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AJUSTEMENT STRUCTUREL, ENVIRONNEMENT

414 pages
Fondé sur neuf études de cas pour examiner les liens complexes qui existent entre les politiques macroéconomiques, les impacts sociaux et les résultats au niveau de l'environnement, les auteurs proposent aussi des alternatives innovatrices aux politiques actuelles d'ajustement structurel.
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AJUSTEMENT

STRUCTUREL,
ET

ENVIRONNEMENT

DÉVELOPPEMENT DURABLE

Première publication 1996 en anglais par Earthscan Publications Ltd., 120 Pentonville Road,London NI 9JN, Royaume-Uni
«;>1996 WWF-Fonds Mondial pour la Nature

Tous droits réservés. Toute reproduction même partielle de cet ouvrage est interdite sans l'autorisation du WWF-Fonds Mondial pour la Nature. La National Geographie Society a génér~usement accordé sa permission pour l'utilisation de neuf cartes géographiques issues de Picture Atlas of the World CD-ROM, «;>1995. La notice catalographique de l'ouvrage original en langue anglaise est disponible auprès de la British Library. ISBN: 1 85383 351 7 (édition brochée) ISBN: 1 85383 356 8 (édition reliée) «;> L'Harmattan, 1999 pour la traduction française ISBN: 2-7384-7971-5 Traduit de l'anglais par: Ilona Bossanyi

Sous la direction de

David Reed

AJUSTEMENT STRUCTUREL, ENVIRONNEMENT ET DÉVELOPPEMENT DURABLE

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

SOMMAIRE

Avan t -Pro pos Préface
In trod u ctio n

.xi .xiii

. . . . . . . . . . . . . . .. . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . xix

Les leçons des premiers travaux Influence des premiers travaux du WWF sur la présente étude Structure de la deuxième étude Première Partie 1. Un instrument de la politique économique mondiale Evolution du débat sur l'ajustement structurel Déterminer les causes de la crise Qui profite des Programmes d'ajustement structurel? Qu'en est-il des impacts à long terme? L'ajustement structurel, un impératif pour le développement La fin de l'Age d'Or L'héritage des politiques économiques axées sur l'offre Interventions de la Banque Mondiale Des politiques de privatisation à outrance Une nouvelle génération de critiques Vulnérabilité accrue aux chocs et pressions extemes Impacts sur les politiques industrielles Répartition des coûts et des avantages "Déréglementation" des marchés de l'emploi Egalité entre les sexes

.xx xxii .xxiv 1 3 3 3 4 5 6 6 8 10 !l .13 13 .14 ..15 16 .17

iv Impacts environnementaux de la libéralisation des systèmes d'échange... Coûts environnementaux du développement des exportati2ns agricoles non traditionnelles Vers la restructuration de l'économie mondiale Un instrument de politique économique mondiale L'ajustement structurel, un instrument robuste 2. Le Développement Durable Les Bases Politiques du Développement Durable La Conférence de Stockholm .~ Aggravation des tensions mondiales liées à l'environnement Le concept du développement durable voit le jour La Conférence de Rio Définir une approche opérationnelle du développement durable Vers une défmition opérationnelle Repenser les stratégies nationales de développement Changer les schémas du développement intemationaI. Les politiques d'ajustement dans le contexte du déve loppement durable Deuxième Partie Introd uctio n Organisation du Programme de Recherche Les principaux problèmes méthodologiques 3. Etude de cas: Le Cameroun Le contexte Contexte général.. ... Méthodo logie L'Envir0nnement Eléments caractéristiques Les grands problèmes environnementaux et leurs causes Impacts environnementaux des politiques de développement antérieures Les politiques environnementales et le développement durable Tendances environnementales lourdes

SOMMAIRE

.17 18 19 20 21 ...25 25 .25 27 29 .31 33 .33 35 38 41 47 49 ...49 .51 ...53 53 .53 55 57 57 58 .59 60 .62

SOMMAIRE

v

L'économie camerounaise Performances économiques et ajustement structurel depuis 1985 Impacts économiques et sociaux des mesures d'ajustement récentes<et en cours Impacts sur l'environnement des mesures d'ajustement récentes et en cours... Quatre études de cas
Con c I us ions.

.63 63 65 .66 71 78

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .76

Le Développement Durable
Scénari os po ur le déve I oppem ent

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .78

Conditions nécessaires au développement durable Implications pour la conception des programmes d'ajustement et de développement Perspectives pour l'adoption de politiques de développement durable...
4

79 .80 .82

.

Etude

de

cas:

Le

Mali

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85

L'environnement 87 Eléments caractéristiques .87 Les grands problèmes de l'environnement et leurs causes 88 Les impacts environnementaux des politiques de développement antérieures .89 Les politiques environnementales 89 Tendances environnementales lourdes 91 L'économie 92 La stratégie de développement au Mali 92 Performances économiques et ajustement structurel. 92 Impacts économiques et sociaux des mesures d'ajustement 93 Impacts sur l'environnement des mesures d'ajustement 94 Trois études de cas.. 97 Conclusions sur les rapports entre l'ajustement et l'état de l'environnement ... .......10 1 Le Développement Durable 103 Scénarios pour le développement 103 Conditions nécessaires au développement durable 104 Implications pour la conception des programmes d'ajustement et de développement ..106 Perspectives pour l'adoption de politiques de développement durab le 107

vi

SOMMAIRE

5. Etude de cas: La Tanzanie.. Le Contexte Situation de l'économie et de l'environnement Politique environnementale L'ajustement structurel Analyse des rapports entre l'ajustement et la situation env ironnementale Déforestation Erosion des sols Incidence de l'ajustement structureL Scénarios pour le développement durable Premier scénario: maintien des programmes d'ajustement actuels Deuxième scénario: introduction de mesures alternatives Contreparties .. .. Recommandations Activités pouvant s'intégrer aux Programmes d'ajustement structure I en vigueur Modification des objectifs des programmes d'ajustement futurs Enchaînement des mesures d'ajustement structurel. Mesures à mettre en place parallèlement à l'ajustemetit
C ontrain tes.

109 .111 111 .113 .114 116 .116 .119 .122 122 ...123 124 124 .126 126 126 127 128

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 129

6. Etude de cas: La Zambie 131 Le Contexte .131 Situation de l'économie et de l'environnement. .131 Politique environnementale .133 L'ajustement structurel ... .134 Analyse des rapports entre l'ajustement et la situation environnementale ..136 Déc 1 de la faune in 136 Déforestation .138 Pollution de l'eau dans les villes ...140 Pauvreté et environnement ..143 Incidence des retombées positives et négatives 143 Scénarios pour le développement durable 144 Premier scénario: maintien des programmes d'ajustement actuels ...144 Deuxième scénario: maintien des mesures sectorielles en vigueur ..146 Troisième scénario: mise en place de mesures alternatives 147 Contreparties 147

SOMMAIRE

vii

Recommandations.

. . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 148

Réorienter les programmes d'ajustement structurel actuels Concevoir des politiques d'ajustement altematives Mesures.parallèles à prévoir

148 148 .149

7. Etude de cas: Le Salvador 151 Situation Générale de l'Environnement. l52 Aspects démographiques ..152 Tendances actuelles de dégradation environnementale 153 Héritage des politiques de développement non viables 156 Premiers impacts de la production agricole pour l'exportation 156 Diversification économique dans les années 50 et 60 157 Echec de la réforme agraire et de la diversification économique dans les années 70 158 Réformes issues de la guerre civile jusqu'au début des années 90 158 Réformes économiques: Contexte et incidence globale 159 Déclin économique au début des années 80 160 Impact des aides des Etats-Unis et des fonds rapatriés 160 Première phase de la réforme économique 161 La phase d'ajustement structurel ..162 Croissance économique, effondrement des revenus ruraux et problèmes environnementaux .165 Une croissance fondée sur la consommation privée 165 Croissance économique, urbanisation et dégradation de l'environnement .166 Pauvreté et dégradation de l'environnement en milieu rural 168 Réforme économique et environnement: la dimension institutionnelle ...171 Effondrement des capacités institutionnelles nationales pendant la première phase de réforme.. ..171 Rôles de l'USAID, de la Banque Mondiale et de la BID 172 Commentaires et Recommandations .176 8. Etude de cas: La Jamaïque Réformes économiques antérieures et politiques d'ajustement structurel Concentration démographique et implantation de l'habitat humain Contamination des eaux.. L'émigration. 181 182 ..186 ..187 ..188

viii

SOMMAIRE

Impacts environnementaux des politiques et actions de développement antérieures 189 Rapports entre l'économie et l'environnement: études de cas 191 Bauxite-a1umine .191 Le café 193 Le tourisme 193 Le ciment ..............................195 Les Institutions Environnementales 196
~

Con

c Ius

ions.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . .. 198

Recommandations Impact des programmes d'ajustement actuels et prévus Options pour le développement 9. Etude de cas: Le Venezuela... Politique économique et ajustement structurel Impacts sociaux sur le marché du travail et l'environnement urbain Pauvreté et mesures sociales ... Les marchés du travail L'environnement urbain L'environnement et l'ajustement structurel Incidences environnementales des politiques d'ajustement structure I Les indicateurs environnementaux Les institutions, l'environnement et les effets de l'ajustement structurel Les impacts futurs: scénarios pour l'économie et l'environnement Modélisation des performances macro-économiques Scénarios reliant l'environnement et l'ajustement structurel Le développement durable Analyse de la faisabilité socio-politique
Con c I us ions.

199 200 .201 ..205 205 209 ..209 211 .212 213 2 14 .214 .215 218 219 220 .221 224

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .227

10. Etude de cas: Le Pakistan Introduction Développement économique L'environnement et les ressources naturelles Aspects sociaux et environnementaux des Programmes d'ajustement structure I Les impacts sociaux et environnementaux des réformes Proj ections à long terme

..229 .229 ..231 235 .239 240 241

SOMMAIRE

ix

Analyse des équilibres Analyse des effets de répartition Saturation et salinisation des terres agricoles irriguées Résumé et Conc lusions .. ..... .... ... Il. Etude de cas :Le Viêt-nam Le contexte économique des réformes Les obstacles au développement durable Les grands problemes environnementaux... Terres productives et soIs Les ressources forestières Les réserves d'eau La pêche
Lad ive rs it é b i 0 log i que.

.247 ...254 256 ................261 269 ..272 ..274 ..276 276 278 ..279 280 ..282 ..283 ..284 ..284

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .2 8 0

Pollution de l'eau Pollution atmosphérique Les déchets solides Les déchets toxiques Intégrer les questions environnementales aux politiques de
déve Pol I oppem i ti que ente agri co le.

. . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . .285 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .287

Po litique forestière Po litique industrielle Politique énergétique Modélisation de l'économie vietnamienne: voies d'intégration
en v isageab les.

.288 289 .290

. . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .291

Le modèle Les scénarios Conclusions et recommandations Conditions préalables à l'intégration Préservation du capital: le principe de base des recommandations Troisième Partie

291 ..291 ..297 ..297 ..298 ..305

12. Conclusions: Impacts environnementaux à court terme des Programmes d' Aj ustement Structurel ..307 Les impacts environnementaux directs des ajustements de prix 310 Les ajustements externes 3 10 Les politiques d'ajustement interne ..322 Les impacts environnementaux indirects des réformes économiques 327

x

SOMMAIRE

lm pacts sociaux Impacts institutionnels Synthèse des impacts environnementaux indirects des réformes écon om iq'l.!.es Synthèse générale ... ... 13. Conclusions :Les incidences du processus d'ajustement sur la viabilité à long terme des pays en voie de développement La dimension économique du développement durable Promouvoir une gestion macro-économique saine Favoriser un mode de croissance qui allège la pauvreté La production agricole Le rôle de l'état Internalisation des coûts La dimension sociale du développement durable Répartition des coûts et des bénéfices Les servi ces soc iaux L'égalité entre les sexes La stabilisation démographique La participation des pouvoirs publics La dimension environnementale du développement durable Consommation des ressources naturelles renouvelables Consommation des ressources non renouvelables Capacités d'absorption du milieu naturel.

327 332 333

.334

341 343 343 344 345 346 .348 349 349 350 .350 351 351 352 352 353 353

Le capital naturel
Le principe de précaution Le cadre institutionnel
Con c I us ion.

e

354
354 .355

. . . . . . . . . .. . . . . .. . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .355

14. Recommandations Intégrer les enjeux liés à l'environnement aux réformes macro-économiques Lutter contre la pauvreté Revoir le rôle de l'État Réformer les institutions nationales Participation de la société civile Réformer les institutions financières internationales Réformer les institutions internationales Sigles et abréviations

.361 .362 366 367 .369 369 370 371 375

AVANT-PROPOS

n 1992, le WWF-Intemational publiait un ouvrage intitulé Structural Adjustment and the Environment, qui se basait sur une étude réalisée par des institutions locales sur la Côte-d'Ivoire, le Mexique et la Thaïlande. Ces travaux avaient pour objectif d'analyser, dans une perspective historique, l'impact des réformes macro-économiques entreprises dans ces pays sur leurs ressources naturelles. Une des conclusions majeures de l'étude, fortement controversée à l'époque par certaines critiques, affirmait que les facteurs environnementaux ne peuvent pas être isolés des facteurs sociaux et économiques et que, dès lors, les réformes macro-économiques ne produiront pas les effets attendus tant que tous les coûts et tous les bénéfices environnementaux n'y seront pas intégrés dès la première phase de planification. Ce principe d'intégration constituerait donc le socle même du développement durable. Les travaux qui font l'objet du présent ouvrage ont été réalisés entre 1992 et 1995. Les principes étaient les mêmes pour les deux projets: recherches professionnelles menées dans le cadre d'institutions locales, participation active des pouvoirs publics et des institutions dans le processus d'apprentissage de l'analyse et de la formulation de politiques, et d'activités de recherche concrètes, propres à entraîner une dynamique locale, notamment sur le plan du renforcement des moyens locaux d'action et de recommandation. La présente étude vise à accomplir une nouvelle étape dans la définition des critères du développement durable, en répondant à trois questions fondamentales qui se posent dans neuf autres pays: quelles sont les ressources environnementales majeures de chaque pays et comment ont-elles été affectées à ce jour par les différents processus de développement? Quels sont les postulats, les objectifs et les impacts des réformes macro-économiques

E

xii

AVANT-PROPOS

actuellement en cours? Quelles sont les approches alternatives qui permettraient de garantir à long terme la préservation des ressources naturelles et une croissance économique durable? Les réponses à ces questions varient sensiblement suivant les pays, parce que toute voie de développement propre à intégrer durablement les dimensions sociale, environnementale et économique du processus doit nécessairement être adaptée aux différentes conditions locales et nationales. De même, des études prospectives sur les conséquences environnementales futures - un des aspects les plus passionnants et les plus ardus du programme de recherche - ont été réalisés au cas par cas dans chaque pays. Les conclusions générales sont issues des nombreux échanges qui ont eu lieu entre les différents partenaires qui se sont impliqués dans ce travail. Les recommandations relèvent exclusivement de la responsabilité du WWF. Nous espérons que cette publication renforcera la volonté de tous les acteurs concernés d'intégrer la dimension sociale et environnementale dans le courant dominant de la réflexion sur le développement, selon les termes adoptés dorénavant par la Banque Mondiale. Plus particulièrement, nous espérons que les analyses proposées donneront lieu à des efforts d'adaptation des grandes réformes et interventions économiques, de façon à ce qu'elles deviennent des instruments réellement efficaces au service du développement durable. Le WWF-International tient à remercier la B.M.Z. (Allemagne), la C.I.D.A. (Canada), la D.A.N.I.D.A. (Danemark), la Coopération Française (France), la D.G.C.S. (Italie), et la Commission européenne (DGVIII), dont la participation et les financements ont permis de mener à bien cette étude; il tient aussi à leur exprimer leur reconnaissance.
Kevin Lyonette Directeur, Développement Durable WWF-International, 1996

PREFACE

et ouvrage et"les travaux sur lesquels il se base ont été réalisés au cours d'une période marquée par l'amorce de la mondialisation des échanges économiques. La dynamique qui a impulsé la restructuration de l'économie mondiale et des économies nationales par le biais de programmes d'ajustement structurel se fonde sur la promesse d'une amélioration des niveaux de vie de chacun et de la communauté humaine dans son ensemble, amélioration qui serait opérée par l'accélération des taux de croissance. Il est vrai que les mesures traditionnelles de la croissance économique rendent bien compte de l'impact positif du modèle de croissance axé sur les exportations, mais les nombreuses protestations qui s'élèvent dans le monde depuis quinze ans à l'égard des coûts du processus de restructuration subis par la société et l'environnement ont remis en question la viabilité à terme des programmes d'ajustement. Notre programme de recherche était motivé par la nécessité impérative de mieux évaluer les avantages et les coûts associés à l'évolution du système économique mondial et, plus particulièrement, le rôle des programmes d'ajustement structurel. Nous étions convaincu que seule un analyse rigoureuse et impartiale de l'expérience des différents pays, tant au niveau local que national, serait à même de mettre dans la balance les arguments contrastés concernant les impacts des programmes d'ajustement et les occasions qui se présentent aux pays en développement à mesure qu'ils s'intègrent dans le nouvel ordre économique mondial. Nos lecteurs auront certainement des réactions différentes à la lecture de nos propos, suivant leurs perspectives analytiques et leurs convictions idéologiques. Certains verront dans le fait que l'étude donne son aval à la poursuite, voire à l'intensification, du processus d'ajustement un signe de cooptation par les forces économiques dominantes de l'époque. D'autres

C

xiv

PREFACE

verront dans les critiques à l'égard des coûts que le processus d'ajustement impose aujourd'hui à la société et à l'environnement, et qu'il leur imposera encore à l'avenir, une répudiation des réformes structurelles et des postulats sur lesquels elles se fondent. Si, du fait d'avoir suscité ces réactions, notre étude permet d'approfondir la réflexion sur les impacts du nouvel ordre économique sur l'environnement de la planète, nous nous en féliciterons, car les débats et les controverses salutaires ont été nos fidèles compagnons du début jusqu'à la fin du projet. Ainsi, les réunions du comité consultatif international du projet, qui ont apprécié les résultats des études de cas et formulé des recommandations, ont toujours été le théâtre de vifs échanges entre les membres qui défendaient les divers points de vue de leurs institutions. Les différentes approches analytiques ont suscité des débats passionnés entre les membres des équipes locales lorsqu'ils cherchaient à s'accorder sur les méthodologies à adopter pour l'étude; les macro-économistes, les micro-économistes, les écologistes et les sociologues se sont donnés à fond pour trouver un langage et des concepts communs en s'efforcant d'expliquer les résultats complexes mais étroitement interdépendants de leurs recherches. Ces débats ont été les bienvenus, car ils ont obligé tous les participants à transcender les limites de leurs spécialités, à s'aventurer prudemment dans des domaines moins familiers et à essayer de déchiffrer les messages nouveaux qui commencent à s'articuler dans notre monde en pleine évolution. En tant que responsable technique du projet, j'ai eu le privilège de pouvoir bénéficier de l'expérience et des avis de professionnels dévoués des cinq continents. Tout d'abord, je tiens à remercier Kevin Lyonette, Fulai Sheng, Tony Long, Alexander Wood et Barry Coates, l'équipe coordinatrice du WWF International, pour leurs conseils et leur soutien infatigable, et à saluer en particulier les qualités de leadership de Kevin Lyonette, qu'il a amplement démontrées en forgeant un esprit de partenariat et un dialogue fructueux sur les grands principes avec les bailleurs de fonds, les pouvoirs publics et les organisations non gouvernementales. Le Comité consultatif international a joué un rôle clé tout au long des différentes phases du projet. Lors de ses trois réunions à Bruxelles et à Washington, le comité a rassemblé les représentants d'agences de développement bilatérales et multilatérales, d'instituts de recherche indépendantes du Nord et du Sud, et d'organisations non gouvernementales des pays du Sud. Il était chargé entre autres d'examiner les termes de référence proposés aux neuf équipes de recherche avant le démarrage des travaux, d'évaluer et de critiquer les résultats des neuf études, et de proposer, à la lumière des conclusions générales issues des travaux, des recommandations à soumettre au WWF. À cet égard, je tiens à exprimer, toute mon estime à John D. Shilling pour les grands services qu'il nous a rendus en tant que président du comité, et en révisant les versions successives des chapitres de cet ouvrage. J'ai

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PREFACE

xv

particulièrement apprécié la bonne humeur dont il a toujours témoigné face à la tâche peu enviable qui consistait à faire la part de ses opinions propres et de celles qu'il défend dans sa capacité officielle en tant que représentant de la Banque Mondiale. Edith Kürtzinger, qui représentait le Ministère Fédéral Allemand pour la Coopération Economique, et Soe Lin, qui représentait la Division de politique générale de l'Agence canadienne pour le développement international, ont recueilli les analyses et les opinions de leurs collègues dans les divisions opérationnelles et nous ont apporté ainsi de nombreux éléments de réflexion. Je tiens aussi à exprimer ma reconnaissance aux autres membres du comité consultatif qui se sont souvent déplacés sur de grandes distances à leurs propres frais pour participer à nos discussions. Ces membres sont: Charles Abugre (Third World Network, Ghana), Cristovam Buarque (Gouverneur de Brasilia, Brésil), Pablo Gutman (CLACSO, Buenos Aires), Jacques Loup (DIAL, Paris), Henrik Marcussen (Université de Roskilde, Danemark), Kirit Parikh (Indira Ghandi Institute of Development Research, Bombay), Michel Potier (Organisation de Coopération et de Développement Economiques, Paris), Atiq Rahman (Bangladesh Center for Advanced Studies, Dhaka), Youba Sokona (E.N.D.A., Dakar), Marcel van Opstal (Commission Européenne, Bruxelles) et Konrad von Moltke (Dartmouth College). Bien que le projet n'eût jamais vu le jour sans leur concours, leur participation n'implique pas nécessairement leur aval concernant les conclusions et des recommandations issues de l'étude. Un autre partenariat clé a été forgé avec le Overseas Development Institute (O.D.I., Londres) et Ie Harvard Institute for International Development (H.I.I.D., Cambridge, Massachusetts), qui-ont apporté leur assistance technique et méthodologique aux neuf équipes dans les différents pays tout au long du projet. Ces deux instituts ont participé aux séminaires consacrés au développement des méthodologies de recherche, à l'examen des termes de référence proposés aux instituts locaux, aux évaluations des travaux des neuf équipes, à la gestion des problèmes de mise en oeuvre et à la rédaction des synthèses. La gestion des études africaines menées au Cameroun, au Mali, en Tanzanie et en Zambie était assurée par James Winpenny et Elizabeth Cromwell pour le compte de l'O.D.I. avec le concours de son Directeur, John Howell. Theodore Panayotou, Jeff Vincent, et Anil Markandya représentaient le H.I.I.D. en apportant leur concours aux programmes de recherche au Salvador, en Jamaïque, au Pakistan, au Venezuela et au Viêt-nam. Les responsables de la Banque Mondiale et leurs équipes ont apporté des éléments précieux au projet en y consacrant beaucoup de temps et de ressources. Ismail Serageldin, vice-président de la division "Développement Durable", Andrew Steer, directeur de la division "Environnement", et Mohan Munasinghe, responsable de la division "Pollution et Economie de l'Environnement", sont à l'origine de nombreux échanges de travaux entre nos organisations et ils ont à maintes reprises suscité des discussions sur les

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PREFACE

grandes orientations au sein de la banque. Je voudrais remercier Callisto Madavo et Andrew Steer d'avoir organisé les séminaires internes consacrés à l'examen des neuf études de cas, ainsi que les personnels suivants de la banque pour leurs commentaires et leurs conseils à l' égard de~ rapports sur chaque pays: Ian Bannon, Robert Blake, Chantal Dejou, Peter Dewees, Birger Frederiksen, Coby Frimpong, Randolph Harris, Victoria Kwakwa, Fred King, Francois Laporte, Philip Nouvel, Linda McGinnis, Jean-Louis Sarbib, John Todd, Hasan Tuluy et Steven Webb. Les partenariats et les contributions que nous venons d'évoquer ne se seraient pas pleinement concrétisés sans le professionnalisme et le dévouement des neuf instituts de recherche. Je m'incline devant la persévérance et le savoirfaire dont les neuf équipes ont fait preuve en face des difficultés spécifiques à leurs pays et des obstacles parfois consternants qu'elles ont du affronter et surmonter pour accomplir leur travail de recherche. Je dois beaucoup à la gentillesse et à la patience dont elles ont témoigné pour m'aider à mieux comprendre, petit à petit, leurs pays et leurs peuples. Tous les chercheurs que je cite ici ont apporté une contribution unique et inestimable à ce travail : Cameroun: Roger Tchoungui, Steve Gartlan, J.A.~gR@Simo, Fondo Sikod, Augustin Youmbi et Michel Ndjatsana; Salvador: Dê6ôr@PBarry et Herman Rosa du Programa Salvadorefio de Investigacion sobre Desarrollo y Medio Ambiente; Jamaïque: Alfred Francis, Dillon Alleyne et Ian Boxill de l' Institute of Social and Economic Research, University of the West Indies; Mali: Alpha S. Maïga, Bino Terne, Bakary S. Coulibaly, Lassiné Diarra, Alpha o. Kergna, et Kalilou Tigana de l'Institut d'Economie Rurale; Pakistan: Sajjad Akhtar, Akhtar Hai, Haroon Jamal, Shaukat Ali, M.M. Sajid Manzoor, Mohammad Ilyas, S. Iqbal Ali, Wasim Akhtar et Samina Khalil de l'Applied Economics Research Centre, Université de Karachi; Tanzanie: Mboya Bagachwa, Fanuel Shechambo, Hussein Sosovele, Kassim Kulindwa et Alexis Naho de l'Economic Research Bureau, Université de>Dar-es-Salaam ; Venezuela: Lourdes Yero, Cecilia Cariola, Mugues Lacabana, Francisco Javier Velasco, Arelys Caraballo, Victor Fajardo, Hercilio Castellanos, Francisco Herrera, lokine Rodrigues, Chris Sharpe, Jorge Giordani, Yvan Laplace, Thais Maingon, Rita Pucci, Nelson Prato, Arnoldo Pirela, Luis Mata M. et Pablo Lacabana du Centro de Estudios del Desarrollo, Universidad Central de Venezuela; Viêtnam : Nguyen Quang Thai, Lea Anh Son, Nguyen Van Thanh, Nguyen The Hieln, Le Thi Kim Dung, Dang Huu Dao, Nguyen Van Vy et Tran Kim Dong de l'Institute for Long-term and Regional Planning; Zambie: Christopher Mupumpila, Ventakesh Seshamani, Allast Mwanza, .Emmanuel Chidumayo et Inyambo Mwanawina de la Faculté d'Economie, Université de Lusaka. La grande expérience et les analyses de Robert Goodland, David Kaimowitz, Pamela Hathaway, Carter Brandon, Mark Renschler, Pamela Stedman et David Schorr m'ont été d'un grand secours pour de nombreux aspects des chapitres que j'ai rédigés, et je tiens à leur faire part de ma

PREFACE

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profonde reconnaissance à cet égard. Je dois également tous mes remerciements à Monica Chacon et Maria Boulos, mes collègues du WWF-International, dont les compétences administratives ont été indispensables au bon déroulement du projet depuis trois ans. Elles ont assuré la coordination des réunions entre les nombreux partenaires, et supervisé les révisions et la production des textes. Sans elles, cet ouvrage serait resté à l'état de projet. C'est grâce aux efforts infatigables de Tanya Lee que les manuscrits achevés ont été mis au point. Brian Schneiderman a préparé le texte, les graphismes et la mise en page pour la publication. Enfin, je remercie Sheila A. Mulvihill de la précision, de la rigueur et de la patience dont elle a témoigné lors de la révision dé l'ouvrage.

David Reed Directeur, Bureau du Programme WWF-International HMacroéconomie pour le Développement" Washington D.C. Janvier 1996

INTRODUCTION
par David Reed

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ers la fm des années 80, les acteurs du développement avait été amenés à reconnaître que les réformes macro-économiques étaient susceptibles de porter atteinte aux ressources naturelles des pays en voie d'ajustement structurel. Intuitivement, il semblait logique qu'un pays qui cherchait à modifier les prix relatifs pratiqués dans l'ensemble de son économie, à s'ouvrir au commerce avec le reste du monde et à accroître la contribution économique de son secteur marchand ne puisse que provoquer des changements dans les schémas de production et de consommation et, de ce fait, dans la gestion de ses ressources naturelles. Cepèndant, on s'opposa vivement à la proposition selon laquelle il devait être possible d'analyser avec précision les relations entre les instruments de la réforme macro-économique et les ressources naturelles, et encore plus les problèmes environnementaux spécifiques. Plus contestée encore était l'idée que les programmes d'ajustement, déjà surchargés de conditionnalités et d'une multitude d'activités complexes liées aux réformes, devraient incorporer des objectifs environnementaux. On affmnait non seulement que les préoccupations liées à l'environnement étaient secondaires par rapport à la crise économique à laquelle la plupart des pays en développement étaient confrontés, mais, de plus, que la résolution des problèmes environnementaux exigeait des moyens spécifiques sans rapport avec les instruments adoptés dans les programmes d'ajustement. C'est sur ce fond de scepticisme que le WWF-Fonds Mondial pour la Nature a lancé une première étude, Structural Adjustment and the Environment,l pour analyser les incidences sur l'environnement des programmes d'ajustement en cours en Côte-d'Ivoire, au Mexique et en Thaïlande. Tout en témoignant de la complexité des rapports entre les instruments macro-économiques et les problèmes environnementaux

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spécifiques, cette étude novatrice a clairement montré les coûts élevés qu'entraînait le refus persistant de prendre en compte les impacts environnementaux des réformes macro-économiques. Pour mieux situer la présente étude.,., l'ajustement structurel et le développement durable dans sur son contexte, nous examinerons dans cette introduction les principales conclusions des travaux précédents.
LES LEÇONS DES PREMIERS TRAVAUX

Pour commencer, les stratégies de développement poursuivies par les trois pays ont provoqué une dégradation importante de l'environnement et encouragé le gaspillage et la perte inutile de leurs richesses naturelles. Les programmes d'ajustement structurel n'ont pas amené ces pays à adopter des voies de développement plus durable, et ceci pour deux raisons en particulier: les rééquilibrages des prix ont amélioré les performances économiques, mais l'augmentation de la production a intensifié les impacts cumulés sur l'environnement, et les réformes économiques n'ont nullement permis d'internaliser les coûts sociaux et économiques parce que les ajustements économiques n'ont pas été accompagnés de réformes de politique générale adéquates. Il y avait tout lieu de conclure que loin de freiner la croissance économique, l' internalisation des coûts sociaux et économiques dans les stratégies de développement et les programmes d'ajustement l'aurait au contraire stimulée. Ensuite, les résultats obtenus par les trois études de cas, qui se sont efforcées de rendre compte des impacts directs et immédiats des instruments macro-économiques sur l'environnement, sont loin d'être tranchés. Les rapports entre les politiques monétaires, budgétaires et celles appliquées au taux de change - les trois principaux instruments de réforme macroéconomique appliqués dans une mesure variable dans les trois pays - et les problèmes environnementaux spécifiques se sont avérés complexes et souvent indirects. Alors que les incidences des instruments macro-économiques étaient plutôt diffuses et affectaient l'environnement dans son ensemble, les impacts des programmes sectoriels étaient plus directs et plus immédiats. Les effets des programmes de réforme ont été mitigés dans les trois pays, parfois positifs du point de vue de l'environnement, parfois néfastes en ce qu'ils ont aggravé des problèmes existants. Cependant, l'impact de l'ajustement structurel sur les ressources naturelles ne pouvait en aucun cas être considéré comme optimal, du simple fait que les architectes des réformes n'ont jamais pris les problèmes environnementaux en considération. En troisième lieu, les impacts environnementaux des politiques d'ajustement ont été fortement influencés par différents facteurs institutionnels. Des réformes économiques qui auraient du déboucher sur des résultats positifs du point de vue économique et environnemental ont souvent été contrecarrées

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par des problèmes institutionnels, par exemple l'insuffisance des capacités de gestion ou l'inadaptation des régimes fonciers. Dans bien des cas, faute d'avoir incorporé des réformes de politique générale et institutionnelles avant. le processus d'ajustement et au cours de celui-ci, les avantages potentiels des ajustements de"prix ne se sont jamais concrétisés. En quatrième lieu, les relations entre les politiques d'ajustement, l'incidence de la pauvreté et l'environnement se sont avérées fort complexes. Les rapports de cause à effet étaient variables et souvent indirects. Les récessions associées aux programmes d'ajustement avaient tendance à aggraver la pauvreté, ce qui amplifiait la dégradation de l'environnement à mesure que les pauvres intensifiaient la pression sur les forêts et les autres ressources naturelles pour survivre. De plus, les politiques d'ajustement ont eu tendance à renforcer l'emprise de l'économie politique dominante sur le secteur des ressources naturelles. L'accès privilégié à ces ressources, source de richesse importante pour les élites, a souvent été maintenu tel quel dans le cadre des programmes d' ajustement. Et enfin, pour atténuer le malaise social suscité par le processus d'ajustement, les gouvernements ont souvent privilégié une politique de redistribution des ressources naturelles collectives au bénéfice des pauvres au lieu de s'attaquer aux causes profondes de l'inégalité sociale. Les trois études de cas ont conclu que la stabilité macro-économique est une condition nécessaire à la bonne gestion de l'environnement, mais qu'elle ne suffit pas pour assurer la viabilité des ressources environnementales à long terme. La baisse de l'inflation, l'augmentation. de l'épargne, le redressement des déficits budgétaires et de la balance commerciale sont indispensables pour accroître l'investissement, accélérer la croissance, créer des emplois et réduire la pauvreté. Cependant, la stabilité macro-économique et la performance économique améliorée ne sont pas des conditions qui permettent à elles seules de satisfaire les autres exigences fondamentales du développement, à savoir notamment la répartition équitable des revenus et l' internalisation des coûts, sans lesquelles la viabilité des stratégies de développement adoptées dans ces trois pays est directement menacée. Les carences des programmes d'ajustement à l'égard des impacts spécifiques des ajustements de prix sur l'environnement et l'insuffisance des réformes complémentaires mises en oeuvre par les pouvoirs publics ont amené les chercheurs à conclure que les trains de réformes appliqués en Côte-d'Ivoire, au Mexique et en Thaïlande n'ont pas su opérer la transition de ces pays vers une voie de développement durable. Cette première étude a également contribué à l'amélioration des méthodologies d'analyse permettant d'interpréter les impacts environnementaux des programmes de réforme économique. Un modèle d'entrées-sorties (inputoutput) a été élaboré pour déterminer les impacts de la réglementation environnementale sur la répartition des revenus au Mexique. Des modèles macro-économiques ont été utilisés pour déterminer l'équilibre "optimal"

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entre les stocks et les prélèvements forestiers en Côte-d'Ivoire. Pour simuler l'influence des ajustements de prix et des réformes budgétaires sur certains problèmes environnementaux majeurs en Thaïlande, un modèle informatisé d'équilibre général incorporant soixante secteurs a été utilisé. Les différentes approches onf"toutes apporté un meilleur éclairage sur les rapports complexes entre les réformes économiques et l'environnement, et contribué à des méthodes d'analyse nouvelles que d'autres chercheurs qui mènent des études complémentaires peuvent utiliser et améliorer. L'étude du WWF a contribué à l'évolution de la réflexion sur les impacts des programmes d'ajustement sur l'environnement des pays en voie de développement. Il n'était désormais plus possible de nier l'existence de rapports directs entre les réformes macro-économiques ou sectorielles et les problèmes liés à l'environnement et aux ressources naturelles des pays en développement. Dorénavant, il était difficile pour les bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux de refuser de prendre en compte les impacts environnementaux potentiels des réformes économiques qu'ils fmançaient. La Banque Mondiale, sensible aux preuves qui s'accumulaient, a par la suite lancé et publié ses propres recherches sur les interactions entre ses opérations de prêt liées à la mise en oeuvre de réformes et les problèmes environnementaux spécifiques aux pays en développement. Le rapport Economywide Policies and the Environment2 publié par la banque en 1994 a largement contribué à un meilleure appréciation de l'impact d'interventions économiques spécifiques sur les stocks de ressources naturelles des pays concernés. Beaucoup de bailleurs de fonds exigent aujourd'hui une évaluation de l'impact environnemental potentiel de ces types de prêt avant d'accorder des crédits.
INFLUENCE DES PREMIERS TRAVAUX DU WWF SUR LA PRÉSENTE ÉTUDE

Comme tout projet novateur, la première étude du WWF dans ce domaine présentait quelques carences, mais elle a contribué à mieux définir les contours et les objectifs de ce nouveau projet. D'abord, il fallait approfondir l'analyse des interactions entre les réformes macro-économiques et les problèmes spécifiques de l'environnement, à l'aide d'un échantillon plus représentatif des différents pays en voie de développement. C'est pour cette raison que la deuxième étude porte sur neuf pays: le Cameroun, le Mali, la Tanzanie et la Zambie pour l'Afrique, le Salvador, la Jamaïque et le Venezuela pour l'Amérique Latine et la région antillaise, le Pakistan et le Viêt-nam pour l'Asie. Grâce à des analyses plus fines de l'influence des réformes économiques sur l'environnement dans un éventail de pays plus diversifié, il devient possible pour les agences gouvernementales et les bailleurs de fonds, comme pour le public informé, de prévoir de manière plus précise l'incidence à court et moyen terme du processus d'ajustement sur les grands problèmes

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environnementaux dans les pays en situation analogue. De plus, les moyens de prévision améliorés augmentent les possibilités d'écarter la menace d'une dégradation irréversible de l'environnement et des conséquences imprévues que les société~ - et certains groupes sociaux en particulier - auraient autrement à supporter à f' avenir. Ensuite, il était évident que l'analyse des rapports directs entre les différents instruments économiques mis en oeuvre et les problèmes environnementaux spécifiques ne rendait que partiellement compte de l'évolution réelle des stocks de ressources naturelles dans les pays en voie d'ajustement. La première étude a amorcé ce travail d'analyse des interactions entre des instruments économiques et des problèmes environnementaux spécifiques. Elle a montré que l'intensité et les modes d'utilisation des ressources naturelles étaient fortement influencés par l'évolution de la structure sociale, l'incidence de la pauvreté et son acuité, et les dispositifs institutionnels. En fait, cette influence indirecte semblait parfois aussi forte, voire plus forte encore, que les impacts environnementaux directement liés à des réformes économiques spécifiques. Par exemple, la première étude a fait ressortir l'importance du lien fondamental entre la pauvreté et la dégradation de l'environnement, mais la compréhension des causes, des interconnexions et des impacts restait imparfaite. C'est ainsi que cette deuxième étude s'est donné pour objectif prioritaire une meilleure compréhension des impacts des réformes économiques sur les structures sociales et, partant, sur les ressources naturelles des pays. Enfin, l'incidence potentielle des réformes économiques sur la viabilité à long terme des pays en voie d'ajustement ne peut être ignorée. De nombreuses études font état des succès des programmes d'ajustement en ce qui concerne la correction des distorsions économiques et l'amélioration des performances. Toutefois, l'efficacité d'une économie ne représente qu'un seul terme dans l'équation complexe qui détermine la viabilité réelle d'une voie de développement. En fait, si le coût social et environnemental des performances réalisées par une économie est élevé, l'efficacité économique est susceptible par elle-même de saper à terme les fondements du développement. S'il est vrai, comme le montre la première étude, que les programmes d'ajustement ont effectivement amélioré les performances économiques dans l'immédiat sans pour autant permettre aux pays d'opérer une transition vers une voie de développement plus durable, quels seront les impacts de ces réformes économiques sur la prospérité, la cohésion et la viabilité de ces sociétés dans le long terme? Il nous semble dqnc essentiel d'analyser, pour chaque pays, les impacts que les réformes économiques sont susceptibles de produire à long terme - soit longtemps après leur mise en oeuvre - sur l'ensemble de ses ressources naturelles, sur sa cohésion sociale et sur ses capacités productives. En se donnant ces objectifs, cette deuxième étude conserve l'accent qui était mis dans la première sur l'analyse rétrospective, mais elle met en exergue

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la nécessité d'évaluer l'incidence à long terme des réformes économiques mises en oeuvre dans ces pays. En s'appuyant sur tout un éventail de méthodologies innovantes adaptées aux spécificités de chaque pays, l'étude a établi des projections fondées sur les réformes économiques en cours pour mieux cerner lèhr contribution potentielle au développement durable de ces sociétés et les contraintes potentielles qu'elles y imposent. En définitive, cette étude a été conçue d'une part pour identifier les carences des politiques actuelles qui semblent conduire à l'adoption de stratégies de développement non viables, et d'autre part, pour formuler à cet égard des possibilités d'action qui permettraient d'éviter ces échecs potentiels.
STRUCTURE DE LA DEUXIÈME ÉTUDE

La réforme des stratégies de développement actuelles et la promotion du développement durable sont un défi extrêmement complexe qui, paradoxalement, doit être relevé d'urgence pour garantir la viabilité à long terme des sociétés. Un tel changement dans les approches n'exige rien moins que la remise en question des postulats sur lesquels les efforts de développement reposent aujourd'hui. De plus, les nouvelles normes de comportement qui en résulteront devront ensuite se traduire dans les faits dans de nombreux pays très différents à travers le monde. Ce défi exige également de la clarté et de la précision, aussi bien dans les analyses des approches actuelles que dans la formulation des voies alternatives qui semblent plus viables. C'est pour cela qu'en présentant les résultats de nos recherches, nous nous sommes efforcé d'expliciter le plus clairement possible les hypothèses, le cadre d'analyse et la définition des termes et des concepts utilisés. Pour répondre à ces impératifs de précision et de transparence, l'étude est structurée selon trois grandes thèmes. Les deux chapitres de la première partie situent le projet dans son contexte historique et conceptuel. Dans le premier, nous dressons un bilan de l'expérience de l'ajustement structurel - que nous appelons ici un instrument de la politique économique mondiale - selon qu'elle a facilité ou non la restructuration des sociétés en développement et leur intégration dans le système d'échanges mondial. Ce chapitre propose également un aperçu des critiques les plus importantes qui se sont fait entendre vis-à-vis du succès de cet instrument de politique économique mondiale en tant que moyen visant à faciliter la restructuration des pays en développement et leur interaction avec le système économique mondial. Le Chapitre II décrit le concept du développement durable qui a pris forme parallèlement à la restructuration économique en cours dans le monde entier, mais généralement sans interactions entre les deux. Nous y présentons ensuite la définition opérationnelle du développement durable qui sous-tend à la fois les travaux de recherche et la rédaction de cet ouvrage. La deuxième partie de l'ouvrage contient les synthèses des neuf études

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réalisées dans les différents pays. Ces études de cas mettent en lumière les impacts des programmes d'ajustement sur les grands problèmes environnementaux des pays concernés et analysent les effets des réformes sur la viabilité des strat~gies de développement qu'ils ont adoptées. La plupart des études de cas proposent en conclusion des recommandations pour des actions spécifiques susceptibles d'opérer une transition vers une voie de développement plus durable. Dans la troisième partie, nous avons pris du recul par rapport au caractère immédiat des études de cas, pour tirer des conclusions plus générales sur l'influence du processus de restructuration économique sur les sociétés en voie de développement. Le Chapitre XII présente une synthèse des impacts à court terme des réformes structurelles sur les ressources naturelles des neuf pays. Le Chapitre XIII propose une évaluation des impacts potentiels de l'ajustement structurel sur la viabilité des pays à long terme. Les recommandations formulées dans le dernier chapitre identifient les changements qui doivent être apportés aux programmes d'ajustement et aux politiques de développement pour garantir que les interventions économiques futures permettront aux sociétés en voie de développement d'opérer leur transition vers une voie de développement réellement durable.

NOTES

DE FIN

1. 2.

David Reed, ed., Structural Adjustment and the Environment, Boulder, Colo., Westview Press, 1992. Banque Mondiale, Economywide Policies and the Environment: Emerging Lessons from Experience, Washington D.C., World Bank, 1994.

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PARTIE

Chapitre I UN INSTRUMENT DE LA POLITIQUE ÉCONOMIQUE MONDIALE
par David Reed

EVOLUTION

DU DÉBAT SUR L'AJUSTEMENT

STRUCTUREL

Déterminer les causes de la crise Le débat sur l'ajustement structurel évolue depuis une quinzaine d'années selon une problématique à trois dimensions. Le premier axe de réflexion s'est dessiné dès le début des années 80 et portait sur les causes principales de la crise économique dans laquelle se débattaient de nombreux pays en voie de développement. A l'origine, les débats ont opposé ceux pour lesquels l'effondrement économique s'expliquait en premier lieu par des conditions économiques extérieures défavorables et ceux qui mettaient en cause les problèmes économiques internes des pays concernés. Les arguments des "extemalistes" se fondaient sur la détérioration progressive des termes de l'échange qui affectait ces pays depuis des décennies, les taux d'intérêt élevés en termes réels et le protectionnisme accru des pays membres de l'O.C.D.E. (Organisation de Coopération et de Développement Economiques). Les "internalistes", en revanche, mettaient l'accent sur les carences politiques et administratives des gouvernements concernés: inefficacité flagrante en matière de gestion économique, distorsions économiques profondément enracinées et carences de gestion financière largement répandues. Entre les deux pôles du débat se rangeait tout un éventail d'opinions concernant l'importance relative des différentes causes attribuées aux problèmes économiques de ces pays.l Ce débat devait avoir des conséquences directes pour les pays en développement. En effet, les conclusions formulées ont influencé aussi bien les politiques d'assistance au développement que les priorités des agences de développement multilatérales et bilatérales au cours des quinze années suivantes. Les arguments des intemalistes ont prévalu dans une large mesure,

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du moins parmi les décideurs chargés par la suite, pendant les années 80, d'élaborer les programmes d'ajustement structurel. De l'avis de ces décideurs, la stabilisation du système économique de leur pays et l'amélioration des performances constituent pour la plupart des gouvernements des pays en voie de développement un champ d'action où ils peuvent conserver une certaine maîtrise de leur avenir économique, quelles que soient les conditions extérieures. En éliminant les distorsions, en améliorant les performances économiques internes et en créant un environnement macro-économique stable, les gouvernements renforceraient les moyens susceptibles d'améliorer la productivité à long terme et compenseraient ainsi, dans une certaine mesure, les effets d'un contexte international défavorable. D'autre part, selon l'argument internaliste, dès lors que les gouvernements démontrent leur capacité à stabiliser et à gérer plus efficacement leur économie, ils peuvent mobiliser des fonds d'assistance extérieurs accrus et attirer davantage d'investissements directs étrangers. Qui profite des Programmes d'ajustement structurel?

Vers le milieu des années 80, alors que les pJ;ggrammes pilotes de prêt à l'ajustement structurel commençaient à se généfâliser, une problématique nouvelle s'est greffée sur le débat initial axé sur les causes de la crise économique des pays en développement. La question suivante était posée: à qui profite vraiment le processus d'ajustement économique ?En restructurant les économies de tous ces pays en développement, répondait-on d'abord aux besoins internes des pays eux-mêmes ou, au contraire, les objectifs et les résultats de ces réformes étaient-ils déterminés au premier chef par les besoins et les intérêts des pays industrialisés qui dominaient l'économie mondiale? La libéralisation économique mise en oeuvre dans les pays en développement leur permettait-elle d'augmenter leurs indispensables réserves de devises ou s'agissait-il d'une occasion longtemps attendue de soumettre ces économies aux pressions et aux mécanismes d'un marché international où des pays aussi peu influents n'avaient pratiquement aucune chance de faire valoir leurs intérêts? Enfin, la privatisation était associée à bon nombre de programmes d'ajustement était-elle d'abord un moyen de corriger les déséquilibres fmanciers dans ces pays surendettés ou s'agissait-il plutôt de faciliter la pénétration de capitaux étrangers et de favoriser leur mainmise sur des économies balbutiantes? Comme le débat initial sur les causes de la crise économique du monde en développement, cette nouvelle controverse n'a encore donné lieu à aucune réponse tranchée dans un sens ou dans l'autre. D'une part, aucune catégorie d'indicateurs ne peut à elle seule rendre compte de la complexité des coûts et des avantages qui découlent du processus d'ajustement, que l'on considère un seul des pays concernés ou l'économie mondiale dans son ensemble. D'autre part, les

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conclusions des observateurs quant aux principaux gagnants et perdants du processus d'ajustement sont parfois radicalement divergentes, suivant les critères d'évaluation adoptés - qu'il s'agisse de mesures traditionnelles de la performance économique ou d'indicateurs du bien-être social. Qu'en est-il des impacts à long terme? Aujourd'hui, le débat international sur les impacts et la viabilité des programmes d'ajustement s'est enrichi d'une troisième dimension, tout aussi importante que les précédentes. De nature rétrospective jusqu'ici, le débat revêt désormais une dimension prospective en se tournant vers les impacts à long terme des programmes de restructuration économique. L'efficacité accrue constatée aujourd'hui débouchera-t-elle sur une répartition des ressources plus productive à court terme, mais susceptible à long terme d'affaiblir la base des ressources naturelles des pays concernés, et par conséquent leurs capacités de production dans les années à venir? La croissance actuelle, fondée sur les exportations, renforcera-t-elle les secteurs qui dépendent des marchés internationaux aux dépens de la viabilité des économies locales, en limitant ainsi les capacités des autorités nationales à répondre aux besoins de leurs citoyens dans les prochaines années ?Les nouvelles relations économiques qui se dessinent vont-elles creuser les écarts économiques au sein de chaque pays et entre les différentes régions du monde, au point de menacer leur viabilité? La restructuration économique contribuera-t-elle à stabiliser les dépenses publiques et à équilibrer la balance des paiements dans l'immédiat, mais au risque d'affaiblir le potentiel humain et la capacité de production des générations futures? Derrière ces questions se profilent des préoccupations quant à l'impact des réformes macro-économiques sur la viabilité du développement sur le plan économique, social et environnemental, à I'horizon des dix, quinze, voire des vingt années à venir. Lorsqu'on considère l'ajustement structurel à la lumière de cette problématique tridimensionnelle qui met en jeu les causes de l'effondrement économique des pays en développement, les intérêts réellement servis par les programmes d'ajustement et les conséquences à long terme des réformes économiques, il est évident qu'il s'agit d'un instrument qui restera encore longtemps au centre d'un débat intense. Pour bon nombre de gouvernements et d'agences de développement, il va de soi que l'expansion économique fondée sur une stratégie de développement orientée vers l'exportation reste la seule option viable pour améliorer les conditions de vie des citoyens des pays en développement. En revanche, beaucoup d'autres acteurs sont de l'avis que les stratégies fondées uniquement sur l'amélioration des indicateurs traditionnels des performances économiques globales ne répondent plus aux besoins réels du développement, et ce depuis longtemps déjà. La qualité de la croissance, ses bénéficiaires et ses coûts pèsent tout autant dans la balance, dès

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lors que l'on cherche à déterminer l'impact réel des réformes économiques mises en oeuvre dans le cadre des programmes d'ajustement structurel. Nous ne prétendons pas répondre à toutes ces questions dans ce chapitre d'introduction. Son objectif est plus restreint et consiste à situer le concept de l'ajustement structurel dans son contexte historique afin de mieux comprendre son évolution. Nous proposons ainsi une vue d'ensemble qui vise à identifier les influences politiques et économiques majeures qui ont présidé au développement de cet instrument de politique économique, et qui vont continuer à déterminer l'avenir du monde en développement. Nous soulignons les raisons pour lesquelles les réformes économiques restent une nécessité vitale pour bon nombre de pays, tout en faisant ressortir les coûts et les avantages du processus d'ajustement et la manière dont ils se répartissent dans les pays en développement.
L'AJUSTEMENT STRUCTUREL: UN IMPÉRATIF POUR LE DÉVELOPPEMENT

La fin de l'Age d'Or Le premier crédit à l'ajustement structurel, un prêt de U.S.$ 200 millions accordé par la Banque Mondiale à la Turquie, a été approuvé en 1980 - au moment même où l'on commençait à remettre en question la doctrine économique qui avait dominé la politique économique des pays occidentaux depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Cette remise en question était le reflet des bouleversements survenus dans l'économie mondiale, tant dans les pays industrialisés du Nord que dans les relations entre ces pays et le monde en développement. Depuis les années 40, les responsables de l'action publique avaient, en matière d'analyse comme de politique réglementaire, fait allégeance à la doctrine keynésienne et à son esprit sous-jacent de démocratie sociale. Ce cadre de politique générale favorisait l'activisme étatique sur le plan des affaires économiques, et, du fait des interventions anticycliques des pouvoirs publics qui s'y associaient, avait guidé la politique économique des gouvernements à travers les crises économiques qui s'étaient succédé pendant près de trente ans. Au coeur de cette orthodoxie économique, le maintien de l'harmonie entre le monde du travail et le capital était assuré par des mesures protégeant les travailleurs des effets les plus néfastes des fluctuations économiques, par un minimum de services sociaux et par des politiques fiscales assurant la redistribution des richesses. Les difficultés économiques qu'ont connues les pays industrialisés dans les années 70 ont révélé l'existence de problèmes que l'analyse keynésienne ne pouvait pas interpréter de manière satisfaisante, et auxquels ses recommandations d'action ne pouvaient plus remédier convenablement. Par exemple, l'approche keynésienne n'expliquait pas la hausse simultanée de l'inflation et du chômage, source de problèmes récurrents dans les pays

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'industrialisés tout au long des années 60 et 70. Et par la même occasion, le traditionnel menu keynésien d'actions anticycliques - où s'associent des trains de mesures de relance, des incitations nouvelles à l'investissement et des réformes de la politique fiscale et commerciale - n'avait pas réussi à stabiliser les économies ni à les sortir de leur marasme. Les problèmes auxquels les sociétés industrialisées se sont trouvées confrontées à la fin des années 70 n'étaient pas simplement dus à la mise en oeuvre de politiques mal adaptées et ne relevaient donc pas nécessairement d'un échec de la politique keynésienne. Ces problèmes étaient de nature structurelle: en effet, le monde industrialisé cherchait depuis 1974 les moyens de s'adapter à la fin inéluctable de "l'Age d'Or" - les vingt années de croissance sans précédent qui ont suivi la Deuxième Guerre mondiale.2 Le choc pétrolier de 1974, associé à la récession mondiale la plus profonde depuis la Crise de 1929, a mis en évidence la nécessité d'enclencher d'urgence un processus de réforme structurelle à grande échelle. Des ajustements s'imposaient dans les relations entre les puissances industrielles elles-mêmes, tels que l'introduction d'un taux de change flottant pour refléter l'impuissance des Etats-Unis à maîtriser l'inflation et l'affaiblissement de son pouvoir économique vis-à-vis de l'influence grandissante du Japon et de la Communauté Européenne. Des ajustements étaient également nécessaires à l'intérieur des différents pays industrialisés. Parmi les changements majeurs à cet égard, un des principaux moyens adoptés par les gouvernements pour réajuster les termes du contrat social entre le travail et le capital a consisté à exercer une pression à la baisse sur les salaires, tout en réduisant les prestations sociales et en modifiant les politiques de redistribution des richesses.3 Au cours des deux décennies suivantes, l'impact des coûts d'ajustement sur les nouvelles conditions économiques mondiales a été beaucoup moins sévère dans les sociétés industrialisées que dans la plupart des pays en développement. Au départ, pourtant, les perturbations associées à l'ajustement des pays en développement aux nouvelles conditions économiques -y compris leurs réactions au premier grand choc pétrolier - ont été moins sévères que prévu. En réalité, malgré la récession prolongée dans les pays de l'O.C.D.E. en 1974-75, "la baisse des taux de croissance des pays en développement a été moins forte que dans les pays industrialisés" au cours de la même période.4 Ce résultat moins catastrophique que prévu était dû dans une large mesure à "l'accroissement significatif des flux d'aide publique et des autres capitaux, et (aux) emprunts contractés sur une part importante des surplus dégagés par les pays producteurs de pétrole."5 Grâce à ces financements extérieurs, beaucoup de pays ont continué à vivre au-dessus de leurs moyens, créant ainsi des conditions économiques non viables à terme qui exigeraient à l'avenir de nouveaux ajustements sociaux et économiques dont la portée allait s'avérer beaucoup plus vaste que dans les

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pays industrialisés. Le premier grand problème est apparu lorsqu'il est devenu évident que, malgré l'accès aux crédits commerciaux qui a permis d'éviter, dans l'immédiat, une chute brutale du niveau de vie dans beaucoup de pays, l'endettement - à des conditions très défavorables - des états débiteurs atteignait des niveaux tels, que les gouvernements se sont rapidement trouvés dans l'impossibilité d'honorer leurs obligations. Ensuite, les termes des échanges, notamment des produits de base, se sont progressivement détériorés. Selon une étude récente du Fonds Monétaire International (F.M.I.), les termes de l'échange des exportations non pétrolières ont baissé de 45 % depuis 1986.6 Malgré l'amélioration de leurs performances à l'exportation et la réforme de leurs politiques commerciales, beaucoup de pays en développement avaient encore plus de mal à honorer leur dette extérieure qu'au cours de la décennie précédente. C'est ainsi qu'à quelques exceptions près (en Asie orientale surtout), les pays en développement ont reporté leurs mesures d'ajustement soit l'alignement des niveaux de vie sur les revenus réels - au début des années 80, époque où de nouveaux chocs économiques extérieurs ont obligé bon nombre d'entre eux à engager un processus de réforme structurelle. L'héritage des politiques économiques axées sur l'offre Lorsque la Banque Mondiale et le F.M.!. ont commencé à participer à des opérations de crédit liées à la mise en oeuvre de réformes, les pays en développement s'efforçaient déjà d'ajuster leurs économies à la dégradation des conditions économiques survenue vers la fin des années 70. L'ampleur de la crise économique qui se dessinait dans les pays en développement, les difficultés rencontrées par les gouvernements qui souhaitaient mettre en oeuvre des politiques de réforme structurelle et le manque de ressources financières se sont conjuguées pour empêcher bon nombre de pays en développement de réaliser les objectifs des programmes d'ajustement définis au niveau national. Ces pays se sont ainsi trouvés dans l'obligation de faire appel aux institutions de Bretton Woods, devenues des bailleurs de fonds de dernier recours. Au début des années 80, au moment où la Banque Mondiale s'est décidée - à contre-coeur il est vrai - à élargir ses opérations de crédit liées à la mise en oeuvre de réformes,7 une nouvelle doctrine économique commençait à remporter les suffrages des dirigeants politiques dans le monde industrialisé. La doctrine de l'économie axée sur l'offre, proclamée urbi et orbi pendant la présidence de Ronald Reagan aux Etats-Unis et par le gouvernement de Margaret Thatcher au Royaume-Uni, lançait un défi direct aux défenseurs de l'interventionnisme étatique sur le plan économique. Le panthéon de ses porteparole était dominé par le libre jeu des marchés leur permettant de s'affranchir des contraintes excessives imposées par les gouvernements, la réduction des impôts, le démantèlement des entreprises publiques et la fin de l'effet d'éviction

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du secteur privé entraîné par l'interventionnisme de l'Etat. La doctrine de l'économie de l'offre prône la déréglementation des marchés du travail, l'affaiblissement des fonctions de redistribution de l'Etat et un dispositif de protection sociale réduit. Pour beaucoup de pays en développement, les réformes économiques déjà en souffrance depuis trop longtemps ont été rendues encore moins acceptables par le message idéologique ouvertement agressif associé à cette doctrine et claironné sans vergogne par les puissances industrielles au début des années 80. Dans bon nombre de pays en développement qui dépendaient de l'interventionnisme actif des gouvernements pour traduire dans les faits leurs stratégies de développement, les populations comme les décideurs tenaient cette nouvelle doctrine en abomination. Ces gouvernements avaient endossé des fonctions clé dans l'économie, soit pour pall ier l'absence d'un secteur dynam ique possédant l'esprit d'entreprise, soit pour asseoir la souveraineté économique de leur pays visà-vis d'une ancienne puissance coloniale. En conséquence, l'adhésion à une doctrine prônant l'offre cornme moteur économique s'assimilait de fait à une répudiation de la souveraineté nationale et à sa capitulation devant une idéologie imposée par les pays du Nord. La Banque Mondiale et le F.M.!. sont restés largement indifférents vis-àvis de la nouvelle orthodoxie économique. La promotion des prêts à l'ajustement structurel était principalement motivée par le fait que le portefeuille traditionnel de projets de développement de la banque était sérieusement menacé par les déséquilibres macro-économiques dont souffraient la plupart des pays clients.8 A moins de mettre fin rapidement à l'hémorragie des budgets nationaux, d'alléger de façon significative le fardeau de la dette extérieure et d'attirer de nouveaux investissements de capitaux étrangers dans les économies en développement, la rentabilité des investissements de la Banque dans ces projets - qui représentaient environ U.S.$ 16 milliards par an - serait bien évidemment compromise. D'autre part, en élaborant les premiers programmes d'ajustement, les responsables n'ont pas eu besoin de faire appel à la doctrine de l'économie axée sur l'offre ni à celle du monétarisme pour rédiger les recommandations qui devaient remédier à tous les maux de ces économies en détresse. En effet, les composantes de ces premiers programmes de stabilisation et les trains de réformes préconisés s'inspiraient des politiques traditionnelles formulées depuis des décennies sur la base de l'expérience de ces deux institutions soeurs. Les composantes de stabilisation étaient élaborées conformément aux principes du F.M.!., où les politiques de change, fiscales et monétaires servaient à rétablir les déficits publics et les déséquilibres de la balance courante. Les réformes structurelles financées par la banque reposaient sur une libéralisation des échanges dosée selon des normes traditionnelles, sur des politiques de croissance orientées sur les exportations et sur les réformes sectorielles.

10 Interventions de la Banque Mondiale

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C'est en 1986 que la Banque Mondiale a mené sa première évaluation des effets des programmes d'ajustement structurel de la première génération sur
les performances économiques des pays en développement.
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A l'issue de celle-

ci, trente-huit prêts d'ajustement structurel étaient approuvés et 25 étaient en cours de montage. lODès 1987, outre les programmes de restructuration macroéconomique, plus de quarante prêts aux ajustements sectoriels avaient été approuvés par le Comité Exécutif. En 1989, les prêts à l'ajustement structurel atteignaient une valeur totale de V.8.$ 6 milliards, et représentaient 27% des opérations de crédit réalisées par la banque cette année-là. Il En conclusion, l'étude indiquait que l'expérience des 5 années précédentes ne constituait pas une base suffisante pour formuler des conclusions définitives quant à l'efficacité des crédits liés à la mise en oeuvre de réformes. Cette étude a tout de même amené la banque à admettre qu'il faudrait beaucoup plus de temps que les 5 à 7 années prévues à l'origine pour mener à bien le processus d'ajustement et que les prévisions élaborées par le personnel de la banque pêchaient par excès d'optimisme. Plusieurs leçons complémentaires ont été tirées de cette conclusion principale: la participation et l'engagement des gouvernements bénéficiaires des crédits étaient très nettement insuffisants, les prêts à l'ajustement étaient assortis de conditionnalités et de critères de performance trop sévères et les carences des moyens institutionnels locaux ne permettaient pas de réaliser les objectifs des programmes. L'étude faisait état des coûts de transition supportés par les plus démunis, mais n'y voyait qu'un problème transitoire appelé à disparaître.12 A la suite de ce premier rapport, les prêts à l'ajustement structurel de la deuxième génération ont été modifiés, en y intégrant par exemple un calendrier de réformes plus réaliste, des objectifs plus modestes correspondant mieux aux moyens institutionnels locaux et des mesures visant à renforcer l'adhésion locale aux programmes de réforme. D'autre part, les effets sociaux de l'ajustement ont été mis en exergue par les protestations de la société civile dans les pays en voie d'ajustement, et par les recherches et les activités de lobbying du Fonds des Nations-Vnies pour l'Enfance (V.N.LC.E.F.) et des organisations non gouvernementales.13 Pour répondre à ces préoccupations, les crédits de la deuxième génération ont été assortis de composantes compensatoires qui visaient à alléger les coûts des réformes économiques supportés par les secteurs à faibles revenus.14 La banque et le F.M.L ont également mis davantage l'accent sur la réforme des services sociaux - dont l'éducation et les services de santé - destinés aux secteurs les plus démunis dans les pays à faibles revenus.15 Douze ans après l'approbation de son premier prêt à l'ajustement, la Banque Mondiale avait financé, en totalité ou en partie, deux-cent-soixantesept programmes d'ajustement macro-économique et sectoriel dans soixante-

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quinze pays.16 En 1992, elle publiait une troisième évaluation, la plus complète à ce jour, de l'incidence des prêts à l'ajustement dans les cinquantesept pays ayant mis en oeuvre des programmes d'ajustement d'intensité variable.16 L~$ conclusions de cette étude, qui s'appuyaient sur des mesures classiques de la performance économique, étaient catégoriques et tranchaient ainsi sur les premiers rapports moins concluants. Selon la banque, les taux de croissance des pays à revenus moyens et faibles en voie d'ajustement étaient plus élevés que ceux des pays sans programme d'ajustement. Le rapport précisait en effet que les pays à revenus moyens enregistraient des taux de croissance moyens "d'environ 5% pour la période 1989-90, soit quatre points de plus que ce que l'on pouvait attendre en l'absence de tout programme d'ajustement."18 Les pays à faibles revenus enregistraient quant à eux des taux de croissance "plus élevés de deux points par rapport à ce que l'on pouvait attendre sans prêts à l'ajustement, mais ces taux sont inférieurs au niveau requis pour obtenir rapidement une réduction de la pauvreté."19 L'étude affirmait que les politiques d'ajustement amélioraient les niveaux de vie des plus démunis à long terme, mais que les bouleversements à court terme faisaient supporter à ces groupes des coûts de transition plus élevés que prévu. En outre, le niveau d'investissement privé restait faible au regard de l'amélioration des politiques et performances économiques, notamment dans les pays à faibles revenus. Encouragée par des résultats économiques que le rapport de 1992 jugeait positifs, la banque a réaffirmé son engagement vis-à-vis du maintien de ses prêts à l'ajustement. Le rapport de 1992 préconisait des efforts supplémentaires visant à assortir les crédits d'incitations et de conditions favorables à la croissance du secteur privé, et des efforts plus soutenus pour améliorer l'efficacité et l'équité' des dépenses publiques et favoriser un mode de croissance qui soit apte à réduire la pauvreté.20 En somme, le rapport encourageait vivement la banque à poursuivre son programme d'ajustement jusqu'au bout. Les recommandations issues de ce rapport ont continué à guider l'élaboration et la mise en oeuvre de sa politique de crédits liés à la mise en oeuvre de réformes jusqu'au milieu des années 90. Des politiques de privatisation à outrance Au moment où les résultats économiques des programmes de réforme soutenus par la banque commençaient à se dessiner plus clairement, les acteurs extérieurs à elle ont commencé à exercer une pression plus soutenue en faveur des composantes des programmes d'ajustement favorisant la privatisation. L'effondrement de l'Union Soviétique et des modèles économiques à planification centralisée, conjugué aux problèmes économiques croissants des pays en développement, a créé un terrain fertile pour la privatisation de cellesci. Au cours des années 80, la privatisation de celles-ci et la déréglementation

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des marchés de l'emploi sont progressivement devenues les piliers du modèle économique axé sur l'offre que les pays industrialisés, et notamment les EtatsUnis, s'étaient mis à promouvoir dans les pays en développement. Par exemple, le développement du secteur privé, assorti d'une forte composante de privatisation, était un des objectifs majeurs que se donnait explicitement la politique américaine d'aide au développement. Ainsi, la United States Agency for International Development (U.S.A.LD.) s'est donné pour objectif d'action principal le développement du secteur privé et la privatisation, tandis que le gouvernement des Etats-Unis faisait pression auprès de la toute nouvelle Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (B.E.R.D.) pour qu'elle consacre 60% de ses ressources au développement du secteur privé, en attachant toujours une importance particulière à la privatisation.21 D'autre part, le gouvernement des Etats-Unis s'efforçait d'infléchir la politique de la Banque Mondiale de façon à lui faire intégrer un programme de prêt au secteur privé incorporant un soutien financier aux activités de
pri vatisati on.

Les résultats de ces initiatives ont commencé à se dessiner dès 1990.Les incitations financières créées par le biais de l'aide publique au développement, conjuguées à la charge budgétaire croissante que représentaient les entreprises publiques peu productives, ont encouragé les pays en développement à revenus moyens et faibles à remettre en questiondêvieq~> principes concernant le rôle économique clé de l'Etat dans les stratégies de développement. Au bout d'un temps relativement court, les politiques de privatisation englobaient le transfert massif des activités publiques au profit des sociétés privées (nationales et étrangères), le désengagement de l'Etat visà-vis des offices nationaux de commercialisation et des systèmes de transport, la restructuration institutionnelle, la réduction des effectifs et un large éventail de réformes des systèmes de tarification et d'administration. Les efforts de privatisation mettaient en oeuvre notamment des mesures directes de déréglementation des marchés de l'emploi. Cela se traduisait essentiellement par la libéralisation des prix de la main-d'oeuvre, qui tendaient désormais à s'aligner sur la demande au lieu d'être verrouillés dans un système de barèmes salariaux axés sur le social et souvent négociés des décennies plus tôt par le biais de conventions collectives. L'élimination.. des "rigidités du marché de l'emploi" qui s'associait à la privatisation se traduisait également par la réduction des effectifs du secteur public, et des barèmes et montants des prestations sociales. Ces politiques de privatisation cadraient parfaitement avec les efforts de la Banque Mondiale et du F.M.L en faveur de la réforme des politiques budgétaires des pays emprunteurs. Du point de vue de la banque, la privatisation représentait une occasion unique pour réduire des masses salariales hypertrophiées, libéraliser les marchés intérieurs et remettre en question les privilèges accumulés de longue date par les secteurs urbains.23

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Dès lors que les Etats ont commencé à se désengager de leurs entreprises publiques insolvables et peu performantes, on a constaté non seulement un redressement des déséquilibres budgétaires et de la balance courante, mais aussi une augI'J.Jentationdes investissements directs du secteur privé, du moins dans les pays à revenus moyens. L'enthousiasme de la banque vis-à-vis des programmes de privatisation accompagnés de réformes du marché de l'emploi s'est amplifié vers la fin des années 80. Dès 1991, elle avait déjà approuvé soixante-quatorze crédits assortis de composantes de privatisation.24
UNE NOUVELLE GÉNÉRATION DE CRITIQUES

Alors que la confiance de la Banque Mondiale dans les résultats économiques positifs de ses programmes d'ajustement se renforçait, de nouvelles critiques s'élevaient vis-à-vis du processus enclenché. Tout en s'appuyant sur les critiques formulées vers le milieu des années 80, par exemple lorsque l'U.N .I.C.E.F. avait mis en lumière les effets négatifs du processus sur les secteurs les plus démunis et les plus vulnérables de sociétés en voie d'ajustement, ces nouvelles critiques allaient plus loin. Elles faisaient état des incidences de l'ajustement sur les secteurs sociaux et économiques, mais aussi sur l'environnement, et mettaient en question la viabilité future de ces pays dans le cadre du nouveau marché mondial. Globalement, ces critiques affirmaient que les programmes d'ajustement accentuaient la vulnérabilité économique des pays à faibles revenus, qu'ils provoquaient des dislocations internes graves, qu'ils limitaient les perspectives de croissance et de développement à long terme, et qu'ils affaiblissaient le tissu environnemental de la biosphère. Nous résumerons ici quelques-unes des questions les plus pointues qui ont été soulevées par ces critiques. Vulnérabilité accrue aux chocs et pressions externes Malgré l'adoption par les pays à faibles revenus en voie d'ajustement de programmes de réduction de la demande et de politiques de dévaluation et de renforcement de la production de biens marchands, leurs capacités de stabilisation de l'environnement macro-économique ont été minées sans cesse par la détérioration des termes de l'échange et par la vulnérabilité de leurs économies face aux fluctuations des cours mondiaux des produits de base et des taux d'intérêt. Les pays à faibles revenus étant de plus en plus nombreux à vouloir placer une offre de produits similaires sur des marchés internationaux stables ou inertes, la croissance fondée sur les exportations est restée dans le domaine de l'illusoire pour les pays qui dépendaient des produits de base. Les critiques mettent l'accent sur la dépendance croissante de ces pays d'un éventail restreint de produits - les mêmes, d'ailleurs, que ceux que produisent un nombre grandissant de pays à faible revenus (souvent dans le cadre de