Blues des métiers

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Publié le : lundi 1 janvier 1996
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EAN13 : 9782296321526
Nombre de pages : 112
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BLUES

DES MÉTIERS

Collection Écritures
MERIDJEN Alain, Un matelas par terre, 1995. DUVIGNAU Marie, Vingt chroniques garlinoises plus une, 1995. RABINOVITCH Anne, Comme si les hommes étaient partis en voyage, 1995. AOUAD BASBOUS Thérèse, Mon roman, 1995. HAGHIGHA T Chapour, Le chant nocture des voyageurs. 1995. CLANCY Genviève, TANCELIN Philippe, L'été insoumis, 1970-1984, 1995. LO NYOMBO Samba, Dakar Transgress, 1995. FLAHAUT Daniel, Une blouse blanche sous le bouboll. ...en Afrique et à l'OMS, 1995. ZIfu'\JI Rabia, Le secret de Marie, 1995. ST ARASELSKI Valère, Le Hammam, 1996. DES HAIRES J.M., L'Impromptu d'Alger, 1996 GOURAIGE Guy, Courage, 1996. GENOT Gérard, Lafrontière des Beni Abdessalam, MUSNIK Georges, Par-dessus mon épaule, 1996. BOCCARA Henri Michel, Traversées, 1996. STARASELSKI juste, 1996. Valère, Dans la folie d'une colère très

1996.

ALATA J.-F., Les Colonnes defeu, 1996. COISSARD Guy, L'Héritier de Bissas Moïse Simba Kichwa Ngunuri, 1996. DUBREU:rr~ Bertrand, Pierre, fils de rien, 1996. GUEDJ Max, le cerveau argentin, 1996 AOUAD Maurice, Dernier jour, dernier rois, 1996. BALLE Miguel, L'éveil, 1996. BENSOUSSA1"J Albert, Les eaux d'arrière-saison, GREVOZ DanieL Les vires à Balmat. 1996. BRUNE Elisa, Moiteurs, 1996.
iÇ1L' Harmattan, 19%

1996.

ISBN

2-738-+-4393-1

Hubert

LESIGNE

BLUES

DES MÉTIERS

L'Harmattan L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

Du même auteur Poésie
Cirque guignol et marionnettes Autoédition. (Poèmes, 1949-1959 )

La vie la mort la poésie (Poèmes, 1954-1976 ) Autoédition.
Cirque la vie (Poèmes, 1990-1993 )

Récit de vie fantaisie

Un garçon d'Est Editions L'Harmattan, 1995. Essai
Usages lexicaux et groupes sociaux ( 1983 ) ( Thèse de doctorat)

Pour un français ici et maintenant Jouer sur et avec les mots ( 1988 ) E.N.N.A. Paris-Nord.
Chants d'amour en douce France I.U.F.M. de Créteil. ( 1991 )

A mes compagnes et compagnons du Pays-Haut et des banlieues de Seine

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GENS DE PAYS En ce temps de vieille ancienneté on s'appelait volontiers Arsène Noémie Dionis Ursule ou bien encore Auguste qui se décline en Gugusse. Les gens de petite extrace habitaient des saints et des monts ils avaient une vache aux oreilles blondes un bourri maigre. Ils travaillaient pour dix-vingt sous la journée qui ne font pas une paire de souliers. Les enfants d'écoles à pauvres soulevaient leurs bonnets quand le régisseur arrivait roule calèche à bonne allure de bidet. Les maisons avaient encore du chaume sur la tête et de la paille il fallait pour doucir les sols battus à coups de pieds. Les pères se cassaient de porter balles à seigle à foin faner n'est pas batifoler comme s'amusait la marquise des Vignes et Sèves. Les mères n'étaient guère rondelettes les yeux bien gris en ces temps-là de lassitude leurs jupes en grosse étoffe foncée les couvraient jusqu'aux chevilles. Elles avaient aussi des devantières des câlines des bouffettes bien passées de mode aujourd'hui que les dames sont relevées de jupes rasantes. Les garçons devenus pères pouvaient dire je m'en souviens comme de ma première culotte sans rhétonque elle ne leur venait qu'après la robe vers trois-quatre ans. Les petits apprivoisaient les jardins après la communion première en falbalas main gauche apprise et bien habile à tracer le sillon entre deux raies légume hâtif et cru lent du haricot l'un aidant l'autre à le garder des soleils ou lui repasser l'eau fine sans l'étouffer sème espacé la terre doit nourrir ce qu'elle porte sur le dos pas de souffrette dans des plantes maigrichonnes.

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C'est comme enfançons sinon qui n'ont pas de lumière emporte-les dans les campagnes, qu'ils jouent derrière les talus dressés contre vents froids sous les inclinaisons chaleureuses sur midi. Aller au rythme des charrettes d'une terre en une autre étirée en rayons d'été c'était temps trouvé pour se reposer réfléchir au ventre des terres au respect des humidités des haies des marais de vie et comme avec une jument sentir ses efforts sa fatigue à travers celle de l' homme lent qui cueille une touffe d'herbe à lui faire manger de sa main. Dans l'hiver des pays de genêts de bruyère marchaient les petits gamins sur les landes au bord des bois parmi la laine des brouillards le silence des arbres et des clos quand les oiseaux ne remuent plus leurs plumes seulement les corbeaux âgés qui piétinent la neige en appelant le ciel gris de leurs cris enroués ou enlèvent leurs lourdeurs planes majestés lentes dans les airs glacés comme les malheurs du monde. Alors les brebis ne jouent plus elles vont serrées la tête basse. Leurs yeux fixés au sol ressemblent à du verre mort dans les blancheurs glissant transparentes à travers troncs et buissons sur la coulée du ruisseau glacis d'eau gelée allongé sous la colline aux fûts noirs. Et les moutons sonnent des perles d'eau prises dans leurs toisons sous les fumées de brumes tendues sur les chemins givrés. Ainsi s'en perdait-il du temps sous les Langres à portées anCiennes dans les massifs Bretagne Bourgogne Auvergne Limousin dans les chairs du Midi soleils chaleurs grotesques 10

les Cévennes à dorsales tristes à pertuis filets eaux que voilà grondantes charriantes en automne furieuses de leurs troncs jetés dans les forces des ponts. Perdre perdre oui du temps mais non égaré éperdu comme à rouler le champ sur chenilles roues à pneus fumants à crans qui mâchent broient sans mesure sans sagesse sans fin parmi les jours de travail énervé les nuits d'Europe à phares sans sommeil. Tellement que nature se dresse et s'en va en errance vient au silence à la sauvagerie des épineux des ronces et fera bientôt peur par deçà les travaux ancestralement consommés. La terre la terre était liée à l' homme comme la mie à la croûte du pain. Enfin c'était le malle bien vieux temps des moustaches fichus coiffes mollets cache-cache des vidames recteurs bonnes dames à dentelles de Malines Alençon Valenciennes. Qui est perdu qui est perdu sous plastiques et calculatrices numéros enflés de zéros. Tant que nous ne pouvons le ramasser dans les campagnes nitratées très fertiles pourtant en semis intenses en nappes d'eaux ensorcelées et que nous avons sur les bras des affaires pas très portantes. Il vient alors que des notables d'Ecoles révisent les ardeurs des jardiniers pour garder le modèle des champs des prés des chemins qui font un visage aux pays lesquels dans nos maintenants perdent la chair les yeux les lèvres de leurs faces.
Dans les villes il fallait chercher nouvelles matières à vivre. Rue de Tanger ou rue de l'Ourcq dans des quartiers à populaire du grand Paris voici voilà paysans avec valises à quatre noces et tous enfants en robe encore et cheveux longs

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