CHANGEMENTS AU FEMININ EN AFRIQUE NOIRE

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Les textes regroupés ici sont des études littéraires et anthropologiques couvrant l'Afrique centrale, l'Afrique occidentale, le Kenya, le Botswana, l'Afrique du Sud, les États-Unis et la France. Ils s'articulent, dans leur thèmes, les problématiques de la mondialisation telles que les femmes les vivent, en souffrent et en usent.
Publié le : samedi 1 janvier 2000
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EAN13 : 9782296397767
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CHANGEMENTS

AU FÉMININ

EN AFRIQUE

NOIRE

ANTHROPOLOGIE

ET LITTÉRATURE

Volume I

Sous la direction de DANIELLE DE LAME et CHANTAL ZABUS

CHANGEMENTS AU FÉMININ EN AFRIQUE NOIRE
ANTHROPOLOGIE ET LITTÉRATURE

Volume I: Anthropologie

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y I K9

@

L'Harmattan, 1999 ISBN 2-7384-8354-2

Remerciements

nous aV01r assure ce soutIen precIeux. Il nous reste à remercier notre graphiste de couverture, Ching Shiow Lu. Naviguant entre sa Chine natale, son Europe d'adoption et l'Afrique lointaine, elle a fait échapper à la virtualité les créations identitaires auxquelles le papier montre encore pâte blanche.

Le présent ouvrage constitue essentiellement les actes d'un colloque tenu à l'Université catholique de Louvain, campus de Louvain-la-Neuve, en décembre 1997. Ce colloque était organisé à l'initiative de l'Association belge des Africanistes. Comme membres du Comité de cette Association, nous voulons redire à nos collègues combien leurs suggestions et leur soutien nous ont été utiles. Sollicité en dernière minute, le Professeur Michael Singleton nous fit l'amitié d'ouvrir le colloque avec la profondeur, la gentillesse et l'humour qui lui sont coutumières. Nous le remercions d'avoir ainsi débridé nos pensées. La Faculté de Philosophie et Lettres de Louvain-la-Neuve et, en particulier, le service de "Literary and Cultural Studies in English", nous a offert l'aide de son personnel et l'hospitalité de ses locaux. Cependant, sans le soutien du Fonds national de la Recherche Scientifique, des Services d'Information de l'Ambassade des Etats-Unis d'Amérique (USIS) à Bruxelles et de la Communauté française de Belgique, le colloque n'aurait pu avoir lieu. Le Musée royal de l'Afrique centrale (Africa Museum, Tervuren, Belgique) a généreusement offert un appui logistique, en matériel et en personnel, lors du déroulement du colloque. Madame Sony Van Hoecke, du service des publications, a pu assurer le lay-out de l'ouvrage. Nous la remercions et nous remercions la Direction du Musée de . . I .
I

5

SOMMAIRE Volume I ANTHROPOLOGIE LISTE DES AUTEURS AVANT-PROPOS D. DE LAME ET
D. DE LAME

9

C. ZABUS

13

Que sont mes amis devenus? Se re-créer des rapports de genre W. VANBINSBERGEN La chambre de Mary, ou comment devenir consommatrice à Francistown,

17

Botswana

37

F. DE BOECK 'Dogs Breaking their Leash': Globalization and Shifting Gender Categories Diamond Traffic Between Angola and DRCongo (1984-1997) D. RODRIGUEZ-TORRES La libre entreprise au féminin. Une typologie de la prostitution

in the 87

à Nairobi,

Kenya

115

S. NYANCHAMA OKEMWA Wombs and Graves, Witches and Whores. Gusii Paradoxes in a Context of Land Commodification J.L. GROOTAERS Zande Prophetesses at the Articulation Local Culture and World Religion R DEVIsœ Les Eglises de guérison à Kinshasa et la villagisation matricentrée de la ville M.C. FOBLETS Les enjeux des femmes sud-africaines locales, entre la nouvelle constitution les exigences du droit international et des traditions et of

147

183

203

235

7

SOMMAIRE Volume Il LITTÉRATURE LISTE DES AUTEURS AVANT-PROPOS
D. DE LAME et C. ZABUS
C. ZABUS Une civilisation

9

11 15

de femmes

1. ASSIBA D'ALMEIDA Problématique de la mondialisation des discours féministes africains O. CAZENAVE Roman africain au féminin et immigration. Dynamisme du devenir A. KING De l'universel au particulier chez deux féministes africaines en France, Calixthe Beyala et Michèle Rakotoson M. SCHIPPER Le champ littéraire de la Mère Afrique et de ses filles. Race et genre en Afrique du Sud mondialisée E. BEKERS Women's Rites and (W)Human Rights: Female Genital Excision in African Women's
1. MEURET

27

49

71

87

Writings

101

Maigritude, pré/oscription d'un remède universel dans 'A fleur de peau' de Tsitsi Dangarembga

121

CONCLUSION B. SAUNDERS Des fantasmes de genre dans le système monde (et de ce qu'il convient d'en faire)

143

8

Liste des auteurs

FILIP DE BOECK est professeur associé d'anthropologie sociale aux Universités de Leuven (Africa Research Center, Department Social and Cultural Anthropology, Tiensestraat 102, B-3000 Leuven). Il mène des recherches anthropologiques au sud-ouest de la République Démocratique du Congo depuis 1987, ainsi que des recherches ponctuelles en Angola. Son travail actuel explore les questions de l'histoire et de la mémoire collective et, à travers elles, les problèmes de crise identitaire du sujet postcolonial et les tentatives de celui-ci de réinventer une cohésion socioculturelle, politique et économique. Il est l'auteur de nombreux articles sur ces thèmes. DANIELLE DE LAME dirige la section «Ethnosociologie et Ethnohistoire » du Musée royal de l'Afrique centrale à Tervuren (Belgique). Elle enseigne à l'Université d'Anvers dans le cadre d'un programme de formation à la problématique «Genre et Développement ». Elle fut laisser de l'Association belge des Africanistes et membre du Bureau de l'Association EuroAfricaine pour l'Anthropologie du Changement social et du Développement. Ses travaux anthropologiques portent sur les processus de changement socioculturels et l'histoire des mentalités dans le contexte de la mondialisation. Elle a mené et dirigé des recherches anthropologiques en milieu rural rwandais.
-

Elle est l'auteure de plusieurs publications sur le Rwanda et
d'un ouvrage sur le Sénégal. Travail en cours au Burkina Faso et au Kenya. RENÉ DEVISCH est coordinateur du Centre d'Etudes Africaines et professeur d'anthropologie sociale et culturelle à l'Université catholique de Leuven (KUL). Depuis 1970, il est en contact régulier avec la population yaka du Sud-Ouest de la R.D. du Congo et de Kinshasa. Il a aussi mené ou coordonné des recherches à Tunis, au sud de l'Ethiopie, au Sud-Nigeria, au Nord-Ghana, au Sud-Ouest du Kenya, au Nord-Ouest de la Tanzanie et au Nord-Ouest de la Namibie. Il est co-rédacteur, avec F. De Boeck et D. Jonckers, de « Alimentations, traditions et Développements en Afrique intertropicale (Harmattan 1995). II est l'auteur de Weaving the threads of life (University of Chicago Press, 1993) et, avec C. Brodeur, de « Forces et signes (Archives contemporaines). MARIE-CLAIRE FOBLETS est actuellement Professeur l'Université catholique de Leuven (KUL) où elle préside 9 à le

département d'anthropologie sociale et culturelle. Juriste, philosophe et anthropologue, elle est aussi professeur à l'Université Catholique de Bruxelles et à l'Université d'Anvers. Elle a été, de 1993 à 1996, professeur associé à l'Université de Paris I/Sorbonne. Elle a été professeur visiteur à Berkeley, Leiden, Louvain-la-Neuve et Stellenbosch (Afrique du Sud). Elle enseigne notamment dans les domaines du droit des étrangers, de l'anthropologie du droit, de l'anthropologie sociale et des études consacrées aux femmes. Elle est l'auteure de plusieurs ouvrages, notamment « Les familles maghrébines et la justice en Belgique. Anthropologie juridique et immigration «(Paris:

Karthala)

j «

Familles. Islam. Europe. Le droit confronté au

changement}) (Paris: L'Harmattan). ]AN-LODEWI]K GROOTAERS, anthropologue, a fait son travail de terrain parmi les Zande de la République Centrafricaine. Actuellement chercheur à la Faculté de Droit de la Rijksuniversiteit Gent (Belgique), il collabore à un projet de recherche sur la décentralisation et la gouvernance locale en Afrique. Il est l'auteur de plusieurs publications sur l'esthétique et l'art africains et, notamment, le co-rédacteur de La parole du fleuve. Harpes d'Afrique centrale (Paris, 1999). STELLA NYANCHAMA OKEMWA est professeur-assistant au Département d'Anthropologie sociale et culturelle de l'Université catholique de Louvain (Leuven, KUL). Ses travaux actuels portent sur la violence chez les Gusii du Kenya. Elle étudie la problématique du point de vue des Gusii, décodant leur symbolique et les sens que prend la violence dans la conceptualisation locale des transformations de rôles. Elle participe depuis plusieurs années, à des titres divers, à des initiatives dans le domaine de la coopération au développement. DEISSY RODRIGUEZ-TORRESest docteur en Sciences politiques de l'Université de Bordeaux I, maître de conférence aux Facultés Universitaires Catholiques de Mons (Belgique) et chercheur associé au Centre de recherche et d'étude sur les pays d'Afrique orientale (CREPAO, Pau, France). Elle a effectué plusieurs missions de recherche en Afrique orientale (Kenya, Uganda, Tanzanie, Ethiopie). Elle est l'auteur de nombreux travaux sur la violence urbaine, la délinquance juvénile, les modes de survie, la pauvreté et l'exclusion. Elle mène actuellement des recherches d'anthropologie politique sur la violence et les recompositions socio-politiques en milieu urbain africain.
WIM VAN BINSBERGEN est coordinateur du Séminaire sur la globalisation et les transformations socioculturelles à l'African

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Studies Centre de l'Université de Leiden et professeur de philosophie interculturelle à la Faculté de Philosophie de l'Université Erasme de Rotterdam. De 1990 à 1998, il était titulaire d'un cours «Ethnicité et idéologie dans le développement du Tiers-Monde» à l'Université Libre d'Amsterdam. Il a été président (1990-1993) de l'Association néérlandaise des Etudes africaines et est actuellement président de l'association neerlando-flamande de philosophie interculturelle. Il a mené des recherches approfondies en Tunisie, en Zambie, en Guinée-Bissao et au Botswana. Il est l'auteur de très nombreux ouvrages sur les changements

socioculturels en Afrique et aborde la problématique « genre»
sous différents angles, y compris l'épistémologie est membre de la Kwame/Legwana traditional Botswana. de l'histoire. Il Association au

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Avant-Propos

Les textes que nous présentons ici ont, pour la plupart, fait l'objet d'une présentation orale lors d'un colloque organisé à l'Université catholique de Louvain (Louvain-la-Neuve) en décembre 1997. Si, depuis, nous avons abandonné le titre "Femmes africaines et mondialisation. Transformations des rôles" c'est plusieurs raisons, et qui se tiennent. Il semble bon de les examiner en guise d'introduction. Un tel titre n'est plus, certes, commercial. Le motif de cette perte d'attrait n'est pourtant pas la pléthore des publications sur ce thème, du moins parmi les publications en langue française. C'est plutôt, parmi ces publications, une difficulté à quitter les sentiers battus de l'exotique désincarné qui, s'embourbant dans les doubles ornières de la répétition (para)académique et de la contradiction activiste, aboutit à la lassitude. Cette lassitude a beaucoup à voir avec l'impossible qu~te d'une production, encore et toujours, de la vérité. Quant à nous, abordant le terrain de façon d'emblée contestable à travers les chemins rarement croisés de l'anthropologie et de la littérature, , il nous,. a semblé devoir, du même coup, renoncer a cette pretentlOn. C'est un devoir accompli avec d'autant plus de plaisir que les courants de pensée actuels incitent les chercheurs autant que les artistes à déplier les éventails des désirs et des trajectoires. Nous livrons ainsi aux lecteurs un ensemble de textes, et d'études de textes, fort variés à plusieurs égards. Tous, cependant, ont pour thème les effets, sur les femmes, de divers aspects de la mondialisation. Ces effets sont, bien entendu, multiples, mais aboutissent, en fin de compte, à remettre en cause la définition même des genres. Plutôt que de parler de femmes, nous aurions préféré intituler notre recueil "féminins changeants d'Afrique noire", indiquant par là le caractère culturellement construit et donc, contingent, des attributs masculins et féminins. Ce sont ces constructions culturelles qui expriment et donnent forme aux rapports sociaux, et non la biologie. Le choix a été cepe.ldant, 13

d'aborder les transformations de rapports de genre à partir du point de vue des femmes. Les thèmes abordés ici (la consommation, les trafics, l'excision, l'anorexie mentale, la prostitution, le prophétisme féminin) le sont par des spécialistes de l'anthropologie et de la littérature. Sur le plan thématique, les textes recueillis se complètent, tandis que sur le contenu, ils rendent compte de la rugosité des textures tissu culturel et tissu littéraire - qui ne présentent pas partout sur le ocntinent africain ou en terre d'exil les mêmes aspérités. Les critiques littéraires sont, en effet, tributaires des auteurs. Ceux-ci, s'adressant à des publics différents, choisissent les thèmes les plus aptes à capter leur public. Ils s'expriment aussi, de préférence, à propos de thèmes qu'ils ou elles connaissent, parfois jusque dans leur chair, et qui sont donc, forcément plutôt liés à un milieu urbain et, en tout cas, à un milieu lettré. Dans certains cas, ces auteurs décrivent des trajectoires sociales portant des protagonistes d'un milieu à l'autre. Le plus souvent, ils livrent des représentations. Ainsi, des thèmes frappants au regard des normes occidentales relatives à la sexualité, à l'esthétique corporelle et à l'amour, captent, en premier lieu, l'intérêt des écraivain(e)s dont le but est d'être lu(e)s et de faire connaître leur sort et celui de leurs semblables. Les prophétesses et les trafiquantes ont donc plutôt également mauvaise presse chez .,les littéraires:A trop , , meconnues. A u d etour d e Ia comparalson reapparalt une
des ambitions des anthropologues, celle de faire connaître ceux et celles qui n'ont pas accès aux réseaux de la parole et de l'écrit. Il nous a semblé utile de mettre anthropologie et littérature côte à côte, non seulement pour pointer vers de nouvelles synergies, mais aussi pour infirmer certains
fermrres ,

ernet, par exemp Ie, un postu Iat qUl nous paralt errone. Selon cette historienne, "la littérature nous apprend plus et de façon autrement [plus] plaisante que ne le fait la littérature dite savante des anthropologues et des historiens. Par vocation, en effet, les anthropologues se penchent davantage sur les us et coutumes du passé dont beaucoup, qu'on le regrette ou non, sont en train de passer

mythes d'incompatibilité. Dans sa préface au livre Les dans la littérature africaine (1998), Coquery-Vidrovitch , . A

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au folklore"1 Depuis longtemps, en effet, l'anthropologie ne dort plus à l'ombre du vocable d'ethnologie, rivé presqu'exclusivement à la tradition française. Echappée de la modernité coloniale, l'anthropologie se consacre à l'humain dans le foisonnement de ses diversités. La littérature, en se penchant sur les tactiques de survie féminines, les tribulations quotidiennes de l'exil, les douloureux vécus corporels, les complexes chassés-croisés de sororités verticales et horizontales entre femmes africaines, n'en est pas plus "plaisante" que le texte anthropologique. Le tissu littéraire et le tissu anthropologique s'entrecroisent, au-delà des catégories d'espaces francophone et anglophone, et forment une mouvance de "logiques métisses" , de binarismes démantelés, de féminins changeants, pour lesquels la mondialisation est tantôt un facteur d'oppression et de contamination, tantôt opportunités nouvelles et trafic ludique que les femmes récupèrent à leurs propres fins. Si, comme le veut la formule consacrée, les opinions exprimées dans cet ouvrage n'engagent que leurs auteurs, le parti-pris résolument (post-)féministe n'engage que ses rédactrices, Danielle de Lame et Chantal Zabus

1 Denise Brahimi & Anne Trevarthen 1998, Les femmes littérature africaine: portraits (Paris, Karthala et Ceda, p.S. 15

dans la

'QUE SONT MES AMIS DEVENUS?' SE RE-CRÉER DES RAPPORTS DE GENRE par Danielle de Lame
Musée rayaI de l'Afrique centrale

"La femme

est l'Afrique

de l'homme",

proposait en exergue une revue psychanalytique1. «La» femme et l'Afrique, en effet, ont un passé commun, partagent, dans leur commune obscurité, un potentiel d'appel à projection. Dès les premiers balbutiements de ce que nous appelons la mondialisation, Stanley partait à la découverte du Continent mystérieux. Au cœur, encore sans nom, de l'Afrique rugissait la peur (à vaincre) de l'inconnu: "Ibi sunt leones", disaient les cartes. Les fusils ne manquaient pas. Freud, quelques décennies plus tard, conjurait encore ses propres craintes face au "continent noir de la féminité" et, pour ce faire> décrivait les anomalies normalement attendues de l'autre moitié, fort charmante, de l'humanité. A un peu plus d'un siècle de nous, s'ouvraient la soif des explorations et la perception globale d'un monde à ordonner. Dans le même temps se traçaient les voies d'une analyse de l'altérité, sur lesquels marchaient encore, triomphants et seuls, les propriétaires blancs et mâles du Discours. L'Africaine, comme telle, portait la représentation métropolitaine de l'Afrique mais, comme femme, elle rejoignait la femme de la métropole, séductrice et/ou ménagère (Boëtsch & Savarese 1999: 135) Jusqu'aux vociférations éclairantes d'un Fanon, jusqu'à l'affirmation choquante et libératrice d'un Lacan. "La femme n'existe pas! ". Cette affirmation qui, aujourd'hui, va de soi pour la plupart, dut à l'époque être expliquée, répétée, devint "La femme, ça n'existe pas!". Les détenteurs du savoir psychanalytique durent encore fournir quelques efforts pour sortir le maître de son ésotérisme
1 Psychoanalyse, 1990, n06. 17

chéri et le mettre à la portée des disciples avides. Le «ça», lieu du désir créateur de mouvement, ne peut s'enraciner dans le projet du généralisateur dominant. La sentence pouvait enfin devenir slogan et plaider pour le droit à la diversité où s'ancre le désir de chacun(e). Place faite pour les paroles, toujours en voie de se conquérir. Sur ce plan aussi, se retrouvent les femmes et l'Afrique. C'est, en effet, de la post-colonialité que naÎt, enfin, le roman africain. Il donnera une place de choix à l'autobiographie. Un auteur comme Achebe, fait remarquer Walder (1999: 7), retourne aux sources de sa propre histoire de colonisé pour y regagner son identité. Les auteures africaines se surgiront de l'ombre qu'une génération plus tard. Jusque dans ces dernières années, les métaphores de genre attachés aux rapports de domination en Afrique du Sud (voir Schipper), les phantasmes de sexualité débridée nimbant les femmes africaines Oohnson-Odim 1996: 19), entretiennent les liaisons dangereuses entre métaphores et stéréotypes stérilisants. A tout moment, il nous faut, pour être fécond(e)s, retourner aux foisonnements et aux tranformations. Femmes africaines et mondialisation Par mondialisation, nous pouvons entendre une tentative généralisée, de la part des Etats puissants et des organismes supranationaux à travers lesquels, notamment, ces Etats exercent leur pouvoir à l'échelle mondiale, de produire une uniformisation bureaucratique favorable à la compréhension simplifiée de réalités socioculturelles complexes. Le but, bien entendu, n'est pas la compréhension, mais l'expansion du marché mondial à travers des structures aussi transparentes que possibles aux acteurs du sommet. Le plus souvent, l'usage du terme 'mondialisation' évoque l'expansion des marchés à la mesure de la planète; les effets des mesures d'accompagnement de cette expansion que sont les programmes idéologiques et les projets de développement, ces effets sont cependant loin d'être négligeables. L'entreprise de standardisation n'est pas neuve en soi mais bien dans son échelle. Pas neuve en soi? Que l'on se réfère

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à la littérature anthropologique récente. Celle-ci met en lumière les mécanismes de création ou de rigidification des «ethnies» (pour ne citer que le premier de ces ouvrages: Chrétien & Prunier 1989), le rejet ou, plus subtilement, la transformation) des types africains (notamment) d'organisation politique incompatibles avec l'administration coloniale, et, sur le plan des idées, la rétro-projection d'une divinité compatible avec l'enseignement missionnaire, là où les conceptions locales portaient à révérer des ancêtres, des esprits ou une force abstraite ( Chidester & al. 1998; de Lame 1996: 66-67). L'Afrique est encore occupée à secouer l'aliénation qui en a résulté, comme le montre Devisch dans notre ouvrage. De nouveaux catéchismes ont remplacé celui des missionnaires, désormais digéré et intégré aux modes de penser locaux. Les messages, non moins étrangers aux récepteurs, sont désormais plus directs et les bénéfices qui résultent de la conversion aux dogmes mondiaux sont plus tangibles et plus inégalement répartis que ceux résultant de la conversion à l'une ou l'autre Eglise. Le respect au moins formel du catéchisme de la démocratie donne accès aux chapitres suivants de l'inventaire que sont les normes mondiales du développement et de la santé. Rappelons que les discours féministes se sont intégrés à ceux du développement et font, aujourd'hui, partie du catéchisme. Moyennant la pratique de ces discours mondiaux, l'accès aux moyens nécessaires à la mise en pratique s'entrouvre. Lorsque la pratique dérape, l'humanitaire prend le relais. Les trafics de guerre, hélas, s'ajoutent alors aux trafics, également mondialisés, du temps de paix, les uns et les autres s'interfécondant. Les voies de redistributions monétaires sont souvent semblables et le résultat est, toujours, une injection monétaire s'accompagnant nécessairement d'un glissement dans les systèmes de valeurs. Sans vouloir prendre position morale sur le contenu de ces systèmes de valeurs, nous pouvons, dans touts les cas, constater que les normes locales, confrontées aux normes externes auréolées de la supériorité monétaire, prennent un statut relatif. Le centre du monde se déplace du local incorporé à un cosmopolite abstrait. Ce cosmopolite est, bien vite, réapproprié à travers les signes distinctifs forts concrets qu'y repèrent les populations diverses: tel type de bien de

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consommation, tel mode d'achat, l'accès aux portillons d'un mieux ~tre que sont l'enseignement et les Eglises. Les actions volontaristes et/ ou mercantiles émanant du centre (délocalisé), loin de produire l'uniformisation que rend nécessaire l'expansion des marchés, complexifient donc, au contraire, les réalités locales. Loin d'avoir pour tous les m~mes effets, elles importent de nouvelles structures et offrent des possibilités inédites à certaines fractions des populations. Les nouvelles structures n'effacent pas les anciennes, elles s'empilent. Le droit offre, de ce processus, une illustration aisée à comprendre. En effet si, à l'échelle mondiale, des mesures favorables aux femmes sont à présent en cours d'élaboration, dans la pratique, et en particulier dans les régions rurales, l'existence de nouvelles mesures législatives ouvre, dans un premier temps, un registre supplémentaire sur lequel négocier, sans supprimer les autres recours résultant du pluralisme juridique de fait. Le cas de l'Afrique du Sud est remarquable (Foblets) en ceci que la question du statut des femmes à la lumière des instruments internationaux relatifs aux Droits de l'Homme, organise ce pluralisme. Reste ouverte la question, non traitée ici, de la présence, dans cet Etat, de communautés religieuses qui pourraient revendiquer, sur la base du m~me pluralisme, l'application du droit islamique, par exemple. Ces complexités juridiques illustrent, tout aussi bien que les modèles de consommation, le pluralisme des références résultant de la mondialisation. De nouvelles grilles d'interprétation sont ainsi produites, auxquelles chaque acteur social de la périphérie recourt lorsqu'elles favorisent son accès à des biens ou services enviables dans le contexte des réseaux sociaux où il s'insère. Van Binsbergen, dans un détail du récit de vie touchant de Mary, habitante de Francistown, illustre le fonctionnement de ces règles de droit inégalement comprises. La loi censée protéger la jeune propriétaire qu'est Mary permettra, en fait, à sa tante plus instruite de la spolier. Malgré tout, Mary parviendra, au prix de privations multiples, à se construire une dignité à travers une succession de ruptures par rapport à son passé villageois et de choix pour un mode de vie urbain, connecté au vaste

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monde de la consommation. La démonstration d'une appartenance aux groupes de tête dans l'accès aux biens produits au sommet de la «modernité», de préférence exotique, devient un processus d'intégration locale à un univers devenu trop vaste. Ailleurs, ce sera la poursuite douteuse du diamant, ou encore la prostitution de luxe, qui assureront un accès moins digne, plus flamboyant, mais aussi plus éphémère, au luxe glacé des magazines. Soulignons, si nécessaire, que le processus n'est pas propre à l'Afrique mais qu'il y est certainement davantage perceptible et, en raison de l'exacerbation des inégalités, potentiellement plus destructeur mais aussi, en vertu même de l'extension des extrêmes et des pluralismes locaux, plus créateur de dynamiques sociales. Le contenu de ce qui constitue le sommet, la modernité, et l'exotisme, est, bien entendu, local, propre aux diverses périphéries, y compris en Occident. Le droit apparaÎt, face aux extrémités, comme un instrument régulateur nécessaire et l'une des rares planches de salut. Si les uns préfèrent la navigation pirate, les autres font du respect des règles une de leurs aspirations majeures. Ils et elles sont juristes, ou exclus. Rodriguez-Torrès nous fait accompagner, dans les bidonvilles de Nairobi, ces gens qui, à défaut d'obtenir justice, (se) font la loi. Dans ces taudis, la prostitution permet, certes, une participation au marché, une participation plus ou moins lointaine selon les classes, mais l'accès à la loi emprunte les voies de la violence, souvent même lorsqu'elle implique les gardiens de l'ordre. Ce sont alors les juristes qui, dans ce Kenya d'une vie associative intense, veillent bénévolement à informer les gens des bidonvilles de l'existence d'une loi et des moyens d'obtenir JustIce. De nouvelles identités se créent donc, réponses individuelles, mais aussi collectives, aux problématiques complexes issue de l'accès plus ou moins direct à un monde élevé au statut de Premier Monde. Ce monde virtuel, certain(e)s Africain(e)s, dans la nostalgie des villages idéalisés, le parent des mérites d'une solidarité à l'échelle planétaire, attendent de (re)trouver les partages, partiellement imaginaires, d'antan, au sein du global village auréolé des ondes du cyberspace. Ce qui ne leur est point donné, ils le prennent, souvent dans une métonymie

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substitutive du leurre, et s'inventent leur propre mondialisation. Ces mouvements d'appropriation collective et d'incarnation individuelles de nouveaux systèmes de référence créent parfois des raz-de-marée violents. Leurs manifestations individuelles à travers l'adoption de signes et de codes indicateurs d'identités ne peuvent faire sens que dans la différenciation à l'égard d'une collectivité plus large. Du même coup, ce sont les rapports sociaux qui en sont transformés.

Genre et femmes Parler, donc, des effets de la mondialisation sur les femmes, est une approche fort partielle, et assez partiale. Il y a bien longtemps déjà, Illich (1983) nous a familiarisés avec la notion de genre, beaucoup plus conforme aux observations, plus subversive aussi pour cette raison même et à cause de son efficacité mobilisatrice, qu'une militance féministe quelque peu désarticulée lorsqu'elle s'isole des rapports sociaux pris dans leur ensemble et, quelquefois, en raison même de ce manque d'articulation, inefficace, voire contre-productive. Le discours mondialisé du développement parle aujourd'hui, et à bon droit, d'une approche prenant en compte des rapports sociaux de genre, même si, sur le terrain, il se confond encore, pour la facilité, avec une "promotion des femmes", ou pire, dans la formulation la plus inoffensive, d'une promotion de «la» femme. Certes, comme le rappelle Saunders en fin d'ouvrage, l'exploitation des femmes reste, en certains point du globe et, de façon plus sélective, en peu partout dans le monde, exorbitante, et appelle à l'action dans le cadre d'un autre aspect de la mondialité: le respect des Droits de l'Homme. Sans aucun doute, l'essentiel du problème des femmes africaines est enlisé dans le bourbier de la pauvreté dont elles sont les premières victimes, un bourbier que les miettes de l'aide ne peuvent suffire à assécher (Traoré & Engelhard 1997: 5). Cette action pourtant passe par les rapports sociaux de genre, de génération et de classe, autant que l'oppression et l'exploitation elles-mêmes. Les effets de toute action volontariste, de toute action de développement ou de

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législation, par exemple, s'inscriront dans les mêmes rapports. Ceci n'empêche pas de faire le choix, à un moment donné, de privilégier une approche à partir du point de vue des femmes. A ce titre, une variété incalculable de phénomènes sociaux peut être abordée, les rapports de genre, fut-ce dans la séclusion, constituant la trame de toutes les sociétés humaines. A cet égard, plusieurs des textes présentés ici mettent en évidence une sorte de collision entre des visions du monde, celle où s'ancraient des catégories naguère binaires: intérieur! extérieur, femmes/hommes, traditionnel/moderne, celles de toutes les périphéries, celle d'un monde qui se veut «post-post-moderne»... Cette collision produit une interpénétration des catégories et, par conséquent, un glissement des genres. Une fois admis que les catégories de sexe, comme celles de race ou d'ethnie, déterminent et justifient l'accès différencié aux ressources, il devient plus aisé de comprendre les mécanismes par lesquels la monétarisation des économies produit, en retour, un dérapage des représentations et, en particulier une réorganisation des représentions de genre. Les cosmologies africaines ordonnent des univers dont les contours se confondent avec ceux d'une entité politicoreligieuse (<<ethnique», ??). Les cosmologies constituent l'arrière-plan de rituels et de rapports sociaux où s'incarnent les valeurs garantes de la reproduction sociale (Bourdieu 1980). Les rapports de genre en sont un aspect fondamental qui légitime, sur le plan religieux, la reproduction économique à travers la répartition des dches, et la reproduction politique à travers la répartition des ressources. Sur le plan de leur construction idéelle, ces cosmologies ont en commun leur exclusion mutuelle, alors que l'impérialisme c()lonial aura à s'accoutumer d'un syncrétisme local, témoin de la dynamique souterraine des cultures locales dont la perte la plus radicale est d'être désormais mesurées à l'aune du cosmopolitisme. La monétarisation interviendra, quant à elle, «par le bas», sapant à la fois, et selon des modalités diverses, la répartition des tâches, l'accès aux ressources et la répartition de celles-ci. Dernière source de changement, mais pas la moindre: la nature même des ressources

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nouvelles modifie l'éventail des usages. La effet, permet une accumulation potentiellement mais projète aussi le spectre d'une pauvreté extrêmes polarisent des jeux (les hasards de diams, par exemple) et des craintes (celle de
classiquement) mais incitent aussi

monnaie, en sans limite abyssale. Ces la chasse aux la sorcellerie,
fort

à

des

navigations

tactiques. Les stratégies des femmes visent le plus souvent une amélioration de leurs conditions de vie et de celles de leurs enfants à un moment où, souvent, les hommes, davantage prisonniers de rôles qu'ils pensent avantageux, ne parviennent plus, dans le chaos monétarisé, à assurer la prolongation du passé. Les enjeux de l'enseignement et de la santé ne sont pas compatibles avec ceux de dépenses ostentatoires souvent associées à la virilité, des enjeux qui peuvent les pousser à mercantiliser le bien où, par excellence, s'enracine la vie, la terre des ancêtres (Nyanchama). Les modèles de comportement occidentaux localement réappropriés, les mots d'ordre du progrès mondial désormais conditionnés à l'adoption d'un volet de développement orienté sur le genre, les nécessités d'une vie branchée sur le poumon parfois artificiel du cosmopolitisme, apportent des instruments multiples à l'individualisation des rapports de genre. Les femmes joueront alors sur toutes les ambiguïtés des statuts locaux (Nyanchama) et importés (van Binsbergen) pour légitimer des pratiques d'où, à leurs propres yeux, leur dignité sort grandie d'avoir fait des choix. Se questionner ensuite sur la nature et les effets de ces èhoix participe d'une autonomie parfois chèrement gagnée, encore et toujours en cours de conquête. Entre-temps, sur le plan collectif, dans les glissements des catégories de genre, s'ébauche la légitimité d'un destin individuel: les chiennes ont brisé leur laisse (De Boeck). Outre qu'ils mettent en scène, comme les autres textes du recueil, des femmes leurs réalités et leurs droits, les textes anthropologiques analysent, en outre, les recompositions sociales dont les glissements de genre sont les produits autant que les moteurs. La pauvreté de la plupart, la richesse croissante de certains, le sida créateur d'orphelins, la mercantilisation de biens fondateurs d'identité collective, la chasse au succès hasardeux sur le marché de luxe, les normes de santé, d'instruction et de

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droit, sont autant de facteurs de. recomposition sociale auxquels il faut malheureusement ajouter les guerres et autres conflits. Ceux qui surgissent des décombres en émergent par la voie de stratégies individuelles. Celles-ci produisent des solidarités d'élection fondées sur des stratégies parallèles, des solidarités toujours prêtes à basculer dans la concurrence. La fragmentation de l'univers de vie est loin d'être complète. Elle est suffisante pour permettre la poursuite de stratégies dans une sphère ou l'autre, par exemple l'acquisition d'une instruction et l'amélioration de son propre sort, l'accumulation d'un petit capital grâce à la fabrication d'alcool, à la prostitution ou à un autre commerce. Là où la personne entière est en jeu, même novatrice, elle reconnaîtra la légitimité d'un contrôle social sur l'usage des fonds. La redistribution partielle reste un moyen efficace de dédouaner l'accumulation. Le contrôle s'exerce désormais souvent à travers la redistribution partielle au sein de communautés d'élection, qu'elles soient spécialisées (tontines) ou, au contraire, répondent au besoin persistant d'appartenance à une communauté englobant la totalité de la personne. Les Eglises, voire un espace rituel local ré-élaboré (Nyanchama) ont parfois pour fonction de légitimer l'accumulation: elles fixent un cadre à la redistribution partielle tout en légitimant une accumulation individuelle à plus long terme, une fois affirmé le refus de la sorcellerie. Enfin, de nouvelles figures féminines en action sur la scène publique des cultes, de la politique, de l'administration et de la profession, offrent de nouvelles références. Quoiqu'ils s'en défendent, les anthropologues autant que les historiens, les spécialistes de la littérature ou tout autre usager du terme, confondent encore souvent l'étude selon le genre et la mise en évidence des femmes. C'est encore souvent par le biais de la transformation du féminin que sont abordées des transformation fondamentales dans les sociétés postcoloniales. Le masculin reste saisi tel qu'en lui-même et comme à l'arrière plan des études sur les nouvelles constructions identitaires

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Genres de femmes: quelques thèmes parmi d'autres
Les thèmes que pourrait aborder un recueil sur les impacts de la mondialisation sur les femmes sont aussi divers que les vies de celles-ci. Un thème privilégié, du fait même de la multidisciplinarité du recueil, est la percée des femmes dans la littérature africaine. Celle-ci témoigne, en soi, d'une transformation dans l'éventail des rôles et des statuts féminins en Afrique noire. Comme le fait remarquer Kesteloot (1997: 31), ceci se produit, grosso modo, en une génération. Une génération après les indépendances. Ce constat pourrait nous faire rejoindre Saunders et Mudimbe qu'elle cite, aussi bien que Devisch et interroger: le colonisateur se doublait-il du patriarche pour reléguer encore «la» femme au foyer? Peut-être, car elle en sortit enfin, quoiqu'en petit nombre, au moment où lui même cédait la place à l'indépendance. Nous pourrions me semble-t-il, dans un mouvement inhabituel de pensée, nous interroger sur l'impact de l'imaginaire des indépendances africaines sur la montée des féminismes à l'échelle mondiale. Cette influence idéologique de périphéries sur le centre est plus claire en ce qui concerne les mouvements afro-américains de revendication des droits civiques que sur les mouvements de femmes, toujours est-il que l'on peut constater une coïncidence. Certes, les femmes africaines ne s'exposent pas à la vitrine des libraires mais, dès qu'elles le pourront, certaines «entreront» en littérature, avec un retard et avec une plus grande parcimonie que les hommes, beaucoup plus nombreux qu'elles dans les écoles de leur jeunesse. Cette inégalité deviendra un thème d'oeuvres littéraires, comme l'analyse Meuret. Les écrivaines noires parlent d'expérience, avec recueillement et révolte, de l'excision, de la polygynie vécue au quotidien, de l'émigration, de la récurrence inéluctable des grossesses, du mépris et de la répudiation qui accompagnent la stérilité, de l'éternelle minorité des femmes, du rôle des femmes dans la perpétuation de l'oppression et des stéréotypes qui donnent à l'oppression une apparence de fondement. Les femmes diplômées et autres intellectuelles seront les cibles privilégiées du conservatisme de leurs consoeurs et mères, bénéficiant parfois, au contraire, de l'appui de leur mari. Ceci reste rare

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certes. Moins rares pourtant sont les femmes africaines qui, à force de se battre pour une autonomie, se construisent, au-delà de toute attente, avec une ingéniosité, une force et une application constantes, une identité propre. Ces mutantes forcent parfois l'admiration et utilisent, outre la littérature, tous les ressorts que la vie, dans les milieux où, de plus en plus, elles voyagent, leur offre. Anthropologues et chercheurs se consacrant à l'étude de la littérature de fiction peuvent aussi bien aborder les thèmes repris dans notre recueil: la consommation, les trafics, l'excision, la prostitution, le prophétisme féminin, ou d'autres thèmes, tels que la séquestration des femmes (Imam 1997) ou le travail salarié et en particulier celui, si fréquent, de domestique (Hansen Tranberg 1989 ;1992), etc. A la réflexion, il apparaît que certains thèmes, quoiqu'objets possibles d'études anthropologiques, restent cantonnés dans les domaines chiffrables et froids de la démographie ou de l'économie. C'est notamment le cas des grossesses à répétition ou de l'épuisement physique et psychique que produit une vie harassante de paysanne évaluée, au mieux, en heures de travail. C'est que l'étude des réalités est conditionnée par l'accès à leur expression. Les femmes africaines rurales ont peu l'occasion de s'exprimer, et leur inaccessibilité se reflète aussi bien en anthropologie qu'en littérature. L'accessibilité au terrain et l'orientation vers le public des lecteurs sont sans doute aussi un des facteurs de différenciation entre les contenus des études littéraires et anthropologiques. Les anthropologues dépendent des possibilités expressives de leur terrain autant que de leur aptitude à l'observation et à l'empathie. C'est dans la pratique des récits de vie (Smith) que les écrivains et les anthropologues sont les plus proches, en particulier lorsque les écrivains se lancent dans une entreprise autobiographique avérée. Dans les deux cas, la reconstruction biographique explicite de nombreux faits de culture. Les critiques littéraires, quant à eux, sont tributaires des auteurs. Ceux-ci, s'adressant à des publics différents, choisissent les thèmes les plus aptes à capter leur public. Ils s'expriment aussi, de préférence, à propos de thèmes qu'ils ou elles connaissent et qui sont donc, forcément, plutôt liés

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