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Colonies, territoires, sociétés

288 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1996
Lecture(s) : 260
EAN13 : 9782296324008
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COLONIES, TERRITOIRES, SOCIETES L'ENJEU FRA~ÇAIS

@ L'HARMATIAN, 1996 ISBN: 2-7384-4530-6

COLONIES, TERRITOIRES, SOCIETES
L'ENJEU FRANÇAIS

sous la direction de Alain SAUSSOL et Joseph ZITOMERSKY

L'Harmattan
5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Nous remercions, la Société Française d'Histoire d'Outre-Mer, la Société d'Histoire Coloniale Française (Canada - Etats-Unis), la Société des Océanistes et le Centre d'Etudes Canadiennes de Montpellier, qui ont bien voulu parrainer cette confrontation de reg-ards, l'Université
«

Paul Valéry

(Montpellier

III), l'équipe

de recherche

Espaces et Sociétés en transition» et le « Centre d'Information et de
du Nord» (CIRCAN), le Ministère l'Ambassade Français des Affaires Etrangères, du Canada à Paris, et sociales

Recherches sur les Cultures d'Amérique

le Conseil suédois pour la Recherche en Sciences humaines (HSFR), pour l'appui financier sans lequel rien n'aurait été possible.

Nous tenons à remercier particulièrement, Madame Orietta Doucet Mugnier, responsable des relations universitaires à l'Ambassade du Canada, pour la gentillesse de son accueil

et l'efficacité de son soutien,

.

le Professeur Paul Claval de l'Université bution à la réflexion thématique.

Paris IV, pour sa contri-

Toute notre Conférences de articles rédigés Joëlle Papineschi

gratitude va enfin à Françoise Charras, Maître de l'Université Paul Valéry, pour ses traductions des en anglais, à Béatrice Bertrand, Clément Reynès et pour leur contribution à la mise en forme de ce travail.

LES AUTEURS

Pierre Anctil, Ethnologue, Conseiller à la Direction des Etudes et de la Recherche, Gouvernement du Québec, Ministère des Affaires internationales, de l'Immigration et des Communautés culturelles; Directeur (1988-1991), Programme d'Etudes canadiennes-françaises, Université McGill, Montréal.
Joël Dauphiné, Professeur agrégé d'Histoire, doctorale de l'IHCC (Aix-en-Provence). Jacques Frémeaux, Historien, Professeur membre de l'équipe

à l'Université

Paris IV.

Jean Freyss, Economiste, Maître de Conférences à l'Université Paris I. IEDES.
Gwendolyn Midlo Hall, Historienne, Professeur à l'Université Rutgers (New-Brunswick dans le New-Jersey), et Professeur-Consultante pour la Recherche à l'Université de New-Orleans.

Cornelius J. Jaenen, Historien, Professeur canadienne à l'Université d'Ottawa. Joseph Logsdon,
Directeur du Midlo International l'Université de New-Orleans.

émérite

en histoire
.

Historien, Professeur de Recherche en Histoire et
Center for New Orleans Studies à

Isabelle Merle, Historienne, Chargée National de la Recherche Scientifique Guy Pervillé, Antipolis. Aleth Picard, d'Urbanisme Marie-Jeanne américaine Alain Saussol, (Montpellier Historien, Professeur

de Recherches (CNRS).

au Centre

à l'Université

de Nice Sophia-

Architecte-Urbaniste de Paris, Univèrsité Rossignol, à l'Université Géographe, III).

et Enseignante Paris XII.

à l'Institut

Maître de Conférences Paris VII-Denis Diderot. Professeur à l'Université

en Civilisation

Paul Valéry

Donald M. Topping, (Honolulu). Pierre-Yves Toullelan,

Ethnolinguiste,

Professeur

à l'Université

d'Hawaii

Historien,

Chargé de Cours à l'INALCO (Paris).

Joseph Zitomersky, Historien, Maître de Conférences à l'Université Paul Valéry (Montpellier III) et Chercheur à l'Université de Lund (Suède).

Avant-propos
A l'instar d'autres empires coloniaux, britannique, hispanique ou lusitanien, la colonisation de peuplement, à côté de vastes colonies d'administration ou de protectorats, a marqué le système colonial français du XVIIe au xxe siècle. Mais avec moins d'efficacité à l'aune d'un résultat généralement mis au compte d'un moindre dynamisme démographique. D'expériences multiples, ponctuelles, éparpillées de l'Acadie au. Mississipi et aux Caraibes, du Maghreb à Madagascar, de Cochinchine en Océanie, conduites avec de minces effectifs et de maigres moyens, ne persistent aujourd'hui qu'un fleuron québécois, un réduit cajun, un pays haïtien, quatre départements d'outre-mer aux Antilles, en Guyane et à La Réunion, la petite collectivité de Saint-Pierre-et-Miquelon et le territoire de Nouvelle Calédonie. Ce livre entend confronter les approches d'universitaires et de chercheurs américains, canadiens et français sur cette colonisation française de petits peuplements dispersés à travers le temps et les espaces. Pour ce faire et sans viser à l'exhaustivité, il focalise le regard sur. deux ensembles qui sont aussi deux moments de cette histoire coloniale: l'un relatif aux expériences d'Ancien régime au Canada et en Louisiane; l'autre appartenant au « Second empire colonial» des XIXeet xxe siècles, à travers l'Algérie et les îles du Pacifique. Sans doute ne saurait-on attendre d'une telle confrontation une comparaison systématique des ambitions, des stratégies et des expériences, susceptible de déboucher sur la mise en évidence d'un modèle. Une telle ambition parait prématurée. L'échelonnement sur trois siècles, ajouté à la dimension conjoncturelle de toute politique et à l'hétérogénéité des espaces ou des environnements, fait de chaque terrain un cas spécifique fragilisant toute généralisation. Plus modestement et sans doute aussi de manière plus pragmatique, ce livre propose un parcours à travers les champs de cette colonisation pour voir si apparaissent des similitudes ou des constantes dans les comportements, dans les contraintes, dans la façon de concevoir la colonisation et notamment, aux frontières de la géographie, de l'anthropologie et de l'histoire, dans les rapports entre espaces et sociétés. Cet objectif conduit à s'intéresser à l'organisation de l'espace à travers ses dimensions et ses rugosités, des ensembles continentaux aux microcosmes insulaires, à son contrôle à travers colonisation dense ou occupation extensive, aux rapports entre groupes ethniques ou sociaux, pour tenter de déceler s'il existe des particularités françaises dans la manière

8

COLONIES,

TERRITOIRES,

SOCIETES

de concevoir le peuplement spécificité dans les héritages.

et l'organisation

de ses colonies

et une

L'Amérique du nord aux vastes étendues, étant, pour l'essentiel, sortie du système français dès avant la Révolution, l'attention se porte sur le processus colonial et, après les ruptures, sur les héritages. Se trouve ainsi abordée la question du maintien d'une spécificité culturelle française dans ces territoires et d'une influence sur les sociétés où s'insèrent ces héritages. Comme l'Amérique, l'Algérie, autre fleuron (perdu) de cette colonisation, constitue, elle aussi, avec son prolongement saharien, un territoire immense. Sa rupture encore récente avec le système colonial conduit à mettre l'accent sur les processus historiques de contrôle et d'organisation de l'espace et sur les rapports entre communautés. En Océanie, dont la colonisation est contemporaine de celle de l'Algérie, la différence vient de la petite dimension, de l'insularité des territoires et de la persistance de la souveraineté française, ce qui n'exclut pas l'intérêt d'éventuelles comparaisons. C'est à l'Amérique l'ouvrage. du nord qu'est consacrée la première partie de
.

A travers les exemples du Canada et de la Louisiane, C. Jaenen et J.
Zitomersky, chacun dans une perspective régionale, posent le problème du contrôle des grandes étendues par de petits peuplements coloniaux, ce qui inclut des choix sur la manière d'occuper l'espace et sur la nature des rapports à établir avec les Amérindiens. On retrouve le débat entre stratégies de colonisation dense ou d'occupation extensive, parfois alternées, comme le montre C. Jaenen, mais impliquant le cadre géographique, la situation des autochtones, les orientations économiques et les choix de l'Etat. Au-delà de ces alternances, J. Zitomersky développe l'idée d'une approche « française» de l'espace et de la société commune aux deux colonies, en dépit de leurs différences d'orientation économique, de structures ethriiques ou socio-politiques et de certains aspects de leur morphologie territoriale. Comme certaines de ces formes ont été ensuite reprises par les pouvoirs anglo-canadien et angloaméricain, on peut s'interroger sur ce qu'elles signifient. Seraient-elles l'expression d'une approche spécifiquement française et de son héritage, ou d'une adaptation rationnelle à des conditions physiques particulières? Le thème transculturel, déjà ambiant dans ces deux interventions, trouve une nouvelle dimension avec les contributions de G. Hall, J. Logsdon, M-J. Rossignol et P. Anctil. Tous quatre font référence à l'époque coloniale et à l'élaboration d'une culture française nord-américaine différente de la culture métropolitaine, et aux héritages qui en découlent.

Avant-propos

9

G. Hall et J. Logsdon traitent de la formation d'une culture créole en Louisiane à travers les rapports avec les Indiens mais davantage encore avec les noirs introduits comme esclaves dans le cadre de l'économie de plantation. G. Hall aborde le thème des rapports domestiques à partir de l'exemple d'une communauté rurale de la « frontière» et de La Nouvelle Orléans, alors que J. Logsdon traite des relations entre ethnies dans la société urbaine, esquissant quelques comparaisons avec le Canada. Mais, tous deux montrent successivement comment cette créolité a pu survivre à l'occupation espagnole et à l'incorporation de la colonie dans une société américaine démographiquement et politiquement de plus en plus présente. J. Logsdon insiste, en outre, sur la persistance de cette culture malgré les antagonismes idéologiques ou raciaux chez les Créoles et malgré son rapprochement (même linguistique) avec la société angloaméricaine. Enfin M.-J. Rossignol, confrontant les vues du préfet français et du premier gouverneur américain au moment de leur passation de pouvoir, constate également l'existence d'une créolité mais retient les similitudes de structures économiques entre Créoles et Américains, comme facteur possible d'assimilation de la Louisiane aux autres Etats du sud. Mettant l'accent sur le Québec des origines à nos jours, P. Anctil suit, en anthropologue, la création et les transformations de la culture franco. canadienne, à travers une succession de contacts, avec les Indiens, puis. avec les conquérants anglais, enfin avec les divers groupes d'immigrants du dernier siècle. On passe ainsi d'un système ouvert fondateur, à un réduit ethnique associant fermeture à résistance pour s'ouvrir à nouveau, de pair avec un renouvellement identitaire inducteur d'une revendication nationale. L'Algérie qui occupe la seconde partie du livre, fait l'objet de quatre interventions de spécialistes de la colonisation (J. Frémeaux, A. Picard et G. Pervillé). Dans un premier texte, J. Frémeaux compare les perceptions et les politiques de quatre personnalîtés impliquées à différentes étapes du processus colonial en Afrique du Nord, tous confrontés à la faiblesse démographique du peuplement européen: le maréchal Bugeaud, l'empereur Napoléon III, le maréchal Lyautey et le général De Gaulle. Sa réflexion souligne les différences d'attitudes et d'intérêts entre sociétés coloniale et métropolitaine et les différences de politiques menées à
l'égard des populations arabo-berbères. Dans sa seconde contribution,

J.

Frémeaux, renouant avec les préoccupations de C. Jaenen et J. Zitomersky, s'écarte du champ proprement dit de la colonisation de peuplement pour aborder le problème du contrôle des grands espaces
sahariens à travers celui des « territoires militaires ». Ceux-ci, pensés, au début, comme lieux d'assimilation des « tribus» sous l'encadrement de

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COLONIES,

TERRITOIRES,

SOCIETES

l'armée, ont glissé par la suite vers un simple contrôle de territoires périphériques réputés stratégiques. Confirmant le poids de l'armée, A. Picard décrit le rôle de l'Etat à travers l'administration militaire dans l'aménagement de l'Algérie du milieu du XIxe siècle. Elle s'intéresse, cartes à l'appui, à la signification du réseau des villes et des bourgs, au remodelage du tissu intra-urbain, à l'évolution des droits fonciers, comme autant de stratégies au service de l'ordre colonial. Le poids de la faiblesse démographique française dans la colonisation de l'Algérie est au centre de la contribution de G. Pervillé. A la lumière de ce handicap, progressivement aggravé, il examine l'occupation de l'espace, les rapports entre communautés de cohabitations en marginalisations et en assimilations diverses, jusque dans ses conséquences sur le sort final de la colonie. Avec l'Océanie, abordée principalement à partir du champ calédonien, et qui forme la dernière partie de l'ouvrage, trois thèmes émergent des six interventions qui lui sont consacrées. Deux d'entre eux prolongent les réflexions engagées sur l'organisation ou la fonctionnalité de l'espace colonial (A. Saussol) et sur les rapports inter-ethniques (J. Dauphiné, I. Merle, P.-Y. Toullellan). S'y ajoute, au terme de cette rencontre, une ouverture sur les relations économiques et sur les rapports politiques entre territoire insulaire et métropole (J. Freyss, D. Topping). En Nouvelle Calédonie, dans un cadre insulaire qui induit une approche spatiale différente des étendues continentales, A. Saussol passe en revue les différents pouvoirs, Etat, institutions et groupes locaux, qui s'exercent sur l'île. Il montre leur rôle dans le cloisonnement social et territorial, dans la faiblesse des flux ou des réseaux, dans l'inconsistance de l'armature villageoise et dans l'insignifiance de la colonisation de peuplement à la fin du XIxe siècle J. Dauphiné pose le problème de la place des Mélanésiens face à la colonisation à travers le métissage. Il traite du changement des stratégies matrimoniales entre les premiers temps d'une colonisation ouverte aux unions inter-ethniques et une ségrégation ultérieure. Prolongeant cette approche, I. Merle montre la marginalisation radicale des Kanaks jusqu'à la Seconde guerre mondiale. Ce faisant elle soulève le problème des rapports entre l'Etat, les colons et les autochtones dans le partage de l'espace et dans l'émergence d'une nouvelle société. A partir d'une entrée différente, l'évolution de l'agriculture à Tahiti, P.-Y. Toullellan suit la montée d'une bourgeoisie métisse et l'affirmation de son rôle économique dans l'île. Il décrit, ce faisant, une autre forme de rapports ethniques aux lisières de la colonie de peuplement et de la colonie d'administration. La préoccupation économique s'amplifie chez J. Freyss qui, à travers le thème des déséquilibres socio-ethniques, rejoint celui de l'évolution du

Avant-propos

Il

système colonial. A travers l'exemple de la Nouvelle Calédonie à l'heure des accords de Matignon, il traite de l'héritage d'une colonie de peuplement et des rapports entre un territoire et sa métropole. C'est le thème repris dans une dimension comparative plus large par D. Topping qui s'interroge sur les différences et les similitudes entre la France et les Etats-Unis dans leurs rapports avec leurs dépendances océaniennes. En conclusion, il pose la question de l'opportunité du maintien de dominations de type néo-colonial et des motivations qui les soustendent, ouvrant une perspective vers l'avenir. De ces diverses réflexions autour de l'organisation de l'espace, des pouvoirs et des politiques, des stratégies et des rapports sociaux, émerge le thème transversal des relations inter-ethniques. Celles ci montrent leurs différences d'un lieu à l'autre et d'une époque à une autre: ici on assimile l'autochtone, l'esclave ou l'immigrant étranger, on élabore une culture métisse, là on refuse, on exclut ou on refoule, suscitant une interrogation sur la cohérence de ces comportements. Sans tomber dans un réductionnisme excessif, on peut se demander si cette cohérence n'est pas à rechercher dans la constante, paradoxale sinon aberrante, de la colonisation française de pèuplement que fut sa faiblesse démographique. Cette fragilité n'est-elle pas le vrai moteur de stratégies

apparemment

contradictoires

mais logiques, toutes orientées vers la

.

sauvegarde ou la consolidation de la colonie. Ne retrouve-t-on pas, au bout du compte, un problème de masse critique relative du peuplement colonial? Quand on est faible, on s'allie, on assimile, on intègre avec une relative souplesse. Quand on est plus fort ou moins menacé les tendances à l'exclusion et à la ségrégation visant à la reproduction du modèle social, présumé idéal jusque dans ses volontés assimilatrices, peuvent l'emporter.

Alain SAUSSOL Géographe Université Montpellier

III

Joseph ZITOMERSKY Historien Université Montpellier III

Première

partie

AMERIQUE

DU NORD

Colonisation compacte et colonisation extensive aux XVIIe et XVIIIe siècles en Nouvelle-France
Cornelius J. JAENEN

L'historiographie traditionnelle de la Nouvelle-France a maintenu que l'accroissement de l'intérêt de la France pour sa colonie nord-américaine allait de pair avec celui du pouvoir royal. La puissance de l'Etat sous Louis XIV serait le facteur décisif pour assurer une stabilité politique et économique qui aboutirait à l'élargissement des frontières de la colonie. Le secteur canadien de la Nouvelle-France, vu de l'optique des espaces et sociétés induits par une colonisation de peuplement, peut se diviser en trois régions: la colonie de peuplement des basses terres du fleuve Saint-Laurent, proprement dit le Canada; les pays d'en haut, comprenant le bassin des Grands Lacs où vient s'ajouter au XVIIIe siècle la Mer de l'Ouest; le pays des Illinois. Chaque région a vécu sa propre version de colonisation. La colonie laurentienne débuta au XVIIe siècle avec l'établissement de trois têtes de pont pour la poursuite de la traite des fourrures, les échanges avec les Amérindiens, et le lancement d'un peuplement agricole pour assurer la survie. Cette région avait été habitée par les Iroquois Laurentiens au XVIe siècle, du temps de Jacques Cartier et du Sieur de Roberval. Mais déjà en 1580 il n'y avait plus d'habitants autochtones dans la vallée du St-Laurent. Samuel de Champlain fonda son habitation de Québec en 1608, les marchands-entrepreneurs établirent TroisRivières en 1634, et les dévots lancèrent le projet utopique de Ville-Marie sur l'île de Montréal en 1642, tous sans devoir déplacer aucune population indigène. Cependant, on ne renonça point aux objectifs du XVIe siècle - c'est-à-dire, la recherche de mines et le désir de contrôler éventuellement un commerce important avec l'Asie. Avec l'avènement du gouvernement royal en 1663 on redoubla les efforts pour attirer des immigrants, mais sans grand succès. Dans la vallée du St-Laurent (le Canada) on adopta pour les seigneuries le schéma de bandes de terre longues mais étroites, perpendiculaires au fleuve, ce qui au début résulta d'un peuplement très étiré et éloigné du contrôle du seigneur, du curé, et de l'administration à Québec. D'autre part, le commerce des fourrures attira surtout des jeunes gens, les voyageurs et ensuite les coureurs de bois, vers les immenses forêts de l'ouest accessibles que par les cours d'eau connus

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COLONIES,

TERRITOIRES,

SOCIETES

des Amérindiens. Le résultat fut une pénétration française jusqu'au cœur du continent et du bassin des Grands Lacs, accompagnés parfois par une percée missionnaire, sans effectuer en même temps une occupation apparente de ce vaste territoire. Dans la colonie laurentienne ce fut l'échec complet de la politique d'assimilation des Amérindiens, tandis que dans le pays d'en haut ce furent les Français qui résistaient à l'assimilationl. Avant peu, deux optiques différentes de la colonisation s'affrontèrent.

Il y eut, d'abord, le rêve utopique de l'Intendant Jean Talon de « former
un grand Royaume et fonder une monarchie ou du moins un Estat fort considérable» qui irait« du Saint-Laurent [...] jusqu'au Mexique »2. Colbert lui rappela ses instructions et les entretiens qu'il avait eu avec lui avant son départ pour le Canada:
Il est notoirement impossible que toutes ces ~ensées de former de grands & puissans estats puissent reussir si l'on n a pas des Peuples inutiles a faire passer dans les lieux où l'on veut les establir [...] Le Roy a approuvé que vous ayez fait poser ses armes aux extremitez de l'estendue du Canada, et que vous vous prepariez en mesme tem~s a dresser aussy des procez verbaux de prise de possession, parce que c est tous jours estendre sa souveraineté, ne doutant ras que vous n'ayez en cette occasion fait reflexion [...] qu'il vaudroit mIeux se restreindre a une espace de terre que la Colonie sera elle mesme en estat de maintenir, que d'en embrasser une trop vaste quantité dont peut estre on seroit un jour obligé d'abandonner une partie avec quelque diminution de la reputation de sa Maté, & de cette Couronne.3

Même si le roi ne trouva point agréable l'idée émise que « avec un juste fondement, cette partie de la monarchie française deviendra quelque chose de grand », il demeura que le projet d'expansion fut appuyé par le Gouverneur Buade de Frontenac et son agent Robert Cavelier de La Salle, intéressés eux à installer des postes quasi-militaires de traite dans le bassin des Grands Lacs et à pousser l'exploration vers le Golfe du Mexique. Mais la politique officielle métropolitaine exigeait que la colonie de peuplement soit restreinte à la vallée inférieure du Saint-Laurent. Jean-Baptiste Colbert fut sans doute à l'origine de cette conception d'une colonie compacte, dépendante de l'ancienne France et assimilée au sys-

tème mercantiliste. Cette politique « pour assujettir lesdits habitans à deffricher de proche en proche» semblait éviter le danger de « dépeupier» la métropole et semblait assurer la défense de la colonie contre les indigènes et la concurrence des colonies anglaises4. Après 1716, on refusa

1. Cornelius J. Jeanen, Les Relations franco-amérindiennes en Nouvelle-France, Ottawa, Affaires indiennes et du Nord canadien, 1985, p. 175. 2. Archives Nationales (Paris), Colonies, Série C11A, vol. 2, Talon au ministre Colbert, 4 octobre 1665, de Québec. 3. Archives Nationales (Paris), Colonies, Série C11A, vol. 2, Colbert à Talon, 5 avril 1666. 4. Rapport de l'Archiviste de la Province de Québec pour 1926-1927 (Québec, 1927), Louis XIV à Frontenac, 7 avril 1672, pp. 4-5.

Colonisation

compacte et colonisation extensive en Nouvelle France

t7

de concéder des seigneuries à l'amont de l'île de Montréal5. Au début du XVIIIe siècle la colonie canadienne, isolée du monde six mois par an, et n'ayant qu'une économie basée sur le commerce du castor, ne comptait que 12 000 habitants. Néanmoins, en 1701 les Iroquois vinrent signer une paix générale à Montréal avec les Français et leurs alliés amérindiens. En même temps, La Mothe Cadillac fondait le poste stratégique de Détroit. Après la guerre de la Succession d'Espagne, la France commença à ériger sur l'île du Cap-Breton l'impressionnante forteresse de Louisbourg, à fortifier la vallée du Saint-Laurent, et à relancer le projet de la Louisiane. La Nouvelle-France assumait enfin une certaine importance dans la stratégie géopolitique impériale. Malgré le désastreux traité d'Utrecht, la colonie pouvait jouer un rôle important dans l'empire en enfermant les Anglo-Américains le long du littoral atlantique et en leur bloquant tout accès aux ressources et aux peuples indigènes du pays d'en haut. Selon le professeur William J. Eccles, la politique d'expansion vers l'Ouest, région habitée par les tribus amérindiennes, fut une grande erreur. La politique de Louis XIV, selon lui, entraîna la Nouvelle-France éventuellement vers un affrontement avec les colonies anglaises - des colonies de peuplement appuyées par une métropole en voie de s'imposer sur le plan international. Eccles de dire:
Nothing is inevitable in history but what is made so by the decisions and acts of men. It may well be that had Louis not made this decision and had the French not attempted to hold western North America south of the Great Lakes, there would have been no conflict in the Ohio valley, some fift years later... Perhaps the English would not then have thrown their fuI rweight against Canada in the Seven Years War and it would have remained under the French flag...6

Je suis porté à soutenir, par contre, que cette expansion sans peuplement lia les « nations» amérindiennes à leurs alliances avec les Français. Et ce fut par le moyen de telles alliances que la petite colonie française réussit à terroriser les habitants de la frontière anglo-américaine et à restreindre les Anglais au littoral atlantique. A l'intérieur du pays, au fur et à mesure que progressaient l'effort missionnaire et le commerce, les Français effectuaient des prises de possession formelles, dont les indigènes, à vrai dire, faisaient peu de cas. La

politique royale énoncée en 1665 voulait la conversion des

«

naturels du

pais}) et, pour atteindre ce but, ordonna « que les officiers, soldats et tous aultres subjets traitent les Indiens avec douceur, justice et équité, sans leur faire jamais aulcun tort ny violence; qu'on usurpe point les terres sur lesquelles ils sont habituez soubs pretexte qu'elles sont meilleures ou
5. Archives Nationales du Canada, MGt, Série CttA, vol. 36, Mémoire instructif de t716, pp. 38-39. 6. W. J. Eccles, Frontenac, The Courtier Governor, Toronto, McClelland & Stewart, 1959, p. 337.

18

COLONIES,

TERRITOIRES,

SOCIETES

plus convenables aux Français »7. Par conséquent, les Amérindiens reçurent les trafiquants de fourrures, les missionnaires et les petites garnisons françaises selon leur coutume d'hospitalité. Les Français, de leur part, les considérèrent comme des peuples indépendants, des alliés dans le commerce et aussi dans la guerre. Ils étaient perçus comme libres de conserver leurs propres formes d'organisation sociale et politique, de même que leurs coutumes et leurs pratiques. L'Intendant Claude-Thomas

Dupuy définit cette cohabitation en 1717 comme étant « où l'on est comme nous l'avons été de tout temps en partage de tout avec les naturels d'un consentement unanime qu'ils font assez connaître puisqu'ils appellent le Roi de France leur père et les Français Canadiens leurs frères »8.

La reconnaissance de l'indépendance des « nations sauvages », de leur liberté et de leurs droits autochtones fut le prix à payer pour l'extension de la souveraineté française sur ce continent immense. Le Ministère de la

Guerre avertit les officiers des troupes de terre au Canada en 1755 : « Les
Sauvages sont jaloux de leur liberté, Et on ne Sçauroit sans injustice Leur oter l~ droit primitif de propriété sur les Terres ou la Providence les a fait naître et placés. »9 La reconnaissance de l'indépendance èt des droits des nations autochtones sous le chapeautage de la souveraineté française ne posa aucun problème immédiat à Québec ou à Versailles. En résumé, la France exerça sa souveraineté par l'intermédiaire des nations alliées contre la Grande-Bretagne et, de leur part, les Amérindiens protégèrent leur autonomie en acceptant la protection d'une présence française, si légère qu'elle soit. Ce fut une prise de possession, une occupation d'un espace, mais une colonisation sans peuplementl0. Comme nous l'avons déjà signalé, l'intérêt pour le pays d'en haut fut à l'origine commercial. En 1659, le jésuite Hierosme Lallemant émet une hypothèse intéressante:
Les Sauvages qui habitent la pointe de ce lac (Supérieur) la plus éloignée de nous, nous ont donné des fumières toutes fraisches et qui ne déplairont pas aux curieux, touchant le chemin du Japon et de la Chine, dont on a fait tant de recherche. Car nous apprenons de ces peuples qu'ils treuvent la Mer de trois costez; du costez au Sud, du costé âu Coucnant, et du costez du Nord; de sorte que si cela est, c'est un grand préjugé et un indicce bien certain que ces trois Mers se treuvent ains contingues, ne sont proprement qu'une Mer [...] qui est la mer Pacifique.ll

7. Collection de Manuscrits relatifs à la Nouvelle-France, Québec, Côté, 1883, vol. l, 1665, Instructions du Roi à Courcelles, p. 175. 8. Archives Nationales (Paris), Colonies, Série C11A, vol. 49, Dupuy au Ministre, 1er novembre 1727. 9. Archives Nationales du Canada, MG4, C. 1, art. 14, vol. 1, n° 8 « Moyens pratiques pour concilier la France et l'Amérique », 1755, p. 72. 10. Cornelius J. Jaenen, « French Sovereignty and Native Nationhood during the French Régime », in J.R. Miller, éd., Sweet Promises. A Reader on Indian-White Relations in Canada, Toronto, University of Toronto Press, 1991, pp. 19-42. Il. Bibliothèque Nationale, Nouvelles acquisitions françaises, Ms. 9.268, « Relation de la Nouvelle France de l'année 1644 et 1645 ».

Colonisation

compacte et colonisation extensive en Nouvelle France

19

Ce que nous retenons de toutes les expéditions entreprises pour la découverte du passage du Nord et la Mer de l'Ouest, c'est que les évaluations de la largeur du continent furent infiniment moindres que la réalité. Comment les Français ont-ils réagi en découvrant enfin l'immensité des pays d'en haut? D'abord, nous avons constaté que l'Etat a imposé une prise de possession sans peuplement considérable. Ensuite, le régime seigneurial ne fut point introduit dans la région. Les terres des quelques colons qui s'installèrent aux environs des postes de traite et des postes militaires furent concédées aux nom de la Couronne par le commandant de l'endroit. Bougainville, dans son Mémoire sur l'état de la Nouvelle-France (1757), signale le peu de colons établis dans les pays d'en haut. Détroit, l'entrepôt des forts du sud qui communique aux Illinois, avait environ deux cents habitations étalées le long de la rivière. Les colons fournissaient des farines à différents postes de la région. Michilimackinac, entrepôt des postes du nord, ne possédait qu'un fort de pieux entouré de quelques habitations de trafiquants et un campement de Métis. La Mothe Cadillac, qui aspirait à devenir grand seigneur et gouverneur à Détroit, n'accordait des terres aux colons qu'en tant que commandant de poste et moyennant la confirmation royale. L'immigration débuta lentement en 1705 avec l'arrivée de cinq familles. On rapportait en 1707 qu'il y avait 275 personnes dans la nouvelle colonie, y compris 25 familles. Tous les arrivants ne se consacrèrent pas à l'agriculture. Les fermes s'étendaient sur 10 kilomètres le long de la rivière, mais le commerce de la fourrure demeurait important parce que les fermiers n'avaient accès qu'à un marché local la plupart de l'année, ce qui les encourageait peu à produire au-delà de leurs propres besoins. Cadillac avait incité environ 6 000 autochtones répartis dans cinq villages ethniques à venir s'établir près de Détroit, quoique la politique royale fut de ne pas les réunir à proximité les uns des autres. La colonisation agricole ralentit considérablement après une attaque de la tribu des Renards en 1712. La nomination en 1730 de Deschamps de Boishébert au poste de commandant raviva les espoirs de prospérité. En 1740, on rapportait qu'il y avait une centaine de familles dans la région, mais à Québec on estimait que si Détroit pouvait atteindre une population de mille habitants, « elle pourrait défendre et nourrir toutes les autres ». En 1750, Barrin de la Galissonière lança un plan de colonisation par la lecture dans les paroisses canadiennes de la proclamation suivante: Chaque homme qui s'établira au Détroit recevra gratuitement une pioche, une na che, un soc de charrue, une grosse et une petite tarière. On leur fera l'avance des autres outils, pour être payés dans deux ans seulement; il leur sera délivré une vache qu'ils rendront sur le croît. De même une truie; on leur avancera la semence de la première année, à rendre à la

........

20

COLONIES,

TERRITOIRES,

SOCIETES

troisième récolte. Seront privés des libéralités du roi ceux qui, au lieu de cultiver, se livreront à la traite.12

Vingt-deux habitants de la région montréalaise répondirent tout de suite et vinrent s'installer sur la rive sud de la rivière Détroit. Il y eut d'autres concessions par la suite, de sorte qu'en 1765, la population avait dépassé 800 habitants. En quelque trente ans, la population avait quadruplé et la population masculine avait augmenté dans cette proportion. Détroit était bien une ville frontière, car la moitié de sa population était composée d'enfants de moins de quinze ans, et la population d'esclaves augmentait13. La colonisation de la région de Michilimackinac, antérieure à celle de Détroit, connut cependant moins de succès. Quand les Jésuites y arrivèrent en 1643 pour prêcher à environ 2 000 autochtones, plusieurs voyageurs s'étaient déjà établis près du Sault Sainte-Marie. En 1683, quand Morel de la Durantaye fut nommé commandant, les villages hurons et outaouais sur le détroit étaient séparés par une clôture, et les commerçants français vivaient le long de la rive dans des cabanes de bois rond dont le toit était fait d'écorce de bouleau. A la fin du siècle, les postes de l'ouest furent fermés et, en 1705, les Jésuites abandonnèrent leur mission. Le poste et la mission furent ré ouverts en 171214. Les décennies suivantes furent occupées par le commerce de la fourrure et peu de colonisation eurent lieu, à l'exception de la croissance d'une communauté distincte composée de Métis. Cependant, le métissage représentait un gain pour les peuples indigènes, non pàs pour les Européens. En 1752, arriva Louis Legardeur de Repentigny qui fit construire un nouveau fort et installa comme premier fermier un certain JeanBaptiste Cadotte sur une petite clairière près du fort. En 1755, de Repentigny retourna au Canada pour participer à la guerre contre les Anglais, laissant Cadotte et sa femme Ojibway en charge de la ferme15. Les autres forts-comptoirs - Frontenac, Niagara, Michipicotin, Toronto, Kaministiquia, Temiscamingue, Abitibi - se préoccupèrent du commerce et n'attirèrent point de colons. D'ailleurs, quasiment tout le pays d'en haut était formé d'une masse rocheuse très ancienne et érodée par les glaciers - le Bouclier canadien. La région demeura donc une terre d'avenir.
12. Ernest J. Lajeunesse, c.s.b., éd., The Windsor Border Region. Canada's Southernmost Frontier, Toronto, The Champlain Society, 1960, pp.lii-liii. 13. Vincent Almazar, Français et Canadiens dans la région du Détroit aux XVIIe et XVIIF si2cles, Sudbury, Société historique du Nouvel-Ontario, 1979, pp. 1-67. 14. Stanley Newton, Mackinac Island and Sault Ste. Marie, n.p., 1909, pp. 96-151; Edmund J. Danzinger, Jr., « The Coming of the French to Lake Superior», in The Chippewas of Lake Superior, Norman, University of Oklahoma Press, 1978, pp. 26-41. 15. Archives Nationales du Canada, MGl, Série B, vol. 93, foIs. 8, 9, 15 ; ibid., Série C11A, vol. 97, fol. 141 ; vol. 105, fol. 12. Repentigny poursuivit une belle carrière après la

Conquête
Repentigny, 256-276.

-

Léonce Jore,

«

Un Canadien gouverneur du Sénégal, Louis Le Gardeur de
15 (1961-1962), pp. 64-89,

1721-1786 », Revue d'histoire de l'Anzériquejrançaise,

Colonisation

compacte et colonisation extensive en Nouvelle France

21

La Nouvelle-France vivait de deux logiques - l'une, la colonie compacte de descendants des 12 000 immigrants français, de 1 000 étrangers naturalisés et de 800 captifs de la Nouvelle-Angleterre dans la vallée du Saint-Laurent; l'autre, la colonie extensive des pays d'en haut, territoire amérindien où se trouvait une population française clairsemée, dispersée de part et d'autre aux endroits stratégiques pour le commerce, les missions et l'intérêt militaire. Dans la colonie compacte, une minorité amérindienne habitait des réductions (réserves) dirigées par les missionnaires, tandis que dans la colonie extensive, une petite minorité francophone habitait des postes parmi les Amérindiens qui leur accordèrent l'hospitalité.

Sous le parapluie de la souveraineté française, les « nations sauvages»
maintinrent leur autonomie; les Français, par contre, y trouvèrent leur compte aussi, car ils imposèrent leur souveraineté par l'intermédiaire des nations alliées contre la Grande-Bretagne. Le professeur G. Winius dans ses études de la colonisation portugaise, qualifia leur politique de s'en tenir à des têtes de pont de thalassocratique16.Ce fut la politique de Champlain et des marchands associés pour la traite de la fourrure au début du XVIIe siècle au Canada et en Acadie. Ce fut l'Eglise catholique et la bureaucratie du gouvernement royal qui ont voulu une colonie de peuplement dans la vallée du Saint-Laurent. Le fait que cette colonie se soit établie sur un grand fleuve menant au bassin des Grands Lacs détermina le développement de son économie et son expansion territoriale à partir des cours d'eau, selon le modèle potamique décrit par Adolf Rein17. Ils ont pénétré le pays d'en haut par les cours d'eau. Mais, à l'intérieur de cet hinterland, ils n'ont établi que des
postes de contrôle

-

contrôle

de la traite avec les Amérindiens

et surveil-

lance militaire. Pas plus. En somme, la dépendance des Français sur l'amitié, le commerce, les alliances militaires avec les autochtones, fut la clef de leur succès dans une colonisation sans peuplement. L'historien Fernand Ouellet et le géographe Serge Courville, dans leurs études de la colonisation compacte du bas Saint-Laurent, affirment qu'il y avait un espace structuré -la seigneurie, la côte, la Coutume de Paris. Ouellet insiste beaucoup sur les valeurs d'une société terrienne

d'Ancien régime. Courville parle de « la maîtrise totale du territoire par
l'établissement d'une société rurale stable capable d'auto-reproduction »18. La conquête britannique en 1760 n'a point rompu cette colord-

16. B. W. Diffie & G. D. Winius, Foundations of the Portuguese Empire, 1415-1580,
Minneapolis, University of Minnesota Press, 1977, passim. 17. Adolf Rein, Die europanische Ausbreitung über die Erde, Potsdam, 1931, p. 122.

18. Serge Courville,
graphique

«

Espace, territoire et culture en Nouvelle-France: Une vision géo-

», Revue d'histoire de l'Atllérique française, 37, 3 (1983), pp. 417-429 ; Fernand
«

Ouellet,

La formation d'une société dans la vallée du Saint-Laurent: d'une société sans

classe à une société de classes », Canadian Historical Reviezv, 62, 4 (1981), pp.407-450. Courville utilise aussi les concepts de territorialité et d'urbanité qu'on retrouve chez Claude Raffestin, Pour une géographie du pouvoir, Paris, Librairies techniques, 1980, R. D. Sack, HUt1lal1Territoriality. Its Theory and History, Cambridge, Cambridge University Press, 1986,

22

COLONIES, TERRITOIRES, SOCIETES

sation. compacte. Au contraire, la région du régime seigneuriale demeura francophone et catholique en dépit d'une politique britannique d'assimilation. Dans le pays d'en haut une culture proprement locale se développa aussi. Autour des postes, nous retrouvons d'abord la colonie militaire, caractérisée par une pénurie de femmes blanches, quoiqu'il y eut des esclaves et des concubines amérindiennes. A cette colonie viennent s'ajouter quelques voyageurs et coureurs de bois, trafiquants de fourrure pour la plupart, avec leurs compagnes et enfants. Il y eut d'habitude près du poste un village amérindien dont les habitants poursuivaient un train de vie traditionnel. Il y eut aussi dans la région des Grands Lacs des villages

métis dont les habitants demeurèrent « sauvages de mœurs », catholiques de religion, et rattachés au commerce français de la colonie. Les postes en question furent, sans exception, situés à des endroits stratégiques pour le transport et les communications, le commerce, la guerre et les missions. Les emplacements des futures villes canadiennes et américaines furent souvent les points de rencontre traditionnels fréquentés des autochtones depuis des siècles.

et M. Bélanger,
pp.11-16.

«

L'urbanité

de Québec », Cahiers de géographie du Québec, 25, 4 (1981),

Ville, Etat, implantation et société en Louisiane française
La variante
«

m.ississipienne

»

du m.odèle

colonial français en Am.érique du Nord* Joseph ZITOMERSKY

Bien qu'elle ait pris forme dans la partie centrale des vallées des fleuves Mississipi et Mobile dans ce qui apparaît comme le centre géographique des Etats-Unis, et bien qu'elle ait incorporé des aspects canadiens et antillais propres à la société coloniale d'Amérique française, la Louisiane française du dix-huitième siècle n'a suscité que peu d'intérêt parmi les spécialistes de l'histoire coloniale nord-américaine et françaisel. Cependant il est paru ces dernières années aux Etats-Unis un nombre restreint de travaux de recherche qui reflètent, peut-être, de la part des historiens américains, une reconnaissance tardive de cette variété de cultures régionales antérieurement coloniales qui allaient devenir les Etats-Unis. Mais, en même temps, aucun intérêt semblable pour ce sujet ne s'est manifesté dans la recherche canadieIl{le récente. Cette pauvreté relative de la recherche concernant un territoire autrefois français qui, très tôt, entretint des liens étroits avec le Canada avec lequel il avait certaines ressemblances, semble souligner l'importance persistante des frontières des Etats-nations dans l'étude de l'évolution du continent nord-américain. Le destin géopolitique, plutôt que les différents contextes du passé et les différentes possibilités de développements ultérieurs, semble guider la recherche concernant les divers territoires et régions historiques de l'Amérique du Nord française. Peut-être n'est-il pas alors surprenant que cette américanisation des études historiques sur la colonie française de Louisiane ait entraîné certaines orientations historiographiques américanisantes. Qu'elle tr~ite de la Louisiane française comme d'une société coloniale « Sudiste» (c'est
... Comme cet article s'appuie sur certains de mes travaux antérieurs ayant trait aux problèmes de l'espace et de la société en Louisiane coloniale française et en Amérique du Nord au "début de la période moderne, je me suis permis, pour des raisons d'espace, de me référer à quelques-uns de ces écrits qui donnent une présentation plus complète de points soulevés dans le texte, et de signaler aussi quelques oeuvres qui viennent soutenir mon propos, plutôt que de me référer dans ce dernier cas directement aux oeuvres elles-mêmes. 1. Pour ce qui concerne le contexte historiographique de la recherche sur la Louisiane coloniale française évoqué dans ces premières pages, voir Zitomersky (1994a : ch.l, particulièrement pp. 4-23).

24

COLONIES, TERRITOIRES, SOCIETES

à dire esclavagiste, multiraciale, marquée du sceau de la « frontière»)

ou comme le lieu d'une démocratie locale de la frontière, ou encore qu'elle aborde le processus d'implantation coloniale et de formation sociétale en

Louisiane du point de vue de la « thèse de la frontière» de Frederick
Jackson Turner, la recherche américaine récente a contribué à séparer la Louisiane française des autres colonies françaises d'Amérique, du Canada en particulier. On en est ainsi venu à assimiler l'évolution de sa société à ce que l'on présumait être le développement de certaines régions de colonisation britannique contemporaine qui allaient devenir les EtatsUnis. Là aussi, les destins géopolitiques ainsi que les écoles de pensée en histoire géo-culturelle qui leur sont associées, semblent avoir dominé l'étude d'une société coloniale d'Amérique du Nord autrefois française. Même les rares études qui considèrent fondamentalement la Louisiane comme un lieu de colonisation française, se préoccupent presque exclusivement de sa partie sud, ce qui a pour effet de limiter la compréhension des éléments extensifs au continent qui sont caractéristiques de l'Amérique française et ont contribué à sa formation (cf., G. Hall, 1992a ; Hirsch

et Logsdon, 1992).

.

L'analyse de la construction et du contexte spatial de la Louisiane au dix-huitième siècle, tant dans leurs dimensions locales que territorialement extensives (particulièrement par rapport au Canada), nous permettra peut-être de faire un premier pas pour réinsérer ce territoire dans le véritable contexte comparatif des colonisations françaises en Amérique auquel, en fait, il appartient. Nous nous attacherons tout d'abord à signaler certaines ressemblances et différences dans les schémas spatiaux et sociétaux des colonies françaises de ~ouisiane et du Canada. Puis, après avoir présenté l'approche américaniste de la Louisiane selon la thèse de Turner, nous nous proposons de mettre en évidence une série d'éléments communs sous-jacents à l'organisation spatiale ainsi que le processus général dont participaient .ces deux régions et que la Louisiane partage, nous semble-t-il, avec le Canada. Nous étudierons, pour finir, leur mode d'application spécifique en Louisiane. Ceci nous permettra de souligner conjointement l'existence d'une approche de l'organisation territoriale et sociétale commune aux différentes parties de l'Amérique du Nord française, et ses diverses formes d'expression. De plus, en considérant cette approche de l'organisation socio-spatiaJe comme, à la fois, extensive et locale, nous pensons offrir un cadre plus englobant et plus intégrant, qui permettra de mieux appréhender l'occupation territoriale et la construction sociale en Amérique du Nord française que ce n'est habituellement le cas dans la recherche canadienne bien établie sur ce sujet. Pourtant, si cette dernière a mis en lumière l'étendue et l'importance de l'activité de l'intérieur canadien, elle s'est intéressée presque exclusivement à la vallée du Saint-Laurent plutôt qu'à l'intérieur, ou aux rapports entre la vallée du Saint-Laurent et l'intérieur, autant en ce qui concerne l'organisation et l'implantation territoriales que la forma-

Ville, Etat, implantation

et société en Louisiane française

25

tion sociale. Ce faisant, elle a manqué une occasion de percevoir que ces rapports étaient peut-être l'expression d'une forme d'organisation sociospatiale encore plus large et plus inclusive dans laquelle la vallée pourrait, conceptuellement et empiriquement, n'être perçue que comme une composante locale-régionale2. Ici, encore une fois, au Canada et tout particulièrement au Québec, les développements géo-politiques ultérieurs relevant d'un mode ethno-régional spécifique ont peut-être influencé la perception du passé. Indirectement, cette focalisation ethnorégionale a aussi une fonction parallèle et de précurseur par rapport à l'intérêt presque exclusif que certains ouvrages récents sur la Louisiane coloniale française portent à la société de la partie inférieure du Mississipi. Ceci semblerait impliquer que, tant pour la Louisiane que pour le Canada, la nature essentielle de l'implantation territoriale et de la société ne saurait être perçue que dans la partie aval de la vallée.

ACTIVITES ET ESPACE PREMIER APERÇU

DE TYPE CANADIEN

EN LOUISIANE:

,

En raison de ses origines, sa mission géopolitique, ses vastes dimensions, son orientation fluviale, ses diverses activités territorialement extensives, de ses relations avec les Amérindiens et de sa destinée ultime, traits spécifiquement canadiens, il n'est pas difficile de comparer la Louisiane au Canada. On considère traditionnellement que la Louisiane française a été officiellement fondée au début de 1699, quand une expédition militaire de Canadiens et de Français sous commandement canadien arriva de France, via les Antilles, pour établir un fort sur la côte sableuse du Golfe du Mexique. Mais, dès la dernière partie du dix-septième siècle, ce territoire avait été le lieu d'une activité exploratrice, militaire, commerciale et missionnaire qui s'étendait des Grands Lacs, dans l'arrière-pays canadien vers le sud-ouest jusqu'à la vallée du Mississipi. De plus, bien que cet événement ne soit pas habituellement analysé dans le même contexte, on peut remarquer que le début de l'année 1699 est aussi le moment précis où les missionnaires, qui remontaient depuis le cœur laurentien du Canada vers l'intérieur du pays, élargirent le territoire couvert par les efforts de leurs prédécesseurs; ceci en fondant le premier

établissement permanent de « mission avec coureurs de bois» sur les bords fertiles du Mississipi en « pays des Illinois », dans ce qui allait de2. On peut trouver certaines exceptions partielles dans les quelques rares études qui traitent des modèles de participation dans la traite des fourrures ou des migrations dans l'intérieur, comme Dechêne (1974), Lessard, Mathieu et Gouger (1988) et Gouger (1993), qui traitent en même temps de l'activité, de la population et de l'implantation dans l'intérieur et sur le Saint Laurent.

26

COLONIES,

TERRITOIRES,

SOCIETES

venir la partie nord de la Louisiane française. D'autres allaient suivre leurs traces, au cours du dix-huitième siècle, avec des origines et des buts tout à la fois semblables et différents. Dernière colonie française fondée en Amérique du Nord, la Louisiane devait combler le vide stratégique qui séparait les possessions insulaires françaises des Antilles (Saint Domingue,la Martinique et la Guadeloupe) des colonies continentales du nord (Canada et Acadie)Î elles-mêmes fondées presque un siècle plus tôt. Durant le dix-huitième siècle la Louisiane allait devenir, comme le Canada, une colonie « de grand espace », occupant une partie (et revendiquant une part plus grande encore) de la vaste région qui s'étendait des Monts Appalaches à l'est jusqu'aux Montagnes Rocheuses à l'ouest, du Golfe du Mexique jusqu'au bassin des Grands Lacs et au Canada. Se ~onstituant en grande partie sur et autour des systèmes fluviaux du Mississipi et du Mobile, la Louisiane en vint à occuper la vaste partie centrale du grand croissant de voie navigable qui s'étendait, telle une longue ligne bleue, du golfe du Saint-Laurent vers l'amont de ce fleuve et de l'Ottawa, traversant les Grands Lacs, descendant le long du Mississipi depuis le pays des Illinois jusqu'au golfe, puis se continuant jusqu'aux Antilles. Affirmant, en même temps que le Canada, les prétentions géopolitiques de la France sur une large partie du vaste intérieur nord américain, face aux revendications de la Grande Bretagne et de l'Espagne, la Louisiane en .vint aussi à partager avec le Canada la même mission: contenir les Britanniques à l'est des Appalaches. Tant dans ce but, que pour des raisons qui lui étaient spécifiques, la Louisiane, tout comme le Canada, a développé, dès ses origines, des réseaux fluviaux territorialement extensifs, des postes militaires, commerciaux et missionnaires. Ceci l'amena aussi à établir des relations d'alliances, d'échanges et d'évangélisation avec les Amérindiens, ainsi que des rapports de subsistance, car les différents postes de l'intérieur dépendaient souvent de l'apport en nourriture des villages amérindiens voisins. Durant les années 1760, la Louisiane allait partager le sort géopolitique du Canada et, comme lui, sortir de l'Empire français pour entrer dans le giron de l'empire britannique mais aussi de l'Espagne. La Grande-Bretagne s'empare du territoire à l'est du Mississipi, les Espagnols des terres à l'ouest de ce fleuve, ainsi que de la Nouvelle-Orléans et de la région attenante sur la rive est du delta. Plus tard, en 1783, avec l'indépendance américaine, allait être incorporée aux Etats-Unis presque toute la partie est de l'ancienne Louisiane française, puis, en 1803, avec l'achat par les Américains de la Louisiane, la partie ouest de ce territoire.

,
.

~ ~

1

Ville, Etat, implantation

et société en Louisiane française

27

DIFFERENCES

AVEC LE CANADA

Même si, par ses origines, son contexte et ses activités territoriales, la Louisiane ressemblait beaucoup au Canada, il existait aussi des différences importantes dans leur morphologie spatiale, leur économie et leur régime socio-politique et racial. La somme de ces différences peut paraître suffisamment signifiante pour suggérer l'existence de deux sortes de sociétés coloniales tout à fait distinctes à l'intérieur du même vaste espace français d'Amérique du Nord. Ceci justifierait qu'on les considère séparément et de traiter de la Louisiane d'un point de vue non-canadien, sinon anti-canadien, pour adopter une approche plus américaniste semblable à la perspective que l'on retrouve dans la recherche américaine récente sur la Louisiane coloniale française. En contraste avec le Canada, dès ses débuts, la Louisiane s'est constituée sur le plan territorial à partir de deux zones d'accès et d'établissements potentiellement importantes: l'une sur la côte, l'autre à l'intérieur dans le pays des Illinois. Il est possible de penser qu'avec une telle zone d'accès par l'intérieur, la Louisiane ressemblait en fait aux colonies britanniques continentales qui s'étendaient du sud de la Virginie à la Géorgie. En effet la Grande Vallée de Virginie constituait, pour celles-ci, un corridor intérieur drainant la migration vers le sud dans les régions de l'arrière-pays à partir de points situés dans les colonies plus au nord. Comme nous pourrons le noter cependant, la Louisiane différait aussi de ces territoires du sud de l'Amérique britannique en raison des relations immédiates et durables que son intérieur et sa côte entretenaient ensemble. Davantage encore en contraste avec le Canada, la Louisiane avait aussi, sur sa région côtière, deux points d'accès territoriaux potentiels aux embouchures de ses deux systèmes fluviaux, le Mississipi et le Mobile. Aussi, à la différence du Canada, elle n'allait parvenir à constituer dans sa morphologie territoriale qu'une seule ville quasi-primordiale, la Nouvelle-Orléans, située au sommet des réseaux fluviaux couvrant la quasi-totalité du territoire et contrôlant l'activité géopolitique, gouvernementale, économique et religieuse3. Par contre, Québec, capitale, porte océane et la plus grande ville du Canada, ainsi que Montréal, son entrepôt pour le commerce intérieur des fourrures et le lieu de rencontres diplomatiques de haut niveau avec les Amérindiens de l'intérieur, se partageaient les fonctions urbaines de l'ensemble du territoire de cette colonie. De plus, nous ne retrouvons dans le régime politique de la Louisiane, que peu de ces éléments corporatistes ou féodaux qui existaient, bien que limités, au Canada; grandes ou petites, les terres y étaient accordées en

3. Sur certains aspects importants français, voir Clark (1970).

du rôle territorial de la Nouvelle-Orléans

sous régime

28

COLONIES, TERRITOIRES, SOCIETES

franc alleu, et il n'existait ni droits, ni privilèges seigneuriaux, ni aristocra tie4. En outre, vers la fin de la deuxième décennie de son existence officielle, la Louisiane commença à accroître ses activités militaires, commerciales et missionnaires de type canadien et à se développer pour devenir une colonie de peuplement agraire et d'exploitation des ressources naturelles, comme le Canada l'avait fait. Mais, ce faisant, elle s'incorporait une autre forme de système socio-politique du Nouveau Monde, se différenciant ainsi, encore une fois, du Canada. Empruntant une partie de son régime aux Antilles, particulièrement dans le Sud, mais aussi dans le pays des Illinois, la Louisiane en vint à organiser pour une bonne part son économie domestique, basée sur les cultures commerciales, la forêt et l'exploitation de minerais, et son système social sur l'exploitation d'esclaves africains et un quasi système racial de castes régissant les relations sociales - ceci en contraste plus grand encore avec le Canada (G. Hall, 1992a; McGowan, 1976). En effet, au fur et à mesure qu'on circulait du nord jusqu'au centre ouest et au sud du grand croissant américain français, depuis le Canada jusqu'en Louisiane et aux Antilles, on avait l'impression de suivre la trame des lignes socio-politiques qui menaient à des sociétés ayant plus

complètement réalisé la « Transition nord-américaine ». On passait d'une
société d'états à une société d'égalité formelle devant la loi et un système de classes sociales. En d'autres termes, on pourrait parler d'un passage d'une société de nobles à une société de notables, du moins en ce qui concernait les Euro-Américains. De la même manière, on passait à des sociétés où un esclavage racial, fondé sur un quasi système de castes, prenait de plus en plus d'importance, où l'Etat et son armée, déjà puissants au Canada, se transformaient en mécanismes de contrôle et d'intégration plus importants même que l'église établie qui, elle, devenait par ailleurs moins riche et moins influente qu'au Canadas.

LA POSITION

DE L'AMERICANISTE

DE TYPE TURNERIEN

Si, par un certain nombre de modes sociétaux ou territoriaux, la Louisiane peut apparaître comme une implantation française en Amérique du Nord différente du Canada, certaines études américaines récentes sur la Louisiane française, en ayant diversement recours à un point de vue
«

turnerien », ont effectivement concouru à déplacer la perception potenéventuel-

tielle de la Louisiane comme une colonie française d'Amérique,

4. Pour un traitement antérieur de ce point, voir Zitomersky (1994b [1989] : 56ff). 5. Pour une réflexion antérieure sur le régime socio-politique, voir Zitomersky (1994b [1989] : 56, 59-63).