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Biélorussie: les mises en scène du pouvoir

De
136 pages
Ce livre n'est pas qu'une contribution à l'histoire de la Biélorussie ou qu'une explication des formes du dernier gouvernement non démocratique de l'Europe. En mettant l'accent sur la " mise en scène " du pouvoir, Alena Lapatniova nous montre comment celle-ci peut persister à sauver des dictatures, encore quelques temps, elle nous offre aussi le témoignage de la fragilité d'une forme de gouvernement qui n'a, pour seule légitimité, que la violence, l'arbitraire et la mise en scène d'une adhésion populaire illusoire.
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Biélorussie: les mises en scène du pouvoir

Collection Biélorussie
Dirigée par Virginie Symaniec La collection Biélorussie entend faire connaître les problématiques relatives à un pays qu'on comprend mal, car très peu d'informations ou trop de stéréotypes sont encore diffusés à son sujet. La Biélorussie, comme toute société, est une entité complexe dont les enjeux méritent aussi d'être discutés. Cette nouvelle collection a donc pour objectif de promouvoir des recherches originales dans tous les domaines pour mettre en présence différents points de vue. Elle s'intéresse aux chercheurs qui travaillent sur le sujet "Biélorussie", y compris dans ce pays. Elle est aussi l'occasion de créer un espace de débats, d'échanges et de dialogues, dont la visée, dans un environnement où ces principes sont encore trop souvent remis en question, est d'apprendre et de comprendre. Ouvrages déjà parus: -Lalkoù (lhar), Aperçu de l'histoire politique du grand-duché de Lithuanie, L'Harmattan, 2000. -Alexandra Goujon, Jean-Charles Lallemand, Virginie Symaniec (Sous la direction de), Chroniques de la Biélorussie contemporaine, L'Harmattan, 2001.
Ouvrages à paraÎtre (titres provisoires):

-Le Foil (Claire), L'Ecole artistique de Vitebsk (1897-1923). Eveil et rayonnement artistique autour de Pen, Chagall et Malevitch. -Drweski (Bruno), Le petit Parlement biélorussien. Les parlementaires biélorussiens dans le Parlement polonais de 1922 à 1930. -Lahvinets (Aliaksandr), Les relations polonobiélorussiennes : contexte historique et contemporain. -Likhtarovitch (loury), La specificité du projet biélorussien moderne. Le problème du choix stratégique: ni Orient, ni Occident -Ivanoù (Ouladzik), La femme biélorussienne et l'idée nationale.

Alena

Lapatniova

Biélorussie: les mises en scène
du pouvoir

Préface d'Alain Blum

L'Harmattan S-7, rue de l'École-Polytechnique 7 SOOS Paris

L 'Harmattan Inc. SS, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y 1K9

France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

@L'Hannattan,2001 ISBN: 2-7475-0417-4

Remerciements

à Amandine Regamey et Julia Choukan

Préface
Les formes politiques qui ont succédé à l'URSS révèlent, en partie, l'état des dynamiques réelles qui p réexi stai e nt à so n écl ate ment. So u s co uve rt d' une situation politique et sociale unique, l'URSS était formée d'un ensemble de modèles qui s'incrustaient dans des cadres institutionnels rigides et déterminés. Ces institutions étaient interprétées et utilisées au gré de pratiques ancrées dans l'histoire et les sociétés de chacune des républiques. La diversité des institutions et des pratiques politiques contemporaines, dans les quinze États qui en sont issus, en est partiellement la conséquence. Toutefois ces formes contemporaines ne peuvent pas se ramener à la simple expression de cette histoire. On ne peut pas ignorer l'effet de l'événement, de ces instants précis qui firent basculer l'URSS et qui virent se constituer de nouveaux États. Ces instants furent courts; il était nécessaire de les comprendre, ou au moins de les saisir, d'en percevoir le caractère déterminant, pour participer de façon active à ce changement. Une conjoncture particulière, la présence d'un homme plutôt que ce Ile diu n autre, diu n cercle parti cu Iier, a parfoi s or ie nté d e fa ç0 n t rès part icul ière I'his toi re pol itique de ces États. L'histoire de l'événement et de son prolongement reprend alors toute sa force, lors de ces moments de rupture. Elle s'imbrique étroitement dans une histoire plus longue, mais explique, face aux nombreuses possibilités qui se présentaient, le fait qu'un chemin particulier a été suivi plutôt qu'un autre. L'histoire soviétique et post-soviétique est particulièrement intéressante puisqu'elle fournit quinze histoires politiques et institutionnelles parallèles, quinze histoires

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communes et différentes, quinze futurs qui permettent de saisir l'étendue des possibles et de trouver les déterminants de ceux qui ont été suivis. Cet éclairage ne peut être apporté qu'en fournissant une histoire précise et suivie, qui s'attache donc autant aux hommes qui ont déterminé l'orientation politique qu'à la succession d'événements qui l'ont accompagnée. Alena Lapatniova, dans cet essai sur la personne d'Alexandre Loukachenka, président et dictateur de la nouvelle république de Bélarus, ou Biélorussie, offre une contribution qui propose des explications précises et vivantes sur ces tournants particuliers. L'exemple biélorussien est d'autant plus intéressant qu'il fait figure d'exception et d'archaïsme. Exception, car ce pays est sans doute celui qui a le plus échappé aux transformations récentes, s'enfonçant dans une crise économique et sociale de plus en plus profonde. Archaïsme, car les formes de pouvoir présentées ici par Alena Lapatniova semblent être directement l'expression des caricatures les plus extrêmes qui ont fondé le pouvoir soviétique. La "mise en scène" est directement empruntée à certaines formes pratiquées en URSS, parmi sans doute les plus violentes et les plus sombres. La Biélorussie est donc le lieu de nombreux paradoxes: arrivée au pouvoir d'une dictature ignorante de tous les changements, dictature pourtant née sur les fonds populistes d'une lutte contre la corruption; mépris de toute forme d'opposition parlementaire et développement d'un réseau de clientèle qui n'en suscite pas moins une certaine approbation de la part de la population; développement des formes les plus primitives de démagogie et d'interprétation populaire du pouvoir qui n'en attire pas moins une singulière adhésion d'une population témoin ici de l'apparente répétition d'une histoire dramatique. Le paradoxe le plus fort est

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sans aucun doute ce développement d'un "nationalisme anti-national", puisque la légitimité de A. Loukachenka tient à son réveil constant d'un nationalisme fondé sur la revendication d'une fusion totale avec la Russie. Ce "nationalisme provincial", destructeur apparent d'une nation sur laquelle il se fonde, rappelle par maints aspects ces nationalismes qui recherchaient l'appui d'une grande puissance pour se réveiller et se défendre contre des ennemis réels ou imaginaires. Il renvoie aussi à une nostalgie soviétique ici interprétée de façon dérisoire comme la fusion entre la Russie et la Biélorussie. Il n'en justifie pas moins, à nouveau, un regard bienveillant d'une partie de la population. Cet ouvrage, outre l'intérêt qu'il a d'expliquer les dérives dans lesquelles s'est engagé cet État, est une micro-i Ilustration de certaines formes historiques de gouvernement qui ont marqué l'histoire soviétique, en particulier le stalinisme. On ne peut être que sensible, en le lisant, aux nombreuses formes de gouvernement empruntées à celles que maîtrisait si bien Staline: populisme suscitant l'adhésion au chef, au guide, qui réussit à renvoyer la responsabilité de tous les échecs sur ceux qui sont autour de lui, mais qui évite toujours la critique et la responsabilité pour lui-même; distance et proximité symbolique du dirigeant suprême avec le peuple, symbolisées par des formes naïves mais redoutables de l'espace dans lequel se meut ce dirigeant ou par les participations diffusées aux activités populaires; cynisme et violence d'État justifiés par l'existence de complots ou tout autre interprétation criminelle et n'importe quelle forme d'opposition; absence de tout charisme, instrumentalisée pour exprimer le caractère humble du dictateur; dévoilement de l'ennemi intérieur (tout opposant, tout journaliste mal-pensant) ou extérieur (l'Occident, bien entendu, utilisé comme si le monde contemporain n'avait pas bougé depuis la Guerre froide).

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Ainsi, ce livre n'est pas qu'une contribution à l'histoire de la Biélorussie ou qu'une explicitation des formes de gouvernement du dernier régime non démocratique de l'Europe. Il est plus que cela. Il offre aux historiens et aux politologues qui s'intéressent de plus en plus, aujourd'hui, aux formes de gouvernement et d'administration, pour comprendre la nature d'une histoire nationale, une "expérience" malheureuse et trop ignorée de la répétition, sur un territoire peu peuplé, des éléments d'une histoire qui fut déterminante au XXème siècle. Il permet alors de se rapprocher d'une compréhension de l'aberrant et de l'absurde. Il offre certains éclaircissements sur la mise en place "démocratique" et la construction d'une apparente (et probablement en partie réelle) adhésion à des formes de gouvernement dont les pratiques refusent toute forme de participation et de démocratie, et dont les rés ultats ne font qu'enfoncer le pays dans une situation dramatique, le laissant à l'écart des transformations et de la croissance contemporaine. L'histoire nous apprend que de telles mises en scènes, de telles pratiques de gouvernement, ne sont que des parenthèses, mais qu'elles peuvent se prolonger de longues années et laisser des traces qui détournent plusieu rs générations diu ne partici pation à un espace commun, en l'occurrence ici, l'espace européen. La réussite de A. Loukachenka n'est que l'expression des dernières conséquences d'une pratique de pouvoir qui semble déjà passée dans l'histoire. Elle n'en reste pas moins le dernier témoignage d'un des chemins possibles, suivi après l'éclatement de l'URSS. En mettant l'accent sur la "mise en scène" du pouvoir, Alena Lapatniova nous montre comment celle-ci peut persister à sauver des dictatures, encore quelques temps, mais nous offre aussi le témoignage de la fragilité d'une forme de gouvernement qui n'a, pour seule légitimité, que la

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violence, populaire

l'arbitraire
illusoire.

et la mise en scène d'une adhésion

Alain Blum Directeur d'études à l'EHESS - Centre d'étude du monde russe, soviétique et post-soviétique - et auteur de "NaÎtre, vivre et mourir en URSS, 1917-1991", Paris, Plon, 1994.

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Introduction