Un humour impossible

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L'auteur de Michel Ouellebeurre - La tarte et le suppositoire (de Fallois) nous revient avec la parodie hilarante d'un autre monument de l'édition française contemporaine. L'un des romans phares de la rentrée littéraire 2015 se mue en une irrésistible "autofriction du nombril".

"J’ai un nombril magnifique, scintillant, très profond, plein de creux et de bosses, fait de liés et de déliés comme l’écriture des enfants de jadis. Mon nombril c’est une sorte de labyrinthe, un jardin à la française, un kiosque à journaux, un abîme de beauté, un volcan éteint, un siphon d’évier, une fierté ancestrale, une bergerie à moutons, un clapier à lapin, un étable de cuisine, une astragale du pied, une allégorie de la taverne, mon père adorait mon nombril, depuis je fais rien qu’à me le regarder, je m’en lasse pas."


Publié le : mardi 8 mars 2016
Lecture(s) : 12
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782875600714
Nombre de pages : 64
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UN HUMOUR IMPOSSIBLE
Autofriction du nombril
Christine Anglot
Traduit du français par Fabrice del d'Angot
« Christine Anglot est à la littérature
ce que Nadine Morano est à la politique,
un génie à l’état pur. »
Les Incrockuptibles
« Le dernier Anglot a pourri. »
Marlon Brando pour Labération
« Christine Anglot a su cerner comme personne la phénoménologie lexicale de la relation père-fille quand la fille contemple son nombril alors que son père n’en veut qu’au tout de son cru. » Le Monde délivre « Il y a dans la diversité linguistique et la syntaxe de Christine Anglot une richesse et un foisonnement qui font penser à Georges Marchais. » Fabienne Pasqua pour Téléramage
Ma mère était à Châteauroux et à la sécurité sociale quand elle a rencontré mon père et mon père était à pied et à la cantine, elle aussi, elle avait vingt-cinq ans et comme mon père avait trente ans il était plus âgé qu’elle, je suppose qu’il était né plut tôt car à midi, il n’est jamais onze heures. Ma mère, oui ma mère, l’avait rencontré la veille, c’était la semaine du mardi, et il faisait beau. Le mardi, c’était un jour où le soleil se couchait. À Châteauroux, le soleil se cache pour briller et se couche le mardi et la nuit tombe le soir, quand l’hiver il fait froid. On m’a tellement interrogée à ce sujet qu’il est temps que je solutionne la réponse aux questionnements. Oui, quand mes parents se sont connus, je n’étais pas encore née. Voilà c’est dit. Je suis venu après la connaissance. Car, avant de rencontrer mon père, ma mère ne l’avait jamais vu. Jamais. Elle le connaissa que quand elle le rencontrut pour la première fois. Mais, la première fois c’était compliqué. On ne sait pas quoi se dire. Surtout mes parents. Mon père était paciturne et ma mère mouette. Ma mère parlait pas et mon père se taisait. Entre eux il y avait du silence. Y avait pas de mots. Y a pas de mots à Châteauroux. Il n’y a pas de roux à Châteaumots. Il ne faut pas mettre le charroux avant les bœufs. Si mes parents, ils parlaient pas, c’était pour ne rien dire. C’est comme ça que je suis devenu une aigrivaine. Parler pour ne rien dire, j’ai fait pareil dans mes livres. J’ai eu l’hérédité. Et en plus, coup de chance, j’ai eu l’air éditée. Comme ma mère était jolie et qu’elle était en hiver, mon père a fini par parler pour dire quelque chose : il ne fait pas chaud. Il a dit il ne fait pas chaud et ma mère lui répondu. Bien obligée. — Non, a dit ma mère et elle a ajouté on peut même dire qu’il fait froid. — Ce sera mieux demain a dit mon père. — Demain est un autre jour, a répondu ma mère, qui avait entendu sa mère dire cela. — Et hier aussi, a dit mon père d’un air profond, hier aussi et un autre jour. Mon père avait parfois un air profond, celui que je prends aussi quand je dis des banalités c’est-à-dire à peu près tout le temps.
— Et aujourd’hui ? a demandé ma mère.
— Aujourd’hui est le même jour a dit mon père.
— Le même jour qu’hier ou que demain ? — Le même jour qu’aujourd’hui. Voilà. C’est comme ça que mes parents se sont parlé pour la première fois et chaque fois que j’y repense je suis bouleversée par leur amour qui naît et la pertinence de leur dialogue. Il a fallu que j’écrive des tas de livres avant celui-ci pour que j’arrive à une telle
profondeur dans la psychologie et à un tel dénuement dans la situation que les personnages ils vivent. Je croive pas que dans la littérature d’aujourd’hui on trouve un autre exemple de quelqu’un qui m’arrive à la chenille et qui sache commencer le début d’une intrigue qui commence dès les premières pages du livre. Mais c’est comme ça que j’écris : avant le début du livre y a rien, au milieu y a pas grand-chose et la fin est nulle.
À l’époque-là, mon père était encore juif. — Et après ? — Après il est devenu roux. — Il était plus juif ? — Non, ça lui était passé. C’est ma mère qui était devenue juive. Et mon père pas. — Elle était pas brune ? — Auburn. Comme Audrey. Mais c’est là que ça allait devenir pas simple. Je pourrais même dire compliqué. Ma mère aimait mon père. Mon père moins. Il était pas pour le mariage. C’était à cause de l’argent. — L’argent ? — Oui mon père aimait l’argent.
— Et ta mère ?
— Elle aimait mon père.
— Et ton père il aimait ta mère ? — Non, il lisait Le Monde. — Et alors ? C’est incompatible ? — Mon père était nietzschéen et ma mère à la sécurité sociale.
Christine Anglot
L'auteur de MichelOuellebeurre - La tarte et le suppositoire (de Fallois) nous revient avec la parodie hilarante d'un autre monument de l'édition française contemporaine. L'un des romans phares de la rentrée littéraire 2015 se mue en une irrésistible "autofriction du nombril".
ONLIT Editions est une maison d’édition belge, basée à Bruxelles, qui se consacre à explorer et diffuser la création littéraire contemporaine, en phase avec l’évolution des nouvelles technologies. Tous les titres ci-dessous sont disponibles en versions papier et numérique. Patrick Delperdange est un sale typede Patrick Delperdange Son parfumde Jacques Mercier Les fées penchéesde Véronique Janzyk Faux témoignagesde Lorenzo Cecchi Sur la grued’Olivier Bailly Le Pape a disparude Nicolas Ancion À vivre couchéde Pauline Hillier Eaux perduesde Daniel Adam Dérapagesde Véronique Deprêtre On est encore aujourd’huide Véronique Janzyk Comment le chat de mon ex est devenu mon ex-chatd’Edgar Kosma Impasse du 30 févrierde Luc Delfosse Petite fleur de Javasuivi deDeux migrationsde Lorenzo Cecchi S’enfonçant, spéculerd’Antoine Boute Comme des chiensde Patrick Delperdange Compte à reboursde Juan d’Oultremont Le Vampire de Clichyde Véronique Janzyk Les Fantômes sont des piétons comme les autresd’Aliette Griz Un humour impossiblede Christine Anglot Le Christ obèsede Larry Tremblay
ISBN : 978-2-87560-071-4 Première édition : 16 mars 2016 Coordination éditoriale : Pierre de Mûelenaere Composition de la maquette : Benoit Dupont Composition de la couverture : Studio Alvin Versions epub & kindle :LEC Digital Books Découvrez l’ensemble de notre catalogue surwww.onlit.net Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles
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