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Cameroun, qui gouverne ?

De
352 pages
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Ajouté le : 01 janvier 0001
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EAN13 : 9782296292307
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Pierre Flambeau.. Ng~yap

CAMEROUN:

QUI GOlJ\ll3R.NE
DE AHIDJO A BIYA, J'hétitage. et l'enjeu

?

Éditions .L'Harmattan 7. .ru~ de l'École-Polytechnique 75005Paris

@ L'Harmattan, 1983 I.S.B.N. 2-85802.268.2

Je dédie ce livre il tous mes compatriotes

Persum/E qu'en politique, si /'on n'admet pas que la question QUI? doit être posEe avant la question QUOI ?, on ne peut pas y comprendre grand-chose, j'assigne, très modestement, lJ cet ouvrage un tnple objectif: 1) ouvrir un champ de ré"flexion politique jusqu'ici très injustement nEgligE en Afrique; 2) être un instrument d'initiation lJ la politique au Cameroun; 3) contn"buer lJ l'éveil d'une conscience politique que je considère comme condition essentielle au développement d'une nation.

Je remercie tous .ceuxqui ont accepté de lire le manuscrit de te livee et m'ont fait pan de leurs remarques et critiques dont j'ai, pour la plupan d'entre elles, tenu compte dans le texte définitif. Je remercie tout paniculièrement

M. Pierre Moukoko, pour la rigueur de la critique politologique et les discussions fructueuses que j'ai eues avec lui. Qu'il trouve ici l'expression de ma gratitude; Mlle Léonie Tatou, pour l'attention minutieuse qu'eUe a accordée à la critrique linguistique du texte. Je voudrais lui manifester ma profonde reconnaissance; M. Paul Ndembiyembe, pour la critique. de l'information politique, M. MoiseNzemen, pour la critique des catégories d'analyse, M. Mohamed Sani, pour la cririque politique, M. Charles Tchoungang, pour la critique juridique. Je reste toutefois seul responsable de l'ouvrage, dans son ensemble et dans son détail.

6

Iatroduction

Le 6 novembre 1982,le Président Ahidjo démissionne, et transmet le Pouvoir à son. Premier Ministre Biya, selon la procédure constitutionnelle qu'il a instituée. en 1979. En réalité, ce que M. Ahidjo transmet à M. Biya, c'est un héritage. Cet héritage, constitué en. 24. ans de pouvoir, c' est avant tout une classe dirigeante. Une classe dirigeante qui s'identifiait à lui. L'État de .M. .Ahidjo ..tournait presque essentiellement grâce. à une « Administration des énamarques .1 qu'il dominait et contrôlait par le biais des décrets de nomination. Politiquement, il s'était toujours appuyé sur un noyau de «compagnons de l'Indépendance. qui, malheureusement, quittaient un à un la scène politique. Et il devait continuer à compter avec les leaders qui avaient réussi à constituer et à conserver une forte clientèle politique propre. LacoaIition au Pouvoir était composée de fractions aussi diverses que les ministres, les parlementaires, les chefs de l'Armée, les chefs traditionnels, les hauts fonctionnaires, les hommes d'affaires, les conseillers privés, etc. Fourtant, d'une part, les intérêts et les ressources des uns et des autres n'étaient pas. toujours identiques oppositions entre dorninantsanciens et élites modernes, différences de richesses et decornpétenc~s techniques, d'où frustrations. D'autre part, les cohabitations d'ethnies ont .toujours été diffitiles. Et cependant, le régime était .bien stable. C'est que M. Ahidjo avait réussi à regrouper tout ce monde autour de
l.Enamarque: néologisme désignant l'ancien élève de l'École Nationale d'Administntion et de MagistntUCe ou E.N.A.M, (de Yaoundé), considéré comme détenteur du pouvoir. Ce concept, avec d'autres, procède de l'indispensable effon de renouvellement du vocabulairepolitique que l'on a essayéde promouvoir dans cet ouvrage. 7

lui. au Comité Central de son parti ,dans les conseils d'administration des grandes entreprises d'État, etc. Mais cette stabilité était-elle réellement profonde, ou seulement de façade? En abandonnant le Pouvoir, M. Ahidjo se met enfin vraiment face à l'Histoire. La grande question, l'enjeu aujourd'hui, c'est de savoir si sa politique a été telle que son remplacement à la tête de cette classe dirigeante ne débouchera pas sur la dislocation de l'édifice, c'est-à-dire sur une crise de régime. L'enjeu aujourd'hui, c'est de savoir si M. Biya saura reprendre en main et superviser la gestion de cet héritage que lui lègue M. Ahidjo. L'enjeu c'est aussi sa capacité propre à faire face à tout stress éventuel. Ce sont les mécanismes de la formation de cet héritage que ce livre se propose de démonter, car eux seuls peuvent permettre de comprendre ce qu'est le Cameroun aujourd'hui, dans quel état M, Ahidjo laisse le pays, et ce que ce pays risque ou ne risque pas d'être demain. Sous le régime de M. Ahidjo, qui décidait réellement ? Quels sont ceux qui détenaient réellement le pouvoir au Gouvernement, au Parlement? Qui dirigeait l'Administration, l'Armée, le Parti, l'Université, l'Économie? Quels sont ceux qui comptaient le plus politiquement? Quels sont ceux qui exerçaient le plus d'influence au sein des catégories dirigeantes? Comment accédait-on à une position de pouvoir? Quels étaient les circuits du pouvoir les plus rapides? Et maintenant, M. Ahidjo parti, faudra-t-il toujours compter avec les mêmes? Les circuits du pouvoir vont-ils changer? Pour sauvegarder la stabilité du régime, son successeurn'a-t-il pas d'autre choix que de poursuivre sa politique? Le thème de la Classe dirigeante est, sans aucun doute, l'un des plus populaires au Cameroun. Mais, c'est un sujet qui, paradoxalement, n'a jamais été traité de façon systématique. Il est l'un des plus populaires, peut-être même autant que le football. Le thème de la Classe dirigeante est quotidiennement présent dans tous les e~prits, peut-être volontairement entretenu. Les journaux radiodiffusés de 13 heures et de 20 heures sont des temps fofts quotidiens de 8

la vie du Camerounais, citadin comme rural, qui. espère ou craint, avec des convictions variables, une nomination, une mutation ou une révocation de soi~même, d'un collatéral, d'un ami, d'un concurrent. Et lorsque la nouvelle « tombe., on attend impatiemment le quotidien national «Cameroon Tribune» du lendemain matin pour s'en assurer. La force de la radio c'est d'être instantanée, celle de la presse écrite c'est. de délivrer une information qui reste, et qui paraît ainsi plus crédible. La phase de réception du message est immédiatement suivie de celle du col~ ponage et des commentaires. Même si les nominations n'interviennent pas tous les jours - mais c'est précisément parce qu'il n'y a pas de jour de nominations que le suspens est quotidien -, Je colponage et le commentaire des précédentessuffisent à occuper les jours « creux .. Pour comprendre qu'il$'agit d'un phénomène véritable~ ment national, il faut se rendre compte que tous les mem.

bres d'une administration SOnt curieux de savoir qui est

leur' nouveau Ministre, leur nouveau Secrétaire général, leur nouveau Directeur ou Directeur adjoint; que les agents de bureau ou les secrétaires sténodactylographes ont au moins une bonne raison de c'hetcher à savoir si leur chef de bureau, leur chef de service'ou leur sous~directeur est main~ tenu ou non; qu'aussi bien dans les grandes villes que dans les zones rurales les populations connaissent toujours le nom de leur maire, de leur sous-préfet et de leur préfet, dont le maintien ou le dépan ne leur est pas du tout indifférent; que pratiquement tout le monde a quelque pan un parent ou une relation qui pense, à ton ou à raison, devenir incessamment l'objet d'une promotion, d'une mutation ou d'une sanction, qui touchera peu ou prou, directement ou indirectement, les intérêts de cet entourage. Le thème de la Classe dirigeante est donc l'un des plus populaires, mais il n'a jamais été traité de manière systéma~ tique. Les plus grands effons intellectuels sur ce sujet sont quelques papiers de journalistes, qui recens~nt les mouvements (entrées et sonies) aux pones du Gouvernement, du Parlement ou du Comité Central du parti au pouvoir (l'Union Nationale Camerounaise) entre deux remaniements ministériels, deux élections législatives ou deux congrès du Pani, et quelques études panielles et brèves sur deux ou 9

trois catégorIes dirigeantes, sans considération de ladimension historique. Et pounant, jJ s'agit. d'un vaste châmp de recherche, panicuHèrement fourni, en considération de la densité. des informations disponibles sur ce sujet, et homogène, en ce que la présidence aux destinées de la nation pendant 24 ans par un même homme (M. Ahidjo), constitue une conditioneXtrêmement favorable au dégagement des graCldes tendances sociologiques, des lignes de force quisous-tendent les processus. de. recrutement et de gestion de l'ensemble de la Classe dirigeante.

Les frontières de la Classe dirigeante camerounaise
Quelles étaient les frontières de la Classe dirigeante sous la direction de M. Ahidjo? Autrement dit, qui en faisait panie ? Qui n'en faisait pas panie ? Il Y a à ce sujet deux types de qUaCltification, que l'on peut considérer comme aberrantes, parce qu'elles ratissent ou trop coun,ou trop large. La première quancification consiste à inclure dans la Classe dirigeante uniquement les membres du Gouvernement, les hauts fonctionnaires de la Présidence de la Répu-" blique, les délégués généraux, les hauts dirigeantS du. Pani, les gouverneurs de province, les secrétaires généraux des ministères, les directeurs généraux des grandes entreprises parapubHques, les parlementaires et les grands patrons du secteur économique privé. La seconde quantification considère que font également panie intégrante de la Classe dirigeante les chefs de service, les sous-préfetS, les maires,. les présidents des cellules du Pani, les directeurs d'écoles, et toute une série decatégories de personnes qui détiennent de petites ponions de pouvoir et en usent, parfois souverainement. Comme c'est généralement Je cas. dans. ce genre de situation, la quantification raisonnable se situe plus. vraisemblablement entre la première, trop restrictive, et la seconde, trop extensive. On considérera que pour être membre de la Classe dirigeantecamerounaise, il faut être soit. un décideur politique, soit un. décideur administratif à la. tête. d'une.. unité de. gestion de taille au moins équivalente à une direction d' admi10

nistration centrale, soit un décideur économique quiréaJise

un chiffre d'affaires annuel d'au moins 2 milliards
.

F.C.F.A.

II .faut natUrellement s'expliquer sur le choix. desélé-

ments de cette définition. Tout d'abord, il est évident que les premiers membres de la Classe. dirigeante d'une société sont les décideurs politiques. Les décideurs politiques sont des individus qui, à partir d'.une position de pouvoir institutionnelle ou non, sont amenés â .prendre des décisions de natUre. politique,c' eSt-à-direqui touchent le fonctionnement de la société. C'est le cas des hauts dirigeants du Parti, des. parlementaires, et d'autres décideurs qui sont à la fois polttiques et administratifs: ministres, gouverneurs de province, secrétaires généraux de la présidence de la République ou des départements ministériels, préfets,direc..

teursdes administtations centrales...qui, par leursresponsabilités dans la. haute administration, prennent des déci.

...

sions CJ.uiontune

ponée publique

et qui, partant,
.

sont

nécessaIrement des décisions politiques. Pour être véritablement un. décideur administratif, il ne faut pas que la tutelle hiérarchique soit trop lourde. On peut logiquement con~idérerque .Ia fonction directoriale est la limite inférieure de la classe dirigeante. En effet, d'un c6té, le directeur d'administration centrale ne suppone réellement que la tUtelle de son Ministre.,le .secrétaire.général ayant davantage un rÔle de coordination des activité~ des directions. Et comme le ministre semble assez éloigné du directeur, .précisément parce qu'il traite souvent plus directement avec son secrétaire général, le directeur a le sentiment d'avoir une bonne autonomie de gestion de ses services. De fait, cette autonomie est grande. De l'autre cÔté, en revanche, immédiatement sous le directeur .central, il y.a le directeur adjoint, qui est extraordinairement étouffé, par natUre, par son supérieur immédiat, et qui se trouve finalement détenteur d'un pouvoir de décision particulièrement limité, eu égard à son rang. Partant de là, on imagine assez bien combien le pouvoir de décision des sous-directeurs, des chefs de service et des chefs de bureau peut être limité et dépendant. Ce raisonnement dQitêtre transposé à l'échelon de tous ceux qui. ont rang de directeur de service central, et qui forment .Ia froluière de la Classe dirigeante camerouna.ise
.

11

préfets, conseillers techniques des ministères, ambassadeurs, secrétaires généraux auprès des gouverneurs de province, doyens des facultés et directeurs des grandes écoles, officiers à la tête des forces de commandemene, présidents des cours d'appel et procureurs généraux près ces cours, directeurs des organismes publics. On peut remarquer que cette frontière de la Sphère dirigeante politico-administrative correspond à la frontière du domaine que couvrent les décrets de nomination d'origine présidentielle. C'est par analogie à cette frontière politico-administrative qu'il faut considérer qu'à l'échelon des organes de base du Parti, seuls sont membres de la Classe dirigeante les présidents des sections. Un décideur économique ne peut être considéré comme membre de la Classe dirigeante que si sa position dans le système de production est telle qu'il ne peut laisser indifférents les décideurs politiques. On le verra, ce seuil de sensibilisation ou de crédibilité politique, évalué en termes de chiffre d'affaires annuel, fIxé à 2 milliards F.C.F.A., peut être considéré comme raisonnable. Cette défInition conduit à exclure de la Classe dirigeante les catégories suivantes. les directeurs adjoints des administrations et toute la hiérarchie subordonnée, les adjoints préfectoraux tt les sous-préfets, les chargés d'affaires, conseillers et secrétaires des ambassades, les consuls, les chefs des missions économiques, les chefs des secrétariats particuliers des ministres, les maires3, les chefs coutumiers4. Il faut naturellemçnt en exclure également, parce que l'on ne s'intéresse qu'à la Classe dirigeante nationale, les assistants techniques et les patrons étrangers du secteur privé.
2. En gros, il s'agit aujourd'hui des officiers ayant le grade minimum de lieutenant-colonel, mais, on le verra, les commandants des forces aériennes, les capitaines de corvette des forces navaJes ainsi que cenains commandants des forces ter. restres ou de la Gendarmerie, ont leur place dans la classe dirigeante. 3. A l'exception des délégués du Gouvernement auprès des communes urbaines de Yaoundé, DouaJa, Nkongsamba et Bamenda, ainsi que du Maire de Garoua, en raison de l'étendue de leurs pouvoirs et/ou de leur statut particulier. 4. L'exclusion des chefs coutumiers de la Classe dirigeante est sans doute discutable. En réaJité, ils n'en sont exclus qu'en tant que catégorie. dirigeante auto. nome. On le verra, les autorités traditionnelles qui comptent politiquement sont membres de Classe dirigeante, soit directement, soit indirectement, associés à une catégorie dirigeante paniculière. 12

Dénombrement du personnel dirigeant
Combien de personnes y avait-il, à chaque instant, sous M. Ahidjo, à l'intérieur des frontières de la Classe dirigeante ainsi délimitées? Si l'on considère le premier semestre de 1982, on comptait à cette époque

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31 Membres du gouvernement, 1 Secrétaire général de la Présidence de la République, 1 Secrétaire général adjoint de la Présidence de la République, 1 Directeur du Cabinet civil de la Présidence de la République, 1 Grand Chancelier des Ordres nationaux, 1 Chef du Cabinet militaire de la Présidence de la Républi,\ue, 1 Consetller spécial auprès du Président de la République, 4 Conseillers techniques au Secrétariat général de la Présidence, 9 Chargés de mission au Secrétariat général de la Présidence, 1 Chargé de mission au Cabinet civil de la Présidence, 2 Ambassadeurs itinérants, 1 Secrétaire permanent à la Défense nationale, 1 Directeur général du Centre National de Documentation, 1 Directeur de la Sécurité présidentielle, 4 Délégués généraux, 21 Secrétaires généraux des départements ministériels, 7 Gouverneurs de province, 44 Préfets, 7 Secrétaires généraux auprès des Gouverneurs de proVInce, 19 Ambassadeurs du Cameroun résidant à l'étranger, 1 Secrétaire général de l'Assemblée nationale, 1 Secrétaire général du Conseil économique et social, 16 Magistrats de la Cour suprême, 7 Présidents de cours d'appel, 7 Procureurs généraux près les cours d'appel, 17 Dirigeants de l'Université, 40 Officiers supérieurs, 13

~

-

120 Députés. 120 DirigeantS du secteur économique public et parapublic~.
. .

- 3 Déléguésdu secteur économique prive.de communes 100 Patrons du Gouvernement auprès
-

-

-

urbaines6.

200 Directeurs dJadrninistration centrale etassimilés~.' 7 60 Conseillers économiques et sociaux~'7.
Camerounaise~' 7

100 DirigeantS du Parti de IJUnion Nationale

Si l'on fait le compte des membres de .ces différentes catégories de la Classe dirigeanteJ on arrive à un chiffre de 950 personnes.. On peut par conséquent dire quJenadmettant les frontières de la Classe dirigeante telles quJonles.a définiesJle . Cameroun était gouverné ces dernières années par unbQn millier de personnes.
Méthodologie La méthodologie utilisée est. simple. Elle est. essentiellement historico-empirique. De ce point de vue. elle nJa pas à. sJasseoir sur quelque théorie du pouvoirexistante. Ona la conviction que la science Politiqu e.SJenrichira certainement si. dans les champs polItiques encore insuffisamment prospectés tels les pays .dJAfrique. les catégories dJanalyse proposées pour l'étUde. et la compréhension du fonctionnement des systèmes politiques sJinspirent dJabord du vécu. Il peut sJavérer que ces systèmes fonctionnent comme les autres. mais. ce constat doit être. (J posteriori. et non (J Prion'. LJétUde portant sur les détenteurs du pOuvoir (et non
. . . .

sur le pouvoir), on étudiera. pour chaque catégoriediri.

geante. à partir des données disponibles. ses caractéristiques sociologiques les plus pertinentes. critères de recrutement. proms de carrière. changements de position de pouvoir ou
5. Environ. 6. De Douala,de Nkongsamba t de Bamenda,celuide Yaoundéétant déjà e
comptabilisé avec.\es Députés. 7. Non compris ceux déjà dénombrés dans une catégorie précise précédente.

14

de ciltégorie, tnode$ d'élargissement de la surface politique, st~bilités fonctionnelles, hiérarchies <lesinfluences. L'onétQdierasuccessivement,. pour la période du. Pouvoir de M. Ahidjo (195'8-1982): Le personnel g()uvernemental(chapitre premier) ; Les hauts fonctionnaires des administrations centrales (chapitre II) : de laPré$idence de JaRépublique (1), desministères(2) ; Les Grands Corps (Chapitre III), terme qui qualifie ici les principales catégories. périphériques. de la Sphère dirigeante politico-administrative (à..l'exdusion de celles des administrations centrales) . les Ambassadeurs (1), la Préfectorale (2),. la Gouvernoriale(3), la' haute magistrature. (4), les didgeants .de la Police, de l'Armée et de la Gendarmerie (5'), la hauteintelligentzia (6); . La sphère dirigeante extra-administrative (chapitre IV) les Parlementaires (1), le pouvoir économique (2), lés Apparatchiks (3).

-

L'on observera les relations qui s'établissaient entre ces différehtes catégories dirigeantes; on recherchera ensuite comment ces relations se. formaient,. et. si' elles participaient d'une quelconque logique sociopolitique. Simultanément, on essaiera de déceler, à partir des situations acquises, les résistances et les ouvertures possibles au changement, après le départ deMo Ahidjo. Il importe dès à présent de préciser que le terme « Classe. dirigeante ~.est utilisé. dans. tout le texte comme un instrument d'analyse, catégorie nominale.. regroupaht l'ensemble. des catégories dirigeantes, et non comme un élément du système social. Comme on l'a dit, cette étude est totalement empirique.Elle est entièrement le.résultat d'une réflexion personnelle, conduite à partir de l'observation directe dela vie politique camerounaise et ..de l'exploitation des données brutes, tirées à 60 % environ du Journal Officiel du Cameroun, qui a été sY$tématiquement dépouillé pour la période d'étude (195'8"1982). On s'est également servi des publications de l'Union Nationale Camerounaise,de l'Annuaire national du Cameroun, ainsi que des notices biographiques 15

publiées par" les éditions EDIAFRIC (Paris), notamment. Les autres sources utilisées pour des sections ou des chapitres précis sont indiquées dans les panies concernées. Pour être complet, il faut mentionner une source inestimables, constituée par les informations tirées d'entretiens avec des membres de la Classe dirigeante, qui ont été d'une utilité appréciable dans la construction des. unités d'analyse ainsi que la formulation de cenaines conclusions panielles.

8. Que
16

l'auteur s' excuse de ne pouvoir citer.

CHAPITRE

PREMIER

LE PERSONNEL GOUVERNEMENTAL.

L'étude du personnel gouvernemental doit nécessairement distinguer lés trois forrnesétatiquesqu'a tonnues le Cameroun depuis, son Indépendance. En ,effet, les. caractéristiques sociologiques du personnel gouvernemental ont beaucoup évolué selon qu'il s'est agi de la République du Cameroun (du 1er janvier 1960 au 1er octobre 1961), de la République fédérale du Cameroun (du 1eroctobre 1961 au 20 mai 1972), ou de la République unie du Cameroun, régime sous lequel le pays vit depuis le 20 mai 1972. S'il est naturel que du fait des phénomènes de transition, plusieurs ministres aient pu rester au Gouvernemènt au cours de deux républiques consécutives, il est en revanche particulièrement intéressant de remarquer que seuls quatre ministres ont participé au Gouvernement des trois républiques MM. Sadou Daoudou, Yadji Abdoulaye, Onana Awana et Eteki Mboumoua. La, réunification des deux Cameroun, l'entrée de ministres originaires ,de l'ex-Cameroun occidental dans le Gouvernement fédéral et la formation d'un Cabinet distinct par État fédéré sous la Seconde République (régime fédéral), ont considérablement' modifié la sociologie du' personnel gouvernemental dans son ensemble, par rappon à ce qu'elle était sous la Première République (dont on peut situer l'origine, d'un point de vue sociopolitique, et non constitutionnel, au 18 février 1958, date de J'investiture accordée par l'Assemblée législative du Cameroun à M. Ahidjo, en qualité de Premier Ministre, Chef du Gouvernement du Cameroun). De même la fusion des structures fédérales le 20 mai 1972a entrainé des modifications profondes dans le recrutement du personnel gouvernemental, nécessairement réduit avec la constitution d'un Gouvernement national unique, qui se substitue à deux Cabinets fédérés et à un Cabinet fédéral. Depuis la formation du premier Gouvernement Ahidjo le 20 février 19581 jusqu'au 7 janvier 1982., date à laquelle

1. Décret

n° S8-16.CAB.PM

du 20 février 19S8.

18

M. Ahidjo, présidant toujours aux deStinées du CalI)eroun, remanie le Gouvernement national, .16 cabinets ont été formés, 12remaniéset23 réajuStésou réatnénagés2 selon la répartition suivante, en fonction des Structures étatiques (t(JblelJul) :

TABLEAU.1

Occurrence .des ttlouvementsministériels Structure étatiqùe (du 18.2.58 au 1.10.61) Il' République -.État .fédéral -Cameroun oriental .Cameroùn occidental Ill' République (État unitaire, au 31.10.82) Total
l'' République

Formations Remaniements 2 3 4 4 3 16 2 4 1 3 2 12

Réajustemems 4 7 3 3 6 23

2.. Onentendpar . fO,rmation de gO!1vetl1(ment. une nomination cO/11pl~te du Gouvemement faisant suÎte.soità une élection présidentÎelle. soit à des élec. tions législatives.. soit à .un . changement de. la structure de. J'État. . Le « remaniement .ministérieJ . Întervient en cours .de..mandat présidentiel .et. bo!1leverse de manière significative la composition du Gouvernement. Le« réaj!1stement ouréainénageme.nt. ministériel .consiste en une modification mineure, politique QU technique. de la compositÎon du Gouvemement. 19

1

Hiérarchie des influences et rapports de pouvoirs à l'intérieur du personnel gouvernemental

En qualité de Chef du Gouvernement, qualité que lui
avaient conféré les Constitutions successives de la Nation l , le Président Ahidjo était membre du Gouvernement. Mais il n'était pas un membre du Gouvernement comme les autres. On observait en effet une primauté et même une hégémonie du Président Ahidjo sur l'ensemble du personnel gouvernemental, y compris le Premier Ministre. Toutefois, il faut nuancer cette suprématie de deux manières. La première concerne la suprématie vis-à-vis des Premiers Ministres sous le régime fédéral,. mais uniquement des Premiers Ministres de l'Etat fédéré du Cameroun occidental et ce, seulement jusqu'en 1969. En effet, avant la révision constitutionnelle du 10 novembre 19692, le Président de la Républiqt!e n'avait pas prise totale sur les Premiers Ministres des Etats fédérés, tout au moins selon la Constitution fédérale du l'" septembre 1961, dont l'article 39 prévoyait une procédure d'investiture, par l'Assemblée législative, du Premier Ministre désigné par le Président de la République3 Dans la pratique, cependant, le Président
1. A l'exception de la première Constitution, celle du 5 mars 1960, selon laquelle c'est le Premier Ministre qui est le Chef du Gouvernement. 2. Loi n° 69-LF-14 du 10 novembre 1%9. 3. La procédure était la. suivante: au début de chaque législature, le Président de la République, après les consultations d'usage, désignait le Premier Minis!re. Celui-ci présentait son programme devant l'Assemblée législative de son Etat fédéré et devait, avant d'être nommé par décret du Président de la République, en recevoir l'investiture au scrutin public, à la majorité simple. 20

de la République a été entièrement maître de la nomination et de la révocation des trois Premiers Ministres successifs de l'État fédéré du Cameroun oriental~MM. Assale, Ahanda et Tchoungui. Mais du côté de l'htat fédéré du Cameroun occidental, le Président de la République n'avait désigné M. Ngom Jua en mai 1965 qu'après s'être assuré que l'Assemblée législative du Cameroun occidental accorderait son investiture à ce dernier4. La deuxième nuance à apponer à la sup~ématieprésidentielle découle de. la première. . En effet, une fois nommé, le Premier Ministre proposait au Président de la République les Secrétaires d'État de son c.abinet. Il est évident que le contrôle par le Pré~ident de la République de la nomination des Secrétaires d'Etat proposés par le Premier Ministre était étroitement lié à la plus ou moins grande libené d'action qu'il détenait dans le choix de ce Premier Ministre, laquelle, on l'a vu, était plutôt moindre avant 1968, du côté occidental. Ces nuances étant faites, il demeure que la suprématie du Président de la République sur l'ensemble du personnel gouvernemental de 1958 à 1982 était incontestable. Pour aborder l'étude de la hiérarchie des influences et des rappons de pouvoirs parmi les ministres à l'intérieur du cabinet Ahidjo, il faut distinguer deux aspects essentiels la hiérarchie formelle ou théorique, et la hiérarchie réelle.

A) La hiérarchie formelle à l'intérieur du Gouvernement
A l'intérieur du Gouvernement, la hiérarchie formelle, ou hiérarchie théorique, correspond à la hiérarchie officielle. La hiérarchie officielle est consacrée par exemple par
4. Il faut néanmoins noter ici que le Président Ahidjo a désigné souverainement én janvier 1968 M. Tandeng Muna au poste de Premier Ministre, anticipant ainsi en quelque sone la révision constitutionnelle de 1969. Premier Ministre du Cameroun méridional depuis janvier 1959, M. Foncha, en devenant de droit VicePrfsidentde la République fédérale à la Réunification, resta Premier Ministre de l'Etat fédéré du Cameroun occidental. 21

les nombreux décrets périodiques fixant les règles duprotocole à observer en matière de cérémonies publiques, préséance, honneurs civils. et militaires. Une bonne dizaine de décrets de ce type ont été prisen'vingt-quatre ans. Pour ce qui concerne les ministres, on sait qu'ils prennent rang dans l'ordre de désignation des ministères et de nomination .

des titUlairesdans le décret de nomination.

Si l'on veut regarder la hiérarchie formelle à l'intérieur d'un gouvernement, à ~panir d'uncenain rang, elle n'a plus beaucoup de signifIcation ni d'intérêt, sauf si l'on est curieux de savoir quels sont les derniers de la liste. La hiérarchie formelle ne présente un intérêt et une. signifIcation

qu'à l'intérieur du c peloton de tête. de l'équipe gouvernementale. En effet, si la hiérarchie officielle revêt une ou plusieurs significations, avouées ou non),aIors il faut admettre que suivant cette ou ces signifIcations, les ministres de la tête de. liste gouvernementale Ont plus d'importance que les autres. En vérité, cette hiérarchie officielle ne peut correspondre. à une réalité (même symbolique) accessible, que pour les membres du peloton de tête. Ceux-ci sont en effet précisément ç}assés en fonction de cette réalité que l'on veut, il faudrait dire que l'on tient, à cristalliser. En effet, à panir d'un cenain rang, les critères de différenciation de .l'imponance des membres du Gouvernement6 dans l'échelle des valeurs qui fonde cette hiérarchie officielle, deviennent inopérants, ou se chevauchent, de telle manière que l'on ne peut plus sérieusement soutenir que le 22" ou le 25" ministre de la hiérarchie officielle est vraiment plus imponant que le 23" ou le 26", ou même le 30". En matière de hiérarchie officielle, il n'est. donc intéressant de

focaliser l'attention que sur ce . qui constitUe le peloton de
tête. de l'équipe gouvernementale. Mais comment déterminer qui fait panie ou non de ce peloton? La question ne

~. Elle en revêt nécessairement, par exemple, ptécisémempour les règles de protocole à observer en matière de cérémonies publiques, préséance, honneurs civils ou mîlitaires, même si .le protocole a essentiellement une fonction symbolique. Mais on sait que .les symboles sont imponanrs dans tout système dont les acteurs sont des hommes, et que l'on peut même ,ouvemer en panie à l'aide de symboles. Les. symboles peuvent également. constituer des ressources. politiques favorables à la création d'influence (voir infra, la hiérarchie réelle à l'intérieur du

G9uvernement).

.

6. Qui sont égaux sur le plan du travail gouvernemental, sidérés comme tel.

ou doivent être con.

22

se pose en réalité que pour ce qui concerne son .dernier membre à partir de quel rang un ministre ne fait-il plus partie du peloton de tête. du. Gouvernement? On peut logiquement poser que le peloton de .tête est d'autant plus imponantque l'équipe est nombreuse. En d'autres. termes, le nombre de membres du Gouvernement dont .la place dans la hiérarchie est décisive (même d'un point de vue symbolique), tend à être d'autant plus élevé que l'échantillon est plus grand, c'est-à-dire que les membres. du Cabinet sont plus nombreux. A partir de là, si l'on admet que .le peloton de tête de l'équipe gouvernementale est constitué par le premier tiers de l'équipe, on peut retenir que, compte tenu de l'effectif des .différentsCabinets ministériels .nommés par M. Ahidjo
TABLEAU 2

Évolution de l'effectif gouvernemel1tal
Régime étatique État sous tutelle République (IreRépublique) République fédérale (II" République) Gouvernement du 20 février 1958 18 juin 1959 16 mai 1960 20 juin 1961 20 octobre 1961 23 avril 1963 1erjùillet 1964 25 mai 1965 20 mai 1967 15 janvier 1968 16 août 1968 12 juin 1970 25 janvier 1971 3 juillet 1972 30juin 1975 8 novembre 1979 17 juillet 1980 7 janvier 1982 6novembre 1982 Effectif (*) 13 16 19 17 12 13 12 16 16 15 17 20 20 28 30 29 30 31 31

République unie (III" République)

Gouvernement Biya

<,> Dans le régime fédéral, seuls sont pris en compte les cabinets fédéraux.

23

depuis la formation du 20 février 1958 jusqu'au remaniement du 7 janvier 1982 (voir tableau 2), le peloton de tête du Gouvernement est composé, de 1958 à 1968 de 6 membres, de 1968 à 1971 de 7 membres, et de 1972 à 1982 de 10 membres. La hiérarchie officielle se présente alors de la manière suivante à l'intérieur des gouvernements successifs issus des 18 formations, remaniements, et réajustements politiques majeurs7 (tableau 3).

Il) Les Ministres d'État Selon cette hiérarchie formelle, dans le premier Gouvernement formé le 20 février 195~, venaient immédiatement après M. Ahidjo (Premier Ministre, Ministre de l'I!1térieur), M. Njine (Vice-Premier Ministre, Ministre d~ l'Education. nationale), et M. Njoya Arouna (Ministre d'Etat, Ministre de la Santé publique). Dans l~ Gouvernement du 18 juin 19598, un second ministre d'Etat est nommé, M. Betote Akwa (Ministre d'État, sans portefeuille9). M. Djoumessi entre dans ,ce Cabinet le 30 décembre 1959 en tant que Ministre d'Etat, résidant à DschanglO. Lors de la formation du premier gouvernement de la République du C3}l1eroun le .16 mai 196011, la formule de deux ministres d'Etat est maintenue. Viennent ainsi après le Premier Ministre Assale, respectivement M. NJoya Arouna (à l'Intérieur) et M. Ninyim Kamdem (à la Santé).
7. Trois réajustementS ministériels peuvent en effet être considérés à la fois comme politiques et majeutS : ceux de 1963, 1%8 et 1971. Le réajustement de 1963 est politique et majeur en ce qu'il introduit dans le peloton de tête de la liste minisrériclle M. Kwayeb, qui jouera un rôle décisif et durable dans les institutions du régime. Celui de: 1968 l'est par l'arrivée au Gouvernement (et immédiatement en tête de liste) de M. Biya, dont l'asce:nsion au sein de l'élite gouvernementale sera fulgurante. Le réajustement de 1971 est politique et majeur parce qu'il écarte provisoirement M. Kwayeb du Gouvernement, e:t que c'est. pendant cette brève absence qlJe MM. Biya et Sadou Daoudou et, dans une moindre mesure, M. Ayissi Mvodo, y installent leur primalJté. 8. Décret n° 59-% du 18 juin 1959. 9. Il faudraatrendre la formation du premier gouvernement de la Troisième République, le 3 juillet 1972, pout voir un autre ministre d'État sans portefeuille: M. Tandeng Muna. 10. Décret n° 59.273 du 30 décembre 1959. 11. Décret n° 60-2 du 16 mai 1960. 24

TABLEAU3

Évolution de la hiérarchie officielle dans le peloton de tête
de 20.2.58 Ahidjo (PM, lot) Njme (VPM, Edu) Njoya (ME, San) Assale (Fi) Adama (FP) Fouda (Eco) Behle (Trv) 20.6.61 Assale (PM) . Njoya (ME, Int) Sanda (ME, TF) Kanga (ME, Eco) Mohaman (Jus) Okala (AB) Onana (Fi) 1.7.64 Kwayeb (MD, AT) Sanda (Jus) Balla (AE) K~nga (Fi-Pl) Tandeng (Trp) Sadou (FA) 15.1.68 Kwayeb (ME, AT) Sanda (Jus) Nko'o (AE) Medjo (Fi) Fonlon (Trp) Masuke (Pl) 25.1.71 Biya (ME, SG) Sadou(ME, FA) Sabal (Jus) Keutcha (AE) Ayissi (AT) Onana(PI) Bidias (Fi) l'équipe. gouvernementale 18.6.59 16.5.60 Ahidjo (PM, lot) Assale (PM) Njoya (ME, Int) Njine (VPM, Edu) Njoya (ME, San) Ninyim (ME, San) Betote Akwa (ME) Onana (Fi) Assale (Fi) Okala (AB) Okala (Jus) Kanga (Jus) Fouda (Eco) Tsalla (Eco) 20.JO.61 23.4.63 Njoya (ME, Jus) Onana (MD, AT-Fi-PI) Betayene (AE) Kanga (Eco) Tandeng(Trp) Sadou (FA) 25.5.65 Kwayeb (MD, AT) Sanda (Jus) Nko'o (AE) Kanga (Fi) Tandeng (Trp) Eteki (Edu) 16.8.68 Kwayeb (ME, AT) Sanda (Jus) Biya (SG) Nko'o (AB) Bidias (Fi) Fonlon (Trp) 3.7.72 Tandeng (ME) Biya (ME, SG) Sadou (ME, FA) Sengat (SGA) Onana (Fi) Efon (AB) Ayissi (AT) Achidi (Jus) Keutcha (Age) Mongo Soo (Edu) Njoya (ME, Jus) Onana (MD, Fi-Pl) Betayene (AE) Kanga (Eco) Tandeng(Trp) Kwayeb (MD, AT) 20.5.67 Kwayeb (ME, AT) Sanda (Jus) Bindzi (AE) Nko'o (Fi) Tandeng(Trp) Masuke (Pl) 12.6.70 Kwayeb (ME, AT) Biya (ME, SG) Sadou (ME, FA) Sabal (Jus) Nthepe (AE) Onana(PI) Bidias (Fi) 30.6.75 Biya (PM) Sadou(ME, FA) Kwayeb (ME, Eq) Ayissi (ME, AT) Egbe Tabi (ME, PT) Sengat (CM) Onana (IGE)

Yadji(CM)

Keutcha (AE) Youssoufa (Eco-Pl)

25

TABLEAU 3 Évolution de la hiérarchie officielle dans de l'équipe gouvetneJDentale 8.11.79 17.7.80 Biya(PM) Biya (PM) Sadou (ME, FA) Sadou (ME, FP) Kwayeb (ME. Eq) Dontsop (ME. AE) Ayissi (ME, AT) Ayissi (ME, AT). Egbe Tabi (ME, PT) Egbe Tabi (ME, PT) Onana (IGE) Andze (Jus) Keutcha (AE) Mâikano (FA) Youssoufa (Eco-Pl) Youssoufa(Eco-Pl) Andze (Jus) Ntang (Fi) Ndam Njoya(Edu) Ze Nguele (Edu) Gouvernement Biya 6.11.82 BoubaBello (PM) Dontsop (ME, AE) Ayissi (hm, AT) Mâikano (ME,FA) Egbe Tabi (ME, RA) Eboua (ME, Agr) Andze (Jus) Youssoufa (FP)

le peloton de tête (suite) 7.1.82 Biya (PM) Dontsop (ME.AE) Ayissi (ME. AT) Mâikano(ME, FA) Egbe Tabi (ME, RA) Andze (Jus) Youssoufa (FP)

Ntang(Fi)
Ze Nguele (Edu) Bouba Bello (Eco)

Ntang (Fi) Engo (Eco)
Signification ries abréviations ries départements ministériels..

AE

Agr = Agriculture AT = AdminiStrationterritoriale

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Mfairesétt'atlgères

MD = Ministre De1égué la à
Présidence ME = Ministred'État Pl = Plan PM = Premier Ministre PT = Posteset Têlécommunications RA = Relationsavecles Assemblées San = Santé SG = Secrétairegénéral deIa Présidence SGA = Secrétairegénéral adjoint de la Présidence Trv = Travail TP = Travauxpublics Trp = Transpôns
VPM

CM = ~argé de missionà la Présidence
Eco Équipement ForcesArmées Finances Fonction publique l~on générale de l'Etat lnt = Intérieur Jus = Justice Eq =' FA = Fi = FP = IGE=

Edu = Éducation

= Économie

=

Vice-Premier

Ministre

Le premier grand remaniement de' la Première République a lieu le20 juin 196112.Pour la première Jois. l'équipe gouvernement;ale compte trois ministres d'Etat. M. NJoya Arouna, tQujours en tête (et toujours à J'Inté" rieur), est suivi de, M. Sanda Oumarou, qui fait son entrée au peloton de tête (il est chargé des Travaux publics, des Transponset des Mines), et de M. Kanga (chargé de l'Économie nationale). Sous la Seconde République, le niveau fédéral ne connaît pas la pratique du Premier Ministre. A la tête de la liste gouverl!ementale, on trouve tout, de suite le. ou les ministres d'Etat. Du premier gouvernement fédéral constitué le 20 octobre 196113à celui du 23 avril 196314, il y a en tête de liste un ministre d'État, M. Njoya Arouna (Garde des Sceaux), suivi d'.uo' miniSt;re'délégué à la Présidence, M. Onana ,Awana (chargé de l'Administration territoriale fédérale, des Finances et du Plan en 1961, puis des Finances, du Plan et de l'Équipement en 19~3). Du remaniement ministériel du 1er juillet 196415 à la formation du gouvernement du 12 juin 197016, un ministre se détache nettement de ses collègues" seul ministre délégué à la présidence (chargé de l'Administration, territoriale et de la Fonction publique fédérales) de 1964 à 1967, M. Kwayeb est également le seul ministre d'État (chargé de l' Administration t~rritoriale fédérale) de 1967 à 1970. Après J'élection présidentielle du 28 mars 1970, M. Kwayeb reste toujours le premier parmi les ministres (et il détient toujours le ponefeuille de l' Administr~tion territoriale fédérale), mais deux autres ministres d'Etat se joignent à lui dans le peloton de tête de l'équipe gouvernementale. le Secrétaire général de la Présidence (qui fait panie du Gouvernement depuis le remaniement du 16. aQût 196811), M.Biya, devient le second personnage du Gouvernement, et le trQisième, M. Sadou Daoudou (chargé des Forces Armées), remonte fottement la hiérarchie. En effet, jusque-là,M. Sadou Daoudou n'était
12. nement 13. 14. 15. 16. 17. Décret n° 61-91 du 20juin 1961. Ce sera d'ailleurs le seul, puisque l'avède la Seconde République a lieu trois mois seulement plus tard. Décret n° 61-DF-13 du 20 octobre 1961. Décret n° 63-DF-I25 du 23 avrilI963. Décret n ° 64-DF-251 du l'r juillet 1964. Décrer n° 70-DF.294 du 12 juin 1970. Décret n° 68-DF-320 du 16.aoîit 1968. 27

apparu que très timidement (en octobre 1961 et en juillet 1964) dans le peloton de tête de la liste ministérielle. Le premier dépan de M. Kwayeb du Gouvernement à la suite du réajustement ministénel du 25 janvier 197118 constitue un événement majeur quant à la hiérarchie formelle qui lui succède au sommet du Gouvernement. MM. Biya et Sadou Daoudou occupent désormais les deux premiers rangs dans la hiérarchie gouvernementale, et le rapide retour de M. Kwayeb dès la formation du premier gouver-

nement unitaire le 3 juillet 197219 ne change rien à cette

préséance. A cet égard, la npmination de M. Tandeng Muna au poste de Ministre d'Etat sans ponefeuille en .1972, et en tête de liste gouvernementale, ne peut s'analyser que comme un phénomène de transition, dans le cadre des transformations structurelles rendues nécessaires p.ar le passage de l'État fédéral à l'État unitaire. La Vice-Présidence de la République disparaissant, il fallait conserver à son' dernier titUlaire, M. Tandeng Muna, qui devait continuer à occuper un rôle de premier plan dans les nouvelles institutions qui se mettaient alors lentement en place, une position honorifique suffIsamment élevée, en attendant qu'il se pone candidat, puis soit élu à la Présidence de la première Assemblée nationale de la République unie, en juin 1973, apparaissan~ ainsi plus nettement comme la seconde personnalité de l'Etaeo. l'intermède Tandeng Muna\ Ministre d'État, ne dure ainsi que douze mois. Nommé le 3 juillet 1972, il démissionne du Gouvernement lé 30 mai 197321 Le tandem Biya-Sadou Daoudou se remet alors à marcher à la tête de l'équipe gouvernementale. Lorsque M. Biya est nommé Pre18. Décret n071-DF-44 du 25 janvier 1971. 19. Décret n° 72-304 du 3 juillet 1972. 20. En effet, le Président de l'Assemblée nationale, en vertu de l'article 7 b) première version de la Constitution du 2 juin 1972, exerce de plein droit les pouvoirs du Président de la République, en cas de vacance de la Présidence par décès où par incapacité physique permanente constatée par la Cour Suprême, jusqu'à l'élection du nouveau Président. Aux termes de la loi n° 79.2 du 29 juin 1979 portant modification des articles 5 er 7 de la Constitution, c'est le Premier Ministre qui devient la seconde personnalité de l'État. « En cas de vacance de la Présidence de la République pour cause de décès, démission ou empêchement définitif constaté par la Cour Suprême, le Premier Ministre est immédiatement investi des fonctions de Président de la République pour la période qui reste du mandat présidentiel en cours. (Article 7 b, alinéa 1".) 21. Décret n° 73.267 du 30 mai 1973.

.

28

mier Ministre le 30 juin 197522, M. Sadou Daoudou reste la seconde personnalité du Gouvernement, premier d'entre les ministres d'État, qui sont désormais quatre. Ce quatuor est imperturbablement composé, de 1975 à 1980, de ,MM. Sadou Daoudou (aux Forces Armées), Kwayeb23 (à l'Equipement et à l'Habitat), Ayissi Mvodo (à l'Administration territoriale), et Egbe Tabi (aux Postes et Télécommunications). Cette préséance n'est pas modifiée à la formation du Gouvernement du 17 juillet 198024, dans lequel M. Dontsop occupe hiérarchiquement la place de M. Kwayeb, lequel quitte le Gouvernement, pour la seconde fois. Le Ministre d'État Sadou Daoudou quitte à son tour le Gouvernement à la suite du remaniement ministériel du 7 janvier 19~2, mais conserve le rang et les prérogatives de ministre d'Etat à son nouveau poste de Secrétaire général adjoint de la Présidence de la République. Pour rétablir l'équilibre géopolitique penurbé par ce dépann, un nouveau ministre d'État est nommé au sein du Gouvernement M. Maïkano Abdoulaye. Le remaniement ministériel qu'effectue le 6 novembre 1982 le nouveau Président, M. ~iya, ne touche absolument pas ce quatuor de ministres d'Etat laissé par M. Ahidjo MM. Dontsop, Ayissi Mvodo, Maïkano Abdoulaye et Egbe Tabi. Toutefois, ce groupe comprend désormais cinq membres avec l'arrivée. au Gouvernement de l'ancien Secrétaire général de la Présidence de la République, M. Eboua, nommé Ministre d'État, Ministre de l'Agriculture. On le verra, cette arrivée, qui correspond à une continuité politique pour ce qui concerne les filières d'accès au Gouvernement, crée cependant une situation politique nouvelle qui contredit fondamentalemep.t la signification politique traditionnelle des ministres d'Etat sous M. Ahidjo.

22. Décret n" 75.478 du 30 juin 1975. Le poste de Premier Ministre, sup. ptimé au moment du passage des s,tructutes fédérales (qui comportaient un Pre. mier Ministre par État fédéré) à l'Etat unitaire, est rétabli parla loi .du 9 mai 1975 portant modification de la Constitution du 2 juin 1972. 23. Le retour de M. Kwayeb au premier plan est spectaculaire car il n'occupait plus que le 13< rang dans la hiérarchie gouvernementale à son retour dans le Cabinet de 1972. 24. Décret n" 80.271 du 17 juillet 1980. 25. Voir infra, les macroéquilibres géopolitiques. 29

h) Les Ministres du sommet de. la hiérarchie formelle
Trois tendances profondes se dégagent de l'observation du sommet de la liste ministérielle composée par M. Ahidjo (voir tableaux 3 et 4). Premièrement, dans la hiérarchie gouvernementale, après les ministres d'État, venait généralement en. tête de liste. ministérielle le Garde des Sceaux, sauf bien entendu lorsque le département de. celui-ci. était déjà érigé en
«

ministèred'Etat., commede 1961à 1964avecM. Njoya

Arouna. Cette préséance,. observée dès le remaniement de juin 1961 (M. Mohaman Lamine, G¥de des Sceaux, se place juste après les trois ministres d'Etat), est strictement respectée sous le régime fédéral _ M. Sanda Oumarou de 1964 à 1970, M. Sabal Lecco de 1970 à 1972.Sous la Troisième République (République unie), il faut attendre 1980 pour que cette préséance soit de nouveau respectée, avec. M. Andze Tsoungui. Deuxième tendance durable sous le régime fédéral, de manière très constante, indépendamment du titulaire, et tous rôles çonfondus (c'est-à-dire sanS distinction entre ministres d'Etat et ministres), le Ministre des Affaires étrangères était le troisième personnage de la hiérarchie gouvernementale de 1961 à 1968, le quatrième de 1968 à 1972. Ainsi se sont succédés MM. Betayene, Balla, Nko'o EtOungou, Bindzi, de nouveau M. Nko'o Etoungou, puis N. Nthepe26, et M. Keutcha. Pendant les premières années de la Troisième République, le Ministre des Affaires étrangères est repoussé à la sixième place (M. Efon en 1972), à la septième place (M. Keutcha en 1979), ou à la neuvième place (M. Keutcha en 1975) de .la hiérarchie gouvernementale. Il est difficile de conclure à une revalorisation réelle de la fonction en ne s'en tenant qu'à la remontée que celle-ci enregistre en 1980. En effet, si M. Dontsop, nommé Ministre des Affaires étrangères en juillet 1980, devient le troisième personnage du Gouvernement, c'est cenainement davantage en raisofl de sa qualité supplémentaire de Ministre d'État,
26. M. Nthepe n'occupe que la. 5' place dans la hiérarchie en raison de la promotion du Ministre des Forces Armées qui accède, en 1970, en tant que Ministre d'État, au peloton de tête de la liste ministérielle, repoussant de ce fait d'un rang en aval de la hiérarchie ministérielle le Ministre des Affaires étrangères. 30

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que d'une revalorisation pure et simple de la charge dans la hiérarchie officielle. Cette promotion dépasse les simples préoccupations de préséance et se mêle étroitement aux questions de hiérarchie réelle et d'équilibres géopolitiques. qui sont analysées plus. loin. On peut tout simplement noter, à ce niveau d'observation, que c'était la première fois qu'un ministre ~des Affaires étrangères était promu au rang de ministre d'Etat. La troisième tendance profonde est assez comparable à la précédente. Tous rôles confondus, et à l'exception de la formation du Gouvernement du 30 juin 1975 et du remaniement ministériel du 8 novembre 1979, le Ministre des Finances était constamment membre du peloton de tête de la liste ministérielle. De 1958 à 1968, il était même compté parmi les quatre premières personnalités du Gouvernement27 On peut remarquer, accessoirement, que le Ministre chargé du Plan28 a fait partie, douze fois sur dix-huit, du peloton de tête de la liste gouvernementale. La deuxième place occupée en 1961 et ~en 1963 était essentiellement due au rang de ministre d'Etat occupé par le titulaire, M. Onana Awana. Par ailleurs, il eût été intéressant de signaler que le Ministre de l'Administration territoriale a toujours occupé une place de choix au sommet de la hiérarchie ministérielle, si ce pç>ste n'était pas habituellement associé à. un
« ministère d'Etat », et si la fonction et les titulaires respec-

tifs ne renvoyaient davantage aux considérations de hiérarchie réelle. Le premier Cabinet du nouveau Président de la République, M. Biya, confirme toutes ces tendances. Continuité.

27. Sauf dans le Cabinet du 20 juin 1961 où il est en 7' position. 28. Un dépanement exclusivement chargé du Plan n'a existé que dans Je Gouvernement issu du remaniement ministériel de juin 1959 et dans le Gouvernement formé en mai 1960. Le Plan est habitUellement associé soit aux Finances, comme de 1961 à 1965, soit au Développement, comme de 1967 à 1970, soit à l'Aménagement du territOire, comme de 1970 à 1975, soit à l'Économie. comme de 1965 à 1967, ou depuis 1975. Il existait en 1958 un Commissariat au Plan, placé sous l'autorité du Premier Ministre. 32

B) La hiérarchie réelle à l'intérieur du Gouvernement
Il est extrêmement difficile d'établir une hiérarchie réelle parmi les ministres, sunout lorsqu'on les prend globalement sur l'ensemble du règne de M. Ahidjo. La difficulté tient ici au caractère instable ou dynamique de l'influence et aux phénomènes de relai et de chevauchement. Un ministre qui a panicipé au Gouvernement pendant dix ans n'y aura pas exercé la même influence pendant toute cette durée. L'influence naît, croît, atteint un cenain palier plus ou moins haut et plus ou moins durable, et se dégrade. Et au moment où une ou plusieurs influences naissent, croissent ou s'estompent, une ou plusieu.rs autres influences peuvent être en train de s'estomper, de croître ou de naître: relais, chevauchements d'influence. La variation de l'influence réelle d'un ministre, ou la différence d'influence réelle entre ministres au sein du Gouvernement, peuvent procéder de trois causes principales, relatives aux ressources politiques. D'abord, cenains ministres disposent de plus de ressources politiques que d'autres. Ensuite, cenains. ministres utilisent davantage que d'autres des ressources politiques pour acquérir de l'influence politique. Enfin, cenains ministres utilisent leurs ressources politiques avec plus d'habileté et d'efficacité que d'autres29. En politique, l'influence constitue un rapport entre des acteurs par lequel l'un d'entre eux amène les autres à agir autrement qu'ils .ne l'auraient fait sans ce rapport 30. Les moyens ou les fondements de ce rapport constituent les ressources politiques ou ressources de l'influence. Les possibilités de contrôle des ressources politiques sont réparties de manière inégale à l'intérieur du Gouvernement, en raison de la nature même de ces ressources, de leur disponibilité, de l' habileté et de l'efficacité aveClesquelles elles sont utilisées.
29. La conception des notions de ressources politiques, de pouvoir, d'influence ou d'autOrité, rejoint en grande partie celle de R. Dahqin L'An4lyse politique contemporaine, Paris, R. laffont, 1973). 30. R. Dahl, L'An4lysepolitiquecontemporaine, op. cit., p. 53.

33

Dans le Système politique camerounais, les ressources politiques qui fondent l'influence des ministres à l'intérieur du Gouvernement peuvent être regroupées en sept catégo. . nes majeures
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la stabilité gouvernementale, la stabilité..ministérielle, la position dans la hiérarchie gouvernementale offi~ delle, l'accès institUtionnel auprès du Président de la République, la position dans l'appareil du Pani au pouvoir, les affinités avec .le Président de la République (affinités de type personnel et affinités de type politique), la compétence individuelle.

Il s'agit des ressources politiques que peuvent utiliser les ministres pour exercer de l'influence à l'intérieur du Gouvernement. Certaines ressources politiques, telles la stabilité gouvernementale. ou la stabilité ministérielle, peuvent apparaître cOlnme le ptoduit d'une gestion efficace d'autres ressources politiques, mais ces catégories ne sont considérées ici qu'à panic du moment où, produites, elles deviennent de nouvelles ressources politiques qui pourront servir à exercer des influences. Seule une combinaisOn, à chaque instant, de l'ensemble de ces ressources politiques,. peut permettre de déterminer la hiérarchie réelle. des influences au sein du Gouvernement, Toute la difficulté réside précisément dans l'aptitude à réaliser une telle. combinaison. Une méthodologie d'approche peur consister à analyser séparément les catégories de ressources politiques, en considérant chaque caté-

gorie comme un cadre de référence dans lequel prendraient
.

place les autres, dans l'établissement. de la hiérarchie réelle des influences à l'intérieur du personnel gouvernemental. Les affinités. avec .le Président de la. République, ainsi

que la compétence individuelle apparaissent également
.

comme des critères de recrutement des membres du Gouvernement. Pour tette .raison, ces deux catégories de ressources politiques seront analysées seulement lors de l'étUde de ces critères de choix. 34

a) La stabilité gouvernementale31 Toutes fonctions.gouvernernentaJesc:onfondues, c'est~àdire en considérant ensemble Premiers Ministres, ministres, vice-ministres ou ministres adjoints, et secrétaires d'État, le Gouvernement. a compté, depuis le premier Cabinet Ahidjo formé le 20 février 1958jusqu'au remaniemem du 7 janvier 1982, 131 membres, dont 7. Premiers Ministres, 77 ministre~32et 47 vice-ministres, minist.res>adjointsou secrétaires d'EtatH.
TABLEAU 5 Stabilitégouvemementale (SO) des Premiers Ministres (au31 ()Ctobre 1982)
Premiers Ministres Biya Tandeog Gouvernement Ille République (État unitaire) SG Autres fonctions gouvernementales SG SG totale

1.4 Secrétaire général Présidence

6.11 14.3 6.3 0.11 11.7

lIe République 4.6 Min. TransportS (Cam. oçcidental) Min. d'État

Tehouogui lIe République (Cam. oriental) Foneha Assale

3,0 6.1 Min. Santé 0,11 Min. Économie Min.<Chargé Mission 0.6 11.0
.

lIe République 3.7 Vice-Président (lIe République) (Cam. occidental) Ireet lIe Rép. (Cam. oriental) 5.1 Min. Finances

4.11 2.3 0,3 3.4

8,6 7.4

Ngom Jua lIe République 2.8 Min-adj. Santé SE Finances (Cam. occidental) lIe République Aharida 0.5 (Cam. oriental)

6.3

-

-

0.5

(ColonnesSG : avant le point: nOJJlbred'ann~

;après le point : nOJJlbrede mois)

31. Le terme c. stabilité. est utiliséici au sensde longévité n'implique,en et
conséquence, àucun jugement de valeur. 32. Sont également comptabilisés comme ministres çeU1Cql!i, avant de le devenir, étaient vice-ministres, ministres adjoints ouseçrétaires d'Etat. 33. Sont çomptabilisés uniquemenneU1C qui n'ont pas aççédé ultérieurement à un poste de ministre plein. 35