentivement les écrits et la presse (de que le résultat ou la moisson de ce que auparavant. Il était d'ailleurs favorable à

Les années soixante dix ont donc vu naître ce festival OFF, certes dans une atmosphère de contestation, mais également dans la volonté de faire vivre le théâtre (sous toutes ses formes) et de permettre au public faire librement le choix de ses spectacles. On pouvait dire qu'il s'agissait d'une manifestation spontanée et que toute compagnie qui souhaitait exercer son activité pendant la durée du festival officiel avait la possibilité, dès lors qu'elle trouvait un lieu, de présenter son spectacle. Ainsi, petit à petit des compagnies ont utilisé tous les lieux, les espaces qui permettaient d'installer quelques bancs et une scène.

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la création de ce festival "inorganisé" était très représentative de l'idéologie des années soixante dix et cherchait à réaliser le slogan qui fleurissait sur les murs "il faut vivre ses réves et non réver sa vie'~ Plutôt que d'attendre la reconnaissance suprême, qui permettait d'être invité dans le festival officiel, les compagnies venaient en AVIGNON présenter le résultat de leur activité théâtrale. le OFF a d'ailleurs été la pépinière des metteurs en scène et acteurs qui ont aujourd'hui une légitimité. De quelques compagnies présentes aux premiers temps, nous devons actuellement faire le constat que le nombre de compagnies augmente chaque année de façon très accélérée. Devant cette inflation du nombre de compagnies il y a eu la nécessité de permettre aux festivaliers de se retrouver dans AVIGNON pour se rendre aux différents lieux de spectacles et de pouvoir en connaître les horaires. Ainsi l'Association A VIGNON PUBLIC OFF sous l'impulsion de Alain lEONARD s'est créée en 1982. Nous allons nous attarder sur la structure de l'association et sur son mode de fonctionnement afin de permettre au lecteur de mieux saisir le sens global des mécanismes du OFF. Notre analyse se situe donc en 1991 près d'une dizaine d'années après la mise en place du fonctionnement de l'association.

I

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LE OFF

S'ASSOCIE...

Il s'agit d'une association

meilleure information
ensemble, direction. (Roger

de la loi 1901. Elle "a pour but une du Public et la promotion du OFF dans son par une action concertée." Alain lEONARD en assure la

les membres d'honneur sont des personnalités du spectacle BLIN, Michael lONSDALE, Madeleine RENAUD...). des participants reste totale à la nature et à l'originalité du est essentiellement d'étre un

Il faut noter que "l'indépendance dans tous les domaines, conformément OFP' et qu'enfin "le but de l'association
point de rencontre entre ceux

qui le souhaitent".

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