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Chronique politique congolaise

De
392 pages
-En 1997 à la veille des élections présidentielles, le Congo bascule dans la guerre civile. Une chronologie qui se veut un éclairage sur les événements importants pour la vie des Congolais au fil des siècles.
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CHRONIQUE POLITIQUE CONGOLAISE

Du Mani- Kongo à la guerre civile

Jean-Marie NKOUKA-MENGA

CHRONIQUE POLITIQUE CONGOLAISE
Du Mani-Kongo à la guerre civile

Préface de Ferdinand MILANDOU

L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris
L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Edition revue et augmentée CHRONIQUE POLITIQUE CONGOLAISE Editions Nemaf, 1992

Dessin de couverture(conception et réalisation) : NKOUKA Nsona Mabiala NKOUKA Menga Louzolo

copyright L'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-5226-4

Cette chronique

est dédiée à tous les Congolais

Merci à : "Ta" Maloumbi Samba Makani Pour son assistance et ses conseils éclairés. Milandou Ferdinand, mon ami.
Mabiala Antoinette Françoise, ma femme Pour sa patience et sa compréhension.

Pour cette nouvelle édition ma reconnaissance particulière à :

"Ta" Nsondé Simon "Wapiti" qui m'a permis, entre autres compatriotes, d'enrichir ce travail.
Mon neveu Madieta Jacob et Ganga Alain qui, sans relâche, m'ont aidé dans la recherche des documents. Edmond, Nsona, Menga et Kiessé, mes enfants, qui ont été les principaux artisans de la saisie de ce travail. Miénanzambi Antoine qui a sauvé l'ensemble des "méandres" informatiques.

PREFACE
Entre deux maux, il faut choisir le moindre. L'effondrement des démocraties populaires, dans l'Europe de l'Est, a démontré à suffisance les antagonismes jusque là tus entre, d'une part, l'aspiration légitime aux libertés fondamentales -si relatives cependant dans les faits- des populations soumises et réduites au simple rôle de caisse de résonance et, d'autre part, l'imposition par la force armée ou toute autre voie contraignante, souvent subtile, d'un modèle qui s'avère le fruit d'une idéologie sophistique, pernicieuse et contraire aux besoins élémentaires. Les démocraties occidentales qui, apparemment, triomphent aujourd'hui, faute d'adversaires, sont loin d'être idéales d'autant qu'elles restent à parfaire et cachent encore beaucoup d'injustices flagrantes, sans oublier qu'elles ne sont pas exemptes de travers. En Afrique, c'est le modèle qui a tout naturellement été choisi après les indépendances dans bon nombre de pays avec plus ou moins de bonheur. Mais au fil des décennies et pour le plus grand malheur des populations, les pouvoirs mis en place se sont, pour les uns avec l'usure du temps, pour les autres à la lueur des coups d'Etat militaires ou institutionnels, mués en de véritables chefferies claniques, ethniques de type traditionnel, cependant vidées de leur quintessence. Ces pouvoirs s'exercent aujourd'hui dans un enviromlement nouveau avec des moyens modernes, plus ou moins avouables. Le contexte international s'est fait l'allié objectif de ces pouvoirs dictatoriaux, en grande partie soutenus par l'Ouest, ou de ces régimes monopartistes soutenus par ce qui hier encore était le bloc de l'Est. Régimes fondés sur une pensée économique d'apparence rigoureuse et philanthropique. Une pensée revendiquée et prise en modèle, il n'y a pas encore longtemps, par une frange des élites politiques des pays, anciennes puissances coloniales. Cette adhésion a eu un impact considérable sur certains responsables africains. Soit par naïveté, soit par cynisme et démagogie, on n'a pas hésité à souligner le parallélisme du monopartisme des démocraties populaires et le pouvoir tel qu'il est conçu dans la pensée traditionnelle africaine subsahélienne. Aujourd'hui d'où vient donc cet engouement soudain pour la démocratie que l'on semble redécouvrir alors que ce principe n'était 9

pas réellement absent dans les fondements du pouvoir coutumier, même de type monarchique? Une fois de plus l'Afrique a montré ses limites et ses faiblesses, sa dépendance vis-à-vis de l'extérieur en se tournant encore vers l'Occident pour franchir le pas vers la démocratie. Mais quelle démocratie? Schématiquement, le gouvernement du peuple par le peuple, pour le peuple, dont les dirigeants élus ont l'humilité noble de reconnaître qu'ils ne sont que des serviteurs récompensés au mérite par le peuple lui-même, seul juge souverain? Ou alors, toutes sortes d'alchimie politique consistant en un savant saupoudrage de notions hétéroclites aptes à semer la confusion dans les esprits? Que celle-ci soit du mimétisme dans un premier temps, qu'elle soit gérée et peut-être renouvelée, elle peut devenir plus tard une réalité bien ancrée dans les mentalités africaines. Ce ne serait que chose normale et souhaitée. Cette chronique n'a pas la prétention d'apporter des révélations nouvelles ni sensationnelles, depuis l'époque des puissants royaumes côtiers d'Afrique à nos jours. Elle se veut un pense-bête, un éclairage des événements importants ou même insignifiants qui ont cependant marqué à un moment ou à un autre la vie des Congolais. Voilà la modeste ambition affichée par cette chronique qui, si elle allait d'abord droit au coeur du peuple congolais, atteindrait son objectif.
Ferdinand MILANDOU (professeur d'anglais)

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PREMIERE PARTIE

DU ROYAUME DU KONGO AU MOYEN-CONGO

L'origine du royaume du Kongo est pratiquement impossible à situer. On date sa fondation au XIIème siècle. Dans les années 1 200 avant Jésus-Christ, on note de grandes migrations bantou et l'essor de royaumes côtiers dans la région où va s'ériger celui du Kongo. Par contre, l'histoire devient vérifiable à partir du moment où Diégo Cao découvre l'embouchure du fleuve Congo, c'est-à-dire dès le XVème siècle. Les Portugais, à leur grand étonnement découvre en effet un Etat très bien structuré. "Depuis Loango jusqu'à Lounda, le mot Kongo signifie
"chasseUr"(l). *

Selon Ki-Zerbo dans "Histoire de l'Afrique noire", les Kongo sont de souche Amboundou. L'ancêtre fondateur serait Nimi a Loukeni qui venait de l'Est. "Mais plus probablement, c'était Moutinou qui à la tête de groupes conquérants descendit du Nord du Mayombe vers le Bas-Kongo (province du Nsoundi) qui servit de base pour une conquête rayonnante, surtout en direction du Sud. Une alliance intervint entre le nouveau chef et le pontife local Nsakou, grand guérisseur qui le débarrassa d'une maladie nerveuse en l'aspergeant d'une eau lustrale avec une queue de buffle. Cette alliance fut scellée par un mariage et la province du guérisseur, le Mbata, fut incorporée au royaume. Or la principale ville y avait nom Kongo. Le roi prit donc le titre de Mani-Kongo, ou seigneur du Kongo. Dans sa plus grande envergure aux XVe et XVIe siècles, le royaume s'étendait du Bas-Kongo au Nord, au fleuve Kwanza au Sud et de la rivière Kwango à l'Est à la côte atlantique.
* NB. Les chiffres entre parenthèses renvoient, dans la bibliographie, au titre des ouvrages ou des documents consultés. 11

Les six provinces traditionnelles étaient le Mbemba, le Mbata, le Mbamba, le Sonio, le Nsoundi et le Mpangou. Les deux provinces les plus importantes étaient les districts périphériques de Nsoundi au Nord et Mbamba au Sud... Sur ces six provinces, l'autorité royale était directe et effective, tandis que les provinces côtières situées au Nord du Zaïre, le Ngoyo, le Kakongo et le Loango, étaient plutôt des royaumes vassaux. Au loin à l'Est, le grand royaume Moukoko des Batéké (Anzique), produisait un tissu très prisé par les Portugais et vendait du fer, de l'ivoire et du cuivre contre les sels et les cauris des Kongolais"(2). Selon Woungly-Massaga: "Le pouvoir du Mani-Kongo, bien qu'il fut théoriquement absolu, se trouvait..., en fait, fortement tempéré par diverses dispositions et pratiques coutumières lui imposant soit une certaine collégialité avec les autres chefs, soit la consultation directe des Anciens et des populations à l'occasion de grands rassemblements. Au demeurant, l'essence même de la fonction du Mani-Kongo, son rôle fondamental, était de rendre justice. Non seulement la cour de justice de Mbanza-Kongo était réputée dans tout le royaume mais les premiers fonctionnaires du roi, et parfois les seuls désignés par lui en dehors du chef local dans les différentes provinces, étaient ce qu'on pourrait appeler des magistrats délégués. Cette conception du chef qui privilégie son rôle de magistrat suprême, chargé avant tout de rendre justice, et qui le désigne de ce fait comme une sorte d'intermédiaire entre les vivants et les morts, semble commune aux sociétés bantoues. Il est certain en tout cas que le système des dictateurs, le pouvoir qui repose exclusivement sur la force militaire et la terreur, le pouvoir qui ne procède pas de la nécessité première de faire régner la justice mais au contraire repose lui-même sur les injustices et les privilèges, ce type de pouvoir tyrannique est foncièrement étranger aux coutumes et moeurs des populations d'Afrique centrale voire des sociétés bantoues en général"(3).

12

Chronologie historique XIYès? Nimi Mbanza-Kongo. a Lukeni (alias Ntinu Wéné) fonde

1482 Nzinga Nkuwu règne sur le Kongo quand le Portugais Diégo Cao découvre l'embouchure du fleuve et y plante des piliers de pierre. 1485 "Nouveau voyage de Diégo Cao accompagné de missionnaires de son pays. Il s'arrête à Mpinda et envoie des émissaires auprès du Mani-Kongo. Ces derniers ne revenant pas dans les délais prévus, Diégo Cao invite des notables Kongolais sur son navire et les enlève comme otageS"(3).Le roi du Kongo garde également, en représailles, ses hôtes Portugais. 1486 Le navigateur portugais revient avec ses otages "baptisés" et habillés comme des notables de Lisbonne. Entrevue de Diégo Cao avec le roi Nzinga Nkuwu. Une ambassade kongolaise, dûment mandatée cette fois, raccompagne les explorateurs. A Lisbonne, l'ambassade est conviée à un banquet officiel "comme ceux offerts aux ambassadeurs d'autres nations"(2). Nsouka, le chef de la délégation devient bientôt Joao Da Silva, avec comme parrain de baptême le roi du Portugal lui-même. 1491 Baptême du roi Nzinga Nkuwu et premières mISSIons catholiques. 1501
Début de la traite négrière.

1506 Mort de Nzinga Nkuwu et guerre de succession entre Nzinga Mbemba, héritier légitime du trône, chef de la province Nsoundi et Mpanza a Nzinga, chef de la province de Mpangou, qui est défait et exécuté. Nzinga Mbemba devient Affonso 1er du Kongo. Mbanza-Kongo est débaptisé et devient San Salvador. 1510 La traite s'accélère, "de véritables razzias sont organisées à travers le Kongo. Parallèlement, les missionnaires, intermédiaires actifs dans la traite esclavagiste, intensifient "l'évangélisation" au rythme de 2 000 baptêmes par jour''(3). 13

1518 Dom Henrique, fils d'Affonso 1er, est le premier évêque Kongolais. Il revient au pays en 1521 mais de santé fragile et jalousé par le clergé européen vivant au Kongo, il meurt en 1530. 1520 "La traite esclavagiste se développe et atteint un degré tel que des membres du lignage royal y passent comme tous les autres Kongolais"(3). Message d'Affonso à Jean III, roi du Portugal: "Il y a de nombreux trafiquants dans tous les coins du pays. Ils apportent la ruine. Il ne se passe pas de jours que des gens ne soient enlevés pour être mis en esclavage. Ni les nobles, ni les membres de la famille royale ne sont épargnés. Pour éviter tout cela, nous ne voulons recevoir de votre royaume, que des prêtres, des enseignants pour les écoles, et comme marchandise rien que du vin et de la farine pour le Saint Sacrement. C'est notre volonté qu'i I n y ait ni traite ni exportation d'esclaves" (4). La prise de position du roi du Kongo provoque un tollé général et des inquiétudes dans les milieux négriers qui considèrent la traite des esclaves comme une nécessité économique. On calomnie alors le roi et l'on invente toutes sortes d'abominations sur son compte. Décidé à mettre fm à ce trafic inhumain, le roi Affonso explique son attitude à Jean III du Portugal lorsqu'il écrit: "Nous demandons en grâce à son Altesse de ne pas croire au mal que disent de nous ceux qui n'ont d'autre souci que leur commerce, de vendre ce qu'ils ont acquis injustement, qui ruinent par leur traite notre royaume et la chrétienté qui sy trouve établie depuis tant d'années et qui coûta tant de sacrifices à vos prédécesseurs. Le grand bien de la foi, les rois et princes travaillent à le procurer à de nouveaux peuples. Nous sommes tenus à le conserver à ceux qui l'ont acquis. Mais cela se peut difficilement ici où les marchandises européennes exercent une fascination telle sur les simples et les ignorants qu'ils laissent Dieu pour les accaparer. Le remède est la suppression de ces marchandises, qui sont un piège du démon pour les vendeurs et les acheteurs. L'appât du gain et la cupidité amènent les gens du pays à voler leurs compatriotes parmi lesquels les membres de leur propre parenté et de la nôtre, sans considération qu'ils soient chrétiens ou non. Ils les capturent, les vendent, les troquent. Cet abus est si grand que nous ne pouvons y remédier sans frapper fort et très fort. Et l'innocent souffrira avec le coupable "(4). 14 1526

Selon les versions, le roi du Portugal ne daigne pas répondre ou répond par de bonnes paroles. Quoi qu'il en soit, cela ne change pas le comportement des Portugais. Affonso promulgue alors un édit qui interdit la sortie des chrétiens du royaume. Dans la même année de 1526, le royaume Ngola, sur l'instigation des Portugais, se libère du tribut versé au Mani-Kongo.

1539 Le jour de Pâques, Affonso échappe à un attentat perpétré en pleine église par une demi-douzaine de Blancs. Une personne est tuée et deux autres blessées. Le roi ne renonce pas pour autant à sa foi. "On a voulu me tuer devant le vrai Sauveur du Monde. Grâce lui soit rendue". Mais les relations entre le royaume du Kongo et celui du Portugal se dégradent un peu plus. 1543 Mort d' Affonso. Pedro 1er lui succéde mais il est renversé par ses neveux Dom Francisco et Dom Diégo en 1545. 1545 Règne de Diégo 1er qui renoue avec les Portugais. Il fait venir des missionnaires jésuites en 1548 mais dès 1549, il a avec eux des rapports orageux. 1547 "L'évêque auxiliaire de Sao Tomé venu en visite au Kongo pour y préparer l'installation d'un couvenfsans accord préalable des autorités du Kongo est expulsé manu militari sur ordre du Mani-Kongo"(3). 1556 Conflit entre le vassal nominal de Ngola qui est poussé à la révolte par les Européens. Des mercenaires portugais combattent d'ailleurs dans les deux camps. 1561 5 novembre, mort de Diégo 1er. Les Portugais veulent imposer son fils comme roi mais celui-ci est bientôt remplacé par son propre fils Bernardo 1er qui règne de 1561 à 1565.
1568 Alvaro 1er monte sur le trône du Kongo.

1569 Les Yaka et les Batéké, jaloux des riches marchandises que les Portugais amènent au Kongo, envahissent le royaume et contraignent le roi à abandonner San Salvador et à se réfugier sur une bande de terre du fleuve Congo surnommée "l'île des chevaux". "Alvaro 1er lance alors un appel à Sébastien du Portugal, 15

lequel envoie six cents soldats qui en un an et demi, arrivent à récupérer le royaume. Alvaro 1er, en conséquence, fait acte de vasselage au roi du Portugal et lui promet en tribu un cinquième des revenus du pays"(2). 1587 Mort d'Alvaro 1er. Le roi Alvaro II qui prend la place ose s'élever contre la traite des esclaves dans son royaume. Il est délaissé par les Portugais et boudé par le Saint-Siège. Les Hollandais en profitent pour établir des factoreries dans le Bas-Congo et à Pinda où les Portugais auraient voulu construire une forteresse pour leur en interdire l'accès. 1591 Publication à Rome du livre: "Description du Royaume de Congo et des contrées environnantes" de F. Pigafetta et D. Lopez. 1608 6 janvier, mort à Rome du marquis Antoine Emmanuel de Vounda. Nommé ambassadeur extraordinaire du Kongo auprès du Pape par Alvaro II, le marquis de Vounda, lors du voyage qu'il effectue en Europe, est pris pour un esclave sur le bateau hollandais qui le transporte. Roué de coups et dépouillé de ses biens et de tous les présents destinés au Pape et au roi du Portugal, le marquis meurt trois jours après son arrivée à Rome. "Un mausolée en marbre qui perpétue sa mémoire a été érigé à Rome, en l'Eglise Sainte Marie-Majeure" depuis 1629 et "les voyageurs de passage à Rome peuvent encore l'honorer de leurs visites"(4). 1614 9 août, mort d'Alvaro II. Dom Bernardo II, son demi-frère lui succède jusqu'en 1615. 1615 Accession au trône d'Alvaro III. Fils d'Alvaro II, il a tué son oncle Dom Bernardo II pour s'emparer du pouvoir. Alvaro III réussit à expulser momentanément les Hollandais de l'embouchure du fleuve Congo. 1622 4 mai, mort d'Alvaro III. Une éphémère domination hollandaise s'ensuit et va durer jusqu'en 1648. En juin, Pedro II Affonso devient roi du Kongo. Vainqueur du Kwango, il lutte contre les Portugais. Il meurt en 1624. 1624/26
Règne de Garcia 1er Affonso.

16

1626/31 1631 ans.

Règne d'Ambrioso 1er. Alvaro IV, fils d'Alvaro III, accède au trône à l'âge de treize

1632 Francisco Kasola, premier prophète Kongolais. Préparé à la hâte et baptisé dans la religion catholique, Kasola se révolte contre les contradictions de celle-ci. Il se proclame prophète, va de village en village et connaît un grand succès auprès des siens qui le considèrent déjà comme un libérateur. Kasola prêche dans de violentes diatribes non seulement le boycott des églises mais également l'expulsion de tous les missionnaires du Kongo. Recherché par le père Tavares (qui l'a formé) et l'inquisiteur et jésuite Jéronimo Vogado, Kasola disparaît à l'intérieur du pays et l'on entendra plus jamais parler de lui. 1636 Mort d'Alvaro IV, remplacé par Alvaro V qui ne règne que durant six mois avant d'être tué dans une expédition contre le gouverneur de la province de Mbamba, Alvaro Affonso. Ce dernier, en s'emparant du pouvoir, met fin, de ce fait, au règne du clan royal des "Bis si Mpanzu" qui gouvernait le royaume depuis Affonso 1er. Alvaro Affonso est, en effet, un descendant du clan de "Bis si Nlanza" d'où descendraient les actuels Vilis. 1636/41 Règne d'Alvaro Affonso - Alvaro VI au Pape Urbain VIII de nouveaux missionnaires.

- qui demande

1641 Garcia II Affonso Kinibakou, frère d'Alvaro VI, monte sur le trône. Prise de Louanda par les Portugais. 1645 Arrivée au Kongo des missionnaires envoyés par le Pape Urbain VIII dès 1640. 1648 Les Portugais parviennent à vaincre les Hollandais et à les chasser du Kongo. Garcia II est contraint de faire amende honorable. Il promet de renoncer à tout commerce avec les Hollandais et avec les Espagnols sans l'accord préalable des Portugais. Il abandonne à ces derniers "l'île aux n'zimbou". "L'île aux n'zimbou, dont le roi du Congo avait le monopole, se composait de sept ou huit villages. Sous l'autorité de 17

Mani-Luanda, nommé par le roi, les habitants de ces villages se livraient à l'extraction des n'zimbou. D'autre part, pour apprécier à sa juste valeur cette monnaie de l'ancien royaume du Congo, voici un jugement moderne sur le n'zimbou : "Le coquillage est un instrument d'échange presque idéal car il est facile à transporter et à compter, il ne se corrompt pas, ne s'use guère, ne peut être diminué de poids ou de valeur par la main du seigneur et il serait difficile de le contrefaire: il a presque toutes les qualités d'une véritable monnaie". (Banque du Congo Belge, 1909/l959, Bruxelles, s.d., 1958, p. 23)(4). 1649 Dans le traité de paix signé avec le gouverneur de Louanda, d'autres conditions draconiennes sont également dictées au souverain dont l'une stipule: "Le roi de Kongo donnera à la couronne du Portugal, les montagnes dans lesquelles on dit qu'il se trouve des mines d'argent". Par ce traité, Garcia II renonce ainsi aux territoires méridionaux du Kongo. 1661 Mort de Garcia II. "Dès son accession au pouvoir, Antonio 1er interdit aux Portugais la prospection des mines que Garcia II leur avait abandonnées lors du "diktat" de 1649. Ses relations avec le Portugal connaissent alors des moments difficiles. Soutenu par ses partisans, Antonio oppose une résistance farouche aux étrangers dont il veut éliminer la puissance dans le royaume"(4). 25 au 29 octobre: bataille d'Ambouila La défaite des Kongolais est totale. Antonio 1er est tué et sa tête ramenée à Louanda par les Portugais. Le premier capucin kongolais, Francisco de San Salvador, aumônier de l'armée royale, trouve également la mort. Cette défaite détériore complètement les relations entre le Kongo et le Portugal et les deux royaumes n'auront plus, désormais, que des rapports de force. Elle sonne aussi le glas du royaume africain. Pendant près de quarante ans les maisons princières vont s'entre-déchirer pour s'assurer le contrôle du pouvoir. Les deux clans principaux, les Bissi Nlanza et les Bissi Mpanzu, descendant tous deux en ligne directe du roi Dom Affonso 1er, se disputent particulièrement la direction du royaume. 1666 Accession au trône d'Alvaro VII, un Nlanza. Il est tué en juin de la même année par le Comte de Soyo, complice des 18 1665

Portugais, des Anglais et des Hollandais qui oeuvrent derrière lui. Le Comte installe à San Salvador Alvaro VIII, un Mpanzu, qui règne jusqu'en 1669. 1667(ou 1668) Profitant du désordre général, Pedro III Nzimba Tumba, un Mpanzu, se fait proclamer roi de Lemba (ou Bula Kongo). Cette lignée de rois de Bula règne jusqu'en 1683. Dans la même année de 1667, sur les bords de la rivière Ambriz, Affonso II Affonso, un Nlanza, commence une autre lignée de rois qui va durer jusqu'en 1693. 1669 Mort d'Alvaro VIII. Raphaël 1er se fait reconnaître à San Salvador mais il en est chassé par Estevâo Da Silva, prince de Soyo, qui met sur le trône Alvaro IX à la fin de l'année. Raphaël s'enfuit à Louanda et intéresse les Portugais aux querelles dynastiques du Kongo. Une armée portugaise, avec des alliés kongolais "entreprend une expédition désastreuse contre le Soyo. Les assaillants, d'abord vainqueurs de Estevâo Da Silva, furent taillés en pièces et mis hors combat par son successeur Pedro Da Silva". Par contre, Raphaël réussit à reprendre le pouvoir à San Salvador jusqu'en 1674. 1671 Défaite du royaume de Ngola qui est annexé à celui du Ndongo par les Portugais sous le nom de "Royaume portugais d'Angola". 1674 Mort de Raphaël 1er, tué par Pedro III, roi de Bula. Daniel 1er Guzman lui succéde mais il est lui aussi attaqué par Pedro III qui le fait massacrer en 1678. 1678 San Salvador, livrée aux flammes, est complètement dévastée et vidée de ses habitants, même des missionnaires et des Portugais, les vrais responsables de la guerre civile. Les insignes royaux traditionnels sont emportés à Bula mais Pedro III ne réussit pas pour autant à se faire reconnaître par tout le Kongo. 1683 Mort de Pedro III. Son ftère Joâo II le remplace et règne jusqu'en 1718. 1693 Le Kongo tombe complètement sous la dépendance des Portugais. 19

1696 Les Portugais, renvoyant dos à dos les deux inflexibles maisons princières prétendantes au trône, opposent une troisième candidature en la personne de Pedro IV Agua Rosada dit Le Pacifique, un Nlanza par son père et un Mpanzu par sa mère. Pedro se fait reconnaître par quelques électeurs et est couronné à San Salvador. II reçoit même la bénédiction d'un prêtre, mais après le couronnement, craignant une attaque de Joâo II, il se retire sur le Mont Kibangou. 1702-1706 Kimpa Vita Aristocrate, née vers 1684, Kimpa Vita, d'abord prêtresse du culte de Marinda selon les missionnaires capucins, est baptisée sous le nom chrétien de Dona Béatrice. Elle déclare peu après qu'elle a été visitée par Saint-Antoine. Elle fonde la secte des Antoniens et proclame partout qu'elle plaide la cause des Noirs auprès de Dieu et surtout qu'elle a pour mission de restaurer le royaume. Son mouvement connaît un immense succès auprès des populations kongolaises, au grand dam des missionnaires européens. Kimpa Vita contacte le roi Pedro IV qu'elle veut ramener à San Salvador. Ce dernier, après l'avoir soutenue un instant, écoute finalement les capucins qui parviennent à le convaincre que Dona Béatrice complote plutôt contre son pouvoir. Et cela, plus facilement encore, quand celle qui se proclame vierge et sainte accouche d'un garçon. La prophétesse et des membres de son mouvement sont arrêtés sur ordre du roi. 1706 2 juillet, Kimpa Vita, symbole de la résistance du royaume à l'envahisseur, est brûlée vive à San Salvador, non loin de l'église Santa Maria; avec son bébé et son compagnon Barro appelé aussi Saint-Jean. La mort de l'héroïne est une nouvelle occasion de désordres et de disputes. "Le royaume est de nouveau divisé en deux camps à la tête desquels se trouvent Pedro IV et Kibenga Pedro Constantino soutenu par les Antoniens restants. Kibenga est l'oncle par alliance de Pedro IV qui l'a élevé, quelques années plus tôt, au grade de capitaine général du Kongo et au troisième rang de prince du royaume dans l'ordre de succession". 1709 Les armées du roi et de Kibenga s'affrontent à San Salvador. Le 15 février 1709, le roi remporte une victoire décisive sur les Antoniens qu'il fait massacrer sans pitié. Kibenga, qui a été trahi, ne fuit pas. Pedro IV ordonne qu'on lui tranche les bras et la 20

tête. Ces parties du corps de Kibenga sont ensuite promenées à travers tout le royaume pour bien faire preuve de sa mort. Le même mois, reconnu enfin par les princes sauf par Joâo II de Bula, Pedro IV retrouve son trône à San Salvador et se fait proclamer le "restaurateur et le défenseur de la Sainte Foi". 1718 Mort de Pedro IV. Pour éviter d'autres désordres, il est décidé que désormais, le Mani-Kongo sera élu alternativement dans les deux clans de Nlanza et de Mpanzu. Mais le royaume n'est plus que l'ombre de lui-même. Les vassaux ne sont plus soumis. En Angola, Louanda devient "le plus grand port négrier de l'Afrique noire, expédiant plus de trente mille esclaves chaque année surtout vers le Brésil". L'histoire du royaume du Kongo au XVIIIe et XIXe siècle n'est plus que celle de la décomposition d'un des Etats les plus prestigieux de l'Afrique centrale. Paradoxalement, la fin de la traite des esclaves va lui porter le coup de grâce. Aux environs de 1856, le roi Henrique II demande, une fois de plus, - une fois de trop - la protection du roi du Portugal. En 1860, San Salvador est occupée et vers 1891, le royaume du Kongo disparaît totalement.

ANNEXE1
LES ORIGINES DE MAKOKO ET DE SON ROYAUME

"M'Zinga-M'Kuwu meurt en 1506. Son fils, M'Zinga Mbemba, rompt son exil de M'Sundi et rentre à Mbanza-Kongo pour reprendre la succession de son père. Grand Roi, il travaille au maintien de l'unité du royaume et le pays d'Anzica apparaît dans ses titres de 1535..." Makoko (mieux, Mukoko) serait un descendant des rois de Mbanza-Kongo. Cette filiation peut paraître étrange. Qu'on se rappelle l'ancien Royaume de Kongo qui était composé de six provinces (mises à part celles de Loango et Kakongo, semi-autonomes) comprenait la province de M'Sundi. Elle se situait au Nord et Nord-Est du Royaume. La majeure partie de la région méridionale de l'actuelle République populaire du Congo faisait partie de la région de M'Sundi. La frontière septentrionale du Royaume de Kongo était marquée par une ligne joignant le Nord de 21

Loango à la bouche du Kwango, en passant par le Nord de Mpumbu (actuelle région du Stanley-Pool)... A la fin du XVe siècle, une révolte des tribus Batéké à la frontière Nord-Est du Royaume de Kongo provoque une guerre. Le Roi de Kongo (M'zinga-M'Kuwu) qui triomphe soumet les "Anzicos... " "Dès avant 1583, l'Anzica est désignée comme étant le Royaume de Mucoco"(démembrement Nord du Royaume de Kongo) . Ledit "royaume du Mucoco" durera jusqu'en 1880, lorsque Makoko se sera placé sous la protection de la France par le fameux traité de Mbé. L'hégémonie des Makoko "doit avoir eu pour origine les droits de péage prélevés sur les caravanes des Bacongo qui portaient fort loin à l'intérieur des marchandises de troc, le sel surtout, à la recherche de l'ivoire, du copal et des esclaves" , p.1O (Makoko, vu par De Chavanes). Quatre Etats vassaux composaient le Royaume de Makoko : Etat de Mbé, de Minkolé à Inoni et au-delà; Etat de Mfoa (ou Mpoumou), de Minkolé à Loufoulakadi; Etat de Nko, de Mayama à Mouyondzi et Sibiti ; Etat de Mbouma, de Léfini à Djambala.(p.34) Les différentes provinces, telle celle de M'Sundi, durent s"affranchir de la tutelle de Mbanza-Kongo, profitant des circonstances du temps. Rien donc d'étonnant qu'environ deux siècles plus tard, Brazza, débarquant au Congo, y soit accueilli, non par un souverain de M'Sundi, vassal de Ntotila, mais par un Mukoko, roi des Batéké qui s'était fait beaucoup de renommée, et dont l'autorité s'étendait jusque dans l'ancienne province de M'Sundi. A la suite de quels événements? La tradition n'en dit pas un mot. Mais De Chavanes répond: "un monopole commercial lui(Makoko)valut, par la suite tout son éclat... " A l'arrivée de De Brazza, ce "Royaume s'étendait au Nord et à l'Est jusqu'à la rive droite de l'Ogooué à Franceville, dominant tout le plateau Batéké, y compris le bassin entier de l' Alima, au Sud depuis le confluent de l'Alima jusqu'aux cataractes du Congo en suivant la rive droite et même en empruntant parfois les deux rives. A l'Ouest, le bassin du Djoué en faisait partie". Makoko aurait dit à Savorgnan de Brazza:

22

''N'Couna m'appartient; je te donne d'avance la partie que tu désigneras; Ngaliema donnera ma parole aux chefs qui tiennent en mon nom et qui dépendront désormais de toi". Brazza prit la route de Mfoa. Il y chercha la meilleure place pour installer son poste. Il convoita le village du chef Nghia (17 cases entourées, selon De Chavanes, de "maigres plantations de maniocs et de bananiers"). Contre le gré du chef Nghia, Brazza acheta son village pour 920 barrettes, c'est-à-dire environ 150 francs or de l'époque, soit moins de 1 000 francs de nos jours. (Brazzaville - Les Archives municipales Mairie de Brazzaville)(5).

-

ANNEXE 2
L'ESCLAVAGE VU DE L'EUROPE

A propos de l'esclavage qui a joué un rôle très important dans l'histoire du royaume du Kongo, il faut ajouter que l'Afrique centrale, à l'image du continent entier, en a payé un lourd tribut. Même si les chiffres diffèrent, ce sont des millions et des millions d'Africains de cette zone qui ont été déportés à jamais vers les Amériques et les Iles antillaises. Côté européen, l'esclavage est commandé par la "nécessité économique" si l'on se réfère à cet extrait de l'ordonnance des 31 mars et 5 avril 1762 qui, en France, justifiait la mise en place du commerce triangulaire: "La chaleur de ces climats(des colonies), la température du nôtre, ne permettait pas aux Français un travail aussi pénible que le défrichement des terres incultes de ces pays brûlants; il fallait y suppléer par des hommes accoutumés à l'ardeur du soleil et à la fatigue la plus extraordinaire. De là l'importation des nègres de l'Afrique dans nos colonies. De là la nécessité de l'esclavage pour soumettre une multitude d'hommes robustes à une petite quantité de Français transplantés dans ces îles. Et on ne peut disconvenir que l'esclavage, dans ce cas, n'ait été dicté par la prudence et par la politique la plus sage.(...) Des lois dictées par la bonté de nos rois ont pourvu à leur sûreté, à leur éducation, à leur entretien. Uniquement destinés à la culture de nos colonies, la nécessité les y a introduits, cette même nécessité les y conserve". 23

Ces fameuses lois sont contenues dans Le Code Noir de 1685 qui régissait donc les conditions de vie des esclaves dans leur "nouveau pays". Selon L. Sala-Malins: "Le Code Noir raconte une très longue histoire qui commence à Versailles, à la cour du Roi Soleil, en mars 1685 et se termine à Paris en avril 1848 sous Arago, au début de l'éphémère lIe République"(6). Voici quelques articles de ce "passeport de bonne conduite". LE CODE NOIR Article 12 - Les enfants qui naîtront de mariages entre esclaves seront esclaves et appartiendront aux maîtres des femmes esclaves, et non à ceux de leur mari, si le mari et la femme ont des maîtres différents. Article 13 - Voulons que si le mari esclave a épousé une femme libre, les enfants tant mâles que filles suivent les conditions de leur mère et soient libres comme elle nonosbtant la servitude de leur père; et que si le père est libre et la mère esclave, les enfants soient esclaves pareillement.
Article 14

- Les

maîtres seront tenus de faire mettre en terre sainte

dans les cimetières destinés à cet effet leurs esclaves baptisés; et à l'égard de ceux qui mourront sans avoir reçu le baptême, ils seront enterrés la nuit dans quelque champ voisin du lieu où ils seront décédés. Article 15 - Défendons aux esclaves de porter aucune arme offensive, ni de gros bâtons, à peine de fouet et de confiscation des armes au profit de celui qui les trouvera saisis; à l'exception seulement de ceux qui seront envoyés à la chasse par leurs maîtres, et qui seront porteurs de leurs billets ou marques connues. Article 16 - Défendons pareillement aux esclaves appartenant à différents maîtres de s'attrouper le jour ou la nuit, sous prétexte de noces ou autrement, soit chez l'un de leurs maîtres ou ailleurs, et encore moins dans les grands chemins ou lieux écartés à peine de punition corporelle, qui ne pourra être moindre que du fouet et de la fleur de lis; et en cas de fréquentes récidives et autres circonstances aggravantes, pourront être punis de mort, ce que nous laissons à l'arbitrage des juges. Enjoignons à tous nos sujets de courir sus aux contrevenants, et de les arrêter et de les conduire en prison, bien qu'ils ne soient officiers et qu'il n' y ait contre eux aucun décret.

24

Article 33 - L'esclave qui aura frappé son maître, sa maîtresse ou le mari de sa maîtresse ou leurs enfants avec contusion ou effusion de sang, ou au visage, sera puni de mort.

Article 35 - Les vols qualifiés, même ceux des chevaux, cavales,
mulets, boeufs et vaches qui auront été faits par les esclaves, ou par les affranchis, seront punis de peines afflictives, même de mort si le cas le requiert. Article 38 - L'esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois à compter du jour que son maître l'aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées et sera marqué d'une fleur de lis sur une épaule; et s'il récidive une autre fois à compter pareillement du jour de la dénonciation, aura le jarret coupé et il sera marqué d'une fleur de lis sur l'autre épaule; et la troisième fois il sera puni de mort. Article 44 - Déclarons les esclaves être meubles, et comme tels entrer dans la communauté, n'avoir point de suite par hypothèque, se partager également entre les cohéritiers sans précjput ni droit d'aînesse, ni être sujets au douaire coutumier, au retrait féodal et lignager, aux droits féodaux et seigneuriaux, aux formalités des décrets, ni aux retranchements des quatre quints, en cas de disposition à cause de mort ou testamentaire. Article 47 - Ne pourront être saisis et vendus séparément le mari de la femme et leurs enfants impubères, s'ils sont tous sous la puissance du même maître; déclarons nulles les saisies et ventes séparées qui en seront faites, ce que nous voulons avoir lieu dans les aliénations volontaires, sur peine contre ceux qui feraient les aliénations d'être privés de celui ou de ceux qu'ils auront gardés, qui seront adjugés aux acquéreurs, sans qu'ils soient tenus de faire aucun supplément de prix. Article 55 - Les maîtres âgés de 20 ans pourront affranchir leurs esclaves par tous actes entre vifs ou à cause de mort, sans qu'ils soient tenus de rendre raison de leur affranchissement, ni qu'ils aient besoin d'avis de parents, encore qu'ils soient mineurs de 25 ans. (Même article mais articulé autrement dans le Code B)
Code Noir B

- Article

50

Les maîtres âgés de vingt-cinq ans pourront affranchir leurs esclaves par tous actes entre vifs ou à cause de mort. Et cependant, comme il se peut trouver des maîtres assez mercenaires pour mettre la liberté de leurs esclaves à prix, ce qui porte les dits esclaves au vol ou au brigandage, défendons à toutes personnes, de quelque qualité et condition qu'elles soient, d'affranchir leurs esclaves sans 25

en avoir obtenu la permission par arrêt de notre dit Conseil supérieur. Laquelle permission sera accordée sans frais, lorsque les motifs qui auront été exposés par les maîtres paraîtront légitimes. Voulons que les affranchissements qui seront faits à l'avenir sans ces permissions soient nuls, et que les affranchis n'en puissent jouir, ni être reconnus comme tels. Ordonnons au contraire qu'ils soient tenus et réputés esclaves; que les maîtres en soient privés, et qu'ils soient confisqués au profit de la Compagnie des Indes. Article 56 - Les esclaves qui auront été faits légataires universels par leurs maîtres, ou nommés exécuteurs de leurs testaments, ou tuteurs de leurs enfants, seront tenus et réputés, les tenons et reputons pour affranchis. Article 57 - Déclarons leurs affranchissements faits darls nos îles leur tenir lieu de naissance dans nos îles, et les esclaves affranchis n'avoir besoin de nos lettres de naturalité pour jouir des avantages de nos sujets naturels dans notre royaume, terres et pays de notre obéissance, encore qu'ils soient nés dans les pays étrangers. Article 58 - Commandons aux affranchis de porter un respect singulier à leurs anciens maîtres, à leurs veuves et à leurs enfants; en sorte que l'injure qu'ils leurs auront faite soit punie plus grièvement, que si elle était faite à une autre personne. Les déclarons toutefois francs et quittes envers eux de toutes autres charges, services et droits utiles que leurs anciens maîtres voudraient prétendre, tant sur les personnes que sur leurs biens et sucessions en qualité de patrons. Article 59 - Octroyons aux affranchis les mêmes droits, privilèges et immunités dont jouissent les personnes nées libres; voulons que le mérite d'une liberté acquise produise en eux, tant pour leurs personnes que pour leurs biens, les mêmes effets que le bonheur de la liberté naturelle cause à nos autres sujets.
Signé: Louis (6).

26

ANNEXE3
BREF RAPPEL HISTORIQUE MONDIAL 1454 Accord "officiel" pour la pratique de l'esclavage donné par le pape Nicolas V au roi du Portugal dans le sens Afrique-Portugal. 1620 Premiers arrivages d'esclaves africains dans les colonies continentales anglaises. 1637
La Hollande s'organise pour importer des Noirs.

1701 La France obtient l'Asiento(exclusivité de la fourniture d'esclaves noirs pour les colonies espagnoles). A partir de cette date et jusqu'en 1713, la Compagnie française de la Guinée livre des esclaves au Vénézuela en échange du cacao. 1730-1780 Intensité maxima de l'importation africains dans tout le continent américain. 1779 d'esclaves

L'Assemblée de New-York abolit l'esclavage. Antilles françaises: rechute des affranchis dans l'esclavage en cas de manquement de respect envers n'importe quel Blanc. 1789 1791
Révolution française.

France: 15 mai: Statut sur les droits des gens de couleur. 23 juin: La Constituante assimile les colonies à la métropole. Août: révolte des esclaves noirs de Saint-Domingue. 1793 29 août: Toussaint-Louverture impose à Sonthonax l'abolition de l'esclavage à Saint-Domingue.

1794
1800

4 janvier - En France, La Conventiondécrète l'abolitionde

l'esclavage dans toutes les colonies. Le décret n'est pas appliqué. Toussaint-Louverture est président d'Haïti. 27

1803 Mort de Toussaint-Louverture. En novembre de la même année, Haïti proclame son indépendance. 1807 1818
Fin officielle de la traite des Noirs aux Etats-Unis. Rappel de l'interdiction de séjour des Noirs en France.

1820 Retour des Noirs américains en Afrique: Libéria. 1834 1847

naissance du

Abolition de l'esclavage dans les colonies anglaises. Le Danemark abolit l'esclavage.

1848 4 mars et 27 avril: Le décret Schoelcher abolit l'esclavage dans les colonies françaises. 1852-1861 La traite française continue au "bénéfice" des Antilles et de la Réunion: 50.000 Noirs environ. 1884
Conférence de Berlin.

1885 Les grandes puissances de l'Europe se partagent l'Afrique lors de la fin des travaux de la conférence de Berlin. Elles se donnent à elles-mêmes un double mandat: "apporter aux Africains les bienfaits de la civilisation matérielle et morale, et aussi exploiter les richesses de l'Afrique"(l). 1914-1918 1939-1945 Première guerre mondiale Seconde guerre mondiale

1954 13 mars - 17 mai, bataille du Diên Biên Phu, en Indochine. Les forces françaises sont défaites par le Viet-Minh dans le Haut Tonkin. L'événement est lourd de conséquences car c'est la défaite d'une grande puissance colonisatrice par un peuple colonisé. 1955 Avril, la conférence de Bandoueng tenue en Indonésie exprime le voeu d'une prochaine libération des peuples colonisés d'Afrique et hâte le mouvement vers l'indépendance. 28

DEUXIEME PARTIE

LE CONGO PENDANT LA PERIODE COLONIALE

Pendant que le royaume du Kongo se délite, l'Europe passe de la grande période des explorations (XVes), des sinistres heures de l'esclavage - en gros deux siècles qui saignent à blanc l'Afrique - à la révolution industrielle. Celle-ci explique en partie l'abandon du commerce triangulaire car l'Europe n'y trouve plus son intérêt. Par contre, la révolution industrielle va petit à petit susciter sinon imposer l'expansion coloniale qui sera suivie de l'époque de la conquête et de l'implantation des grandes puissances maritimes européennes en Afrique(Angleterre, Espagne, France, Hollande, Portugal). 1875 10 août, trois explorateurs français s'embarquent à Bordeaux à destination de l'Afrique équatoriale: Pierre Savorgnan de Brazza, Marche et Noël Ballay. 20 octobre, la mission atteint Libreville. 13 novembre, S. de Brazza et ses compagnons arrivent à Lambaréné, dernier comptoir européen sur l'Ogooué. Au-delà commence l'inconnu pour les Européens. 1875/78 Premier voyage de S. de Brazza qui va tenter de pénétrer au Congo par l'itinéraire Ogooué-Alima. "Mais les Apfourous le forcent à rebrousser chemin et à battre en retraite". 1878/80 Deuxième voyage de S. de Brazza qui change d'itinéraire cette fois, et parvient à Mbé, via Ogooué-Léfmi. 10 septembre, signature du traité de Mbé. 3 octobre, le chef Ngaliema, agissant au nom du roi batéké Makoko et de S. de Brazza, signe un traité qui place le royaume de Makoko sous la protection de la France. "Au nom de la France en vertu des droits qui m'ont été conférés, le 10 septembre 1880, par le roi Makoko, le 3 octobre j'ai pris possession du territoire situé entre la rivière Djoué et Impila. En 29 1880

signe de cette prise de possession, j'ai planté le pavillon français à Okila, en présence de Ntaba, Scianho-Ngacko, Juma, Voula, chefs vassaux de Makoko, et de Ngaliema, le représentant officiel de son autorité en cette circonstance. J'ai remis à chacun des chefs qui occupent cette partie du territoire, un pavillon français afin qu'ils l'arborent sur leurs villages en signe de ma prise de possession au nom de la France. Ces chefs officiellement informés par Ngaliéma de la décision de Makoko s'inclinent devant son autorité et acceptent le pavillon et par le signe fait ci-dessous donnent acte de leur adhésion à la cession du territoire faite par Makoko. Le sergent Malamine, avec deux matelots, reste à la garde du pavillon et est nommé provisoirement chef de la station de Ncouna. Par l'envoi à Makoko de ce document fait en triple et revêtu de ma signature et du signe des chefs, ses vassaux, je donne à Makoko acte de ma prise de possession de cette partie de son territoire pour l'établissement d'une Station Française. Fait à Ncouna, dans les Etats de Makoko, le 3 octobre 1880".
L'Enseigne de Vaisseau Signé: P. Savorgnan de Brazza

1881 1er juillet, la Société de Géographie et le comité français de l'Association Internationale Africaine donnent le nom de Brazzaville . à la station de Ncouna. 1882 Un renfort de troupes françaises est acheminé au Congo pour asseoir l'implantation coloniale. 21 novembre, "Ratification, sous Clémenceau, du traité de Mbé par le Parlement français" (444 voix contre 3). 1883 12 mars, ''Norbert Cordier, Commandant la cannonière Le Sagittaire, conclut un traité avec Sa Majesté le roi de Loango, Manima Cossochiusso et ses successeurs ainsi qu'avec les chefs du pays. Le pays est placé sous la suzeraineté et le protectorat de la France"(5). "Le rapport cynique du commandant Cordier annonçant triomphalement à son Ministre la signature de traités de protectorat avec le roi de Loango et le prince du Kouilou sous la menace de l'intervention de son bâtiment de guerre est révélateur: "Le roi me dit qu'il savait que je voulais prendre terre...". Cordier s'en défend et proteste de sa bonne foi. Et quelques lignes plus loin: "... dans le 30

cas où je ne pourrais conclure avec lui, j'étais décidé à m'emparer quand même du pays"(8). 29 avril, fondation de Brazzaville 11 juin, "... au lieu de Brazzaville, territoire français de Mfoa... Charles de Chavannes soumet le pays de Manianga dirigé par le ChefM'Foumou N'Zabi"*. 10 août, remise officielle à Makoko du traité de Mbé 17 octobre, "à Essoukou, traité conclu entre Albert Dolisie et les Chefs de l'Alima : Ibaka, Moulouka, Ibatad-Silid-Mokemo, Mangi, Moboula, Mokele"(5). Le Congo devient une colonie française. Au Sénégal, mort du sergent Malamine, dans la misère. Celui que les Congolais avaient surnommé "Mayélé" (le débrouillard) alors qu'il gardait le pavillon français à Ncouna. Brazza revient comme commissaire général jusqu'au 2 janvier 1888 date à laquelle il sera mis en indisponibilité pour "incapacité administrative" 1891 30 avril, par décret, l'ensemble des territoires français d'Afrique centrale prend le nom de "Congo français". 1899 De vastes concessions du territoire sont attribuées pour 30 ans aux grandes compagnies européennes. L'Afrique équatoriale fournit surtout le caoutchouc de cueillette, le bois, l'arachide et le coton. Comme dans les autres colonies, les populations sont férocement exploitées et soumises à toutes sortes de vexations économiques. Le Congo n'échappe évidemment pas à la règle. "Et ce pays sous-peuplé, déjà durement éprouvé par la traite négrière, où l'économie reposait sur un fragile équilibre d'activités d'autosubsistance et d'échanges et dont les régions intérieures restaient d'un accès particulièrement difficile, a été 1886 1884

(* Ici s'impose une remarque. Il parait hautement douteux que le chef soumis par C. de Chavannes portait vraiment ce nom. "M'Foumou N'zambi" signifie en Kongo : "Dieu Tout-Puissant" et nous ne connaissons aucun chef ou roi qui ait eu dans l'histoire du pays l'outrecuidancede se nommer ainsi). 31

obligé de fournir un effort démesuré: travail sous la forme de prestations pour le portage ou la construction de routes... Mise en place du système jumelé de l'impôt de captation et des compagnies concessionnaires... "...Et l'on a vu se dérouler, d'un bout à l'autre du Congo, "le cycle infernal de la contrainte, des révoltes et des répressions": en pays Bassoundi dès 1896, à la Sangha en 1902-1903 et de 1907 à 1910, autour de Fort-Rousset en 1903, dans la région de Makoua en 1905, au Mayombé et au Loango en 1908, dans le pays Bakota de 1901 à 1911, dans les régions de l'Alima et de Likouala-Mossaka de 1909 à 1914 où les M'Bochi, les Ngare, les M'Beti et les Djabbi opposèrent une résistance farouche à la pénétration"(8). 1902 5 juillet, tous les territoires du "Congo français" sont mis sous l'autorité du commissaire général.
1905 "Le 16 février 1905 les trois plus importants quotidiens de Paris, Le Petit Parisien, Le Petit Journal et Le Matin(..) révélèrent des crimes commis au Congo par des administrateurs français: Georges Toqué, en particulier, et son adjoint Gaud auraient eu recours à la dynamite pour exécuter le noir Pakpa, coupable d'avoir guidé un détachement français vers une embuscade. Et le même Toqué aurait décapité un autre nègre pour faire avec sa tête le bouillon du festin offert à des indigènes à l'occasion du
14-Juillet". (Brazza et les scandales du Congo

- Article

paru dans le

Bulletin de l'Académie royale des sciences d'outre-mer, Bruxelles, 2, 1977). 14 septembre, mort à Dakar de Pierre Savorgnan de Brazza.

1906 11 février, le "Congo français" est divisé en trois colonies ayant chacune son autorité administrative. 1910 15 janvier, un décret attribue au territoire d'Afrique Centrale sous domination française le nom d'Afrique équatoriale française. Le siège du gouvernement est fixé à Brazzaville. L'A.E.F. est d'abord confondue en une seule colonie avant de distinguer le Moyen-Congo, le Gabon, l'Oubangui-Chari et le Tchad. La création de l'A.E.F. assure la primauté de l'administration sur les compagnies privées. 32

1921 6 avril, naissance à Nkamba, syncrétisme de Simon Kibangou. 1921-1934 (C.F.C.O).

au Congo-belge, du

Construction du Chemin de Fer Congo-Océan

1926 17 juillet, fondation à Paris de l'association dite "Association amicale des originaires de l'Afrique Equatoriale Française" par André Grenard Matsoua. 1929 25 septembre, "l'Amicale" envoie au Congo deux délégués Pierre Ganga et Constant Balou. Ces derniers, avec l'autorisation du gouverneur général Antonietti, entreprennent une tournée dans le pays pour expliquer les buts de l'association. Devant le succès rencontré, les autorités coloniales s'inquiètent, arrêtent les deux délégués et confisquent une somme de plus de 110 000 francs provenant des cotisations massives des populations à l'Amicale. Décembre, Matsoua est accusé d'escroquerie et de complicité avec les amicalistes emprisonnés à Brazzaville. Il est arrêté à son domicile parisien et transféré immédiatement à Brazzaville. Les autorités coloniales décident la dissolution de l'Amicale. 1930 2 avril, procès de Matsoua et de ses compagnons. Ils sont condamnés le lendemain à trois ans de prison et dix ans d'interdiction de séjour. L'énoncé du verdict provoque aussitôt une mêlée entre les assistants -Lari en majorité- et les forces de l'ordre. Les condamnés sont déportés au Tchad le 9 avril.. 14 juillet, les cérémonies traditionnelles organisées dans le pays par les autorités coloniales sont boycottées par les Lari qui pratiquent une résistance passive. 1933 24 septembre, incidents graves à Linzolo entre les Lari et les missionnaires réunis pour teter le cinquantième anniversaire de la mission fondée par Monseigneur Augouard. 29 mai: Inauguration du chemin de fer Congo-Océan. "...Que de morts, que de larmes et de souffrances aura coûté ce chemin de fer Congo-Océan que le Gouverneur Antonietti inaugure aujourd'hui en présence des autorités de la ville... 33 1934

Cent vingt mille Africains soumis au travail forcé durant treize années, des conditions d'hygiène et de ravitaillements difficiles, des travaux immenses de creusement et de défrichage... On se souviendra longtemps du tunnel de Bamba et de son percement! Les tams-tams et les trompettes qui résonnent en ce jour de fête, n'effaceront pas les larmes et les absences..."(l).

ANNEXE 4 "TERRE D'EBENE" "J'ai vu construire des chemins de fer; on rencontrait du matériel sur les chantiers. Ici, que du nègre! Le nègre remplaçait la machine, le camion, la grue; pourquoi pas l'explosif aussi? Pour porter les barils de ciment de cent trois kilos "les Batignolles" n'avaient pour tout matériel qu'un bâton et la tête de deux nègres! Cependant, j'ai découvert sur ces chantiers modernes d'importants instruments: le marteau et la barre à mine, par exemple. Dans le Mayombe, nous perçons les tunnels avec un marteau et une barre à mine! Epuisés, maltraités par les capitas, loin de toute surveillance européenne(Monsieur le ministre des Colonies, j'ai pris à votre intention quelques photographies, vous ne les trouverez pas dans les films de propagande), blessés, amaigris, désolés, les nègres mourraient en masse. Au Moyen-Logone, au Moyen-Chari, au Dar-el-Koutti, dans la Haute-Kato, au Bas-Bomou, dans les régions du Gribingui, d'Ouaka, d'Ouham, dans la Haute-Sanga, dans le Bas-Oubangui, dans la N'Goko Sanga, de l'Oubangui au Pool, maris, frères, fils ne revenaient pas... (oo.) "Il faut accepter le sacrifice de six à huit mille hommes, disait M. Antonietti, ou renoncer au chemin de fer". Le sacrifice fut plus considérable". (Extraits du livre du journaliste Albert Londres "Terre d'ébène" au
chapitre XXVII

- Le drame du Congo-Océan)

34

1935 17 septembre, Matsoua s'évade de sa résidence surveillée et après maintes péripéties regagne la France où il reprend ses activités à la tête de l'association.

1939 Au Congo, le gouverneur général décide de relancer les Sociétés Indigènes de Prévoyance (S.I.P.). Les Lari refusent systématiquement de payer les "trois francs", montant de la cotisation à la S.I.P. La répression coloniale s'abat sur eux et ils sont soumis, entre autres, au travail forcé du caoutchouc. Brazzaville est proclamée "Capitale de la France Libre". Comme les autres colonies françaises d'Mrique, le Moyen-Congo rallie la France Libre pour continuer la guerre. Le général de Gaulle crée à Brazzaville le Conseil de Défense de l'Empire. Mais, en même temps, la répression continue au Moyen-Congo. Par l'arrêté 331 du 27 janvier 1940, le gouverneur général punit de cinq ans d'internement au Tchad ou en Oubangui-Chari vingt-deux chefs et notables Lari dont Pierre Kinzonzi. 3 avril, Matsoua est arrêté à l'hôpital Beaujon où il se fait soigner comme blessé de guerre. Il est rapatrié à Brazzaville via Pointe-Noire et jeté en prison. Motif invoqué: intelligence avec l'ennemi. 12 septembre, Félix Eboué, gouverneur noir d'origine guyanaise, est nommé gouverneur général de l'A.E.F. "A la fin de 1940, il(Eboué) rejette le recours en grâce des militants amicalistes condamnés à mort, tels les frères M'Biemo et Milongo ainsi que leur compatriote Malanda. Parmi eux, seul Youlou parvient à échapper à la sanction en s'enfuyant au Congo-belge. Ses compagnons sont fusillés devant une foule en larmes: le jeune Malanda le 5 décembre 1940 à Boko et le 19 décembre de la même année, les deux frères M'Biemo et Milongo à Mayama"(9). 1941 8 février, Matsoua est condamné aux travaux forcés à perpétuité et transféré à Mayama, le 20 du même mois. 1942 13 janvier, mort de Matsoua dans des circonstances troubles. Selon certaines sources, des suites de coups portés contre lui par ses gardiens. Officiellement, de dysenterie. 35 1940

"L'administration coloniale, craignant probablement des manifestations, procède en cachette à l'inhumation. Et c'est une autre aventure qui commence. Pour les Congolais, il était inconcevable que l'on puisse priver un mort de l'hommage que les siens lui doivent. Les amicalistes en concluent que Matsoua n'est pas mort et qu'il s'est une fois de plus évadé pour continuer leur commun combat. Echappant ainsi à la conjoncture de l'opposition coloniale, la figure de Matsoua glissait du combat politique à l'attente messianique devenant à la fois symbole "national" et messie intercesseur. Considéré comme veillant toujours sur la destinée du Congo, "Mats oua a obtenu (aux élections de 1946-1947) localement la majorité absolue, les Balali faisant une démonstration d'unité ont voté pour un mort"(8). 30 janvier - 8 février: Conférence de Brazzaville. Le Général De Gaulle, dans son discours, évoque la représentation des colonies dans les futures assemblées métropolitaines. Extraits dudit discours: "... Nous croyons, en particulier, qu'au point de vue du développement des ressources et des grandes communications, le continent africain doit constituer, dans une large mesure, un tout. Mais en Afrique française, comme dans tous les autres territoires où des hommes vivent sous notre drapeau, il ny aurait aucun progrès qui ne soit un progrès, si les hommes, sur leur terre natale, n'en profitaient pas, moralement et matériellement, s'ils ne pouvaient s'élever peu à peu jusqu'au niveau où ils seront capables de participer chez eux à la gestion de leurs propres affaires. C'est le devoir de la France de faire en sorte qu'il en soit ainsi...
Vous étudierez ici, pour les soumettre au Gouvernement, quelles conditions morales, sociales, politiques, économiques et autres vous paraissent devoir être progressivement appliquées dans chacun de nos territoires pour que, par leur développement même et le progrès de leur population, ils s'intègrent dans la communauté française avec leur personnalité, leurs intérêts, leurs aspirations, leur avenir... "(11)

1944

1945 21 novembre, élection de Jean Felix Tchicaya, premier député congolais à l'Assemblée constituante. 36

Mise en place de la charte de l'Union Française. Tchicaya fonde le Parti Progressiste Congolais (P.P.C) Aux élections à l'Assemblée nationale, Tchicaya bat pour une première fois Jacques Opangault, le représentant de la Section Française de l'Internationale Ouvrière (S.F.I.O.) 1947 Mise en place de la première Assemblée locale. Le P.P.C. remporte 15 sièges et la section locale de la S.F.I.O., 9 sièges. Le Congo commence à envoyer des étudiants en France. 1949 Installation de la C.G.T. et de la C.F.T.C. au Moyen-Congo. La Centrale Générale des Travailleurs est le syndicat des employés et des ouvriers du commerce et de l'industrie. La Confédération Française des Travailleurs Croyants regroupe à l'origine le personnel de l'enseignement privé. 1950 Création au Moyen-Congo, de la section locale de la C.G.T.-F.O.(Force Ouvrière) qui regroupe les ouvriers du bois et du bâtiment. 1951 Elections législatives. Tchicaya bat une seconde fois Opangault. Naissance de l'Union Territoriale des syndicats chrétiens. 1952 Renouvellement de l'Assemblée locale. Le P.P.C. obtient 34% des voix et la S.F.I.O., 30 %. Création de l'Union des syndicats C.G.T. confédérés.

1946

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ANNEXE 5
PRINCIP AUX COLONISATEURS DU CONGO FRANCAIS

Pierre Savorgnan de Brazza(1852-1905) Pierre Savorgnan de Brazza naît à Rome le 23 janvier 1852. Naturalisé français et enflammé par les récits de voyages des explorateurs, il obtient le soutien de son protecteur, l'amiral de Montaignac, ministre de la Marine, pour un projet consistant à "remonter aussi loin qu'il le pourra le fleuve Ogooué et atteindre ses sources, s'il est possible". A son retour de son premier voyage, Brazza est accueilli triomphalement à Paris et la Société de géographie lui décerne sa médaille d'or. "Après avoir refusé les propositions de Léopold de Belgique, Brazza repart en décembre 1879, mandaté par le Comité français de l'Association Internationale Africaine pour créer deux "stations médicales et scientifiques" en Afrique équatoriale, en fait pour planter le drapeau tricolore sur la rive droite du Congo avant StanleY"(7).Ce dernier voyage le fera s'enfoncer plus loin dans les contrées. Il fonde le poste de Francheville(qui deviendra Franceville) le 13 juin 1880; rencontre en septembre de la même année le roi Makoko qui accepte le protectorat de la France. Le 15 septembre, il atteint le Pool et crée le poste de Ntamo, que la Société de géographie baptisera Brazzaville. "En juin 1881, Brazza est de retour à Paris, ayant relevé 4000 kilomètres d'itinéraires, étudié les voies de pénétration, donné à la France(malgré elle) une nouvelle colonie... En 1883, on passe de l'exploration à la prise de possession. Une Mission de l'Ouest-Africain est constituée; Brazza reçoit les pleins pouvoirs avec le titre de Commissaire du gouvernement"(7). En février 1885, l'accord de Berlin reconnaît le Congo français et met fin à la Mission de l'Ouest-Africain mais Brazza est confinné en avril 1886 dans ses fonctions de Commissaire général. Il ne cesse pas pour autant d'explorer le pays, étant plus à l'aise dans la brousse que derrière un bureau. En janvier 1898, Brazza est relevé de ses fonctions de Commissaire général. "Chargé d'une mission d'inspection en mars 1905, Brazza s'impose de parcourir une dernière fois son cher Congo, jusqu'aux confins du Tchad. Témoin de bien des abus mais affaibli par la maladie, il meurt à Dakar, sur le chemin du retour, le 14 septembre, âgé seulement de 53 anS"(7). 38

Charles de Chavannes(l850-1940) Charles de Chavannes participe à la fondation de Brazzaville le 29 avril 1884. Il en est d'ailleurs le premier résident. Il organise aussi plusieurs missions de reconnaissance et fonde de nombreux postes. Nommé lieutenant-gouverneur à Libreville en 1899, il fait partie de la mission chargée de délimiter les frontières avec le Congo-belge. Albert Dolisie( 1856-1899) Albert Dolisie arrive au Gabon avec Brazza en 1883. Affecté au secteur de Loango, il ouvre la route terrestre du Niari-Kouilou vers le Stanley-Pool malgré les nombreuses difficultés: franchissement du massif du Mayombé; hostilité des populations, difficultés du portage et "malveillance des agents de l'Association internationale du Congo". Il fonde de nouveaux postes comme Niari-Loudima. Il prend également part à la fondation de Brazzaville et à la création de la mission de Linzolo avec P. Augouard. "... En 1887, malgré la vive hostilité des indigènes du coin, il fonde le poste de Modzaka sur l'Oubangui qu'il remonte jusqu'aux rapides de Bangui. En 1889, c'est la Sangha qu'il remonte jusqu'au confluent de la Ngoko(futur poste de Ouesso), ouvrant la voie à Cholet, à Fourneau, à Brazza lui-même(campagne de 1892-1893). Administrateur à Brazzaville en 1890, Dolisie devient lieutenant-gouverneur du Congo français de 1894 à 1898"(7). Léon Jacob(l858-1935) Léon Jacob étant un ingénieur des chemins de fer, Brazza le charge d'étudier le tracé d'une voie ferrée de Brazzaville à Loango contournant les rapides du Congo. "Jacob quitte Loango en décembre 1886, remonte la vallée de la Loémé et franchit le massif montagneux du Mayombé; il redescend ensuite à Loudima dans la vallée du Niari et regagne la Côte. Il repart bientôt avec Dolisie... pour explorer la vallée de Ntombo, affluent du Kouilou; il remonte aussi la plupart des autres affluents de ce fleuve jusqu'à leur source. A la suite de ces voyages, Léon Jacob ne présente pas un tracé unique et définitif du chemin de fer, mais propose une série d'itinéraires entre le Stanley Pool et la côte. Il donne sa préférence à une route mi-terrestre mi-fluviale par Loudima et Bouenza, la célèbre "route des caravanes" qui sera utilisée jusqu'à la Première Guerre Mondiale"(7). 39