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Au service de l'Eglise,
de la patrie et de la famille

@L'Hannattan,2000 ISBN: 2-7384-9837-X

Anne COYA

,

Au service de l'Eglise, de la patrie et de la famille

Femmes catholiques et maternité sous la IIr République

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Inc. 55, nie Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y IK9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan ltaUa Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Collection Logiques Sociales fondée par Dominique Desjeux et dirigée par Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Dernières parutions
William Isaac Thomas et Florian Znanieck, Fondation de la sociologie américaine, 2000. Mamix DRESSEN, Les établis, la chaîne et le syndicat, 2000. Lilian MATHIEU, Sida et prostitution. Sociologie d'une épidémie et de sa prévention, 2000.

A mes parents et à ma sœur A Antonio Costa Pinto

SOMMAIRE

Introduction PREMIÈRE PARTIE La question sociale, de Rerum novarum à l'affaire Dreyfus... Chapitre 1 - Dénatalité et «mission maternelle»

11 21 25 45

Chapitre 2

-

Patriotisme, nationalisme, antisémitisme

et féminisme catholique

DEUXIÈME PARTIE La «mission d'éducatrice» de la mère, 1900-1918 Chapitre 3 - Effervescence des associations de femmes catholiques, 1900-1914 Chapitre 4 - La nouvelle donne de la Grande Guerre TROISIÈME PARTIE «La mère au foyer», années vingt et trente
Chapitre 5 Retour des femmes au foyer durant les années folles
Chapitre 6

61 65 91 113
119 149

-

-

«Le foyer sans la mère: c'est un corps

sans vitalité», les années trente Conclusion..
Annexes Sources et Bibliographie ... ...

...

...

205
223 233

Table des matières

279

INTRODUCTION

Le 15 mai 1891, Léon XIII, par son encyclique Rerum novarum, pose les fondements de la doctrine sociale de l'Eglise. C'est le premier document pontifical sur ce sujet. Avec Rerum novarum, le catholicisme social tend à devenir l'enseignement même de l'Eglise catholiquel. Cette encyclique insiste sur la <ifonction naturelle» des femmes: se consacrer aux ouvrages domestiques. Dans cette optique, la maternité se trouve glorifiée. La femme est «par nature» mère et il y a tout un discours sur sa «mission maternelle». Cette «nature» doit maintenir les femmes au foyer, afin qu'elles s'occupent des tâches ménagères et de l'éducation de leurs enfants. L'exaltation de la «mission maternelle» des femmes est d'autant plus forte dans un pays où le taux de natalité ne cesse de baisser. Dès lors, enfanter devient «un devoir patriotique» que les parlementaires natalistes et familiaux proclament sans discontinuer dans les Hémicycles. Mais en dépit de ces discours «repopulateurs», la population française stagne et l'Etat ne légifère pas, à la fin du XIxe siècle, en faveur de la création d'un congé de maternité2. Ainsi, se multiplient les œuvres
I
2

Jean-Marie Mayeur, Catholicismesocial et démocratiechrétienne.Principes
romains, expériences françaises, Paris, Cerf, 1986. Anne Cova, Maternité et droits des femmes en France (X/Xe-XX' Anthropos-Economica, 1997. siècles), Paris,

privées qui tentent de pallier les carences de l'Etat afin d'aider les mères. Les femmes catholiques y jouent un rôle important et leurs associations naissent dans la mouvance de Rerum novarum et des encycliques suivantes (Casti connubii, 1930 et Quadragesimo anno, 1931) qui valorisent le rôle des mères au foyer et se prononcent en faveur des mesures susceptibles de les encourager à enfanter. Les groupes de femmes catholiques sont loin de former un bloc homogène et il convient d'analyser les différentes tendances, afin d'en dégager les similitudes, les divergences, les ambivalences et leur diversité. Ces associations ont en commun de souhaiter promouvoir l'action sociale Action sociale de la femme (1900); Ligue des femmes françaises (1901); Devoir des femmes françaises (1901); Ligue sociale d'acheteurs (1902); Ligue patriotique des françaises (1902); Ecole normale sociale (1911); Union féminine civique et sociale (1925); Ligue féminine d'action catholique française (1933) - en s'imbriquant dans le contexte politique et en conservant l'objectif de défendre la religion catholique et de regrouper «dans une sorte de grande fraternité chrétienne toutes les femmes, sans distinction de rangs ni d'opinion, qui comprennent la nécessité de s'unir pour coopérer par la prière et par l'action, autant qu'il est en leur pouvoir, à la défense de l'Eglise, de la Patrie, de la famille et de nos essentielles libertés religieuses)>>. Ainsi, en 1905, lorsque les débats font rage sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat, la Ligue patriotique des françaises lance une pétition contre cette séparation et réunit plus de quatre millions de signatures. A travers ce qui apparaît comme une œuvre sociale, d'éducation populaire, ces groupes de femmes catholiques en font une arme pour la rechristianisation et suivent les directives de l'Eglise. Parmi ces associations de femmes catholiques, deux sont prépondérantes par leur audience: la Ligue des femmes françaises et la Ligue patriotique des françaises. Cette dernière connaît une , Ligue des Femmes françaises. Son esprit. Son But. Son programme. Ses Moyens d'ac-

-

tion, Lyon, Imprimerie Louis Chaduc, s.d., pp. 5-6.

-14

-

croissance rapide: en 1905, elle compte 300 000 femmes et en 1913près du double: 580000. Afin d'accroître encore davantage leur influence, ces deux ligues s'allient, dans les années trente, sous le nom de Ligue féminine d'action catholique française, qui comptera deux millions d'adhérentes en 1939. Cet ouvrage ne se propose pas de produire un catalogue de tous les groupes de femmes catholiques mais plutôt de retracer la création des plus importantes, d'exposer leurs objectifs et d'examiner leurs idées sur la maternité. Il convient de mentionner également, en passant, les positions d'autres groupes de pression où les catholiques sociaux sont particulièrement actifs tels chez les natalistes et les familiaux, sans prétendre analyser, de manière détaillée, leurs positions. Cette période relativement longue, plus d'un demi-siècle, facilite la perception d'éventuels changements qui affectent les divers groupes de femmes catholiques et la doctrine sociale de l'Eglise, au regard de la maternité. C'est sous la Ille République que s'effectue le passage des dames patronnesses isolées à la création de ligues regroupant un nombre considérable de membres. Cette altération s'accompagne de la désaffection des œuvres privées à la naissance de l'Etat providence, du changement de la notion de charité à celle d'action sociale. Il est intéressant d'analyser comment se réalisent ces différentes mutations. A la fin du XIxe siècle, la majorité des groupes de femmes catholiques s'engagent du côté antidreyfusard sauf quelques exceptions. Ce faisant, si une association intitulée le Féminisme chrétien (1896) se rapproche de certains groupes féminins catholiques du fait de son antisémitisme, ceux-ci considèrent ses idées sur les droits des femmes comme trop avancées, et le Féminisme chrétien est marginalisé. Il convient donc d'étudier les liens entre les associations de femmes catholiques et les groupes féministes. Par exemple, la défense de la famille, thème cher aux femmes catholiques, rencontre-t-il un écho du côté des féministes? Les associations de femmes catholiques insistent sur les devoirs des femmes (l'intitulé du

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Devoir des femmes françaises est à cet égard révélateur) et les féministes également mentionnent fréquemment leurs devoirs tout en demeurant très attachées aux droits. Comment ces différents groupes utilisent-ils le subtil dosage entre droits et devoirs? Le choix de distinguer les opinions des femmes catholiques de celles des féministes, n'est pas constamment aisé mais il n'est guère possible d'amalgamer par exemple la Ligue patriotique des françaises, ligue conservatrice, avec les groupes féministes, sous prétexte qu'elle revendique le droit de vote des femmes. Il existe aussi des associations de femmes catholiques féministes mais elles sont minoritaires, tels Marie Maugeret avec le Féminisme chrétien et Edmée de la Rochefoucauld et l'Union nationale pour le vote des femmes. L'entrée dans le xxe siècle est marquée pour les femmes catholiques par la priorité affichée des ligues qui souhaitent éduquer les mères afin qu'elles deviennent à leur tour des «mères-éducatrices»(expression sous-entendant que la tâche d'élever les enfants n'incombe pas de la même manière aux deux sexes). Pendant la Grande Guerre, durant laquelle concilier maternité et travail devient un impératif, de nouveaux groupes sont fondés ayant d'autres priorités: l'heure est à l'Union sacrée. Les années vingt et trente portent à leur paroxysme l'idéal de la mère au foyer, idéal que les femmes catholiques exaltent avec force. Se voulant une contribution à l'histoire des femmes et par là même à l'histoire tout court, il s'agit de tenter de combler une lacune historiographique. En effet, comme le souligne Etienne Fouilloux dans un aperçu historiographique sur «Femmes et catholicisme dans la France contemporaine»: «De façon générale et jusqu'à une époque toute proche, l'histoire des femmes s'est peu intéressée au facteur religieux. Quant à l'histoire des phénomènes religieux, elle n'a guère exploité les matériaux abondants qui lui auraient permis de dépasser ce qu'elle appelle dimorphisme sexuel pour tenter une analyse des comportements de foi fémi-

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nins4.» Florence Rochefort mentionne également qu' «on a plus souvent réfléchi à la difficile relation du socialisme et du féminisme qu'à celle du féminisme et du christianisme qui est moins évidente à cerner». Bruno Dumons lance une interrogation fructueuse «Une histoire des femmes sans la religion est-elle possible?6» Force est de constater que si l'histoire des femmes n'a pas accordé une attention suffisante au religieux, les historiens de ce domaine de recherche ne se sont guère préoccupés, sauf de rares exceptions, d'étudier les femmes. De surcroît, les quelques travaux consacrés aux femmes en histoire religieuse portent davantage, pour la période contemporaine, sur le XIxe siècle que sur le xxe siècle. L'absence d'échanges entre l'histoire des femmes et l'histoire religieuse provient peut-être de la difficulté d'affirmation en
. Etienne Fouilloux, «Femmes et catholicisme dans la France contemporaine. Aperçu historiographique», Clio. Histoire, Femmes et Sociétés, n° 2: «Femmes et relid'Agnès Fine p. 319. , gions» sous la direction«La prostituée et de Claudine Leduc, 1995,protestantes et Florence Rochefort, et l'ouvrière. Approches catholiques du féminisme sous la Troisième République», in Françoise Lautman Ed., Ni Eve ni Marie. Luttes et incertitudes des héritières de la Bible, Genève, Labor et Fides, 1998, p. 211. Sur féminisme et catholicisme cf. aussi Christine Bard, «Féministes et chrétiennes entre les deux guerres», Revue du GRMF, 1991, pp. 124-158; Steven C. Hause, Anne R. Kenney, «The Development of the Catholic Women's Suffrage Movement in France, 1896-1922», The Catholic Historical Review, January 1981, vol. LXIII, n° 1, pp. 11-30. , Bruno Dumons, «Histoire sociale et histoire religieuse, deux sœurs ennemies? Une relectUre historiographique: villes, ouvriers, élites et femmes de la France contemporaine», Communication au colloque Un siècle d'histoire du christianisme en France, Rennes, 15-17 septembre 1999. Je remercie beaucoup Bruno , Dumons de m'avoir envoyé sa communication. Claude Langlois, Le Catholicisme au féminin. Les congrégations françaises à supérieure générale au XIX' siècle, Paris, Cerf, 1984. Yvonne Turin, Femmes et religieuses au XIX' siècle. Le féminisme «en religion», Paris, Nouvelle Cité, 1989. Ralph Gibson, «Le Catholicisme et les femmes en France au XIX' siècle», Revue d'histoire de l'Eglise de France, Janvier-Juin 1993, tome LXXIX, n° 202, pp. 6393. Geneviève Gabbois, «Vous êtes presque la seule consolation de l'Eglise. La foi des femmes face à la déchristianisation de 1789 à 1880» inJean Delumeau, sous la direction de, La Religion de ma mère. Le rôle des femmes dans la transmission de la foi, Paris, Cerf, 1992, pp. 301-325. Jacques Léonard, «Femmes, religion et médecine. Les religieuses qui soignent en France au XIX' siècle», Annales, septembre-octobre 1977, pp. 887-907. Olivier Faure, «Les Religieuses hospitalières entre médecine et religion en France au XIX' siècle», in Isabelle Von Bueltzingsloewen et Denis Pelletier, sous la direction de, La Charité en pratique. Chrétiens français et allemands sur le terrain social: XIX'-XX' siècles, Strasbourg, Presses Universitaires de Strasbourg, 1999, pp. 53-64.

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histoire de chacun de ces domaines de recherche. Le titre d'un ouvrage de Michelle Perrot est éloquent: les femmes ou les silences de l'histoires. Du côté de l'histoire religieuse, a été souligné que «le fait religieux [..j n'apparaît jamais comme un espace de la recherche à part entière9». Récemment, une invitation au dialogue entre l'histoire des femmes et l'histoire religieuse a été émise par Françoise Thébaud, afin que «le facteur religieux, longtemps point aveugle d'une histoire au féminin, particulièrement pour la période contemporaine, suscite de multiples recherches1o». En histoire des femmes, un certain nombre de travaux ont commencé à défricher des aspects de l'associativisme féminin catholique. Une thèse de doctorat d'une historienne américaine, Odile Sarti, sur la Ligue patriotique des françaises est une contribution intéressante mais l'auteure n'a pas pu consulter toutes les archives de cette associationl1. L'ouvrage de Sylvie Fayet-Scribe est centré sur les Maisons socialesl2. La place considérable qu'occupent les associations de femmes dans l'action sociale, a été mis en évidence par Evelyne Diéboltl3. D'autres thèmes ont été traités tel celui des positions des catholiques français envers la procréation, de 1919 à 1968, par Martine Sevegrand, mais cet ouvrage n'analyse pas les idées des diverses associations de femmes
. Michelle
9

Perrot,

Les Femmes

ou les silences de l'histoire,

Paris, Flammarion,

1998.

10Françoise Thébaud, Ecrire l'histoire des femmes, Fontenay/ Saint-Cloud, ENS Editions, 1998, p. 150. Odile Sarti, The Ligue Patriotique des Françaises (1902-1933): A Feminine Response to the Secularization of French Society, Hamden, Garland, 1992. Sur la LPDF, cf. également les articles de: James F. McMillan, «Women, Religion and Politics: the Case of the Ligue Patriotique des Françaises», Proceedings of the Annual MeetinQ of the Western Society for French History, vol. 15, 1988, pp. 355364; Odile Sartt, «La Ligue patriotique des françaises», Pénélope, automne 1984, n° 11, pp. 43-46; Anne-Mane Sohn, «Les Femmes catholiques et la vie publique: l'exemple de la Ligue patriotique des françaises», in Stratégies des femmes, Paris, Tierce, 1984, pp. 97-120.
Il 12

Bruno Dumons, «Histoire sociale... art. cit.»

Sylvie Fayet-Scribe,

Associations

féminines

et catholicisme.

De la charité à l'action

sociale, x/xe_xxe siècle, Paris, les Editions ouvrières, 1990. t) Evelyne Diébolt, Les Associations face aux institutions. Les femmes dans l'action sanitaire, sociale et culturelle, 1900-1965, thèse de doctorat d'Etat d'histoire sous la direction de Michelle Perrot, Paris VII, 1993.

-18

-

catholiques sur ce sujet14.Le livre d'Yvonne Knibiehler sur la maternité depuis 1945 renvoie pour la période précédente et sur les femmes catholiques à ma thèse de doctorat d'histoire, où tout ce qui concerne les femmes catholiques n'a pas fait l'objet de publication15. Plusieurs travaux se sont limités à l'analyse d'un seul groupe de femmes catholiques: Naomi Black, Anne-Marie Birotheau-Coussy et Susan Pedersen se sont attachées à l'étude de l'Union féminine civique et sociale16;Gérard Dittgen à l'Action catholique générale féminine17; Jeanne Aubert et Françoise Richou à la Jeunesse Ouvrière Chrétienne Féminine18; Christine Garcette à l'Ecole normale sociale19.A été mise en relief l'importance de la région lyonnaise dans l'implantation de certaines associations20. La quête aux archives privées d'associations de femmes catholiques - telles celles de l'Action catholique générale
14

Martine Sevegrand, Les Enfants du bon Dieu. Les catholiques français et la procréation au XX' siècle, Paris, Albin Michel, 1995.

15

Yvonne Knibiehler, La Révolution maternelle. Femmes, maternité, citoyenneté depuis 1945, Paris, Perrin, 1997. Voir aussi Yvonne Knibiehler, Histoire des mères et de la maternité en Occident, Paris, PUP, 2000. Anne Cova, Droits des !.emmes et protection de la maternité en France, 1892-1939, thèse de doctorat d histoire sous la direction de Gisela Bock, Institut Universitaire Européen de Florence, 1994. Sur la période de l'après 45, voir Sylvie Chaperon, Les Années Beauvoir, 1945-1970, Paris, Fayard, 2000.
Black, Social Feminism, Ithaca, Cornell University Press, 1989; Anne-

Birotheau-Coussy, Approche d'un mouvement féminin, l'Union Féminine Civique et Sociale, 1925-1976, DES de Droit Public, Nantes, 1977; Susan Pedersen, «Catholicism, Feminism, and the Politics of the Family during the Late Third Republic», in Seth Koven, Sonya Michel, Eds., Mothers of a New World. Maternalist Politics and the Origins of Welfare States, London, Routledge, 1993, pp. 246-276. Dittgen, De la ligue à l'A CGF. " Gérard 1901 à 1945, Condé-sur-Noireau, Histoire d'un mouvement de femmes, tome 1: De ACGF, 1989 (cet ouvrage est à lire avec précaution car publié par l'ACGF). qu'as-tu fait de Jeunesse Ouvrière Chrétienne " Jeanne Aubert, laC, action, 1928-1945,nos vies? LaEditions Ouvrières, 1990. FranFéminine. Sa vie, son Paris, Les çoise Richou, La Jeunesse Ouvrière chrétienne (JOC). Genèse d'une jeunesse militante, Paris, L'Harmattan, 1997.

Naomi " Marie

" Christine Rater-Garcette, syndicalisme, formation,

La Professionnalisation

du travail

sociaL Action

sociale,

20

1880-1920, Paris, L'Harmattan, 1996. Sur l'ENS, cf. aussi Henri Rollet, L'Action sociale des catholiques en France, tome 2: 1871-1914, Paris, Desclée de Brower, 1958; Henri Pascal, Monographie sur l'ENS, 1911-1969, étude non publiée, 1982. Anne Cova, «Femmes et catholicisme social: trois mouvements nationaux d'initiative lyonnaise», in Jean-Dominique Durand, Bernard Comte, Bernard Delpal,

-19

-

féminine et de l'Union féminine civique et sociale - ou de dirigeantes - en particulier de Mariel Brunhes-Delamarre, secrétaire générale, durant les années trente, de l'Union nationale pour le vote des femmes - s'est révélée fructueuse21. En dehors de ces archives privées, ont été dépouillés de nombreux périodiques, des actes de congrès, de la correspondance afin de diversifier les sources (tracts, brochures, pétitions, conférences, etc.) L'utilisation massive de la presse, principalement de la presse féminine, appelle quelques brèves considérations: la première, est que s'il est courant d'affirmer que la presse est à la fois le reflet de l'opinion et qu'elle contribue à la former, ce n'est pas dans cette perspective qu'elle a été utilisée ici, car cela nécessiterait une analyse approfondie des pressions qui s'exercent sur la presse; en second lieu, cette dernière est très prolixe en dates et en chiffres, pas toujours fiables, et une vérification systématique s'impose; troisièmement, l'intérêt de la presse féminine est d'être le lieu où l'on trouve «les voix des femmes», souvent inaudibles dans la presse générale, le recours à cette dernière est cependant indispensable, ne serait-ce que par sondages; de plus, la création d'un journal féminin est souvent jumelée avec la fondation d'une association; enfin, une attention sera accordée aux revues spécialisées. L'approche chronologique permet de distinguer plusieurs temps forts: la fin du XIxe siècle avec la naissance de la doctrine sociale de l'Eglise qui va susciter notamment la création, durant les deux premières décennies du xxe siècle, de ligues de femmes catholiques exaltant la «mission d'éducatrice» des mères, puis l'entre-deux-guerres voit la fondation de nouveaux groupes de femmes catholiques qui mènent une active campagne en faveur du retour des femmes au foyer.
Régis Ladous, Claude Prudhomme, sous la direction de, Cent ans de catholicisme social à Lyon et en Rhône-Alpes. La postérité de Rerum novarum, Paris, Les Editions ouvrières, 1992, pp. 307-322. Sur la Ligue des femmes françaises fondée à Lyon en 1901, Bruno Dumons prépare un ouvrage. Je tiens à remercier très chaleureusement Marie! Brunhes-De!amarre de m'avoir autorisée à consulter ses archives. Un grand merci également à Catherine Aubel de l'ACGF et à Thérèse Doneaud de l'UFCS.

2!

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PREMIÈRE PARTIE

La question

sociale,

de Rerum novarum à l'affaire Dreyfus

En cette fin de XIxe siècle, la crise démographique que connaît la France, par rapport à sa situation sous l'Ancien Régime, où elle était le pays le plus peuplé d'Europe, provient essentiellement de la diminution du nombre des naissances. Dès lors, la dénatalité est un mal récurrent cité lors des discussions sur la protection de la maternité, avec en toile de fond, le patriotisme, voire le nationalisme. Mettre au monde des enfants devient une véritable gageure et la «mission» des femmes est d'enfanter. Avec Rerum novarum, le message adressé aux femmes catholiques est clair: par «nature» la femme est mère et elle doit remplir cette tâche et se consacrer à sa famille. Fidèle aux encycliques papales, le journal Le Féminisme chrétien s'en fait l'écho, ajoutant des propos fortement teintés d'antisémitisme. En cette fin de siècle, afin de remédier aux lacunes de l'Etat dans le domaine de la protection de la maternité, les œuvres privées en faveur des mères se multiplient.

CHAPITRE 1

Dénatalité et «mission maternelle»

Cette angoisse démographique est-elle justifiée? Pour l'apprécier, il convient de chiffrer la dénatalité. Afin d'y remédier, «mettre au monde des enfants» ne cesse d'être clamé dans les discours natalistes et familiaux. L'exaltation de la «mission maternelle» des femmes trouve son point d'orgue avec l'encyclique Rerum novarum. 1. La «dépopulation» en chiffres «Dépopulation» et dénatalité sont synonymes, en cette fin de siècle. C'est que la «dépopulation», pour reprendre le terme répandu à l'époque, est imputée à la baisse du taux de natalité. L'emploi du mot «dépopulation» est excessif afin de qualifier la situation de la France, laquelle, tout en affichant une augmentation limitée du nombre de ses habitants par rapport à sa situation antérieure et en comparaison aux autres pays européens, n'est pas en voie de dépeuplement. La «dépopulation» n'est pas un sujet nouveau: elle préoccupait déjà les esprits «éclairés» à la fin du XVIIIe siècle, mais il est incontestable que suite à la défaite française de 18701871 et la perte de l'Alsace et de la Lorraine, les discours sur la «dépopulation» se sont intensifiés.

Si le taux de natalité décline dans plusieurs pays européens dès les années 1880, il est particulièrement faible en France comparé à ses voisins allemand, anglais et italien notamment (cf. tableau 1 en annexe). Les données des recensements montrent qu'en l'espace de vingt ans, de 1881 à 1901, la population française stagne (cf. tableau 2 en annexe). Mais la France avait connu bien avant les autres pays européens un déclin de la fécondité, comme en témoigne le faible accroissement de sa population entre 1789 et 1914 (cf. tableau 3 en annexe). Le poids relatif de la population française en Europe est ainsi tombé de 15% en 1800 à 9,6% en 19001. La population française augmente de 45% entre 1789 et 1914, passant de 27,5 à 40 millions, tandis que la population allemande, durant la même période, progresse de 340% et atteint 68 millions (cf. tableau 3 en annexe). Grosso modo, la population française, entre 1871 et 1914, se fige aux alentours de 40 millions d'habitants2. Ce phénomène débute en France au moins cinquante ans avant les autres pays européens et la France se singularise particulièrement pour la période 1800-18803. A la fin du XIxe siècle, le déclin de la natalité touche également les autres pays européens mais la France conserve toujours la palme en ce domaine. Le plus effrayant, sans doute, pour les contemporains est qu'en 1890 le nombre annuel des naissances est dépassé par celui des décès. Ce phénomène se répétera à trois reprises à la fin du siècle: 1890, 1892 et 1895 (cf. tableau 4 en annexe). Le taux de natalité ne cesse de décroître: il passe de 25,4 pour mille en 1880 à 22,1 pour mille
1

D'un point de vue démographique,

il faudrait tenir compte des modifications de

,

frontières intervenues, mais il n'en reste pas moins que les résultats sont éloquents. J. Dupâquier et M. Lachiver, "Sur les débuts de la contraception en France ou les deux malthusianismes», Annales, novembre-décembre 1969, na 6, p. 1391. 2 Maurice Garden, sous la direction de, "Le Bilan global», in Jacques Dûpaquier, Histoire de la population française, Paris, PUF, 1988,4 vols, t. 3; De 1789 à 1914, pp.127-128.

Lynn Hollen Lees, "Safety in Numbers: Social Welfare Legislation and Fertility

Decline in Western Europe», in John R. Gillis, Louise A. Tilly and David Levine, Eds., The European Experience of Declining Fertility, 1850-1970. The Quiet Revolution, Oxford, Blackwell, 1992,p. 318.

-26-

Maurice Garden, «Le Bilan global», in Jacques Dupâquier, sous la direction de, Histoire de la population française... cit., tome 3, 133. , Jean-Pierre Barder, «Les Incertitudes op. l'explication»,p. inJacques Dupâquier, sous de la direction de, Histoire de la population française... op. cit., tome 3, p. 376. Antoi. nette Fauve-Chamoux, «Innovation et comportement parental en milieu urbain (XV'-XIX' siècles)>>, nnales, septembre-octobre 1985, n° 5, pp. 1 023-1 039. A . Michel Dupâquier, «Le Mouvement saisonnier des mariages en France (18561968»>,Annales de démographie historique, 1977, pp. 132-145. Jean-Louis Flandrin, «Mariage tardif et vie sexuelle: discussions et hypothèses de recherche», Annales, novembre-décembre 1972, n° 6, pp. 1351-1378. Jack Goody, L'Evolution de la famille et du mariage en Europe, Paris, Armand Colin, 1985. George Alter, «New Perspectives on European Marriage in the Nineteenth Century», Family History, 1991, vol. 16, n° 1, pp. 1-5.

.

en 1900 (cf. tableau 1 en annexe). Contrairement à une idée reçue, la moyenne de la natalité urbaine est supérieure, jusqu'en 1901, à la natalité rurale: de 1896 à 1901, la natalité urbaine est de 22,30 pour mille et celle de la France rurale est de 21,60 pour mille, mais comme il y a plus de femmes de 20 à 39 ans dans les grandes villes, environ 20% de plus, cellesci sont moins fécondes4. Les femmes catholiques ont plus d'enfants que l'ensemble de la population et plus que les protestantes5. Le taux de natalité, qui, par définition, exprime le nombre moyen d'enfants nés vivants par rapport à un groupe de 1 000 habitants, est un mauvais instrument de mesure, à lui seul, parce qu'il est fonction de la composition par âge et par sexe d'une population et reflète mal les attitudes devant la vie. D'autres paramètres permettent de mieux cerner l'origine de la stagnation de la population: fécondité, nuptialité et mortalité infantile. Si la nuptialité (cf. tableau 5 en annexe) n'est pas en cause dans la «dépopulation» puisqu'elle reste relativement stable et l'âge moyen au premier mariage pour les femmes se réduit même, passant de 24,9 ans, en 1860, à 23,8 ans, en 1913, la chute du taux de fécondité (cf. tableau 6 en annexe) - qui donne pour une année, le rapport des naissances totales (naissances vivantes et morts-nés) pour 1 000 femmes âgées de 15 à 49 ans - est la principale responsable de la baisse de la population française6.A noter qu'en mesurant la fécondabilité des femmes, laquelle bien entendu dimi-

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nue au fil des années, Jean-Pierre Bardet remarque qu'il est rarement tenu compte du vieillissement des hommes, alors que les chiffres montrent, pour Rouen, que la descendance des femmes varie selon l'âge de leurs maris7. Cela illustre l'idée que la fécondité et la virilité sont liées. Les différentes images de la paternité et de la maternité jouant un rôle dans la fécondité. Quoi qu'il en soit, entre 1800 et 1914, la fécondité française se réduit de 40%8. Le nombre moyen d'enfants par femme n'assure plus le renouvellement des générations. Les familles nombreuses deviennent rares, même s'il convient de distinguer suivant les régions, l'importance de l'urbanisation, le milieu social, le degré d'alphabétisation et de la confession religieuse. Alors que la fécondité des couples dits «bourgeois» est inférieure à celle des ménages ouvriers, les bourgeoises du Nord de la France, nées entre 1859 et 1868, mettent au monde, en moyenne, 5,5 enfants, entre 1889 et 19009. D'autre part, les courbes de fécondité légitime et fécondité illégitime entre 1880 et 1940, en France et dans la plupart des pays européens, suivent à peu près le même rythme10. Edward Shorter considère que l'augmentation de la fécondité illégitime - laquelle représente au seuil du xxe siècle 7 à 8% des naissances en Francell - est la preuve de l'émancipation des femmes et que s'opère un changement dans les mentalités, une véritable révolution sexuelle12.Selon
1

Jean-Pierre Bardet, Rouen aux XVIIe et XVIIIe siècles.Les mutations d'un espa-

ce social, Paris, SEDES, 1983, 2 vols, pp. 265-266. . Jean-Pierre Bardet,Jacques Dupâquier, «Contraception: les Français les premiers, mais pourquoi?», Communications, 1986, na 44, p. 6. Cf. aussi Etienne Van de Walle, The Female Population of France in the Nineteenth Century. A Reconstruction of 82 Départements, Princeton, Princeton University Press, 1974. . Bonnie G. Smith, Les Bourgeoises du nord, 1850-1914, Paris, Perrin, 1989, p. 182.
10

Edward

Shorter, John Knodel, na 3, pp. 375-393.

Etienne

Van de Walle, «The Decline

of Non-Mari-

tal Fertility in Europe,
11Yvonne

1880-1940», Population Studies, November

1971, vol.

xxv,

Knibiehler, «Corps et cœurs», in Georges Duby, Michelle Perrot, sous la direction de, Histoire des femmes en Occident, Paris, Plon, 1991, tome 4: Le XIxe siècle sous la direction de Geneviève Fraisse et de Michelle Perrot, p. 373.

12

Edward Shorter, «Illegitimacy, Sexual Revolution and Social Change in Modern Europe», The Journal of Interdisciplinary History, Autumn 1971, vol. II, n° 2,

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lui, le contrôle des naissances se met au service de l'émancipation féminine et les deux forces produisent ensemble le déclin de la fécondité qui caractérise la fin du XIXe siècle. Il met aussi l'accent sur le travail des femmes ouvrières comme moyen de leur émancipation. Cette thèse intéressante présente cependant des failles. Elle a été controversée, notamment par Joan W. Scott, Louise A. Tilly et Miriam Cohen qui estiment que le travail pour les ouvrières n'est pas un facteur d'émancipation et récusent l'idée que la montée de l'illégitimité libère les femmesl3.Elles suggèrent que la baisse de la fécondité résulte du fait que le travail des enfants n'est plus aussi nécessaire qu'auparavant; de l'élévation du niveau de vie des classes pauvres; d'une meilleure éducation et surtout d'une mortalité infantile moindre. Effectivement la mortalité infantile, proportion de décès chez les enfants nés vivants avant leur premier anniversaire, diminue considérablement avec la révolution pastorienne. Les progrès de l'hygiène pastorienne et de la médecine en général participent à la baisse de la mortalité infantile, laquelle est attestée dans la majorité des pays européens (comme le montrent les données du tableau 8 en annexe). Catherine RoUet a analysé en détailles causes du net recul de la mortapp. 237-272. Cf. du même auteur: «Sexual Change and Illegitimacy: The European

Experience», in Robert J.Bezucha, Ed., Modern

European SocialHistory, Mass.,

Lexington, 1972, pp. 231-269; «Capitalism, Culture and Sexuality: Some Competing Models», Social Science Quarterly, 1972, pp. 338-356; «Female Emancipation, Birth Control, and Fertility in European History», American Historical Review, June 1973, vol. 78, n° 3, pp. 605-640; «Différences de classe et sentiment depuis 1750. L'Exemple de la France», Annales, juillet-août 1974, vol. 29, n° 4, pp. 10341057; Naissance de la famille moderne, XVIIIe-XXe siècle, Paris, Seuil, 1977;
«L'Age des premières règles en France, 1750-1950», Annales, mai-juin 1981, n° 3, pp. 495-511. Louise A. Tilly, Joan \V, Scott, and Miriam Cohen, "Women's Work and European Fertility Patterns», The Journal of Interdisciplinary History, Winter 1976, vol. VI, n° 3, pp. 447-476. Cf. aussi Joan \V, Scott, Louise A. Tilly, "Women's Work and the Family in Nineteenth-Century Europe», Comparative Studies in Society and History, 1975, vol. 17, pp. 36-64. Louise A. Tilly, Joan W. Scott, Les Femmes, le travail et la famille, Marseille, Rivages, 1987.

"

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lité infantile sous la Ille Républiquel4. Elle souligne le rôle fondamental de l'alimentation: la mortalité des enfants nourris au biberon étant deux ou trois fois plus forte que celle des enfants allaités au sein maternel même si l'usage trop exclusif et tardif de l'allaitement maternel peut être une cause de surmortalité. Une géographie de la pratique de l'allaitement montre l'opposition entre le nord (plus industrialisé) et le sud de la France: lait animal au nord de la Loire et sein maternel dans le midi méditerranéenl5. L'allaitement maternel peut aussi être un moyen d'espacer les naissances et pourrait expliquer, en partie, la faible fécondité des campagnes du sudouest de la France au XIxe siècle, où se pratique un allaitement maternel prolongél6. Il existe une mortalité infantile différente selon les statuts des enfants (légitimes ou illégitimes), suivant les milieux sociaux (les enfants provenant de milieux aisés ayant une mortalité plus faible que les enfants d'ouvriers) et selon le sexe des enfants. La mortalité des petites filles durant les douze premiers mois est inférieure à celle des petits garçons, tandis qu'après le sevrage, c'est-à-dire au cours de la deuxiè14

Catherine Rollet-Echalier, La Politique à l'égard de la petite enfance sous la II/e
République, Paris, INED, PUF, collection Travaux et documents, Cahier n° 127, 1990. Cf. aussi A. Balestre et A. Gillena de Saint-Joseph, Etude sur la mortalité de la première enfance dans la population urbaine de la France de 1892 à 1897, Paris, Octave Doin, 1901. Pierre Budin, Etude sur la mortalité de la première enfance. Rapport sur un mémoire de MM. Balestre et Gilletta de Saint-Joseph (de Nice), Melun, imprimerie administrative, 1904. Etienne Van de Walle, Samuel H. Preston, «Monalité de l'enfance au XIX. siècle à Paris et dans le département de la Seine», Population, janvier-février 1974, n° 1, pp. 89-106. Alisa Klaus, Every Child a Lion: The Origins of Maternal and Infant Health Policy in the United States and France 1890-1920, Ithaca, Cornell University Press, 1993. Robert Nadot, «Evolution de la mortalité infantile endogène en France dans la deuxième moitié du XIX. siècle», Population, janvier-février 1970, n° 1, pp. 49-58. Marie-France Morel, «Les Soins prodigués aux enfants: influence des innovations médicales et des institutions médicalisées (1750-1914). Médecine et déclin de la mortalité infantile», Annales de démographie historique, 1989, pp. 157-181.

IS

Catherine Rollet, «Allaitement, mise en nourrice et mortalité infantile en France à la fin du XIX. siècle», Population, novembre-décembre 1978, n° 6, pp. 1189-1202.

16

Agnès Fine-Souriac,
France au XIX.

«Mortalité infantile et allaitement dans le sud-ouest de la
de démographie historique, 1978, pp. 81-103.

siècle», Annales

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