AU LAC TCHAD ENTRE 1851 ET 1856

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Au début du XIXe siècle, l'Afrique centrale, encore inexplorée, était supposée renfermer des royaumes populeux, riches en ivoire, en gomme et en poudre d'or. Bientôt cette région fut le but de plusieurs explorations opiniâtres. Cependant nul n'était parvenu jusqu'à cette région centrale. C'est le plan d'exploration dans le Bornou de James Richardson qui fut adopté. Les explorateurs Richardson, Barth, Overweg et Vogel partirent à la découverte pleins de fougue mais sans gros moyens. Seul Barth en reviendra vivant.
Publié le : samedi 1 mai 1999
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EAN13 : 9782296385740
Nombre de pages : 160
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Au lac Tchad entre 1851 et 1856

Collection Les Tropiques entre mythe et réalité dirigée par }\les Monnier Dans le long face à face pays du nord / pays chauds, hommes de Dieu, hommes de sciences, hommes d'affaires, hommes de guerres décriront chacun à leur manière et selon une sensibilité qui leur est propre le milieu tropical. Terres d'abondance pour les uns, terre de désolation pour les autres, les Tropiques sont pour tous des lieux énigmatiques à décrypter. Sans formation particulière, sans méthodologie, bardés de préjugés, beaucoup de voyageurs renverront une image trop souvent déformée des sociétés et de l'environnement qu'ils découvrent. Parallèlement à ce foisonnement d'informations plus ou moins fantaisiste, un corpus de connaissances établi par des spécialistes des sciences de la Nature et des sciences de l'Homme révèle progressivement toute la complexité du monde des Tropiques. Lire ou relire les textes qui ont jalonné cette aventure, poser un regard nouveau sur les hommes qui ont participé à ce mouvement, donner la parole à tous les acteurs, mesurer l'apport positif de chacun à la connaissance des Tropiques, tels sont les objectifs de cette collection.

Déjà parus
Yves MONNIER, L'Afrique dans l'imaginairefrançais, Georges MAZENoT, Histoire et colonisation, 1999. 1999.

(Ç) Harmattan, 1999 L' ISBN: 2-7384-7740-2

Victor Adolphe MALTE-BRUN

Au lac Tchad entre 1851 et 1856
Richardson, Barth, Overweg, Vogel

L'Harmattan
5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Aperçu historique
L'étendue de nos connaissances en Afrique, jusqu'au commencement de ce siècle, a été bien restreinte, elle ne dépassait guère les côtes; et, pour nous renseigner sur l'état et les populations des parties centrales de ce continent, nous n'eûmes pendant longtemps que les relations laissées par les géographes arabes du moyen âge, et les rapports que l'on avait pu arracher à l'inquiète défiance ou à l'insouciance des Portugais, le seul peuple européen qui eût réussi jusqu'alors, à l'aide de ses relations commerciales, à pénétrer un peu en avant dans l'intérieur sur les côtes des deux océans. Mais ces relations, accompagnées de récits extraordinaires, étaient plutôt propres à stimuler la curiosité des lecteurs qu'à la satisfaire. Les aventures de quelques voyageurs européens qui, tels que Andrew Battel et Compagnon, s'avancèrent dans l'intérieur, la relation de David Bruce, qui crut avoir découvert les sources du Nil, ne firent qu'accroître le désir, le besoin même de connaître ces contrées mystérieuses. On apprit ainsi que le Soudan renfermait des royaumes populeux, riches en ivoire, en gomme et en poudre d'or; qu'il existait de grands centres commerciaux, entrepôts de ces richesses que convoitaient surtout les Anglais; et, en 1788, une association se forma à Londres dans le but spécial d'encourager et d'activer les découvertes africaines qui devaient offrir de nouveaux débouchés au commerce anglais et à l'activité industrielle de la race anglo-saxonne. Bientôt la région centrale fut le but de plusieurs explorations opiniâtres. Brown, Homemann, MungoPark, Tuckey, Lyon se signalèrent par des voyages qui nous va-

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lurent d'importantes découvertes. Cependant nul n'était parvenu jusqu'à cette région centrale, dont on faisait, sur la foi des rapports, un El-Dorado africain. Le lieutenant Clapperton et ses compagnons, le major Denham et le docteur Oudney furent plus heureux, ils arrivèrent, en 1823, sur les bords du lac Tchad après avoir traversé le désert; ils purent pour ainsi dire entrevoir la Terre Promise. C'était un immense pas de fait; mais ces voyageurs n'avaient fait qu'ouvrir la voie, en montrant que le grand désert de Sahara, ce pays de la soif, comme l'appellent si poétiquement les Arabes, n'était pas infranchissable. Pour recueillir les fruits de cette téméraire expédition, il fallait persévérer et chercher à nouer des relations avec tous ces états riches et populeux de l'intérieur, que l'on n'avait fait que soupçonner jusqu'alors. Aussi vit-on plusieurs tentatives se succéder depuis cette époque; elles furent toutes dirigées vers le delta du Niger que l'on croyait être la voie la plus sûre et la plus praticable; tels furent le second voyage de Clapperton en 1825, celui des deux frères Richard et John Lander en 1830, l'expédition de Laird, Oldfield et Allen en 1832, celle du capitaine Trotter en 1841 ; mais elles eurent pour la plupart une issue malheureuse. Après avoir en vain essayé de pénétrer dans le Soudan par l'embouchure du Niger, une sorte de découragement s'empara de l'esprit public. Et il y avait vingt-cinq ans que l'attention des géographes, si fortement engagée dans la direction du Niger inférieur, s'était, depuis la mémorable expédition de Clapperton, reportée vers les routes du nord partant de la côte méditerranéenne, lorsqu'un touriste, James Richardson, qui avait fait, en 1845, une excursion de deux ou trois mois dans quelques-uns des petits oasis qui sont situés au sud du pays de Tunis et à l'ouest du Fezzan, recueillit, dans son voyage, des documents géographiques sur le désert et le Soudan; il les envoya en Angleterre au Colonial office, et, mû par le désir philanthropique de concourir à l'abolition de l'esclavage, il soumit au gou-

APERÇU

HISTORIQUE

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vernement anglais le plan d'une exploration dans le Bornou, afin d'établir des relations amicales avec les Etats de l'Afrique centrale, (le pénétrer, s'il était possible, au coeur même des pays où se fait le trafic des esclaves, pour en étudier l'organisation et le combattre; son plan fut adopté. Telle est l'origine, telle fut la cause première de la gran,de exploration dont nous allons essayer de donner un résumé d'ensemble à l'aide des documents qui, dans ces cinq dernières années ont été publiés en Angleterre, en Allemagne et en France, pour tenir le public au courant des différentes phases de cette mémorable entreprise 1. Nous espérons que la lecture de cet aperçu historique fera naître le désir de connaître les détails les plus précis de ce mémorable voyage, et appellera en France l'attention publique sur la grande publication que prépare le Dr. Barth lui-même.

I _

A la tète des informateurs auxquels nous sommes redevables des docu-

ments qui nous ont servi à rédiger ce résumé, nous devons placer M. Augustus Petermann, rédacteur des MittheiIungen de Gotha. Ce géographe a, dans ces dernières années, rendu de signalés services aux sciences géographiques.

JAMES RICHARDSON, HENRI BARTH, ADOLPHE OVERWEG

La mission confiée à James Richardson devait primitivement avoir un caractère purement commercial; mais on pensa bientôt qu'il serait possible de la faire tourner en même temps au profit de la science, et qu'il ne s'agissait pour cela que d'adjoindre à Richardson des hommes ayant des connaissances spéciales; c'était d'ailleurs l'avis de Richardson lui-même; il vint donc en France, et, pour obtenir un compagnon qui satisfit aux conditions requises il s'adressa à M. Jomard, membre de l'Institut et président de la Commission centrale de la Société de Géographie, avec lequel il était déjà entré en relations à propos de son premier voyage. Il ne pouvait mieux s'adresser qu'au savant qui, autrefois, avait recueilli de la bouche même de Caillié, et publié les documents relatifs au fameux voyage de Tembouctou. Mais des difficultés imprévues surgirent; la personne sur laquelle le choix paraissait se porter ne pouvait nécessairement pas faire les frais du voyage, on refusa très malheureusement la subvention demandée et, au grand regret de M. Jomard et des amis des sciences géographiques, la négociation en resta là. Sur ces entrefaites, un homme que le maniement des grandes affaires n'a pas éloigné de la culture des lettres, le chevalier Bunsen, alors ambassadeur de Prusse à Londres, et à qui son bel et profond ouvrage sur l'histoire de l'ancienne Égypte a conquis un rang illustre dans l'érudition contemporaine; le chevalier Bunsen, disons-nous, signala deux jeunes savants prussiens, le docteur Barth et le docteur Overweg, comme éminemment propres à compléter l'expédition pour les recherches scientifiques. Vivement soutenus par la Société géographique de Berlin et par M. de Humboldt, les instances de M. Bunsen dé-

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tenninèrent l'adjonction

des deux étrangers à la mission explo1 qui se trouva dès lors confiée à ratrice de l'Afrique centrale MM. Richardson, Barth et Overweg. James Richardson était né à Boston dans le Lincolnshire, le 3 novembre 1809; après avoir tenniné ses études dans l'une des meilleures universités d'Angleterre, il avait visité l'Europe; rentré dans sa patrie, il s'occupa de la question de l'abolition de l'esclavage qui dominait alors les esprits. C'est dans l'intention de la mieux étudier qu'il avait fait son premier voyage en 1845, 2 il en publia les résultats qui fixèrent sur lui l'attention publique en Angleterre. Convaincu que le meilleur moyen de parvenir à civiliser sinon à convertir les nations qui se livrent au trafic des esclaves était d'ouvrir les voies d'un commerce avec les États européens, il résolut de quitter de nouveau sa patrie et sa famille; il sollicita et obtint, comme nous l'avons dit, l'autorisation d'entreprendre ce second voyage. Henri Barth était né le 18 avril 1821 à Hambourg; ses études, commencées dans sa ville natale, s'achevèrent à l'université de Berlin, où il obtint son grade de docteur. Dès l'âge de vingt-quatre ans, en 1845, il avait entrepris et achevé un voyage d'études historiques, archéologiques et géographiques 3 sur le littoral méditerranéen. La relation de cette course savante dans laquelle, pour la première fois, il avait foulé cette terre

1 _

dans la Revue Contemporainedu Ier et du 15septembre 1855.
2_

Vivien de Saint-Martin, L'Exploration scientifique de l'Afrique centrale

Richardson 's travels in the great Desert of Sahara 1845-46, including a description of oases and cities Ghadames, Ghat and Murzuk. I vol, in-go, London. On doit en outre à James Richardson un recueil d'itinéraires et de vocabulaires africains, imprimé in-folio à deux volumes, par ordre du Foreign Office, et rempli de bonnes informations. 3_ Wanderungen durch das Punische und Kirenaische Küstland, oder Maghreb, Afrika und Barka.

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d'Afrique qui allait bientôt lui valoir une juste célébrité, attira sur lui l'attention de M. de Bunsen, ce qui, joint aux recommandations de MM. de Humboldt et Karl Ritter, le désigna au choix de lord Palmerston pour accompagner James Richardson. Le docteur Adolphe Overweg était né à Hambourg en 1822, il avait une année de moins que le docteur Barth; après avoir suivi les cours des universités de Bonn et de Berlin, il venait de terminer de brillantes études, qui avaient principalement porté sur les sciences naturelles et la géologie; et, comme aucun des deux voyageurs précédents n'était naturaliste, il leur fut adjoint sur la prière de MM. Ritter, Rose et Hencke. Le chef officiel de l'expédition était James Richardson; mais ses instructions se rapportaient exclusivement aux vues de commerce et de traités, qui avaient été le point de départ de la mission. A. Overweg devait s'occuper surtout des recherches géologiques. L'ethnologie, les antiquités, la géographie, la linguistique étaient principalement le lot de M. Barth. Les deux Allemands s'étaient d'ailleurs exercés à la pratique des observations physiques et astronomiques, et le gouvernement anglais les avait munis de bons instruments. Comme le fait observer M. Vivien de Saint-Martin, « Barth, par son ardeur, par ses connaissances variées, par ses antécédents, devait surtout être regardé comme l'espoir et laforte colonne de la mission. » Les explorateurs devaient reprendre et compléter les découvertes d'Oudney, Denham et Clapperton, visiter le lac Tchad, en déterminer la position et l'étendue, et reconnaître son bassin. Il restait également à reconnaître toute la partie supérieure du cours du Chary et les contrées qui s'étendent au sud du Bornou et des autres petits Etats habités par les noirs mahométans. Dans le Bornou même, et dans les autres provinces particulièrement visitées par les voyageurs de 1823, aussi bien que dans la partie du Sahara que ces derniers avaient traversée, les nouveaux explorateurs devaient encore faire de nombreuses ob-

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servations sur l'histoire naturelle et la géologie, sur les populations et leurs idiomes, sur la position des points principaux déterminée au moyen d'observations astronomiques, et enfin sur la hauteur des lieux au-dessus du niveau de la mer, cette donnée si importante pour l'étude physique et climatologique d'une grande région.

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Arrivée à Tripoli, excursion des docteurs Barth et Overweg aux montagnes de Ghârian (du 2 au 14 février 1850)
Les préparatifs des docteurs Barth et Overweg furent bientôt terminés; ils se rendirent d'abord à Paris, où M. Barth eut une entrevue avec M. Jomard puis à Marseille où ils s'embarquèrent pour Philippeville, et de là pour Tunis. Le rendezvous général était à Tripoli, ils y arrivèrent le 20 janvier 1850,
.

précédant de douze jours James Richardson qui ne toucha la
terre africaine que le 31 du même mois. Les préparatifs l'expédition prirent un temps considérable; il fallait attendre Malte l'envoi des armes, des instruments et des provisions. départ de Tripoli de la mission exploratrice dut être fixé au mars 1850. de de Le 30

Tandis que Richardson hâtait de son mieux ces préparatifs, les docteurs Barth et Overweg, impatients de s'élancer dans la carrière qui leur était ouverte, se mettaient en route le 2 février 1850 pour explorer les contrées) montagneuses que l'on rencontre à 50 milles (92 kilomètres) environ au sud de cette ville, et qui s'étendent à 150 milles (280 km) dans la direction du sud-ouest au nord-est. Ces régions ne forment pas une chaîne de montagnes, mais seulement le sommet septentrional d'un

1_

Nous pensons qu'il s'agit ici du mille géographique vaut àla minute géographique et vaut 1852 mètres.

ou nautique, qui équi-

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grand plateau dont l'élévation moyenne est de 600 à 700 mètres au-dessus du niveau de la mer. Elles se divisent de l'ouest à l'est en quatre parties: le Djéfrân ou Jébel, le Gharian, le Tarhôna et le Mesallata. Le Jébel, dont l'élévation est de 600 à 650 mètres, est au sud-ouest de Tripoli; la route de Ghadamès le traverse, et il forme la partie la plus occidentale de la chaîne. Au point de vue géologique, il se compose principalement de grès, de marne, et surtout de calcaire; les deux voyageurs n'y trouvèrent aucune trace de formation volcanique. Le point le plus élevé de ce pays est la montagne où sont placés le village de Tagerbust et le Ksar-el-Jebel. C'est seulement dans le Ghârian (Djebel Ghârian, la montagne aux Grottes), directement au sud de Tripoli, et dont la hauteur est de 650 à 700 mètres, que la formation volcanique se rencontre. Dans ce groupe, des cônes basaltiques surmontés de belles colonnes percent les collines de calcaire blanc. Le mont Tékut, pic imposant, peu éloigné de la passe de Ghârian, est un beau cratère éteint qui s'élève à près de 900 mètres de hauteur à l'est de Tripoli. Dans le troisième groupe, c'est-à-dire dans les montagnes de Tarhôna, élevées de 320 mètres, au sudest de Tripoli, la formation volcanique disparaît de nouveau. L'altitude moyenne du plateau qui s'adosse à cette chaîne et s'étend dans la direction du sud, est de 600 mètres vers l'extrémité occidentale; mais cette hauteur descend graduellement de l'ouest à l'est jusqu'à 320 mètres. Le plateau et les parties les plus élevées du district de Jébel sont pierreux et arides, et ce n'est que dans les wadys que l'on cultive les dattes, les olives et les figues. La surface du district de Ghârian consiste en une riche argile, rouge fertile au plus haut degré; cette partie du pays est couverte de magnifiques plantations d'oliviers entremêlés de champs de safran; c'est dans cette riche argile que les habitants, véritables troglodytes, ont creusé leurs demeures souterraines. La culture générale du blé caractérise les montagnes de Tarhôna, ainsi qu'un très grand

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