CONSTRUIRE LA GRANDE PYRAMIDE

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Comment, face à l'accomplissement de la grande pyramide, ne pas s'interroger sur les moyens de sa mise en œuvre par une société de cultivateurs, de pêcheurs et de chasseurs qui édifia l'une des plus incroyables entreprises de tous les temps ? Comment s'étonner que, depuis deux siècles, archéologues, architectes, ingénieurs, visionnaires aient rivalisé d'imagination pour, chacun, imposer " la " solution ? Cet essai part des spécificités du chantier, des problèmes impossibles à esquiver, pour aboutir au monument parfait.
Publié le : lundi 1 janvier 2001
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EAN13 : 9782296225626
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CONSTRUIRE
LA GRANDE PYRAMIDE
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Inscription du Mont Saint-Michel dans le volume
de la Grande Pyramide
"Saint-Michel surgissait, seul sur les flots amers,
Chéops de~l'Occident, pyramide des mers,
Je songeais à l'Egypte aux plis infranchissables,
A la grande isolée éternelle des sables"
Victor Hugo, Les quatre vents de l'esprit III@L'Hannatlan,2001
ISBN: 2-7475-0846-3Jean ROUSSEAU
CONSTRUIRE
LA GRANDE PYRAMIDE
L'Harmattan L'Harmattan Inc. L'Harmattan Hongrie L'Harmattan Italia
55, rue Saint-Jacques5-7, rue de l'École-Polytechnique Hargita u. 3 Via Bava, 37
(Qc)75005 Paris Montréal CANADA 1026 Budapest 10214 Torino
FRANCE H2Y lK9 HONGRIE ITALlEDu même auteur:
.AtJastabaset p}'ramides d'Ég)'Pte ou la mort dénom-brée, Éditions de
l'Harmattan, 1994.
. Discussions in Egyptology (Oxford) :
«Réhabilitationd'un célèbre scribe », nOS, 1986.
« Les pseudo canons égyptiens », n08, 1987.
« Les calendriers de Djoser», nOll, 1988.
« Analyse dimensionnelle de la pyramide de Chéops », n022, 1992.
«Métrologie et coudée », n033, 1995. ,
«Analyse de monuments de l'Egypte proto-
historique », n038, 1997.
« A propos de la pierre de Palerme », n039, 1997.
er
«Les panneaux gravés des appartements d' Ounas, Pépi 1 et
Merimré », n047,2000.
. Archéo-Nil
« La conception de la palette de Narmer» , n° Il, 1988.
. Sigila
« Les secrets du vieux Thot », n07,200l.
Mes remerciements vont au Professeur Jean Yoyotte qui m'a permis de consulter les
ouvrages de la Bibliothèque du Collège de France et à Béatrice Midant-Reynes pour
l'accueil que j'ai trouvé auprès d'elle; de même à Alexandra Nibbi à qui je dois cE
régulièrement publier dans Discussion in Egyptology.
Je remercie enfin tout particulièrement Minouche Yavari et Michel Santi-Weil,
architectes, auteurs de la majorité des 120 dessins et plans qui illustrent ce livre, ainsi
que Dominique Godfard qui assura -avec quelles patience et compréhension-
la transcription, les corrections et la mise en page du manuscrit.
Couverture d'après une photographie de A.-M. Jugnet et A. Clairet.Sommaire
Introduction .. .. .. .. ... .... . ... ... .. ... . 7
Première partie Les tombes égyptiennes de la
préhistoire à Chéops 17
Chapitre 1 Les tombes préhistoriques et thinites 19 2 Les pyramides à degrés 29
.. ......
Chapitre 3 Les de Snefrou, premières
pyramides véritables 41
Deuxième partie La Grande Pyramide 51
Chapitre 4 Présentation du complexe de Chéops 53 5 La structure de la Grande Pyramide 69
Chapitre 6 Le projet. Le choix du site 77 7 L'implantation de la pyramide 89
Troisième partie La production et le transport des
ma té ria ux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
Chapitre 8 L'extraction des matériaux de construction 99 9 Le transport des dalles et des 107
moellons .
Quatrième partie La construction de la Grande Pyramide 115
Chapitre 10 La taille et la pose du parement 117 Il Les procédés de construction 135
Chapitre 12 Le démarrage du chantier 165
Cinquième partie La conception" coudique" de la Grande
Pyramide. . ... .... .. .... ... .. 173
Chapitre 13 Les "règles" de l'architecture égyptienne 175 14 Les plans "coudiques" de la Grande Pyramide.. 183
Con c lus ion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 205
Ann ex es. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 209
Bibliographie 217
In d ex. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 221
Sources des
illustrations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 223Introduction
Encore la Grande Pyramide...
N'a-t-on pas déjà tout dit - et son contraire - de la Grande Pyramide,
depuis le reportage qu'Hérodote fit de sa visite sur le plateau de Guizeh
quelque deux mille ans après son achèvement? Selon lui cent mille
Egyptiens entassèrent, vingt années durant, les énormes blocs de calcaire
dont elle est constituée. Comment? Il n'en dit presque rien. Aussi, depuis
deux siècles, archéologues, architectes, ingénieurs, visionnaires, illuminés
ou même prophètes, rivalisent d'imagination pour imposer "la solution" de
sa construction avec d'autant plus de conviction qu'elle est d'évidence
irréaliste: telle, parmi les plus récentes, celle selon laquelle les ingénieurs
de Chéops auraient fait construire des dizaines de biefs pour élever,
d'écluse en écluse, des moellons1 de pierre suspendus à des pontons
flottants; tandis que des dizaines de milliers de porteurs d'eau
s'essoufflaient à acheminer jusqu'au sommet, l'eau du Nil nécessaire au
gigantesque escalier liquide.
Soyons indulgent; pour qui se rend au pied de la pyramide, comment
ne pas s'interroger, sinon sur le sens d'un tel accomplissement, du moins
sur les moyens mis en œuvre par une société de cultivateurs, de pêcheurs
et de chasseurs qui, à peine sortie de la préhistoire, édifia une des plus
incroyables entreprises de tous les temps. Et la plus vaine.
La plus vaine. La Grande Pyramide, on le sait, devait à tout jamais
protéger la divine dépouille de Chéops et l'accumulation de biens de tous
ordres dont tout roi ne pouvait se priver pour son céleste voyage et son
éternel séjour parmi les étoiles impérissables, ses pairs. Mais dans les trois
modestes caveaux de la Pyramide, rien: nulle momie, nulle trace d'une
offrande, d'une inscription. Nulle mention d'un quelconque visiteur
égyptien, grec, romain ou arabe, si ce n'est dans la Chambre du Roi un
sarcophage ébréché, abandonné de travers et sans couvercle2.
1 Moellons: blocs de pierres qui, dans ce qui suit, désigneront toujours des blocs plus
ou moins bien équarris. En général les "moellons" sont de petite taille; mais ici par
extension on désignera par moellons, des blocs pouvant atteindre 15 tonnes.
2 Le sarcophage figure en position et à l'échelle sur le dessin ci-avant de la pyramide
enveloppant le Mont Saint Michel.Les treize prenlières pyralnides
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8Abandonné par des violeurs... A moins que la Grande Pyramide n'ait
été qu'un gigantesque cénotaphe, un ouvrage symbolique pour le ka1 du
roi - son double - lequel comme toutes les fictions surnaturelles, traversait
alors sans effort les cinquante mètres de pierres entassées qui séparaient le
caveau des faces de la pyramide.
La plus incroyable. Au plein sens du terme car les soldats, les
prisonniers ou les ouvriers de Chéops qui ignorant la roue ou la poulie, ne
disposaient que de leurs bras, d'outils rudimentaires et de traîneaux de
bois pour tailler, tracter et assembler, toujours plus haut, quelque deux à
trois millions de blocs ou de dalles dont certaines pèsent plus de soixante
tonnes.
La Grande Pyramide n'est cependant pas un avatar de l'histoire.
Témoin prestigieux d'un incomparable savoir-faire, elle est
l'aboutissement d'un long processus qui, en un ou deux millénaires, mène
des simples tombes préhistoriques creusées à même le plateau, aux
monumentaux mastabas2 de briques - tombeaux des rois des deux
premières dynasties - et à la première pyramide de pierre, celle de Djoser à
Saqqara. Construite cent cinquante ans plus tard, la Grande Pyramide
s'inscrit ainsi dans une tradition cultuelle qui ne cessa d'évoluer, de se
codifier, et qu'illustrent le long du plateau occidental, les six grandes
pyramides, toutes différentes, qui l'ont précédée.
Dès l'agonie de Snefrou père de Chéops, on imagine volontiers les
grands prêtres-architectes de la Maison de Vie d'Héliopolis3, dépositaires
des règles secrètes dictées par Thot,4 tout occupés à décider des
dimensions, des caractéristiques de la future tombe du roi sans trop se
soucier des difficultés qu'accumulerait le respect à la lettre de leur projet.
Un peuple allait une fois de plus se mobiliser sans attendre. Car qui
connaissait à l'avance la durée du règne du roi? Le déplorable échec de
l
ka: entité exprimant la force vitale qui se substitue symboliquement au défunt et en
tient lieu pour l'éternité. Mourir, c'est "passer son ka". Les dieux possèdent
exceptionnellement 14 ka, collection de vertus et de puissance. Rien n'arrête le ka mais,
pour être immatériel, il n'en avait pas moins besoin de nourriture. Le roi naissait avec
son ka et, à sa mort, c'est son ka qui était interrogé lors de la pesée de son âme.
2 Mastaba: "banquette" en arabe. De forme allongée, ces constructions rectangulaires
pouvait atteindre cent mètres de long. Celles-ci recouvraient le caveau du roi et
contenaient des biens entassés en surface dans des dizaines de magasins clos à tout
jamais. Ou presque.
3
"La cité du soleil" au nord-est du Caire. La plus importante "Maison de Vie". Siège
du haut clergé et du "bureau d'études" en charge des constructions royales. Dépositaire
des archives et des secrets des dieux.
4 Patron des scribes, dieu du savoir, de l'écriture, du temps, du calcul, de l'astronomie,
etc.
9Sekhemkhet1 ne saurait se reproduire, dont la pyramide avait été
abandonnée à sa mort, son premier degré à peine achevé. Point question
donc de laisser s'écouler le gros de la crue du Nil, de perdre quelques
mois avant de rassembler à nouveau tous les moyens disponibles, avant
d'organiser un chantier de dizaines et de dizaines de milliers de
travailleurs. Un où il ne s'agirait pas simplement d'empiler à toute
allure des millions de blocs (chaque assise, chaque couloir, chaque
dispositif, peut-être même le nombre des moellons, tout aurait en effet
sens) ni de courir le risque - impensable en vérité - que les quatre arêtes
divergent et "manquent" le pyramidion2qui matin et soir, s'éclairerait des
premiers et derniers rayons du dieu Ré3.
Les premières pyramides, celles à degrés, furent assez aisées à
construire: superposition de plusieurs mastabas de dimensions
décroissantes, leur géométrie pouvait s'accommoder d'une relative
imprécision. Mais pourquoi Snefrou, arrière-arrière petit-fils de Djoser se
mit-il en tête de disposer d'une véritable pyramide pour dissimuler sa
dépouille? Décidé à en simplifier le volume, il avait tout compliqué. A
trois reprises, puisqu'après s'être essayé à édifier une étrange pyramide
rhomboïdale à la pente dédoublée, il fit recouvrir de quatre faces lisses la
pyramide à huit degrés de son père Houni, avant de parachever son œuvre
de plus grand constructeur de tous les temps, en élevant sur le plateau
désertique de Daschour, la première véritable pyramide de l'histoire: la
Pyramide Rouge. La perfection de formes enfin atteinte, Chéops pourrait
se satisfaire d'une seule pyramide. Une seule. A condition qu'elle fût la
plus grande, la plus haute, la plus parfaite. Mais que de précautions à
prendre pour s'assurer que nulle approximation, nulle erreur angulaire
quasi indécelable, n'entraînent un vrillage imprévisible des arêtes car on ne
pourrait évidemment pas retailler les deux cent mille moellons qui en
constitueraient le parement.
, Quantaux blocs pesant en moyennedeux à trois tonnes, commentles
Egyptiens s'y prirent-ils pour les assembler? Bien des interrogations
demeurent et les informations sont rares. Certes quelques sondages à la
mèche débouchent dans une cavité emplie de sable, quelques mesures
électromagnétiques révèlent une certaine hétérogénéité du volume. Assez
pour entretenir l'espoir de découvrir en son sein quelque trésor. Toutes
énigmes qui n'aident en rien à reconstituer la procédure constructive
retenue ou plutôt les procédures car il tombe sous le sens qu'il fallut
associer plusieurs techniques pour installer, en place, de telles charges à
des hauteurs aussi diverses. Et puis comment ne pas rappeler que le roi -
1 Fils de Djoser. Son complexe jouxte celui de son père. Il ne régna que 6 ans.
2 Monobloc de granit de forme pyramidale qui coiffait (ou devait coiffer) les pyramides.
Ré, le soleil, présidait la grande Ennéade (les neuf principales divinités). Après
Chéops, ces derniers deviendront "fils de Ré" dans la titulature des rois.
10quoique déjà dieu - était, sur terre, mortel et qu'il devait dans les plus
courts délais disposer du complexe funéraire indispensable à son céleste
établissement? Même si Hérodote nous rapporte que "la pyramide elle-
même avait demandé vingt ans d'efforts" tandis que "aupréalable lepeuple
avait été opprimépendant dix ans pour construire /0,chaussée par laquelle
on traînait lespierres", est-il possible que Chéops, devenu roi, ait accepté
de tels délais alors que son éternité en dépendrait?
En revanche il est un consensus sur lequel désormais presque personne
ne revient. Les charges empilées, qu'elles eussent été modestes ou
mégalithiques, furent acheminées sur de simples traîneaux de bois. Mais
acheminées jusqu'où? Jusqu'à l'ultime assise? Pour les uns et non des
moindres, de Ludwig Borchardt1 à Jean-Philippe Lauer2, les Egyptiens
construisirent nécessairement de gigantesques rampes perpendiculaires aux
faces; procédé, très simple dans son principe, qui fut utilisé à de
nombreuses reprises. Du moins pour élever des charges à faible hauteur.
Mais de là à édifier de monstrueux talus dont le volume de boue, de
briques et de troncs d'arbres eût approché celui de la future pyramide? Le
recours exclusif aux rampes radiales bute sur les contradictions qui lient et
contraignent volume, hauteur, longueur et pente.
Aussi depuis quelques dizaines d'années retient-on volontiers
l'hypothèse de rampes dites englobantes, illustrée par la célèbre maquette
de l'Institut de Boston et éloquemment défendue en France par Georges
Goyon3 selon lequel une seule rampe s'enroulait autour de la Grande
Pyramide; rampe en lits de briques, de nattes et de troncs de palmiers,
accrochée à des blocs, à des "corbeaux,,4 débordant des faces. Grâce à sa
Ludwig Borchardt (1863-1938), célèbre égyptologue allemand. Sa contribution à
l'exploration des pyramides et à leur compréhension fut très importante.
2 Jean-PhilippeLauer(1902-),architecteet égyptologuefrançaisqui, pendant70 ans,
s'est consacré notamment à l'exploration et à la réhabilitation du complexe de Saqqara).
3 Georges Goyon, égyptologue français, spécialiste des grands travaux pharaoniques
(cf. Le secret des bâtisseurs des Grandes Pyramides, Paris, Pygmalion, 1977).
4 Bloc laissé brut à l'extérieur d'une face afin que sa saillie favorise par exemple
l'accrochage d'une rampe ou la pose d'un échafaudage.
Ilpente modérée tous les moellons, même les plus lourds, eussent été
aisément transportés. Mais qu'un tel échafaudage - car c'en est un - eût dû
résister vingt ans à la sécheresse, aux orages, aux tremblements de terre,
relève de la foi, méconnaît l'exigence de la convergence des arêtes toujours
masquées et implique qu'il eût fallu procéder au polissage des faces au fur
et à mesure du démantèlement de la voie spiralée.
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Enfin, plus récentes propositions, celles des américains Martin Isler et
Peter Hodges, qui suggèrent une élévation des blocs d'assise en assise à
l'aide de leviers et de cales, le long de gigantesques escaliers extérieurs.
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12En la matière rien n'est simple. Surtout si, pour aborder sans a priori le
problème de la construction de la Grande Pyramide, l'on accepte de se
confronter aux contraintes d'un chantier aussi exceptionnel, de partir du
projet, de sa raison d'être, des expériences historiques antérieures, de la
nécessité de concilier réalisme, précision et délais, d'éliminer tout risque
d'échec ou d'erreur, et de hiérarchiser en conséquence de multiples
impératifs. Bref de toujours se mett~e en situation, en tentant de se
souvenir - ne l'oublions pas - que les Egyptiens parvinrent à construire la
septième merveille du monde, "forcément" en moins de dix années.
Pourquoi? Parce que la moyenne des règnes était alors de l'ordre de 15
ans et que les cimetières des dignitaires et de la famille de Chéops furent
respectivement "ouverts" à la Sème et 12ème année du règne.
* * *
Ce livre comprend cinq parties:
La première rappelle l'évolution des tombes égyptiennes, depuis les
simples excavations de la fin du néolithique et les mastabas royaux en
briques des deux premières dynasties, jusqu'à la Grande Pyramide de
Chéops (4ème dynastie).
La deuxième présente la Grande Pyramide. Après la description du
complexe qu'elle écrasait de son volume, seront évoqués sa structure en
assises horizontales, l'élaboration du projet, le choix du site de Guizeh et
son implantation.
La troisième porte sur l'exploitation de gigantesques carrières et le
transport des divers matériaux concourant à la construction: moellons de
calcaire extraits du plateau de Guizeh ou au sein des collines de Toura sur
l'autre rive du Nil; lourdes dalles de granit en provenance d'Assouan, loin
dans le sud. Leurs transports terrestre et fluvial soulevaient des problèmes
non moindres que ceux de la construction elle-même.
Dans la quatrième partie, la de la Grande Pyramide, sont
discutées les conditions concrètes qui eussent permis à l'Inspecteur des
Travaux de présenter à son dieu-roi la pyramide parfaite conçue pour un
jour accueillir sa royale dépouille. Ce qui soulève le problème du
ravalement desfaces et des arêtes ainsi que celui du contrôle régulier de la
géométrie de l'ouvrage. Quant à la montée des charges sur les assises, on
ne retiendra que trois procédés pour leur réalisme et la simplicité de leur
mise en œuvre: la montée des moellons par leviers et cales; la traction sur
des traîneaux empruntant soit des rampes zigzag construites le long d'une
face, soit des rampes dites tunnel, rampes internes progressant au sein
13même de la pyramide. Seront enfin évoqués le démarrage du chantier, sa
conduite et les possibles aléas susceptibles de le retarder.
Ces quatre parties traitent des principaux problèmes que soulève toute
construction et, a fortiori, celle de la Grande Pyramide eu égard à son
gigantisme et aux moyens tr~s limités dont, à peine sortis de la
protohistoire, disposaient les Egyptiens. Leurs solutions impliquaient
d'établir au préalable un dossier de plans d'exécution très complet et très
précis. Aucune improvisation ne pouvait être envisagée. Il en serait de
même de nos jours. Hélas! aucun archéologue n'a jamais mis à jour un
quelconque de ces plans, objets de la cinquième partie, et on a peu
d'espoir d'en jamais retrouver dans le sous-sol d'Héliopolis, siège de la
principale Maison de Vie de l'époque.
Mais il se trouve que les constructions égyptiennes furent -pour des
raisons évidemment cultuelles- conçues en référence à une problématique
numérique systématique, aux règles très contraignantes, qui s'appliquait
aux dimensions, aux cheminements intérieurs à l'infrastructure. Il est
apparu que leurs longueurs exprimées en doigts1sont notamment multiples
ou sous-multiples de nombres dits "consacrés" :
-les uns, le couple 17 et 19, le premier nombre étant plutôt connoté aux
ténèbres, à la mort, à Osiris (?) ; le second, à la lumière, à la vie, à Ré.
Ces nombres, souvent associés, on les retrouve avec une fréquence très
anormale dans les expressions les plus diverses de la culture égyptienne
tout au long de ses trois ou quatre millénaires2.
- les autres, d'origine calendaires, correspondent à la durée en jours des
cycles annuels, à savoir:
.348 = 29x12 jours (année lunaire courte), 354 = 59x6 jours (année
lunaire longue) et 384 jours, année lunaire extra-longue à 13 mois,
toujours en usage dans le Proche Orient et, en particulier, en Israël.
. 365 jours (73x5), 366 jours (61x6), année bissextile déjà connue
du roi Djoser (cf. p. 31).
29, 59, 73 et 61 sont les nombres premiers caractéristiques de ces
cycles.
1 La coudée royale mesurait 52,5 cm. Elle se partageait en 7 palmes et 28 doigts.
2 Ainsi les colonnes de l'entrée du complexe de Djoser sont "ornées" de 17 ou 19
follicules. Le péristyle du temple funéraire de Chéops est à 19x2 piliers dont 17x2 sont
carrés. Osiris fut tué par son frère le 17 du mois d'athyr et ressuscité le 19. Mathusalem
vécut 969 ans, soit 17x19x3 années. Selon Manéthon, 17x17 rois auraient régné durant
la 19ème dynastie! (lLest toujours, en Italie, un nombre maudit I).
14Plus les dimensions et les cheminements étaient multiples ou sous-
multiples de l'un ou de plusieurs nombres consacrés, plus était affirmé, le
caractère lunaire/solaire et sans doute conjuratoire d'un ouvrage, passage
vers l'éternité du Souverain, ou lieu de culte d'un dieu éternel.
Et comme tous les relevés des archéologues, transposés en doigts,
peuvent s'exprimer par de telles combinaisons de nombres en un tout
cohérent et indissociable -et qu'il en est de même pour les autres
pyramides-, nous sommes fondés à proposer une restitution quasi
complète de la Grande Pyramide dont on retiendra ici -à titre d'illustration -
qu'avec une base estimée à 17x19x19x2 doigts (environ 230,20 m) et une
hauteur de 17x460 d (environ 146,60 m) :
-la longueur de l'arête est à quelques cm près de 365x32 d (solaire),
- le plan médian de l'infrastructure est à 17x384 d (lunaire) de la base
ouest,
- le cheminement entre le seuil de l'entrée de la pyramide et :
. le haut du Grand Degré, est de 17x19x19 d, demi-base de la
pyramide,
. l'entrée de la Chambres des herses, est de 17x365 d (solaire),
. l'axe de la niche désaxée de la Chambre de la Reine, est à
17x348 d (lunaire),
. la longueur du sarcophage de Chéops, est à quelques millimètres
près de 61x2 d soit 366/3 d (solaire), son périmètre étant lunaire
puisque de 348 d...
Remarque:
Comme ces considérations dimensionnelles ne sont évidemment pas
utiles à la compréhension des problèmes de la construction de la Grande
Pyramide, objet des quatre premières parties de l'ouvrage, leur
présentation est reportée en cinquième partie, mais afin d'y sensibiliser le
lecteur, on rappellera, à l'occasion, en cours de texte, quelques exemples
significatifs de ces nombres. Ils seront soulignés et en général exprimés
sous la forme de multiples du nombre premier dit "caractéristique" de leur
lignée respective1. Ainsi 29 et 59 sont des nombres premiers lunaires
(puisque 12 x 29 = 348 et 6 x 59 = 354) ; 61 et 73 des nombres
premierssolaires(puisque6 x 61 =366 et 5 x 73 =365). L'usage de 41
sera justifié p. 177.
1
C'est ici l'occasion de rappeler que la décomposition de tout nombre en ses éventuels
diviseurs premiers est unique. Ainsi, on ne peut obtenir 365 à partir d'autres
multiplicateurs que73x5.
15Première partie
Les tombes égyptiennes,
de la préhistoire à Chéops1
Les tombes préhistoriques
et thinites1
Vint l'époque - il y a des centaines de milliers d'années - où l'homme
initie ses premiers ateliers au sol jonché d'éclats de silex, et invente la
division des tâches. Il diversifie ses armes, contraint peu à peu la matière,
construit des pièges à gros gibier, des abris ceints de murets. Désormais
l'intelligence humaine féconde tout ce que la main lui soumet. Le javelot,
l'arc décuplent les bras; les doigts s'attardent sur la glaise humide des
cavernes, des mains s'inscrivent en négatif sur le roc ou tracent de timides
signes sur des parois qui vont bientôt se couvrir de milliers de peintures
d'animaux; surtout en Europe. Enfin hier (c'était il y a 8 à 15.000 ans),
notre proche ancêtre initie ici ou là, l'élevage, l'agriculture, le tissage, la
brique, la poterie, la menuiserie, la construction navale, l'orfèvrerie, toutes
technologies qui vont perdurer sans notables progrès jusqu'à nos jours.
En revanche du passage de la survie instinctuelle aux premières
manifestations d'une pensée déjà constituée, c'est-à-dire projective et
symbolique, nous ne savons rien. Quand donc émergel\ade ces cerveaux
animaux la conscience de l'Autre; donc la conscience d'Etre ? Quand donc
apparut corrélativement l'angoisse la plus essentielle, celle de la mort,
puisque la confrontation à la mort d'autrui renvoie à jamais à sa propre
destinée de mortel? La mort révélée allait tout bouleverser, tout structurer.
Satisfaire aux seuls besoins biologiques ou affectifs n'était plus la seule
fin. Désormais la magie, les mythes, pouvaient envahir la vie individuelle
et collective d'une espèce nécessairement en quête d'une survie dans un
nécessaire au-delà. La dépouille des morts devient objet de culte, qu'il faut
protéger. Près des squelettes dont la disposition et les traces d'ocre rouge
ne peuvent relever du seul hasard, quelques objets usuels, quelques
offrandes ou le souvenir d'un geste de piété. Puis bientôt des gravures sur
des os, des traits, des coches, nombres ou signes d'une "écriture" toujours
à la recherche de lecteurs.
1 Thinite: la période thinite couvre les deux premières dynasties (-3100 à -2700). C'est
"l'adolescence du monde pharaonique" (G. Pozener). Thinite est dérivé du nom de la ville
de This, "capitale" de Haute Égypte.Les immenses forêts qui courent de l'Atlantique à la Mer Rouge
reculent et se muent en déserts. Les nomades se réfugient dans des oasis
ou au bord de marais. La végétation est luxuriante, la faune variée et
abondante, les terrasses accueillantes. Le Nil, dans son débordement sans
cesse renouvelé au rythme des trois saisons!, fertilise, réassure et inquiète
à la fois. Les graminées et les céréales sauvages, piétinées ou broutées par
des troupeaux de bovidés, de caprinés et de porcins, renaissent à ljl décrue
grâce aux prêtres sorciers. Comme son frère mésopotamien, l'Egyptien
devient sédentaire sans même s'en rendre compte tant ces nouvelles
pratiques sont lentes à acquérir. Ici et là les habitants s'entraident - car le
fleuve commande - se regroupent en gros villages, tantôt chasseurs
d'oiseaux, pêcheurs de poissons-chats, ou cultivateurs. S'ébauche une
véritable société puisqu'on se dispute des terres, des récoltes et que
certaines familles s'imposent par leur force, leur piété, leur savoir et leur
prospérité qu'elles n'ont dès lors de cesse d'accroître. Leurs champs, leurs
propriétés (?) s'étendent, comme leur influence et le nombre de leurs
obligés. Bref est à l'œuvre une structuration économique, sociale,
religieuse, politique, qui en quelques millénaires se cristallise en un
chapelet de principautés rivales.
Ainsi s'élabora en vagues successives et au gré du désert ou de
l'inondation, au gré des rencontres, luttes et osmoses, le lent
cheminement de l'homme condamné à progresser. Des hordes, des tribus
s'échangent des techniques, des mythes, des secrets, des cultes et des
rituels. Ou se les imposent. Ainsi se sont forgés des royaumes, se sont
épanouies des cultures, chacune apportant à son heure sa pierre pour
ensuite se satisfaire d'emprunts. Avant de s'effacer à tout jamais. Ainsi
naissent et meurent les grandes pulsions civilisatrices, telle celle qui allait
féconder la vallée du Nil.
En Égypte les plus anciennes tombes, ce sont des tranchées recouvertes
de débris végétaux ou de sable. Proches de squelettes déjà en position
fœtale, quelques cornes de bovidés, premiers indices d'un culte qui, avec
Hathor2, domine la religion égyptienne. De premières poteries, de
nombreuses pointes de flèches (certaines enchâssées sur les os)
"accompagnent" les morts. Bientôt des excavations circulaires ou ovales se
mêlent aux huttes dressées sur des soubassements de pierres empilées ou
de briques séchées, moulées à la main. Près des dépouilles, des graines,
un outil de silex, un coquillage, un vase agrémenté de lignes
géométriques, d'incisions ou de ponctuations, voire de quelques esquisses
1 Les trois saisons de l'Égypte sont de quatre mois. Elles correspondent aux semailles,
aux récoltes et à la chasse ou à la pêche pendant l'inondation.
2 Hathor: une des plus archaïques déesses du panthéon égyptien. Mère du dieu Horus et
de Isis. Déesse des femmes, de l'amour, voire de l'ivresse. Parfois figurée par une vache
au visage de face, encadré d'oreilles et d'une perruque, la tête surmontée de deux cornes
enserrant le disque solaire.
20rappelant les bovidés. De nouveaux indices ou attentions nous informent
sur une société déjà structurée, tels ce sceptre orné que serraient les
phalanges d'une main ou ces colliers de coquillages, de perles d'os, de
pierres, ou encore ces quelques fleurs fanées posées, il y a six mille ans,
sur une poitrine aimée.
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L'habitude se prend d'enterrer les défunts dans de véritables
nécropoles. Les morts ont ainsi leur village. Les offrandes reposent plutôt
à l'ouest sur une banquette qui plus tard deviendra une niche puis une
pièce. Ça et là, des œufs d'autruche, des plumes, des os, des arêtes et
même des meules, car l'éternité sera longue. Les morts sont protégés par
des nattes, des peaux de chèvre, de gazelle, ou même par des étoffes de
lin. Les parois des plus grands caveaux se doublent de planches derrière
lesquelles s'entassent des jarres pleines de nourriture, préfiguration des
futurs magasins des grands mastabas thinites. Sur les poteries, des
peintures d'animaux ou d'humains, bientôt des barques. Les figurines en
glaise moulée sont ponctuées de petites cupules; les préoccupations
astronomiques se révèlent par l'orientation des corps (tête au sud, face au
couchant) ou par une coupe décorée d'un soleil qui se lève ou se couche
derrière une montagne. Ou encore, par référence à des nombres premiers
17, 19, 29... base d'une numérologie calendaire (cf. chapitre 14).
21A.f!tatuetted'EI-Amrah
(Musée de Saint-Germain)
, 9 coches1 1 +8 -
Os magdalénien
Statuette prédynastique
(Chancelade, Dordogne) (British Museum)
7+10. U coches , 9x3 ou 29x2 poin< .")ns- -
En quelques siècles cette civilisation gagne toute la vallée"puis le d~lta.
Ce sont les temps des demi-dieux, premiers souverains de l'Egypte, demi-
dieux dont tout procède, à l'exception d'un clergé qu'on imagine
préoccupé de contrôler la prolifération de croyances et d'asseoir, près du
roi, un pouvoir qui repose sur le secret, les pratiques magiques, le
monopole du savoir et de l'écriture naissante. Désormais de nombreuses
tombes sont construites en briques séchées selon une technique bien
maîtrisée. Leur distribution, la qualité de leur agencement, la capacité de
tracer des angles droits, révèlent une pratique architecturale déjà à l'œuvre,
qui suppose la conception d'un projet, sa caractérisation chiffrée par
rapport à une unité de mesure prise comme référence et la transmission
orale (ou transcrite) des informations nécessaires à sa réalisation. Plus
surprenante, la propension à orienter au nord une diagonale de certaines
tombes rectangulaires.
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