CAPITAINE DE VAISSEAU MORTENOL

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Le Commandant Mortenol a passé trente-trois ans de son existence dans la marine de guerre. Officier de vaisseau, en service actif d'octobre 1882 à juillet 1915, il a gravi progressivement les échelons de la hiérarchie militaire. Sa carrière de marin se révèle inextricablement liée au processus de conquêtes en Afrique et aux premières phases d'occupation coloniale en Indochine. Des documents inédits, extraits des fonds de la Marine et des Colonies, permettent de suivre attentivement son parcours
Publié le : samedi 1 décembre 2001
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EAN13 : 9782296271494
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Capitaine de Vaisseau MORTENOL
Croisières et Campagnes de Guerre
1882-1915Inez FISHER-BLANCHET
Oruno D. LARA
Capitaine de Vaisseau MORTENOL
Croisières et Campagnes de Guerre
1882-1915
L'Harmattan Hongrie L'Harmattan ItaliaL'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polyte~bnique Harsita u. 3 Via BàV~t37
.
1026 Budapest 10214 Torino75005 Paris
FRANCE HONGRIE ITALIE@ L'Harmattan, 2001
ISBN: 2-7475-1554-0
Ouvrage publié avec le concours du
Centre de Recherches Caraibes-Amériques, CERCAM
B.P.22 - 93801 - Epinay-sur-Seine Cedex - France
e-mail: contact@cardibes-lab.com
site web: http://www.caraibes-Iab.comà Ina Mathieu Kancel-DiomardArpèges
L'ouverture des archives publiques et des Notes Confidentielles
autorise la mise en chantier d'une biographie de Mortenol qui se dégage des
brumes de la légende!. Cependant, les lacunes de la documentation (archives
officielles et papiers privés), la rareté des témoignages fiables et la complexité
des questions soulevées freinent l'enquête. L'examen des pièces et des
problèmes suscite encore bien des interrogations. Ce livre, qui se fonde sur
des sources inédites, porte des réponses indispensables à l'analyse historique.
TIest le complément indissociable de l'ouvrage pam chez le même éditeur:
Orono D. LARA, Mortenol, ou les infortunes de la servitutill.
La recherche dans les archives de la Marine et des Colonies nous a
permis, en effet, d'approfondir la canière de marin de l'officier
guadeloupéen. Des documents exceptionnels éclairent ses croisières
d'instruction et ses campagnes de guerre. Au cours d'une période qui précède
la Première Guerre Mondiale, se succèdent dans nos investigations le jeune
aspirant de première classe, sorti en 1882 de l'Ecole Polytechnique, qui
1 Cf. Orono D. LARA, Le Commandant Mortenol. Un officier guadeloupéen dans la
«Royale», Editions du Centre de Recherches Caraibes-Amériques, CERCAM, 1985,285 p.,
ouvrage qui constitue une première démarche en ce sens.
2 Editions L'Harmattan, Paris, 2001, 730 p.embarque sur la frégate à voiles l'Alceste, l'enseigne de vaisseau, puis le
lieutenant de vaisseau, le capitaine de frégate et le capitaine de vaisseau
volontaire pour un commandement à la mer.
Le Capitaine de Vaisseau Mortenol- il est promu le 7 septembre 1912
- compte vingt-cinq années de mer quand il quitte Brest en 1915 pour Paris
où l'attend le Général Gallieni.
Son premier voyage sur mer,ill'effoctue en février 1876 quand il
embarque sur le transport le Finistère pour se rendre à Toulon puis à
Bordeaux où il entre le 3 mars au lycée de la ville en classe de Mathématiques
Préparatoires.
Sa canière d'officier de marine débute en octobre 1882 avec la
croisière d'Instruction sur la frégate l'Alceste. Elle se termine en juillet 1915
quand il devient président de plusieurs commissions permanentes et chargé du
2eDépôt.cuirassé Carnot, bâtiment désanné, annexe du
Entre 1882 et 1915, Mortenol navigue en MéditeITanée, Océan
Atlantique, Océan Indien, Mers de Chine. TIembarque sur des navires de
types variés: frégate à voile, cuirassés d'escadre, aviso, canonnière,
torpilleurs, garde-côtes cuirassé, croiseur aviso à roues, croiseur-cuirassé,
transport. Il voyage sur les paquebots Saint-Laurent, Tibet, Sydney.
Dès son apprentissage, à l'Ecole de Timonerie et de Matelotage,
Mortenol sollicite d'« être attaché, dans l'avenir à quelque mission ou
entreprise coloniale telle que celle de Madagascar ou du 'Congo' »3. Ce
souhait émis sur les conseils de Victor Schoelcher vraisemblablement, allait
être exaucé. Le sénateur inamovible connaissait les orientations de la politique
coloniale du gouvernement français.
L'officier guadeloupéen part en campagne de gueITe à Madagascar en
1884-1886 et en 1896-1898. Puis il sert en Afrique, au Gabon-Congo en
1887-1889 et participe en 1900-1902 à la campagne de guerre dans l'Ogowé
(Congo). TItermine ses missions extérieures en Indochine où il effectue deux
campagnes coloniales: la première de 1904 à 1906 à Saïgon, la deuxième de
1907 à 1909 à Hon-Gay (Tonkin).
Marine et Colonies - Ces deux termes se conjuguent au XIXe siècle
comme au XXe siècle. Mortenol se comprend mieux quand on l'associe à la
mer, aux navires et aux effectifs de son époque. Nous avons voulu l'étudier
en utilisant les textes qui le font apparaître dans son espace maritime et
colonial. Ainsi nous l'accompagnons en Afrique, à Madagascar, en
Indochine, dans ces colonies où il a selVi sur des bâtiments portant le pavillon
français. Un parlementaire, originaire lui aussi de la Guadeloupe, Gaston
Gerville- Réache, expose ses idées sur la Marine à l'occasion de la rédaction
d'un Rapport publié en 1887.
3 Service Historique de la Marine (S.H.M., Vincennes), Dossier personnel de S.H,.C~
Mortenol,Notes Confidentielles, 25 août 1883.
10Marine et Colonisés ne se dissocient pas au moment où disparaissent
les gabiers et les vergues sur les croiseurs cuirassés.
Nous embarquons pour un voyage de découverte: Mortenol que l'on
perçoit plus nettement en Atlantique, en Méditerranée Occidentale ou, avec ses
torpilleurs, dans les Mers de Chine.
Dans la reproduction des textes, nous nous en sommes tenus
strictement à l'écriture et à l'orthographe des documents originaux.
IlChapitre I
ESCALE EN GUADELOUPE
La documentation rassemblée depuis 1985 par Orono D. LARA - et
présentée dans son livre Mortenol ou les infortunes de la servitude! - nous
permet de circonscrire les personnages de cette histoire.
Tout commence en Guadeloupe sous le Système esclavagiste.
Le nègre André, né vers 1809 en Afrique, esclave, appartient aux
sieurs de Lacroix et Vautier de Moyencourt, négociants demeurant à Pointe-à-
Pitre.
Un arrêté du Gouverneur Layrle, pris à Basse-Terre le 23 juillet 1847,
accorde des titres de liberté à douze individus par suite de rachat forcé. Parmi
eux, André, âgé de trente-huit ans, voilier, ayant déposé à la Caisse coloniale
la somme de 2 400 francs, prix fixé par la commission instituée par l'article 5
de la loi du 18 juillet 1845 pour son rachat, est inscrit comme libre sur les
registres de la mairie de Pointe-à-Pitre, Acte n° 375, Patente de liberté du 6
septembre 1847. TIreçoit le nom patronymique de Mortenol et le prénom
d'André.
André Mortenol, âgé de quarante-six ans, voilier, épouse Julienne
Toussaint, couturière âgée de vingt-et-un ans le 18 août 1855 à Pointe-à-Pitre.
1
Editions L'Hannattan, Paris, 2001, 730 p.Julienne est la fille d'un tonnelier, Petitfrère Toussaint, et de Mariette sa
femme, marchande, domiciliés à Pointe-à-Pitre.
Trois enfants naissent de cette union à Pointe-à-Pitre, deux garçons et
une fille. Eugène André naît le 7 juin 1856 dans la maison du sieur Toussaint,
6, rue du Cimetière où demeurent André Mortenol et son épouse Julienne.
Marie Adèle naît le 27 juin 1858, rue de Turenne, maison du sieur Baud.
Sosthène Héliodore Camille naît le 29 novembre 1859 au 2, rue Traversière,
maison du sieur Rodrigues.
On a cru pendant longtemps que le dernier enfant, SosthèneHéliodore
Camille, après des études, avait fait carrière dans la marine. Son dossier
personnel conservé au Service Historique de la Marine (Vincennes) le
présente sous le nom de Sosthène Héliodore Camille Mortenol. fi se marie
sous ce nom également, le 9 septembre 1902, avec Marie Louise Vitalo. C'est
aussi sous ce nom qu'il meurt à Paris le 22 décembre 1930. TIest inhumé au
Cimetière de Vaugirard.
Un document remet en question l'identité du Commandant Mortenol.
Le registre de l'état-civil de Pointe-à-Pitre signale le décès, le 25 juin 1885, de
Sosthène Héliodore Camille Mortenol (Acte n° 361). L'infonnation de ce
décès est reprise par le Courrier de la Guadeloupe le 26 juin suivant sous la
rubrique « Etat-civil, décès ».
L'acte de décès de Sosthène Héliodore Camille nous apprend par
ailleurs qu'il était voilier comme son père et que ses deux parents, André et
Julienne, sont décédés avant lui. Nous savons que le père, André, est mort le
18 décembre 1883 à Pointe-à-Pitre.
L'examen du dossier des sources et l'analyse de la période historique
conduisent à formuler une hypothèse. TIy a eu substitution d'identité. Le
jeune Eugène André, brillant élève à l'Ecole communale, a pris l'identité de
son frère Sosthène Héliodore Camille pour rajeunir et poursuivre des études
supérieures. C'est Eugène André qui passe son baccalauréat en 1877 à
Bordeaux et s'inscrit avec une bourse coloniale pour la préparation du
concours d'entrée à l'Ecole Polytechnique en 1878.
Eugène André s'est métamorphosé en Sosthène Héliodore Camille
Mortenol qui sort de l'Ecole en 1882 et choisit de faire carrière
dans la Marine de Guerre.
.
Quia incité le jeune Mortenol à opter pour la Marine et les Colonies?
Les investigations ont montré que Victor Schoelcher a d'abord orienté le jeune
Guadeloupéen vers l'Ecole Navale. La possibilité d'obtenir une bourse à
favorisé, finalement, le choix de l'Ecole Polytechnique.
14Chapitre II
CROISIERES D'INSTRUCTION
fis sont quatre polytechniciens à suivre l'Ecole de Matelotage et de
Timonerie sur la frégate à voiles Alceste. Les croisières d'instruction (hiver et
été) partent de Brest au début du mois d'octobre et s'effectuent en Atlantique.
En 1882, l'Alceste et la CONetteà voiles la Favorite naviguent de concert vers
le sud.
Les manœuvres et l'apprentissage s'opèrent au large des îles qui se
succèdent: archipel des Açores, Madère, les îles Selvagens, les Canaries et
fmalement, les îles du Cap-Vert avec les côtes africaines, Dakar, Casamance
et Gambie.
Les premières îles au nord -les Açores, 4000 km2 - appartiennent au
Portugal: Flores, Corvo, Faial, Pico, Sao Jorge, Graciosa, Terceira, Sao
Miguel (ponta Delgada) et Santa Maria.
Plus au sud, l'archipel de Madeira (800 km2), portugais également,
comprend l'île de Madère, Porto Santo, les Desertas et les îles Selvagens.
L'archipel espagnol des Canaries (7500km2) s'étire sur 500 km
d'ouest en est de Alegranza à Hierro. Sur une bande de 200 km de largeur
s'égrennent la Palma, Hierro, Gomera, Tenerife (Santa Cruz de Tenerife),
Gran Canaria (Las Palmas), Fuerteventura, Lanzarote, Orac iosa, les Roques
et Alegranza.L'objectif final des croisières d'instruction est l'archipel du Cap-Vert,
possession portugaise où s'effectuent les travaux d'apprentissage des gabiers
et timoniers.
L'archipel s'étend sur une superficie de 4033 km2 et regroupe dix îles
situées au large du Sénégal, 15° de latitude nord, 22° de latitude ouest.
Le groupe Ilhas do Sotavento (TIessous le Vent), au sud, comprend
les îles suivantes: Santiago, Maio, Fogo et Brava; le groupe [lhas do
Barlovento, au nord, englobe les îles: Sao Vicente, Sao Nicolau, Santo
Anmo, Santa Luizia, Sal et Bôa-Vista. Vers 1880, l'archipel compte 110 000
habitants environ.
La sécheresse et la famine se conjuguent dans ces îles pour favoriser
l'émigration des autochtones, surtout après l'abolition - de principe - de
l'esclavage en 1869.
Une activité commerciale et maritime s'enclenche avec l'achat, en
1850, par la compagnie anglaise Royal Mail Packet d'une concession dans
l'île de Sao Vicente pour établir un dépôt de charbon destiné à ses bâtiments.
Des navires anglais, en particulier de Bristol, embarquent en 1857 des
habitants libres comme travailleurs pour l'île de Trinidad. Une convention
passée le 6 janvier 1857 à Paris entre le ministre portugais de la Marine et des
Colonies et la Compagnie Générale Maritime de Paris, autorise une galère de
la compagnie française à embarquer le 15 août 1875, soixante-dix travailleurs
pour la Guadeloupe. La convention de 1857 stipulait un salaire de 12 à 15
francs par mois et six ans de service. Les enfants de dix ans, considérés
comme adultes, recevaient un salaire, les autres, moins âgés, n'y avaient pas
droit. Selon les clauses de la convention, la Compagnie Générale Maritime de
Paris devait rapatrier les engagés dénommés « colons» et verser à l'Etat
portugais un dixième du salaire de chaque migrant. fi est curieux d'observer
que le retour de ces Cap-verdiens dans leurs îles natales devait s'effectuer
autour des années 1882-1883, au moment où Mortenol effectuait sa croisière
d'instruction dans la régionl.
La documentation, fort heureusement, pennet de suivre la navigation
des bâtiments de l'Ecole de Matelotage et de Timonerie l'Alceste et la
favorite. On a aussi la possibilité, en examinant les rapports de mer du
Commandant Cavelier de Cuverville et de son subordonné le Commandant
Hardy, de se rendre compte de la progression et des difficultés rencontrées
sur mer par la flottille.
Les polytechniciens voyagent avec les apprentis...gabiers et les
timoniers. Quelques années plus tard, à la fm du siècle, ils embarqueront avec
les « bordaches », les élèves de l'Ecole Navale pour des croisières plus
enrichissantes. Un exemple: le 5 octobre 1901, le navire-école Duguay-
Trouin quitte Brest pour la traditionnelle croisière d'application. Le navire
commandé par le Capitaine de Vaisseau Houette, se rend aux Canaries puis au
1
Voir Antonio Carreira, Cabo Verde. Formaçiio e extillçâo de uma sociedade e5Y:ravocrata
(1460..1878),CeDtro de Estudios da GuiDé Portuguese, 1972.
16Cap-Vert comme les frégates antérieurementll appareille du Cap-Vertpour
1ergagner les Caraibes: Jamaïque le janvier 1902, Cuba, la Nouvelle-
Orléans. Retour en février avec une escale à Madère et arrivée à Toulon le 3
mars. A bord du navire-école, l'instruction concerne une promotion de quatre-
vingt quatorze « bordaches », quatre polytechniciens et deux ingénieurs.
Le 19 mars, le Duguay-Trouin repart pour une croisière d'été qui le
conduit à Naples et à Venise en mars puis à Pola et Fiume en Autriche...
Hongrie en avril. Après une escale au Pirée en Grèce, il visite Bizerte et Alger
puis remonte en Atlantique. Le navire-école fait escale à Bergen puis à
Stockholm (3-6 juin), à Reval (Estonie) et à Cronstadt le 25 juin. Le Duguay-
1erTrouin appareille le juillet pour Brest où il arrive le 21 juillet. Au tenne de
èrecette croisière d'application, dans la promotiondes aspirants de 1 classe, à
l'issue de l'examen de fin de stage, sont nommés de futurs amiraux: Sablé
(major), Ollive, Muselier, Le Bigot, Femet et Darlan.
17Documents
Croisières d'instruction
- Etat-Major Général
Brest, le 2 marsMouvements
1882
Monsieur le Ministre,
fi m'est rendu compte qu'un certain nombre de livres et ou'vrages de
navigation affectés à l'instruction des apprentis-timoniers sont actuellement
complètement détériorés ou ont besoin de réparations pour les mettre en état
de rendre encore des selVices sur les bâtiments-écoles. Cet état de choses est
la conséquence naturelle de l'emploi d'un matériel de cette nature, par tous les
temps, sur les ponts des navires où se font les signaux.
La situation est résumée dans l'état ci-joint duquel il résulte que ]a
Division a 66 livres à changer et 93 à relier.
D'après les renseignements pris au port, le service des Archives de la
Majorité n'est pas approvisionné en vue de satisfaire à de pareils besoins: il
pourrait tout au plus nous fournir le quart des ouvrages dont le remplacement
est indispensable.
Afin de ne pas démunir le port, j'ai pensé, Monsieur le Ministre, qu'il
était préférable de vous signaler nos besoins et j'ai I'honneur de vous prier de
vouloir bien prendre les dispositions que vous jugerez convenable pour qu'il
y soit fait droit.
Quant aux reliures, rien ne me paraît s'opposer à ce qu'elles soient
exécutées à Brest par les soins du titulaire du marché en cours pour les divers
seIVices de l'arsenal. TIy aurait seulement lieu d'ouvrir à l'administration du
port sur les fonds du chapitre 3 (Dépôt des cartes et plans) auquel incombe
cette dépense aux tennes de la circulaire du 12 juin 1873 (B.O. p. 834) un
prédit spécial de 120F, somme à laquelle l'importance des travaux semble
devoir s'élever.
..
Je suis avec un profond respect, Monsieur le Ministre, votre très
obéissant selViteur, le Contre-Amiral, commandant en chef,
Perier d'Hauterive
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19- Division navale d'instruction
Corvette la Favorite
Commandant A bord, le 15juillet 1882
Rapport succinct sur l'état de la coque, de l'artillerie et du gréement
(ordre d contre-amiral, commandant en chef, en date du 10juin dernier)
Le bâtiment ne fait pas d'eau. Les liaisons sont excellentes. Seuls les
ponts sont un peu usés; ils ont en général perdu 4 centimètres sur six et le
calfatage devient difficile.
TIy a à réparer quelques accessoires de coque, panneaux, caillebotes,
des fissures de sabord, etc. etc.
Le cuivre qui a plus de quatre ans aura besoin d'être visité et réparé. TI
y a aussi à réparer des pompes et autres accessoires.
Remplacer une baleinière enlevée par la mer.
Vider la cale de ses caisses à eau et la nettoyer à fond.
La mâture est à visiter comme après chaque croisière.
Artillerie.
En bon état. TIYa lieu de demander à visiter les affûts et charriots. Les
réparations d'annes et d'accessoires paraissent peu importantes.
Gréement et voilure.
A visiter, le grand étai à changer. Le reste du donnant paraît en bon
état. Le courant - à visiter.
Un jeu de voiles est presque neuf, l'autre est bon à condamner.
Le Capitaine de vaisseau, commandant,
E. Hardy
- Rapport sommaire sur l'état de la coque de la frégate l'Alceste
L'Alceste année le 16 août 1881, prenait la mer le 20 octobre suivant
pour entreprendre une croisière d'instruction dans les parages des Canaries,
~es lIes du Cap Vert et de la côte d'Afrique; la frégate était de retour en
France le 17 février 1882.
Le 21 octobre, lendemain de notre départ de Brest, nous étions
assaillis par une violente tempête de sud-est, pendant laquelle les liaisons du
bâtiment en cape sous la grand 'voile goëlette et quoique se comportant très
bien, ont beaucoup fatigué.
Pendant ce mauvais temps, les coutures extérieures ont craché leurs
étoupes; les serre-gouttières et fourrures d,egouttière du pont et de la batterie
ont pris du jeu; le faux pont a été inondé, tant par l'eau qui tombait du pont
supérieur que par celle qui venait de l'extérieur.
20La frégate, entrée dans l'arsenal en mars, reçut un calfatage général et
les quelques consolidations jugées possibles par le selVice des Constructions
navales.
Dans le cours de la seconde croisière, et malgré deux coups de vent
successifs éprouvés dans le golfe de Gascogne, les avaries signalées plus haut
ne se sont pas reproduites; le calfatage semble ne pas avoir bougé; les
quantités d'eau franchies par les pompes, sont toujours restées insignifiantes.
Seuls, des suintements provenant des trous de cheville à l'extérieur, se sont
manifestés dans le faux pont.
En réalité, l'état des fonds du bâtiment, des baux et des barrots ne
laisse rien à désirer; les virures de gouttières et les selTe-gouttières qui sont
déliées, fatiguent dans les grands coups de roulis, parce que les chevilles
profondément oxydées dans le bois, n'ont plus la force suffisante pour
donner une rigidité parfaite aux ceintures fonnant les liaisons des ponts.
Conclusion.
Les oeuvres vives sont en parfait état; et, quoique les oeuvres mortes
soient déliées, l'Alceste est encore un bâtiment très solide et très en état de
faire un bon nombre de croisières d'instruction dans des mers où l'on n'a
chance que de rencontrer des temps maniables.
Néanmoins, il serait nécessaire, sinon urgent, de changer dès à présent
les cinq bordages de préceinte dont le bois est calciné et pouni sur une
étendue relativement considérable, tout à l'entour des chevilles en fer qui les
fixent aux couples.
Quiberon, le 15juillet 1882
Le Capitaine de Vaisseau, Commandant l'Alceste
E. Forget
-Division navale d'instruction Brest, le 19 juillet 1882
Contre-amiral
Commandant en chef
Etat-Major généml
Mouvements
Monsieur le ministre,
Ainsi que je vous l'ai annoncé par ma lettre du 12, j'ai fait procéder
par les commandants à une visite minutieuse de leur bâtiment. Cette visite a
donné lieu à des rapports que je vous transmets in-extenso.
n résulte de ces documents que la Favorite est certainement en état de
continuer ses croisières. La Résolue est moins bonne et aurait besoin de plus
de réparations, malgré cela, elle me paraît en meilleur état que l'Alceste. C'est
donc celle-ci qui me semblerait devoir être désannée, bien qu'elle soit, à mon
avis, capable de faire encore deux croisières dans les conditions où elle se
trouve.
21Toutefois une visite complète des bâtiments par les soins de l'arsenal
pourrait seule pennettre de se prononcer en toutes connaissances de cause sur
ce sujet. En tous cas l'Alceste est un bâtiment qui peut encore rendre de très
bons services pour nos écoles.
Je suis avec un profond respect, Monsieur le Ministre, votre très
obéissant serviteur, le Contre-Amiral, Commandant en chef la Division
Navale d'Instruction,
Périer d'Hauterive
Décision ministérielle:
TI faut désanner l'Alceste et la réparer de façon à ce qu'elle puisse
remplacer la Résolue dans un an.
-Division navale d'instruction
Frégate la RésolU(!
Commandant Brest, le 18juillet 1882
Rapport sommaire sur la coque, l'artillerie et le gréement.
- Coque -
La coque de la Résolue paraît encore en bon état; dans le cours de
cette dernière croisière, les œuvres vives n'ont fait un peu d'eau que dans
deux circonstances où le navire a fatigué par suite de roulis très étendus. Les
œuvres mortes paraissent également bonnes, sauf dans la région babord
anière, ainsi que mon prédécesseur l'a déjà signalé dans un rapport en date du
20 décembre 1881. Lorsque les roulis sont très amples quelques infiltrations
se produisent au-dessus de la flottaison dans cette partie; cependant, les
coutures ne paraissent point s'être ouvertes; ni l'étoupe ni le mastic ne sont
sortis dans aucune circonstance, pas même lorsque le navire a dû prendre la
cape pendant les mauvais temps qui ont signalé les débuts de la croisière.
Les ponts bien qu'assez usés peuvent cependant faire encore un bon
-service.Les barrots qui supportent l'étambrai du grand mât se sont soulagés
'pendant les roulis, ils auraient besoin d'une consolidation particulière, travail
qui a déjà été fait du reste à bord de la Favorite où le même inconvénient
s'était produit.
Artillerie. En bon état
Gréement. En bon état
Mâture. En bon état. Une vergue du grand hunier a été craquée pendant que
nous étions à la cape, elle devra être remplacée. Une vergue du petit hunier est
à visiter et une consolidation à faire aux.barres du petit perroquet.
Les blins des basses vergues ont été déjà signalées comme étant beaucoup
trop faibles pour le service de l'école; ils ont été encore faussés dans cette
croisière; il conviendrait de les remplacer par un modèle plus fort.
22Voilure. Quelques voiles complètement usées sont à changer: petit et grand
hunier, un petit foc à réparer.
Détails intérieurs. Dans un mouillage sur rade de Madère un fragment de
l'hélice inférieur de la bitte tribord s'est ouvert à l'endroit d'un boulon, bien
que le navire mouillât sans vitesse; ce fragment faisait partie d'une pièce
rapportée en vue d'augmenter la largeur de l'hélice; cette pièce manquait de
solidité, une consolidation a été faite aux deux bittes par les moyens du bord
et rien fi'a bougé depuis lors.
Conclusion.
En résumé, le bâtiment me paraît encore en bon état et je le crois
parfaitement à même d'entreprendre la croisière prochaine, je ne verrais aucun
avantage au point de vue sécurité, à le remplacer par l'Alceste dont les hauts
sont manifestement plus déliés que ceux de la Résolue; toutefois, une visite
sérieuse pourrait seule pennettre de porter un jugement définitif sur l'état réel
de la coque.
Le capitaine de vaisseau, Commandant,
Cavelier de Cuverville
Brest, le 31 juillet 1882- Division navale d'instruction
Contre-aminù
Commandant en chef
Etat-Major Général
Mouvements
Monsieur le Ministre,
Confonnément à vos instructions, je passerai mardi, mercredi et jeudi
une inspection générale succincte des trois bâtiments placés sous mes ordres,
et samedi 5 août dans la matinée j'amènerai mon pavillon en remettant à M. le
Vice-aminù"commandant en chef, Préfet maritime du 2e arrondissement le
commandement de l'Alceste, de la Résolue et de la Favorite.
Dès que mon pavillon sera amené, je ne verrai qu'avantage à ce que ]a
frégate l'Alceste, qui a besoin de passer au bassin, fut rentrée dans le port. TI
n'y a pas d'examens à passer à bord de ce bâtiment.
La Résolue et la Favorite commenceront les examens de la dernière
partie de leurs contingents lundi 7 août si le Préfet maritime n'y voit pas
d'inconvénient. Dès que ces examens seront terminés, ces contingents seront
débarqués, si vous voulez bien l'autoriser, et destinés à la Division de Brest.
La Résolue qui doit désarmer, pourrait alors entrer dans le port et, à ce
moment, M. Le capitaine de Vaisseau de Cuverville pourrait prendre
effectivement le commandement de l'Alceste.
Dans ce cas, M. le commandant Forget et les officiers de l'Alceste pourraient
être débarqués à cette date et remplacés:
0) par Ie commandant de Cuverville ;1
232°) par son nouveau second, M.le capitaine de frégate Fiessinger,
et 3°) par une partie des officiers de la Résolue.
La Résolue serait désannée et remise aux Directions par M. le capitaine
de frégate Chabaud-Arnault et par l'autre partie des officiers de la Résolue,
ces derniers comptant sur leur nouveau bâtiment l'Alceste du jour où M. de
CuveIVille en prendrait le commandement. Ils rallieraient ce bâtiment du jour
où la Résolue serait entièrement désannée.
Quant à la Favorite, ce bâtiment aura, aussi, besoin de passer au
bassin avant d'entreprendre sa prochaine croisière. TIappartiendra à M. le
Vice-Amiral Lafont de juger quand il sera possible de procéder à cette
opération. Toutefois, par suite du débarquement de tout le contingent en
instruction, le seIVice de rade deviendrait trop pénible pour l'équipage
pennanent de ce bâtiment; il serait bon à mon avis de le faire rentrer soit dans
l'avant port, soit dans l'arrière port dès que tous les apprentis seront
débarqués.
Si le ministre approuve mes propositions, je le prie de vouloir bien me
donner l'ordre de m'entendre avec le Préfet Maritime pour assurer lellf
exécution.
Je suis avec le plus profond respect, Monsieur le Ministre, votre très
obéisant serviteur, le Contre-Amiral, commandant en chef la Division Navale
d'instruction.
Périer d'Hauterive
A bord, en vue de Madère le 14 octobre 1882- COIVette la Favorite
Commandant
Etat-Major Général
Monsieur le Ministre,
J'ai l'honneur de vous rendre compte que, confonnément à vos
instructions datées du 14 septembre je suis venu reconnaître Madère et j'ai
~nvoyé un canot porter des lettres à la poste de Funchal.
, J'ai quittéBrestle 3 octobreau matindès que le vent et l'état de la mer
dans le goulet m'ont pennis de sortir en louvoyant; à six heures du soir le
même Jour nous avions doublé la chaussée de Sein. Nous avons commencé
notre croisière dans les meilleures conditions, avec de jolies brises de nord et
de nord-est. Après avoir doublé le cap Finistère, nous avons eu un peu de
calme et le 8 nous avons rencontré des vents très frais du sud-est, passés au
sud-ouest le 9 et à l'ouest le 10. Le Il ils ont tourné au nord-ouest et au nord,
en mollissant beaucoup. En vue de Madère le 13,presque calme.
L'instruction des apprentis a commencé en rade de Brest le lundi 18
septembre et n'a pas subi d'interruption; le jour du départ seulement les
exercices de manœuvre n'ont pas eu lieu. De Ténériffe j'enverrai l'état
24contenant les renseignements relatifs au contingent d'apprentis; les officiers
chefs d'escouade ne sont pas encore en mesure de me les fournir tous.
Tout marche bien à bord de la Favorite et l'état sanitaire est parlait. Je suis
avec un profond respect, Monsieur le Ministre, votre très obéissant serviteur.
Le Capitaine de vaisseau, Commandant, E. Hardy
- Bâtiments-écoles naviguants
Brest - Alceste, frégate à voiles - 4 canons (Ecole de matelotage et de
timonerie)
Cavelier de Cuverville(J.M.A.), Capitainede vaisseau, commandant (4
avri11882)
Fiessinger (L.C.), C.F., sd.
Fustier (N.L.), L.V.
- Winter (R.V.), id ;
Thierry (A.M.), id .
Mallard de la Varende, (M.), id.
Hamel (J.M.), E.V.
Serres (E.A.O.), id.
Crespel (O.T.A.), id.
De Gueydon (p.A.), id.
Nissen (N.G.L.), Aide Commissaire, officier d'administration
L'Helgouach (A.A.), Médecin de lere classe, Méd. Maj.
Dealis de Saujean (J.B.A.), Médecin de 2eclasse
- Jan (A.P.M.),id .
Rolland (L.A.), Aspirant de lere classe
Mortenol (S.H.C.), id.
Garnier (A.C.), id.
Marcadé (X.A.E.), id.
N...., id.
N...., id.
Jacotin (S.), id.
Hage (H.A.), Aide médecin
- Brest - La Favorite
Corvette à voiles - 8 canons
(Ecole de matelotage et de timonerie)
Hardy (F.E.), capitaine de vaisseau, commandant (1ernovembre 1881)
Chasseriau (p.L.A.), C.F., sd
Huau (E.), L.V.
Bongrain (C.G.), id.
25Journet (F.A.V.E.), id.
Sellier (P.C.F.), id.
De Lonne (E.A.M.), E.V.
Crouan (M.M.A.), id.
Rideau (A.H.C.M.), sous-commissaire, officier d'administration
Duchateau (A.L.A.), Médecin tere classe, Méd. Maj.
Yves (P.), Aspirant 1ere classe
De Maupeou d' Ableiges, id.
N...., id.
Richard (L.M.), id.
Frot (A.), id.
N...., id.
Durand, Aide-médecin
- Ecoles de matelotage et de timonerie
Frégate l'Alceste En vue de Madère, le 14 octobre 1882
Commandant
Cabinet
Mouvements
Traversée de l'Alceste de Brest à Madère
Monsieur le Ministre,
Les circonstances me permettent de communiquer avec Funchal sans y
mouiller, j'en profite pour vous confirmer le télégramme en date de ce jour par
lequel je viens de vous infonner du passage de l'Alceste à Madère après une
traversée de Il jours. Mettant à profit le premier souffle d'ouest qui venait de
s'établir après une série prolongée de mauvais temps et de vents de la partie
du sud, nous avons quitté la mde de Brest le 3 à 7h du matin, franchissant
l'Iroise en louvoyant; à 2h de l'après-midi nous étions en dehors des passes
faisant route pour gagner le large. Le lendemain 4, dans l'après-midi, nous
perdions de vue la Favorite dans le sud 33° est du compas. Poussés par une
petite brise de N.O. tournant à l'est par le nord, nous doublions le cap
Finistère le 6 octobre au matin, à 30 lieues environ, gouvernant pour aller
couper le 40e parallèle entre 15° et 16° de longitude. Le 8 nous avions déjà
dépassé le de Lisbonne lorsque la brise tombant, puis s'établissant
du S.E. et du sud, le temps prit mauvaise apparence; du 8 au Il nous eûmes
à lutter contre des brises très fraîches variables du S.E. au S.O. avec orages,
grains et parfois pluie torrentielle. Le Il nous étions par 35°43 de latitude
nord et 14°32 de longitude O.; les vents remontant du S.O. au N.O. puis,
inclinant graduellement vers l'est en mollissant et poussant par le nord, nous
conduisaient jusqu'à Madère; pendant toute cette partie de la traversée nous
avons trouvé une longue houle de N.O, et nous avons dû souvent fermer tous
nos sabords.
26Dès le départ, les exercices ont suivi leur cours régulier; à en juger
par les débuts, j'augure bien du contingent actuellement en instructionœ
contingent me paraît supérieur à celui de la dernière croisière et , je suis
particulièrement satisfait de son entrain. Le louvoyage dans l'Iroise s'est bien
effectué; dans ]a journée du 8 nous avons dû prendre successivement 3 ris
aux huniers et le ris de la misaine et, pendant les manœuvres de mauvais
temps, nos apprentis ont fort bonne contenance.
A mon anivée à Ténériffe je vous entretiendrai dans un rapport spécial
de l'instruction professionnelle donnée aux aspirants sortant de l'école
polytechnique; ces jeunes gens paraissent animés du désir de s'instruire et
nous ne négligeons rien pour leur en faciliter les moyens; presque tous ont
payé leur tribut au mal de mer, mais ils commencent à s'amariner ;en dehors
du service général auquel ils participent et des obselVations astronomiques
auxquelles ils sont spécialement exercés par Monsieur l'enseigne de vaisseau
Crespel, je leur fais faire chaque jour une ou deux conférences confonnément
à un programme que j'aurai l'honneur de vous soumettre et qui me paraît
répondre aussi complètement que possible aux instructions que vous m'avez
adressées.
En résumé, Monsieur le Ministre, tout va bien à bord. Je suis
parfaitement secondé. La santé de l'équipage est excellente, son instruction se
poursuit dans des conditions favorables et cette croisière sera, je l'espère,
aussi fructueuse que les précédentes.
Je suis avec un profond respect, etc.. .
Le capitaine de vaisseau Commandant
Cavelier de CuvelVille
-Frégate l'Alceste
Commandant
Cabinet Rade de Ste Croix (Ténériffe), le 22 octobre 1882
Mouvements
Anivée de l'Alceste à Ténériffe
Monsieur le Ministre,
J'ai l'honneur de vous infonner que l'Alceste a mouillé jeudi dernier à
2 heures de l'après-midi suI' rade de Ste Croix (Ténériffe). Ainsi que je vous
en ai avisé par le télégraphe et par un rapport déposé à Funchal en passant,
nous sommes arrivés en vue de Madère le samedi 14 et, après avoir
communiqué dans la matinée du dimanche avec Monsieur le Consul de
France, nous avons poursuivi notre route sur Ténériffe sans mouiller. Dans
cette deuxième partie de la traversée nous avons rencontré de petits temps,
faibles brises variables de l'E.N.E. à l'E~S.E., mer génémlement belle et
l'instruction des apprentis s'est poursuivie dans des conditions très
favorables, la santé génémle reste excellente. Je me propose d'appareiller
27lundi soir ou mardi matin pour aller croiser entre la côte d'Afrique et les
Canaries; je me suis entendu avec le commandant Hardy qui se trouve
également sur rade avec la Favorite pour que nous nous rencontrions au
mouillage de la Luz (Palmas) Grandes Canaries7 afin de recueillir, en nous
partageant le travail, les renseignements hydrographiques demandés par votre
dépêche du 20 septembre dernier; ce sera, pour nos aspirants, une excellente
étude. Je vous adresse sous le timbre Personnel Equipages, les
renseignements d'usage concernant le contingent en cours d'instruction.
Je suis avec un profond respect, Monsieur le Ministre, votre très
obéissant serviteur.
Le capitaine de vaisseau, Commandant
Cavelier de Cuverville.
à Ténériffe, le 23 octobre 1882- Corvette la Favorite
Commandant
Etat-Major Général
Bureau des mouvements, etc.
Monsieur le Ministre,
J'ai l'honneur de vous rendre compte que, le 14 au matin, j'ai fait
route de Madère pour Ténériffe, aussitôt après la rentrée à bord du canot que
j'avais envoyé à terre. Le lendemain 15j'ai passé au milieu des îles Salvages,
assez près de la grande pour recueillir les quelques observations utiles, que
j'enverrai plus tard quand j'aurai pu les compléter. Le lundi 15, j'étais devant
Santa-Cruz et j'ai continué le mardi 16 ma croisière dans le nord de Ténériffe
et de la grande Canarie, jusqu'au soir du vendredi 20, où j'ai rallié au
mouillage de Santa-Cruz la frégate l'Alceste.
Nous avons commencé dès ce jour à échanger des signaux avec elle.
J'aurai passé en rade les trois jours pendant lesquels il n'y a pas
d'exercices de manœuvre et je reprendrai la mer demain 24, pour une croisière
..d'une douzaine de jours.
Mon intention est de quitter défmitivement les Canaries vers le 20
novembre.
L'état sanitaire du bâtiment continue à être excellent. Nous avons un
.certain nombre de plaies aux pieds et de furoncles ou de panaris, mais il en est
toujours ainsi.
Le service des deux écoles marche très régulièrement; je suis satisfait
en général du contingent fourni par la Bretagne et très content des jeunes gens
de l'Austerlitz, qui ont passé par l' Alceste~
Je suis avec un profond respect, Monsieur le Ministre, votre très
obéissant serviteur,
Le capitaine de vaisseau, Commandant
E. Hardy
28Rade de Ste Croix de Ténériffe, le 4 novembre 188.2- Frégate l'Alceste
Commandant
Etat-Major Général
Mouvements de l'Alceste du 22 octobre au 5 novembre
Monsieur le Ministre,
L'Alceste a mouillé hier matin à 10 heures sur rade de Santa-Cruz~
Ainsi que je vous en infonnais parma lettre du 22 octobre, nous avons quitté
Ténériffe le 23 octobre à 5h30 de l'après-midi pour continuer au large nos
exercices habituels; la brise, très molle et très variable pendant les premiers
jours de la semaine, ne m'ayant pas pennis de pousser jusqu'à la côte
d'Afrique ainsi que j'en avais le projet, j'ai longé à petite distance toute la côte
occidentale de Fuerteventura et j'ai pu faire quelques grandes sondes en
utilisant le plateau qui, dans la partie S.O. de l'île, s'étend à environ 6 milles
au large. En quittant Fuerteventura, j'ai fait route pour la grande Canarie ; les
conditions me paraissant favorables pour entreprendre lareconnaisance
hydrographique dont vous nous avez chargés, l'Alceste a mouillé le 27
octobre devant la Luz (baie de Palmas). J'ai fait demander sans retard à
l'administration locale l'autorisation de pratiquer des sondes et d'exercer en
même temps nos aspirants aux levées hydrographiques; cette autorisation
m'ayant été immédiatement et très gracieusement accordée, nous avons
procédé sans délai à notre travail dans l'ordre suivant. Les points principaux
du réseau trigonométrique destinés à fIXer les sondes ont été l'objet d'une
triangulation faite au théodolite avec mesure d'une base et relèvements
astronomiques destinés à l'orienter; environ mille coups de sondes ont été
donnés, dont 150 fixés à l'aide de segments capables, l'embarcation restant
mouillée sur son grappin. Une échelle de marée placée à tetTele jour même de
ernotre anivée a été observée jour et nuit du 27 octobre au 1 novembre au soir,
date de notre départ. Cette première partie du travail, comprenant le mouillage
proprement dit de la Luz, était confiée à M. l'enseigne de vaisseau Serres,
mon officier des monttes, assisté de M. l'élève hydrographe Driencourt.
Pendant ce temps, Monsieur l'enseigne de vaisseau Crespel, chargé de
l'instruction des aspirants, faisait également, pour exercice, une triangulation
des points principaux de la baie et recueillait un certain nombre de sondes
exécutées au large des premières et destinées, après vérification, à être reliées
au travail principal.
Tous ces travaux, Monsieur le Ministre, ont été exécutés sans que le
tableau de service des écoles ait été intetTompu un seul jour. Pendant les
journées du dimanche et du lundi, alors que la Favorite éprouvait au large une
brise de N.E. à 2 ris avec grosse mer qui détenninait le commandant Hardy à
remettre son voyage à Palmas, nous n'avions au mouillage de la Luz qu'une
longue houle de N.E sans vent et nous abandonnions momentanément nos
sondespour travaillerau réseau trigonométrique. Le premier novembre, après
une journée de repos donnée à l'équipage nous mettions sous voiles à 6h du
29soir emportant, avec le meilleur souvenir de l'accueil très hospitalier qui nous
a été fait à la Luz et à Palmas, les éléments du travail dont la rédaction nous
occupe en ce moment.
Je suis avec un profond respect, Monsieur le Ministre,
Votre très obéissant serviteur
Le Capitaine de Vaisseau, commandant
Cavelier de Cuverville
P.S.
5 novembre, 4h après-midi. Nous avons trouvé la Favorite au mouillage de
Ténériffe. Je me propose d'appareiller demain soir pour aller croiser dans l'est
des Canaries et venir ensuite à Santa Cruz pour nous ravitailler.
Les lettres que je reçois à l'instant de France par la voie de Cadix, me laissent
supposer que le télegramme que j'ai eu l'honneur de vous expédier de Madère
le 14 octobre dernier pour vous annoncer le passage de l'Alceste, ne vous est
pas parvenu; le fait est d'autant plus incompréhensible que j'avais pris ]a
précaution le 15 au matin d'aviser le consul de ma communication avec le
sémaphore de Fora et que M. d'Oliveira, dans une lettre que j'ai entre les
mains, me répondait qu'il allait vous infonner immédiatement de notre
passage. J'écris aujourd'hui même à Madère pour provoquer à cet égard
quelques explications.
Cavelier de Cuverville
A Ténériffe, le 6 novembre 1882-Corvette la Favorite
Commandant
Etat-Major Général
Monsieur le Ministre,
J'ai 1'honneur de vous rendre compte que je suis revenu au mouillage
de Santa-Cruz, le vendredi 3novembre, après une croisière qui a compris
.deux semaines d'exercices à la mer. J'avais promis à M. le Commandant de
,l'Alceste de me trouver le dimanche 29 octobre, au mouillage de la Luz; le
1ermauvais temps m'a empêché de m'y rendre; le novembre, étant un jour de
fête, j'ai voulu reprendre mon projet, mais cette fois, j'ai été retenu par le
'calme.
Au reste, le travail fait par l'Alceste me paraît si complet que je ne vois
rien à y ajouter pour ma part, pendant un jour de congé que je voulais
employer à faire quelques sondes dans le port de la Luz.
En quittant Santa-Cruz, je comptais établir ma croisière entre les îles et
la côte d'Afrique, mais la mer étant mauvaise dans cette partie, je suis passé à
l'ouest de Fuerteventura et j'ai croisé entre Ténériffe et Allegranza. J'y ai
trouvé des temps extrêmement variables; de la brise fraîche quelquefois,
30toujours de la houle, et pendant trois jours de la brume épaisse, dérobant
complètement la vue des terres à quelques milles.
Le 26 octobre, à 4 heures du matin, avec mer très dure et brise assez
fraîche, une bouée de sauvetage s'est décrochée. Cela m'a pennis de faire
pour aller la recueillir, un exercice non encore prévu dans mon programme,
mais dont j'ai été assez satisfait.
Le 28, à peu près à la même heure, le nommé Bernard, apprenti
gabier, natif du département des Bouches-du-Rhône, .est tombé de ]a
grand'vergue sur le pont, en affalant les fonds de grand'voile. Ce jeune
homme a rencontré dans sa chute deux de ses camarades à l'un desquels il a
causé une légère entorse, sans se rien faire à lui-même; trois jours après il
avait repris son service.
Les deux écoles continuent à fonctionner parfaitement et l'état sanitaire
à être excellent; pas un seul fiévreux.
Je partirai de nouveau demain matin 7 pour passer à la mer deux
semaines d'exercices, à la suite desquelles je ferai route vers le sud.
Je suis avec un profond respect, Monsieur le Ministre, votre très
obéissant serviteur,
Le Capitainede Vaisseau,Commandant,
E. Hardy
-Ecoles de Matelotage et de Timonerie
Frégate l'Alceste Sainte-Croix de Ténériffe, le 15 novembre 1882
Commandant
Etat-Major Général
Mouvements de l'Alceste du 4 au 16 novembre
Monsieur le Ministre,
J'ai l'honneur de vous infonner que l'Alceste vient de mouiller sur
rade de Santa-Cruz après avoir croisé dans l'est de la grande Canarie. Je ne
devais rallier le mouillage que vendredi mais un douloureux accident, le
premier que nous ayons à déplorer, est survenu ce matin et j'ai le regret de
vous infonner que l'apprenti-gabier Court, Georges Bernard, Matelot de 3e
classe, inscrit à Toulon f.t. na 3827 s'est fracturé le crâne en tombant de la
mâture; la mort a été instantanée. Cet accident s'est produit à 6heures50 du
matin par un temps magnifique, alors que l'on ne faisait aucun exercice de
manœuvre et que l'apprenti Court était occupé à quelques travaux de
gréément ; cette chute si malheureuse, reste inexplicable. Je prends toutes les
dispositions pour que les obsèques aient lieu demain avec toute la convenance
désirable. A part deux ou trois hommes qui n'ont pas quitté l'infmnerie
depuis le départ de Brest et que je serai probablement obligé de laisser à
l'hôpital de Santa-Cruz, la santé générale reste pmfaiteà bord de l'Alceste et
les exercices .sepoursuivent dans les conditions les plus satisfaisantes.
31Je suis avec un profond respect, Monsieur le Ministre, votre très
obéissant serviteur,le capitainede vaisseau,Commandant,
Cavelierde CuvelVille.
P.S. Je joins à cette dépêche un état périodique ainsi qu'une lettre de
Monsieur le Vice-Consul de France à Funchal en date du 11 novembre ; cette
lettre fournit les explications que je lui avais demandées au sujet de la non
transmission du télégramme en date de 14 octobre par lequel, je vous faisais
connaître le passage de l'Alceste à Madère. Le Sémaphore du Rocher Loo,
devant lequel nous sommes restés une heure et demi en panne, s'est borné à
recevoir nos communications du 15 et à y répondre par l'aperçu; il n'est
point exact qu'il nous ait demandé si nous avions un télégramme à expédier à
Madère. Dans ma communication du 15 octobre au Consul, j'avais appelé son
attention sur ce télégramme.
Cavelier de CuveIVille.
17 novembre 1882- Etat-Major Général
Mouvements de l'Alceste
Monsieur le Ministre,
Le paquebot anglais de la côte d'Afrique qui doit se rendre à Liverpool
étant en retard, j'en profite pour vous faire connaître que les obsèques de
l'apprenti-gabier Court, Georges, dont je vous ai annoncé la mort par ma
lettre du 15 novembre, ont été célébrées hier à 8 heures du matin dans l'église
DeI Pilar. L'escouade à laquelle appartenait le décédé ainsi que des
députations de toutes les autres escouades étaient présentes; J'ai assisté
personnellement à cette triste cérémonie avec la moitié de mon Etat-Major afin
de témoigner à nos apprentis la très haute estime qui reste acquise à ceux qui
succombent dans l'accomplissement du devoir. Monsieur le Consul de France
..à Santa-Cruz avait tenu à nous accompagner; tout s'est passé avec une
,convenance parfaite et nous ne pouvons qu'être très reconnaissants envers les
autorités espagnoles pour toutes les facilités qui nous ont été accordées dans
cette pénible circonstance.
Je me propose de quitter Ténériffe mardi prochain après la réception
du counier parti de Cadix le 17 novembre; en quittant les Canaries, je
longerai la côte du Sahara pour y tenniner les grandes sondes et,
confonnément à vos instructions, je ralliemi 8t-Vincent dans les prochains
jours de décembre. Je vous demanderai, Monsieur le Ministre, de me faire
parvenir sur ce dernier point (porto-Grande- St-Vincent) des infonnations
concernant l'état sanitaire de Dakar; tous les renseignements que nous
obtenons ici le signalent comme étant satisfaisant, mais je tiendrais à en
32obtenir directement du Ministère la confmnation, aucune communication
directe n'existant, vous le savez, entre les îles du Cap-Vert et le Sénégal.
Je suis avec un profond respect, Monsieur le Ministre, votre très
obéissant selViteur, le Capitaine de vaisseau, Commandant,
Cavelier de Cuverville
P.s. La Favorite mouille à l'instant sur rade de Santa-Cruz.
- Ecoles de matelotage et de timonerie
Frégate l'Alceste Sainte-Croix de Ténériffe, le 20 novembre 1882
Commandant
Etat-Major Général
Mouvements de l'Alceste
Monsieur le Ministre,
En vous confmnant ma lettre du 17 novembre (Etat-Major Général If
6), j'ai I'honneur de vous infonner que l'Alceste appareillera demain pour se
rendre à St-Vincent (TIesdu Cap Vert) en croisant pendant quelques jours sur
les côtes du Sahara. Avant de rallier les îles du Cap Vert, le Commandant de
la Favorite se propose de communiquer par signal avec le sémaphore de
Gorée pour prendre directement des infonnations sur l'état sanitaire de la
colonie; si ces renseignements sont satisfaisants, l'Alceste quitterait St-
Vincent vers le 12 décembre pour aller prendre Dakar comme centre
d'opérations. En tout état de cause, le département sera tenu exactement
infonné de nos mouvements et je vous serai reconnaissant, Monsieur le
Ministre, d'en aviser le selVice des postes afm que nos correspondances
puissent recevoir en temps utile la direction convenable.
L'aviso espagnol Ligeria est arrivé sur rade de Santa-Cruz le 16
novembre venant de Cadix ayant à bord deux compagnies d'infanterie de
marine; on suppose que ces troupes sont destinées à l'occupation projetée de
Santa Cruz de Mar Pequefia, cet ancien comptoir espagnol, situé au nord du
cap de Noun sur la côte du Maroc, présenterait des avantages réels au point de
vue d'un établissement commercial à créer et les Canaries, qui sont
particulièrement intéressées à cette création, s'agitent beaucoup en ce moment
pour que le gouvernement de la Mère patrie ne laisse pas tomber en désuétude
les droits que lui concèdent ses traités avec le Maroc; toutefois, les hommes
intelligents de ce pays ne se dissimulent pas les difficultés de toute nature
qu'entraînera cette occupation, difficultés que les Anglais, qui ont déjà pris
pied au Cap Juby, ne manqueront pas d' accroître en mettant à profit
l'influence qu'ils exercent sur la Cour de Fez.
Hier, 21novembre, on célébrait à Santa-Cruz, la fête de la Reine
Isabelle; la Iigeria s'était pavoisée, nous nous sommes associés à cette fête
en arborant les petits pavois avec pavillon espagnol au grand mât; l'Alceste a
33fait un salut de 21 coups de canon; j'ai saisi avec empressement cette
occasion de témoigner au capitaine général notre gratitude pour l'aimable
hospitalité que nous recevons aux Canaries.
Je me trouve dans l'obligation de laisser à l'hôpital de Santa Cruz les
nommés:
Favennec, quartier maître de timonerie;
Jamet, canonnier breveté ;
Yvet, apprenti-gabier;
Lagadic, boulanger.
Les deux premiers sont atteints, l'un de maladie vénérienne, l'autre de
rhumatisme; ils n'ont pas quitté l'infinnerie depuis le départ de Brest et ne
pourront d'ici longtemps rendre aucun service. L'apprenti gabier Yvet est
atteint de Phtisie pulmonaire et cette affection a fait dans ces derniers temps de
très rapides progrès. Quant au boulanger Lagadic, un état d'anémie très
prononcé auquel est venu se joindre une affection qui me fait appréhender une
fièvre typhoïde, le rend incapable de suivre la compagnie et le séjour sur ]a
côte du Sénégal, pourrait lui devenir funeste.
Je suis avec un profond respect, Monsieur le Ministre, votre très
obéissant serviteur, le capitaine de vaisseau, Commandant,
Cavelier de cuverville
P.s. Je vous adresserai de St-Vincent un aperçu des résultats auxquels nous
ont conduit les travaux hydrographiques faits à la Luz. Le plan défmitif vous
sera envoyé ultérieurement, nous en poursuivons la rédaction.
Cavelier de Cuverville.
A Ténériffe, le 20 novembre 1882-Corvette la Favorite
Commandant
Etat-Major Général
..Monsieurle Ministre,
J'ai l'honneur de vous rendre compte que le vendredi soir 17, j'ai.'
rallié Santa-Cruz et la frégate l'Alceste, après une croisière de onze jours dans
le nord des îles Canaries. Par deux fois j'ai essayé de gagner la côte
'd'Afrique, en passant au sud de Fuerteventura, et j'ai été arrêté par le calme.
C'est aussi lui qui m'a empêché d'aller mouiller à Palmas le dimanche 12.
A partir du mardi 14, il a venté très frais de l'est au nord-est, avec une
mer tourmentée, très dure. Nos exercices ont néanmoins toujours suivi leur
cours; les manœuvres de mâts de perroquets se sont faites dans des
conditions excellentes pour aguenir notre jeune personnel.
Hier 19, nous avons hissé le petit pavois en l'honneur de la fête de la
reine Isabelle.
34Nous avons en rade une grosse mer, qui rend le batelagepénible et le
débarquement à terre très difficile. Cependant nous n'avons eu aucun accident
à déplorer et nos canotiers se fonnent. Samedi soir 18, un canot d'aviso
espagnol a été roulé à la plage et a eu un homme tué.
J'appareillerai demain 21. Mon intention est d'aller me mettre en
communication avec le sémaphore du Cap Vert, pour avoir des
renseignements officiels sur l'état sanitaire de Gorée Dakar; je viendrai de
suite à Saint-Vincent les communiquer à M. Le Commandant de l'Alceste,
ceux que je recueillerais dans cette dernière localité seraient évidemment d'une
nature très pessimiste et ne m'inspireraient qu'une médiocre confiance.
Les deux écoles marchent très bien; la discipline est excellente et l'état
sanitaire on ne peut plus satisfaisant
Je suis avec un profond respect, Monsieur le Ministre, votre très
obéissant serviteur, le Capitaine de vaisseau, commandant,
E. Hardy
-Division navale d'instruction
A 8t-Vincent, le 2 décembre 1882COlVettela Favorite
Commandant
Etat-Major Général
Monsieur le Ministre,
1erJ'ai l'honneur de vous rendre compte que je suis arrivé hier
décembre, au mouillage de Saint-Vincent, après deux semaines de croisière.
Comme je vous en manifestais l'intention, dans ma dernière lettre, datée de
Ténériffe, le dimanche 26, je me suis présenté devant Gorée et sans
communiquer avec aucune personne de terre; j'ai recueilli tous les
renseignements nécessaires sur l'état sanitaire du pays. Malheureusement, en
ce qui concerne Dakar, ils sont excessivement mauvais et nous sommes
obligés de renoncer pour nos écoles au magnifique champ de manœuvre que
,représente la baie de Gorée, du cap de Naze au cap Manuel. TIy a donc lieu
cd'expédier à la Favorite les vivres dont la liste a été transmise au Ministère par
M. Le préfet maritime de Brest vers la fin du mois de septembre. Je demande
que ces denrées me soient expédiées par le bateau de Marseille (transports
maritimes à vapeur) partant le 29 décembre et touchant ici vers le 8 janvier:
je pourrai à cette date être de retour des côtes de la Gambie, près desquelles
les timoniers seront exercées à la petite sonde.
Mais je dois avertir que ces bateaux à vapeur ne sont pas réguliers,
celui qui devait quitter Marseille le29 décembre de l'année dernière n'est pas
parti, parce qu'il n'avait pas trouvé un frêt suffisant.
S'il m'était pennis d'émettre respectueusement un avis, je pense qu'il
serait préférable de conselVer la croisière actuelle dans les limites ordinaires de
quatre mois et demi; grâce à l'appoint des navires de l'Alceste, mon
35contingent actuel est bon, son instruction sera bien complète au milieu de
février. Je ne crois pas qu'il y ait intérêt à allonger pour lui de vingt joursJa
période d'instruction; tandis que le prochain contingent que fournira ]a
Bretagne sera inférieur pour deux raisons: 1°)l' élément petite pêche y sera
beaucoup plus nombreux que dans celui-ci; 2<»les contingents préparés
pendant l'hiver sont loin de valoir ceux qui sont préparés pendant l'été. Je
verrais donc un sérieux intérêt à augmenter la période d'instruction pour celui-
là et il serait plus facile de m'envoyer à Quiberon les quinze jours de vivres
qui me feraient défaut, que de me les expédier à Saint-Vincent, où je devrai
rester un certain nombre de jours pour les attendre; et ici la rade est plus
pénible que la mer.
Nos deux écoles marchent bien. J'enverrai très prochainement un
rapport détaillé sur leur fonctionnement L'état sanitaire est parfait
Le 27, en exercice de nuit, j'ai dépassé et guindé les mâts de
perroquets.
En traversant les îles avant-hier, j'ai vu l'Alceste mouillée dans la baie
de Mordeifa à l'île de Sal.
Je suis avec un profond respect, Monsieur le Ministre, votre très
obéissant serviteur,
Le capitaine de vaisseau, Commandant,
E. Hardy
- Ecoles de matelotage et de timonerie
Frégate l'Alceste St-Vincent (TIesdu Cap Vert), le 3 décembre 1882
Commandant
Etat-Major Général
Mouvements de l'Alceste du 21 novembre au 3 octobre 1882
Monsieur le Ministre,
J'ai l'honneur de vous infonner que l'Alceste partie de Ténériffe le 21
novembre à six heures et demi du matin vient de mouiller sur rade de St-
<Vincentoù se trouve également la Favorite. En quittant Ténériffe et pendant
que l'Alceste se rendait sur les côtes du Sahara pour y faire ses grandes
sondes puis dans la baie de Mordeïra pour faire des exercices de tir et des
sondages, la Favorite allait directement à Dakar pour y recueillir des
renseignements certains sur l'état sanitaire de la colonie. Ces renseignements
sont navrants et j'ai dû vous télégraphier aujourd'hui même que nous ne
jugions pas prudent d'y conduire nos bâtiments même pour y faire des
exercices de sondes sur la côte sans communiquer avec la terre. Bien que
l'état sanitaire de nos bâtiments ne laisse rien à désirer pour le moment, il ne
faut pas se dissimuler que la grande agglomération d'hommes d'une part, la
nature des exercices de force de l'autre, nécessitent des précautions et une
vigilance toutes particulières; déjà, l'année dernière, pendant son séjour sur
36les côtes de la Casamance, la Résolue avait éprouvé sur une assez grande
échelle des symptômes de mauvaise nature et le médecin major du bâtiment
écrivait dans son rapport médical: «Bien qu'on se tienne au moins à 10
milles de la côte, je suis convaincu que le transport des miasmes par les brises
de terre est assez puissant pour que raction s'en fasse sentir sur les équipages
et mon opinion est que, sur la Résolue, nous en avons subi l'influence
fâcheuse malgré toutes les précautions prises. Du milieu de décembre 1881 à
la fin de janvier 1882, nous avons eu un grand nombre d'hommes atteints
d'affections gastro-intestinales à fonne bilieuse, ayant un caractère de
généralité qui démontrait suffisamment une cause commune; c'était le
premier degré d'affections qui auraient bien pu ne pas s'en tenir là. »
L'opinion ainsi exprimée par M. Le Docteur Clavier se trouve complètement
partagée par Monsieur le Médecin major L'Helgouach, actuellement à bord de
l'Alceste et qui a servi longtemps au Sénégal. Je me fais un devoir, Monsieur
le Ministre, de vous la faire connaître. Etant donné la persistance avec laquelle
la fièvre jaune sévit sur la côte du Sénégal, même à la fin de novembre, alors
que l'hivernage est considéré comme tenniné, il vous paraîtra peut-être
prudent de soustraire complètement nos équipages à de fâcheuses influences.
Si nos bâtiments rentraient sur la côte de France vers le 15 février, nous
pounions sans doute y faire les exercices de petites sondes qui doivent
compléter l'instruction des timoniers avant l'époque fixée pour les examens.
En attendant vos ordres, nous conserverons St-Vincent comme centre
de ravitaillement Je profite, pour vous faire parvenir cette lettre, d'un steamer
français qui se rend au Havre en touchant à Lisbonne. Je vous adresserai par
une prochaine occasion un rapport plus détaillé sur la navigation de l'Alceste.
Je suis avec un profond respect, Monsieur le Ministre, votre très
obéissant serviteur, le capitaine de vaisseau, Commandant.
Cavelier de CuvelVille
P.S. 4 décembre 8 heures du soir. Je vous adresse le duplicata de cette lett:re
par la malle de Southampton qui arrivera probablement en Europe avant le
steamer français qui vous poste le primata. J'ai reçu à une heure et demi de
l'après-midi votre télégramme en date de ce jour, me signalant: «Etat
sanitaire Sénégal bon». Je vois, Monsieur le Ministre, que les
renseignements parvenus au Ministère sur cet état sanitaire, sont moins
récents que ceux que la Favorite apporte de Gorée, aussi ai-je prié le
commandant Hardy de vous faire connaître, sans retard, les infonnationsqu'il
a recueillies lui-même à Gorée sur l'état sanitaire de Dakar, avant de rallier St-
Vincent.
Cavelier de CuvelVille
37-Ecole de matelotage et de timonerie
Frégate l'Alceste 5t-Vincent (Cap-Vert), le Il décembre 1882
Commandant
Etat-Major Général
Mouvements de l'Alceste du 3 au Il octobre 1882
Monsieur le Ministre,
Je profite de la première occasion qui s'offre à moi et du passage d'un
paquebot anglais se rendant en Europe pour vous accuser réception de votre
télégramme en date du 7 de ce mois me prescrivant de m'abstenir d'aller à
Dakar. Lorsque ce télégramme m'est parvenu, la Favorite venait d'appareiller
pour aller faire ses grandes sondes sur la côte d'Afrique. Je me suis empressé
d'infonner le commandant Hardy de votre décision par une lettre qui lui sera
remise à la Praya à sa première relâche.
La frégate la Pallas, portant le pavillon de M. le Contre-Amiral Grivel
a mouillé sur rade de St-Vincent mercredi dernier 6 décembre vers midi;
après avoir salué le pavillon de l'Amiral, je me suis empressé d'aller prendre
ses ordres et de le mettre au courant de la situation. Les nouvelles qu'il
rapporte de Dakar et qui vous ont été télégraphiées le jour même sont fort
tristes, et il est bien à craindre que la fièvre jaune ne continue de sévir à Dakar
si les envois d'Europe viennent lui fournir un aliment; j'appréhende
vivement de voir entreprendre l'expédition du Cayor dans ces conditions.
Jeudi dernier 7 décembre, le Commandant en chef de la Station de
l'Atlantique Sud est venu passer l'inspection de l'Alceste. Je l'ai mis au
courant du selVice de l'école; après s'être fait présenter l'Etat-Major et ]a
Maistrance, l'Amiral a inspecté l'équipage et visité le bâtiment; nous avons
fait sous ses yeux un exercice général de manœuvre récapitulant toute
l'instruction acquise jusqu'ici par nos apprentis; l'Amiral Grivel a paru très
satisfait des résultats auxquels nous sommes parvenus, résultats qui sont dus
au zèle persévérant avec lequel Officiers et Instructeurs s'occupent de leur
tâche.
Samedi dernier, la Municipalité nous a offert dans les Salons de
l'Hôtel de Ville une channante fête qui réunissait l'élite de la société de St-
.Vincent et qui témoigne de sa courtoisie et de son hospitalité. Nous n'avons
reçu aucune correspondance de France depuis notre anivée aux lIes du Cap-
Vert. Nous attendons d'un instant à l'autre le couniervenant de Lisbonne.
.Dès sa réception, j'appareillerai pour aller passer une quinzaine de jours à la
mer et me rendre ensuite à la Praya où j'ai donné rendez-vous au
Commandant de la Favorite pour les derniers jours de décembre. Je me
propose, pendant cette croisière, d'aller au nord de l'embouchure de ]a
Casamance par 12°52 L.N.,19°23 1.0., pour exercer nos timoniers à ]a
sonde; nous nous trouverons ainsi à 14 milles de la côte et, en prenant toutes
les précautions que la situation réclame, c'est-à-dire en mouillant et en
supprimant tout travail à l'extérieur pendant le fort de la chaleur, en passant la
nuit au large et revenant sur les plateaux de sonde de 7h à 10h. du matin alors
38que les effluves de terre sont moins à redouter. J'espère sauvegarder la santé
de l'équipage qui reste excellente.
Je suis avec un profond respect, Monsieur le Ministre, votre très
obéissant serviteur, le capitaine de vaisseau, commandant,
Cavelier deCuveIVille.
- Corvette la Favorite
Commandant
Etat-Major Général La Praya, le 15 décembre 1882
Monsieur le Ministre,
J'ai l'honneur de vous rendre compte que je viens d'arriver à la Praya
(île de Santiago), capitale de l'archipel, après une petite croisière pendant
laquelle je suis allé faire des grandes sondes au large de l'embouchure de ]a
Gambie, dans les plus excellentes conditions de température et de navigation.
J'ai trouvé ici une lettre de M. le Commandant de l'Alceste me
communiquant votre ordre par télégramme du 7, nous prescrivant d'éviter
Dakar.
Pendant mon séjour à 8t-Vincent, j'ai mis toutes les vergues sur le
pont, calé les mâts d'hune, reprit les garnitures des vergues, visité tous les
capelages, raidi la basse carêne. Cela a été une excellente leçon pour les
apprentis gabiers. J'ai fait aussi les tirs du fusil du pont et des hunes aux
distances de 200 et 300 mètres. Je vais faire ici le tir des embarcations et celui
du tube canon. Je pense que l'état de la mer me pennettra de faire les
manœuvres d'ancres à jet.
Je compte partir le lundi soir 18 pour retourner à la côte d'Afrique.
Mon intention est de remonter en louvoyant de la Casamance à la Gambie;
j'exercerai les timoniers à la petite sonde et je ferai le tir du canon, ainsi que
celui du canon revolver. Je reviendrai ansuite à la Praya, qui, comme rade et
ressources d'approvisionnement, présente de grands avantages sur Saint-
Vincent. Je m'y rencontrerai avec l'Alceste. Le contraste est frappant entre
cette rade et celle de Saint-Vincent. Autant celle-ci est calme et déserte, autant
l'autre est encombrée et mouvementée. Le 2 décembre, il s'y trouvait 7 grands
vapeurs et 33 bâtiments à voiles. Pendant les cinq jours que j'ai passés sur
rade, les mouvements ont été:
Bâtiments à vapeur: entrées 16 ; sorties 18 à voiles: 6 ; sorties 6
L'état sanitaire de la Favorite continue à être excellent.
Les deux écoles marchant parfaitement. L'instruction sera complète
dans six semaines d'ici. On aura tout le temps de revenir sur les parties
faibles.
Je suis avec un profond respect, Monsieur le Ministre, votre très
obéissant serviteur, Le capitaine de vaisseau, commandant, E. Hardy.
39- COlVette La Favorite
Commandant
Etat-Major Général
Mouvements à la Praya, le 29 décembre 1882
Monsieur le Ministre,
J'ai l'honneur de vous rendre compte que je viens de rentrer d'une
croisière sur les côtes de la Gambie, où j'ai fait 5.500 petites sondes, pour
l'instruction des apprentis timoniers, dans d'excellentes conditions. Les fonds
variaient de 16 à 23 mètres et la vitesse du bâtiment de 3 à 5 nœuds. Je crois
pouvoir affmner qu'il n'a rien été fait de plus complet, depuis que la Favorite
et la Cornélie ont été chargées de l'instruction des timoniers.
J'ai trouvé sur rade la frégate l'Alceste, dont le commandant m'a remis
copie de votre dépêche en date du 7 décembre, dont les prescriptions se
trouvent actuellement exécutées en partie. J'en conclus que les vivres dont j'ai
parlé dans ma lettre du 2 décembre me seront envoyés à Saint-Vincent. fi est
regrettable que nous ne puissions pas partir d'ici car l'eau que nous avons
prise à Saint-Vincent (l'Alceste aussi bien que la Favorite) n'est pas potable et
ne peut être distribuée à l'équipage tandis que celle que nous avons trouvée ici
est excellente.
Pendant ma dernière relâche de quatre jours à la Praya, j'ai fait
exécuter successivement par les quatre escouades d'apprentis gabiers toutes
les manœuvres des ancres à jet. On a fait le tir du fusil dans les embarcations,
celui du tube canon et celui du tube Hotchkiss.
En revenant de la Gambie, j'ai fait monter sur le pont le gouvernail de
fortune expérimenté à bord de l'Isis, sous le commandement de M. le
commandant Grasset et décrit dans la revue maritime du mois de mai 1877. Le
manque de certaines installations que je n'ai pas voulu établir dans le carré ne
m'a pas pennis de le faire fonctionner.
Le 19 décembre au soir, j'ai changé les trois huniers en exercice de
nuit.
Je compte rester ici une semaine pour faire les tirs du fusil à teITe,le tir
du fusil canon, celui du canon revolver dans les canots et divers travaux de
l'école qui ne peuvent s'exécuter qu'en rade: de passer et repasser les
inanœuvres courantes,depouiller le mât d'artimon, etc. etc.
L'état sanitaire continue à être excellent: de petits blessés, furoncles,
plaies, écorchures etc., et pas de fiévreux.
L'instruction poursuit son cours et approche de sa fm dans les
meilleures conditions physiques et morales. .
Je suis avec un profond respect, Monsieur le Ministre, votre très
obéissant selViteur, le capitaine de vaisseau, commandant,
E. Hardy
40-Ecole de matelotage et de timonerie2
Frégate l'Alceste
Commandant
Etat-Major Général
Mouvements A bord, St-Vincent, le 13janvier 1883
Monsieur le Ministre,
J'ai l'honneur de vous infonner que l'Alceste vient de mouiller sur
rade de 5t-Vincent revenant des côtes de la Gambie où elle a tenniné ses
exercices de sondes et fait son tir du canon sous voiles.
Partis de la Praya le jeudi 4 janvier à 9 heures et demi du matin,nous
arrivions sur la côte d'Afrique le dimanche à 7 heures du soir et nous
procédions dès le lendemain aux exercices de sondes et au tir du canon. Après
avoir fait sonder en panne avec les grandes sondes, j'ai fait pratiquer le même
exercice par des fonds de 100 mètres sous toutes voiles en exerçant les
officiers de quart à ralinguer et à amortir la vitesse du bâtiment sans masquer,
exercice qui les a vivement intéressés. Dans la seule journée du mardi nous
avions donné 1560 coups de plomb à main par des profondeurs de 20 à 30
mètres et avec des vitesses variant de 4 nœuds à 3 nœuds; Je me suis assuré
une fois de plus que l'instruction de nos apprentis-timoniers laisserait peu à
désirer sous le rapport de la sonde. Le tir du canon à boulet a été fait en
branlebas de combat, sous voiles, à des distances variant de 900 à 1800
mètres; pendant que ce tir s'effectuait, toutes les escouades d'apprentis
fournissaient successivement des feux de section à répétition. Les résultats
obtenus ont été généralement satisfaisants; toutefois, les feux à
commandement nécessiteraient une pratique que le temps ne nous permet pas
de faire acquérir. Afin de me rendre compte du fonctionnement des passages
et de la manœuvre des pièces, j'ai fait battre inopinément la générale le 6
janvier à la nuit close en donnant l'ordre à chaque pièce de tirer un coup de
canon à poudre en pointant à 1500 mètres en chasse extrême: à 6 heures 50,
la poudre était dans la batterie; le premier coup de canon était envoyé à 6
heures 52 et le dernier à 6 heures 55.
J'ai profité des excellentes conditions de mer et de brise rencontrées
sur la côte d'Afrique pour faire exécuter sous les yeux des aspirants, une série
d'évolutions ayant pour objet de leur montrer les différentes impulsions
évolutives que reçoit le bâtiment dans le cours d'une évolution; l'action des
voiles, celle des pressions de l'eau sur la carêne, l'action du gouvernail, ont
été successivement examinées. Chaque évolution a été analysée par tous les
aspirants sans exception. Je suis heureux de constater que les aspirants sortant
de l'Ecole polytechnique ont suivi ces exercices avec beaucoup d'intérêt et de
profit.
Dans la traversée de retour de la Gambie aux îles du Cap-Vert, nous
avons trouvé les vents dépendant surtout du N.N.O. et du Nord; ce n'est
2 S.H.M., BB4 1166.
41guère qu'en approchant des îles qu'ils ont incliné vers le N.N.E. et le
N.E.l/4N. Je craignais de ne pouvoir doubler même Boavista, les courants
portant à l'ouest étaient, en effet, relativement assez forts (22 milles en 24
heures) ; grâce cependant aux variations de la brise, nous sommes parvenus
le 12 au matin à doubler les récifs de Hartwell à la distance d'environ 5 milles,
passant ainsi dans le canal qui sépare Boavista de l'île de Sal, route qui a
notablement abrégé notre traversée de retour; cette navigation nous a pennis
de faire des obselVations très intéressantes sur les courants qui règnent dans
ces parages, observations que je me propose, du reste, de vous adresser
prochainement.
En exécution de votre dépêche du 26 août, je vous adresserai
également par le prochain paquebot français un rapport concernant la marche
des études suivies à bord de l'Alceste par les aspirants sortis cette année de
l'Ecole polytechnique; j'y joindrai une première appréciation sur l'aptitude de
chacun de ces jeunes gens; ce travail est assez volumineux parce qu'il
renfenne les programmes détaillés de toutes les matières qui leur ont été
enseignées. Je suis très satisfait des résultats obtenus.
Au moment de clore cette lettre, la Favorite, vient de mouiller sur rade
de Saint-Vincent et je reçois par le connier de Lisbonne, en primata et en
duplicata votre dépêche du 18 décembre (Mouvements) autorisant la rentrée de
nos bâtiments en France dans la baie de Quiberon pour le 15 février afin d'y
tenniner les exercices de petites sondes. Ainsi que je viens de vous le faire
connaître, Monsieur le Ministre, l'instruction de nos apprentis est complète
sous le rapport de la sonde. Nous ne pourrons désonnais quitter Saint-
Vincent avant le 20 janvier, ce qui nous conduira à aniver sur la côte de
France dans les premiers jours de Mars; le séjour à Quiberon devenant sans
objet, le Commandant Hardy et moi allons vous demander par le télégraphe
l'autorisation d'effectuer directement notre rentrée à Brest dont la rade offrirait
beaucoup plus de sécurité que celle de Quiberon dans cette saison de l'année
pour l'exécution des manœuvres de force par lesquelles je me propose de
terminer l'instruction des apprentis-gabiers.
Je suis avec un profond respect, Monsieur le Ministre, votre très
obéissant selViteur, le capitaine de vaisseau~commandant,
Cavelier de Cuverville
P.S. Je trouve dans la cOITespondance officielle une lettre adressée par
mégarde à bord de l'Alceste à M. l'abbé Cullieret, cet ecclésiastique est
attaché, en ce moment, à la Division navale de l'Océan Pacifique.
Cavelier de CuvelVille.
42-Ecoles de matelotage et de timonerie
Frégate l'Alceste'
Commandant
Etat-Major Général
Mouvements A bord, St-Vincent, le 15 janvier 1883
Monsieur le Ministre,
Je profite du passage de la malle anglaise pour vous confmner le
télégramme ainsi conçu que je vous ai adressé hier par le câble.
«Marine Paris. Revenons de Gambie sondes tenninées pouvons-nous
rallier Brest pour faire manœuvres de force avec sécurité ».
La santé est excellente à bord de l'Alceste et de la Favorite et nous
nous proposons d'appareiller de St-Vincent lundi 22 janvier pour rentrer en
France, soit à Brest soit à Quiberon suivant que vous l'aurez décidé. La lettre
ci-jointe est une copie de celle que je vous ai adressé avant hier par voie
anglaise; elle vous détaillera les motifs qui m'ont conduit à prendre vos
derniers ordres par le télégraphe.
Je suis avec un profond respect, Monsieur le Ministre, votre très
obéissant serviteur, le Capitaine de vaisseau, commandant,
Cavelier de Cuverville
- Corvette la Favorite
Commandant
Etat-Major Général
Mouvements
(et direction du personnel) A St-Vincent, le 15janvier 1883
Monsieur le Ministre,
J'ai I'honneur de vous rendre compte qu'en anivant ici, avant hier 13,
j'ai trouvé votre lettre du 19 décembre (Mouvements) me faisant connaître:
1°) qu'il ne me serait pas envoyé de vivres à Saint-Vincent;
2°) que l'Alceste et la Favorite devraient effectuer leur retour à Quiberon vers
le 15 février.
D'accord avec M. le commandant de l'Alceste le départ des bâtiments
écoles a été fixé au 20 de ce mois - avant d'aniver à Quiberon mon intention
est de toucher à Lorient, pour faire de l' eau, dont je me trouverai très à court à
la fin de la traversée. Je ne pourrais en faire qu'à Belle-lIe, avec nos propres
moyens dans une saison peu favorable, en même temps je demanderai les
vivres qui me seront indispensables pour aller jusqu'au 10 mars.
Pendant mon séjour à la Praya :
Le mât d'artimon a été complètement dépouillé et regrée trois fois;
fi a été démâté au moyen de la grande vergue;
43La vergue de misaine a été poussée en bataille et tous les apparaux mis en
place pour le démâtage du beaupré ;
Le grand mât d'hune a été changé;
Les manœuvres courantes ont été dépassées et repassées 24 fois;
TIYa eu tous les jours des exercices d'embarcations;
Enfrn on a fait le tir du fusil canon, celui du canon et celui du canon revolver.
Je cormnence demain le tir du fusil à terre et j'espère, lorsque je
partirai de 5t-Vincent pour France, n'avoir plus à faire que les manœuvres
d'ancre de bossoir, pour avoir tenniné tous les exercices compris dans les
progrdffiffies que nous a laissés M. le Commandant Grasset.
L'état sanitaire continue à être parfait, comme il n'a jamais cessé d'être
depuis le départ de France; on commence seulement à constater un peu de
fatigue et d'anémie chez quelques hommes, bien que le régime alimentaire soit
excellent.
Je suis avec un profond respect, Monsieur le Ministre, votre très
obéissant serviteur, le Capitaine de vaisseau, Commandant,
E. Hardy
-Ecoles de matelotage et de timonerie
Frégate l'Alceste
Commandant
Etat-Major Général
A bord, St-Vincent, le 15janvier 1883Mouvements
L'heure de l'après-midi
Monsieur le Ministre,
Ma lettre de ce matin avait été remise à la malle anglaise qui devait
partir vers 10 heures lorsque votre télégramme en date de ce jour m'a été
remis; je profite du retard survenu dans le départ du paquebot pour vous
accuser réception de ce télégramme qui nous prescrit d'être à Quiberon vers le
15 février. Je me propose en conséquence d'appareiller vers le 18 au matin
pour cette destination si, d'ici là, nous avons pu compléter nos
approvisionnements. La question de l'eau douce est encore à 5t-Vincent la
question difficile pour les ravitaillements, mais une citerne à vapeur qui vient
d'aniver d'AngletelTe et qui doit aller faire son eau à Tarrafalé (St-Antoine) va
être mise en service et toutes difficultés disparaîtront pour l'avenir.
Je suis avec un profond respect, Monsieur le Ministre, votre très
obéissant serviteur, le capitaine de vaisseau, commandant,
Cavelier de Cuverville
44-Corvette la Favorite
Commandant
Etat-Major Général A Saint-Vincent, le 17janvier 1883
Monsieur le Ministre,
J'ai l'honneur de vous infonner que, après réception de votre
télégramme du 15, répondant à sa demande de rentrer directement à Brest,
Monsieur le commandant de l'Alceste a fIXéà demain, 18, le départ de nos
bâtiments pour France.
Je tennine aujourd'hui les derniers tirs de fusil qui me restaient à faire,
et, sauf les manœuvres d'ancres de bossoirs, que j'avais réservées pour un
futur séjour à la Praya, mon programme est rempli.
Mes sondes ont été faites à l'embouchure de la Gambie, dans de bien
meilleures conditions qu'elles n'auraient pu l'être dans la baie de Quiberon,
surtout en février et mars, avec les temps que nous avons la chance d'y
rencontrer. Je n'ai pas eu un malade.
Tous mes travaux de force ont été exécutés à la Praya, aussi aisément
qu'en rade de Brest.
Comme l'a fait l'année dernière, Monsieur le contre-amiral,
commandant la division d'instruction, j'appellerai votre attention, Monsieur le
Ministre, sur ce fait que la date du 10 mars, fIXéepour notre retour à Brest,
coïncide avec la nouvelle lune et la plus forte marée de l'année. Cela nous
donne de grandes chances d'avoir une traversée très pénible pour aller de
Quiberon à Brest.
Je suis avec un profond respect, Monsieur le Ministre, votre très
obéissant serviteur, le capitaine de vaisseau, commandant,
E. Hardy
-Corvette la Favorite
Commandant
A M. le Vice-Amiral, Commandant en chef, Préfet Maritime
A Brest, le 9 février 1883
Amiral,
J'ai l'honneur de vous rendre compte que j'ai quitté Saint-Vincent le
18 janvier, avec des instructions, qui me prescrivaient de me trouver à
Quiberon, vers le 15 février. Mais dans cette traversée j'ai fait quelques
avaries, craqué la vergue de perroquet de fougue, un minot; dans une
1ertempête que j'ai essuyée le février, j'ai perdu trois embarcations. De plus,
depuis cinq jours je lutte contre des brises de sud à 2 et 3 ris, qui ne me
permettaient pas d'atteindre Lorient, où je comptais toucher avant de mouiller
45à Quiberon. Dans de ~lles conditions, j'ai pensé que je pouvais entrer à Brest,
pour réparer mes avaries et remplacer mes pertes.
J'ai navigué de conserve avec l'Alceste jusqu'au 27 janvîer, date à
laquelle, M. Le commandant de CuvelVille m'a autorisé à continuer en route
libre; ce jour, tout allait bien à bord de la frégate. Nous avions eu jusque là
une navigation heureuse, favorisée par de jolies brises et deux petits coups de
vent, l'un du N.O. et d'ouest le 22 (latitude 21<>22, longitude 32°34) et l'autre
de S.E. le 23 (latitude 23°50, longitude 32°29) ; entre les deux coups de vent,
8.8.0 frais.
Le mardi 30 janvier j'ai passé entre Fayal et COlVO.
1er février, le baromètre aDans la nuit du mercredi 31 au jeudi
commencé à descendre d'un millimètre par heure et le vent s'est mis à souffler
en tempête du S.O. au N.O. TIn'a commencé à mollir que dans l'après-midi
1er, en hâlant le N.N.O. - La baisse barométrique a été de 23 millimèttesdu
en 24 heures, mais il n'a pas dépassé 744 - Lamer était énonne - Je n'ai pas
essayé de prendre la cape - Je n'aurais pu y tenir - J'ai fui devant le temps
sous la misaine - La Favorite gouverne parfaitement et je n'ai pas embarqué
d'eau.
1erA 5 heures le au matin. La baleinière numéro 1 a été enlevée comme
une plume, malgré ses doubles saisines - à 5h 45 le canot-major ayant rempli,
le bossoir de l'avant a manqué, quoiqu'il eut de doubles balancines - le canot
s'est ouvert en deux; l'étrave restant fIXée au bossoir de l'avant tombé le
long du bord et l'anière pendu à l'autre bossoir - TI Y avait danger à se
débarrasser de cette épave, qui venait frapper le long du bord à chaque coup
de roulis et j'aurai l'honneur de vous signaler dans un rapport spécial le
dévouement dont a fait preuve en cette circonstance le premier maître de
manœuvre Jestin.
A 4 heures du soir, quand la brise commençait à mollir un peu, mon
canot saisi aux porte-manteaux derrière a été complètement écrasé par une
lame.
Le 4, j'ai encore essuyé un nouveau coup de vent de S.O., mais celui-
ci rentrait dans les conditions normales de la navigation d'hiver par le travers
du golfe de Gascogne ;il a tourné au S.8.0. et au sud. Depuis lors j'ai
toujours eu ces mêmes vents à 2 et 3 ris.
Le 6, vers 9 heures du soir, j'anivais à la limite des feux, lorsque le
temps est devenu très bouché, mauvais et m'a obligé à prendre le large. De 10
heures à minuit j'ai reçu de fortes bourrasques du S.O. au N.O., au milieu de
nombreux navires.
Le 7 au matin, le temps était fort beau, petite brise de N.O., qui a
tourné à l'ouest et au sud, à mesure que j'approchais des Pierres-noires après
avoir doublé Ouessant au jour. La mer était extrêmement grosse et à neuf
heures et demie du matin, au moment où le commencement de flot ne me
permettait plus d'espérer doubler les PielTes-noires,j'ai repris le large. Le soir
à 7 heures, je rencontrais un véritable coup de vent de S.O., qui a été très
violent jusqu'à minuit, au point de m'obliger à capoyer sous les goelettes.
46Hier, 8, calme, pluie continuelle, pas d'obseIVations. Vers huit heures du soir
le temps s'étant oo'''I)eulevé, je suis revenu chercher les feux d'Ouessant que
j'ai eu la chance de retrouver à neuf heures et que je n'ai plus perdus. A quatre
je gouvernais sur les PielTes-noÏres et à huit heures je prenais le pilote.
Je suis avec un profond respect, Amiral, votre très obéissant serviteur,
le capitaine de vaisseau,commandant,
E. Hardy
-Ecoles de matelotage et de timonerie
Frégate l'Alceste
Bord, Rade de Brest, le 14 février 1883Commandant
Amiral,
J'ai rendu compte à Monsieur le Vice-Amiral commandant en chef,
Préfet Maritime des motifs qui m'ont conduit à relâcher à .Brest avec l'Alceste
au lieu de me rendre dans la baie de Quiberon ainsi que le prescrivaient les
instructions du Ministre. Je viens aujourd'hui vous adresser le détail des
principales circonstances de cette traversée qui a été signalée par une
succession inouïe de mauvais temps.
Le 18janvier à 9 heures du matin l'Alceste et la Favorite naviguant de
conselVe quittaient le mouillage de St-Vincent pour se rendre dans la baie de
Quiberon. Je me proposais de débouquer des TIesdu Cap-Vert par le canal qui
sépare St-Antoine de St-Vincent, puis de remonter vers le nord de façon à
passer entre Florès et Fayal et à venir couper le méridien de 200 sur le pamllèle
du haut fond de la Chapelle que je désirais reconnaître afm de contrôler ]a
longitude avant l'atte1TÏssage.
J'avais donné la route pour contourner l'île de 8t-Antoine par l'ouest à
bonne distance, en passant à 12 milles de la pointe sud; nous avons pu éviter
ainsi les calmes qui règnent sous le vent de l'île dans la saison des alizés. Le
19janvier à midi nous nous trouvions déjà par 17039de latitude nord et 290 de
longitude ouest, portant au plus près bon plein tribord amures avec des vents
de N.N.E. s'infléchissant au N.E. et à l'est à mesure que nous remontions
dans le nord.
Le 21 janvier à midi nous sommes par 20047 de latitude nord et 32~5
de longitude ouest; la brise d'E.N.E. qui a diminué graduellement depuis le
matin nous abandonne complètement dans la soirée. Une longue ondulation
du N.O. se fait sentir; le baromètre qui, depuis le 19 janvier se maintenait au
niveau moyen de 766 rn/m, baisse avec une rapidité relativement considérable
pour ces parages; le 22, à 5 h du matin il est à 764 ; à 6h à 762.7 et continue
de baisser progressivement. Vers 8h du matin une fraîcheur s'établit du
S.S.O. puis, la brise augmentant graduellement, le temps se couvre et devient
à grains; nous faisons route au nord du monde. Je venais de faire prendre le
second ris aux huniers lorsque, vers 3h de l'après-midi, la brise saute
47brusquement au N.O.,dans un grain puis rétrograde jusqu'au sud le temps
prenant mauvaise appàrence.
Le 23 janvier les vents sont au S.S.E. variables au S.E. et soufflent ell
violentes rafales; nous avons 3 ris dans les huniers, le ris de la misaine, le
perroquet de fougue serré. Dans la journée du 24 les vents sont à l'E.S.E.
grand frais; nous sommes à midi par 26°38 de latitude nord et 32°53 de
longitude ouest; nous gouvernons à la lame; la frégate a de grands roulis;
quelques oscillations atteignent 30° sur babord et les liaisons accusent des
traces de fatigue.
Le 25 janvier le temps s'embellit et la brise d'E.S.E. diminue
graduellement d'intensité puis se fIXe au S.O. dans la journée du 26 après
avoir passé par le sud.
Le 28 janvier nous sommes à 15 heures dans le sud des Açores, un
peu à l'ouest du méridien de Florès. Vers 10 heures du matin nous perdons de
vue la Favorite à laquelle j'ai rendu depuis la veille sa liberté d'action. Je
poursuis ma route pour passer entre Florès et Fayal; le temps est à grains, la
mer houleuse, la brise à rafales hâlant progressivement le N.O. dans les
grains; le 29 au matin la brise passe au nord puis tombe; la mer restant très
houleuse; je crains un instant de ne pouvoir doubler Fayal, mais les vents
reviennent à l'ouest dans la soirée et nous franchissons le canal pendant la nuit
avec une vitesse moyenne de 9 nœuds faisant route pour nous élever dans le
'nord.
Le 31 janvier à midi nous sommes par 42°17 de latitude nord et 28°47
de longitude ouest ce qui nous pennet d'espérer une rapide traversée; mais,
le baromètre qui avait atteint le 29 janvier la hauteur excessive de 778, baisse
depuis lors d'une façon continue; le 31 janvier à 4h de l'après-midi il est
descendu à 762.2, le temps est chargé dans le S.O. et je prévois du mauvais
temps; bien que la brise d'ouest soit encore modérée, je fais prendre à l'issue
de l'exercice général de manœuvre le 2eris aux huniers et le ris de la misaine,
vers 7 heures du soir la brise fraîchit et la mer grossit rapidement; à 10 h du
soir nous sommes sous le grand hunier et la misaine au bas ris; à minuit et
demi nous n'avons plus que la misaine, nous filons Il nœuds en route la mer
est énorme; des grains d'une extrême violence se succèdent rapidement; la
brise, variable de l'O.S.O. à l'ouest, rallie le N.O. dans les grains; nous
sommes obligés de gouverner à la lame. A 6h du matin le baromètre est à 742
-etle coup de vent dans toute sa force; l'anémomètre est mis momentanément
"hors de service alors qu'il vient d'accuser plus de 35 mètres par seconde;
Jlous gouvernons toujours à la lame cherchant à nous écarter le plus possible
du centre de ce tourbillon; nous mesurons des lames de Il m de hauteur,
d'une longueur moyenne de 95 m ayant une vitesse absolue de propagation de
14 m; la frégate se comporte admirablement et n'embarque pas une goutte
d'eau; mais les roulis sont extrêmement étendus et la mer nous enlève
successivement un canot et deux baleinières deporte-manteau ainsi que le
fanal de côté de tribord et une bouée de sauvetage; grâce à la vigilance avec
laquelle nous gouvernons pour éviter les lames, malgré la pluie et la grêle qui
48nous aveuglent par !pstants, les avaries se bornent là; toutefois, les liaisons
de la frégate fatiguent considérablement; on me signale des épontilles
déplacées, des courbes et des équeITesbrisées et des entremises rompues sous
les pièces; la quantité d'eau faite par le bâtiment reste peu considérable~
Depuis 9 h le baromètre remonte lentement; à 8 h du soir il est à 760.5 ]a
brise et la mer ont considérdblement diminué et à 10h25 je puis enfm prendre
la cape tribord au vent, après avoir parcouru 120 milles en dehors de ma route
fuyant devant un temps et devant une mer tels qu'on en rencontre rarement.
Le 2 février à midi et demi nous pouvons enfin faire route, la mer est
encore très houleuse; la brise est du nord variable au N.N.E.
Le 4 à midi nous sommes par 45°44 de latitude nord et 22003 de
longitude ouest; j'ai repris ma route au nord afin de me ménager la possibilité
d'atteindre Brest si l'état de la frégate l'exige mais, désireux de me conformer
à mes instructions, je ne relâcherai qu'à la dernière extrémité. Après la baisse
1erdu février, le baromètre avait graduellement remonté jusqu'à 769 les vents
oscillant entre le nord et le N.N.O.; le 3 février le vent commence à
rétrograder vers l'ouest et vers le S.O. le baromètre baissant progressivement.
Le 4 février les vents sont fixés au S.S.O. et le baromètre qui, à 5
heures du matin, était encore à 755.2 descend jusqu'à 744 (4 heures de
l'après-midi) ; le temps s'est chargé dans le S.O.; la brise fr81chitet la mer
se fait rapidement; à 3h .40 nous sommes contraints de reprendre la cape
tribord au vent; il vente coup de vent d'ouest variable au N.O., les rafales
sont très lourdes. Dans la soirée des éclairs apparaissent dans le S.O., la brise
diminue et le baromètre remonte; à minuit il est à 751.6; les vents sont
l'O.N.O. et à 1h et demi du matin (5 février) nous rétablissons la voilure et
nous remettons en route. Le 5 à midi nous sommes par 46°46 de latitude nord
et 21°26 de longitude ouest; nous avons été portés de 17 milles dans le N. E.
Vers 8 heures du soir le baromètre qui est remonté jusqu'à 754.2 recommence
à baisser; les vents rétrogradent de l'O.N.O. vers 1'O.S.O. et le sud. Le 6
février au matin temps pluvieux et à grains; grosse mer, grande brise variable
du S.8.0. tournant en coup de vent; nous avons dû prendre successivement
tous les ris et à 7h15 nous sommes contraints de serrer les voiles carrées et de
reprendre la cape tribord amures sous les goelettes, coup de vent de 8.0.
l'anémomètre accusant jusqu'à 33 mètres de vitesse par seconde dans les
grains. A 10h du matin éclairs, coups de tonnerre; à 10h15 un tourbillon
passe sur la frégate emportant la trinquette et brisant la draille en fil de fer; en
moins d'une minute le vent fait le tour du compas dans le sens des aiguilles de
la montre puis la brise tombe subitement pour reprendre quelques instants
après sa direction à l'ouest; le baromètre est à 739.5 ; à midi il est à 740.8 et
remonte rapidement la brise restant à l'ouest et soufflant par rafales avec une
grande violence; dans la soirée des éclairs se produisent dans l'est.
Le 7 à 2h du matin le baromètre est à 750 il commence à baisser de
nouveau, les vents rétrogradent vers le sud, quoiqu'il en soit, la brise et la
mer ont considérablement diminué et à 6h 50 du matin nous remettons en
route sous la misaine au bas ris.
49A midi (7 fév!:ier)nous sommes par 48°5 de latitude nord et 16°30 de
longitude ouest; nou's avons été portés de 24 milles dans le N.E. A 4 heures
de l'après-midi, le baromètre est à 744 ; les vents, qui ont rétrogradé jusqu'au
sud, remontent maintenant vers l'ouest, le N.O. et même le N.N.O. où nous
les trouvons le 9 dans la matinée. Baromètre 761.2; thermomètre sec +10°5 ;
thennomètre humide + 7°5. Le 8 , la température était de 12.5 et le accusait Il °5.La hausse barométrique, l'abaissement de
la température, la diminution de l'humidité et la direction de la brise au N. O.
nous laissent supposer que les vents vont enfin rallier le nord. Ses
observations nous placent à Sh du matin (Ie 9) sur l'accore du haut fond de la
Chapelle, j'obtiens successivement 3 sondes 210m, - 215m,'" 195m...qui
concordent avec la position assignée par les chronomètres. Le baromètre est à
760.5, la brise est ronde et nous filons 10 nœuds sous toutes voiles calTées
bonnettes à tribord, gouvernant sur Belle-TIeoù j'espère mouiller pendant la
nuit. A midi nous sommes par 47°37 de latitude et 8°48 de longitude; nous
avons été portés de 23 milles au S.69°E ; ces courants anormaux dénotent une
grande perturbation dans le régime habituel. Dans l'après-midi le temps se
couvre, le baromètre baisse lentement, les vents rétrogradent vers l' ouest, la
température augmente; à 3h de l'après-midi la brise est déjà au S.O. avec
tendance à hâler le S.S.O.; le baromètre est encore à 756.2 mais
j'appréhende d'être affalé sur les Glénans si la brise fraîchit encore en hâlant
le sud; je vire de bord pour reprendre le large, faisant toute la toile possible
pour gagner l'ouest du méridien de la Chaussée de Sein sur laquelle je
m'attends à être porté par les courants; nous sommes en effet en grande
marée. Nous avons bientôt 3 ris aux huniers et le ris de la misaine; à 6
heures nous perdons le petit foc que nous remplaçons par la trinquette. A Il h
le baromètre est à 752.5 et l'intensité de la brise nous contraint de serrer nos
voiles carrées et de reprendre la cape sous les goélettes; il vente coup de
vent; les vents établis au S.O. ont une tendance à hâler l'ouest; nous avons
viré de bord à la cape; nous sommes tribord au vent; à 3h20 après une pluie
torrentielle la brise tombe subitement, après quelques instants de calme, un
léger souffle se fait sentir du N.O. ; nous essayons d'en profiter pour gagner
dans le S.O. mais la mer est démontée. Depuis que nous sommes sur les
sondes, grâce à l'ingénieux appareil de Sir William Thomson, appareil qui
.
nous a rendu les plus précieux services,nous obtenonsdes sondes fréquentes
et rapides contrôlées de temps à autre par les grandes lignes de sondes; nous
ne trouvons pas moins de 120m; mais, d'après les cartes hydro-
topographiques de M. le commandant de Roujoux, la nature des fonds
indique que nous sommes dans le voisinage de la chaussée de Sein. Le
baromètre, qui est remonté à 751.2 (10 février, Ilh du matin), redescend avec
rapidité; à IIh il est à 744.5 et la brise saute subitement au s.o. en
fraîchissant; nous n'avons que le temps de carguer, de serrer nos voiles, et
de reprendre la cape tribord amures. A 11h55 calme, puis fraîcheur de N.O.,
le temps s'éclaircit et nous pouvons obtenir enfin une latitude méridienne qui
nous place sur le parallèle de la chaussée de Sein; la sonde indique 125m;
50nous avons été po[tés de 19 milles dans le N.N.E. en moins de 24heures.
Des observations fâites dans l'après-midi nous placent (4h de l'après-midi) à
21 milles à l'ouest et un peu au nord de la chaussée; la merest énonne et
déferle sous l'action du courant de jusant. La brise, qui n'est restée qu'un
instant au N.O. et à l'O.N.O., rétrograde encore vers le S.O.; elle est
molle; le baromètre reste stationnaire. Ne pouvant rester dans la situation
dangereuse où nous nous trouvons placés, il n'y a pour moi d'autre parti à
prendre que celui de tenter l'entrée de Brest malgré les circonstances difficiles
dans lesquelles elle doit se pratiquer; mais, je tiens à établir que je ne déroge
aux instructions du Ministre qu'à mon corps défendant et j'appelle chez moi
les quatre lieutenants de vaisseau pour leur faire connaître la situation; aucun
doute n'est possible et je prends résolument mon parti de tenter l'entrée de
l'Iroise sans pilote, malgré le jusant, en grande marée.
A 4h de l'après-midi, je donne la route pour reconnaître les feux
d'Ouessant; le temps est couvert et à grains, le baromètre baisse d'un
millimètre environ par heure, la brise d'O.S.O. hâle le S.O. mais elle est
encore très molle. A 5h50 nous apercevons le feu de Créac'h (Ouessant) et
bientôt après celui du Stiff; nous n'en sommes pas à plus de 10 milles. En
passant devant le Fromrust à 8h du soir (la mer était pleine à Ouessant à 5h43
d'après 1'annuaire), nous trouvons un courant extrêmement violent qui nous
dépale dans le sud et nous oblige à changer la route de près de 4 quarts pour
rallier les Pierres-noires dont nous apercevons le feu à 7h50.Nos signaux
d'appel de pilote bien qu'appuyés de deux coups de canon restent sans effet.
A 9h.5 nous sommes nord et sud du monde du feu du Stiff et je viens
chercher le secteur du feu scintillant de la pointe des Capucins; mais les
grains nous empêchent d'apercevoir le feu dont l'intensité n'est pas suffisante
ainsi que nous avons eu l'occasion de le constater; fort heureusement St-
Mathieu est en vue et j'ai pris la précaution de faire marquer au sextant l'angle
du feu des Pierres-noires et du feu de St-Mathieu qui doit nous faire parer la
Basse Royale. A lOh.22 nous nous trouvons nord et sud du feu de 5t-
Mathieu; le feu de la Pointe des Capucins apparaît enfin et nous pennet, avec
ceux du Minou, du Portzic et du Toulinguet, de parer les bases de l'Iroise.
Très heureusement pour nous, la brise a fraîchi et, de 4 nœuds, la vitesse
s'est élevée progressivement à 7 et 8 nœuds, nous pennettant ainsi de refouler
le courant de jusant. A minuit nous étions mouillés sur rade de Brest et nos
hommes étaient encore sur les vergues s'efforçant de serrer les voiles
détrempées par la pluie lorsqu'une nouvelle renverse s'est faite à l'O.N.O.
avec une intensité telle que la manœuvre n'a pu êtretenninée avant une heure
et demie du matin.
Pendant ces mauvais temps l'Alceste s'est parfaitement comporté;
c'est un excellent navire, malheureusement très âgé et les liaisons, qui
laissaient à désirer au départ de France, ont naturellement souffert de tous ces
assauts répétés. Déjà, dans les gros temps des 23 et 24 janvier, ces liaisons
avaient accusé des traces de fatigue; cette fatigue s'est fortement accentuée
dans les coups de vents suivants et les avaries ont été s'accumulant, les plus
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