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Vertiges

140 pages
Ce livre raconte une histoire. Celle de la relation née entre un théâtre de ville, une compagnie de danse et un Comité d'Entreprise. Autour du travail artistique qui a donné naissance au spectacle "Vertiges", une aventure s'est écrite, plus souterraine, celle de multiples relations humaines qui ont nourri la démarche créatrice de chacun des partenaires.
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Vertiges

La métaphore déployée

Rédaction en chef Régine Poirie~ Alain Sers Béatrice Fumet, Emmanuel Têtedoie

Secrétariat Évelyne

général Nédélec

Convergences avec Théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur-Seine, CMCASEDF Production-TIRU-CPCUde la Région parisienne, Compagnie Retouramont

Collection
Directeur

Création
Kazem

I Réel

Shahryari

@L'Hannattan,2003 ISBN: 2-7475-4272-6

Sommaire

Avant-dire Un théâtre, une compagnie de danse, un Comité d'Entreprise: l'aventure Vertiges

Il

I LES PRÉMICES De 1982 à 1999 : de rencontres et d'histoires communes naissent les désirs d'un projet commun Parce qu'il est nécessaire d'oser Gérard Astor, directeur du Théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur-Seine Au plus près du lieu de travail Jean-Claude Moreau, président de la CMCAS Production Vers une méthode... Antoine Gazo, ancien président de la CMCAS Production Une usine comme source d'écriture Fabrice Guillot, chorégraphe

-

13

15 18 20 24

Une danse loin des usines Contributionde PhilippeVerrièle,critiquede danse
II

29

- LA

CROISÉE

DES VERTIGES

33

D'octobre1999à mars 2001 : mise en route de la coproduction De mars 2001 àjanvier 2002 : leprojet prendforme... La découverte de la matière du projet Fabrice Guillot Vertiges, un espoir d'échanges avec le monde du travail Fabrice Guillot Du travail à la commande Contributionde PhilippeVerrièle
III 39 41

45

- LA

PHOTOGRAPHIE,

TERRAIN

DE RENCONTRE

IMPRÉVU

49

Sens fuyant José-MiguelCarmona,photographe

IV VERTIGES EN SCÈNE D'octobre 2001 à mai 2002 : au cœur de l'écriture naissante...

-

89 95 97 99

Le travail de/dans l'écriture GenevièveMazin, chorégraphe Murmures de l'usine JeffersonLembeye,compositeur De soli à solidarité Fabrice Guillot et GenevièveMazin Pas seulement à la corde Contributionde PhilippeVerrièle
V

105

- EXPLORATIONS
Mazin

(DE NOUVEAUX

TERRITOIRES)

109 110
121 123 127

La relation à l'autre s'impose comme une nécessité
Geneviève

Des passerelles avec le monde du travail Fabrice Guillot Agents et artistes: une reconnaissance Jean-ClaudeMoreau La métaphore partagée
Gérard Astor

La Compagnie Retouramont Cahiers de Convergences

139 141

Béatrice Fumet et Emmanuel Têtedoie,qui ont suivil'ensembledu
projet au titre de leurs fonctions de Relations avec le public au Théâtre Jean-Vilar de Vitry, ont rédigé les parties introductives aux chapitres 1/ II et IV et choisi les témoignages (en italique) qui émaillent le livre, recueillis tout au long du projet et à l'issue des représentations de Vertiges.

Photographies pour l'ensemble du livre: José-Miguel Carmona

8

" Si haute que soit la fonction

de l'artiste,
",

il trouve un renouvellement au contact de la réalité

Jean Jaurès *

* Citation extraite du discours prononcé par Jean Jaurès au mois de mars 1908 à la Chambre des députés, en réponse à Maurice Barrès qui s'opposait au transfert des cendres d'Emile Zola au Panthéon.

Avant-dire

Un théâtre, une compagnie de danse, un Comité d'Entreprise: l'aventure Vertiges
En tissant des relations entre artistes et travailleurs, l'association Convergences, à travers rencontres et publications, tente d'ouvrir de nouvelles voies à la création. Le spectacle Vertiges a été créé le 30 mai 2002, creuset d'une aventure menée par la compagnie de danse Retouramont, le Théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur-Seine et le Comité d'Entreprise de la Centrale EDF sise au cœur de la ville. À l'initiative de ce proj et, Gérard Astor, président de Convergences et directeur du Théâtre Jean-Vilar, emmène les chorégraphes de la compagnie Retouramont découvrir la Centrale EDF de Vitry. D'abord fascinés par un tel édifice, les artistes rencontrent ensuite des agents qui osent dévoiler leurs souffrances au travail, engendrées par les restructurations de l'entreprise; les chorégraphes reconnaissent le " vertige" auquel ils sont confrontés dans leur danse. Se dessine alors un projet chorégraphique prenant comme source d'écriture la Centrale EDF, au centre d'un processus plus vaste impliquant la compagnie, le Théâtre et le Comité d'Entreprise. Nous pourrions partir de chacun des fruits de notre aventure et développer ici ses liens avec l'ensemble de la production, son jeu dans le système de résonances qu'a été Vertiges. Qu'avons-nous produit? Un spectacle? Des représentations? Un public? Des places vendues le soir? Des courriers d'information aux agents EDF? Des comptes-rendus de réunion? Des synthèses de budgets? Des demandes de subventions? Une écriture? Une lecture?

Un point de départ: chacun peut être" producteur" dans l'aventure, tout en poursuivant ses propres finalités: œuvre sociale et culturelle pour le Comité d'Entreprise, suivi et accompagnement d'un public et d'une compagnie pour le théâtre, ateliers et création d'un spectacle pour la compagnie. Un pari: la rencontre, la confrontation, le suivi de l'ensemble des processus de production vont modifier le travail et l'apport de chacun. Nous avons choisi de lire ce projet en suivant le plus souvent un axe chronologique et en croisant les regards: chorégraphes, agents EDF, photographe, responsables du Comité d'Entreprise, équipe du Théâtre, dévoilent et explorent les multiples facettes de cette aventure déployée sur deux saisons et profondément ancrée sur le territoire. Pour rythmer ce cheminement, nous avons sollicité un critique de danse qui apporte un regard" extérieur" sur la démarche. C'est donc à un voyage au cœur des pratiques que nous vous invitons. Pratiques à observer, expérimentation à interroger.

La rédaction en chef

12

I - Les prémices

De 1982 à 1999 : de rencontres et d'histoires naissent les désirs d'un projet commun.

communes

L'aventure d'Energie(s)-sur-scène De 1982 à 1984, le Théâtre Jean-Vilar et le Comité d'Entreprise de la Centrale EDF de Vitry (SLV et CMCAS Production) partagent un processus de création artistique. Premières explorations du territoire Trois ans après l'accueil au Théâtre de Loi de Gravité Paradoxale en 1995, première chorégraphie de Retouramont, le Théâtre propose à la compagnie, lors de sa saison" hors les murs ", d'investir l'école Jules Verne de Vitry. Après un travail pédagogique avec les enfants, naît Promenade au bord du gouffre en 1998, déambulation des danseurs et des spectateurs, dans et autour de l'école. Chemin faisant, les chemins se croisent Régine Poirier, agent EDF, intègre le Conseil d'Administration du CAC Jean-Vilar et devient responsable de la Commission culturelle de la CMCAS Production. En novembre 1998, après un an de travaux, le Théâtre rénové invite la compagnie Retouramont à participer à sa soirée d'ouverture. Un an plus tard, Gérard Astor présente Geneviève Mazin et Fabrice Guillot à Régine Poirier lors d'un repas organisé pour l'ouverture de saison. Régine les invite à visiter la Centrale de Vitry ...

14

Parce qu'il est nécessaire directeur Il du Théâtre Jean-Vilar

d'oser...

Gérard Asto~
de Vitry-sur-Seine était temps de poursuivre. De reprendre. Ces compagnonnages que le Théâtre Jean-Vilar avait imaginés et formés entre des artistes et les structures que s'étaient donné les travailleurs des grandes entreprises de Vitry, SNCF et EDF. 1981 : Vitry-sur-rail avec les jeunes cheminots CGT. 1984 : Energie(s)-sur-scène avec la SLV de la Centrale EDF et la CMCAS Production Région Parisienne. 1988 : La nuit suspendue avec le Comité d'Entreprise SNCF Paris-Sud-Ouest. Il était temps parce que, depuis, même si les Ardoines et le Centre d'Essais de la SNCF ont vu leurs effectifs se stabiliser ou augmenter, les Ateliers ont fermé; quant à la Centrale, deux des quatre tranches ont été vendues (!) à la Colombie (aux dernières nouvelles cette vente est compromise pour cause d'insolvabilité). Il était temps parce que pointent depuis quelques années de nouveaux élans qui rapprochent les artistes - notamment des cinéastes, vidéastes et metteurs en scène de théâtre - du monde du travail. La production théâtrale de 501 blues autour de la fermeture de Levi'Strauss à La Bassée apparaît, de ce point de vue, comme emblématique. Parce que le monde de l'écriture tend lui-même à s'arracher aux habitudes et cherche de nouvelles voies d'exploration. Parce que le Théâtre Jean-Vilar, après des années de t1 détour t1 où équipe et public ont exploré les écritures naissantes, peut affronter à nouveau cette échéance. Il a aujourd'hui une plus grande autonomie financière (n'oublions pas les tensions qui ont émaillé la production d'Energie(s)-sur-scène). Il a un lieu de représentation encore plus modulable pour travailler l'écriture dans l'espace et les rapports entre le spectacle et ses spectateurs. Il a enfin, en son sein propre, un groupe de professionnels de relations avec le public capable de mettre en œuvre un projet en profondeur, sur une longue durée, en y associant des parties 15

entières d'un public moins concerné au départ (ce qui avait été l'un des points fragiles d'Energie(s)-sur-scène). Et puis il y avait cet appel, venant de franges" avancées" du monde du travail, à ne pas attendre que les usines ferment pour en trouver le chant (voir dans cette même collection, Culture/Monde du travail, colloque de Saint-Nazaire). Ce désir aussi maintes fois exprimé - notamment lors des Courants d'Hiver 2001 organisés en région parisienne par le Groupe des 20 Théâtres, THECIF et la CCAS - par Antoine Gazo, ancien président de la CMCAS-Production, d'élaborer une réflexion sur la méthode, sur les conditions" nécessaires" à observer, pour que la rencontre entre les deux mondes ait lieu" en vérité". Enfin l'accumulation des études in situ de l'association Convergences à travers ses Cahiers, notamment sur les questions de l'utopie et du regard du spectateur, qui pour une part croisaient les expériences menées par l'équipe du Théâtre JeanVilar, celle-ci croisant depuis plusieurs années le parcours de la Compagnie Retouramont. Retouramont avait présenté à Vitry, dans le cadre des Plateaux de la Biennale Nationale de danse du Val-de-Marne, sa première œuvre, Loi de gravité paradoxale, en 1996 et investi l'école Jules Verne avec Promenade au bord du gouffre pendant la période" hors les murs" en 1998. C'est à partir de son interrogation du rapport de I'humain à la matière et à l'espace, que nous construirions les premières bases de notre collaboration. Mais surtout peut-être d'une qualité de contact et d'écoute à notre recherche sur les questions, elles aussi croisées, de l'écriture et du monde. Avec cette souplesse de la danse que n'enferment pas les mots d'aujourd'hui, mais qu'anime l'urgence du corps, laissant pour ailleurs ou plus tard l'échéance du théâtre. Ainsi étaient donc disposés en avril 2001 les éléments qui constituèrent le processus de production du travail métaphorique qui a pour nom Vertiges.

16

Disons les choses clairement, nous avons bâti ce projet avec les travailleurs d'une grande entreprise, avec un " grand" Comité d'Entreprise, en relation avec un " grand" syndicat représentatif. Nous avons fermé nos oreilles aux sirènes qui répètent à l'envi que là n'est pas l'avenir, parce nous savons que, même si ces entreprises-là ferment leurs unités sur notre territoire, elles en ouvrent ou en achètent ailleurs, et qu'ailleurs, y compris les travailleurs pourront se nourrir de notre expérience... Mais parce qu'aussi elles sont bien là, pour certaines encore, sur notre territoire, à côté d'autres, et qu'il serait ridicule de passer à côté. Parce qu'ensuite l'avenir n'est pas écrit. Nous en savons quelque chose puisque la Centrale de Vitry aurait dû fermer ses portes voici presque vingt ans, que le travail d'Energie(s)-sur-scène aura contribué à sa pérennité, que l'on verra l'impact de Vertiges sur le moral et l'acuité de conscience de certains agents de la Centrale, et qu'en matière d' " écriture ", nous sommes tous là pour ça. Nous venons de vivre vingt années d'intimidation avec les proclamations doctes de fin de I'Histoire, fin des idéologies, fin de la philosophie, qui n'ont fait qu'installer une emprise plus forte, plus absolue d'une pensée unique, impériale. Il n'est à cela qu'un remède: l'expérimentation multiple, libre, consciente d'elle-même, enracinée dans son territoire et ouverte sur ce qui se fait ailleurs et autrement.

17

Jean-Claude

Au plus près du lieu de travail... Moreau, président de la CMCAS Production

La CMCAS et la SLY La Caisse Mutuelle Complémentaire d'Action Sociale de la Production, du Traitement Industriel des Résidus Urbains et de la Compagnie Parisienne du Chauffage Urbain fut créée en 1963. Sur les dix-sept Caisses de la région parisienne, la nôtre, CMCAS-Production-TIRU-CPCU, rassemble une partie des sites de production d'énergie de la région et des services " satellites" liés directement à la Production. Notre Conseil d'administration est élu par l'ensemble des agents rattachés à la CMCAS Production, c'est-à-dire près de 3000 électeurs. Pour l'ensemble des Industries Electrique et Gazière, il y a schématiquement trois niveaux de structures: la Caisse Centrale d'Activité Sociale qui est l'échelon national, la CMCAS qui est en règle générale l'échelon territorial, et la SLV, l'échelon local: presque sur chaque lieu de travail, des agents élus sur des listes syndicales sont détachés pour assurer leurs mandats. La SLY est ainsi le lieu de contact direct avec les agents, leurs familles et la CMCAS, elle constitue un maillon essentiel de nos structures. Le personnel, par l'intermédiaire de ses élus, a la gestion totale des activités et de la protection sociale. Agent technique mécanicien, j'ai été embauché en 1976 au Centre de Production Thermique de Vitry et, très vite, j'ai eu des responsabilités syndicales au sein de mon service. D'abord élu à la SLY jusqu'en 1998, je suis devenu, sur proposition de mon organisation syndicale (CGT), président de la CMCAS Production. Cette responsabilité représentait un prolongement naturel à mon engagement militant. Je mets au cœur de mon action le contact et les rencontres avec les agents et leurs familles, convaincu que seule une action au plus près du lieu de travail et du lieu de vie peut rassembler largement autour d'activités innovantes et nous aider à proposer autre chose que" la consommation d'activités toutes faites". 18