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Afghanistan du communisme au fondamentalisme

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264 pages
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Ajouté le : 01 janvier 1997
Lecture(s) : 64
EAN13 : 9782296339699
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AFGHANISTAN
DU COMMUNISME AU FONDAMENTALISME

@ L'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-5367-8

SYLVIE GÉLINAS

AFGHANISTAN
DU COMMUNISME AU FONDAMENTALISME

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France Harmattan 55, rue Saint-Jacques Montréal (Québec) Canada H2Y lK9

INTRODUCTION

L'Afghanistan est entré dans l'histoire du monde au cours de la nuit du 27 décembre 1979,avec l'invasion soviétique I », pour être
cc

relégué aux oubliettes après le départ des derniers soldats de l'Armée rouge le 15 février 1989. Il Yest entré à nouveau avec la prise de Kaboul, au cours de la nuit du 26 septembre 1996, par le mystérieux mouvement taliban. Des faits probants nous amènent à conclure que les taliban ont été créés, armés et financés par le Pakistan, l'Arabie Saoudite et les États-Unis. L'URSS avait installé en Afghanistan un régime communiste. Il semble aujourd'hui que ce soit le Pakistan, l'Arabie Saoudite et les États-Unis qui y aient installé un régime fondamentaliste et obscurantiste, qualifié par certains comme étant actuellement le plus radical de la planète. Les Afghans doivent subir les conséquences de ccl'invention» par ces puissances étrangères, cc d'un plus grand méchant que le grand méchant précédent2 ». Pour André Fontaine, spécialiste de la guerre froide et de la détente, ccLes apprentis sorciers de l'Est et de l'Ouest auront décidément bien travaillé, sur fond de trafic d'armes et de drogues, à boucler, du plus rouge au plus vert, la boucle aussi absurde qu'inhumaine de l'intégrisme» en Afghanistan 3. À peine plus grand que la France, l'Afghanistan est enclavé entre l'Iran, le Pakistan, les républiques de l'Asie centrale exsoviétique et la Chine. Avec une population estimée à 17 millions d'habitants en 1979, l'Afghanistan dispose de peu de ressources
I. Michael Barry, Le Royaume de l'Insolence, 1984, p. 9. 2. Gérard Dupuy, c(Les Affreux », Libération, Il octobre 1996. 3. André Fontaine, c( Les apprentis sorciers d'Afghanistan », Le Monde, 17 octobre 1996.

8

AFGHANISTAN DU COMMUNISME AU FONDAMENTALISME

outre quelques gisements de gaz assez prometteurs au nord et des terres cultivables dont la superficie n'excède pas 12% de son territoire4. Mais la situation géographique de ce pays, nous le verrons, en fait un enjeu régional de taille, aux plans politicoreligieux, économique et stratégique. Le régime pro-communiste de Mohammed Nadjibullah a officiellement pris fin le 26 avril 1992, un peu plus de 38 mois après le départ des derniers soldats de l'Armée rouge le 15 février 1989. L'occupation soviétique a laissé l' Afghanistan ravagé. Sur une population de 17millions,on a compté un million de morts, des centaines de milliers de blessés ou amputés et cinq millions de réfugiés, le chiffre le plus élevé de la planète, en valeur absolue et en pourcentage de la population totales. Le départ des troupes soviétiques et la chute de Nadjibullah marquent le début d'une nouvelle lutte pour un remodelage structurel et géopolitique de la région. La scène politique afghane ressemble aujourd'hui curieusement à ce que jadis, avant que
cc l'émir

de fer» Abdurrahmanne parviennepar la force ou la

séductionà cc pacifier» vers la fin du XIXesiècle ses tribus turbulentes, ses voisins avaient appelé ccLe Royaumede l'insolence». La guerre de résistance contre l'occupation soviétique et le gouvernementpro-communisteque l'invasion était censée défendre a fait voler en éclats les derniers attributs d'un État qui n'avait de toujours touché la société afghane qu'en surface. Le pays en tant que tel s'est émietté en factions, chefferies et vallées rivales. Les membresde l'élite occidentaliséesont morts en camp de concentration ou se sont réfugiés à l'étranger. Demeurent sur le terrain, outre le jeu féroce des puissances étrangères, les réalités sociales présentes lors de la naissance même de l' Afghanistan, il y a deux
4. Jean-PierreClerc, « Quatorze millions d'habitants II, « La fatigue des
II, Le Monde, 18janvier 1994; P. Centlivres et M. Centlivres-Demont, Et si on parlait de l 'Afghanistan?, 1988, p. Il. 5. Jean-Pierre Clerc, supra, note 4.

donateurs

INTRODUCTION

9

siècles: les solidarités ethniques et tribales; les hiérarchies villageoises, et un islamisme divisé6. L'Afghanistan échappe à l'analyse et refuse de se laisser enfermer dans l'étroit corset d'une grille de lecture occidentale peu adaptée au tribalisme afghan, à la complexité des relations interethniques, aux trahisons, aux brusques renversements d'alliance et aux groupements imprévisibles qui sont le lot commun de la politique et de la guerre sur cette terre d'islam. Les raisons qui empêchent l'application d'une grille d'analyse fondée sur l'éclatement historique des rivalités ethniques suite au retrait ou à la chute des empires communiste et coloniaux sont nombreuses.
L'Afghanistan, d'abord, n'a jamais été « colonisé ». Ayant

longtemps servi de zone tampon entre l'empire britannique asiatique et l'empire russe, rôle confirmé par l'accord anglo-russe d'octobre 1872 et la création du corridor de Wakhan en 1891, le pays a toujours joui de cette indépendance qui en fit longtemps un

théâtre régionalprivilégiédu ccGrandJeu» sur le plan politique.
Aussi l'influence occidentale y est-elle jusqu'à ce jour demeurée très limitée. L'élite occidentalisée compose, depuis la monarchie parlementaire instaurée en 1964, la fonction publique. Cette dernière, principalement formée au lycée français Esteqlâl et à l'université (laïque) de Kaboul, n'a jamais réussi à rayonner ou à s'implanter à l'extérieur de la capitale. On peut affirmer aujourd'hui qu'en Afghanistan la notion occidentale d'ccÉtat» n'a jamais pris racine qu'en surface. En effet, les éléments classiques caractérisant cette notion, soit le pouvoir, sur l'ensemble du territoire, de légiférer et d'imposer l'application des lois d'une part, et le monopole de l'usage de la force d'autre part, n'y ont jamais été réunis. À partir d'Abdurrahman et ses descendants, en passant par la nouvelle monarchie sous Nâder et Zaher Shah, jusqu'à la ccRépublique» plus ou moins dictatoriale de Daoud, jamais un pouvoir central n'a réussi à imposer sa loi dans l'ensemble du pays.
6. Michael Barry, op. cit.

10

AFGHANISTAN DU COMMUNISME AU FONDAMENTALISME

Les régimes pro-communistes qui se sont par la suite succédés n'ont obtenu que la révolte et la résistance en tentant avec une insistance jamais vue auparavant de s'imposer dans les régions. Autre élément brouillant les repères d'une grille d'analyse générique, certaines particularitésde la carte politique ethno-tribale afghane laissent l'analyste occidental perplexe. Comme le fait remarquer Olivier Roy, deux paradoxes distinguent le conflit afghan des autres conflits ethniques nés de la dissolution du communisme. D'abord, aucun parti afghan ne se réclame d'un nationalisme ethnique, ni ne demande l'indépendance ou le rattachement de son groupe ethnique à un pays voisin. Ensuite, l'ethnie dominante, les Pashtounes, n'a pas de représentation politiqueunique, en raison principalementdu conflittribal ancestral entre les Durrani et les Ghilzay7. Aux particularités du conflit afghan qui résistent à l'analyse s'ajoute pour nos fins, la pénurie marquée au niveau des sources. S'il ne fait aucun doute que l'invasion soviétiquea stimulé l'intérêt des universitairespour l'Afghanistan au cours des années 80, il est aussi évident que cet intérêt a chuté depuis le retrait des troupes soviétiques,ce qui se traduit par le nombre limité des publications d'envergure depuis 1988. C'est pourquoi le présent ouvrage se fonde principalement sur des sources journalistiques, les seules disponibles, et esquisse une synthèse, à ce jour inexistante, de la situation afghane post-communiste. Nous traiterons successivement du passage mouvementé du régime pro-communiste aux institutions transitoires issues des accords de Pechâwar, de la période du gouvernement intérimaire (de l'élection par la shura du président Rabbanijusqu'à l'échec des négociations relatives à sa succession), du mouvement taliban qui vient en novembre 1994 bouleverser les rapports de force en Afghanistan et ressusciterl'intérêt des puissances étrangères, enfin
7. O. Roy,
«

La Crise afghane au miroir des ambitions étrangères », Le
22 juillet 1993.

Monde diplomatique.

INTRODUCTION

11

de la prise de Kaboul par les taliban et des réactions de la communauté internationale face aux nouveaux gouvernants afghans. Les négociations politiques décrites n'ayant souvent qu'un lien ténu avec les réalités sur le terrain, l'évolution de la situation militaire est également exposée, selon un ordre chronologique, tout au long des quatre premiers chapitres. L'ouvrage se termine par une tentative d'analyse actualisée des enjeux du conflit.

CHAPITRE

I

La chute du régime pro-communiste et les institutions transitoires (mars novembre 1992)

-

Après le coup d'État d'août 1991 à Moscou, chacun sent que la situation va rapidement évoluer en Afghanistan.Le régime communiste en place ne reçoit plus ni armementni argent de son protecteur russe pour pouvoir payer ses combattants. Il ne tient plus que la cité-État de Kaboul avec ses avant-postes à Djallâlâbâd, Hérât et Mazar-E-Charif. Partout ailleurs en Afghanistan, le régime communiste est mort. Les provinces de l'est proches du Pakistan sont tenues par un groupe de commandants locaux soutenus par les services de renseignement pakistanais, saoudiens et américains. La région de Kounar, à l'est, est contrôlée par les groupes wahhabites, les protégés des Saoudiens. La vallée du Panjshir et les zones adjacentes du nord-est sont sous le contrôle du général Ahmad Shah Massoud. Mais l'essentiel de la campagne afghane est une jungle que se disputent environ 300 commandants, fortement armés, qui rejettent tout lien avec l'étranger et imposent localement leur loi 1. La lutte pour le pouvoir est engagée entre les diverses factions de la résistance, lutte qui mènera, suite à la prise de Kaboul, à un accord de transition entre les principaux partis de la résistance.

1. Selig S. Harrison,
diplomatique, mars 1991.

le

La lente implosion de l'Afghanistan

», Le Monde

14

AFGHANISTAN DU COMMUNISME AU FONDAMENTALISME

La prise de Kaboul et l'accord de Pechâwar du 24 avril 1992
C'est dans ce contexte que le représentant du Secrétaire général de l'ONU à Kaboul, Benon Sevan, entame des pourparlers en vue d'une solutionnégociée entre le régime Nadjibu1lahet les différentes factions rivales de la résistance. L'ONU tente d'obtenir un transfert pacifique du pouvoir entre le président Nadjibullah et un gouvernement provisoire composé de personnalités du Parti de la patrie et de mojâhidin modérés. (Le Parti de la patrie est celui qui a succédé au Parti démocratique du peuple afghan, le PDPA, communiste,lequel, il y a treize ans, avait appelé l'URSS à l'aide.) Le président, dans une déclaration officielle le 18 mars 1992, accepte de démissionner lorsque tout sera prêt. Le Pakistan, partisan jusque-là d'une solution militaire au conflit, s'est rallié au plan de paix de l'ONU. Le signe le plus tangible de cette évolution a été le limogeage, le 1er mars 1992,
d'Assad Durrani, chef des services secrets pakistanais (ISI) et partisan d'une ligne dure. Il semblait, à la fin du mois de janvier, que cette transition avait toutes les chances d'aboutir, mais la proximité d'un règlement, ainsi que la diminution de la pression pakistanaise, a mis à jour les oppositions au sein du régime et provoqué la chute de Nadjibullah. Une coalition anti-Nadjibullah s'est fonnée autour des milices ouzbeks et ismaéliennes du nord avec une partie de l'état-major en place et du Hezb-i wahtan (ancien PDPA). Ces opposants ont en commun de ne pas être Pashtounes, l'ethnie traditionnellement dominante, et ils espèrent en précipitant la chute de Nadjibullah, pouvoir survivre politiquement par un accord avec le puissant général Massoud, Tadjik. Le conflit éclate fin février, quand le président Nadjibullah, probablement inquiet de ces alliances, tente de reprendre en main l'armée du nord en nommant une trentaine de commandants pashtounes. Momin, le commandant de Hairatan, une ville près de l' Arnou Dâriâ, refuse

I. LA CHUTE DU RÉGIME PRO-COMMUNISTE

15

d'obéir et trouve un soutien chez le principal dirigeant milicien du nord, le général Rachid Dostom. Il prend la deuxième ville du pays, Mazar-E-Charif, le 18 mars. Les milices ismaéliennes font également sécession, et le gouvernement central perd au profit des mojâhidin, en quelques jours et sans combat, l'essentiel de son dispositif dans le nord du pays. Après la prise de Mazar-E-Charif, un cessez-le-feu est décrété dans le nord et les négociations commencent entre le général Massoud et les chefs miliciens. Peu de temps après, Begram, la première base aérienne du pays à 50 km au nord de Kaboul, passe un accord avec la résistance2. À Kaboul, le pouvoir se trouve alors formellement entre les mains des adjoints du président, soit des personnalités du Parti de la patrie ou des militaires, dont les figures de proue sont le général Nabi Azimi, vice-ministrede la Défense, M. Farid Mazdak, lejeune responsable de l'organisation du parti, M. Abdul Wakil, qui était ministre des Affaires étrangères dans l'ancien gouvernement et le général ouzbek Rachid Dostom, lesquels s'opposent tous au président. Ce dernier tente de s'enfuir du pays dans la nuit du 15 au 16 avril, mais il est refoulé à l'aéroport par les milices du général Dostom et contraint de se réfugier dans les bureaux des Nations unies. Le 16 avril, le président Nadjibullah est renversé par ses adjoints qui s'empressent de chercher un accord avec les mojâhidin atteignant Kaboul. Ils rencontrent, entre autres, Ahmad Shah Massoud et Gulbuddin Hekmatyar, les deux chefs les plus puissants au sein de la résistance, dont les troupes campent aux portes de la capitale3.Ils ont l'espoir de figurer dans un futur pouvoir islamique qu'ils savent désormais inévitable, les armées du régime se ralliant
une à une aux mojâhidin4. À compter de ce moment, le plan de paix de l'ONU se trouve dépassé par la dynamique en cours. Les
2. Gilles Dorronsoro,
(c

Afghanistan: la chute de Nadjibullah », Est &
Pravda (Moscou), in Courrier inter-

Ouest, mai 1992. 3. A. Vassiliez, Komsomolskaïa national, 23 avril 1992.

4. Bruno Philip, « Éviter le combat à tout prix »,Le Monde, 23 avril 1992.

16

AFGHANISTAN DU COMMUNISME AU FONDAMENTALISME

principales villes sont prises en accord avec les forces gouvernementales et sont ensuite gérées par des commandants5. Le sort de l' Afghanistan sejoue alors dans les négociations entre les factions rivales de la résistance. On sent déjà planer une nouvelle contTontation,cette fois entre le nord-ouest tadjiko-ouzbek et le sud-est pashtoune. Pour les observateurs étrangers, il semble impossibled'éviter que la course au pouvoir des différentesethnies, confessions et familles ne dégénère en guerre civile, d'autant plus que dix millions d'Afghans sont armés et vivent de la guerre depuis plus de 14 ans. Depuis le début de la résistance, le chef du parti

Hezb-i islami,GulbuddinHekmatyar,a fait la guerre autantaux
partisans d'Ahmad Shah Massoud du parti Jamiat-i islami qu'aux Soviétiques6. Il a toujours voulu s'emparer de la capitale par tous les moyens, comme en mars 1990, quand il a tenté un coup d'État avec le ministre de la Défense de Nadjibullah, Shah Nawaz Tanai, avec l'appui de 1'IS17.Le contentieux entre le général Massoud et le chef du Hezb-i islami est immense.Le Hezb-i islami n'a cessé de couper les voies de ravitaillementde Massoud, notamment lorsqu'il était confronté aux pires offensives soviétiques dans la vallée du Panjshir. En outre, le même parti a tué il y a quelques années, dans une embuscade, 30 des commandants de Massoud 8. Le 23 avril les forces ralliées autour du général Massoud entrent dans Kaboul, avec la complicité du général Nabi Azimi, chef de la garnison. Elles s'emparent pratiquement sans violence des édificesclés représentant le centre du pouvoir, et installentdes positions aux endroits stratégiquesautour de la capitale. De l'opinion du journaliste pakistanais Ahmed Rashid, la décision du général Massoud d'entrer dans la capitale est fondée sur deux motifs. Le premier,la frustration causée par les querelles des partis de la résistance
5. Gilles Dorronsoro, supra. note 2. 6. Bruno Philip, Le Monde. 24 avril 1994. 7. Gilles Dorronsoro, supra, note 2.

8. Jean-PierrePerrin, ccLa nouvelle guerre, celle des ethnies ", Libération, 17 avril 1992.

I. LA CHUTE DU RÉGIME PRO-COMMUNISTE

17

installés à Pechâwar, et le deuxième, la crainte que le chef du Hezb-i islami ne tente un coup visant à s'emparer seul du pouvoir avec l'appui des services secrets pakistanais. À peu près au même moment, les forces du Hezb-i islami s'infiltrent au sud de Kaboul et s'emparent, avec l'aide d'anciens dirigeantsdu Parti communiste, du ministère de l'Intérieur, du palais présidentiel et d'une partie du quartier Microrayon où résident les officiels du parti Wahtan. Des groupes shiites du Hezb-i wahdat installent par ailleurs environ 6000 hommes au sud-ouest de la capitale afin de protéger les minorités hazâras qui y vivent. La situation se tend de plus en plus à mesure q\le les forces du général Massoud et celles du Hezb-i islami se rapprochent les unes des autres9. Pendant ce temps, à Pechâwar, après plus d'une semaine de concertations et marchandages, avec nombres de ruptures et retournements, huit des neuf partis historiques de la résistance s'entendent le 24 avril sur un projet de conseil intérimaire composé de 51 membres auquel le gouvernement de Kaboul accepte de transférer le pouvoir politique et militaire. Lors de l'annonce officielle de cet accord les mojâhidin ont déjà commencé à prendre les ministères-clés à Kaboul. Les neuf formations shiites du Hezb-i wahdat soutenues par l'Iran n'ont pas donné leur accord à l'entente, et le Hezb-i islami a assujetti le sien au retrait de Kaboul des milices du nord et de leurs alliés communistes,ce qui était irréalisable dans
les circonstances 10.

Aux termes de l'accord, la présidence du conseil sera assumée par le professeur Sebghatullah Mojaddidi, d'ethnie pashtoune et dirigeant du petit parti Jebbe-yé Melli-yé Nejat-é Afghanistan, connu pour ses positions modérées. M. Mojaddidi avait déjà été élu en 1989 à la présidence du gouvernementintérimairedes mojâhidin
9. Ahmed Rashid, « Peace with Pitfalls II, « Warriors of the North Occupation by Stealth II, Far Eastern Economic Review, 7 mai 1992.

II,

«

JO. AFP, AP, Reuter, UPI,« Le président du gouvernement intérimaire est

arrivé à Kaboul II, Le Monde, 29 avril 1992.

18

AFGHANISTAN DU COMMUNISME AU FONDAMENTALISME

en exil, une opération qui avait permis aux exilés afghans d'obtenir une reconnaissance diplomatique, notamment auprès de l'Organisation de la conférence islamique. M. Mojaddidi a vraisemblablement été élu en raison du fait qu'il ne constitue pas une menace pour les autres partis, sa formation étant la plus faible au plan militaire. Il sera entouré par 50 membres issus des neuf partis de la résistance, chaque parti devant choisir cinq représentants, dont trois commandants, un mollah et une personnalité politique. Ce conseil se verra investi des pouvoirs pour une période de deux mois, au terme de laquelleune autre instance appelée « conseil de direction» prendra le relais pour une durée de quatre mois. Le conseil de direction sera présidé par le professeur Rabbani, dirigeant du parti Jamiat-i islami. Le Premier ministre de ce conseil sera le dirigeant du parti Hezb-i islami, Gulbuddin Hekmatyar; le ministre de la Défense, Ahmad Shah Massoud, du Jamiat-i islami. Les dirigeants des autres partis de la résistance se partageront ensuite les autres ministères. Enfin, à l'issue de cette seconde période de quatre mois, le conseil de direction aura le choix d'organiser soit des élections générales, soit la convocation d'une jirga (réunion traditionnelle des chefs militaires, tribaux et religieux) afin d'élire le prochain gouvernement. Il est à noter que le conseil intérimaire accorde une place prépondérante aux personnalités politiques en exil au Pakistan, ce que les commandants risquent de considérer comme une usurpation de pouvoir. Ce futur conseil intérimaire est très éloigné du plan initial élaboré par l'ONU, qui proposait qu'un conseil neutre de 15 personnalités afghanes assure la transition du pouvoir, pour ensuite le remettre à un gouvernement représentatif des diverses tendances, lequel à son tour organiserait des élections libres sous le contrôle de l'ONU. L'envoyé spécial de l'ONU, Benon Sevan, installé à Kaboul, avait depuis une semaine multiplié les consultations auprès des commandants et chefs de partis afin de parvenir à cet accord,

I. LA CHUTE DU RÉGIME PRO-COMMUNISTE

19

sans succès II. L'entente entre les partis de la résistance s'est concrétisée au moment où arrivait à Islamabad le Secrétaire général de l'ONU, M. Boutros Boutros-Ghali. Pour certains commentateurs, cette cc coïncidence» doit beaucoup à la volonté unanime des

islamistesde régler les problèmes de pouvoir ccentre Afghans » sans
intervention étrangère 12. Malgré la signature de l'entente par huit des neuf partis de la résistance, la bataille que l'ONU avait tenté d'éviter éclate à Kaboul le 26 avril 1992. Environ 30 000 combattants appartenant à des milices rivales s'afftontent de quartier en quartier, de maison en maison. La bataille lancée révèle le conflit latent entre la majorité pashtoune et les ethnies minoritaires tadjiks, ouzbeks, turkmènes et hazâras. Hekmatyar se pose en garant de la suprématie traditionnelle des Pashtounes, alors que Massoud devient le point de ralliement des minorités. Il est toutefois à noter que certains commandants pashtounes très influents se sont ralliés à la coalition dirigée par le général Massoud. Il s'agit des commandants Abdul Haqq et Jallaluddin Hâqani 13.À cette rivalité ethnique s'ajoutent les rivalités religieuses et politiques. Le tout est exacerbé par une culture guerrière, forgée au fil de plusieurs siècles de conflits endémiques, conflits tribaux ou guerres saintes contre l'envahisseur qui a valu à l'Afghanistan son titre de cc royaume de l'insolence 14 ».

Jamais la mosaïque ethnique afghane n'a montré si clairement son inquiétant visage. Chaque carrefour, chaque bâtiment officiel, chaque caserne est défendue par des groupes de combattants différents: les Ouzbeks, miliciens du généralRachid Dostom venus de Mazar-E-Charif, les Tadjiks, mojâhidin sous le commandement du général Massoud, et les shiites de l'ouest. Tous ont le sentiment
11.Caroline Puau, « L'accord aléatoire des Libération, 25 avril 1992. 12. Jean-Pierre Clerc, Le Monde, 27 avril 1992. 13. Ahmed Rashid, supra, note 9. moudjahidin afghans »,

14. PatrickSabatier,« L'ombre d'une guerre civile, poudrière régionale II,
Libération, 27 avril 1992; Gilles Dorronsoro, supra, note 2.

20

AFGHANISTAN DU COMMUNISME AU FONDAMENTALISME

d'avoir gagné la guerre. Dès le lendemain, le 27 avril, des combats éclatent pour prendre ou reprendre le contrôle du palais présidentiel et des principaux ministères entre, d'un côté, les combattants du Jamiat-i islami du général Massoud alliés avec les milices ouzbeks du général Dostom et, de l'autre côté, les forces du Hezb-i islami dirigées par Gulbuddin Hekmatyar, c'est-à-dire entre deux camps appartenant à la même alliance islamique et représentés dans le même conseil intérimaire. À la fin de la journée, le symbole du pouvoir central est gagné par la coalition dirigée par le général
Massoud 15.

Selon Amnesty International, les forces tadjiks et ouzbeks auraient, dès leur entrée dans la capitale, lancé des attaques contre les membres de la communauté pashtoune qui formaient près de la moitié de la population de Kaboul. Seules quelques familles ayant survécu à ces attaques seraient restées sur place. Les membres des communautés hazâras, de confession shiites, sikhs et hindoues auraient également été victimes de représailles. Pendant que cette première bataille de Kaboul fait rage, l'évolu-

tion ccpolitique» suit son cours.
La République islamique et la passation des pouvoirs au conseil intérimaire le 28 avril 1992 L'Afghanistan devient officiellement, le 28. avril 1992, une République islamique. Les couleurs de son nouveau drapeau sont le noir, le blanc et le vert. La première symbolise le deuil, le blanc représente l'espoir et le vert la couleur de l'islam, aujourd'hui victorieux après 14 années de guerre sainte. Au centre du drapeau, apparaissent une mosquée et la phrase fondatrice de l'islam: cc n'y Il

a de Dieu que Dieu et Mahomet est son prophète. » En fait,
l'Afghanistan était déjà une République islamique depuis 1990,

15. Jean-Marc Gonin,

ccUne

victoire en miettes ", L'Express, 30 avril 1992.

I. LA CHUTE DU RÉGIME PRO-COMMUNISTE

21

mais il ne s'agissait que d'un habillage à la sauvette imaginé par un régime qui ne pouvait plus se définir comme communiste. En présence du corps diplomatique, des journalistes et de nombreux ex-ministres du gouvernement Nadjibullah, le professeur Mojaddidi tout juste rentré de son exil pakistanais, reçoit le pouvoir des mains de l'ex-Premier ministre et ancien responsable communiste, ainsi que des présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat. La passation des pouvoirs a lieu au ministère des Affaires étrangères. Le nouveau président annonce une amnistie générale, et invite les chefs du parti Hezb-i islami et du parti Hezb-i wahdat à déposer les armes. De nombreux généraux de l'armée afghane, ennemis d'hier, sont venus lui apporter leur soutien16.Mais pendant ce temps, dans la ville même, des affrontements ont lieu autour de l'aéroport, au ministère de l'Intérieur où sont réfugiés les partisans du Hezb-i islami, et au fort de Bâlâ Hissâr. Plusieurs édifices sont en flammes après avoir été touchés par les obus tirés à partir des collines surplombant la capitale par les hommes du Hezb-i islami 17. Fébrilement, on s'active de tous côtés pour trouver une solution de compromis, sous la houlette du professeur Mojaddidi. Mais tous ont le sentiment d'avoir gagné la guerre et entendent toucher les dividendes de la victoire. Un bain de sang entre la quinzaine de groupes armés n'est pas à exclure. Selon certaines sources, un plus grand nombre de mojâhidin sont morts dans de fratricides combats que dans la lutte contre l'Armée rouge ou contre les forces régulières afghanes 18.

16. Jean-Patrick Voudenay,
que ", Libération, 29 avril 1992.

cc Kaboul:

naissance d'une République islamicc Le

17. Jean-Pierre Clerc, Le Monde, 28 avril 1992 ; Bruno Philip,

président

Modjaddidi dénonce les activités terroristes de M. Hekmatyar ", Le Monde, 30 avril 1992. 18. Jean-Marc Gonin, supra, note 15.

22

AFGHANISTAN

DU COMMUNISME

AU FONDAMENT ALlSME

La capitale

Le nouveau conseil intérimaireprocède à la création d'un cc comité
de sécurité» chargé de rétablir l'ordre à Kaboul. Cette instance comprend huit grands commandants représentant les principales factions sunnites modérées et fondamentalistes coalisées contre le Hezb-i islami, dorénavant l'ennemi de tous. Le général Massoud du Jamiat-i islami est nommé à la tête de ce groupe. Cependant, les média d'État de Kaboul présentent désormais le général Massoud comme cc ministre de la Défense ». Le général Nabi Azimi, jusque-là vice-ministre de la Défense et chef de la garnison de Kaboul sous le régime de Nadjibullah, demande, au cours d'un message télévisé, à toutes les forces armées d' Afghanistan d'obéir au nouveau ministre 19. Massoud, le commandant tadjik, qui a su rallier les groupes ethniques minoritaires du pays autour du Jamiat-i islami, apparaît alors clairement comme la figure dominante de la nouvelle coalition au pouvoir. Le 29 avril, soit tout juste 24 heures après la passation des pouvoirs à Kaboul, le gouvernement des mojâhidin reçoit ses premiers visiteurs: le Premier ministre pakistanais, Nawaz Sharif, accompagné de trois membres de son gouvernement et de son chef d'état-major. À ses côtés, le prince Turki al-Fayçal, chef des services secrets saoudiens, conduit une délégation de son pays. La célérité et le niveau de cette visite illustre l'importance que l'Afghanistan revêt aux yeux de ces deux pays, qui ont soutenu les mojâhidin pendant 14 ans de guerre. M. Sharifet le prince Fayçal ont pris des risques pour être les premiers à reconnaître le nouveau gouvernement. En effet, les roquettes et obus pleuvent toujours par intermittence sur Kaboul. L'avion de l'armée pakistanaise à bord duquel est arrivé M. Sharif, a été la cible de tirs dont la provenance reste incertaine. Pour le nouveau président Mojaddidi, cette visite présente une importance toute particulière en ce qu'elle constitue en

19. Jean-Pierre Clerc, supra, note 17.

I. LA CHUTE DU RÉGIME PRO-COMMUNISTE

23

quelque sorte, face à l'extérieur, un désaveu pour le chef du parti Hezb-i islami, Gulbuddin Hekmatyar, qui continue de contester le pouvoir par les armes. Pour certains, cette visite témoigne plutôt de la volonté du Pakistan de sauver M. Hekmatyar de la forte pression de la nouvelle coalition 20. Le parti de M. Hekmatyar est, rappelons-le, une création des services de renseignements pakistanais soutenus par les Américains et les Saoudiens. Au cours de la guerre contre l'Année rouge, le Hezb-i islami a reçu des quantités de fonds et d'armements sans commune mesure avec sa base populaire, le nombre de ses
combattants, et encore moins avec son efficacité face à l'ennemi. Le

Hezb disposerait, selon certains diplomates, de suffisamment d'armes pour mener une guerre de cinq ans. Il est en outre de connaissance générale que M. Hekmatyar s'est plus souvent battu contre d'autres mojâhidin que contre les communistes. Il a cependant perdu, ces derniers mois, de nombreux commandants du nord qui ont rallié les soldats du général Massoud, et perdu de l'influence auprès des seigneurs de guerre dans certaines provinces pashtounes du sud 21. Il représente alors la menace la plus sérieuse à cette paix tant attendue par les Afghans, épuisés par 14 années de guerre. Quelques heures après les premières visites officielles, le général Massoud fait son entrée dans la capitale avec un renfort de 10 000 hommes et de 100 chars22.Mais une semaine après la « prise» de la capitale, l'alliance entre les organisations militaires qui avaient fait front commun pour empêcher M. Hekmatyar de s'emparer du pouvoir, commence à s'effriter. L'alliance entre le Jamiat-i islami et le général Dostom est l'une des raisons de l'effritement du
20. Sayed Qassem Reshtia,
Journal de Genève, 7 mai 1992.
«
«

Gulbuddin Hekmatyar?

Une énigme! », Le

21. Rémi Favret,

Ahmed Shah Massoud entre dans Kaboul », Le Figaro,

30 avril 1992; Bruno Philip, « Le commandant Massoud a fait son entrée dans
la capitale », « Coups durs pour le Hezb-i islami », Le Monde, 2 mai 1992. 22. Bruno Philip, supra, note 2 I.

24

AFGHANISTAN DU COMMUNISME AU FONDAMENTALISME

consensus. Le général Massoud avait en effet dû, pour vaincre, s'entendre avec Dostom qui fut pour plus d'une décennie à la solde de l'ancien régime. Cette alliance a permis la chute de la ville de Mazar-E-Charif,capitale du nord, le ralliementde l'ancienne année régulière et l'effondrement fmal du régime Nadjibullah. Mais cette alliance des forces du nord a suscité la colère des Pashtounes. Ces derniers ont l'impression de s'être fait prendre de vitesse. Pour eux, le général tadjik du nord a trahi en faisant alliance avec les forces du général Dostom, ennemi d'hier, dont les milices ouzbeks au nombre de plus ou moins 10 000 à Kaboul sont, selon des témoins, des bandits, des pilleurs, des violeurs. Pour les observateurs présents, des revirements d'alliances et d'alignements politiques sont prévisibles 23. Le commandant Abdul Haqq, l'un des plus influents chefs mojâhidin de la capitale qui dispose de 4000 hommes, critique vivement le conseil intérimaire, dont certains membres refusent de se serrer la main, et dont l'unique session à ce jour n'a réuni que 24 des 51 représentants. Ce dernier se déclare « neutre» dans la lutte engagée entre Hekmatyar et Massoud 24. Le 3 mai, au cours d'une rencontre avec certains journalistes, M. Hekmatyarmenace de bombarder Kaboul sous peu si le conseil intérimaire ne renvoie pas vers le nord les milices ouzbeks du général Dostom. D'autre part, il se déclare dorénavant d'accord avec la formule transitoire d'organisation du pouvoir. Pendant ce temps, le comité pour la sécurité qui regroupe, rappelons-le, huit grands commandantsreprésentant les différentspartis, s'entend sur la création d'une force conjointe de maintien de l'ordre, composée de 600 mojâhidin qui seront choisis au sein des diverses factions 2S. Le 5 mai, les forces de M. Hekmatyar bombardent Kaboul, causant une cinquantaine de morts et des centaines de blessés. Le
23. Bruno Philip, Premiers accrocs dans l'union sacrée afghane », Le Monde, 4 mai 1992. 24. AFP, AP, Reuter, UPI, « M. Hekmatyarsommeles gouvernantsde
(C

chasser les milices de Kaboul », Le Monde, 5 mai 1992. 25. Ibid.

I. LA CHUTE DU RÉGIME PRO-COMMUNISTE

25

mêmejour, le président du conseil intérimaire,le professeur Mojaddidi, annonce la formation d'un gouvernement de 32 membres. Dépourvu de Premier ministre, le nouveau gouvernement désigné ne compte qu'un seul ministre à part entière, le général Massoud, nommé général et confirmé au poste de responsable de la Défense, charge qu'il exerçait dans les faits depuis le 24 avril. En outre, 25 ministres cc intérim» sont nommés pour deux mois, ainsi que par six vice-ministres. Le Hezb-i islami n'est pas représenté. Le commandant Abdul Haqq, membre de la faction dissidente du Hezb, déclare hésiter à accepter ses nouvelles fonctions de chef de la police, car il ne souhaitepas combattre les forces de M. Hekmatyar. La validité de ce nouveau gouvernement composé par M. Mojaddidi est contestée. En effet, l'accord du 24 avril conclu entre huit des partis de la résistance, ne contient aucune disposition autorisant le conseil intérimaire à nommer un gouvernement. M. Hekmatyar réclame donc le transfert immédiat du pouvoir au conseil de direction que doit présider le professeur Rabbani, sous l'égide duquel un membre du Hezb doit devenir Premier ministre. Le président Mojaddidi fait savoir qu'il souhaite demeurer au pouvoir pour une période de deux ans26. Une des nombreuses lacunes de l'accord du 24 avril est qu'il ne prévoit aucune disposition quant au traitement et règlement des conflits qui pourraient surgir quant à son application. Par exemple, sous quel commandement sera placée l'artillerie lourde détenue par les diverses factions de la coalition? En outre, les nombreux commandants qui contrôlent le pays ne semblent pas avoir l'intention d'obéir à la nouvelle autorité27. Le 6 mai, le conseil intérimairerevient sur sa décision d' amnistier les membres de l'ancien régime. Cette décision avait été annoncée par le président Mojaddidi dès son arrivée au pouvoir.
26. AFP, AP, Reuter, UPI, « Un cessez-le-feu est annoncé à Kaboul », Le
Monde, 7 mai 1992. , 27. Ahmed Rashid, supra, note 9.

26

AFGHANISTAN DU COMMUNISME AU FONDAMENTALISME
cc tribunaux

Comme conséquence de cette volte-face, des

populai-

res» hors du contrôle des autorités pourront être créés pour juger les cctraîtres» et les cccomplices des envahisseurs» soviétiques. Dans la foulée, les instances de l'ancien régime et le parti communistes sont abolis 28.

Le nouveau ministre de la Défense, le général Massoud, tient sa première conférence de presse le 7 mai devant une foule de journalistes et de diplomates. Il évoque les conditions dans lesquelles s'est faite l'entrée des mojâhidin à Kaboul: négociations avec le gouvernement, transfert total et sans condition du pouvoir à la résistance, attente, avant de prendre le contrôle de la ville, que les partis de Pechâwar forment un gouvernement provisoire. Il fait ensuite part des raisons qui l'ont poussé à prendre les positions
stratégiques de Kaboul alors que des pourparlers de règlement entre les partis de la résistance étaient en cours. Il explique avoir tenté de convaincre le chef du Hezb-i islami de ne pas s'emparer de la capitale, mais sans succès. Lorsqu'il a été persuadé qu'il n'arriverait pas à le convaincre, la décision a été prise de ne pas le laisser attaquer Kaboul, en y prenant position lui-même pour la défendre. Il expose également les conditions posées par le Hezb-i islami pour mettre fin à la guerre civile: que le professeur Mojaddidi soit destitué de sa tonction de président, que le gouvernement intérimaire ne garde le pouvoir qu'un minimum de temps et que les forces ouzbeks du général Dostom se retirent de Kaboul. Dans l'objectif de défendre l'alliance du Jamiat-i islami avec les forces

du général Dostom, le ministre attaque violemment l'entente équivalente entre le Hezb-i islami et la fraction la plus dure, exclusivement pashtounophone, du Parti communiste afghan29.

28. AFP, AP, Reuter, UPI,

cc Des

tribunaux populaires jugeront les traîtres »,

Le Monde, 8 mai 1992. 29. Jean-Patrick Voudenay, ccMassoud rassure l'étranger et fustige Hekmatyar », Libération, 8 mai 1992.