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Ailes brisées sur les dunes

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142 pages
La première traversée aérienne du Sahara. février 1920
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" AILES BRISEES SUR LES DUNES

La première traversée aérienne du Sahara

- février 1920 -

Collection « Racines du Présent»

BOUQUEf Christian, Tchad, genèse d'un conflit. LAKROUM Monique, Le travail inégal. Paysans et salariés sénégalais face à la crise des années trente. DESCOURS-GA TIN Chantal, VIllJERS Hugues, Guide de recherches sur le Vietnam. Bibliographies, archives et bibliothèques de France. LIAUZU Qaude, Aux origines des tiers-rrwndistes. Colonisés et anticolonialistes en France (1919-1939). AYACHE Albert, Le rrwuvement syndical au Maroc (1919-1942). PABANEL Jean-PieJTe, Les coups d'Etat militaires en Afrique Noire. LABORATOIRE« Connaissance du Tiers-Monde - Paris VII », Entreprises et entrepreneurs en Afrique (XIXe-XXe s.), 2 vol. INSEL Ahmet, La Turquie entre l'ordre et le développement. WONDJI Christophe, La côte ouest-africaine. Du Sénégal à la Côte d'Ivoire. OLOUKPONA-YINNON Adjaï Paulin, "... Notre place au soleil", ou l'Afrique des pangermanistes (1878-1918). BERNARD-DUQUENEf Nicole, Le Sénégal et lefront populaire. SENEKE-MODY Cissoko, Contribution à l'Histoire politique du Khasso dans le Haut-Sénégal, des origines à 1854. CAHSAI Berhane, E. CAHSAI- WILLIAMSON, Erythrée : unpeuple en marche (XIXe-XXe s.). GOERG Odile, Commerce et colonisation en Guinée (1850-1913). CHAGNOLLAUD Jean-Paul, Israël et les territoires occupés. La confrontation silencieuse. RAOUF Walif, Nouveau regard sur le nationalisme arabe. Ba'th et Nassérisme. UM NYOBE Ruben, Le problème national kamerunais. NGANSOP Guy Jérémie, Tchad, vingt ans de crise. DEWITTE Philippe, Les rrwuvements nègres en France, 1919-1939. NZABAKOMADA-Y AKOMA Raphaël, L'Afrique centrale insurgée.La guerre du Kongo- Wara - 1928-1931. GONIN Francine, 1972-1982. La logique de l'Etat africain. MENAHEM Nahwn, Israël. Tensions et discriminations communautaires. KAYY ALI A.W., Histoire de la Palestine, 1896-1940.

Daniel Grévoz

AILES BRISÉES SUR LES DUNES
La première traversée aérienne du Sahara - février 1920-

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 PARIS

Du même auteur

Sahara 1830-1881, les mirages français et la tragédie Flatters, L'Harmattan 1989. Les canonnières de Tombouctou, les Français à la conquête de la cité mythique, L'Harmattan 1992. Les méharistes français à la conquête du Sahara, 19001930, L'Harmattan 1994.

Illustration de couverture: D. Chappaz
1995 ISBN: 2-7384-3768-0 @ L'Harmattan,

Introduction
En mars 1920, le général Laperrine, illustre protagoniste de la conquête du Sahara, trouvait la mort au cours de la première traversée aérienne de ce désert africain auquel il avait voué une passion sans borne. Sa disparition éclipsa l'exploit que venaient de réaliser les aviateurs français et leur étonnante aventure ne fut jamais racontée pour elle-même, tombant ainsi dans un oubli appesanti par la tragédie. Curieusement, la première traversée du Sahara en automobile, au cours de l'hiver 19221923, et surtout la célèbre Croisière Noire, quelques mois plus tard, sont testées dans les mémoires alors que personne ne se rappelle l'exploit similaire accompli par un avion presque trois ans auparavant. Et dans quelles conditions!... Cet épisode recèle pourtant tous les ingrédients d'une histoire captivante et un esprit curieux ne peut manquer de voir dans certaines de ses péripéties des coïncidences si étranges qu'il aura de la peine à les attribuer au seul hasard... Comment ne pas s'étonner, en effet de voir ce général épris d'aventures trouver la mort dans le Sahara qu'il aimait tant alors que les vicissitudes de sa carrière militaire venaient justement de l'en éloigner? Comment ne pas s'interroger, encore, devant les circonstances qui font que l'officier méhariste sera inhumé aux côtés de son ami saharien le plus cher: le père Charles de Foucauld assassiné quatre ans plus tôt? Comment, enfin, ne pas rester confondu devant le dénouement pour le moins inattendu de ce drame aux multiples rebondissements.. . Il est vrai que le Sahara de l'époque (1900-1920) était une terre exigeante qui forgeait des hommes exceptionnels, au caractère fort, et qui leur offrait en retour une destinée hors du commun. L'exploration et la pacification de cette contrée rude en avaient déjà fourni maints exemples quand fut lancé le défi de la traverser en avion. Une fois de plus, l'audace qui avait 7

marqué toutes les actions des méharistes jusqu'alors se trouva mise à contribution dans cette entreprise de grande envergure, mais avec des hommes et des moyens différents. Il faut se rappeler que l'avion, bien que fortement développé par la Grande Guerre, balbutiait encore. Il lui manquait la fiabilité et l'autonomie nécessaires aux grands raids comme celui que l'on voulait tenter à travers le Sahara. Il n'est qu'à voir pour s'en convaincre les difficultés sans nombre que les aviateurs rencontreront en menant à bien leur projet et la liste restreinte de ceux qui réussiront: un seul avion sur sept! On était encore tributaire de moyens qui nous semblent aujourd'hui dérisoires. Il fallait faire appel au chameau pour acheminer le carburant et les pièces de rechange et c'est lui encore qui assurait, autant que faire se peut on le verra, la sécurité des aviateurs. Point de cartes précises, on installait des balises au sol pour diriger les avions, et on n'avait de la météorologie saharienne que des notions élémentaires ne prenant guère en compte la dérive possible d'un avion soumis à un vent défavorable... Quant à la radio ou l'automobile dont on aurait pu attendre une aide décisive dans une pareille entreprise, elles étaient si peu performantes qu'elles se sont transformées en autant d'entraves. Mais l'enthousiasme primait sur la raison et on agissait souvent sans faire l'inventaire exact de tous les risques encourus. Ils étaient d'ailleurs si nombreux que leur énumération aurait suffi à paralyser les tempéraments les mieux trempés. Cet ouvrage voudrait rendre hommage à ces aventuriers qui avaient dans les yeux et dans l'esprit de vastes horizons que ne limitait nulle de ces mesquineries dont la vie est aujourd'hui embarrassée. Ce n'est ni une étude historique, ni un roman, simplement un récit. Mais les faits rapportés sont rigoureusement exacts - ils émanent de témoignages comme ceux de Pruvost, Vas lin ou Vuillemin - et leur relation s'est voulue aussi romanesque que l'a été cet étrange enchaînement d'aventures aériennes et sahariennes. Des aventures d'un autre âge si l'on considère les progrès de l'aviation, de l'automobile ou des communications...

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Chapitre I Ain-Guettara

12 janvier 1920 Il Y avait douze heures que le lieutenant Pruvost et ses quinze méharistes marchaient à côté de leurs montures lorsqu'ils les firent enfin baraquer près du bordj d'AïnGuettara. L'officier n'était pas fâché de mettre un terme à une étape interminable et surtout de toucher la fin du morne Tadémaït, gigantesque plateau de pierres noires dont la traversée avait réclamé plus de deux longues étapes. Pourtant, le peloton n'échapperait pas encore, ce soir-là, à la sombre ambiance du Tadémaït. Le bordj près duquel il allait bivouaquer était construit des mêmes pierres noires qui jonchaient le plateau et il gardait les sinistres ravines livrant accès aux sables clairs du Tidikelt. Quelques tombes élevées à deux pas du fortin achevaient de donner à l'endroit un aspect presque inquiétant que ne démentait pas la brume soulevée par un vent de sable aigrelet. Pruvost, après avoir confié l'installation du bivouac au maréchal-des-Iogis Kaddour ben Mohammed, exhuma de ses fontes une petite croix métallique qu'il dépoussièra d'un geste de la main avant de la serrer sous son bras. Puis, d'un pas assuré, il se dirigea vers les tombes.. . Une douzaine de tumulus, gardés par une rangée de pierres levées, étaient alignés à quelques pas du fortin, figés dans une éternelle attente. Et la terre rougeâtre dont ils étaient formés disait avec éloquence qu'ils étaient récents. L'officier défila lentement devant les sépultures et s'arrêta en face des deux dernières qui se distinguaient des autres, à la 9

sobriété toute musulmane, par une petite croix faite de cailloux blancs sans doute ramassés avec dévotion dans les ravins environnants. Deux panneaux de bois identifiaient ces tombes. Ils indiquaient: «sous-lieutenant Chandez» et «souslieutenant Fondet », avec une date: « 1er février 1918 ». Provost se raidit dans un garde-à-vous imparfait devant la première de ces inscriptions. Un vent agaçant faisait claquer doucement son sarouel blanc et soulevait par intermittence l'extrémité libre du chèche dont il s'était protégé la tête. Mais l'officier resta insensible au froid et se recueillit de longs instants devant les tombes en se remémorant la tragédie qui en était la cause. Il ne l'avait certes pas vécue, mais elle avait fait le tour des popotes sahariennes.

1er février 1918
Ce jour-là, deux véhicules de l'armée de l'air arrivaient du poste d'Inifel qu'ils avaient quitté la veille. A leur bord: huit hommes des troupes sahariennes et un guide, commandés par les sous-lieutenants Chandez et Fondet. Leur mission consistait à préparer la première liaison aérienne entre Ouargla et InSalah, c'est -à-dire à aménager des terrains d'atterrissage pour les Farman qui allaient tenter ce vol. C'était compter sans les suites des remous guerriers qui avaient secoué le Sahara en 1916 et 1917... Des bandes dissidentes écumaient encore le désert à l'affût d'un mauvais coup. Et elles venaient justement d'attaquer la petite garnison du poste d'Aïn Guettara tenu par huit goumiers. Sept avaient été tués au cours de l'assaut. Le dernier s'était rendu et, sous la menace, il avait révélé le passage prochain des deux véhicules de l'aviation. Aussitôt les assaillants avaient coupé la piste par une profonde tranchée et ils s'étaient embusqués dans les rochers alentours... Les malheureux automobilistes n'avaient eu aucune chance. Arrêtés par la tranchée, ils furent mitraillés à bout portant par cent fusils soigneusement ajustés. Pourtant, l'un d'entre eux, le lieutenant Chandez, était sorti miraculeusement indemne de la fusillade et il était déterminé à vendre chèrement sa peau. II s'empara d'une des mitrailleuses placées à bord des véhicules et se laissa glisser à terre pour courir vers une élévation rocheuse d'où il espérait tenir en respect ses adversaires. Mais JO

ceux-ci, d'abord figés par la surprise, réagirent vite. Ils avaient tous des armes modernes, à tir rapide, prises aux Italiens du Fezzan en 1914. Et les balles se mirent à claquer sur les talonS\ du lieutenant qui volait plus qu'il ne courait, sautant de pierrel en pierre malgré le poids de la mitrailleuse serrée contre sa poitrine. Les tirs se firent pourtant plus précis au moment où l'officier atteignit son but. Il entendit le claquement sec des impacts de balles sur les rochers et n'eut que le temps de se laisser choir à l'abri d'un gros bloc. Fébrilement, Chandez chercha à mettre son arme en batterie sans se rendre compte que les tirs avaient curieusement cessé. Ils étaient remplacés par des vociférations allant crescendo dont le lieutenant n'eut pas le temps de comprendre la raison. La stature imposante d'un guerrier touareg, brandissant sa redoutable takouba, s'était dressée derrière lui... Avec un grand cri, le nomade abattit la lourde épée sur le Français accroupi. Pruvost fut tiré de ses pensées par une rafale de vent plus forte qui désorganisa l'assemblage de son chèche. Il réajusta la bande de tissu et se baissa pour planter, avec précaution, la petite croix métallique sur la tombe de Chandez. Le pieux objet avait été remis aux méharistes par la famille du défunt pour honorer une tombe bien trop lointaine pour être visitée... Cette pénible tâche accomplie, l'officier parcouru quelques instants le terrain où s'était déroulé le drame. On en voyait encore les traces. La tranchée rebouchée barrait d'une ligne plus foncée la piste automobile, les emplacements où s'étaient embusqués les assaillants étaient eux aussi visibles: pierres levées pour se dissimuler ou écartées pour s'allonger plus confortablement et des centaines de douilles attestaient de la violence de la fusillade. .. Un peu à l'écart, on avait traîné les carcasses des véhicules pillés et incendiés. Les nomades avaient commencé à les désosser pour récupérer le métal que leurs forgerons transformaient en ustensiles ou en armes. La nuit contraignit Pruvost à interrompre ses recherches pour gagner le bivouac installé par ses méharistes. Kaddour avait bien fait les choses. Délaissant le fortin qui avait prouvé sa faiblesse lors de l'attaque de 1918, il avait disséminé ses hommes sur une éminence rocheuse imprenable. Une mitrailleuse camouflée derrière deux gros blocs protégeait de 11

son feu le camp et les chameaux baraqués au fond d'un ravin où on les avait étroitement entravés. L'officier jaugea d'un coup d'reilles précautions prises par son subordonné. Outre la mitrailleuse, il aperçut deux sentinelles qui se fondaient dans l'obscurité. C'étaient les meilleurs hommes du peloton. L'un d'entre-eux détectait par on ne sait quel sens la présence d'un ennemi à des centaines de mètres et l'autre pouvait loger sans coup férir une balle dans la tête d'un homme à deux cents mètres. Ces deux méharistes ne seraient pas relevés de la nuit pour ne pas trahir leur présence, mais au matin, ils seraient seuls autorisés à monter sur leur méhari. Les autres iraient à pied... Pruvost fut satisfait de l'organisation du bivouac. Les mesures prises par Kaddour n'étaient pas superflues car les bandes d'Ahmoud, le sultan de Ghat, harcelaient encore les postes et les détachements français. Et c'étaient des combattants dont il valait mieux se méfier comme l'avaient prouvé de douloureuses expériences survenues quelques mois plus tôt. Le détachement ne pouvait se permettre de se laisser surprendre par un de ces rezzous qui excellaient dans le coup de main ou l'embuscade. Son effectif était trop faible pour cela et il lui restait encore une longue route, huit cents kilomètres de piste, pour atteindre son but. Pruvost se rendait, en effet, à Tamanrasset, sa nouvelle affectation. Le lieutenant était heureux de se voir confier la responsabilité de ce poste tout récemment créé et déjà célèbre. L'endroit avait été choisi pour remplacer le fortin de Motylinski dont le puits se tarissait et il avait acquis une soudaine notoriété quelques mois plus tôt, en décembre 1916, lorsque le père Charles de Foucauld y avait été assassiné. Ce n'était, avant ces événements, qu'un lieu-dit du Hoggar où une poignée de miséreux, serfs des Touaregs, cultivaient de maigres jardins. Outre son triste renom, Tamanrasset prenait une importance inhabituelle en ce début de l'année 1920. Car des moyens exceptionnels, en hommes et en matériel, s'y concentraient pour préparer le grand projet du général Nivelle, commandant en chef des forces armées d'Algérie: traverser le Sahara en aVIOn... - Une folie 1... s'était exclamé Provost en apprenant pareil défi. Il n'avait que trop vu les déboires de l'aviation au Sahara 12

pour ne pas éprouver de sérieux doutes quant à la réussite d'une entreprise aussi audacieuse. Méhariste à la compagnie de Touggourt-El Oued, il avait participé aux recherches pour retrouver le colonel Le Boeuf et son pilote, disparus en septembre 1916 dans les dunes du Grand Erg Oriental. Recherches vaines... Les deux malheureux aviateurs avaient été découverts deux ans plus tard, momifiés, par un nomade lancé aux trousses d'une gazelle. Quelques mois après ce drame, le capitaine Laurent, chef de l'escadrille de Biskra, eut une jambe broyée en s'écrasant avec son Caudron. Amputé, il continuait pourtant obstinément à voler. Mais la série des accidents ne faisait que commencer. En janvier 1919, le général Nivelle avait organisé une grande tournée aérienne des oasis du Nord-Sahara. Cinq Farman avaient été requis pour cette aventure, mais deux appareils seulement revinrent à leur base. Les autres avaient été victimes de pannes ou d'incidents à l'atterrissage... Non, ce projet de traversée du Sahara en avion paraissait décidément bien hasardeux à Pruvost... Il y avait des risques énormes que Nivelle avait sans doute mal évalués. Et le voilà justement, lui, Pruvost, nommé chef de poste à Tamanrasset au moment où le fameux raid aérien allait s'accomplir! Jamais un avion ne s'était aventuré si loin au cœur du Sahara et la première automobile venait tout juste d'y parvenir, non sans difficultés! L'officier méhariste n'était d'ailleurs pas le seul à émettre des doutes sur l'issue d'une pareille aventure. Un autre homme, et non des moindres, partageait son avis: le célèbre pilote et constructeur d'avions Louis Bréguet. Il était bien placé pour en parler puisque c'étaient ses appareils qui allaient être engagés et il avait fait part de ses inquiétudes au journal Le Temps. «Ce raid, avait déclaré l'avionneur, représente une des entreprises les plus ardues qui aient été tentées jusqu'ici. J'aurais personnellement préféré le voir reporter à une époque où le matériel nouveau mis au point par les constructeurs aurait été prêt (principalement en ce qui concerne les moteurs), où l'organisation de l'infrastructure des lignes aériennes aurait été plus avancée, enfin, et surtout, à une saison plus favorable. »

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PLANCHE 1: Itinéraire et escales des avions jusqu'à Tamanrasset.

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On ne pouvait être plus clair, mais bien peu de gens avaient pris au sérieux cette déclaration prophétique. On préférait imaginer les avions survolant les dunes du Sahara pour aller atterrir sur les berges du Niger, près de Tombouctou... - Thé mon lieutenant?. . Le précieux Kaddour tira l'officier de ses pensées en lui tendant un verre de thé brûlant. Pruvost réchauffa ses mains contre le récipient avant d'aspirer à petites lampées le liquide âpre. A travers la vapeur qui filtrait entre ses doigts fermés sur le verre, il dévisagea longuement ses méharistes assis autour des braises rougeoyantes du feu. C'étaient des hommes rudes auxquels il était sûr de pouvoir demander l'impossible s'il en était besoin. Il les avait vus à l'œuvre dans le Grand Erg Oriental, lors de raids mémorables où la soif et la fatigue n'avaient jamais ébranlé leur détermination. Il avait même partagé avec eux des moments très durs au cours d'un accrochage contre un rezzou bien supérieur en nombre aux confins de la Tripolitaine. Pas un n'avait alors failli à son devoir et leur mépris du danger leur avait valu une éclatante victoire. En apprenant sa nomination à Tamanrasset, Pruvost avait choisi les plus sûrs de ces hommes pour l'accompagner dans ce nouveau poste. C'étaient tous des Chaambas, une race que les Touareg haïssaient. Mais ils sauraient en imposer aux hommes voilés et surtout déjouer leurs complots. .. Les méharistes burent les trois thés traditionnels avant de se caler contre leur rhala, la selle de leur monture, pour s'endormir, une main posée sur leur Lebel. Mais il n'y eut point d'attaque cette nuit-là. Seul le froid des nuits sahariennes qui s'insinuait à travers les burnous de laine vint tourmenter les dormeurs. Avant l'aube, Kaddour ranima le feu en y jetant des brindilles ramassées la veille, juste de quoi chauffer la petite théière émaillée du peloton. Puis il fit relever les sentinelles et réveiller Pruvost au moment où l'eau se mit à chanter sur le feu. Une heure plus tard, le jour commençait à poindre vers l'est, le détachement dégringolait les ravins du Tadémaït qui s'ouvraient sur les plaines claires du Tidikelt. Dans deux jours il serait à In-Salah... 15

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