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BIENVENUE AU QUÉBEC

De
223 pages
Le rougeoiement des feuilles d'érables, le miroitement du Saint-Laurent, les grands espaces immaculés, la liberté au pays de Maria Chapdelaine et des trappeurs, tout cela vous fait rêver depuis longtemps. Justement, ça tombe bien ! Le Québec recrute en ce moment, des francophones de préférence, mais d'autres aussi. Le Québec vous intéresse ? Vous envisagez d'y passer une semaine ou deux lors de vos prochaines vacances. Vous avez envie d'un beau voyage... Que diriez-vous de savoir exactement comment se déroule une immigration ? Ce que vous allez devoir faire, ce que vous devriez faire avant le départ. Ce que vous devrez faire en arrivant, dans quel ordre, comment ? Quels pièges seront à éviter, comment vous déplacerez-vous, vous logerez-vous ? Quel travail trouverez-vous, comment ?
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BIENVENUE

AU QUÉBEC

A l'intention des touristes et futurs i/l1migranls

L' Harmattan, 1998 ISBN: 2-7384-7058-0

@

Gérard Quoilin

BIENVENUE AU QUÉBEC
A l'intention des touristes et futurs immigrants

L'Harmattan
5-7, rue de l'École Polytechnique

75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques !\'lontréal (Qc) - Ci\NAD.t\ H2)~ lK9

INTRODUCTION

Le Québec vous intéresse? Alors vous vous reconnaîtrez forcément dans l'un des portraits qui suit. v ous envisagez d'y passer une semaine ou deux lors de vos prochaines vacances. Vous avez envie d'un beau voyage, alors vous allez vous offrir l'Amérique en français, histoire de vérifier si le SaintLaurent c'est bien aussi large qu'on le dit, ou si vous vous retrouverez le souffle court devant la beauté des érablières à l'automne. Je vous tranquillise de suite, tout existe vraiment, à un détail près cependant, ça n'a absolwnent rien à voir avec ce que vous imaginez, parce qu'en réalité c'est infiniment mieux que cela. A ce niveau, la seule chose que vous risquez est un coup de foudre: on tombe très vite en amour pour le Québec. Il restera ensuite au coeur à écouter la raison, et ce ne sera pas le moindre des dilemmes. Votre cas est plus sérieux, et l'idée de l'immigration vous a déjà traversé l'esprit. Mais pas plus que ça. Juste le temps d'un éclair au loin. Quelque chose de très flou, W1e lueur intemporelle" insaisissable, qu'un haussement d'épaules a sagement refoulé dans quelque sombre oubliette spécialement destinée à vos délires les plus farfelus. Mais chaque fois que vous lisez le mot Québec, W1epetite bulle de regret remonte à la surface de votre tranquillité résignée. Tiens, tiens. C'est vrai qu'en y regardant bien, vous avez déjà perdu de belles occasions, alors que si seulement vous aviez su... Un cran plus haut? Maria Chapdelaine vous a laissé un souvenir impérissable, vous connaissez mieux les textes de Gaston Miron ou de Gilles Vignault que ceux de Cocteau. D'ailleurs vous ne lisez plus vous vous documentez, et tout vous mène à cette évidence:

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vous êtes taillé pour ce pays et tout au fond de VOUS'lvous savez déjà que'l vous.. ce sera là-bas et nulle part ailleurs. Et puis la différence entre ce que c'est tellement devenu ici et ce que c'est tellement encore là-bas ne peut qu'achever de vous décider. , V ous avez passé ce cap~ et même si pour le moment, le grand saut n'est encore qu'une montagne de questions et d'incertitudes vous avez jeté les dés, pris contact avec les services d'immigration du Québec, rue de La Boétie à Paris, et rempli le premier dossier de demande d'immigration. La machine est en route. Dernier stade. Ce livre arrive un peu tard pour vous, au moins il vous sera utile sur place. Dévoré d'inquiétude, plein d'espoir, mais heureux et fier (si, si) de vous prouver que vous pouvez le faire, que vous, vous vous démarquez de tous ceux dont le seul courage est de vous jalouser, vous tenez dans vos doigts croisés votre aller simple pour Montréal. C'est pour lundi prochain. Alors, à vous les grands espaces immaculés, les chalets en rondins au bord des lacs, les V8 ronronnant à tous les coins de rue, les gens accueillants et sympathiques, la fierté de devenir un citoyen nord-américain, etc... Tout ce qui vous a fait rêver va devenir réalité, votre réalité. Ah oui? En êtes-vous si sûr ?

A tous, je réclame une minute d'honnêteté avec vous-même. Que savez-vous en réalité du Québec? Que savez-vous de la vie de tous les jours là-bas, du système de santé, du prix de la vie, du marché du travail, de la situation économique et sociale, de la façon dont vous serez reçus, perçus par les Québécois, du climat, de la langue qu'ils parlent, etc... ? En fait, vous vous êtes fabriqué du Québec une image qu'il vous importe de trouver bien préférable à celle, de moins en moins acceptable, que vous avez de votre propre pays. Pour ceux qui en sont au tout début du chemin, voici une liste, très incomplète mais représentative, des ingrédients nécessaires à la construction de votre désir d'Amérique. L'ordre n'a pas d'importance. Jacques Cartier, les trappeurs, la motoneige, le bras de la navette spatiale, l'accent du terroir, Charlebois: "1' gars ben ordinaire", les tuniques rouges de la police montée, le dernier reportage sur les francofolies, les photos de vacances de vos amis (toutes les grandes villes du nord-est américain en cinq jours par bus), les

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wagons du tunnel sous la Manche, quelques livres vieux de dix ans à la bibliothèque municipale de votre ville... Allez-y, rajoutez Céline Dion puisque son nom vous brûle les lèvres. Reconnaissez que tout cela c'est bien maigre, par rapport à ce que vous savez sur votre propre pays. Car le fabuleux défi de l'immigration que vous vous êtes lancé, ce n'est rien d'autre que l'abandon de 20, 30, ou 40 ans d'expérience ici pour recon'struire en quelques semaines, au pire quelques mois, une autre vie là-bas. Excusez du peu! Cela signifie une obligation de résultat parfait à chaque seconde à l'exclusion de quoi que ce soit d'autre, parce qu'il n'y a aucune place pour autre chose. Et vous n'avez pour cela que la confiance dans quelques annes, qu'avec un acharnement aveugle, vous vous êtes persuadé d'avoir suffisamment trempées. Si, comme je l'espère pour vous, vous vous considérez dans un état de santé mentale encore qualifiable d'acceptable, malgré ceux qui crient au fou dans votre entourage, vous avez bien quelques appréhensions devant l'ampleur des bouleversements à venir. Au risque de détruire vos incertitudes, que diriez-vous d'avoir à l'avance les réponses à quelques questions? Que diriez-vous de savoir exactement comment se déroule une immigration? Ce que vous allez devoir faire, ce que vous devriez faire avant le départ. Ce qu'il vous faut pour partir, professionnellement, financièrement, moralement. Ce que vous devrez faire en arrivant, dans quel ordre, comment? Quels pièges seront à éviter, comment vous déplacerezvous, vous logerez-vous? Quel travail trouverez-vous, comment? Bref, seriez-vous intéressé de savoir à quelle sauce vous allez être mangé? Loin du parfait manuel du parfait petit immigrant, vous ne trouverez pas dans ces pages, l'adresse du bureau des douanes de Montréal, pas plus que celle de l'Office des Migrations Internationales, tous ces renseignements vous seront fournis gratuitement dès votre arrivée, mais vous saurez comment cela s'y passe et je vous assure que c'est autrement plus important. Ce livre ne prétend pas bien-sûr, présenter une liste exhaustive de tous les points, de toutes les particularités propres à chaque immigrant mais relate des faits incontestables, authentiques, vécus sur le parcours type, avec ses points de passage obligatoires.

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Les données chiffrées ne sont pas de vagues estimations torhu"ées par de serviles statisticiens aux ordres de commenditaires narcissiques, elles proviennent directement des rapports communiqués par les services officiels, et les gouvernements, fédéral et provincial. En mai 1996, pour aller s'installer au Québec, mon épouse et moi, avons tiré un trait en bas de la période française de notre vie. Bilan après un an ? Aimeriez-vous savoir ce que signifie réellement ce "Bienvenue au Québec" que vous entendrez .partout et qui sera le refrain de ce livre? Oui? Alors embarquez, mais je vous préviens à l'avance: cramponnez le bastinguage, car au pays de vos rêves, il va y avoir un sacré coup de tabac! Les raisons que vous avez de partir peuvent être de tout ordre: économiques, professionnelles, familiales, etc... Mais ce sont sans doute les meilleures qui soient puisque ce sont les vôtres. Une chose est certaine, la guerre, la famine, la politique totalitaire, et autres réjouissances typiquement humaines sont les circonstances responsables de 27 % de l'immigration "francophone" au Québec. Pour les 73 % restant, donc pour les Européens, et à plus forte raison pour les Français, qui ne peuvent que difficilement revendiquer le vrai faux statut de réfugié, il s'agit d'un choix délibéré. Cela ne signifie pas forcément que nous partons de gaieté de coeur mais les motifs de départ, dont la liste peut être aussi longue que diversifiée, s'imposeront à vous avec de plus en plus de netteté au fur et à mesure que le temps passe, vous donnant la certitude de la nécessité du changement. D'une acuité critique grandissante naîtra l'espoir d'une vie dans une société plus humaine, plus honnête, mais forcément ailleurs puisque vous ne la trouvez plus chez vous. L'Australie et la Nouvelle-Zélande feront sans doute partie des "probables" . En procédant par élimination, le Québec, très soucieux de son image à l'étranger, émergera du lot et se présentera comme vraisemblablement ce meilleur ailleurs. Insidieusement, l'histoire et la langue veillent. Car vous serez bien décidé à couper tous les ponts, plutôt non, pas tous, enfin pas ceux là... De quoi alimenter quelques réflexions sur l'injustice du choix. Quels sont les éléments qui finalement feront pencher la balance en faveur du Québec?

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D'abord la taille du pays: 1 667 926 km2. Imaginez: c'est grand comme 3 fois la France, 7~3 fois la Grande-Bretagne, 54 fois la Belgique. Du relief, des plaines, des milliers de lacs et de rivières. Des saisons bien marquées, bien nettes. Des printemps où une flore et une faune exhubérantes se réveillent. Des étés chauds et ensoleillés. L'automne avec ses flambées de couleurs et "l'été des Indiens". L'hiver et son manteau, ski et motoneige pour tout le monde, avec en prime un Noël blanc assuré. Et puis les petits villages sont si jolis avec leurs maisons aux couleurs pimpantes au milieu de cette immense et fascinante nature encore vierge. Il y a vraiment de la place pour tout le monde. Combien sont-ils au fait? 7,3 millions seulement. La population de la région parisienne pour 3 fois la surface de la France. Ah, on peut mettre la musique un peu fort, ça ne risque pas de gêner les voisins. Chacun peut vivre en paix. Tiens, c'est vrai qu'ils vivent en paix. Ni le Canada, ni le Québec, ne sont impliqués dans aucun conflit; et qui a déjà entendu parler de grèves à répétition à la poste du' Québec, ou de blocage des routes par les agriculteurs ou les routiers? Et les problèmes de racisme avec tous ces gens de tous les pays qui débarquent là-bas, toutes ces communautés, toutes ces religions différentes? Non, rien là non plus. Même pas de violence dans la rue. Les armes à feu en vente libre, c'est seulement au sud de la frontière. D'accord, certains Québécois voudraient bien l'indépendance mais à la différence des Corses, ils ne tirent pas sur la police montée et ne font pas sauter ce que d'autres contribuables devront repayer. Pas d'inquiétude à avoir sur le plan politique non plus. Le Canada est un état fédéral avec deux paliers de gouvernement, l'un fédéral, l'autre provincial. Chaque province a son parlement et au Québec comme ailleurs, le pouvoir exécutif est exercé par le premier ministre et son conseil de ministres. L'assemblée dispose du pouvoir législatif et vote les lois qui sont sanctionnées par le lieutenant gouverneur qui représente la couronne. Car Elisabeth II est reine du Canada, et c'est à elle qu'il faudra prêter serment d'allégeance si vous optez pour la nationalité canadienne trois ans après votre anivée. Cette monarchie constitutionnelle est donc, du moins dans ses résultats, très proche de notre système républicain. Le conservatisme

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anglais joint au pragmatisme nord-américain a engendré une démocratie très stable et très vivante dans un état de droit. Les Etats-Unis sont un voisin bien imposant mais leur proximité immédiate signifie un marché immense, donc l'assurance de débouchés économiques, de protection militaire, sans oublier les possibilités d'escapades touristiques vers quelques-uns des plus beaux paysages du monde. Quasiment tous les avantages sans les inconvénients. La monnaie, le dollar canadien, est stable et l'inflation maîtrisée à environ 2,5 % par an. En langage local, le dollar canadien est aussi appelé "piastre", ou "huard", la pièce de un dollar étant à l'effigie de cet oiseau. Rien d'étonnant à ce qu'en vivant comme ça, les Québécois n'aient aucune peine à justifier leur réputation de gens tranquilles et accueillants. Un mode et un niveau de vie à l'américaine mais dans le calme et la gentillesse. Si seulement ça pouvait être partout comme cela. Evidemment ils ont un peu de chômage, qui n'en a pas? Chacun sait bien que ceux qui fuient pour le Québec, leurs déserts africains ou leurs rizières truffées de mines ne sont pas tous ingénieurs informaticiens. Cela semble logique qu'il leur faille du temps pour s'adapter. Mais ce doit être largement faisable, car au Québec n'importe qui peut reprendre les études quel que soit son âge et son niveau. En plus de ça, s'il y a bien une chose que tout le monde sait, c'est que les Québécois ne sont pas obnubilés par les diplômes, mais jugent le maçon au pied du mur. Ce qui signifie qu'il n'y aura aucun problème pour vous: si vous travaillez en France c'est que vous avez forcément acquis l'instruction, sanctionnée par un diplôme. La cerise sur le gâteau? En plus de ça ils parlent le français, parce que la langue officielle est le français, parce qu'à l'origine ils viennent de France. Pas tous bien-sûr, certains viennent de Suisse ou de Belgique, mais à 6000 km à l'ouest du Finistère, les notions de frontières se sont curieusement diluées dans l'Atlantique, et l'on se découvre, enfin, étonnamment proche de ceux que l'on ne manquait pas de ridiculiser seulement sept heures d'avion auparavant. Faut-il vous l'envelopper en plus? Alors qu'attendez-vous? Que pour empocher des subventions votre patron déménage l'usine

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dans le département voisin pendant vos prochaines vacances, ou que dans un effort d'imagination surhumain le gouvernement fixe le prix du litre de super à lOF sous prétexte de lutte contre la pollution?

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AVANT DE PARTIR

Quelques renseignements pour ceux qui n'ont pas encore entamé le parcours administratif, côté français, de leur immigration. AVERTISSEMENT: pour une immigration au Québec, les services d'immigration du Québec, rue de La Boétie à Paris (si vous êtes Français), sont les seuls interlocuteurs à prendre en considération, les seuls à posséder un pouvoir d'action. Par la suite votre dossier sera transféré à l'ambassade du Canada et vous pourrez être amené à prendre contact avec elle, quoique en général, c'est elle qui se réserve cette initiative si besoin est. S'il n'y a rien de particulier, le seul courrier que vous recevrez d'elle sera votre visa vous autorisant la venue sur le sol canadien en tant que résidant permanent au Canada. A l'exclusion totale de ces deux organismes, on ne peut moins officiels, aucune autre association ou société française, canadienne, ou québécoise, ne détient le moindre pouvoir de favoriser, accélérer, ou simplifier votre démarche. Contrairement à ce qu'elles pourraient prétendre, il ne s'agit, au mieux, que de désinformation; au pire d'une arnaque parfois très juteuse. Suite à une demande de votre part, les services d'immigration québécois vous feront parvenir un premier dossier assez succinct, une fiche d'inscription en quelque sorte. Peu après vous en recevrez un autre beaucoup plus complet, beaucoup plus détaillé. Celui-ci vaudra pour : - une demande de certificat de sélection pour le Québec (accordé par le gouvernement provincial), - une demande de résidence permanente au Canada (là, c'est le gouver-

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nement fédéral). Il n'y a qU'W1seul dossier par famille, mais chacW1 de ses membres, sauf les enfants de moins de 18 ans, aura à répondre aux mêmes questions que le requérant principal: généralement, celui dont la profession est recherchée au Québec. Les renseignements à fournir vont de l'adresse des différentes écoles que vous avez fréquentées, avec les diplômes que vous y avez obtenus, à l'adresse de vos différents employeurs, en passant par le montant de la somme dont vous disposerez à votre arrivée, les différentes langues que vous maîtrisez, ou ce qui motive votre choix pour le Québec. Suivant votre âge, votre stabilité géographique et le nombre de personnes concernées, cela peut représenter des recherches aussi importantes qu'inattendues. Les souvenirs qui referont surface à ces occasions seront le premier test, silencieux, de votre détermination à partir . En 1995, les frais de dossier valaient à celui-ci d'être accompagné d'un chèque, certifié par votre banque, d'W1 montant de 1810 Francs français par personne de plus de 18 ans. Ce n'est pas très élevé au regard de ce que déboursent d'autres Européens: 1500 dollars canadiens (Belges et Suédois entre autres). Bien que ce soit indiqué très clairement dans le dossier, je rappelle que quelle que soit la décision prise par le Québec, sélection accordée ou pas, cette somme n'est pas remboursable. Il en sera de même pour tous les autres frais engagés par la suite. C'est au vu des informations fournies que se fera la présélection. Environ 40 % des candidats ne dépassent pas cette étape. Le Québec affiche ouvertement ses critères de choix: il recherche des francophones, de préférence jeWles, avec Wle bonne qualification et de l'expérience professionnelle dans une branche réputée déficitaire en personnel au moment de la demande d'immigration. A noter que cette porte ouverte peut se refermer à tout moment, une fois les besoins comblés, pour en voir d'autres s'ouvrir. Crise économique oblige, les chômeurs de longue durée, étudiants sans expérience, spécialistes dans un domaine saturé, sont éliminés d'office. Eliminatoires également: les démêlés avec la justice de quelque pays que ce soit, les maladies graves ou mentales. Toute appartenance à une association politique, syndicale, ou

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professionnelle, y compris tout service militaire, fera l'objet d'une enquête supplémentaire de la part du Québec. Avoir de la famille ou des amis sur place sera considéré comme un plus. Toute fausse déclaration peut entraîner, en plus des poursuites, l'expulsion du Canada. Le tri est sévère mais semble sage, raisonné, justifié. Le Québec ne laisserait entrer chez lui que les gens dont il a réellement besoin, se constituant ainsi une sorte de société d'élite composée uniquement des beaux, des bons, et des gentils, qui, en juste retour de leurs nobles qualités, reçoivent le droit de vivre dans ce havre de paix et d'opulence. La mariée est vraiment très belle. Quelques semaines plus tard, les services d'immigration vous fixeront rendez-vous avec l'un de leurs conseillers. Rue de La Boétie. Bureaux neufs, propres, ambiance feutrée, accueil poli, vidéo et images de rêve. Au hasard de la documentation disponible dans la salle d'attente, une brochure avec la liste des professions actuellement recherchées au Québec. Vous devriez, en principe, y trouver la vôtre car les conseillers à l'immigration ne perdent pas leur temps dans des entretiens dont l'issue négative serait connue d'avance. L'entretien en lui-même n'est ni un concours, ni un entretien d'embauche. Le conseiller, - vérifiera la véracité des informations portées sur votre dossier. - Jaugera votre détermination à venir vous installer au Québec. Point important: il insistera pour que vous fassiez, si ce n'est déjà fait, un voyage de reconnaissance, de préférence en hiver, de façon à vous faire une idée plus précise de ce qui vous attend. Nous y reviendrons. - Il s'informera de votre niveau en anglais, indiquant que la maîtrise de cette langue peut être demandée dans certains domaines. - Il vous avertira que l'ordre professionnel dont vous dépendrez exigera sans doute un examen de passage avant de vous laisser exercer. - Enfin il s'assurera que votre profession est bien déficitaire en personnel au Québec. Là, deux possibilités: si ce n'est pas le cas, mais que le marché n'est pas encore arrivé à satu-

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ration, il vous incitera à un optimisme disons, modéré; si c'est le cas, et ça a été le mien, le discours que vous entendrez est textuellement celui-ci: - "Nous avons besoin de gens comme vous. Non pas que nous ne soyons pas capables d'en former dans nos écoles, mais nous avons une économie tellement dynamique dans ce secteur que nous ne pouvons combler tous les postes et satisfaire la demande en personnel de nos industriels. Nous sommes en état de pénurie et c'est pour cela que nous recherchons des spécialistes comme vous en dehors de nos frontières. Vous serez évidemment le bienvenu chez nous." Ces mots sont d'Wle importance capitale dans la décision que vous prendrez, et il y a de fortes chances pour qu'aucune incertitude n'arrive à leur être un contrepoids suffisant pour vous arrêter. Pour corroborer ses dires, il vous montrera la même liste que celle que vous aviez trouvée dans la salle d'attente. C'est écrit noir sur blanc: votre profession fait partie de celles recherchées par le Québec. Le document émane du Ministère des Communautés Culturelles et de l'Immigration du Québec. Du béton! Contrairement à ce que vous pourriez lire ailleurs, aucune infonnation ne vous sera communiquée quant à votre avenir à la fin de cet entretien. Le conseiller, lui, a pris sa décision mais il ne vous en fera pas part car elle n'est qu'un élément du processus. Plusieurs mois plus tard, le temps de certaines vérifications et enquêtes, arrivera votre certificat de sélection du Québec, précisant la direction que prennent les choses. Attention: dès le premier dossier était précisé l'ordre dans lequel se déroulerait votre processus d'immigration, et à chaque échange de courrier, est bien spécifiée la prochaine étape à venir. C'est simple et il n'y a aucune interprétation possible. Le certificat de sélection du Québec N'EST PAS l'autorisation de mettre le pied sur le sol canadien. Au risque de froisser quelques susceptibilités québécoises, le Québec n'est pas un pays souverain, mais seulement une province du Canada. Votre certificat, qui signifie que la province vous accepte, sera transmis à l'ambassade du Canada et c'est elle, représentant le gouvernement fédéral, qui vous délivrera, encore plusieurs mois plus tard, votre visa de résident et les dates à l'intérieur

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desquelles vous devrez impérativement passer par un bureau de contrôle de l'iInmigration au Canada. Entrer au Québec, et donc au Canada, juste avec un passeport et un certificat de sélection, en espérant que le visa arrive bientôt, revient ni plus ni moins à vous mettre en situation irrégulière au bout de 90 jours sur place. Cela vous vaudra une expulsion sans autre forme de procès. C'est ce qui s'est produit, pour un ressortissant belge et toute sa famille, en avril 1997. Venu pleurer à chaudes larmes devant les caméras de Télé-Québec, il avait trouvé une oreille compatissante et, pensait-il sans doute, un appui suffisant pour contrer une telle décision, en la personne d'un journaliste réputé au Québec pour ses prises de position aussi bruyantes que justifiées lorsqu'il s'agit de défendre la veuve et l'orphelin. En fait ce monsieur n'a fait qu'étaler à l'écran sa méconnaissance totale du processus d'immigration de son propre pays, qu'un fonctionnaire des services concernés s'est chargé de lui rappeler. Le contournement classique de ce genre de problème est, si vous disposez du visa adéquat, de passer aux EtatsUnis pour quelques jours, puis de revenir au Canada, votre passeport est à nouveau validé pour trois mois. Tentative de notre Belge qui s'est fait refouler à la frontière américaine, eux aussi reçoivent les chaînes canadiennes, et qui a dû monter le soir même dans le premier avion pour Bruxelles, ses biens restant au Québec. Faut-il préciser le manque d'hwnour dont font preuve les fonctionnaires de l'immigration quand ils découvrent la tentative d'entourloupe ? Ils sont maîtres de leurs décisions et n'ont à en répondre devant absolument personne, s'ils l'estiment nécessaire ils peuvent aller jusqu'à prononcer contre vous un avis de déportation. Passons sur le choix discutable du terme, cela signifie que l'accès au Canada vous sera interdit à vie. En remplissant votre dossier vous vous engagez à respecter les lois et le mode de vie de la société québécoise. C'est un contrat que vous signez avec ce pays qui va vous accueillir, ne commencez pas à tricher avant votre départ sinon il se pourrait bien que celui-ci n'ait jamais lieu. Avec le recul du temps, il apparait que le voyage de reconnaissance, le niveau d'anglais, les exigences des ordres professionnels, sont des signaux d'alarme très forts qui devraient

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inciter à un réexamen de la totalité de la démarche dès le plus léger doute. Ce n'est malheureusement pas suffisant pour contrebalancer, entre autres, le poids écrasant de la liste des professions recherchées. Avant de prendre une décision, le Québec exigera encore des radios pulmonaires et un certificat médical attestant de votre bonne santé. Le choix du radiologiste et du médecin n'est pas libre, ceux-ci sont agréés par le Québec qui en fournit la liste. Pour la région Centre-France Auvergne, ces praticiens sont non conventionnés, tant s'en faut! Quelle que soit la décision, ces examens médicaux ne sont en aucun cas remboursables ni par la sécurité sociale française, ni par la RAMQ (Régie d'Assurance Maladie du Québec). A ce niveau d'avancement de la procédure, frais engagés mis à part, c'est encore l'incertitude la plus totale, et la réponse peut être aussi bien négative que positive. Plus le temps passe, plus augmente l'impression de porte-à-faux. On approche en effet d'un moment décisif dont on ignore la date. Lorsque celui-ci arrivera, c'est-à-dire lorsque vous recevrez votre visa d'immigrant, s'il vous est accordé, les journées n'auront pas trop de vingt-quatre heures. Mais nous n'en sommes pas encore là. Le voyage de reconnaissance Peu importe qu'il ait lieu avant ou pendant la procédure d'immigration. Il n'est pas obligatoire de visiter le Québec avant de s'y installer, mais c'est fortement conseillé. Cela évite de débarquer sur une autre planète sans le moindre repère. Je ne prétends pas que la chose soit impossible, certains le font, simplement le choc des premiers jours en Amérique du nord n'en est que plus grand. Disons les choses franchement: New-York, Boston, Toronto, Montréal, Québec, en cinq jours, aux ordres d'une cheftaine qui chaperonne cinquante touristes en goguette n'est pas le bon choix. A condition qu'ils n'habitent pas au fm fond de la Gaspésie (à moins que ce ne soit votre point de chute prévu), séjourner chez des amis en étant autonome pour ses déplacements est déjà bien mieux. Avec une réserve toutefois: les amis représentent une aide, un appui, qui peut occulter plus ou moins consciemment certains aspects de la vie québécoise qui ne manqueront pas de se révéler, parfois de manière surprenante, forcément plus tard. Solution plus radicale, mais également plus réaliste. Depuis la

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France, louer une maison meublée dans un rayon de 50 à 80 kilomètres de Montréal. J'expliquerai le choix de la ville plus loin. Louer également une voiture. L'ensemble fait partie des "produits" d'une agence de voyage digne de ce nom. A la descente de l'avion, assurer la voiture tous risques auprès de l'agence de location. Votre "char" (en langage québécois) est parqué au deuxième sous-sol de l'aéroport: vogue la galère. Comme pour les cours intensifs de langue étrangère cela s'appelle de l'immersion. Personne n'en meurt, mais l'on apprend très vite; de la même façon que l'on jauge très rapidement sa propre capacité d'adaptation. Deux à trois semaines sur place sont le minimum à considérer. Quelques conseils Le séjour débute derrière un volant. Foncièrement peu éloigné du nôtre, le code de la route québécois présente néanmoins quelques différences qu'il vaut mieux connaître avant de "partir le char". Cela évitera les catastrophes ou à défaut, les amendes particulièrement salées. L'office du tourisme québécois, sur simple demande, envoie gratuitement en France brochures et cartes suffisantes pour une première approche "sécuritaire" de la route québécoise. Par la suite, en cas d'immigration, l'achat d'un livre de code s'avèrera utile pour saisir toutes les subtilités locales. Le permis français est valable 3 mois sur place. A quelle saison faire un voyage de reconnaissance? Venir pour la première fois au Québec en hiver comme le recommande le conseiller à l'immigration à Paris, est une arme à double tranchant. Ce monsieur a entièrement raison en ce sens que, climatiquement parlant, c'est à cette époque que le Québec présente son pire visage. Le test sera donc édifiant. Si vous supportez stoïquement ou mieux, appréciez froid et neige avec tout ce que cela implique, il est bien évident que les choses n'en seront que plus vivables et donc plus faciles aux autres saisons. Mais à moins d'avoir un petit côté masochiste à satisfaire je ne pense pas qu'il soit nécessaire de s'infliger une telle épreuve pour un premier contact. Plusieurs raisons à cela.

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Une évidence que l'on constate dès les premières secondes passées dehors: en Europe de l'ouest, exception faite de la Scandinavie, nous ne sommes absolwnent pas équipés, ni en vêtements, ni en chaussures~ pour affronter les conditions climatiques de l'hiver québécois. Pour ceux qui doutent, la pratique de l'alpinisme en France m'a habitué à certaines "fraîcheurs" et je maintiens néanmoins fermement l'affirmation ci-dessus. A titre d'exemple absolwnent ordinaire: un banal - 22° agrémenté de seulement 40 kilomètres à l'heure de vent donne une température corrigée par le "facteur éolien", comme l'appellent les Québécois, de - 50° bien tassés. Et il ne s'agit pas là de passer quelques secondes en haut d'une crête, skis aux pieds, mais plus prosaïquement de gratter le pare-brise le long du trottoir avant de pouvoir démarrer. Lors des tempêtes de neige ou de pluie verglaçante, les grands axes sont dégagés le plus rapidement possible. Comprendre entre un et plusieurs jours, suivant ce qu'il est tombé ou ce qu'il continue de tomber. Le réseau secondaire, en ville comme à la campagne, justifie pleinement son qualificatif et vient après. Par ailleurs, d'une manière générale, les voitures américaines de location sont lourdes, puissantes et d'un gabarit encore respectable. La boîte automatique est de rigueur. Une météo exécrable, des conditions d'adhérence précaires, un maniement inhabituel, une méconnaissance partielle du code de la route, le tout en pays inconnu, n'en simplifient aucunement la prise en main et peuvent rendre les déplacements laborieux, voire risqués. Or le but du voyage n'est pas de rester calfeutré à la maison. Climat et saison obligent, les Québécois ne flânent pas dehors mais se ruent vers leurs tanières surchauffées dès la sortie du bureau, ce qui n'est pas pour favoriser les chances de contact avec eux. C'est pourtant un point très important de ce type de voyage. L'image du pays que l'on peut recueillir dans la rue a sans doute autant de valeur que celles diffusées par les différents médias que l'on ne négligera pas pour autant. Ce cliché pris sur le vif permet de constater que les Québécois semblent toujours heureux d'accueillir les "cousins" français, tant qu'ils sont towistes, mais que les sourcils se froncent au mot immigration. Observation de la vie de tous les jours mise à part, l'autre point capital du séjour est l'évaluation des possibilités d'emploi. A ce

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