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Accompagner les ruraux dans leurs projets

De
239 pages
Les projets concernés ici sont ceux des paysans et autres entrepreneurs ruraux, qui partent d'un rêve, d'une envie pour devenir réalité. Le " programme d'accompagnement " qui est le cœur de cet ouvrage est un ensemble d'appuis organisés pour aider à la réalisation de ces projets. Cela suppose des moyens techniques et financiers, mais aussi une stratégie d'accompagnement appropriée conduite avec des techniciens-conseillers et aussi des responsables professionnels (les accompagnants).
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ACCOMPAGNER

LES RURAUX

DANS LEURS PROJETS

Étienne BEAUDOUX

ACCOMPAGNER

LES RURAUX

DANS LEURS PROJETS

Orientations

méthodologiques à partir de situations en Afrique subsaharienne

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris FRANCE

-

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Dessins de Thomas Schmutz

@ L'Harmattan, 2000

ISBN: 2-7384-9479-X

À Malick et Ernest

Mes remerciements à pour l'aide apportée

la FONDATION DE FRANCE à la publication.

Il est difficile d'associer à ce livre tous ceux dont l'expérience de chaque jour est la matière de cet ouvrage. Qu'au moins ceux qui ont contribué à l'amélioration du manuscrit soient directement remerciés: tout particulièrement Mark NIEUWKERK et Philippe JORDAN, Christian FUSllLlER, Jean MURET, Paul SPINAT, Sophie VilLARD, Nella DIAGNE, Monique et Gérard LOGIÉ, Ghislaine CONTE, Monique GARITO. Par ailleurs, beaucoup d'expériences citées ont fait l'objet d'un travail conjoint. À ce titre, que soient remerciés pour leur collaboration à propos d'un ou plusieurs exemples: Augustin DURAND, Claude REMUZAT, François DASCON, Jean-Paul GANDIN, Jean BESSON, Marie-Christine GUENEAU, Stéphane de NORAV, Jean-Bernard SPINAT et l'équipe IREDECà Antsirabé.

SOMMAIRE

Int ro d u cti 0 n Cas nOl : l'appui aux producteurs de cacao en région centre-sud au Cameroun Cas n02 : l'appui aux associations d'usagers de l'eau dans les petits périmètres irrigués (PPI) à Madagascar Cas n03 : l'appui aux associations villageoises en zone coton au Mali Cas n04 : l'appui de l'ONG IREDEC aux artisans à Antsirabé à Madagascar

13 16 17 18 19

Première partie De la vulgarisation à l'appui au monde rural
Chapitre I l'histoire des projets d'appui aux agriculteurs 1. Les grands projets d'origine externe 2. Les projets « filière »... ...

23 24 28

3. Les premiers doutes

~

29

Chapitre Il les enjeux actuels pour l'appui aux acteurs du monde rural... 35 1. Les agricultures africaines.. 35 2. Trente ans de débats sur la vulgarisation agricole 37 3. Les acquis de ces dernières années 40 4. Les questions d'actualité 49

Chapitre III Les projets des acteurs du monde rural 1. Les acteurs porteurs de projets en milieu rural 2. Les projets des acteurs 3. L'environnement institutionnel d'un projet 4. Le projet: un ensemble d'actions

53
54 57 61 63

Deuxième partie
Construire le programme d'accompagnement

Chapitre IV Concevoir un accompagnement approprié 1. Objet de l'accompagnement 2. Articulation entre le programme de développement et le programme d'accompagnement 3. Le contenu du programme d'accompagnement 4. Un exemple de démarche d'accompagnement pour clarifier le projet des acteurs au niveau d'une zone rurale 5. La mise en œuvre de l'accompagnement

71
71 75 77 79 89

Chapitre V Choisir des démarches d' accompagnement 93 1. La démarche en fonction des objectifs directs ou finaux 94 2. La démarche en fonction des bénéficiaires d'appui 95 3. La démarche adaptée aux différents projets des acteurs 96 4. La démarche en fonction de la forme d'accompagnement privilégiée. 104 5. La démarche en fonction des opérateursdans le milieu 109
Chapitre VI outil pour la mise d'accompagnement en œuvre

La formation, du programme

111
112 114

1. La panoplie des moyens utilisables 2. La formation des producteurs ruraux

8

3. La formation des producteurs, membres d'une organisation 115 4. La formation des responsables d'organisation 116 5. Les modalités de réalisation de ces formations: le plan de formation. 121

Troisième partie Mettre en œuvre un programme d'accompagnement
Chapitre VII Les accompagnants 1. Les différents accompagnants 2. La formation des accompagnants 3. Les outils pour les accompagnants

...

125

...

126 130 137

Chapitre VIII Réaliser le programme d'accompagnement 1. Le programme d'accompagnement à mettre en oeuvre 2. Deux exemples de programme d'accompagnement. - Programme d'accompagnement pour la commercialisation du cacao au Cameroun - Programme d'appui à la création du « marché des artisans» à Antsirabé Madagascar. ...... Chapitre IX Le suivi-évaluation, outil d'accompagnement 1. Évaluation, suivi et suivi-évaluation 2. Méthodes et outils pour le suivi et l'évaluation 3. Quatre exemples de suivi-évaluation - Des outils classiques pour le suivi d'un programme
d'accompagnement.

141
141 145 145 ~.. 149

153 153 155 161

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . 161

- Le suivi-évaluation d'une organisation rurale - Le suivi-évaluation du programme d'appui aux artisans d'Antsirabé ... ..... - Le suivi-évaluation d'un programme d'appui à la promotion d'une organisation rurale

163 164 165

9

Quatrième

partie

le cadre institutionnel Chapitre X les dispositifs institutionnels 1. Des dispositifs institutionnelsmaîtriséspar la profession agricole 2. Les questions en débat à propos des dispositifsinstitutionnels
Chapitre XI la coopération Nord-Sud pour l'accompagnement des porteurs de projets ruraux 1. Le rôle des organisations professionnelles agricoles 2. Le rôle des établissements de formation agricole 3. L'appui aux ONGet bureaux d'études Conclusion Et mai nt en ant.

173 173 184

191 193 200 203

....

......

.

...............

.

..... 205

Documents d'appui A. Exemple d'un programme d'appui aux cultures de contre-saison au Niger 209 B. Exemple d'un programme expérimental en Algérie pour tester des modalités d'accompagnement diversifié 213 c. Grille pour l'évaluation d'un dispositif d'accompagnement au Maroc 216 D. Évaluation de la viabilité des associations d'usagers de l'eau (AUE) sur les petits périmètres irrigués à Madagascar 219 Liste des sigles Bib Ii0 gr a phi e som mai re ... 229 233

10

GLOSSAIRE À propos de l'usage de quelques mots dans ce livre

Accompagnement
Acteur Audit

Auto-évaluation Bénéficiaire Critère Évaluation Finalité Ingénierie Objectif

Programme Projet Stratégie Vulgarisation

ensemble des moyens mobilisés pour aider un acteur à réaliser ses projets. personne ou organisation ayant des projets en cours de réalisation. mission de contrôle de l'exécution d'une action. Ce contrôle est souvent comptable et financier, mais pas uniquement. évaluation réalisée par les acteurs eux-mêmes, sans exclure des appuis externes. celui qui est destinataire d'une offre (la grande diffi., cuIté étant qu'il devienne acteur). angle de vue sous lequel une action est appréciée (les lunettes en quelque sorte). bilan sur l'état d'avancement d'un projet et ses effets. rêve d'avenir partagé. les dispositifs organisationnels mis en place pour réaliser une action. orientations concrètes pour la réalisation des finalités (les objectifs peuvent être opérationnels, à long terme, à moyen terme). organisation d'une action dans le temps et dans l'espace. action envisagée ou en cours de réalisation. démarches et moyens pour mettre en œuvre un projet. transmission d'informations.

INTRODUCTION

Dans la longue histoire des projets de développement rural en Afrique depuis les indépendances, les programmes d'intervention auprès des producteurs ruraux ont été marqués par des évolutions et des modes généralement induites par les bailleurs de fonds. Sur le terrain, on a pu observer une multitude d'adaptations locales de modèles et d'anti-modèlesI, mais le grand constat, c'est la carence de réflexion opérationnelle en matière de stratégie d'intervention auprès des producteurs ruraux. Alors que depuis vingt ans, beaucoup d'avancées méthodologiques ont été faites dans les milieux de la recherche agronomique et sociale sur le diagnostic (profond, léger, rapide, concerté, participatif, externe, interne, etc.), on reste très pauvre au niveau des propositions de démarches d'action et des stratégies d'appui aux producteurs et à ceux qui ont pour profession ou pour responsabilité de les conseiller. Faut-il y voir une faiblesse de nos institutions de recherche, performantes au niveau des théories de la connaissance (comme par exemple ces dernières années pour l'analyse systémique qui a permis une meilleure connaissance des interactions entre les agriculteurs et leur milieu), mais moins imaginatives quand il s'agit d'appuyer concrètement les producteurs? Elle sont de fait orientées sur le diagnostic plus que sur l'action. Est-ce le problème des hommes et de leur formation, avec une prédominance d'agronomes ayant une formation trop spécialisée? Est-ce un problème de structure, avec un manque de relais en Afrique entre les institutions de recherche fondamentale et le terrain? Est-ce une faiblesse des partenaires locaux pour proposer ou refuser des offres de coopération? Les raisons sont sûrement multiples et empruntent à chacune de ces hypothèses.
1. Spécialement dans les deux dernières décennies avec les partisans de «Benor» et les «antiBenoD>,du nom d'un expert de la Banque Mondiale qui a promu un système de réorganisation des appareils traditionnels de vulgarisation agricole.

13

La Coopération internationale française, dans ses interventions de développement rural, depuis bientôt quarante ans, est longtemps restée sur des systèmes de formation/vulgarisation figés. Les paysans ont été trop longtemps considérés comme le dernier maillon de la cascade de vulgarisation, un maillon à convaincre plutôt qu'un partenaire à écouter. .. alors qu'il aurait été essentiel de bien analyser et prendre en compte les pratiques locales souvent anciennes et les raisons d'aspiration ou de résistance au changement. Plusieurs décennies de formation pour le développement rural ont été marquées en Afrique par la mise en place de modèles administratifs ou para administratifs sécurisants pour les fonctionnaires locaux mais guère motivants pour les « vulgarisés ». Les bailleurs de fonds extérieurs ont financé sur le terrain de grands projets reproduisant du Sénégal à Madagascar le modèle descendant d'intervention. Ils ont parallèlement investi dans les écoles de formation de cadres pour préparer les futurs fonctionnaires et exécutants de ces projets. Il faut cependant reconnaître des avancées novatrices par ailleurs dans les programmes de « recherche-développement », la « gestion des terroirs» et aujourd'hui la « professionnalisation de l'agriculture ». Et heureusement quelques déviants ici et là, particulièrement au sein de certaines organisations non gouvernementales (ONG), ont assuré des interventions plus originales ; mais le monde des ONGlui-même n'a pas été à l'abri du conformisme et de la mise sous dépendance des paysans. Aujourd'hui, la faillite économique de beaucoup d'États africains, et, en contrepoids, la poussée souvent difficile et convulsive de la société civile libèrent l'initiative autonome de « porteurs de projets» individuels ou au sein « d'organisations de producteurs ». La pression des bailleurs de fonds crée un paysage nouveau marqué par l'émergence d'acteurs non étatiques. Le présent ouvrage se situe dans ce contexte. Ses objectifs sont: Proposer des éléments de stratégie opérationnelle en matière d'appui, à l'usage des opérateurs pour le développement rural et local, des responsables paysans et des techniciens - ceux qui donnent la priorité à la formation des hommes, au rôle d'acteur et non de « cible », ceux qui pensent au-delà des institutions de formation, trop souvent synonymes, en Afrique francophone, de sclérose des imaginations et d'autoreproduction budgétivore ! Apporter une contribution aux démarches d'appui aux acteurs locaux de développement. L'accent est mis sur: - les stratégies pour accompagner des acteurs locaux individuels ou des organisations rurales dans la réalisation de leurs projets, en appuyant particulièrement les élus et leurs conseillers; - les outils d'aide à l'action. Il ne s'agit pas de reprendre ces outils en l'état ils serviront à susciter la créativité. Ce sont des fiches méthodologiques et

.

.

14

des tableaux à reprendre par des formateurs pour une utilisation pédagogique en travail d'équipe et en formation. L'ouvrage est illustré par de nombreux exemples et principalement par quatre cas, présentés aux pages suivantes, et qui seront régulièrement repris dans le texte: - Cas nOl au Cameroun en zone cacao, des producteurs anciennement appuyés par une société d'État déclinante (la SODECAO) dans un contexte de profond bouleversement des anciennes coopératives. - Cas n02 à Madagascar, les associations d'usagers de l'eau dans les petits périmètres irrigués. - Cas n03 au Mali, les associations villageoises (AV) en zone cotonnière. - Cas n04 à Madagascar, dans une ville des Hauts Plateaux (Antsirabé) l'in.

tervention d'une ONGen appui aux artisansde la ville.

Cet ouvrage témoigne d'intuitions partagées avec des acteurs de terrain, d'expériences amorcées, de démarches et d'outils testés dans des situations diverses, au cours de nombreuses missions d'appui ou de formation dans des pays d'Afrique francophone et en France. Le propos s'appuie particulièrement sur des situations africaines mais n'exclut pas des références aux dispositifs français pour le développement rural et local. Enfin la ligne directrice de cet ouvrage sera éclairée par ce que nous écrivait un responsable paysan camerounais en 1990 : « ... pendant longtemps,les paysans ont été des objets pour la mise en œuvre des politiques et comme caution électorale. Nous sommes encore plus des objets de recherche que des sujets. Dans beaucoup d'opérations soutenues par les ONGdu Nord, on parle d'appuyer des groupements de base, mais l'aide aux organisations de base elles-mêmes est rare et compliquée... Dans la conjoncture actuelle on a une chance de changer les interventions de développement rural et de renforcer le rôle des organisations rurales mais il est souhaitable que nous fassions l'apprentissage de l'exercice des responsabilités collectives. Nos souhaits et aspirations sont multiples et se précisent au fur et à mesure que nous avançons en pratique sur le terrain de l'action. Mais le transfert à nos organisations paysannes peut être un cadeau empoisonné, s'il n'est pas accompagné d'appui et de règles claires pour cet appui de la part des promoteurs. »
Pour faciliter le repérage des documents à usage pédagogique ou opérationnel, l'option a été prise de mettre systématiquement en page de gauche trois types d' 0 uti I :

-

-

des études de cas et des exemples développés; des fiches méthodologiques remplies et qui pourront être réutilisées dans d'autres situations; des fiches méthodologiques utilisables en formation et dont seulement un ou quelques points sont complétés à titre d'exemple.

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Cas n01
l'appui aux producteurs de cacao en région centre-sud au Cameroun
le contexte La SODECAO (Société de Développement du Cacao) créée en 1974 a été une société d'encadrement des producteurs de cacao dans l'ensemble des provinces du centre et du sud du Cameroun. Cette société assurait l'approvisionnement en intrants des producteurs, la réalisation des traitements avec des équipes spécialisées et elle réalisa même la commercialisation du cacao entre 1974 et 1977.

En 1980, la SODECAO s'est vu confier une mission de développement de l'agriculture intégrant le vivrier. En 1990, dans le contexte général de libéralisation et de désengagement de l'État, une nouvelle orientation a été prise par les bailleurs de fonds pour transférer aux groupements de producteurs et aux opérateurs privés les responsabilités et les charges concernant l'approvisionnement et la distribution des intrants, les traitements phytosanitaires et la commercialisation. )) La « nouvelle SODECAO comme il fut dit à l'époque devait s'orienter vers l'appui à la structuration du monde rural, la promotion d'un environnement favorable aux groupements et la coordination des différents intervenants auprès des producteurs.
À cette époque, les anciennes coopératives ayant couvert l'ensemble de la zone de production cacaoyère sont devenues moribondes du fait de la remise en cause de leur monopole d'achat du cacao. Les producteurs se sont retrouvés dans des groupements de base prenant le relais des anciennes structures coopératives pour faire de la commercialisation groupée en passant des contrats avec des acheteurs privés ou en commercialisant directement à la place des coopératives après avoir récupéré leur bascule et les autres équipements. De même, en matière de traitements phytosanitaires, des formules de traitement par des entreprises privées se mirent en place et le traitement avec atomiseurs individuels se développa. Sur le plan institutionnel, la période a été marquée par plusieurs types d'évolutions : la réforme de la législation coopérative dans le sens d'une reconnaissance du caractère privé des coopératives et surtout la reconnaissance de groupements de producteurs menant des activités en commun (GIC), la mise en place d'un fonds permettant aux groupements de bénéficier d'appui en matière de formation et de conseil (FONDAOR : Fonds d'appui aux organisations rurales), les tentatives de structuration de l'inter profession dans la filière cacao en regroupant les différents opérateurs (acheteurs, exportateurs et groupements de producteurs). les enjeux d'un programme d'accompagnement

L'émergence de nouveaux groupements paysans s'impliquant dans les activités de la filière cacaoyère a amené des équipes d'anciens agents SODECAO dans un premier temps, et aussi des ONGd'appui, à mettre en œuvre des programmes d'accompagnement pour que les nouveaux groupements trouvent leur place
dans l'organisation de la filière café cacao.

16

Cas n02

l'appui aux associations d'usagers de l'eau dans les Petits Périmètres Irrigués (PPI) à Madagascar le contexte La gestion des réseaux irrigués a toujours été un fort enjeu social et économique sur les hauts plateaux malgaches. À l'époque précoloniale une forte organisation sociale assurait le partage de l'eau comme celui des terres, les
«

anciens

))

assurant les arbitrages nécessaires.

La colonisation a mis en place un système rapproché de surveillance des réseaux aménagés, avec du personnel de l'administration sur les réseaux classés c'est-à-dire ceux ayant fait l'objet de travaux d'aménagement. À l'indépendance, le système se poursuivit jusqu'en 1975 pour les réseaux classés mais compte tenu de la diminution du personnel du « génie rural )) beaucoup de réseaux non classés furent confiés aux collectivités décentralisées (spécialement les communes). Cette décentralisation a souvent été perçue comme une absence d'autorité centrale par des usagers habitués à un pouvoir fort depuis le grand roi Andrianaponimerina. Depuis les années 1990, plusieurs programmes de développement ont mis l'accent sur les associations d'usagers de l'eau (AUE)promues sur les périmètres irrigués. Ces associations ont quatre tâches principales: - organiser collectivement la gestion de l'eau ce qui signifie en cas d'insuffisance d'eau, organiser la pénurie en mettant en place des « tours d'eau )) ; - répartir l'eau entre l'amont et l'aval c'est-à-dire décider de l'ouverture et fermeture des barrages et des prises, et suivre l'application de ce plan; - organiser l'entretien du réseau (entretiens courants ou interventions urgentes en cas de dégradation accidentelle) ; - organiser la police de l'eau (gestion des conflits, ce qui signifie éventuelle-

- et assurer

ment verbalisation des « voleurs d'eau

)))

;

la gestion d'un fonds pour le financement des entretiens. Dans certains périmètres les associations d'usagers de l'eau jouent en plus un rôle dans les activités de développement agricole sur le périmètre (par exemple pour les achats en commun d'intrants et la répartition entre les membres). À l'occasion des opérations de réhabilitation de ces périmètres depuis les années 1990 l'accent a été mis également sur l'implication des AUEdans les décisions de travaux de réhabilitation (au niveau de l'Aps : avant-projet sommaire et de l'ApD: avant-projet définitif). les enjeux d'un programme d'accompagnement Dans le cadre d'études préparatoires à la réhabilitation des périmètres irrigués sur Ambositra et Antsirabé, une attention particulière a été portée aux rôles potentiels des organisations d'usagers de l'eau et aux agents chargés de les appuyer (les conseillers animateurs). Le programme d'accompagnement à donc pour objet d'aider des AUEà devenir des acteurs actifs et responsables sur les périmètres irrigués, assurant des tâches techniques (gérer les entretiens du périmètre), des tâches organisationnelles (organiser les tours d'eau), des tâches de police (surveiller les « vols d'eau ))) et des tâches de développement (répartir les engrais achetés). 17

Cas n03 L'appui aux Associations villageoises en Zone coton au Mali Le contexte Les premières associations villageoises (AV)avaient été constituées en 1975 en réaction aux malversations de certaines équipes d'achat du coton. Depuis 1979, la CMDT (Compagnie malienne pour le développement des textiles) a mené une action d'organisation du monde rural dans les régions de production cotonnière qu'elle encadre (Mali sud). Les AV sont des structures villageoises qui ont pour fonction essentielle la distribution des intrants aux paysans, la commercialisation du coton graine produit par leurs membres et acheté par la CMDT.L'AV assure, à titre de sous traitant de la CMDT,a collecte primaire du coton. Pour ce travail, elle est rémul nérée par la CMDT sous forme d'une prime dite « frais de marché ». Les frais de marché permettent de couvrir les dépenses occasionnées par le travail de collecte, et les excédents dégagés servent à financer des investissements, le plus souvent à caractère social (case de santé) parfois à caractère économique (moulin). On compte actuellement plus de 4000 AV qui servent de cadre d'organisation de la vie des villages dans le sud du Mali et de support à leur développement. l'existence des AV constitue une réussite indiscutable sur les plans économique et social, dont l'expérience ancienne a été le terreau pour la constitution d'un syndicat (le Svcov : syndicat des producteurs cotonniers et vivriers) et d'un réseau bancaire mutualiste (Kafo Jiginew : l'union des greniers). Le syndicat participe dans le cadre du contrat plan à la concertation des acteurs de la filière coton: État, CMDT producteur. et Depuis quelques années, on a remarqué une tendance à la scission de grandes AV pour des conflits politiques, des conflits de génération et souvent à cause d'un manque de transparence dans les comptes, ce qui amène à suspecter des détournements. C'est ce qui a été à l'origine du lancement d'un programme de création de centres de gestion paysans pour aider les AVà .disposer de comptes « qui donnent la confiance » comme disent les paysans. Ces centres de gestion sont des associations dont les membres sont des AV. Les enjeux d'un programme d'accompagnement Un programme d'accompagnement des AVen zone cotonnière est aujourd'hui concerné par au moins trois types d'enjeux: - que les AV qui existent fonctionnent dans la clarté pour que les membres « gardent la confiance» ; - que ces AV trouvent leur place entière dans l'organisation de la filière cotonnière (y compris en obtenant demain des parts dans le capital de la société cotonnière) ; - que ces AVtrouvent leur place par rapport aux communes naissantes et cela dans la mesure où jusqu'à maintenant les AV ont été très sollicitées pour financer le développement local. 18

Cas n04
l'appui de l'ONG IREDEC

aux artisans d'Antsirabé à Madagascar le contexte

L'ONG IREDEC, Institut de recherche et d'application du développement communautaire, installée à Antsirabé sur les hauts plateaux malgaches a été mandatée par le projet PAME (Appui aux Micro-Entrepreneurs) pour mettre en œuvre un volet d'appui aux artisans d'Antsirabé en complément aux services financiers apportés par ce projet par la mise en place d'une agence de crédit spécifique: l'ADEFI. Une équipe de IREDEC fonctionne depuis 1996 en appui à des groupes d'artisans, par exemple les brodeuses qui souhaitent s'approvisionner en fil de qualité, les producteurs de foie gras désireux d'améliorer leurs circuits de vente directe, ou les artisans en marqueterie qui cherchent à diversifier leurs marchés. Les interventions de l'équipe IREDEC de plusieurs types: sont - des programmes d'appui direct aux micro-entrepreneurs: information des micro-entrepreneurs en matière technique ou financière, aide à l'organisation de manifestations commerciales, aide à la participation à des foires commerciales ; des programmes d'appui à la promotion de services durables pour les micro-:entrepreneurs: lancement d'une radio en direction des micro-entrepreneurs, formation d'artisans, organisation d'un marché des artisans avec l'association des hôteliers de la ville (ASHOTA) la Mairie d'Antsirabé; et - appui à la structuration du milieu des micro entrepreneurs: conseil pour la création d'un conseil régional des artisans. les enjeux d'un programme d'accompagnement L'accompagnement des artisans micro-entrepreneurs de la ville a un triple enjeu: - améliorer la qualité des productions, en vue d'exporter les produits; - mettre en place des dispositifs durables d'appui aux artisans en matière de services, information et formation; - appuyer la structuration du milieu pour que des organisations d'artisans maÎtrisent la filière.

19

PREMIÈRE

PARTIE

DE lA VULGARISATION À l'APPUI AU MONDE RURAL