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ASMA, UNE JEUNE FILLE DU LIBAN

De
208 pages
" Asma tourna ses pensées vers Farid, vers les agréables souvenirs de son village, mais chose curieuse, les chères images évoquées, et qui avaient toujours eu le pouvoir de la distraire, s'évanouirent immédiatement. Une autre naquit, claire et précise. C'était l'image d'Anwar. " Tiraillée entre la foi et l'amour, Asma entraîne le lecteur à travers un Liban lui-même déchiré.
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95G:
ri-

ASMA

@ L'HARMATIAN,

1999

Editions L'Hannattan 5-7, rue de l'Ecole-Polyteclmique 75005 Paris L'Hannattan, Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) Canada H2Y lK9

L'Hannattan ltalia, SRL Via Bava 37 10124 Torino

IsBN: 2-7384- 8007-1

Elham Chamoun Abdelnour

ASMA
Une jeune fille du Liban
roman

L'Harmattan

Du MÊME AUTEUR

Retra1i:edes ombres, poèmes, Dar-An-Nahar, Beyrouth, 1992 Fuite sans échos, poèmes, Sader, Beyrouth, 1993 Préludes, poèmes, Mille et une nuits, Beyrouth, 1996

POUR POUR

MAMA.J~

MON AMIE D'ENFANCE,

AsMA-SARA CHIDIAC MOLL

A l'absence Je dois ma naissance Ma fuite sans écho Essence sans ffontières

-

Les personnages de ce roman sont imaginaires. Le récit est imaginaire. La guerre au Liban est vraie, seule la date n'est pas exacte.

Prologue
1"janvier 1970 Couvent des religieuses de Saint-Simon Beit-Murdok

Cher Farid, Un jour de grand vent où le frimas recouvrait le monde, je tâtonnais au seuil de la brume, ombre désorientée sur des chemins inconnus. Je chantais la chanson frileuse des hautes solitudes, la semant sur la cime des vents. L'oiseau de feu l'entendit; il m'appela et je le rejoignis. Lorsque je le vis qui m'attendait, je posai ma joue sur ses ailes d'insouciance et m'allongeai, enfin heureuse, à l'ombre du paradis. C'était l'oiseau du sort! Peut-être me le disait-il; mais moi, je n'ai entendu que son appel, aussi suave que l'extase divine, aussi pur qu'un premier amour. Maintenant, je réalise qu'il venait cueillir la confiance de mon regard pour la planter dans le silence d'aujourd'hui. Farid! Essaies-tu de retrouver, entre ces lignes, l'enfant étrange, l'adolescente rêveuse que fut ta sœur? Comment peut-elle être devenue cette femme fIgée dans l'indolence, vivant, à l'âge de vingt ans, le déclin de sa vie ? J'ai, longtemps, élevé ma voix vers les cieux, mais elle m'est revenue inconnue, infInie. Depuis, elle tremble, elle chante, elle dit: Ci e souviens-tu?» Au-delà du ciel, au-delà de la T

neige et des âmes mortes, appuyée contre les portes, elle attend. J'ai, longtemps, tendu mes mains vers les cieux, mais elles me sont revenues toutes nues. Farid! Crois-moi, nu est l'amour, nue est l'éternité, nu ést le désir, nue est la nuit qui me ressemble. Seul, mon sort est souverain, celui qui a dégrafé mon ciel, qui a vidé mes mains et cueilli ma vie pour la planter dans le silence d'aujourd'hui. Ta sœur Asma

Première partie
Asma! Est-ce pure cOÜlcidence que je te retrouve après vingt-six ans d'absence, au moment ,où j'entame ce roman, prêtant ton prénom à l'héroÜle ?

I

'ÉTÉ déclinait rapidement Depuis quelques jours, l'ombre qui tombait tôt sur le jardin le noyait immédiatement dans les ténèbres de la forêt, un peu plus loin. Le silence environnant était porteur de toutes les promesses d'un hiver précoce, s'annonçant en brume sur les hauteurs lointaines, se détachant, dans un miroitement argenté sur le ciel blanc. Septembre apportait avec lui un soleil affaibli, et les soirées devenaient, chaque jour, un peu plus froides. Au matin blême, le vent venu de la montagne exhalait les senteurs des aiguilles de pin, égrenait ses plaintes et transportait les soupirs nostalgiques des oiseaux en partance pour des pays plus accueillants. Pour Asma, l'automne qui dévidait ses jours mélancoliques s'identifiait au souflle de la désertion. Ce n'était pas la chaleur de l'été qui lui manquait, mais celle de l'âme. Elle sentait descendre en elle le froid de l'absence, et admettait lucidement sa soumission au même tourbillon placide qui l'avait longtemps accompagnée, ce mélange d'attente et de crainte, d'attente et de solitude, d'attente et d'espoir.

L

Gisant sur son matelas, les rideaux de sa cellule bien tirés autour de son lit, elle se sentait tenaillée par l'envie de pleurer. Après des heures d'insomnie, le malaise, qui s'était lentement emparé d'elle au fil des jours, l'attendait comme chaque matin. Il persistait, insidieux, s'infIltrait comme un poison dans son sang. En ce moment, pleinement consciente de la gravité du pas qu'elle allait accomplir, elle se demandait si elle aurait à payer le prix de son choix, ou si l'enthousiasme ressenti à l'idée de son installation au couvent, deux mois auparavant, lui reviendrait, en une conviction d'avoir enfm franchi le seuil de sa destinée. Il y avait eu ce temps où aucune place ne restait vide en elle, toute remplie de l'amour de Dieu. Maintenant, si cet amour demeurait fort, il était émaillé de doutes sur son endurance à supporter la réclusion entre les murs d'un couvent A qui demander conseil? Son orgueil l'empêchait d'appeler son frère à son secours. Ne l'avait-il pas suppliée de bien peser le pour et le contre avant de suivre jusqu'au bout sa décision? Le jour où il l'avait accompagnée au couvent, elle avait vu comme une lueur de frayeur passer dans ses yeux noisette. Elle-même s'était sentie sur le point de défaillir à la vue de l'imposant portail et de la muraille qui contournait le jardin et l'arrière-parc, fermant l'accès au noviciat des religieuses de Saint-Simon. Le silence, presque palpable à force d'intensité, conférait au couvent une aura d'irréalité, l'isolant du reste du monde. Mais rien de tout cela n'avait pu ébranler sa résolution ni porter le trouble à son bonheur. Chaque instant serait consacré à adorer le Seigneur, alors, qu'importait la solitude? Tous les élans de 14

son cœur seraient réchauffés par le grand émerveillement, alors qu'importaient les nuits froides? Elle s'était attendue au bonheur parfait Malheureusement, le fantôme de l'ennui accordait son pas feutré au sien, voilait d'ombre ses jours et la faisait eITer dans les dédales du doute. Comment faire face aux heures monotones s'écoulant au rythme d'un sablier? Aux souvenirs impérissables qui l'exaltaient jusqu'à l'euphorie pour l'immerger, l'instant d'après, dans une profonde mélancolie?
*

Lentement, le dortoir glissa dans le néant.. Asma entendit couler les ruisseaux chantants autour de sa maison et les rires des paysans qui passaient devant la fenêtre de sa chambre, se dirigeant vers le verger couvert de pommiers. Elle vit son père marcher le long des sillons rectilignes et sourire à l'idée que la récolte serait bonne cette année. Restée seule avec l'image de son père, elle se sentit soudain submergée du regret de ne pas l'avoir vraiment connu. Qui sait? Peut-être, s'il était encore en vie, les visions qui l'avaient hantée ne seraient-elles jamais apparues, et elle-même n'aurait pas vécu toutes ces années dans l'inébranlable certitude d'être vouée au voile? Tout avait commencé une nuit du mois de mai, deux semaines après la mort de son père. Cette nuit-là, Asma s'était vue habillée d'une tunique blanche et d'un voile bleu-ciel, priant à genoux dans un champ illimité, sous un ciel d'une pureté indescriptible. Réveillée en sursaut, alors qu'il faisait nuit noire dans la chambre qu'elle partageait avec sa tante, grelottant de tous ses membres, elle

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s'attendait à voir des fantômes surgir des quatre coins de la pièce. Finalement, elle se calma, attribuant son rêve à sa hâte d'être au lendemain, jour de sa première communion. Elle n'avait alors que douze ans. Pourtant, le rêve revint, et des nuits troublantes succédèrent à celle où elle eut pour la première fois ce qu'elle appelait, désormais, ses visions nocturnes. Chaque fois que le rêve la visitait, l'enfant en sortait abattue physiquement, mais convaincue que son sort se révélait progressivement. Elle avait obscurément conscience qu'il portait un message, comme s'il soulevait un pan du voile qui masquait le destin qui l'attendait, sans pour autant le sortir de son halo d'irréalité. Au fIl des ans, elle se laissa guider par les mystérieuses coïncidences de ses visions avec les événements de sa vie. Aucune tristesse dans ses pensées, plutôt une fIèvre doucement haletante, qui la privait de spmmeil et colorait d'insipide le moindre acte accompli durant les journées. Que d'illusions nourries de puériles chimères, qui lui avaient fait croire que l'amour ardent, ce feu céleste dont elle rêvait, la dégagerait des liens terrestres! Maintenant, quelque chose s'était éteint en elle, la faisant avancer en marge de la vie. Elle s'était naïvement imaginée que le couvent lui apporterait la paix, et se trouvait toujours en proie à la peur des lendemains. Il lui semblait encore errer comme une vagabonde. Pourtant, elle était, bel et bien, là où elle avait toujours voulu être, dans ce dortoir partagé avec sept jeunes fIlles de son âge. Elle n'avait que dix-sept ans, mais ses pensées étaient plus amères que celles d'une vieille femme sans avenir. Que n'aurait-elle donné pour retourner à Dar Elmire ! Elle revoyait les couchers de soleil sur les landes et les

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plaines, les soirées d'hiver passées à côté du poêle. Tout lui manquait, la petite villa en pierre blanche, nichée sous les vignes! les rosiers blancs, la pergola recouverte de briques et les promenades nocturnes sous l'intense volupté des pleines lunes. A travers la brume douloureuse qui l'enveloppait, elle jeta un regard à sa montre et constata qu'il était déjà 5 heures. TI lui fallait à tout prix maîtriser son émotion; la journée allait commencer. La veille, sœur Mathilde avait mis les jeunes filles au courant des dernières répercussions de la guerre civile qui, depuis bientôt deux ans, faisait des ravages dans la capitale. A cause de la propagation des conflits dans les différentes régions du Iiban, les religieuses avaient décidé d'annuler prières et méditations pour la journée qui serait consacrée au transport des livres de la bibliothèque au sous-sol, pour les garder à l'abri. Asma s'en réjouissait Enfm, une occupation qui l'aiderait à se dépenser physiquement et allégerait son âme de ses sentiments! Elle fit une courte prière, y mettant tout son cœur, puis noua ses cheveux et boutonna, jusqu'au menton, sa robe noire de postulante.

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