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Ascension d'un chef africain au début de la colonisation - Aouta le conquérant

320 pages
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Ajouté le : 01 janvier 0001
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EAN13 : 9782296142237
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L'ASCENSION D'UN CHEF AFRICAIN AU DÉBUT DE LA COLONISATION

Dans la collection « Racines du Présent»
Christian BOUQUET, Tchad, genèse d'un conflit. Monique LAKROUM, Le travail inégal. Paysans et salariés sénégalais face à la crise des années 30. Chantal DESCOURS-GATIN, Hugues VILLIERS, Guide de recherches sur le Viêt-nam. Bibliographie, archives et bibliothèques de France. Claude LIAUZU, Aux origines des tiers-mondismes. Colonisés et anticolonialistes en France (1919-1939). Albert AYACHE, Le mouvement syndical au Maroc (1919-1942). Tome I. Jean-Pierre PABANEL, Les coups d'État militaires en Afrique noire. Connaissance du Tiers-Monde, Paris VIII, Entreprises et entrepreneurs en Afrique (xIX"-xx.siècle), 2 vol. RUBEN UM NYOBÉ, Le problème national kamerounais. Wafik RAouF, Nouveau regard sur le nationalisme arabe. Ba'th et Nasserisme. AHMET INSEL, La Turquie entre l'ordre et le développement. Christophe WONDII, La côte ouest-africaine du Sénégal à la Côte-d'Ivoire.

Adjaï Paulin OLOUKPONA-YINNON, « Notreplace au Soleil » '..
ou l'Afrique des pangermanistes. Nicole BERNARD-DuQUENET,Le Sénégal et le Front populaire. Jean-Paul CHAGNOLLAUD,Israël et les territoires occupés, la confrontation silencieuse.

Cet ouvrage est le résultat d'une thèse de doctorat soutenue en juin 1984 à l'université de Paris VII sous la direction de MmeCoquery Vidrovitch.

@ L'Harmattan, 1988
ISBN: 2-7384-0013-2

J .-P. ROTHIOT

I1ASCENSION D'UN CHEF AFRICAIN AU DÉBUT DE LA COLONISATION
AOUT A, LE CONQUÉRANT
(D0880 - NIGER)

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

PREMIÈRE PARTIE

UNE INSTALLATION DIFFICILE 1898-1900

CHAPITRE 1

LA PRISE DE POSSESSION ET LES PREMIÈRES EXPÉDITIONS

L'arrivée des Français Partie de Karimama, poste français au bord du fleuve Niger, à l'extrême nord du Dahomey, la petite colonne du lieutenant Laussu s'approche de Dosso le 19 novembre 1898 au matin. Avec ses quarante tirailleurs - un tiers de la septième compagnie de tirailleurs sénégalais et deux tiers de tirailleurs auxiliaires - et un petit groupe de porteurs, le lieutenant Laussu a franchi 100 kilomètres de brousse déserte en quatre jours, ne rencontrant que le petit village zarma de Yambare. Malgré la fraîcheur de ce mois de novembre, la petite troupe coloniale a souffert et plusieurs porteurs sont morts en chemin. Laussu vient prendre possession du territoire cédé à la France par la convention franco-anglaise de juin 1898, et comme il y a eu, à plusieurs reprises, échange de courrier entre le Zarmakoy de Dosso - le chef des Zarma Attikou et les autorités françaises, il s'attend à recevoir un bon accueil. Or la réception est plutôt décevante:
«

L'on eut la stupéfaction d'entendre k Zermacoy qui
refuser l'eau et le mil. On dut fabriquer

nous avait appelés,

9

une corde avec des bouts de ficelle pour tirer r eau de l'unique puits du village auprès duquel on bivouaqua. Le soir à grand-peine peut-on obtenir un peu de mil... Les habitants effarouchés observaient la même attitude que leur chef,. revenus des champs où ils faisaient leur récolte, ils observaient les nouveaux venus avec une curiosité hostile. Par bonheur deux ou trois des notables les plus influents, comprirent que l'intérêt de leurs compatriotes était de rester calmes et s'entremirent pour faciliter les rapports entre eux et le détachement français. C'était Aouta fils d'un Zermacoï décédé, Sandi et Mahamadou chefs de deux groupes de cases de Dosso. Grâce à eux, divers petits conflits furent apaisés sans effusion de sang. » (1)

Ce récit du capitaine Cornu, qui succédera à Laussu, est confirmé par les traditions orales de Dosso. Personne au village n'attendait la colonne française. Personne n'avait demandé la venue de ces troupes et ne souhaitait les voir s'installer et créer un poste militaire. Le Zarmakoy Attikou refuse donc d'accueillir la colonne française, il ne lui fournit ni Iilil ni eau, mais il ne la combat pas. Par contre un certain nombre de notables, envisageant la guerre, préparent des armes pour l'attaquer. Attikou joue vis-à-vis d'eux un rôle modérateur freinant les préparatifs de résistance à l'occupation, sans toutefois collaborer activement. Le soir du 19 novembre, la situation des troupes françaises est très précaire, et le lieutenant Laussu prend des mesures de répression contre Attikou qui est fait prisonnier. La colonne obtient finalement un peu de mil et bivouaque autour du puits, l'eau étant essentielle en pays sahélien. Le lendemain, Laussu libère Attikou et cherche des alliés dans les villages. C'est alors que se présente Aouta. Ce jeune homme arrive de la brousse; informé de la situation, connaissant la puissance des armes européennes, comprenant l'inutilité d'une résistance, il se met immédiatement au service de la colonne. Il fournit cordes et outres, puise lui-même l'eau du puits, se procure des poulets, des moutons, des chèvres, des œufs, du mil, des chevaux, du bois, qu'il livre au Français et à leurs tirailleurs. Son activité inlassable permet à la colonne de subsister, de s'implanter plus solidement à Dosso, de construire les paillottes d'un poste autour du puits. Aouta se rend donc indispensable et rallie autour de lui des 10

notables, des chefs de lignages et le Sandi, chef de la Terre à Dosso. Le chef officiel, le Zarmakoy Attikou, hésite entre la collaboration et la résistance: il promet en décembre de créer un marché mais se rétracte le lendemain. Lorsqu'il se retire, plus tard, dans une retraite boudeuse, pratiquant une résistance passive, le lieutenant Laussu l'emprisonne et envisage de .le destituer. Mais comme Attikou cède et affirme sa soumission, il garde son titre et ses fonctions de Zarmakoy. Toutefois, le pouvoir réel passe à Aouta, qui agit habilement vis-à-vis d'Attikou : il s'efforce de le rallier à la cause française et le protège contre les sanctions que veut prendre le commandant du poste. Il déclare que le Zarmakoy est son père, qu'il est vieux et qu'il faut le laisser se reposer. Aouta s'affirme prêt à décharger le vieil Attikou des tâches de collaboration. Ce dernier accepte ces propositions pour n'avoir pas à agir lui-même en faveur des Français, ce qui pourrait passer pour de la résistance passive. Il laisse de fait la place à Aouta. Une deuxième autorité Zarma se met en place à Dosso ; à côté du Zarmakoy, l'agent des Français joue un rôle de plus en plus grand. Après avoir permis l'installation des Français à Dosso, Aouta favorise leur implantation durable et les aide à dominer la région. Il recrute des cavaliers pour servir de guide et participer à la levée des amendes et des impôts. Il parcourt ainsi les villages, convainc les habitants de se

soumettre à l'autorité françaiseet n'hésite pas à « casser»
un village qui résiste. Cornu raconte dans sa notice un de ses exploits:
«

Un notable, Aouta, envoyé par moi en tournée pour

ramasser le mil nécessaire au poste pendant l'hivernage, fut reçu à coups de flèches dans un village près de Tessa,. il réussit néanmoins à se saisir du chef et me l'amena. Je fis fusiller ce chef séance tenante car il était nécessaire de faire

un exemple pour maintenir les indigènes dans l'obéissance.
»

(2)

Cependantle plus souvent, les « tournées» d'Aouta se font sans heurts: il se présente comme envoyé des Blancs et en protecteur des populations zarma. Il conseille aux
11

villages de payer l'impôt demandé, il prône la patience et la résignation, affirmant que les « Blancs sont trop forts ». Il leur demande surtout de réaffirmer leurs liens de dépendance vis-à-vis du Zarmakoy de Dosso : cet acte d'allégeance devant, d'après Aouta, les protéger contre la rigueur de l'occupation française. En quelques mois, Aouta renforce non seulement l'implantation française, mais aussi l'influence du Zarmakoy de Dosso dans la région. Il est également à l'origine de deux expéditions militaires françaises vers le nord et vers l'ouest, expéditions visant officiellement à asseoir l'autorité coloniale.

L'attaque contre Sandire
A la fin de décembre 1898, les troupes. de Dosso commandées par Laussu et renforcées par cinquante tirailleurs venant de Karimama sous les ordres du résident, le capitaine Lahro, marchent vers Sandire (voir carte 6,

p. 58) accompagnées de « centaines de cavaliers Zaberma
qui viennent galoper autour de [la colonne) attirés par l'espoir du butin» (3). La colonne de soixante-huit tirail-

leurs marche sans combat « en étant très bien reçue dans les
villages le long de la route» jusque Koigolo où elle se repose. Elle arrive à Sandire le matin du 28 décembre, elle trouve le village désert: les parlementaires de Sandire n'ont même pas le temps d'arriver pour se soumettre que le village brûle déjà. Sans avoir combattu, la colonne du capitaine Lahro, reprend le chemin de Dosso puis du poste dahoméen. Six mois plus tard, le lieutenant Cornu, nouveau commandant' du poste expliquera que Sandire était un
«

repaire de brigands» twareg qui menaçaient, par leurs
« Il importait de donner de l'air au poste et frapper un coup qui montra notre force à tous les indigènes et nous fit respecter de l'ennemi. » (4)

pillages, la région de Dosso :

S'agit-il pour Cornu de se donner bonne conscience et 12

justifier une opération militairelointaine - Sandire étant à
trois jours de marche de Dosso ? Pourquoi aller si loin alors que les villages proches ne sont même pas connus? L'explication donnée par Cornu est la suivante: les gens de Sandire défiant les Français de les chasser, Laussu a jugé l'autorité française bafouée et a décidé d'intervenir. Or, toutes les informations sur Sandire - « le repaire de brigands », les insultes envers les Français, - sont rapportées par le seul Aouta qui ainsi excite les nouveaux venus contre ses propres ennemis traditionnels: les Twareg de Sandire. Connaissant la puissance de feu des occupants, Aouta réussit à les entraîner. Des centaines de cavaliers Zarma de Dosso accompagnent les cinquante tirailleurs pour en fait piller Sandire. Mais les deux officiers
.

français ne se rendent pas compte de la manipulation dont
ils sont victimes car les habitants de Sandire n'eurent pas le temps de s'expliquer:
«

Les habitants cachés un peu plus loin observaient, ils

envoyèrent des parlementaires avec des bœufs pour se soumettre, mais avant que ceux-ci ne fussent arrivés, Sandire était en flammes. Naturellement les envoyés firent demi-tour. Il était inutile de chercher à poursuivre ces fuyards si rapides. » (5)

Au cours de cette expédition, jamais les Twareg ne manifestèrent de l'hostilité vis-à-vis des Français et pourtant leur village fut détruit et leur puissance affaiblie. Deux mois plus tard, juste après l'arrivée du lieutenant Cornu à la tête du poste de Dosso, un scénario semblable se reproduit.

L'affaire de Sakey
A ce moment, fin février 1899, deux hommes du poste de Dosso, le caporal Namory Kourouma et le tirailleur Sirala, sont attaqués et tués au village de Satie (Sakey à mi-chemin entre Koure et le fleuve). Le témoin de l'affaire, le guide Zarma Alimadi, rapporte les faits à Dosso et 13

affirme que les deux tirailleurs furent attaqués sans provocation. Au contraire, le résident de Say rejette la responsabilité de l'attaque sur les tirailleurs.

Cornu, voulant « vengerses deux soldats» convainc le
résident de Karimama, le lieutenant Viala, de la nécessité d'une expédition punitive. Une colonne de soixante-dix tirailleurs quitte Dosso sous le commandement de Viala et de Cornu le 13 mars et marche vers l'ouest (voir carte n° 6 p. 58). Elle est accompagnée d'une centaine de cavaliers Zarma commandés par Aouta, que Cornu déploie en avant de la colonne. La troupe, souffrant de la soif et de la chaleur, traverse péniblement le plateau entre le Dallol et Koure. Le 15 mars, elle arrive à Sakey déserté par les habitants:
« Nous y passâmes la nuit, et le lendemain matin avant le déjeuner, on le livra aux flammes. Les Zarmas furent chargés de courir brûler les villages voisins de Diabate, Tioudahoua, (Tiou Dawa) et Diribangou. Kouré village complice avait déjà subi le même sort. Celui de Karébédié (Karabedji) qui n'avait pas pris part au guet-apens fut seul

épargné.

»

(6)

Comme dans le cas de Sandire, la colonne ne rencontre aucune résistance, et elle ne peut que brûler le village réputé rebelle. Comme dans le cas de Sandire, les Zarma accompagnant la colonne ont joué un rôle essentiel: qui a pu renseigner les lieutenants Viala et Cornu sur la complicité ou non des villages voisins de Sakey, sinon Aouta et les Zarma de Dosso, trouvant ici une occasion de détruire les villages rivaux des Zarma Kogori - les Zarma du fleuve. Et Aouta s'efforce dans la lancée d'entraîner la colonne contre les gros villages de Kollo et de N'Dounga. Mais le lieutenant Viala refuse: Say est trop près, son résident a déjà protesté contre la venue de deux tirailleurs à Sakey, il est inutile d'aller détruire des villages qui manifestement relèvent de Say. La colonne et les cavaliers Zarma rentrent à Dosso, les trente tirailleurs venus du Dahomey y retournent, et Cornu avec ses quarante tirailleurs est prié de ne plus quitter Dosso, car le pays n'est pas pacifié.

14

Le premier

poste de Dosso

Il entreprend alors de faire construire un vrai poste avec
deux cases en maçonnerie (chaux et sable), avec un toit en paillotte pour les deux Européens, quatre cases en banco pour les tirailleurs sénégalais et plusieurs cases en paillotte, tous ces bâtiments étant entourés d'une haie d'épines, apte à protéger quelque peu la petite troupe d'une attaque surprise. Le poste possède aussi un parc où s'entassent les animaux provenant des villages contrôlés par les Français et leurs alliés, et deux champs cultivés en maïs, haricots et manioc, de quoi assurer en partie la subsistance du poste. Le lieutenant Cornu tente alors de commander le pays depuis Dosso, sans sortir du poste, et pour nourrir ses quarante tirailleurs, il met à l'amende certains villages. Ainsi, Tessa et Tiampanga, dont certains habitants seraient allés piller un village peul sur le fleuve, sont condamnés à restituer les biens et à verser une amende. Les chefs de Diki et de Bamoue (Bamey 1) qui avaient mal reçu le sergent Boukary Diallo de retour de Sandire doivent venir au poste et s'acquitter d'une amende: le chef de Diki vient et paye, celui de Bamey ne vient pas mais paye. Les villages du Dallol Mawri, Koma, Dioundiou, Zabori, Bey Bey, Kara Kara, soumis par la mission Voulet-Chanoine, viennent se présenter au poste où ils payent des amendes. Les villages de Dantchandou et de Koberi qualifiés de « pillards» sont mis à l'amende: le premier paye en mai, l'autre en juillet. Il est étrange de voir tous ces villages se soumettre à l'autorité française, alors que celle-ci ne quitte pas Dosso. En fait, la mission Voulet-Chanoine vient de contourner la région de Dosso, en multipliant les massacres, et les villages n'osent se révolter contre Dosso dont la puissance est assimilée à celle de la Mission. Et surtout, le poste de Dosso bénéficie de l'activité inlassable d'Aouta qui parcourt le pays, menace les villageois de représailles s'ils ne s'acquittent pas des amendes réclamées et obtient le paiement de celles-ci. Mais le lieutenant Cornu ne se rend pas compte de la situation, il ignore tout de la géographie et de l'histoire locales et surtout de cet Aouta, si étrangement dévoué à la cause française.

15

NOTES

DU

CHAPITRE

1

(1)

ANP

200 Mi 674,

ANS

1 G 252, Cornu, notice sur le pays zaberma

et son occupation par le Dahomey, pp. 13-14. (2) Ibid., p. 27. (3) (4) (5) Ibid., p. 16. (6) Ibid., p. 24.

16

CHAPITRE

2

DOSSO ET LE ZIGI

Oosso, où viennent d'arriver les Français est un gros village d'un millier d'habitants, situé au milieu d'un vaste plateau gréseux recouvert en partie de sable. Ces grès ferrugineux et argileux, disposés en épaisses couches sédimentaires peu différenciées, ont été creusés au quaternaire par de nombreuses vallées, les Oallols et leurs affluents.

Le Zigi Le Zigi central, cœur du pays zarma de Oosso, plateau peu élevé (250 m à l'est et 230 m au bord du Dallol Bosso), très sablonneux, assez humide, est favorable aux cultures. La steppe arborée des plateaux a souvent été défrichée et seuls les grands arbres utiles subsistent et marquent le paysage de leur forme caractéristique: balanites aegyptiaca (Garbey), acacia albida (Gao) -l'arbre le plus protégé qui nourrit les animaux et la terre -, bauhinia reticula 17

(Kosey),prosopis africana (Zamturi), utile dans la pharmacopée zarma et dont le bois très dur fait les mortiers. Ce plateau est fortement découpé par quatre vallées orientées nord-sud: une première à l'ouest part de Hamka Tombo, passe ensuite à Mokko, Dosso, s'élargit vers Golle et rejoint le Dallol Bosso; la seconde de direction nettement nord-sud passe à Nikki, Kafi et Madergue ; la troisième commence à Falwel et se dirige ensuite vers Tombokware, Goroubankassam, ensuite Tourobon, Tessa pour rejoindre à Sato Kwara la vallée précédente; la quatrième à l'est appelée Tondigam Goulbi rejoint, après être passée à Tiangalla, les deux précédentes à Koma où elles forment le Dallol Fogha. Toutes ces vallées, assez enfoncées dans les plateaux, constituent les principaux centres de vie de la région: les villages se suivent le long de ces vallées car l'eau y est à faible profondeur et les terres argileuses sont favorables au manioc. Dans ces vallées, profitant de la nappe phréatique, se développent l'acacia seyal (Sakirey), l'acacia nilotica (Bani), le ziziphus jujuba (Darey) et le boscia sénégalensis (Orha) épargnés par les éleveurs et agriculteurs. Ceux-ci cultivent, sur les terrains sableux des premières pentes de la vallée, le mil hâtif et défrichent périodiquement le plateau pour y semer le mil tardif. Ces plateaux ne sont pas tous recouverts de sable, et en bien des endroits, des sols cuirassés latéritiques se constituent sur le grès argileux. Recouvert d'un mince horizon sableux qui ne permet pas les cultures, l'horizon induré porte une végétation arbustive appelée brousse tigrée: cette steppe arbustive composée de combretum micrantum (Kubu), de guiers sénégalensis (Sabara), de combretum heliotti (Deligna), de cassis sieberiana (Sinsan) et de boscia sénégalensis (Orha) forment des bandes alignées et parallèles interrompues par des bandes herbeuses en saison des pluies: zorhia, aristida ascensionnis (Fono Sunfay) bulbostylis barbata (Tehan Kabe) schoenefeldia gracilis (Habirdji), herbes qui disparaissent en saison sèche laissant la terre à nu. Ce paysage vu d'avion ressemble à la peau d'un tigre dont la limite très nette est marquée par le talus du plateau. La plus grande étendue de brousse tigrée et de cuirasse de cette région centrale se trouve entre le Tondigam Goulbi et le Dallol Mawri,
18

formant un vaste espace assez hostile entre le pays zarma à l'ouest et le pays mawri à l'est.

Les Dallols Le Zigi est bordé à l'ouest et à l'est par deux grandes vallées fossiles, les Dallols: creusés au quaternaire, lorsque le Sahara était humide, par deux grands fleuves vçnant de l'Aïr, ils furent ensuite recouverts par un grand erg et les Dallols disparurent sous l'accumulation de sable. Désensablés partiellement par la suite, les Dallols apparaissent alors aux conquérants français comme un Éden avec leurs fonds sableux et argileux couverts d'une végétation beaucoup plus dense que celle des plateaux. Certes, ni fleuve, ni rivière ne s'écoulent en permanence sauf en certains endroits après des pluies exceptionnellement abondantes, mais les mares se succèdent en chapelets occupant les emplacements des anciens chenaux; ces mares d'hivernage très allongées s'assèchent progressivement au cours de la saison sèche et sont très utiles aux éleveurs. La nature sableuse du Dallol facilite l'infiltration des eaux de pluie qui alimentent ainsi la nappe phréatique. L'eau souterraine ne provient pas uniquement de cette nappe, mais surtout de la nappe fossile du continental terminal qui affleure sous le Dallol et alimente des puits artésiens. En cas de faiblesse des précipitations, la nappe fossile fournit l'eau nécessaire à la vie, eau qui a favorisé l'implantation humaine et qui explique les fortes densités du Dallol. Cette eau permet en pleine région sahélienne, le développement d'une végétation soudanienne : la savane arborée remonte très au nord où l'on rencontre encore les grands arbres caractéristiques des savanes du sud: neré (Dosso), cailcedrat (Fare), tamarinier (Bosey), baobab (Ko), kapokier (Forogo), karite (Bulanga) et les arbres des fonds argileux: hyphaene thebaïca (palmier doum ou Kangaw), borassus flagellifer (rônier). Les Zarma, les Peul et les Mawri utilisent amplement ces arbres pour la 19

Carte
RELIEF:

1

DALLOL ET ZIGI

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Dallal Plateau

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Cuirasses
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Rivière temporaire Rebord de plateau

Echelle
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20

nourriture des hommes ou des animaux, pour les constructions, pour les cordages ou tressages. Sous les gao très nombreux dans le Dallol, le sol est plus fertile qu'ailleurs grâce au stationnement des bœufs pendant la saison chaude. L'abondance de cette végétation confère bien aux Dallols une réputation d'oasis. Cependant, les sols sableux « rouges» des interfluves, restes des grands ergs quaternaires, et les sols argileux gorgés d'eau des chenaux ne sont guère riches, en effet, la forte densité des peuplements a réduit la durée des jachères et sans apports d'engrais, ces sols rouges s'épuisent. Le Dallol Bosso, à l'ouest se présente comme une vallée de quinze à vingt kilomètres de large, nettement délimitée par de belles falaises d'une quarantaine de mètres de hauteur entre Birni N'Gaoure, Kiota, Yeni, Koigolo et plus encore au nord entre Damana et Filingue. Quelques buttes isolées se détachent en avant du plateau, et tous ces escarpements couverts de buisson constituent des lieux défensifs en cas d'attaques ennemies. Le Dallol Mawri à l'est apparaît moins nettement dans le paysage et sur les cartes topographiques. Moins large, entre quatre et six kilomètres entre Dogondoutchi et Dioundiou, il s'élargit quelque peu ensuite. Les talus qui bordent les Dallols ne se marquent nettement que dans la région de Dogondoutchi, Tibiri, Fadama, Guiwaye et Bey Bey où les plateaux fournirent d'excellents points de surveillance et où les anfractuosités des rochers servirent aussi de refuges aux populations menacées. Les anciens chenaux d'écoulement des eaux sont encore moins visibles que dans le Dallol Bosso et l'on pourrait chercher en vain un thalweg dans ce Dallol. Pourtant ce thalweg, utilisé en 1898pour le traité franco-anglais, marquera théoriquement la frontière entre les deux colonies pendant dix ans. Le Dallol Fogha diffère profondément des deux autres: ses eaux proviennent du plateau du Zigi. Formé, par le confluent à Koma, des trois cours d'eau parallèles précédemment décrits, le Dallol Fogha est le plus court 60 kilomètres entre Koma et Bana - et le moins large - 2 à 3 kilomètres - des Dallols. Mais c'est pourtant le plus riche car il traverse des terrains salifères qui se prolongent jusqu'au Niger, au-delà du confluent avec le Dallol Mawri. C'est donc dans une région pauvre de plateaux
21

sablonneux et de grandes vallées argilo-sableuses, que les Français arrivent à la fin de cette année 1898, dans une région au climat sahélien avec ses quatre mois de pluie et ses huit mois de saison sèche. Cette région a été peuplée récemment aux XVIIeet XVIIIe siècles mais les guerres du XIXe siècle ont perturbé ce peuplement et c'est une région encore traumatisée par ces conflits que les Français veulent soumettre.

22

CHAPITRE 3

ZA ANNASARA

MANA KAN

« Za Annassara mana Kan» était la première phrase prononcée par nos informateurs zarma lorsque je les interrogeais sur le passé. « Avant que les "Annassara" - les Blancs - n'arrivent », le pays était peuplé de Zarma soumis à leur chef, le Zarmakoy. Lorsque les administrateurs coloniaux s'intéressèrent à l'histoire des régions qu'ils occupaient, les traditionnistes de la cour du Zarmakoy de Dosso leur racontèrent ce passé qu'ils transcrivirent dans plusieurs ouvrages (1). Plusieurs historiens nigériens reprirent récemment l'histoire des Zarma et de leurs migrations (2) et leurs travaux ont servi de base à cette étude.

L'arrivée des Zarma Les Zarma, installés entre le fleuve Niger et le Dallol Mawri sont arrivés dans le Nord de cette région à la fin du xV"siècle: ces groupes animistes, apparentés à l'ancienne
23

dynastie des Sonni, empereur du Songhay renversée par les musulmans de l'Askia Mohammed -, quittèrent le delta intérieur du Niger, le Dirma, et se déplacèrent vers l'est pour atteindre la région de Ouallam, appelée Zarmaganda, au milieu du xvI" siècle. A l'époque de leur migration, les Zarma étaient groupés en maisons - Hu - indépendantes les unes des autres. Avec leur sédentarisation, la structure sociale des migrants se transforme: Mali Bero, l'ancêtre mythique des traditions orales, un des chefs de Hu, réussit à s'imposer auprès des autres Hu en élargissant sa clientèle par mariages et alliances avec les populations trouvées sur place. Le groupe des Zarma fut donc unifié par Mali Bero pendant son séjour dans le Zarmaganda : à la rotation de la chefferie entre les différents Hu des Zarma succède un pouvoir unifié confisqué par les descendants de Mali Bero : le pouvoir du Zarmakoy, chef des Zarma. Les Zarma ne restent pas tous dans le Zarmaganda ; plus attirés par la riche vallée du Dallol Bosso, ils viennent progressivement s'y installer au milieu des Kalle, des Golle et des Goube. Dans le Nord du Dallol, autour de Kobi, règne un fils de Mali Bero (ou un petit fils ?), Tagourou, qui détient comme son père, le pouvoir sur tous les Zarma, un pouvoir plus centralisé que renforce la longue durée de son règne jusqu'à la fin du XVIesiècle.

-

La dispersion des Zarma Tagourou a quatre fils qui aspirent à lui succéder comme Zarmakoy : Sajam l'aîné, Zama Sega, Boukar et Hali Koda. La tradition décrit le complot fomenté vers 1600 par les fils pour tuer le père qui tardait à mourir. Le complot éventé, Tagourou maudit les fils félons: Sajam n'aura pas le pouvoir de Zarmakoy, Zama Sega disparaîtra avec toute sa descendance, Boukar qui a dénoncé le complot héritera de la chefferie et Hali Koda avec une descendance trop nombreuse connaîtra la désunion et la discorde. La mort de Tagourou voit la rupture de l'unité du groupe zarma, rupture dans l'espace puisque les fils de 24

Tagourou se dispersent dans toute la région entre le Dallol Mawri et le fleuve Niger et rupture dans l'unité de commandement, chaque branche issue de Tagourou revendiquant le titre de Zarmakoy. Ces deux aspects sont liés, il semble en effet difficile de maintenir une unité de commandement sur un si vaste espace. Cependant le mythe de l'unité du peuple zarma, sous le commandement d'un seul Zarmakoy restera vivace, malgré son caractère éphémère. Ce mythe sera repris pendant la période coloniale par les Zarmakoy de Dosso qui le transmettront au moyen des traditions orales aux commandants français en poste à Dosso, et ce sont ces informations qui paraîtront dans leurs écrits. Ces traditions insistent sur le complot contre Tagourouet sur le testament en faveur de Boukar, qui donne aux Zarmakoy de Dosso, une légitimité pour commander tous les Zarma. Pourtant, les Zarma de Dosso, descendants de Boukar, n'ont plus, à la fin du XIXesiècle, de pouvoirs de commandement sur les autres branches de Zarma qui se sont elles-mêmes fragmentées et dispersées. Les descendants de Sajam, peu nombreux ont quitté le Dallol Bosso et se sont installés sur le plateau pour fonder Sandidey, Gougey (Gouga dey Beri ?) et Diaboukirya (au bord du fleuve au sud-est de Boumba). Zama Sega a quitté Kobi pour s'installer plus au sud dans le Dallol à Yeni et Kabe, formant le Tobili Hu, du nom de son fils Tobili. Au XVIIIeiècle, des descendants de s Zama Sega quittent Yeni pour fonder des villages sur le plateau tout proche: Deytegui Attili, Gandaberi Kwara, Garankedey, Gongatarey, Gouma, Darey Maliki (voir carte 9, p. 97). Les traditions orales de Garankedey racontent:
«Garanke était un sédentaire mais disposait d'un énorme troupeau. Il était né à Yeni. Un jour, agacé par ses frères, il quitte Yeni, pour s'installer à Koydou... comme le font les bergers. Un Peul nommé Yaro, le principal gardien du troupeau de Garanke, alla en déplacement avec son troupeau. Un jour, un bœuf - nommé Yurewa huma l'air dans tous les sens et partit d'une course folle. Yaro le poursuivit. Le bœuf franchit un buisson. Au milieu du buisson se trouvait un puits profond. Yaro partit raconter

-

25

l'histoire à Garanke, celui-ci visita le puits... puis le mit en

valeur.

»

(3)

Plusieurs caractéristiques des conditions de fondations de villages apparaissent ici ; le conflit familial résultant d'un problème foncier - manque de terres à cultiver -, la recherche de terres nouvelles à Koydou puis sur le plateau, la découverte fortuite de ces terres vacantes mais peuplées autrefois, présence humaine attestée par un puits creusé dans le roc. Le puits est recreusé et les parents et alliés de Garanke peuvent s'y installer: le village de Garankedey est ainsi fondé. Les descendants de Zama Sega fondent également des villages dans le Dallol à Doualaga, Korankassa, Kourfare et Fabidgi. D'autres descendants fondent quatre villages dans l'actuel canton de Koure. Ces villages, se reconnaissant du Tobili Hu, désignent un Zarmakoy. Ces Zarmakoy ne se succèdent pas de père en fils mais par rotation entre les différentes branches issues de Tobili. Ils ne sont guère puissants et seront vite dominés par les Zarmakoy de Dosso, dès les premières années de la domination française, le dernier Zarmakoy du Tobili, élu au début du règne du Zarmakoy de Dosso, Seydou, meurt sous le règne de Moumouni vers 1940. A la fin du XIX"siècle, ces villages du Tobili créent à leur tour de nombreux villages dans le Sud, notamment dans la région de Farey: Djimba Tombo, Koureberi Kwara, Katababadey, Koubakoy Dey et Illico Kwara dans le Dallol. Au contraire, la descendance de Hali Koda est très nombreuse et se disperse, au cours des XVIIeet XVIIIesiècles dans toute la région entre Dallol Mawri et Niger, créant de multiples villages zarma et une douzaine de chefferies, comme selon la légende, Tagourou l'avait annoncé à Hali Koda:
«

Que Dieu te donne une nombreuse progéniture, qu'il

fasse que ta descendance soit plus nombreuse que celle de tous les autres Zarma. Je prie Dieu qu'il fasse sortir de ton sang des rois et des chefs aussi nombreux que des sauterelles. » (4)

Les descendants du Zarmakoy Maney, fils d'Alassane, petit-fils de Hali s'installent au bord du fleuve pour créer 26

Carte 2
GÉNÉALOGIE DES DESCENDANTS DE TA GOUROU
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Carte 3
RÉGIONS HISTORIQUES DE L'OUEST NIGÉRIEN ET MIGRATIONS

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Migration Twareg des 18-19' siècles

28

les chefferies zarma de N'Dounga, Saga et Libore, et sur le plateau de Fakara pour créer les chefferies de Koure, Hamdallahei et Dantchandou. Ces chefferies auraient été créées vers le milieu du XVIIe siècle et constituent le groupe des Zarma Namari et Kogori. Les descendants de Zam, fils de Hali Koda s'installent dans le Dallol autour de Kiota où ils fondent de nombreux villages dans l'actuel canton de Kiota mais aussi dans ce qui est maintenant le canton de Yeni (Koydou), le canton de Dantchandou (Ko Dey et Taguey) et surtout dans le canton actuel de Birni N'Gaoure (Kala Pate, Louloudji, Garoubey, Boulkorji, Boulel Gaori; N'Gounga, Nioumey, . Kougourou, Guillare, Koudou Gande, Gonoubi, Kofo...). Et les enfants de Zam, fondateurs de ces villages, ont également de nombreux descendants. Mais les traditions orales racontent que les héritiers de Zam ne s'entendent pas, que Mahar Sani le cadet est préféré à ses aînés pour devenir Zarmakoy. Et cette désignation provoque le départ des autres frères qui vont créer des villages: dans le Fakara,. Elhadji Koukou fonde Kanare ; dans le Nord, Addi fonde Goubezeno, Nasamne, Diabegou et Alcawel ; dans le Sud, Touman part au loin creuser un puits à Tessa où il s'installe et porte le titre de Zarmakoy. Mahar Sani et ses descendants restent à Kiota et continuent de fonder des villages dans le Dallol. Mais ces migrations sont-elles le fait de ces fils de Zam - comme le disent les traditions - ou de desCendants plus lointains: en effet, il semblerait que Tessa ait été fondé au début ou au milieu du XVIIIe siècle (1720-1750). Et les Zarma de Tessa fondèrent à leur tour au XVIIIe siècle de nombreux villages dont Farrey et Toumandey. Ainsi, les Zarma, descendants de Hali Koda, ont constitué de nombreuses chefferies, assez puissantes dans toute la région entre Niger et Dallol Mawri, elles ne dépendent absolument pas des Zarma de Dosso, les descendants de Boukar.

29

La fondation de Dosso Boukar, qui, selon la tradition, aurait dénoncé à Tagourou le complot tramé par ses frères, bénéficie du titre de Zarmakoy et reste avec ses descendants à Kobi, dans le Nord du Dallol. Tout au long du XVIIesiècle, les Zarma restent unis autour de Boukar, de son fils Bassansoua, et de son petit-fils Douharamane Goumbi, une succession de père en fils, assez inhabituelle dans le groupe des Zarma, mais qui s'explique sans doute par le faible nombre d'enfants issus de ces Zarmakoy et le renoncement de Bouyaki, fils de Boukar au pouvoir. A la fin du XVIIe siècle, Dakou, fils de Douharamane, quitte Kobi au nord du Dallol Bosso - et vient s'installer à Goudel, petit village dans une dépression du Zigi, et les autres Zarma de la descendance de Boukar le suivent. Dakou meurt à Goudel et y est enterré. Son fils Garankie nommé Zarmakoy recherche des terres plus favorables. Plusieurs traditions orales décrivent la fondation de Dosso. En voici une, recueillie à Banikane.

-

« Garankie prend le trône. On lui dit qu'une région était favorable à l'implantation d'un village. Il partit dans le Bornou pour voir un marabout. Celui-ci lui fait de la magie et dit de provoquer un feu de brousse. Garankie a brûlé toute la brousse jusqu'à un endroit où le feu a attaqué un

arbre
l'arbre:

«

Dosso ». Le feu n'attaquait plus les herbes mais
c'est là qu'il fallait créer le village auquel on donna
»

le nom de l'arbre.

(5) kwarategui diffère

La version des chefs du quartier quelque peu:
«

Daoura était un chasseur de girafes de Goudel. Il

poursuivait une girafe depuis longtemps. Il arrive à Dosso, il est accueilli par les Sabiri. Les devins avaient annoncé la

venue d'un homme pour dominer toute la région. Il demande à Sabiri sa fille Gani en mariage. Un enfant va à Goumale avertir Gani du mariage avec celui qui était annoncé. Puis Daoura tue la girafe, Sabiri donne son accord et du mariage naît Guiribani. Quand il retourne à Goudel, on croyait qu'il était perdu, il dit qu'il a gagné un village. » (6) 30

Quant à Périé et Sellier, ils transcrivent tradition:
«

une troisième
à Dosso les

La tradition

raconte qu'avant

de s'installer

Sabiri allèrent très loin vers l'est jusqu'à un village appelé Adamawa, chez les Goberawa. Arrivé là, leur chef Fodé Bomberi consulta les génies qui lui révèlèrent qu'il avait dépassé l'endroit où il devait s'installer. Ils lui dirent de prendre trois tiges de mil, d'en allumer une, de mettre le feu à la brousse, de marcher jusqu'à la limite du feu, de prendre alors la deuxième torche, d'allumer un. nouveau feu de brousse, de suivre puis de recommencer avec la troisième tige de mil. A la limite de ce dernier feu, il verrait flamber un gros arbre, c'était l'endroit qui était fixé à leur race par les dieux. Fodé-Bombéri exécuta ces prescriptions et après avoir marché pendant un mois, ramena ses gens à quelques kilomètres du point de départ. Des chasseurs de girafes venant de Goudel découvrirent le campement des Sabiri perdu dans la brousse. L'endroit leur parut favorable,. ils rendirent compte au zarmakoy Garanké, fils de Dakou qui

vint se fixer à Dosso avec toute sa famille vers 1750.

»

(7)

Ces traditions font donc partir Garankie ou son frère Daoura de Goudel à la recherche de terres cultivables: la forme de cette quête diffère selon les traditions: consultation des devins et pratique magique par brûlis - réalisées par Garankie pour les uns, par les Sabiri pour les autres -, ou chasse et découverte fortuite d'une région. La recherche de terres cultivables, sans doute liée à l'insécurité croissante et la pression démographique apparaît nettement. Ces traditions montrent également le deuxième élément essentiel des fondations de villages: l'alliance réalisée entre les nouveaux venus et les premiers occupants. Ici, l'alliance entre les Zarma et les Sabiri, entre les guerriers et les chefs de la terre (Labukoy) se concrétise par le mariage de Daoura et de Gani, et la naissance de Guiribani, futur Zarmakoy. Cette alliance se marque désormais par les rites d'intronisation: le Sandi, descendant des Sabiri ceint le nouveau Zarmakoy d'un turban après sa désignation par les seuls Zarma, descendants de Boukar. Ces Zarma s'installent-ils en maîtres dans la région ou au contraire réussissent-ils à se faire admettre par les Sabiri comme l'indique Boube Gado ? 31

«Les descendants de Boukar ne s'installèrent pas d'abord en maîtres dans la région, mais ils y étaient
simplement tolérés à cause de leur position de gendres et ce

ne fut que par la suite qu'ils purent s'imposer, non seulement, à cause du renom de leurs ancêtres, mais aussi parce qu'ils surent manœuvrer adroitement leurs liens de mariage avec les Sabiri. » (8)

L'installation des Zarma à Dosso semble s'être réalisée progressivement comme l'indique la tradition de Kwarategui. A la suite de Daoura et de son frère Garanke, certains descendants de Boukar s'installent à Dosso où ils fondent plusieurs quartiers (Kure): Guiribani, fils de Daoura, fonde Kwarategui ; Abdou, fils de Daoura, Oudounkoukou ; des descendants de Bouyaki, Mangye Kwara ; enfin Katidiwa - qui n'a sans doute pas créé Dosso comme l'indique à tort Urvoy - fonde Sirimbey. Les Sabiri se regroupent dans le quartier Dosso Beri. Mais d'autres descendants de Bouyaki vont depuis Goudel, fonder Mokko, Kayan et Sorko étendant ainsi l'influence de la descendance de Boukar et Bouyaki. La création de Dosso n'est qu'un épisode du grand mouvement de migration et de sédentarisation du XVIIe siècle et du début du XVIIIesiècle. La forte croissance démographique du XVIIe siècle et la surcharge des terres du Dallol Bosso qui en résulte poussent les Windikoy - les chefs de famille - de nombreux villages à quitter le Dallol pour s'installer à l'est ou à l'ouest, sur les terres vacantes des plateaux. Ces migrations très spontanées, menées par les descendants de Zam, Zama Sega, Hali ou Boukar, ne découlent donc pas d'une politique volontariste des Zarmakoy, mais elles contribuent à étendre l'influence des lignages les plus prolifiques, ceux de Hali Koda à l'ouest et ceux de Boukar à l'est.

Les migrations

du XVIII"et du début XIX. siècle

Cependant, ces villages dynamiques créés par les Zarma à la fin du XVIIe siècle ou au début du XVIIIe le sur
32