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Conter et chanter en pays Redon

168 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1992
Lecture(s) : 173
EAN13 : 9782296264908
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CONTER

ET CHANTER

EN
PAYS DE REDON

DANS LA MÊME SÉRIE :

Le Pays de Redon
Études d'éco-sociologie

Le présent ouvrage a pu paraître grâce au concours de l'Association de Roger Bastide, du Laboratoire d'ethnologie de l'Université de Paris V et de M. Yves Rocher. Que tous les responsables veuillent bien trouver ici l'expression de notre vive gratitude.

PHOTOGRAPHIE

DE LA COUVERTURE: La chanteuse Jeannette avec Jeanine FRIBOURG MAQUIGNON

Copyright

L'Harmattan,

1992

ISBN: 2-7384-1273-4

Association Roger Bastide Université de Paris V
sous la direction de Philippe LABURTHE-TOLRA

CONTER ET CHANTER EN PAYS DE REDON
Études d'ETHOLINGUISTIQUE et d'ETHNOMUSICOLOGIE Alain BURBAN Eugène COGREL Yves DEFRANCE André-Marie DESPRINGRE Jeanine FRIBOURG Philippe LABURTHE- TOLRA Jacques LARRIS Jean-Louis LATOUR Olivier MAITRE-ALLAIN et les enfants de l'école de SAINT-SÉGLIN

Association Roger Bastide Laboratoire d'Ethnologie de Paris V-Sorbonne
L'Harmattan, Paris, 1992

Philippe LABURTHE- TOLRA

Introduction

Fêtes de jour et de nuit
Notre précédente publication pouvait apparaître comme un discours sur le pays de Redon, discours de gens venus d'ailleurs, si bien intentionnés fussent-ils. Ainsi peuHl en sembler au regard superficiel, à l'oreille inattentive. Car notre méthode se veut d'abord recherche intime d'autrui, dans un mouvement de rencontre et de participation à la même vie. Et déjà, dans ce premier volume, apparaissaient, nombreuses, maintes voix et présences du pays « gallo », auxquelles notre
ambition théorique n'était autre que de faire écho en une sorte de don en retour, de re-don à Redon, si l'on me permet ce jeu de mots riche de sens. Dans le présent volume s'élève plus nette encore la voix même de Redon et de son pays. Chansons, récits, discours, analysés bien sûr, ou saisis dans leur genèse, par nos techniques plus ou moins savantes, mais qui n'ont pu devenir opératoires que dans un climat de confiance et d'amitié, où l'on comprît ce travail intellectuel comme notre réponse la plus vraie à la chaleur de l'accueil. A nouveau, tels ces Festou-Noz où tous sont conviés, le présent recueil pérennise l'effort de nombreux compagnons réunis d'ici et d'ail1eurs, même si, comme en toute fête amicale, on regrettera telle ou telle absence d'un être cher ou connu vainement espéré. L'architecture de ce recueil issu de soirs de fêtes est simple. La lettre initiale de Jean-Louis Latour est celle de l'accueil, - l'accueil qu'il nous a fait n'étant que reflet d'un accueil général à l'humanité qu'il a incarné avec tant d'éclat dans sa passion de toute une vie pour la Renaissance de la culture bretonne. J'aurais honte de ternir par des commentaires l'émotion sobre qui parle d'elle-même au coeur de ses souvenirs de lutteur. Et comme suite à cette évocation globale

8 de Festou-Noz, le reste de ce modeste ouvrage s'articule en deux volets évoquant les deux manifestations vocales de la fête: le chanter et le parler. Il y manque évidemment l'acte qui les couronne: le danser, qui signifie dans le geste, qui accomplit en action la communion sociale. Dès que j'ai connu Jeanine Fribourg, j'ai su que son don et son goût pour la danse la rendaient du fait même meilleure communicatrice que moi. Son étude si sérieuse sur la chanson, qui enchaîne tout naturellement sur l'historique de Jean-Louis Latour, implique aussi en profondeur une étude de la danse, puisque presque toutes ces chansons l'appellent, qu'il s'agisse, selon la classification présentée par Jeanine, de «chansons à thème », de« chansons de circonstances », de « chansons à dizaines ». Les mêmes procédés formels: répétition et rythme, caractérisent chant populaire et danse; les mêmes rôles leur échoient, - d'évasion ludique, de re-création sécurisante du groupe, de connivence identitaire, de protestation morale (dont la protestation politique n'est qu'une modalité éventuelle). Sans doute a-t-on ainsi évoqué en bref l'essentiel de la portée sociologique des arts populaires. Dans son portrait de Jeannette Maquignon, remarquable
«

artiste du peuple» qui sut conserver en mémoire les chants

et l'art de chanter d'autrefois, Yves Defrance illustre de façon émouvante et sensible ce que j'ai dit de notre méthode propre d'ethnologie: à savoir la manière dont le chercheur s'engage, se compromet en profondeur, dès que la relation avec son informateur devient précisément ce qu'il souhaitait, une véritable rencontre. Yves Defrance parle alors d'« observation interparticipante ». Soit. J'ajouterai simplement qu'en elle réside l'essentiel des difficultés d'enquête que l'auteur évoque en commençant. Selon mon expérience, toute rencontre réelle est échange, réciprocité, et la richesse de l'information vient toujours de ce que le chercheur a su répondre sur le pied d'une certaine égalité à la demande (en tous les sens du terme) que n'a pas manqué de lui adresser son informateur. Notre art est ainsi exigeant sur tous les plans, - y compris affectif. Même s'il y trouve sa manne, l'ethnomusicologue ne peut pas feindre ici l'amitié pour la chanteuse; tous ceux qui connaissent Jeannette Maquignon avoueront la reconnaître dans ce portrait exemplaire, d'une exactitude criante jusque dans les détails, qui ne peut avoir été inspiré que par l'attentive sollicitude du cœur.

9

Sur un air justement chanté par Jeannette Maquignon, André-Marie Despringre centre un puzzle subtil, à la fois appel à la prise en compte de la science musicologique et exemple technique aussi simple que possible de ce que pourrait apporter l'analyse structurale d'une mélodie. Peut-être certains perdront-ils pied ici. Puzzle n'implique-t-il pas en effet perplexité? Il n'est pas bien sûr que la méthode structurale renseigne sur l'histoire, et l'auteur doit être loué d'adjoindre Bastide à Lévi-Strauss s'il s'agit d'étudier le devenir des chants dans un contexte concret. En tout état de cause, c'est une vraie chance pour ce recueil que de voir, grâce à deux talents différents, se déployer ici dans une vaste étendue la variance de cette jeune science complexe qu'est l'ethnomusicologie. Les non-spécialistes seront plus à l'aise en ethnolinguistique, s'il s'agit de saisir l'intérêt d'une approche scientifique moderne (qui reste d'ailleurs foncièrement la même qu'en musique) dans le domaine familier du récit. Avec en annexe un « corpus» hélas très bref - trois contes d'Alain Burban et deux histoires drôles d'Eugène Cogrel - l'essai d'un brillant élève de Mme Fribourg, Olivier Maitre-Alain, constitue le coeur de ce recueil. Il sait là nous initier aux problèmes formels, faire comprendre en quoi consiste la structure d'ensemble d'un conte, où l'opposition disjonction/conjonction suffit en général à résumer tout le récit; il signale la nécessité d'examiner les circonstances de l'énonciation de ce récit, avec la distance du conteur par rapport à son public, sa compréhension de ce public, son emploi d'une langue particulière mais pas trop archaïque, sa référence au passé sur le mode de l'ambiguïté ironique. - L'analyse du contenu du conte précise d'autres oppositions qui s'incarnent dans des personnages typés, ouvriers, villageois travailleurs et pauvres, aux prises avec la hiérarchie technico-administrative et avec les transformations de leur monde, ce fond plutôt tragique étant traité avec des procédés comiques, jeux de mots, exagérations invraisemblables, caricatures satiriques, allusions grivoises ou scatologiques. Le lien est relâché, mais cependant non rompu avec la tradition fantastique de l'imaginaire celte. En ce qui concerne les fonctions du conte, sur quoi il conclut, l'auteur illustre et exemplifie tout naturellement les positions théoriques précédemment énoncées par J. Fribourg. Il

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termine en exprimant son anxiété quant à l'avenir de cet art de conter. Mais la leçon même de ces contes, n'est-ce pas que le courage et l'humour suffiront à maîtriser l'infortune? Le petit corpus en annexe transcrit les contes en orthographe classique et les histoires drôles en essayant de rendre mieux l'oralité. Deux narrateurs seulement ont été retenus, ceux à qui la parole est donnée dans les entretiens qui suivent: l'un, avec Alain Burban, recueilli par J. Fribourg, l'autre avec E. Cogrel par J. Larris. L'un travaille par écrit, l'autre non; tous deux composent à partir du vif de l'expérience. Ils nous livrent des détails fort intéressants sur leur travail de créateurs actuels embrayant sur la tradition, ainsi que sur l'intercommunion qu'ils établissent avec leur public. Le recueil est couronné par le joli conte de la Petite Poulette et par sa re-composition dans le cadre de l'école primaire de Saint-Séglin. Grâce à ces enfants, l'art de conter s'avance les mains tendues vers l'avenir et cette expérience témoigne qu'il n'y a pas d'enseignement (fût-ce le plus révolutionnaire), sans un minimum de tradition au sens exact du terme, c'est-à-dire de transmission de certaines au moins des richesses du passé. C'est sur la reconnaissance de cette vérité de bon sens que repose l'espoir raisonnable que l'on peut fonder sur le futur de nos patrimoines culturels, et en particulier en ce qui concerne la relève des chanteurs et des conteurs qui rendaient si vivante la culture du pays gallo. Je ne saurais terminer cette introduction sans rendre hommage à Mme Fribourg qui a été l'âme de nos enquêtes et de ce recueil. C'est pourquoi j'ai tenu à la voir figurer sur la couverture de ce livre à côté de Jeannette Maquignon. Chacun sait sa compétence, son amitié chaleureuse, son dévouement. Elle vient de quitter l'Université, mais elle n'en continue pas moins à travailler avec courage dans le domaine de la recherche, même si ce retrait imposé par des lois discutables constitue une perte sans remède pour l'enseignement. Nous souhaitons qu'elle veuille bien longtemps demeurer auprès de nous en continuant de se montrer, par son savoir et son humanité la disciple exemplaire de son maître Roger Bastide.
Ph. LABURTHE- TOLRA

]ean.Louis LATOUR

Lettre sur la Renaissance de la Culture populaire en pays gallo
A Jeanine Fribourg et Philippe Laburthe

Redon, Janvier 1991 Chers amis, Vous m'avez demandé à plusieurs reprises de coucher sur le papier ce que j'avais présenté à vos étudiants d'ethnosociologie lorsque pour la première fois, avec eux, vous

abordiez les rives du « Pays de Redon» en 1980. Ce soir-là, je
leur avais rapporté comment une culture orale écrasée, ridiculisée souvent, une culture de « pauvres» parce que portée par les gens du milieu rural, marginalisés dans une société de plus en plus axée sur une technologie galopante, comment donc cette culture avait pu être recueillie, retransmise, valorisée jusqu'à être respectée, pour qu'enfin on vienne en faire une analyse savante contribuant ainsi à la culture universelle! longtemps hésité à répondre, considérant que d'autres étaient mieux placés pour en parler avec le recul nécessaire, et enfin accepté comme témoin du phénomène, ayant vécu le processus pendant vingt-cinq années! Car, en fait, il s'agit bien de cela: une « longue marche» qui J'ai

aujourd'hui terminée!

a trente

ans d'existence

et n'est toujours

pas

C'est en juin 1960, un dimanche en fin d'après-midi à Saint-Just, petite commune schisteuse proche de Redon, que je
fis la connaissance d'Albert Poulain. L'après-midi avait été

12

chaude,

consacrée

à une

course
«

cycliste

locale,

voyant

les

coureurs s'escrimer comme des

chats d'écureuils»

sur un

circuit vallonné. A cette heure, les buvettes étaient prises d'assaut par des spectateurs altérés, et comme assez souvent encore à l'époque un chanteur, boek à la main, s'exprimait vigoureusement, repris en choeur par d'autres formant cercle autour de lui. Je m'approchai et me mêlai aux répondants, lorsque deux gendarmes, « revêtus de leur uniforme », inquiets de la « forme» des gaillards, arrivaient de leur côté! Ils firent comprendre à notre soliste éberlué, que, sous peine d'être

appréhendé
Si pouvaient même au rebellion avancé? chansons!

pour

«

ivresse et scandale sur la voie publique », il
se taire.

devait réprimer

sa joie de vivre, tout simplement

François Villon et ses compagnons de basoche se permettre de rosser le guet, il n'en allait pas de Pays de Redon en 1960 ! Qui se serait permis une envers les représentants d'un état démocratique Personne sans doute, et surtout pas pour fait de

Ainsi donc, chanter sur la voie publique un soir de fête villageoise était répréhensible. Jacques Tati, lui-même, dans son morceau de gloire, n'y avait pas songé! Le groupe tout déconfit s'était tu et je proposai alors au soliste de me suivre jusque chez moi, à Redon, là on pourrait chanter autant que l'on voudrait, tant pis pour les voisins! Nous nous retrouvâmes, quatre ou cinq en appartement au deuxième étage et, la « bolée» aidant, nous chantâmes, fenêtres ouvertes, jusque vers les minuit! Les passants, dans la rue, s'arrêtaient pour écouter... mais nul n'intervint. Ce fut le début d'une longue amitié qui ne s'est jamais départie, même si nos chemins ont pu prendre depuis, des cours différents. Ainsi donc, il était malséant de chanter, de chanter en public, de chanter de vieilles mélodies traditionnelles, issues pour certaines du fond des temps, mais mal venues, en celui-ci ! Ah, si nous avions chanté « Yéyé », alors là, rien à dire, mais des « chansons bretonnes » « subséquemment », il fallait se

méfier! Si déjà, nous ne nous étions sentis porteurs d'une

13 identité culturelle, ce genre d'intervention nous l'eût découvrir et cela allait d'autant plus engager notre démarche! fait

Nous avions, ce soir de juin, retrouvé le plaisir de chanter ensemble, nous allions alors faire équipe pendant des années pour chercher, recueillir d'autres, toujours d'autres airs, les apprendre et ensuite les redonner au peuple dont ils étaient sortis, tentant de lui redonner en même temps sa fierté d'en être le porteur!
* * *

L'aventure

était de taille: il nous fallait d'abord

capter la
«

confiance des personnes rencontrées. Que voulaient ces

villo-

quets »1 à venir ainsi chez nous, pour faire quoi? Enregistrer de vieilles chansons? Bien sûr, c'est pour en faire de l'argent sur notre dos, ou alors, c'est pour se moquer de nous une fois de plus! Voilà ce que l'on pouvait entendre des gens qui dans le temps vendaient à vil prix ou échangeaient armoires sculptées, tables-maie, coffres contre des chaises « formica» ou « Galeries Barbès )) à des brocanteurs affairistes! Quelque temps après, ils pouvaient voir l'armoire, née au XVIIIe siècle, à la vitrine d'un antiquaire de ville mais à un prix décuplé, ou même beaucoup plus! même

Et d'abord

«

enregistrer

», c'est quoi?

Patiemment,

il

fallait expliquer la nature de l'engin (un gros magnéto Philips à bande, lourd, encombrant, impressionnant). Alors la crainte s'installait: il va faire sauter l'électricité! Une fois repérée la seule et unique prise de courant de la pièce, il fallait faire la preuve que tout se passait bien. De là à chanter alors dans le micro... rien n'était encore acquis! Et c'est comme cela qu'Auguste Lebreton, le Père Gus comme nous disions, devint notre complice. Voisin d'Albert, il avait été le premier généreux donateur et l'un des plus importants: ouvrier agricole, allant de fermes en villages, il

avait un répertoire
chansons, il comprit
1 habitants des villes.

intarrissable
vite l'intérêt

! Aimant

«

le jeu », les
de

pour lui de faire partie

14

l'équipe! Toujours prêt à nous suivre, il jouait sur le terrain, le rôle de « provocateur ~~. Insoupçonnable, parce que du « cru », il entamait le dialogue puis rapidement les chansons. Infailliblement, le plus réticent s'y laissait prendre et, pour ne pas être en reste, entonnait « l'autre version ~~ la chanson. La de glace était rompue, le charme avait joué, le chant remplissait la pièce et aussi les cœurs... ! C'est ainsi qu'Eugène Jouan de la Méaudais en Allaire pris ». « Ah, vous avez 63 ans, moi aussi! On est de la classe! Alors creusez donc» ; et on vidait chopine! Eugène, gravement handicapé, dans sa maison à la pièce unique, au sol de terre battue, nous a chanté pendant des heures et des heures de bande! Mélodies et ridées se succédaient, qu'il scandait en frappant d'un bouchon sur la table! Enregistrement, écoute, chanson du Père Gus pour relancer: que d'heures passées, que de richesses acquises, que d'amitié aussi!

fut

«

«

on chantait, cela nous passait le temps!

- Eh bien,

Comment avez-vous retenu tout cela? » lorsque nous étions à charruer avec les bœufs,
»

Et c'est ainsi qu'une chanson entendue un jour de noces d'un gars de Pluherlin, atterrissait à Allaire mais là, elle était revue à la mode de l'endroit, au style du chantou... C'est une

bonne vingtaine de

«

La Cour du Palais» qui a pu être ainsi

retrouvée dans un rayon de cinq lieues autour de Redon! Qui dira encore que ce peuple était inculte? Notre quête n'avait pas de cesse; chaque fin de semaine, samedi soir, dimanche après-midi, nous allions chez l'un, chez l'autre, chez « Milie », à Travassot, chez « Nana» à la Poterie, chez les « sœurs Prévert» où l'une nous chanta trois couplets d'une chanson entendue une seule fois, près de soixante-dix ans plus tôt, lors de la réfection de la charpente de la maison, alors qu'elle avait sept ou huit ans! Cette mémoire, cette faculté d'entendre et d'inscrire dans sa tête nous sidérait toujours! Il est vrai que nos amis n'avaient pas le système auditif pollué par les bruits parasites des moteurs, et les décibels « musicaux» de la radio ou de la télé! Alors tout s'inscrivait intégralement dans leur mémoire comme dans une cire infaillible.

15

Parfois au milieu des chants une histoire,

un conte nous

transportait

dans un autre système et on « l'engrangeait»

aussi, sans faillir. Il nous fallu alors nous-mêmes chanter pour passer à la deuxième phase de notre action, c'est-à-dire redonner à ceux qui nous avaient transmis ces richesses, en faisant la preuve de leur valeur sans forfanterie, certes, mais également sans complexe! Ce fut alors l'époque des fins de kermesses et autres festivités qui nous permettaient d'investir podiums et micros libérés et ainsi, après avoir nous-mêmes répandus quelques airs, d'inviter le public à en faire autant! Bientôt nous fûmes étions invités particulièrement connus et acceptés
«

d'autant Gallo

qu'un et plus

peu partout en Bretagne naissaient les
à venir représenter notre vannetais-gallo

Bals Bretons» où nous

le Pays !

D'autres plus jeunes se joignirent à nous, Jacques (compère présent quatorze années), Daniel, Albert, Erwan, bref, petit à petit « cela» prenait et l'on fut à Nantes, Paris, Quimper, un peu partout. Ainsi s'écoulèrent les années soixante, puis les cinq premières de soixante-dix. Des groupes de collectage étaient nés dans le pays mais aussi sur toute la Bretagne. En 1975, sous l'impulsion d'un géographe, agent de développement culturel et touristique, J.B. Vighetti, tombé amoureux de notre pays de landes et marais, les chercheurs du

pays se rassemblaient en un « Groupement Culturel ~~ dont l'une des premières actions fut de créer « la Bogue d'or ». Quelque temps auparavant, nous avions fait la connaissance d'une chanteuse au talent extraordinaire, Jeannette Maquignon; le contact avait été établi lors d'une journée de tournage vidéo de danses pour le C.N.R.S., par notre ami Claude de SaintMartin-sur-Oust. Jeannette allait énormément nous marquer tous par ses profondes qualités et cela pendant une douzaine d'années! Elle était devenue rapidement un peu notre âme, notre lien à tous, notre référence permanente. Sa porte était toujours ouverte à tous et son coeur... généreux; ouverte pour le jeu et la chanson, mais aussi pour ceux qui éprouvaient tristesse ou désarroi et j'en sais plus d'un qui vinrent ainsi la voir, car sa force et sa sagesse

16

étaient si grandes réconfortés.. .

qu'ils

repartaient

toujours

de chez

elle

Restée veuve assez tôt, elle n'avait pas d'enfant et avait dû se défendre pour être reconnue, et nous étions tous un peu ses enfants; que d'heures passées près d'elle, que de veillées prolongées avec tournées de « bocal» sur tournées de « bocal» ou de « rouspinette » ! On n'en
«

finissait

jamais

et le tout en chansons

ou en

ditons ». Chaque mot était, pour elle l'occasion d'entamer un
))

air nouveau! et il fallait répondre. Elle accepta assez souvent de nous accompagner en nos divagations extérieures et ainsi nous participâmes ensemble à un « festival de la chanson à Rennes. Un soir, nous « passions dans une M.J.C. de quartier populaire. Après un chanteur anarcho-gauchiste, ce fut notre tour. Avec elle, nous étions trois générations de chanteurs puisque des jeunes nous accompagnaient. Nous proposâmes au public de parler de ces chansons et mal nous en prit! Une sorte de jeune égérie maoïste nous fit vertement comprendre que nous relevions du musée, façon antiquités, rien à voir avec eux! C'est alors que du haut des gradins, une voix s'éleva: « Leurs chansons sont peut-être anciennes, mais, camarades, la seule fois que l'on a chanté sur la chaîne à Citroën, ce sont leurs chansons que l'on chantait!
)) ))

Ainsi, celle culture toute simple!

vivait toujours

et c'en était la preuve

Le soir de ses quatre-vingts ans, lorsque nous sommes allés voir Jeannette les bras chargés de victuailles, elle refusa de nous recevoir, son corps robuste, bon pied, bon œil, avait laissé son esprit s'évader et elle ne s'avisait plus de nous... Sa vie si rude avait usé sa tête pleine de chansons, elle ne pouvait plus vivre isolée et il lui fallait trouver une maison où d'autres guideraient la fin de sa vie, si riche... sommes Ce fut pour nous une rupture, dont nous ne nous pas remis... Elle était donc rentrée dans notre vie

l'année précédant

la

«

Bogue d'or

))

de 1975. Ce festival de

chants populaires traditionnels, initié par notre ami, devait permettre de rassembler des dizaines de chanteurs d'abord dans des éliminatoires locales puis dans une finale à Redon, dans