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BRASILITÉS ACTUELLES : PARADOXES ET CONTRADICTIONS

197 pages
1500-2000 : il y a deux ans le gouvernement brésilien commémorait la « découverte » par le Portugal de ce qui allait devenir un pays aux dimensions continentales : le Brésil. Quel paradoxe pour ce pays tellement axé sur l’idée de « nation brésilienne » que de voir son gouvernement commémorer ainsi la lusitanie plutôt que la brasilité ? Ce numéro questionne et approfondit cette position contradictoire.
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Université Libre de Bruxelles

Groupe d'Etudes Latino-Âlnéricaines de l'Institut de Sociologie (GELA-IS)

Cahiers du GELA-IS N° 2-2002

Brasilités actuelles: paradoxes et contradictions
Coordination: Bérengère Marques-Pereira

GELA-ISj L'HARMATTAN
L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Groupe d'Etudes Latino-A1néricaines de ]'Institut de Sociologie (GELA-IS)

Equipe de rédaction
Bérengère Marques-Pereira, Sophie Stoffel COlIlité scientifique
Rosario Aguirre (Universidad La Repûblica, Montevideo), Kathya Araujo (Universidad Academia Humanismo Cristiano, Santiago de Chile), Lincoln Bizzozero (Universidad La Repûblica, Montevideo), Georges Cou ffign al (Institut des Hautes Etudes de l'Amérique Latine, Paris III), Anne Dubreucq (Université Libre de Bruxelles), Manuel Antonio Garreton (Universidad de Chile), Patricia Gomez (Universidad de Buenos-Aires), Pernette Grandjean (Université de Reims), Guy Hermet (Fondation Nationale des Sciences Politiques, Paris), Jean-Pierre Lavaud (Université de Lille I), Henri Rajchenberg (Universidad Nacional Autonoma de México), Stéphane Rillaerts (Université Libre de Bruxelles), Vania Salles (El Colégio de México), Bernardo Sorj (Universidade Federal do Rio de Janeiro), Juan Soto Godoy (Universidad Academia Humanismo Cristiano, Santiago de Chile), Teresa Valdès (Facultad Latinoamericana de Ciencias Sociales, Santiago de Chile), Daniel Van Eeuwen (Institut d'Etudes Politiques d'Aix-en-Provence), Isabel Yepez del Castillo (Université Catholique de Louvain)
Les propositions d'articles doivent être envoyées à Bérengère qui les soumettra au Comité scientifique: d'Etudes Latino-Américaines Marques-Pereira

Groupe

de l'Institut de Sociologie 44 avenue Jeanne - CP 124 B - 1050 Bruxelles Tél. : +32-2-650.4065 - Fax: +32-2-646.2378 E-mail: bmarques@ulb.ac.be

(QL'Harmattan,

2002

ISBN: 2-7475-3045-0

TABLE DES MATIERES

Bérengère MARQUES-PEREIRA Brasilités actuelles: paradoxes et contradictions
Be m ard 0 SO R

p. 5

J . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

p.

13

The seven faces of the Brazilian society
Brun 0 LA UTI ER. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. p. 49

Le léopard et la panthère écossaise. éclatement spatial et fractionnement les métropoles latino-américaines

Mondialisation, social dans

Sebas tian SANTANDER ... ... Le poids du Brésil dans le Mercosur : obstacle à l'intégration?

p. 103

Camille GO IRAND p. 125 La démocratie participative au Brésil: les expériences de budgets municipaux participatifs
Lineimar PEREIRA MARTINS p. 151 Les élections au Brésil: les rites du sacré moderne André CORTEN Brésil: l'instituant du politique du modèle colonial de la chrétienté aux mouvements religieux transnationalisés Notes de lecture p. 179 p. 163

Cahiers

du GELA-IS,

n° 2, 2002,pp.

5-12.

Brasilités actuelles: paradoxes et contradictions
Bérengère Marques-Pereira *

1500-2000 : il y a deux ans, le gouvernement brésilien commémorait la «découverte» par le Portugal de ce qui allait devenir ce pays aux dimensions continentales, le Brésil. Quoi de plus paradoxal pour ce pays tellement axé sur l'idée de la «nation brésilienne» que de voir son gouvernement commémorer ainsi la lusitanité plutôt que la brasilité ? Si l'on peut comprendre que le Portugal fête ses victoires passées, le lusocentrisme du Brésil officiel en fait l'héritier des colonisateurs t Quoi de plus paradoxal pour ce pays qui a fait de l'avenir un rite fondateur que de commémorer les sources d'une existence de 500 ans ? Les brasilités actuelles sont assurément l'héritage de 500 années de fragmentations d'ordre économique, social, culturel et politique. Elles sont aussi la cristallisation de nombre de paradoxes et de contradictions: ce sont celles-ci qui font l'objet de ce deuxième numéro des Cahiers du GELA-IS. Paradoxes et contradictions sont abordés d'abord par Bernardo Sorj dans ce qu'il appelle les sept facettes de la société brésilienne. Ils le sont ensuite, sous l'angle socio-économique, par Bruno Lautier et sous l'angle politico-économique par Sebastian Santander, le premier s'attachant à l'éclatement urbain et à la fragmentation sociale, le second au poids du Brésil dans le Mercosur. Ils sont placés ensuite dans des perspectives politiques par Camille Goirand qui se penche sur l'expérience des budgets participatifs, par Lineimar Pereira Martins qui appréhende les élections présidentielles brésiliennes comme des rites sacrés modernes et enfin par André Corten qui envisage le pentecôtisme dans ses relations à l'instituant du social et du politique.

* Directrice du GELA-IS (Groupe d'Etudes Latino-Américaines de l'Institut de Sociologie) et du Centre de Sociologie Politique de l'Université Libre de Bruxelles.

6

Bérengère

Marques-Pereira

C'est donc sous l'angle des paradoxes et des contradictions du Brésil actuel que Bernardo Sorj trace la géographie de leurs différentes facettes dans un jeu de miroirs qui les renvoient les unes aux autres: le patrimonialisme, l'Etat rationalisant, le capitalisme, l'inégalité sociale, la citoyenneté sociale et politique, la sociabilité culturelle. Le patrimonialisme s'ancre dans une confusion entre l'autorité privée et l'autorité publique qui autorise une privatisation des ressources publiques, comme en attestent par exemple le clientélisme ou le népotisme, ainsi qu'une publicisation de l'espace privé comme en témoigne le corporatisme d'Etat. Le patrimonialisme vient contredire assurément le processus d'individuation et celui de l'intégration des valeurs propres à la citoyenneté politique et sociale. Malgré la prégnance du patrimonialisme dans l'ensemble des rapports sociaux, l'Etat a pu imposer sa face rationalisante dans une perspective positiviste et nationale qui a donné sa coloration proprement brésilienne au capitalisme de ce pays aux dimensions continentales. Ce capitalisme va certainement de pair avec une construction sociale extrêmement hétérogène et inégale, en particulier par un accès différencié à des biens collectifs tels que l'eau, le réseau de transports publics, l'électricité, la sécurité, la santé ou l'éducation. Sans doute un tel accès résulte-t-il de la différenciation de l'espace géographique et des rapports sociaux, en particulier racistes et sexistes. Mais c'est l'Etat avant tout, l'Etat dans son double visage, patrimonialiste et rationalisant, qui est l'acteur des différenciations sociales. C'est dire à quel point la citoyenneté renvoie plus au registre de l'utopie qu'à une réalité empiriquement saisissable. La profondeur des inégalités de conditions entre les gens de peu et les gens de biens vide de sa substance l'égalité des citoyens devant la loi et vide de son sens la représentation d'un espace public commun à ceux-ci tout comme elle fragilise la construction d'un quelconque civisme. L'inégalité des conditions combinée aux pratiques autoritaires, racistes et violentes s'avère être un ferment de fragmentation sociale, sans que l'on puisse pour autant soutenir que la société brésilienne s'assume comme raciste et hiérarchique, tant la valorisation des liens personnels, la chaleur de la religiosité et l'informalité des relations sociales viennent infirmer l'hypothèse qui voudrait que de telles pratiques fassent partie d'un système doctrinal cohérent, même si elles font une large place à leurs affinités électives avec le patrimonialisme et le paternalisme. L'article de Bruno Lautier s'attache à mettre en rapport l'éclatement spatial et le fractionnement social dans les métropoles latino-

BrasiliJés actuelles

7

américaines, tout en invalidant les modes de raisonnement dualiste qui ne tiennent pas compte des nombreuses médiations qui président aux liens entre ces éclatements et la mondialisation. Bruno Lautier synthétise d'abord la problématique de l'éclatement spatial à l'aide d'une métaphore: la «peau de léopard », faite de «tâches de modernité branchées sur la circulation mondiale, dispersées sur une peau composée de logements, de lieux d'activités économiques et administratives qui restent à l'écart de la mondialisation. » Il procède ensuite à l'analyse de l'éclatement social, sous deux angles: d'une part, celui des statuts de travail, et, d'autre part, celui de l'accès aux politiques sociales. Devant la difficulté de séparer secteurs formel et informel, la carte des statuts sociaux recourt, elle, à une peau plus nuancée, celle de la panthère, qui subira une nouvelle fragmentation (d'où la «panthère écossaise ») permettant de décrire le problème des accès à la protection sociale. Comme outils analytiques ces métaphores permettent à Bruno Lautier de mettre en garde contre toute vision dualiste et tout discours catastrophiste, nlontrant des métropoles latino-américaines comme un système d'apartheid fait de quartiers homogènes branchés sur la mondialisation dans un océan urbain paupérisé. Une telle perspective est peu réaliste devant les caractères respectivement poreux, mouvant et hétérogène des activités hybrides (formelles et informelles), de la pauvreté et des statuts sociaux à l'intérieur des familles, qui rendraient difficile, techniquement et politiquement parlant, une gestion de la ville en termes dualisés. Sebastian Santander aborde le poids du Brésil dans le Mercosur pour évaluer jusqu'à quel point ce poids constitue un obstacle à l'intégration régionale. Après avoir rappelé dans quelle mesure le rapprochement de l'Argentine et du Brésil a permis la naissance du Mercosur et après avoir souligné les disparités entre ses unités, l'auteur met en relief les logiques différentes développées par les moteurs du Mercosur: alors que le Brésil a une perception plus stratégique de l'intégration régionale, l'Argentine voit dans cet espace et dans sa relation au Brésil une dimension avant tout commerciale et économique. L'article de Sebastian Santander met l'accent sur la contradiction dans laquelle le Brésil se trouve: ses réticences à l'égard de l'institutionnalisation de tout élément de supranationalité risquent d'affecter son leadership dans la région. Avec l'article de Camille Goirand sur les expériences de budget participatif, ce numéro des Cahiers du GELA-IS aborde l'une des inno-

8

Bérengère

Marques-Pereira

vations politiques brésilienne les plus connues dans le monde. L'auteur met en lumière les écueils de cette volonté de démocratie participative au regard des exigences de la démocratie représentative que sont, notamment, la liberté, l'égalité, la transparence et la reddition des comptes. Après avoir rappelé le contexte politique du budget participatif à Porto Alegre et souligné les étapes de son élaboration, Camille Goirand s'interroge sur le caractère peu représentatif et le caractère localiste de cette nouvelle médiation mise en place pour répondre à une politique des besoins immédiats, qui peut faire craindre un renouvellement du clientélisme, un contournement du législatif au profit de l'exécutif, un accroissement des inégalités territoriales et un manque de civisme fondé sur l'intérêt général. L'article de Lineimar Pereira Martins sur les élections présidentielles quitte le terrain de la démocratie participative pour s'attacher à un moment essentiel de la démocratie représentative -les élections présidentielles- vu sous l'angle anthropologique d'un rite qui, à la fois, légitime un ordre établi et en institue un nouveau. L'auteur souligne ainsi le caractère paradoxal des élections présidentielles: le candidat à la présidence construit en effet son discours à partir d'un futur idéalisé tout en incarnant la permanence des institutions politiques. Cette idée d'un avenir à conquérir plonge ses racines dans la monarchie post-coloniale, se trouvera réactivée dans la devise positiviste «ordre et progrès» Q'emblème du drapeau brésilien), et continuera d'être actualisée sous Vargas, Kubitschek et le régime des militaires, dans des modalités différentes. La campagne de Cardoso en 1998 se situe dans cette lignée. Enfin l'article d'André Corten aborde la question de l'instituant du politique en ce début du XXle siècle à travers une démarche en quatre temps. Après avoir discuté la problématique théologico-politique, l'auteur s'attache à la circulation transnationale des imaginaires politiques (celui de la transparence et de l'espace public, et celui des forces invisibles) et au rôle de traduction des imaginaires rempli par le pentecôtisme. Cette traduction ne donne cependant pas lieu à une nouvelle langue politique énonçant l'acceptable et l'inacceptable. A ce titre, le pentecôtisme n'a qu'un faible rôle d'instituant du politique. Mais André Corten se demande si le pentecôtisme ne possède pas un rôle d'instituant du social, lorsqu'il l'appréhende comme formateur d'identités transnationales différenciées, et comme producteur de culture populaire opposée au social minimum imposé par la globalisation. Enfin, l'auteur

Brasilités

actuelles

9

s'interroge sur le sens à donner au faible effet instituant du pentecôtisme. Cette observation est-elle à mettre en relation avec le politique plutôt qu'avec le social? Est-elle à mettre en perspective avec le caractère «chaud» de ce type religieux qu'est le pentecôtisme qui n'a pas encore eu le temps de se solidifier en symboles? Est-elle à mettre en rapport avec un manque « d'imagination sociologique» du chercheur? Les différents articles de ce numéro des Cahiers du GELA-IS abordent ainsi les multiples facettes d'un pays qui, après un retour de plus de vingt ans à des gouvernements civils, reste marqué par les incertitudes d'une démocratisation qui constitue le contexte sous-jacent aux paradoxes et aux contradictions que nous avons évoqués. La transition à une démocratie procédurale semble achevée: les premières élections présidentielles libres et compétitives au suffrage universel ont lieu en 1989 mais, dès 1984, de larges fractions de la société civile se mobilisaient avec l'opposition pour revendiquer de telles élections (notamment dans le mouvement Diretas Jà qui rassemblait plus d'un million de participants dans les grandes villes). Il est sans doute vrai que le retour à des gouvernements civils fut avant tout octroyé par les militaires eux-mêmes et sous leur contrôle. Ainsi, l'ouverture politique et la libéralisation se firent à la faveur d'une stratégie électorale mise en place par les militaires, qui usaient du bipartisme ou d'un multipartisme restreint pour, d'une part, éviter à leurs gouvernements d'être mis face à des positions de plébiscite, et, d'autre part, pour diviser l'opposition. Dans cette perspective de démocratie octroyée, on peut également souligner que la nouvelle Constitution (1988) n'a pu déboucher sur une véritable réforme économique et sociale, alors que les enjeux portaient précisément sur le droit de propriété, sur la réforme agraire, sur les droits économiques et sociaux, tant la Constituante fut menée sous l'égide des élites conservatrices du Congrès. Il n'en demeure pas moins que l'apparition d'un mouvement syndical autonome, qui se voulait en rupture avec le corporatisme d'Etat et qui était issu des grandes mobilisations ouvrières de Sao Paulo en 19781979, de même que la création et le développement d'un véritable parti politique de masse Qe Parti des Travailleurs conduit par Lula) ont accéléré l'ouverture politique et ont fait intervenir sur la scène politique les protagonistes d'une démocratisation qui restait étrangère aux forces conservatrices. Certes, la corruption est fréquente, elle touche les plus hauts niveaux de l'Etat, et peut faire douter d'une véritable légitimité

10

Bérengère

Marques-Pereira

démocratique. La campagne électorale pour l'élection présidentielle de 1994 a d'ailleurs mis en lumière à quel point les différents candidats de la classe politique, hormis Cardoso et Lula, étaient atteints par de nombreux scandales. Peut-on dès lors parler d'une démocratisation au Brésil? Sans doute, la procédure d'impeachment du président Collar, mise en oeuvre sans violence, fut un événement d'importance pour l'ensemble du continent latino-américain. Sans doute les nouvelles institutions politiques issues de la transition fonctionnent-elles. Mais une série d'éléments rendent la démocratisation fort problématique. Ainsi, les multiples transgressions de la loi ne permettent pas de parler d'Etat de droit. L'existence de pouvoirs mafieux ôte toute légitimité à l'idée même de citoyenneté et concurrence le monopole étatique de la violence. Les liens de patronage n'ont pas disparu, loin s'en faut, en particulier dans les Etats les plus pauvres du Brésil, ceux du Nord et du Nordeste. Certes, les analphabètes ont pu être intégrés à l'espace politique (droit de vote), mais la citoyenneté demeure encore une utopie tant les pratiques sociales demeurent empreintes des servitudes d'un paternalisme qui infantilise et rend dépendant. De manière générale, l'adage brésilien « aux ennemis la loi, aux amis, tout» illustre à quel point les citoyens ne sont pas égaux en droit et à quel point la loi est faite pour être contournée. A terme sans doute, l'intégration régionale que représente le Mercosur ne pourra-t-elle pas faire l'économie de l'universalité de la loi: le jeu qui consiste à contourner cette dernière doit être dépassé si l'on veut que les accords et les décisions des instances délibérantes soient appliquées. Mais le poids du Brésil et ses réticences à tout élément de supranationalité ne favorise pas ce dépassement, d'autant qu'à ce jour le Mercosur n'est pas porteur de citoyenneté, sa construction étant l' œuvre des seules élites. En outre, la logique commerciale de l'intégration se double de politiques d'ajustement structurel qui entraînent une polarisation sociale et une pauvreté croissantes. Les initiatives néo-libérales dans le champ des politiques sociales ont imposé un social minimum, en privilégiant l'idée de sélectivité, les programmes sociaux compensatoires à court terme pour les situations de pauvreté, et en transférant l'exécution de ces programmes au privé ou aux gouvernemen ts locaux. Par contre, en Amérique l'idée démocratique a toujours latine, et au Brésil en particulier, de l'idéal égalitaire,

été plus proche

BrasiliJés

actuelles

Il

communautaire et participatif, que de l'individualisme libéral. Aussi, la diversité des luttes menées en faveur de l'égalité n'ont-elles pas perdu leur pertinence. Une manifestation importante de celles-ci est l'émergence d'acteurs sociaux qui, sur le terrain local, ont pris en charge la gestion des coûts sociaux d'un nouveau modèle de développement centré sur l'extérieur. Sans relater ici les expériences de mobilisation, il faut souligner leur signification générale d'affirmation de droits, et en particulier du droit à la dignité. Il est vrai cependant que la montée du pentecôtisme peut en détourner le sens égalitaire. Il est également vrai que l'informalisation des relations de travail est un phénomène qui relativise l'impact que peuvent avoir les mouvements sociaux porteurs d'un projet égalitaire. Au Brésil comme ailleurs en Amérique latine, cette informalisation a consisté à mettre hors-la-loi, à extérioriser juridiquement une partie croissante de la main d'œuvre, du point de vue des salaires et des prestations sociales. De fait, informalité rime avec précarité. Telles sont quelques-unes des circonstances majeures qui ont présidé aux recompositions économiques, sociales et politiques au Brésil. Ces circonstances traduisent à quel point démocratisation politique et démocratisation sociale se heurtent aux incertitudes de rapports de forces dont l'enjeu est la redistribution des ressources de pouvoir et des ressources matérielles, et combien elles conditionnent l'avenir immédiat de ce pays d'importance vitale pour le continent américain tout entier.

Cahiers

du GELA-IS,

n° 2, 2002,pp.

13-48.

The seven the Brazilian

faces

of

society

Bernardo Sorj*

Introduction
During decades, theories produced by sociologists working in advanced countries were «nationless », in the sense that case studies led to analytical and conceptual developments, which, by definition, were a contribution to the general understanding of modernity and of modem society. On the other hand, theories produced by those working in or on developed countries were considered to be determined by the time and space of each case-study, their main task being to explain or to measure the distance between actual reality and modem society, as defined by Social Theory. The idea that developing societies could only be understood through the mirror of advanced societies was first challenged by the theory of dependency. In spite of all its ambiguities and limitations this theory somehow affirmed the existence of parallel paths of development and the need for understanding developing societies on their owns terms. Still, dependency theory did not challenge the notion of modem societies as a homogeneous world. Only in the eighties and nineties, under the impact of the Japanese sui generis but highly successful model, the end of communism and the general impact of globalization, was it finally recognized that modernity and capitalism are plural. Each society is a unique experience of synthesis in which universal social, cultural and material institutions are processed by local traditions and permanently redefined by concrete historical practice.

* Profesor ofSociology

at the Federal University of Rio de Janeiro.

14

Bernardo

Sorj

Unfortunately, what could have been the revival of comparative studies, in which the study of each society would help to build a general social theory, has so far been pushed aside by the tendency to produce generalizations about global trends or to focus on very specific case studies to prove that local differences are still important. The main objective of this essay1 is to present an overview of Brazilian society on the eve of the economic and political reforms launched in the nineties by the different democratically elected presidents. In this article contemporary Brazilian society is charted as a product of the complementary, conflictive co-existence of seven institutions: patrimonialism, the state as a rationalizing agent focusing on economic growth, capitalism, social inequality and heterogeneity, the logic of institutions, citizenship and cultural patterns of sociability. These institutions may overlap, complement each other, or clash, depending on how social agents utilize them and how each institution unintentionally affects the social system. These seven aspects of Brazil are not flip sides of each other but stand largely face-to-face, influencing and contesting each other. Although they do not account for the totality of Brazilian social reality, these seven elements constitute basic mechanisms that organize the society and help shed light on a good part of the integration processes and social conflicts observed in con temporary Brazil. Patrimonialism The term «patrimonialism» has been broadly used in studies on Brazil to characterize private appropriation of state resources, either by politicians and public servants or by members of the private sector. This situation contrasts with an ideal-type of liberal or modem society where the state is separate from the market, where bureaucratic agencies operate in compliance with universal rules, and where government is the channel for projects presented through political representations grounded in civil society.

1 Based on the first chapter of my book (E. Sorj, 2000).

The seven faces of brazilian society

15

Patrimonialism is generally cast as a cultural trait inherent to certain societies, which can be loosely grouped as Iberian or Mediterranean. This kind of culturalist perspective, with its transhistorical emphasis, tends to overlook the fact that patrimonialism only persists as long as it serves the interests of specific social groups and that its characteristics vary, depending upon the prevailing social dynamics. Under a patrimonialist system, economic and political powers may relate in a variety of ways, meaning that the concept must necessarily be situated in a concrete historical context. We can to a greater or lesser extend observe patrimonialism in all societies where the distribution of wealth and power is unequal. By not looking at Brazilian patrimonialism as a folkloric phenomenon typical of a « backward» country, we may come to better understand a common feature of all contemporary societies. What is unique about modem Brazilian patrimonialism lies in the way it is entwined with extreme social inequalities, in the impunity of the nation's elites, and in the abandonment of the society's poorest members. Countries as different as Japan, Israel or France display strong patrimonialist features, yet extreme social inequalities or lack of solidarity are not observed. Indeed, a sense of community and of solidarity can develop out of a variety of sources, which do not necessarily require the creation of a liberal public space. In sociological thought, patrimonialism has been associated in particular with the work of Max Weber, who uses the concept broadly, encompassing a wide array of feudal and archaic economic forms and who also recognizes that the phenomenon displays various modalities2. While Weber applies the term to a form of traditional domination, the Brazilian literature has virtually ignored this aspect. Modern patrimonialism is a strategy through which social groups (particularly ruling groups but other groups throughout society as well) obtain economic resources or privileges by wielding power without a legitimary founded on tradition. These groups can do so because modem

2 See especially M. Weber, 1996. For an interpretation ofhow this concept has been used in the Brazilian literature, see L. W. Vianna's article, March 1999. Vianna has leaned towards a dichotomous viewpoint, as if it were necessary to choose between the total autonomy of the bureaucratic state and its complete subordination to local, private interests.

16

Bernardo

Sorj

patrimonialism is a form of domination within the context of urban societies where traditional domination systems have been replaced by democratic values and by formally liberallegal systems that presuppose the separation of political and economic power. We have in fact seen an increasing awareness and critique of patrimonialism in its different forms only because society has internalized the modem values of separation between political and economic power as well as the universalistic notion of rights of citizenship. By reproducing social inequalities and impunity, patrimonialism comes into conflict with a society that has progressed in the spheres of individualization and integration of citizenship values and in the search for a welfare state. Within this context, the causes of social inequality are no longer seen as stemming from the eXploitation of labor. They are rather focused on the state's capacity to regulate, control, and manage an assistance network and social service infrastructure that will guarantee all members of the population minimum living conditions and a role in the productive system. When this does not occur, patrimonialism becomes targeted as the prime source of social problems and is considered as a kind of offense to the values of justice, equality, and democratic life. The origins of Brazilian patrimonialism can be traced to Portuguese colonization, which established the state as a structure that was both independent of society and ruling it, and whose purpose was to extract income from the colony. By the late nineteenth century, the political system was concentrated around two institutions. First, the local power wielded by large landowners, in the form of powerful patriarchal families who relied on patron-client relations and blood ties in their rule over wide regions. Second, the direct or indirect control over repressive forces, over the institutions of the local administration and justice, and over the vote. This was all part of a patronage system that tied local power to a central power', with a centralized state and an administrative system inherited from the colony and the empire4. The system managed to maintain certain efficiency and autonomy,

3 V. Nunes Leal, 1948; R. Graham, 1997; M.l.P. Queiroz, 1995. 4 On the political elite during the Empire, see J.M. Carvalho, 1980. On the power and autonomy of the «ruling caste », see R. Faoro, 1976.

The

seven

faces of brazilian society

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guaranteed the nation's defense, and mediated the interests of regions and social groups belonging to a geographically extended, heterogeneous nation. As urbanization progressed and social relations in the countryside transformed, important rural landowners saw their power diminish and the phenomenon of local patrimonialism receded. The new, urban sort of patrimonialism is based upon interlinking relations between the interests of ruling groups and the state, upon impunity and upon a lack of control over the government. This has done much to transform the repressive and judicial system into an instrument of violence, which is used against society's poorest groups while guaranteeing impunity for its wealthiest members. We need to unravel the multiple expressions of modem patrimonialism so we can then understand which of its aspects are in crisis and what may happen in the future. The following forms of patrimonialism can all be found in any contemporary society, since it is impossible to control the tensions produced by the separation of the economic from the political/bureaucratic: a) The patrimonialism of politicians who, on the one hand, use elected or appointed positions to gain personal economic advantages by exploiting public resources and granting favors to the private sector. On the other hand, they use legal means for budget allocation, nepotism, and special privileges (e.g., when politicians vote high salaries or retirement benefits for themselves). b) The patrimonialism of positions to control repression and and kickbacks. The most extreme the use of police force to blackmail civil servants, i.e. the use of public regulation in order to secure bribes example of such abuse of power is the population.

c) Private patrimonialism, or the appropriation of public resources by private agents, generally by overcharging the state in public bids. In addition to this quite typical form of patrimonialism -which spawned a state contractors bourgeoisiethere are other ways of benefiting from favoritism, for example, by obtaining subsidized credits or the agreement of products that have not been properly tested, or winning disproportionately large indemnifications. Owing to such

18

Bernardo

Sorj

mechanisms, private interests in Brazil have truly colonized the state, and the government has lost its meaning, jeopardizing the efficiency and the autonomy, which are essential for planning actions in a perspective that transcends private interests. d) Fiscal, repressive, and judicial patrimonialism, i.e. the ability to manipulate the repressive, control and legal systems using illegal mechanisms to ensure impunity. e) Lastly, we must mention a phenomenon that could be called negative patrimonialism: the use of political power to discriminate social groups. Throughout Brazil's history, the police and legal systems have been discriminating the poorest segments of the population, especially the black peopleS. Patrimonialism should be differentiated from corporatism, although they are often confused6. This is especially true when dealing with a phenomenon that straddles the boundary between the two, like political system patrimonialism or, to use the terminology of some authors, state corporatism 7. The latter (which, as we will see below, has lost much of its contemporary relevance) entails the use of political power to co-opt emerging sectors of urban industrial society inside trade union and party structures controlled or sponsored by the state8. This system has been important in the period from GetUlio Vargas's Estado Novo to the 1964 coup. Since then, it has steadily lost weight as a system of social and political control and co-optation. Social Corporatism can be understood in loose terms as the development of a strong esprit de corpswithin a particular profession that is able to defend its interests and rights (wages, benefits, retirement plans), because it enjoys a privileged position within the state or has a

5 Among others, see S. Adorno, 1995 and B. Fausto, 1984. 6 This is, for example, the case with K.E. Ericson, 1977. 7 P.C. Schmitter, 1974. 8 Of the vast bibliography on this topic, I would like to mention a few works that have already become classics: S. Schwartzman, 1975, which addresses political-party cooptation; L.W. Vianna, 1976, on union organization and labor law; and W.G. Santos, 1979, which studies sociallaws and citizenship.

The seven faces of brazilian

society

19

strong trade union9. In Brazil, corporatism is particularly intense in the civil servant sector. Sometimes we see corporatism and patrimonialism converge in the forms of patron-client relationships, nepotism, and exorbitant advantages for certain sectors. As a result, non-qualified staff is hired out of political favoritism, jobs are handed out to large groups of people that have not gone through public service examinations, and exaggerated compensation packages are awarded in the form of benefits. "When it comes to the negative aspects of corporatism one should not underestimate its importance as a social stabilizing force, as a mechanism for building communities that share specific sets of professional ethics (e.g., civil servants, scientists), as well as a tool for preserving social benefits 10.

The rationalizing

state

If the Brazilian state and society were simply patrimonialist, Brazil would be doomed to backwardness. But from 1930 through 1980, the country registered one of the highest growth rates in the world. This growth was supported by a series of government initiatives that fostered the expansion of production and mercantile relations and created an important sector of government-owned companies. These moves included the organization of the social, legal, and economic spaces as well as investments in infrastructure and in key sectors of the economy. When the state chose to play this qualitatively new role in industrial expansion, starting in the 1930s, this represented to some extend a return to the autonomy, professionalization, and vision of national interests already present in the bureaucracy of the Old Republic and in the Empire. The policy of bolstering coffee prices by burning supplies is the best-known phenomenon of this kind during the period preceding industrial interventionism, but by the late 1920s the Brazilian state was already occupying vital spaces in the sectors of

9 On different definitions and uses of this concept in social science, see B. Reis, 1995. 10 B. Reis, 1995; F.W. Reis, 1989.