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Agriculture et industrialisation en Turquie et au Moyen-Orient

De
528 pages
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Ajouté le : 01 janvier 1992
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EAN13 : 9782296269514
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AGRICULTURE ET INDUSTRIALISATION EN TURQUIE ET AU MOYEN-ORIENT

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L'Harmattan, 1992 ISBN 2-7384-]439-7

VARIA TURCICA XVII

Jacques THO BlE, Roland PEREZ et Salgur KANÇAL

AGRICULTURE EN TURQUIE

ET INDUSTRIALISATION ET AU MOYEN-ORIENT

Editions L'Harmattan 5-7 rue de l'Ecole~Polytechnique 75005 Paris

VARIA TURCICA XVII

AGRICULTURE ET INDUSTRIALISATION EN TURQUIE ET AU MOYEN-ORIENT

Actes du Colloque d'Adana 29 mai-1er juin 1989

Edités par Jacques THOBIE, Roland PEREZ et Salgur KANÇAL

et publiés sous les auspices de la Faculté d'Agronomie de l'Université du Çukurova, du Groupe de Recherche (GDR) 832 du CNRS, du Centre Interdisciplinaire de Recherche de Relations Internationales au Moyen-Orient (CIRIMO), de l'Université de Rennes-2, de l'Equipe de Recherche sur le Système Industriel (ERSI) de l'Université de }>icardie-Jules Verne de l'Institut Agronomique Méditerranéen de Montpellier (IAMM) du Centre International des Hautes Etudes Agronomiques Méditerranéennes (CIIIEAM), et de l'Institut Français d'Etudes Anatoliennes d'Istanbul (IFEA)

avec le concours du Centre National de la Recherche Scientifique

L'HARMATTAN Paris 1992

*** Nous remercions chaleureusement les traducteurs de l'LA.M. La composition de cet ouvrage est, pour une large part, l'oeuvre de l'équipe éditoriale de l'Institut Francais d'Etudes anatoliennes d'Istanbul, animée par M. ASKEL TIBET que nous tenons à remercier tout particulièrement pour sa compétence et son dévouement.

PRESENTATION

Dans les modèles de croissance adoptés ou subis par les pays de la Méditerranée orientale, la croissance de l'agriculture, âtravers ses rythmes divers, constitue une variable importante du dynamisme de nombreuses branches industrielles, soit comme fournisseurs, soit comme clientes, et aussi du secteur de la distribution. Le poids des déficits (pays pétroliers notamment) ou des excédents alimentaires est aussi un facteur conditionnant pour l'industrialisation, comme l'est la situation du travail et des zones de sous-emploi. L'internationalisation de la production et de la distribution, l'implantation des firmes multinationales dans la région, notamment dans le secteur agro-alimentaire, rendent particulièrement complexes les liaisons agriculture-industrie et plus urgentes des études circonstanciées. Le thème fondamental du colloque d'Adana, dont le présent ouvrage regroupe les communications, est précisément l'éiude de l'agriculture dans son articulation dynamique avec l'industrialisation, avec l'internationalisation des économies et avec l'évolution des rapports sociaux qui en découlent. Dans cette optique, les trente-deux communications prononcées se distribuent autour de sept sous-thèmes qui guident le sommaire de ces Actes. Quatre communications posent d'entrée les problèmes-clés et la méthodologie, â travers la question des liens entre l'agriculture et le développement: trois papiers analysent les tendances et les préférences structurelles de l'agriculture turque et situent leur place dans l'évolution économique du pays,. le quatrième papier s'attache aux problèmes méthodologiques spécifiques posés par un secteur particulier de l'agro-alimentaire, l'industrie laitière. Après le rappel de la méthode, un appel à l'histoire permet une mise en perspective diachronique de l'agriculture de la Çukurova au cours de trois périodes, du xvr du début du XX" siècle. Quatre communications étudient plus particulièrement la liaison industrie-agriculture â travers la prise en compte des facteurs de production (utilisation de la terre, progrès de la mécanisation, évolution de la main-d'œuvre) et l'utilisation de tableaux d'échanges inter-industriels. Le quatrième sousthème aborde les conséquences sociales du développement agricole. Quatre papiers traitent, sous des angles variés, des problèmes d'exode rural, des conditions du travail agricole, des mentalités agressées,. le cinquième est consacré

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aux questions posées par la pollution Turquie. agricole, thème désormais sensible en

Les deux sous-thèmes intintlés "Firnzes multinationales et industries agro-alimentaires" et "Comparaisons moyen-orientales", soulignent l'importance des aspects internationaux de la problématique du colloque. Le premier sous-thème regroupe cinq communications dont deux concernent directement l'influence des firmes multinationales sur l'agriculture et les industries agroalimentaires en Turquie, tandis que deux autres analysent produits agro-alimentaires au niveau régional,. le dernier papier de ce sous-thème est consacré au volet agricole de l'accord d'Association qui lie la Turquie à la Communauté. Le deuxième sous-thème fait appel à la méthode comparative particulièrement suggestive: cinq papiers permettent d'utiles confrontations entre les évolutions de l'agriculture de plusieurs pays, tels la Turquie, la Syrie, l'Irak, l'Egypte, le Liban...
Quelques énldes de cas ferment la marche. Deux concernent l'impact économico-social de la culture de deux plantations spécifiques: le pavot et le thé, et une aborde le problème du conditionnement des produits de l'agriculture ,. les trois dernières communications attirent particulièrement l'attention sur le difficile problème des nouveaux équilibres locaux on régionaux liés au rapport agriculture-industrie, dans des espaces géographiques bien déterminés de Turquie orientale.

Bien entendu, comme toujours en pareil cas, ce colloque n'est que le moment d'une analyse et d'une réflexion, et les questions qui y ont été soulevées n'ont pas fini de now,ir la discussion. Pourtant, il ressort de ces savantes études, que le développement agricole constitue, dans l'appréciation des rapports de force économiques et politiques, un paramètre de grande importance et, à cet égard, la Turquie semble bien tenir là un atout maître. Si ce pays poursuit l'effort entamé dans ce domaine, et notamment avec la mise en œuvre du grand projet d'Anatolie du Sud-Est (GAP), il confirmera sa stature régionale, alors que maints pays de M éditen'anée orientale font l'expérience amère du dé.

ficit alimentaire. Maîtresse des sources de l'Euphrate et du Tigre, la Turquie crée chez ses voisins du sud des inquiétudes sur le problème de l'approvisionnement en eau, denrée précieuse dans la région,. ilfaut naturellement souhaiter que des solutions équitables et pacifiques seront trouvées à ce problème crucial. Salgur KANÇAL Jacques THOBIE

AGRICULTURE ET DEVELOPPEMENT

/

Osman TEKiNEL

ALLOCUTION D'OUVERTURE

L'AGRICULTURE EN TURQUIE

INTRODUCTION La Turquie est un pays d'environ 55 millions d'habitants et d'une superficie de 780.000 km2. Elle a une topographie eXtrêmement variée, avec un climat passant du type subtropical, au sud, au type alpin à l'est. Comptetenu de la richesse de ses sols, de ses ressources en eau et de son relief, la Turquie est capable de produire différents types et différentes variétés de produits agricoles, ainsi que d'élever un grand nombre d'animaux, notamment des moutOns. Des développements et progrès substantiels ont eu lieu dans le secteur agricole depuis la fondation de la République turque, à la fois en termes d'élargissement des terres arables et d'augmentation de la productivité. Pendant cette période, les terres cultivées ont progressé de 11,7 millions d'hectares à 28,5 millions d'hectares, et cela correspond à une multiplication par 2,5 des terres arables. D'un autre côté, le nombre d'habitants du pays atteint 55 millions, alors qu'il était de 10,5 millions au début des années 1920, soit une multiplication par 5,5. De plus, le rythme d'augmentation de la productivité par hectare a progressé de 2 à 10 fois selon les catégories de produits agricoles. Tous ces développements ont fait de la Turquie l'un des 7 à 8 pays du monde autOsuffisants pour la production alimentaire et textile aujourd'hui.

I. LE ROLE DE L'AGRICULTURE DANS L'ECONOMIE DE lA TURQUIE
Aujourd'hui, comme dans les années antérieures, la colonne vertébrale de l'économie turque est le développement de son agriculture. La part du secteur agricole dans le PNB était de 19 % en 1988. Une large partie de la population totale, exactement 42,6 %, vit à la campagne, et 55,1 % de la population active est employée dans le secteur agricole (voir tableau 1).

6

Osman TEKtNEL DE L'AGRICULTURE 1980 1985 TURQUE 1988

Tableau 1: LES INDICATEURS

Population en milliers d'habitants (estimation au milieu de l'année) Population totale Population rurale Pourcentage de la population rurale Population active totale et dans l'agriculture en milliers de personnes Population active totale Population active dans l'agriculture % de la population active agricole PNB et produit national agricole aux prix de 1968 PNB en milliards de livres turques Produit national agricole en milliards de livres turques %PNA/PNB PNB par tête en $ PNB par tête pour le secteur rural en $

44.438 24.924 56,1

50.306 43.799 47,3

54.176 23.058 42,6

15.242 9.520 62,5

15.955 9.390 58,9

16.867 9.300 55,1

206,1 45,3 22,0 1119 413

253,2 51,0 22,0 962 351

315,4 59,8 19,0 1018 372

Les progrès de la production agricole de la Turquie dans les 30 dernières années ont été suffisants pour fournir les matières premières nécessaires à l'industrie et la demande de la population en nourriture et en fibres textiles. Dans les exportations totales, la part de matières premières agricoles était, en 1980, de 56,4 %; elle chuta à 20,1 % en 1988, les exportations de produits agro-alimentaires étant exclues de ces pourcentages (voir tableau 2).

ALLOCUTION

D'OUVERTURE

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Tableau 2: LA PLACE DES EXPORTATIONS AGRICOLES DANS LES EXPORTATIONS TOTALES
Années 1980 1985 1988 Exportations totales Exportations de produits agricoles 1.671.000 1.719.400 2.585.400 Pourcentage 56,4 21,6 20,1

2.910.100 7.958.100 11.662.100

36,5 % du total des terres conviennent à l'agriculture, tandis que 25,9% sont de la forêt. Le total des terres arables est d'environ 28,5 millions d'hectares. La répartition de l'utilisation de la terre est donnée dans le tableau 3. Tableau 3: REPARTITION TURQUIE DE L'UTILISATION DE LA TERRE EN

Type de terre Terres arables en culture Prairies et montagnes F:orêts Autres Total

1000hectares 28.479 21.745 20.199 7.522 77.945

Pourcentage 36.5 27.9 25.9 9.7 100.00

La future croissance de la production agricole devra être trouvée à travers une augmentation de la productivité, tant dans l'élevage que dans la culture. Pour le moment, une augmentation de la productivité agricole dépend de facteurs tels que la fourniture et l'utilisation des semences améliorées, des engrais, des équipements mécaniques, des pesticides, des aliments pour la nourriture du bétail, l'irrigation des terres nouvelles, l'extension du crédit, la distribution adéquate et programmée de tout ce qui est nécessaire à l'agriculteur à des prix modérés. Nous devons mettre l'accent sur la nécessité de faire l'usage le plus efficient de nos ressources, mais l'utilisation d'une technologie avancée et de facteurs de production tels que des rendements plus élevés et des produitS de meilleure qualité, peuvent aussi être obtenus. Même si de nombreux ministères et agences sont en relation avec les seIVices relatifs aux affaires agricoles, c'est le ministère de l'Agriculture, des

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Osman TEKtNEL

Forêts et des Affaires villageoises qui est la plus importante organisation portant les plus grandes responsabilités vis-à-vis des agriculteurs. Le ministère est en voie de réorganisation afin de rendre des services plus efficaces, de temps en temps, aux agriculteurs dont les besoins vont croissant. Une nouvelle extension de ce service s'est mise récemment en place dans le cadre du projet TUYAP. Selon ce nouveau système, des groupements de villages sont constitués. Un technicien est désigné pour vivre dans le village central et s'occuper de tous les villages du groupe. Logement et transport lui sont assurés. On essaie de fournir un technicien pour chaque village disposant d'un système d'irrigation. Bien qu'il paraisse coiiteux, en argent et en temps, le système, une fois complété, devrait contribuer grandement à l'accroissement du rendement et de la production, et par là-même à un mieux-être des ruraux. Une réorganisation au niveau de la province, du district et du viJIage, accompagnée de la fourniture d'entrants perfectionnés, notamment des semences pour terres irriguées, une mécanisation de l'amendement, la protection des plants, une sélection appropriée pour le bétail, aideront à accomplir les objectifs décidés. Il reste encore du travail à faire dans ce domaine, spécialement en ce qui concerne la recherche agricole. Au milieu des efforts développés dans le pays' en faveur de l'agriculture en général, une opération est en route, appelée le Projet Anatolien du Sud-Est (GAP), qui recèle un énorme potentiel de développement de la production agricole. Avec l'accomplissement du projet, 1,65 million d'hectares de terres seront irrigués, il y aura probablement une immense production d'énergie (26,1 millions de KWH par an), une amélioration tant de l'agriculture que de la structure sociale~ La réalisation terminée, la production agricole de la Turquie doublera approximativement. Le projet appelle un objectifintégré de développement. Le but principal du GAP est d'améliorer à la fois le statut économique de la population dans cette zone et l'utilisation des ressources potentielles. Quels sont les résultats présents ? Le développement de l'agriculture, dans les dernières décennies, en Turquie, fut significatif. Si nous considérons les changements dans l'utilisation des engrais, le nombre des tracteurs, le rendement à l'hectare, la production de toutes les céréales et des produits de première nécessité, nous pouvons mieux observer les améliorations dans ce secteur. Même si le taux d'accroissement de la population en Turquie fut élevé entre 1950 et 1988,

ALLOCUTION

D'OUVERTURE

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nous n'avons jamais été à court longtemps d'un produit alimentaire et nous sommes même exportateurs de nombreuses productions agricoles. Toutes ces choses et le projet d'irrigation à grande échelle du GAP, en cours de réalisation, montrent que le développement de l'agriculture en Turquie est prometteur. Cependant, comparé au potentiel existant, spécialement dans quelques secteurs, tels que les produits de première nécessité, les fruits et légumes, l'industrialisation de la récolte, il y a encore une large marge d'amélioration possible. Nous devons maintenir le taux de croissance annuel de 5 %, qui est considéré comme un objectif dans les plans quinquennaux de développement, et même essayer de le dépasser si nous désirons atteindre la totalité de nos buts économiques, et un développement rapide du pays. Je suis persuadé que les résultats de ce colloque seront utiles pour les participants, pour notre pays et pour les autres pays méditerranéens. Chers hôtes, je voudrais dire ici mes sincères remerciements au professeur Roland Pérez, au professeur Jacques Thobie, au professeur JeanLouis Bacqué-Grammont, et â tous nos hôtes distingués pour leur participation. Je voudrais aussi remercier le comité d'organisation pour les efforts qu'il a réalisés pour la tenue de cette rencontre. Merci.

Turan GÜNE~

LES TENDANCES DE LA CROISSANCE DANS L'AGRICULTURE TURQUE

INTRODUCTION Compte tenu de l'importance du secteur agricole dans l'économie nationale turque, son évolution joue un rôle prépondérant dans le développement économique du pays. Il profite à l'économie toute entière par le biais des échanges et stimule l'industrie et les autres secteurs non-agricoles. C'est pourquoi les différents plans quinquennaux s'appuient largement SUr le développement de l'agriculture. Ainsi, le Cinquième Plan prévoit une augmentation de 6,6% de la production agricole totale en volume contre 4,1 % lors du Quatrième Plan. De même, il envisage un accroissement de 9,1 % par an des exportations agricoles assuré d'une part par la production céréalière (+ 66,2%) et d'autre part par la production animale (+ 27,9%). Nous étudierons ici les tendances du développement de l'agriculture turque, tant sous l'angle des diverses activités agricoles que sous celui de l'utilisation d'intrants. Les changements intervenus, quant aux niveaux de productivité et des revenus, feront également partie de notre analyse. I. L'EXPANSION DE L'IRRIGATION ET DE L'UTILISATION D'INTRANTS DANS L'AGRICULTURE TURQUE Dans le but d'accroître la productivité, d'élargir l'éventail des variétés de cultures et d'utiliser une technologie avancée, la Turquie a investi davantage dans les plans d'irrigation. La priorité est donnée à l'accomplissement de grands projets hydrauliques par la mise en oeuvre d'investissements en ressources naturelles (eau, terre...), à l'achèvement des services, sur le terrain des projets déjà structurés, et à l'exploitation des petites sources d'eau et de l'eau souterraine dans les zones arides. Les bénéfices anticipés de l'irrigation dépendent de la mise en place de cultures adaptées et de l'utilisation optimale des capacités d'irrigation.

12

Turan GÜNE~

A l'heure actuelle, les taux d'utilisation s'élèvent à 70%; le Cinquième Plan prévoit, quant à lui, d'atteindre 90%. Pour ce faire, les plans de développement s'appuient sur la nécessité de s'orienter vers des cultures irriguées et à CÔtédes réseaux d'irrigation, de réaliser des investissements dans les domaines de l'amélioration des sols, des drainages et des défrichements des terres et d'accomplir ces tâches par l'intermédiaire des services de vulgarisation agricole. Le Cinquième Plan Quinquennal prévoit l'irrigation de 800.000 hectares de terres: 475.000 hectares le seront par une irrigation intensive, tandis que 325.000 hectares recevront une irrigation plus occasionnelle. Le tableau ci-dessous montre les surfaces irriguées ces dernières années. Tableau 1 : DEVELOPPEMENT DE L'UTILISATION ET DE L'IRRIGATION EN TURQUIE (hectares) DES TERRES

Activités

Réalisation 1985 1986 1987

Programme 1988

Irrigation Investissements en développement des terres intérieures Prévention des inondations Conservation des sols Drainage et mise en culture

14.570

107.426

140.076

145.000

38.833 30.000 16.570 14.100

36.957 12.715 14.319 19.200

38.014 12.737 15.018 8.200

54.000 23.700 15.100 11.730

SOURCE: Département de la Planification de l'Etat, V Plan Quinquennal de Développement, Programmes 1985-1988. Grâce au développement des travaux d'irrigation, 2.440.000 hectares de terres ont pu être irrigués par l'Etat et 1.000.000 hectares par le secteur privé, soit 3.440.000 hectares fin 1986. On estime la surface irriguée par l'Etat à la fin 1987 à 2.550.000 hec-

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tares. Soit un total, pour les surfaces irriguées, de 3.550.000 hectares, fin 1987. Ce qui signifie que sur 8.500.000 hectares de terres irriguables, 41,8% le sont actuellement en Turquie.

L'autre élément d'importance est l'utilisation d'engrais. La quantité d'engrais utilisée dans l'agriculture turque s'est élevée à 9 millions de tonnes en 1987. Ce chiffre explique la production de 1,789 millions de tonnes d'engrais nitra tés. Le total d'engrais utilisé sera de 9,9 millions de tonnes en 1988.Même si la Turquie importe des engrais, 79%de la consommation totale sont couvertes par la production domestique.
L'utilisation des semences de qualité, dont l'approvisionnement se fait essentiellement par le biais des importations, s'accroit également. L'organisation de la production des semences repose sur l'incitation du secteur privé à investir dans ce secteur et sur la libéralisation des importations. Les nouvelles variétés de pommes de terre, le maïs et le tournesol hybrides, ont eu des effets positifs sur les rendements: 5.600 tonnes de maïs hybride, 2.600 tonnes de tournesols hybrides, 400 tonnes de légumes et 463 tonnes de graines de trèflel. Il. CHANGEMENTS DANS L'UTILISATION DES TERRES ET DANS LA STRUCTURE DE LA PRODUCTION AGRICOLE L'utilisation des terres agricoles change en Turquie. D'une part, l'alternance sur une même terre de cultures telles que le coton, le blé, le tournesol, varie en fonction des fluctuations des prix relatifs. D'autre part, la physionomie des terres consacrées aux fruits, légumes et fourrage change. Les jachères diminuent chaque année: elles étaient de 5,771 millions d'hectares en 1986; on prévoit 4,5 millions d'hectares pour 1989. C'est pour le blé, le maïs, le tournesol et le soja que l'on constate les plus fortes croissances en volume, sous l'effet des changements des zones de culture, du progrès technique, de J'impanation de semences sélectionnées et de la pratique d'une seconde culture. La production de betterave à sucre, quant à elle, varie en fonction de la demande intérieure. Parallèlement le tabac est cultivé pour satisfaire la demande intérieure mais également pour l'exportation. Enfin, la production de fruits et de légumes est en plein essor, bien que les conditions climatiques influent fortement sur les quantités annuelles récoltées. Le Tableau 2 montre les changements intervenus dans la structure de la production agricole de ces cinq dernières années. La production céréalière a augmenté de 5,2%, les légumineuses de

1) DEMtR Nazmi, TÜ/'kiyc'lIill Tanm vc Tanma Dayall Sektorleri (Les secteurs agricole et basés sur l'agriculture de la Turquie), DI~ Ekonomik lli~kiler Kurulu, tstanbul, 1987.

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15,4%, les plantes industrielles de 2,1 %, les fruits de 1,7%, les légumes de 5,9%. III. EVOLUTION DE LA PRODUCTION ANIMALE

Les changements intervenus dans la production animale, en forte croissance ces cinq dernières années, sont présentés dans le Tableau 3.
La production totale de viande a augmenté en moyenne de 6,1 % par an sur la période; 4,1 % pour la viande sur pied; 14,8% pour la volaille et le poisson, 4,7% pour le lait et 7,8% pour les oeufs. La principale raison invoquée pour cette croissance est l'augmentation du nombre d'animaux de race ainsi que leurs croisements avec les animaux de race locale. C'est également l'augmentation de la production et de l'utilisation d'aliments du bétail de qualité qui influent positivement sur ces rendements. Il existe cependant de sérieux problèmes de commercialisation des produits malgré cette évolution favorable. Ainsi, l'on note une régression des exportations d'animaux vivants, de viande, d'oeufs, et de laine mohair à l'exception de la laine de mérinos et autres laines, Parallèlement, le pays procède à des importations de viande. Tableau 3 : CHANGEMENTS INTERVENUS DANS LA PRODUCTION ANIMALE DES CINQ DERNIERES ANNEES EN TURQUIE (1000 tonnes)
PRODUITS 1983 1984 1985 1986 1987 Taux d'accr. 1983-87 % Viandes V. rouge
V. de volaille,

Programme 1988

Taux
d'accr.

1987-88 1.555 1.165 390 7.322 3~6 110 6,5 5,0 11,4 4,6 4,3 1,9

1.174 954 220 5.900

1.235

1.300 1.015

1.375 1.460 1.060 1.110

6,1 4,1 14,8 4,7 7,8 2,0

975 260
6.100

poisson Lait Œufs Laine,mohair

285
6.400

315
355

350 370 108

6.700 7.000

282
100

300 102

340 104

106

SOURCE:

D,P.T" Programme annuel 1984, 1985, 1986, 1987, 1988

Le Cinquième Plan Quinquennal accorde une importance particulière à l'augmentation des productions animales; selon ce plan, il faut accroître le nombre d'animaux de pure race à haute productivité et améliorer la quantité et la qualité de leur production en viande, lait et œufs. Ce plan prÔne aussi la mise au point et la généralisation des techniques de repro-

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Turan GÜNE~

duction naturelle et d'insémination artificielle, qui permettraient un accroissement de la production de viande et de lait des espèces à bas rendement. Des actions régulières permettraient de recenser les jeunes femelles et de les envoyer dans des régions d'élevage extensif où elles seraient utiles. IV. NECESSITE D'AMELIORER LA GESTION DES PRAIRIES ET DES PATURES Bien que les prairies et pâtures soient les principales sources d'alimentation du bétail en Turquie, il n'existe aucune organisation légale et efficace pour la gestion de ces surfaces. Si bien que celles-ci ne sont plus rentables. Les recherches ont montré que si ces terres étaient utilisées de façon plus rationnelle, c'est-à-dire avec un apport d'engrais et en utilisant les semences adéquates, la productivité augmenterait de 3 à 5 fois. Malgré ce fait, aucune loi ne prévoit la gestion de ces terres, dont le rendement ne fait que décroître; la rapide mise en place d'une telle loi est pourtant nécessaire pour inverser le processus. Le Cinquième Plan Quinquenal stipule néanmoins que" des mesures seraient prises à ce sujet et que la culture de plantes fourragères serait accrue, afin de mettre en valeur prairies et pâtures ". Dans tous les cas, peu de changements ont été constatés à ce sujet. La Turquie doit utiliser davantage les terres laissées en jachères dans les régions où les précipitations sont suffisantes pour y cultiver aussi bien des plantes vivrières que fourragères.
V. CHANGEMENTS DANS LA PRODUCTIVITE AGRICOLE TURQUE

Il est bien connu que la meilleure façon de développer l'agriculture est d'augmenter et d'équilibrer l'utilisation d'intrants. Tous les facteurs de production employés par les exploitations agricoles se sont accrus par le passé et même sur la période 1980-1988. Les progrès les plus évidents ont concerné l'utilisation des tracteurs et des engrais. Par contre, on remarque une stagnation des investissements en capital. L'investissement réel en agriculture a été de 5,1 % sur la période 1%5-1970, et de 10,6% entre 1970 et 1975. Ces taux fléchissent cependant depuis 1975 et jusqu'à nos jours. Le principal argument avancé devant cette situation est la politique gouvernementale qui privilégie les secteurs non-agricoles et, de ce fait, diminue la part des investissements agricoles dans le total des investissements prévus par les plans, avant et après 1980. En outre, comme l'épargne est relativement modeste dans les exploitations agricoles, l'accumulation du capital se fait très lentement.

CROISSANCE

ET AGRICULTURE

TURQUE

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Entre 1965-1975, l'utilisation d'engrais a augmenté de 16,6% par an, les terres irriguées de 5,3%, et le nombre de tracteurs de 16,3% par an. Par contre, le taux annuel d'utilisation du travail agricole est resté peu varié (1,8%). On peut donc dire que des changements positifs ont eu lieu dans la structure de la production agricole turque, grâce à l'utilisation accrue de machines et équipements agricoles et de techniques modernes. Ces transformations se sont poursuivies, dans les années allant de 1974 à 1984, mais à une allure moins importante. A l'heure actuelle, ce ralentissement persévère malgré le niveau élevé d'utilisation d'une technologie moderne efficace; on retrouve également cette stagnation au niveau des volumes de production agricole. Alors que le taux de croissance de celle-ci était de 3,4% entre 1965 et 1975, il est passé à 2,4% entre 1975 et 1984. De 2,1 % entre 1980-84, il a légèrement augmenté (2,7%) en 1985. En 1986, le taux est passé à 7,4%, pour chuter de nouveau à 2,3%, en 1987, puis passer à 3,2% en 1988. Les études réalisées en ce domaine montrent que l'efficacité optimale dans l'utilisation des facteurs de production n'est pas encore atteinte, l'agriculture turque ne se modernise pas assez rapidement et l'utilisation des techniques agricoles efficaces n'est pas encore assez largement répandue pour pouvoir engendrer des conséquences évidentes. C'est un des plus graves problèmes dans l'agriculture turqué Le secteur agricole n'est pas encore en mesure de contribuer largement au redressement économique turc en raison de sa mauvaise organisation. Ce secteur a, avant tout, besoin d'un financement soutenu et d'investissements dont l'absence entraînerait des problèmes d'approvisionnement alimentaire graves et partant des problèmes de capital et de devises étrangères. La place prépondérante qu'occupe le secteur agricole dans l'économie nationale n'est pas encore bien employée dans le processus du développement. Le secteur agricole n'a contribué que de Il % à l'accroissement global du Produit National Brut pendant la période 1980-1985. Ce taux est relativement bas, si on le compare avec celui des autres secteurs dont l'effet influence positivement le P.N.B., et il reste en-deça du taux de croissance agricole observé pendant les périodes antérieures. La forte croissance de la demande intérieure pour les produits agricoles, compte tenu de la part considérable des dépenses alimentaires dans
2) DURA Cihan, Tanmm Tiirk Ekonomisinin Gelifmesine kallas,. Bllgiinii ve Yanm (L'apport de l'agriculture à la croissance de l'économie turque; aujourd'hui et demain), Enka Vakfl Yaymlan, Istanbul, 1987.

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Turan GÜNE~

les dépenses totales, stimule le développement agricole turc, de même que l'augmentation du revenu moyen par tête génère une demande élevée pour les produits alimentaires et en particulier pour les produits carnés. La production est tendue, tandis que la demande ne cesse d'augmenter. La consommatiOli alimentaire par tête est encore faible et pourtant l'élasticité de la demande, par rapport au revenu pour les produits alimentaires, ne cesse de croître. Pour cette raison il est urgent d'obtenir un équilibre entre la demande et l'offre alimentaires. L'agriculture a eu un effet bénéfique dans le redressement économique du pays dans les années 1980; on a alors constaté des répercussions sur les taux salariaux, sur les profits générés dans le secteur industriel et sur les investissements. Ces résultats sont principalement dOs à l'accroissement de la production alimentaire parallèlement à la demande globale. Depuis le début de notre décennie, l'agriculture connaît des difficultés à satisfaire la demande alimentaire. Si la Turquie réussit à réaliser son projet d'irrigation de 1.635.000 hectares en Anatolie du Sud-Est (projet G.AP.), elle pourra faire face à la demande alimentaire du pays. VI. LE REVENU AGRICOLE L'accroissement du revenu réel des agriculteurs est un important facteur de développement en agriculture. Un revenu agricole plus élevé permet, en effet, une utilisation intensive des intrants agricoles et une meilleure gestion des terres. Diverses études réalisées sur ce sujee démontrent que les revenus réels des agriculteurs sont en baisse ces dernières années. En effet, alors que le revenu réel avait progressé de 2,4% par an dans la période 1975-1980, il a ensuite décru de 2,1 % par an entre 1980 et 1985. Par contre, la part du secteur agricole dans le revenu national eut un taux d'accroissement relativement rapide: 5,4 % par an pour la période 19501965, puis 3,8% par an de 1965 à 1975. L'examen de ces données prouve que la part du secteur agricole dans le Produit National Brut (lui même en hausse) a diminué. Cette situation amenuise la capacité d'auto-financement de ce secteur, ce qui constitue d'une part un frein à l'emploi d'intrants et, d'autre part, retarde l'intégration du secteur agricole dans l'ensemble de l'économie. Si l'agriculture continuait dans cette impasse, la demande en matières premières des autres secteurs économiques serait très faible. La persistance
3) LAY, Hasan, "Türkiye'de Piyasa Ekonomisine Geçi~in Tanm Sektorü Üzerine Etki-

leri" (Les retombés sur le secteur agricole du passage de la Turquie à l'economie de marché), Tür!dye'nin Piyasa Ekonomisine Geçi*ulul Tanm Sektoriine Etkilcri ScmpozYllmll, tzmir, 1985 et CELASUN, Merih, "Income Distribution anf Domestic Terms of Trade in Turkey 1978-83",

in MEW

Stlldies in Development, 1987.

CROISSANCE

ET AGRICULTURE

TURQUE

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de cette inertie pourrait même rendre l'agriculture incapable d'accroître sa production, tant pour l'offre sur le marché que pour approvisionner les autres secteurs économiques. Si la Turquie n'accorde pas davantage d'attention au développement agricole et à l'accroissement de ses investissements, on peut affirmer que cette même situation prévaudra dans le futur.

VII. TRANSFORMATION INDUSTRIELLE ET COMMERCIALISATION DES PRODUITS AGRICOLES
La commercialisation des produits agricoles et leur utilisation industrielle en tant que matière première relèvent aussi du domaine du développement agricole. La part des produits agricoles commercialisés est généralement faible, quoiqu'en progression depuis 1980. Par ailleurs, l'agriculture ne peut pleinement satisfaire la demande industrielle en matières premières. Ce faible niveau d'approvisionnement en matières premières agricoles de l'industrie alimentaire est une des principales raisons des faibles taux d'utilisation de sa capacité totale maximale. En fait, l'industrie alimentaire n'emploie que 73,9 % de sa capacité maximale, si l'on prend la moyenne pondérée, et uniquement 59,2% en cas de prise en compte de la moyenne normale4. VIII. CHANGEMENTS DANS lAPRODUCTMTE COLE DU TRAVAIL AGRI-

La productivité du travail est un des facteurs-clés du secteur agricole. Les données du Département de la Planification d'Etat permettent de comparer la productivité du travail dans différents secteurs économiques. L'analyse de ces données nous prouve que l'accroissement de la productivité est plus faible dans l'agriculture que dans le secteur industriel. La productivité du travail agricole s'est accrue de 1,9% entre 1%5 et 1975 à 3% entre 1975 et 1985. Mais à partir de cette date, elle s'est fixée à 2,2%. En Turquie, la productivité par travailleur agricole était de 6,6% en 1960 et de 12,7% en 1980. Toutefois, malgré ce doublement, le niveau de productivité reste très bas, comparé aux pays développés où la productivité a triplé en 20 ans.

La comparaison de la productivité du travail en Turquie et dans la Communauté Economique Européenne fait apparaître de grosses différences: 113,7en Allemagne de l'Ouest; 101,8en France; 48en Italie; 131,1
4) tSTANBUL SANA yI ODASI, 1983 Yllmda Imalat Sanayii Sektorn ve Üretim Kapasites; Kullanzml Oranz (Le secteur de l'industrie manufacturière et le taux de l'utilisation de la capacité maximale en 1983), tstanbul, 1984.

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au Danemark;

Turan GÜNE~ 116,3 en Angleterre et 44,8 en Espagne.

Donc, un travailleur agricole danois produit 10 fois plus qu'un travailleur turc. Ce ratio descend à 9 pour un travailleur anglais ou ouest-allemand, à 8 pouf un travailleur français et à 4 pour un travailleur espagnol ou italiens.

Le faible niveau de productivité du travail en Turquie constitue un frein à une meilleure commercialisation des produits agricoles et à une avancée du secteur agricole tout entier. IX. LES EFFETS DE L'AGRICULTURE SUR LES TERMES DE L'ECHANGE
L'analyse des termes de l'échange constitue un autre moyen pour mesurer le développement de l'agriculture turque. L'étude réalisée sur la base des données fournies par l'Institut National des Statistiques, montre que l'agriculture avait une position de force durant la période 1974-1978, une situation qui a changé en 1979. La tendance observée dans les termes de l'échange, en défaveur du secteur agricole dans les années 1980, détourne le flux des investissements au profit des autres secteurs. X. L'IMPACT DU DEVELOPPEMENT TION AGRICOLE SUR LA POPULA.

La composition de la population fournit un autre moyen pour analyser le développement agricole. La structure de la population active agricole a beaucoup changé durant les 20 dernières années. La part de la population active agricole dans la population active totale est passée, de manière continue, de 72 %en 1%5 à 60 % en 1980, puis à 53 % en 1985. La population active agricole décroît donc en termes absolu et relatif, cette chute s'amplifiant surtout durant la dernière décennie. XI. DEVELOPPEMENT DES EXPORTATIONS DES PRODUITS AGRICOLES ET LEURS EFFETS SUR L'ECONOMIE La valeur ajoutée des produits exportés constitue aussi un critère important de la mesure du développement de l'agriculture turque. Pendant longtemps, l'agriculture a constitué une source importante de devises étrangères, pour financer les importations des équipements nécessaires pour le secteur industriel d'une économie en voie de développement. Il est donc normal que les exportations agricoles se ralentissent avec le développement de l'industrie. Néanmoins, le revenu créé par les exportations de
5) DURA Cihan, op. cil.

CROISSANCE produits portante lisés par peu plus

ET AGRICULTURE

TURQUE

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agricoles bruts ou transformés garde une place toujours aussi imque par le passé. Effectivement, les trois quarts des bénéfices réales exportations revenaient au secteur agricole jusqu'en 1970; un de la moitié entre 1975 et 1980, mais seulement un quart en 1984.

1980 et les années suivantes ont donc constitué un tournant ,dll sans aucun doute à la politique de "développement tourné vers l'extérieur" et de "l'orientation des produits industriels sur le marché mondial", appliquée ces dernières années. Toutefois, la part des produits agricoles, bruts et transformés, constitue encore 25 à 30 % des exportations totales. Ceci explique que le secteur agricole, à l'égard de la structure internationale des exportations, continue à générer des sommes importantes de devises étrangères. L'éventail des produits agricoles bruts et transformés destinés à l'exportation s'accroît ces dernières années. De cette manière, le secteur agricole dégage un revenu conséquent et stable grâce aux exportations et l'effet supplétif des produits agricoles sur le marché s'accroît. Le développement agricole peut aussi être suivi grâce à la diversité des produits agricoles exportés. La gamme des produits agricoles exportés était plutÔt restreinte jusqu'en 1980. Cette situation a changé depuis et le coefficient de densité des exportations a décru de 0,275 à 0,193 sur une courte période 1980-1983. Cette évolution a amené le niveau d'exportation de la Turquie au rang des pays développés dans les années 1950 et ce, grâce à l'accroissement du nombre de produits exportés. Ce processus devrait s'accélérer avec le développement de l'agriculture. CONCLUSION Le développement de l'agriculture est très important pour l'ensemble de l'économie turque et l'importance de son rôle est répercutée par les différents plans de développements qui privilégient notamment l'utilisation d'intrants agricoles et le développement de l'irrigation. Mais le développement de l'élevage reste insatisfaisant et la croissance de la productivité pour l'ensemble du secteur est plutÔt basse. Bien que le taux de commercialisation des produits agricoles soit en augmentation depuis 1980, celui-ci n'est pas encore suffisant. L'agriculture n'a pas réussi à satisfaire les besoins en matières premières de l'industrie et les revenus agricoles décroissent d'année en année. La part du Produit Agricole Brut dans le P.N.B. décroît en conséquence. Il est donc de la plus haute importance d'augmenter la part du secteur agricole dans notre économie.

Naci ENGiN

INDUSTRIALISATION ET TRANSFORMATIONS DE L'AGRICULTURE EN TURQUIE

INTRODUCTION Avant l'intervention du Gouvernement républicain, la Turquie était un pays essentiellement agricole. Les facilités de transport n'étant pas aussi bonnes que maintenant, l'économie était une économie relativement fermée et on produisait seulement ce qui pouvait être consommé et on ne consommait que ce qui était produit. D'après certaines sources1les conditions préalables au démarrage industriel de la Turquie existaient dès le règne de Sélim III (1789-1807). I. LA STRUCTURE ECONOMIQUE DE LA SOCIETE TURQUE Selon le Professeur bnsoy2 l'industrie de l'empire Ottoman pouvait satisfaire l'essentiel de la demande domestique jusqu'au début du 19" siècle. C'est en 1838, après la signature d'un accord commercial avec la Grande-Bretagne, que l'Empire ottoman s'ouvrit aux produits industriels britanniques et que l'Empire ottoman devint ainsi un marché libre pour les produits industriels anglais. Selon la même recherche, S. Kançal souligne également l'importance de cet accord commercial de 1838 avec la GrandeBretagne, au moment où les autres pays d'Europe prenaient des mesures protectionnistes pour empêcher l'entrée des produits industriels anglais sur leur territoire. Cet accord passé avec la Grande-Bretagne affaiblit l'industrie ottomane. Ce fut le cas de l'industrie du coton, qui ne put rivaliser avec l'industrie anglaise et qui s'effondra.
1) Rostow, W.W., Politics and the Stages ofGrowth, versity Press, London, 1971, p.74. 2) Atikkan Z., "Demokraside Üç Kilometre Ta~l: ne'ye 9'lu YIIlar", Hürriyet, Frankfurt, 6.1.1989, p.9. The Syndics of the Cambridge 1789-1839-1989 Bastille'den UniGülha-

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Naci ENGIN

Deux mesures importantes furent prises en 1909 et en 1915 pour stimuler l'industrie et encourager l'investissement: l'abolition des taxes sur les matières premières importées, sur les machines et les sources d'énergie. Mais les guerres qui prirent fin en 1922 détruisirent la plupart des industries existantes. Les efforts du gouvernement républicain, en vue d'une industrialisation, ont fait de la Turquie un des pays les plus industrialisés du Moyen-Orient. L'économie turque a fait des progrès particulièrement rapides pendant les trois dernières décades.

Le produit national brut a doublé avec une progression annuelle moyenne d'environ 6 % entre 1963et 1987.Pendant cette période, l'industrie a été le secteur de l'économie qui a progressé le plus rapidement. En fait la part de l'industrie dans la production domestique brute s'éleva de 16,5 % en 1962 à 24,6 % en 1972 et à 32,1 % en 19873.
II. PERIODE DE DEMARRAGE INDUSTRIEL DE LA TURQUIE On considère que le démarrage industriel de la Turquie se situe dans les années 19304.Selon le recensement de 1913 fait dans l'Empire ottoman, seulement 300 établissements industriels utilisaient des machines, la plupart de ces établissements étant des usines textiles ou alimentaires. Après la première guerre mondiale et la guerre d'Indépendance quelques principes importants de l'activité économique furent posés en 1923, quand la République fut proclamée. Dans cette ligne, les produits bruts pour l'exportation furent exemptés de taxes. Il serait aussi intéressant de comparer le nombre des ouvriers dans l'industrie: pendant l'Empire ottoman il y avait moins de 20.000 ouvriers, tandis qu'en 1921 il Y avait environ 80.000 ouvriers et en 1927 environ 300.000. L'intervention du gouvernement, pendant la République, revitalisa quelques industries, celle de la soie par exemple. Avant la première guerre mondiale, c'était une des plus importantes au monde, mais les guerres l'avaient presque complètement ruinée. Après l'intervention du gouvernement, elle se mit à reprendre. Avant la République, il n'y avait pas d'industrie sucrière en Turquie, tout le sucre nécessaire était importé. Après cette période, la superficie cultivée en betteraves sucrières fut augmentée et des sucreries furent construites à proximité des champs de betterave à sucre, par le gouvernement. En 1988, il Ya plus de 20 sucreries. Pendant cette période, le gouvernement construisit et contrôla la plupart des industries. A l'époque, pour les industries privées, le gouvernement encouragea à établir des usines surtout là où il y avait des matières premières et aussi à industrialiser des zones agricoles, offrant ain3) Devlet Planlama Te~kilatl, Bqinci Be~ Ylllrk Kalkmma Programl, Ankara, Ba~bakanhk Baslmevi, p. 11. 4) Rostow W.W., Ibid, 1971, p.55. Plam (1985-1989) 1988 ¥llt

TRANSFORMATIONS si aux fermiers un emploi alternatif.

DE L'AGRICULTURE

25

La première usine sidérurgique du pays fut construite en 1939 par l'Etat, dans la région de la Mer Noire, près des mines de charbon, mais assez éloignée de la zone d'extraction du minerai de fer à cause de considérations stratégiques.

En fait, en Turquie, pour l'intervention du gouvernement envers les industries, trois périodes sont à considérer: avant, pendant et après la deuxième guerre mondiale.
A- Avant la deuxième guerre mondiale, le gouvernement agissait directement en investissant dans des industries ayant besoin de gros capitaux ou en fournissant des terrains gratuits. B- Pendant la deuxième guerre mondiale, l'Etat contrôla toute l'économie à cause du risque visible de guerre. C- Après la deuxième guerre mondiale, la situation se modifia dans la mesure où, après 1948, la Turquie reçut une aide financière importante de l'étranger. Jusqu'en en 1948, la Turquie évitait de recevoir l'aide étrangère parce qu'elle avait beaucoup souffert d'avoir des dettes avec l'étranger pendant la période ottomane. Pendant les années 1960, un changement de structure se produisit dans les secteurs productifs de l'économie, la dépendance vis-à-vis de l'agriculture diminua et l'économie connut sa première phase de développement vers une maturité technologique. III. LES EFFETS DES INDUSTRIES SUR L'AGRICULTURE DU POINT DE VUE DES ZONES AGRICOLES Tous les établissements industriels occupent une superficie dépendant de leur taille et de leur fonction. Mais la Turquie est un pays montagneux. L'industrie, qui préfère un terrain plat, est par conséquent en compétition avec l'agriculture qui elle-même ne peut pas utiliser les pentes montagneuses abruptes. Cependant la Turquie a peu de terres cultivables. La superficie agricole est réduite non seulement par la structure pédologique mais aussi par le climat et l'approvisionnement en eau. La population de la Turquie augmentant très rapidement et s'étant élevée de 13.650.000 en 1927 â 52.300.000 en 19855, subvenir aux besoins de la population turque sera le problème le plus important. Néanmoins, ce

5) Beaujeu-Garnier Paris, 1986, p. 215.

J., Gamblin

A, Delobez

A., Images Economiques

dll Monde,

Sedes,

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Naci ENGIN

problème évident a été ignoré. Les plaines fertiles ont donc été ouvertes aux établissements industriels. S'ajoutant aux établissements industriels, de nombreuses habitations sont aussi venues occuper rapidement une partie de ces plaines. Cela a donc entraîné une diminution de la terre arable. Il faut remarquer que l'homme doit d'abord se nourrir et seulement ensuite il peut agir comme producteur et consommateur dans les activités industrielles. En fait d'après la Toprak-Su Genel Müdürlügü (Administration générale des Sols et des Eaux), il y a d'un point de vue techniquè 217.000 km2 de terres arables au lieu de 275.000 km2, nombre souvent donné dans les statistiques. Sur ces 217.000 km2, 7.000 km2 ont un problème d'aridité, 18.000 km2 ont un problème de drainage et 131.000 km2 ont un problème d'érosion6. Il faut aussi considérer que chaque année 86.000 km2 de champs restent en jachère et font partie de ces 217.000 km2, et qu'ils ne sont pas productifs d'un point de vue agricole. De cette zone agricole réduite et qui diminue tous les jours, il faut encore enlever les zones industrielles pour la plupart déjà établies dans la zone agricoles. Ainsi on peut comprendre l'importance de ce problème pour la Turquie. Si on ajoute à cela un faible taux de rendement dans la partie agricole, on peut clairement comprendre la difficulté de la situation. Mais ce fait évident a également été ignoré; tous les jours une zone de terre cultivable cède la place à une zone d'installations industrielles avec habitations, routes et autres structures. La plaine de Bursa et de Kütahya en sont des exemples marquants, parce que l'essentiel de l'activité dans ces régions s'est développée pendant les trente-trente cinq dernières années. Une chose semblable se produisit quand le gouvernement encouragea la création d'établissements industriels dans la zone agricole entre Istanbul et la plaine d'Adapazan, il y a quelques dizaines d'années. Cette zone industrielle était également une des zones agricoles les plus importantes de Turquie. IV. LES EFFETS DES INDUSTRIES SUR L'AGRICULTURE DU POINT DE VUE DE LA POPULATION AGRICOLE Comme la zone agricole est réduite par la structure de la terre, par le climat et l'approvisionnement en eau, la densité de la population agricole est plus forte que dans quelques uns des autres pays. Elle était de 125 en 1%5 puis 176 en 1970 et 207 en 19857.Par conséquent, la réduction quoti-

6) Resmi Gazete, Ankara. Ba~bakanhk Baslmevi, 27.11.1972, p.80. 7) Pour nos calculs, les données statistiques ont été obtenues de la Resm;

Gazete,

TRANSFORMATIONS

DE L'AGRICULTURE

27

dienne de la zone agricole et en conséquence l'augmentation importante de la densité de la population agricole, ont entraîné une migration de population de régions agricoles vers les centres industriels, d'où le développement de grandes villes. D'après certaines sources, plus de 10 millions de personnes ont émigré de la campagne vers les zones industrielles et les grandes villes au cours des trente derniers années. Cependant ce départ des régions agricoles ne vient pas d'un phénomène d'attraction exercé par les zones industrielles, mais provient surtout de la pression produite par une population agricole très dense, phénomène lié à une population qui augmente rapidement alors que la zone agricole diminue.
En fait ces migrations commencèrent il y a plusieurs années à partir de régions à forte densité agricole comme les régions de Trabzon, de Rize et de Kars et en direction généralement des régions industrielles, surtout la région d'Istanbu1. De jour en jour la population de ces région augmente, population venant toujours de régions à forte densité agricole. Une des conséquences du mouvement de la population agricole très dense vers les villes a été la ruralisation des villes existantes et des centres industriels, et non pas une urbanisation. Par exemple, plus de 200.000 bidonvilles (Gecekondu) ont apparu à Istanbul et autour d'Istanbu1. Bien que l'industrialisation se soit développée de façon appréciable récemment, elle n'a pas suivi l'augmentation de la population, en outre elle est essentiellement localisée dans la zone agricole. Par conséquent, le nombre de personnes sans emploi a augmenté tous les ans, venant s'ajouter à une population déja touchée par le manque d'emploi. V. L'EFFET DES INDUSTRIES SUR L'AGRICULTURE DU POINT DE VUE DE L'EMPLOI DES ENGRAIS CHIMIQUES ET DES INSECTICIDES Cet effet est important comme la population augmente rapidement, malheureusement la zone agricole diminue au lieu d'augmenter. Les engrais chimiques pourraient aider à augmenter les récoltes. Mais l'utilisation croissante d'engrais chimiques et la consommation d'insecticides, de plus en plus importante, provoquent la pollution des sols et des eaux. Il est intér~ssant de comparer la consommation d'engrais chimiques dans quelques pays8.

Ankara, 8.12.1972, p.47, el deshnagesEconomiquesdu Monde, 1986, Paris, po21S. Devlet Planlama T~kilatl, Fifth Five Year Development Plan 1985-1989, Ankara, 1985, po182. Dans nos calculs, nous n'avons pas tenu compte des champs en jachère puisqu'ils ne sont pas productifs. 8) Resmi Gazete, Ankara, Basbakanlik Basimevi, 27.11.1972, pol41.

28

Nad ENGiN

Pays Hollande Belgique Allemagne Fédérale Luxembourg France Mexique Turquie Pakistan Iran

Engrais chimiques (kg/hec) 1970 790,52 590,03 374,51 363,74 217,81 32,31 16,07 13,92 7,50

En fait d'après des chiffres récents, la situation n'a pas changé beaucoup et d'après le directeur général de l'industrie d'engrais chimiques de Bagfas en Turquie, la quantité moyenne d'engrais chimiques utilisés dans les pays Européens est de 230 kg/hec, et est en Turquie de 63 kg/hec9. Cependant dans les années 1980 les récoltes de produits agricoles ont augmenté. Quelques
IDroduits Blé agricoles Quantité 1972 de produits1o (000 tonnes) 1985 1986

Coton
I

12.085 516

17.032 565

17.100 1.409

Une des conséquences de l'augmentation du rendement des produits agricoles pourrait être au moins la diminution future du mouvement de migration des campagnes vers les centres industriels et vers les grandes villes, cette augmentation de produits satisfaisant plus de personnes que maintenant.

9)Hürriyet, p.13.

"Suni Gübrede

Avrupa'dan

çok UzaktaYlz"

(éditorial),

Frankfurt,

7.11.1989,

10) Beaujeu-Garnier J., Camblin A, Delobez A (1973), Ibid, p. 240. Beaujeu-Garnier J., Gamblin A, Delobez A (1986), Ibid, p. 215. Devlet Planlama Te~kilal1 (1988), Ibid., p. 122.

TRANSFORMATIONS

DE L'AGRICULTURE

29

VI. LES EFFETS DE L'UTILISATION DES PRODUITS AGRICOLES COMME MATlERES PREMIERES SUR LE CHOIX DES LOCALISATIONS INDUSTRIELLES Comme nous l'avons indiqué plus haut, l'intention essentielle de la République était de situer les industries là où il y avait des matières premières. Ainsi les premières usines textiles et les premières sucreries s'installèrent là où il y avait des matières premières où à proximité. Cette réalisation de l'industrie dans une région agricole offrit ainsi aux agriculteurs un emploi alternatif. Ces premières localisations, où il y avait des matières premières et une zone agricole, ont bien réussi. Mais ensuite, les industries commencèrent à utiliser la terre cultivable elle-même, pour la louer tout en ne recevant pas toujours leur matière première de la région proche. La localisation industrielle changea donc d'aspect: au début, elle se fit en fonction de l'origine des matières premières, puis ensuite, elle se fit en fonction de la présence des marchés ou de la proximité de marchés. La plaine de Bursa en est un exemple. Malgré les efforts du gouvernement visant à situer les industries dans les régions moins développées, 64,6 % (42 sur 65 investissements) de tous les investissements ont été faits par des investisseurs privés dans la région de Marmara, qui comporte le plus de localisations industrielles. Après la région de Marmara, vient la région méditerranéenne avec ses 8 investissements (12,4 %), l'Anatolie Centrale, la Mer Noire, la Mer Egée et l'Anatolie Orientale suivent avec 9,2 % (6),6,1 % (4), 4,6 % (3),3,1 % (2) respectivementl1. Il est intéressant de voir quelle est la distribution géographique du certificat d'encouragement en 1985, 1986 et 1987. Il semble qu'environ deux décades plus tard la situation n'ait pas changé beaucoup; des régions moins développées sur le plan industriel, comme la région de la Mer Noire et de l'Anatolie Orientale, n'attirent toujours pas les investissements industriels. Par contre, la densité de la population agraire y est plus élevée que dans les autres régions de Turquie. Aussi les centres industriels et les grandes villes sont encore très attirants pour les personnes de ces régions.

Planda

11) Pour nos calcuJs, les données statistiques Türk Ozel Sektorii, Istanbul, 1970.

ont été obtenu

de DPT, lkinci Be* Yzllzk

30

Nad ENGtN

billion T.L. Régions 1985 1986 u 1987

Marmara Mer Egée Anatolie centrale Méditerranéenne Anatolie du Sud-Est Mer Noire Anatolie Orientale

1258,2 971,0 588,8 263,7 254,4 147,3 48,0

2044,1 416,5 1330,9 502,8 339,0 339,8 156,1

1955,2 1013,8 558,6 789,4 368,8 293,7 97,8

CONCLUSION La faible industrie de l'Empire ottoman a été choquée par les guerres jusqu'à 1922. Depuis le début de la République, les activités industrielles sont dues au gouvernement directement ou indirectement, et cela à cause de la faiblesse des investissements privés. Mais récemment, le secteur privé prend une part plus importante dans l'industrie. Cela favorise une industrialisation plus rapide du pays. En fait, au début du siècle, la Turquie était surtout un pays agricole et la plupart des produits industriels étaient importés, le pays exportant essentiellement des produits agricoles. Mais aujourd'hui, la structure économique du pays est en train de changer, et en 1980 la part des produits industriels dans l'exportation s'éleva à 36,0 % puis à 79,1 % en 198713. L'industrialisation du pays serait encore plus positive si les terres occupées par l'industrie n'avaient pas été prises sur des terres fertiles. Cela aurait aussi réduit la pression exercée par une population agraire très dense et la migration vers les centres industriels et les grandes villes. Ainsi les problèmes posés dans les grandes villes auraient été plus faciles à résoudre. Il faut aussi indiquer qu'il y a des effets négatifs des industries sur les régions agricoles, sur les populations rurales et les conditions de logement. Cependant les avantages pour l'agriculture sont considérables et on peut conclure que certaines industries peuvent aider à lancer certains produits agricoles. Cela ne signifie pas que les problèmes apportés aux zones agricoles et à la
12) Devlet Planlama Te~kila!l (1988), Ibid, p.30,

13) Devlet Planlama Te~kila!l (1988), Ibid, p.31.

TRANSFORMATIONS

DE L'AGRICULTURE

31

population rurale doivent être ignorés, car ces problèmes sont importants et doivent être résolus. Il semble qu'il faudrait garder le plus possible de bonnes terres agricoles au lieu de les utiliser pour l'installation d'industries et d'habitations. Malheureusement, les chiffres montrent que la terre cultivable diminue d'année en année. D'après des chiffres donnés par Devlet Planlama T~kilatl, les terres agricoles passèrent de 27.281.000 ha à 27.200.000 ha en 1984 et, d'après le programme, resteront à 27.200.000 ha en 1989 ; surtOut, les champs de blé vont passer de 9.000.000 ha en 1982 à 8.500.000 ha en 1989. Les champs de betteraves à sucre occupaient 372.000 ha en 1982, puis 370.000 ha en 198914. En Europe, la plupart des pays ont toujours protégé leur agriculture. C'est surtout pour une raison stratégique, chaque pays désirant se suffire le plus possible à lui-même. Cette façon traditionnelle d'agir des pays européens a marqué la politique agricole (commune) de la Communauté Economique Européenne et cela est inscrit dans le traité de Rome15.

kmma p.21.

14) Devlet Planlama Te~kilatl, V. Be~ Yzlilk Plan Destek Çalo/7lalan : V. Be~ ¥llltk KalPIani Doneminde Sektorel Geli:pneler 1985-1989, Ankara, 1985, Ba~bakanhk Baslmevi,

15) Minshull G.N., The New Europe, Hodder and Stoughton, London, Sydney, Auckland, Toronto, 1981, Printed in Great Britain by Hazell Watson & Viney Ltd Aylesbury, Bucks, Second Edition, p. 108.

Z. Refia YILDIRIM et Erhan YILDIRIM

LE ROLE DU SECTEUR AGRICOLE DANS LE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE EN TURQUIE

INTRODUCTION Le développement économique implique une transformation fondamentale de l'économie d'une structure à prédominance agricole à une autre où le secteur industriel urbain devient de plus en plus important1. La Turquie a hérité d'une économie de subsistance basée sur l'agriculture avec une structure technologique archaïque. 81,6% de la population active étaient employées dans le secteur agricole et la part de celui-ci dans le P.N.B. était de 44%. En 1988, la part du secteur agricole dans le P.N.B. est descendue à 21 %, alors qu'il employait 55,5% de la population totale. Dans cette étude, nous avons essayé d'examiner le rÔle de l'agriculture dans le processus de développement de la Turquie depuis 1923, fondation de la République.
I. ROLE DE L'AGRICULTURE DANS LE DEVELOPPEMENT ECONO-

MIQUE
Il existe un grand débat parmi les économistes quant à savoir lequel des deux secteurs, agricole ou industriel, doit être considéré comme le moteur dans le processus de développement. Toute économie nationale a un secteur agricole et un autre non-agricole. Cependant, l'un des aspects importants dans le processus du développement, sans aucun doute, est d'arriver à montrer l'interaction complexe, mais toujours intime, qui existe
entre ces deux secteurs2.
1) MELLOR, J.W., "Toward a Theory of Agricultural Development", inAgricultural development and economic growth, éd. Southworth, H.M., and Johnston, B.F., Cornell University Press, U.K., London, 1967, pp. 497-540. 2) YOUNGSON, A.J., Possibilities of Economic Progress, Cambridge University Press, London, 1959, p. 284.

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Z. Refia YILDIRIM et Erhan YILDIRIM

Tous les pays qui ont réussi leur révolution industrielle au cours du 1ge siècle, ont connu, durant les premières étapes de leur développement, une augmentation de leur production agricole totale. Cette augmentation ne doit pas être considérée comme une condition préalable au développement, ne serait-ce qu'à cause du fait que, dans la majorité des cas, elle a accompagné le développement mais ne l'a pas précédé. La concordance entre un développement réussi et la croissance du secteur agricole dépend d'un certain nombre de facteurs mis en oeuvre par l'agriculture dans le processus du développement. Le premier type de contribution de l'agriculture à la croissance économique d'un pays implique un accroissement en volume de la production agricole et par voie de conséquence, celui du Produit Intérieur Brut, somme des accroissements issus des activités productives des secteurs économiques.

Le second naît de l'augmentation de la productivité agricole engendrant l'amélioration des revenus agricoles. Le pouvoir d'achat qui en résulte permet l'acquisition de nombreux biens industriels et l'émergence d'une épargne rurale, qui pourrait être utilisée pour financer l'industrialisation.
En troisième lieu, la productivité croissante permet au secteur agricole de mobiliser une partie de la main-d'oeuvre vers l'emploi industriel, tout en assurant l'approvisionnement alimentaire des secteurs non-agricoles. En outre, elle crée une abondance au niveau de l'offre des produits de base et de là, des prix alimentaires accessibles pour l'ensemble des travailleurs industriels3. En dernier lieu, l'accroissement de la productivité agricole permet d'économiser les rares devises nécessaires à l'importation des biens de production industrielle, qui seraient autrement utilisées pour l'importation de denrées alimentaires. Par ailleurs, l'exportation des produits agricoles contribue à l'équilibre de la balance des paiements et au développement industriel national. II. LES POLITIQUES DE SOUTIEN A L'AGRICULTURE Selon l'avis général, quant à la justification de l'intervention de l'Etat dans le secteur agricole, la raison la plus souvent évoquée tient aux risques et à l'incertitude inhérents à la production agricole ayant pour conséquence la précarité du niveau des prix et des revenus de ce secteur4.
3) LEWIS, WA., Theory of Economic Growth, Allen and Unwin, London, 1955, p. 334. 4) SOMEL, K., "Agricultural Support Policies in Turkey: A Survey of Literature" MEW studies in development, vol. 6, no. 24125, 1979, pp. 275-323.

LE ROLE DU SECTEUR AGRICOLE

35

L'objectif principal de tous les gouvernements est la croissance économique et l'amélioration du niveau de vie de leur population. L'expérience prouve qu'une faible productivité en agriculture peut restreindre la croissance économique. Plusieurs types de politiques agricoles peuvent être mis en oeuvre pour assurer la croissance économique, stabiliser les prix agricoles et les revenus, modifier la structure de la production et changer la répartition des revenus. Quoi qu'il en soit, les politiques qui sont effectivement appliquées, se divisent en deux grandes catégories: les politiques de prix et les politiques de structure. Les politiques de prix impliquent des prix de soutien, des prix minimum garantis, les subventions des intrants, etc... Alors que les politiques de structure comprennent les politiques qui ne sont pas orientées vers les prix, comme la réforme agraire, la construc-

tion d'infrastructures, etc...

,

L'infrastructure agricole comprend à la fois, les infrastructures matérielles, sociales et institutionnelles. L'infrastructure matérielle couvre: (a) les moyens d'irrigation, (b) les moyens de transport, (c) les installations de stockage, (d) les unités de transformation industrielle, (e) les entreprises de service public. Parmi ces infrastructures matérielles on englobe, d'une part, la construction et l'entretien des unités et, d'autre part, le capital social nécessaire à leur fonctionnement. L'infrastructure sociale couvre: (a) Les services de vulgarisation et de collecte des données statistiques, (b) les centres d'expérimentation et de recherche agricoles, (c) les services de protection végétale et animale, (d) les centres de contrôle et d'évaluation, (e) les services de conservation du sol, (f) les institutions de financement et de crédit, (g) les établissements d'éducation et de santé.

L'infrastructure institutionnelle couvre des institutions formelles et non formelles à caractères légal, politique et socio-culturel. Il nous semble plus opportun d'examiner, d'abord la structure agricole du pays avant d'entamer l'analyse des politiques agricoles mises en oeuvre par les divers gouvernements de Turquie.
III. lA STRUCTURE AGRICOLE DANS LES ANNEES 1920 Au moment de l'instauration de la République, l'héritage de la Turquie se composait d'une structure sociale et économique archaïque:Selon le premier recensement démographique réalisé en 1927,81,6% de la population active était employé dans le secteur agricole. Le petit exploitant agricole et le métayer formaient l'épine dorsale de la société. Il y avait une répartition agraire inégale et 40% des terres étaient réparties en exploita-

36

Z. Refia YILDIRIM et Erhan YILDIRIM

tions naines de 0,1 à 0,5 hectares (SIS, 1973). Outre la faible capitalisation des terres, l'emploi du capital existant était très dispendieux résultant de la petite taille des exploitations agricoles et d'un morcellement excessif des terres. Le niveau des techniques agricoles était extrêmement bas, et les outils et l'équipement agricoles, de nature primitive, étaient limités en nombre. En 1927, le nombre des charrues était de 1.397.000 (dont 85% étaient en bois). Tous les travaux effectués au village, y compris ceux de l'irrigation primitive, se faisaient d'une manière médiocre, à l'aide de moins de deux animaux de traction par ménage. La surface cultivée totale était de 4 366 733 hectares en 1927. L'utilisation de la terre et la production respectives sont présentées dans le tableau 1. Tableau 1: UTILISATION Cultures DES TERRES Terres cultivées (hectares) 3.909.322 174.040 280.410 % Production (millions L.T.) 234.509 10.639 91.785 %

Céréales Légumineuses Plantes industrielles SOURCE: SIS, 1973

89,5 3,9 6,6

69,9 3,1 27,2

La Turquie a également hérité d'un réseau routier inadéquat. Le chemin de fer construit pendant la période ottomane était limité à l'Ouest de l'Anatolie. L'axe principal ferroviaire liait Istanbul à Baghdad, traversant les provinces d'Adana et Mosoul, avec un branchement jusqu'à Ankara et un autre jusqu'à Izmir. La plus grande partie de l'Anatolie Centrale et Orientale était entièrement privée de moyens modernes de communication. La médiocrité du réseau est révélée aussi par un dilemme au niveau de l'approvisionnement national en céréales. Bien que l'agriculture de l'Anatolie centrale dégageât des excédents céréaliers en quantités importantes, il revenait moins cher d'importer du blé de l'Amérique du Nord pour approvisionner les villes côtières que de l'expédier de l'intérieur du pays vers les régions littorales de la Turquie5. L'insuffisance du réseau de transport cause également des disparités régionales considérables sur le plan des prix de vente. Pour démontrer l'effort défaillant en matière de marketing, on a relevé le prix le plus bas et le
5) ELDEM, V., "Turkey's Transportation", inMiddleEastemAffairs, Vol. 4, no. 10,1953.

LE ROLE DU SECTEUR AGRICOLE

37

prix le plus haut dans certaines régions, et nous avons calculé un ratio qui indique la déviation des prix. Dans certaines régions, le rapport atteignait 0,67 en 1927 (SIS, 1973). La structure sociale et économique sous-développée était un grand handicap pour la modernisation et l'industrialisation du pays. En 1'.absence d'un marché urbain développé, les niveaux bas des prix et revenus agricoles ont formé un grand obstacle à l'épargne des agriculteurs qui aurait pu favoriser des investissements améliorant la production et l'efficacité. Les petits exploitants agricoles et les métayers furent exploités pendant longtemps par des loyers agricoles élevés et des taxes excessives et ne pouvaient pas relancer la productivité sans le soutien de l'Etat. IV. LA POLITIQUE AGRICOLE DE L'ETAT ET SES RESULTATS Bien que l'agriculture constituât le fondement de la richesse nationale, l'Etat a joué un rôle moins actif pour promouvoir son développement pendant la période 1923-1945, où la dépression du marché mondial agricole et la déficience en capitaux étaient les deux contraintes majeures qui pesaient sur le progrès agricole. Cependant, ces deux contraintes furent éliminées après la Deuxième Guerre Mondiale. Puisque les prix des matières premières brutes s'étaient redressés, un volume grandissant d'aides étrangères devenait disponible. Après 1945, la priorité était donnée au secteur agricole, et les gouvernements successifs ont soutenu l'agriculture en augmentant l'allocation des crédits, les subventions d'intrants agricoles, en supprimant les impôts sur les revenus agricoles, en maintenant les prix plancher à des niveaux élevés par l'intermédiaire d'Offices d'achat étatiques, en augmentant les investissements infrastructuraux dans les domaines de l'irrigation et des transports. Ces politiques ont amélioré la disponibilité des ressources des agriculteurs ainsi que les importations de tracteurs nécessaires pour élargir la surface cultivée. A partir de 1963, la planification fut adoptée en tant que fondement de la politique économique dont l'objectif principal commun à tous les plans quinquennaux était d'atteindre un développement économique équilibré. Cependant, tous les gouvernements ont continué à soutenir les prix agricoles, d'atténuer les variations dans les niveaux des prix, d'amplifier l'allocation des crédits agricoles et les subventions afin d'encourager l'utilisation de semences â haut rendement, de fourrage, d'engrais chimiques et de combustibles qui contribuent à accroître la productivité et à assurer une amélioration technologique en agriculture. Tous les gouvernements turcs furent convaincus que le pays ne pouvait se moderniser qu'à travers l'industrialisation. En dépit de grands es-

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Z. Refia YILDIRIM et Erhan YILDIRIM

poirs portés sur l'industrialisation, le gouvernement a dû quand même se préoccuper davantage de l'agriculture pendant la première décennie de la République à cause des conditions spécifiques de cette période. Il a aussi émis une série de lois et de décrets pour régulariser les affaires agricoles en cours. Par exemple, l'extension de l'irrigation, la distribution de plants et de semences, l'encouragement de certaines cultures (les noisettes, les agrumes, le thé...), l'encouragement des transplantations et l'exemption d'impôts des nouveaux potagers pour une période de dix ans.
La priorité fut donnée à l'amélioration de la production du blé en quantité et en qualité; chose qui a échoué à cause de la détérioration totale de la production agricole dans la période précédant la fondation de la République. La Turquie était obligée d'importer du blé et de la farine au prix de 12 millions de L.T. en 1923 et de 19 millions de L.T. en 1924 et 1925 (SIS, 1939). Pour augmenter la Surface Utile Agricole, le gouvernement émit trois lois en 1926, 1927 et 1929, permettant la distribution de terres appartenant à l'Etat parmi les paysans sans-terre et de nouveaux immigrants. Entre 1924 et 1937, le gouvernement distribua un million d'hectares, soit à peu près 7,6% du total de la surface cultivable. En 1945, le gouvernement émit une loi afin de réaliser la réforme agraire au pays. Cette loi permit la distribution des terres de plus de 500 hectares appartenant 'aux gros propriétaires terriens, en plus de la distribution des terres d'Etat. Toutefois, au moment de son application pour l'expropriation des terres privées, cette loi se révéla sans effet, puisque de la totalité de cette catégorie, il n'y eut que 3.600 hectares effectivement transférés. Durant la période 1945-1972, 2,2 millions d'hectares étaient distribués à 446.817 paysans. Près de 97% de ces terres appartenaient à l'Etat. Aucune terre privée ne s'y trouvait impliquée. En conséquence, il y eut une augmentation de la surface cultivée et de la production. Pendant la première moitié des années 1952, la surface cultivée augmenta de 44%, mais une grande partie de cette augmentation se fit aux dépens des prairies. Depuis les années 1960, l'augmentation se ralentit, les possibilités d'expansion des terres cultivables se trouvant presqu'entièrement épuisées. L'augmentation des surfaces cultivées et sa répartition sont présentées dans le tableau 2. L'Etat émit une loi en 1925. Cette loi abolissait l'impôt sur l'agriculture. Le taux de cette taxe dans le revenu public était estimé à 40 millions de L.T., alors que le revenu total était de 100 millions de L.T. dans le premier budget de la République, après la Conférence de Lausanne. La taxe foncière fut remplacée par une autre taxe sur la production du sol, qui se révéla bientôt inefficace, et fut donc liquidée au terme d'une seule

LE ROLE DU SECTEUR AGRICOLE

39

Tableau 2: REPARTITION DE LA SURFACE CULTIVEE ET DES FORETS
Année Surface Cultivée Jachère Vignobles et Vergers Forêts et Broussailles

1948 1958 1962 1968 1972 1976 1980 1985 1987

9.477 14.765 15.167 15.400 16.047 16.321 16.379 17.908 18.781

4.423 8.001 8.093 8.692 8.996 7.922 8.188 6.025 5.574

1.508 1.919 2.201 2.925 3.183 3.460 3.895 3.597 3.572

10.492 10.584 10.584 18.273 18.273 20.170 20.190 20.199 20.199

SOURCE: SIS
année6. L'abolition de la taxe foncière réduisit les charges financières des paysans et les encouragea à augmenter la production agricole. Pourtant pendant la deuxième Guerre Mondiale, l'Etat imposa une taxe appelée la taxe des produits du sol, qui demandait aux paysans de payer à l'Etat en 1943,8 à 12% de leur production. Ce taux fut fixé en 1944 à 10%. En 1950, toutes les taxes sur le revenu agricole furent abolies. Depuis les années 1960 donc, il n'y eut aucun d'impÔt direct sur les paysans. La taxe sur le revenu ne fut imposée sur le revenu agricole qu'à partir de 1962. Au début de la République, les possibilités de crédits étaient limitées notamment les crédits institutionnels. La Banque Agricole était alors la seule institution de crédit du secteur. Son capital social fut augmenté plusieurs fois ainsi que le volume de crédits disponibles. Le Crédit Agricole et des coopératives de vente furent établis contribuant au développement des possibilités de crédit des petits paysans. En Turquie, les crédits à l'agriculture comprennent les crédits aux entreprises publiques qui interviennent sur le marché des produits agricoles, les crédits pour le soutien du secteur agricole d'autres types de crédits qui pour la plupart sont alloués par les coopératives de vente et financés par la Banque Agricole. Les crédits à l'agriculture augmentèrent entre 1925 et 1935, mais les augmentations les plus substantielles eurent lieu dans la première moitié
6) HERSHLAG, 1968. Z.Y., Turkey the Challenge of Growth, EJ. Brill, Leiden, Netherland,

40

Z. Refia YILDIRIM et Erhan YILDIRIM

des années 1950 et dans les années 1970. Le tableau 3 montre l'accroissement des crédits à l'agriculture, leur part dans le crédit total et le revenu agricole. Tableau 3 : LA PART DES CREDITS AGRICOLES DANS LE TOTAL DES CREDITS ALLOUES ET LE REVENU AGRICOLE Année Part dans le Total des Crédits Alloués (%) 21,7 22,5 22,7 19,8 19,2 32,9 30,6 25,1 19,9 24,4 24,1 18,4 18,1 16,8 Part dans le Revenu Agricole Total (%) 2,7 4,9 6,9 5,6 5,4 10,1 20,4 13,4 13,4 22,9 25,2 17,3 19,6 20,1

1925 1930 1935 1940 1945 1950 1955 1960 1965 1970 1975 1980 1982 1988*

SOURCE: Gülten KAZGAN * Banque Centrale de R.T. (1988)
Pour améliorer la productivité agricole, l'Etat encouragea aussi la mécanisation et l'application de techniques modernes. En 1926, l'Etat vota une loi qui allouait des crédits pour l'importation de tracteurs et exemptait celle-ci des droits de douane. Au début des années 1930, le nombre des tracteurs atteignit 2000 unités. Mais en 1931, et sous l'effet de la dépression, cette loi fut abrogée à cause du danger croissant du chômage et de l'augmentation du nombre d'animaux de traction. En conséquence, le nombre de tracteurs resta le même jusqu'en 1945. Son augmentation ne repris qu'après 1970. L'Etat fit aussi des investissements dans le secteur agricole, et notamment dans des projets d'irrigation. Les investissements publics en agriculture étaient de 7 millions de L.T. en 1948 aux prix constants de 1930. Depuis 1940, cette valeur a crû progressivementpour atteindre 50 millions de L.T7.

7) TEZEL, Y., ClImhllriyet Doneminin lktisadi Tarihi (1923-1950) (L'histoire économique de la période républicaine (1923-1950), Yurt Yaymlan, no. 4, Ankara, 1982, p. 326.

LE ROLE DU SECTEUR AGRICOLE

41

Ces investissements se ralentirent pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Après la guerre, l'Etat donna priorité au secteur agricole et prépara un nouveau plan, dans lequel13% du budget était consacré directement et 61 % indirectement à l'agriculture. Ce plan fut appliqué pendant la première moitié des années 1950. Les dépenses totales de l'Etat en matière de développement, pour la période 1951-1955, sont estimées à 3 443,5 millions de L.T., dont 1.575,5 millions pour les travaux publics, 1.042,2 millions pour l'agriculture et 370,5 millions pour le secteur minier et industriels. L'utilisation de techniques modernes se développa d'une façon extensive à partir de 1950. Une infrastructure nouvelle avec des techniques modernes en agriculture, l'irrigation, des graines de meilleure qualité et des mesures de protection végétales, sont autant d'éléments qui ont contribué à la création d'une économie de marché pour une production agricole croissante. Mais pendant la seconde moitié des années 1950, l'Etat dut réduire ses efforts d'investissement à cause de la pression créée par une inflation croissante et du poids de ses dettes. Bien que le secteur industriel obtint la priorité dans les plans quinquennaux, les investissements dans le secteur agricole, et notamment le projet d'irrigation, ont toujours connu une augmentation continue. Cependant, et malgré cela, la part du taux d'investissement consacré à l'agriculture dans le budget total, a baissé pendant la période du plan. (Tableau 4). Tableau 4: LES PARTS RESPECTIVES DES SECTEURS ECONOMIQUES DANS LE TOTAL DES INVESTISSEMENTS EN CAPITAL FIXE (%) Année Agriculture Sec. minier Ind.manufact. Energie Transport B.T.P. Autres SOURCE: 1963-67 13,9 5,6 20,4 6,5 15,6 22,4 15,6 1968.72 1,1 3,3 26,8 9,0 16,0 20,1 13,7 1973-78 11,8 3,7 28,2 7,4 20,6 16,9 11,4 1979-83 tO,O 5,4 25,6 15,3 18,0 15,8 9,9 1987 8,0 2,8 15,6 13,5 23,4 20,9 15,8 1988 7,9 2,2 14,8 12,1 21,5 25,4 16,1

Plans de Développement

Quinquennaux

1950 est une année d'importance capitale quant au processus d'application des techniques modernes dans l'agriculture turque. A partir de cette période, l'application des techniques agricoles modernes s'est étendue pendant la période planifiée. Le tableau 5 montre l'évolution de l'utilisation des intrants modernes.
8) HERSHLAG, Z.Y., op. cil., p. 154.

42

Z. Refia YILDIRIM et Erhan YILDIRIM UTILISES EN

Tableau 5 : LES INTRANTS MODERNES AGRICULTURE
Intrants/ Année Engrais (000 L.T.) % des terres d'épandage Tracteurs (000 unités) % des terres labourées par les tracteurs ~925.38 1,5-2,5 1950 1960 42 107 0,04 42 13,6

1970 2.215 0,07 106

1975 3.692 24 243 74,3

1978 1982 7.474 7.452 47,2 370 55,0 491

0,9-1,1

16,4 8,6

-

-

-

-

Surface irriguée(ha) % de la surf. irrig. SOURCE:

-

800

1.177

2.232 2.479

-

0,6

5,1

-

9,5

10,5

-

Gülten KAZGAN

L'intervention la plus importante de l'Etat pendant cette période fut dans le domaine des prix agricoles. Après le krach de 1929, les prix agricoles baissèrent. L'indice des prix de vente en gros des céréales tomba d'une base de 100 en 1928 à 30,3 en 1933 pour se relever légèrement à 44 en 1935. En outre, les prix des articles que les paysans achetaient, tels le sucre et les textiles, tOmbèrent seulement d'environ 20-30% pendant la même période. Pour arriver à une stabilité des prix agricoles, l'Etat confia en 1932 la tâche du soutien des prix à la Banque Agricole. Cette tâche fut à son tour transférée à l'Office des Produits du Sol (T.M.O.) en 1938. Après cette date, sept produits agricoles furent soutenus par l'Etat. Celui-ci fit appliquer une politique positive de prix pendant les années 1930. Mais pendant la guerre, et à cause de la baisse des rendements, les prix des denrées agricoles connurent une flambée. Base 100 en 1939, le prix du blé sur le marché libre atteignit 929 en 1943, pour tOmber ensuite à 560-570 pendant les années 1940-1946. Mais les agriculteurs étaient incapables de tirer profit de cette hausse; car les prix proposés par le T.M.O. étaient seulement aux environs de 40 à 60% des prix proposés par les commerçants privés9. Pour empêcher que le blé ne soit vendu sur le marché libre, l'Etat émit la loi de Défense Nationale, qui obligea les agriculteurs à vendre leurs récoltes au T.M.O. Après 1950, la politique des prix des produits agricoles
9) HALE, W., The Political and Economic Press Inc., Great Britain, 1981, p. 63. Development of Modem Turkey, SI. Martin's

LE ROLE DU SECTEUR AGRICOLE

43

devint un instrument politique important du nouveau gouvernement.
La période 1950-1960 est caractérisée par des politiques de soutien extensifs et intensifs des prix. L'indice global des prix payés par le T.M.O., s'est élevé d'une base de 100 en 1950 à 120 en 1954 et 196 en 195910. Pendant les années 1950, le nombre des produits soutenus par l'Etat était de huit, Y compris la betterave à sucre. Depuis le début du plan, à l'exception des fruits frais et des légumes, tous les produits agricoles importants ont été soutenus. Depuis le début de la période planifiée, l'Etat continua sa politique de soutien des prix. On peut facilement voir l'effet de cette politique si l'on examine les termes de l'échange pour les produits agricoles. Tableau 6 : LES TERMES DE L'ECHANGE AGRICOLES POUR LES PRODUITS

Années

Indice (1948= 100) 91,8 80,2 116,8 111,3 94,0 101,7 126,1

Années

Indice (1968=100) 85,7 104,4 75,3 69,5 75,4 69,8 65,1 79,7

1924-29 1930-41 1941-48 1949-58 1959-68 1969-72 1973-76

1971-73 1974-78 1979 1980 1981 1982 1983 1988*

SOURCE: * SIS

Gülten KAZGAN

En conséquence de ces efforts, l'accroissement annuel des rendements agricoles était respectivement de 5,28 et 3,36% entre 1923-1948 et 19481987. La surface cultivée augmenta de 10,2 à 24,2 millions d'hectares. Les rendements et la productivité du travail s'améliorèrent. On peut vérifier ces observations par les données fournies au tableau 7.

10)Id. p.95.

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Z. Refia YILDIRIM et Erhan YILDIRIM

Tableau 7 : AUGMENTATION DE LA PRODUCTIVITE DE LA TERRE ET DU TRAVAIL
Année Surface cultivée 000 hecto Population active 000 pers. Productivité de la terre agricole Indice 1950 = 100 58,8 73,9 96,8 64,8 100,0 93,8 105,7 109,3 124,9 153,2 177,4 219,5 232,6 Productivité du travail 1950 = 100

1925 1935 1940 1945 1950 1955 1960 1965 1970 1975 1980 1985* 1987*

10.200 11.570 14.160 12.660 14.540 21.000 23.260 23.560 24.270 24.410 24.200 21.500 22.350

4.368 6.480 6.928

103,8 97,5 146,2 100,0 136,8 186,2 195,0 217,5 263,6 329,3 371,4 411,6

10.745 10.637 9.737 9.750 10.230 10.485 9.520 9.390 9.335

-

I

SOURCE: GüIten KAZGAN * SPO 1989 Programme Annuel V. CONTRIBUTION ECONOMIQUE DE L'AGRICULTURE AU DEVELOPPEMENT

Au moment de la fondation de la République, la Turquie héritait d'une économie agraire archaïque. Bien que touS les gouvernements aient été conscients de l'importance du secteur agricole dans l'économie nationale, ils ont toujours donné priorité au secteur industriel. Depuis lors, le pays a connu un développement économique impressionnant. Le taux de croissance annuel du P.N.B. était de 4,85% entre 1923 et 1948 et de 5,47% entre 1948-1988. Taux réalisé avec un nombre limité de prêts et d'aide extérieure. Bien que l'agriculture ait parfois contribué à donner de l'élan à la croissance économique du pays, dans la plupart des cas elle est devenue un facteur de déséquilibre qui ralentissait la vitesse de la croissancel1. Le tableau 8 montre la contribution de l'agriculture à la croissance économique.

11) HERSLAG, Z.Y, op. cit., p. 209.