Contes de Tombouctou et de Macina

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Publié le : mardi 27 mars 2012
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EAN13 : 9782296400962
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CONTES DE TOMBOUCTOU ET DU MACINA

Volume 1

Dans la même collection

Jeanne Delais, Les mille et un rires de Dj'ha, 1986.

Collection

«La légende des mondes»

Albakaye Ousmane Kounta

Contes de Tombouctou et du Macina

Volume 1

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

@ Editions L'Harmattan,
ISBN: 2-85802-853-2

1987

PRÉFACE

Le conte occupe, on le sait, une place de choix dans notre littérature traditionnelle. Il est toujours vivant et sa valeur est répandue sur tout le continent africain. Le conte est au service de la société dont il doit assurer la survie. Il s'adresse toujours à la communauté dans sa totalité et ne prend une résonance quelque peu personnelle que lorsqu'il adopte un ton humoristique ou qu'il se charge d'une intention satirique. Il exalte les vertus, le courage, la bravoure, et place le plus souvent l'intérêt du Peuple audessus de tout. Le conte relève du patrimoine culturel et, à ce titre, les anciens éléments hérités de la tradition cohabitent harmonieusement en son sein avec les éléments modernes qu'il porte. Ceci témoigne du principe de l'enracinement du conte dans le passé et de son ouverture sur l'actualité. Le conte œuvre dans le sens de la pérennité de la tradition. En nous référant à ces données quelque peu universelles sur le conte, nous constatons aisément que les Contes de Tombouctou de Albakaye Ousmane Kounta, poète, penseur et désormais conteur malien, viennent confirmer une 5

fois de plus les rapports étroits qui ont toujours existé entre le conte et la société. Ce choix de contes n'est donc pas fortuit car le conte est un genre populaire qui engage dans la lutte pour la survie de la communauté dont il doit sauvegarder et défendre les intérêts. Ceci témoigne donc de l'engagement de l'auteur vis-à-vis des objectifs de notre Parti, l'Union Démocratique du Peuple Malien. C'est ainsi qu'à travers tous ces contes, nous retrouvons partout l'ardeur au travail, le sens de la critique et de l'autocritique, la revalorisation de nos valeurs culturelles, l'amour et le dévouement pour la Patrie, le respect de soi et du bien public, le dévouement à la cause nationale et bien d'autres qualités qui aident à élever le niveau de la conscience politique, morale et intellectuelle du citoyen militant de l'Union Démocratique du Peuple Malien. Puisque l'Union Démocratique du Peuple Malien a en son sein des organisations démocratiques qui portent haut son flambeau et assurent sa pérennité, puisque le conte est une forme d'enseignement, il n'y a pas de doute ue ces contes peuvent être un facteur de sensibilisation et :l'information pour ces différentes organisations. D'abord à l'Union Nationale des Jeunes du Mali qui constitue la pépinière du Parti, les contes enseignent la bravoure, la patience et l'endurance. Presque tous les héros des Contes de Tombouctou sont des jeunes, parfois non initiés, qui affrontent la vie. Ils doivent donc être éveillés, attentifs, toujours prêts à lutter pour sauver leur vie. Ce qui est important, c'est que ces contes tracent devant ces jeunes héros la voie d'une responsabilité future. Ils finiront tous par être responsables, mais avant la fin de leur itinéraire, ils acquerront une conscience plus aiguë de leur mission, forts de leur expérience. Le militant de l'Union Nationale des Jeunes du Mali peut donc s'inspirer de l'expérience de cesjeunes héros pour préparer et consolider sa formation de futur responsable. De même, ces contes enseignent aux militantes de l'Union Nationale des Femmes du Mali le dévouement. La Femme qui est l'élément de base de toutes les communautés doit participer à tous les projets de développement du pays. 6

Ainsi ce n'est pas pour rien que Samba Diam Werdi a emmené sa femme Bollé Olé avec lui sur le champ de bataille. La femme doit participer au redressement du pays aux côtés des hommes pour encourager ces derniers. Si nous jetons un coup d'œil sur les Contes de Tombouctou, nous remarquons que les femmes sont à la base de toutes les grandes actions, de toutes les initiatives des héros. Tout cela pour insister sur la place que la femme occupe dans la société et l'importance qu'elle mérite qu'on lui porte. Aux citoyens, ouvriers, paysans ou intellectuels, ces contes rappellent le sens d'un engagement constructif et surtout de la sauvegarde de l'intérêt public. Cela nécessite dévouement vis-à-vis de soi-même. C'est pour sauvegarder l'image de marque de tous les Peulhs de sa région que Gueladio Hambodedjo va deux fois en guerre: d'abord contre « Hamadi Sina », puis

contre le Bambara de

« Derra

». Un autre exemple plus

frappant: dans le Jugement du Vautour, tous les chiens et toutes les hyènes sont entrés en guerre par dévouement à l'intérêt public. Mais ce qui est plus frappant encore et qui se retrouve dans tous les Contes de Tombouctou, c'est le travail. Tous les héros sont des travailleurs acharnés à tous les niveaux. Même chez les animaux et les plantes on se moque des paresseux. Ce qu'il faut souligner encore, c'est la valeur symbo~ lique attribuée aux héros (animaux ou êtres humains) de ces contes qui, en dehors des leçons de morale sociale plus ou moins faciles à déceler, servent à donner un enseignement en rapport avec la connaissance profonde de la culture malienne. Monsieur Kounta a su trouver la manière d'exprimer le talent, en un mot, l'art nécessaire pour ce faire. Il a dû utiliser deux effets qui ont fait la beauté de ses contes et ont maintenu leur ambiance: il s'agit du Merveilleux et du Surnaturel. Quoi de plus merveilleux que le temps jadis où la vie au pays était paisible, où l'on respirait l'odeur de la verdure dans une nature appétissante, arrosée de bout en bout par une eau limpide et douce! Quoi de plus merveilleux encore que la manière dont les héros se faufilent et 7

échappent aux pièges qu'on leur tend ou aux complots ourdis contre eux! Le surnaturel, on en trouve aussi tout au long de ces récits comme partout au Mali. Tout ceci contribue à l'enrichissement des contes et à l'attirance de l'auditoire avec lequel le conteur doit établir un dialogue ou bien, au terme du récit, épiloguer, poser des questions et expliquer les parties obscures du conte pour en dévoiler entièrement la signification profonde. Le conteur a eu l'habilité d'adapter le récit à tout auditoire, obligeant celui-ci à se transporter dans les régions et les contrées dans lesquelles vivent ou opèrent les personnages des contes. Les Contes de Tombouctou permettront à ceux que leurs occupations ont séparé pendant la journée de se retrouver la nuit pour s'instruire, se réjouir ou partager ensemble les problèmes des uns et des autres. Il naît ainsi un renforcement, de leurs relations. Ces contes aideront ceux qui s'y intéressent, à dégager les leçons de conduite à adopter dans la vie de tous les jours, les enseignements propres à faciliter les rapports à l'intérieur de la communauté. Ils rappellent à l'enfant le respect dû aux anciens et à l'adulte ses responsabilités envers sa famille et envers la communauté au sein de laquelle il vit. Cette œuvre de Albakaye Kounta constitue une contribution inestimable à la recherche de transcription du patrimoine culturel national. Nous ne pouvons que soutenir et encourager de telles initiatives, surtout lorsqu'elles viennent d'un enfant du Pays qui a manifesté, par ces contes, sa disponibilité à apporter sa part de pierres dans l'édification d'un Mali uni et prospère.

Le Président de la République

du Mali,

Général Moussa Traoré
Bamako, le 8 mars 1986

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LE SORGHO

SAUVAGE

ET LE NÉNUPHAR

connaissez certainement le sorgho sauvage Savez-vous qu'arrivé à maturation, S'il baisse la tête, c'est parce qu'un jour, Il fut humilié, il eut honte et voilà pourquoi Jusqu'à la fin des temps, il continuera Toujours à ce stade, à baisser la tête. Vous connaissez aussi le nénuphar Par sa belle fleur, par ses pétales tout blancs, Et par son fruit bourré de fines graines huileuses, Et par ses larges feuilles qui s'étalent Sur l'eau plate des mares, Et par sa tige soyeuse qui dessine Le mouvement des masses d'eau intérieures, Et par sa tubercule noire Gonflée de chair laiteuse et douce. Un jour, il y a cela très longtemps, Lorsque toutes choses étaient douées de paroles, Les céréales se réunirent et décidèrent, pour la fin De la grande sécheresse qui, depuis vingt ans, 9

v ous

Sévissait sur le pays, de tenir assemblée Sur la dune rouge au sable fin Qui longe le fleuve Pour admirer les couleurs du soleil couchant. Car cette année-là, les pluies étaient abondantes, Les mares et les rivières étaient gonflées d'eau, Les plaines et les collines étaient tapissées De fines herbes hautes et vigoureuses. Tout respirait joie et bonheur. Les animaux de la brousse Et ceux des villes sautillaient follement Dans les prairies pour fêter la joie revenue. Les oiseaux chantaient partout Sur les arbres, sur les berges, dans les airs. L'amour était partout Et dans le cœur et sur le visage des hommes. Ce jour-là, à l'heure indiquée, le riz, La variété que nous appelons le «grand riz» Le plus noble de tous les riz, Celui qui, fait de longues graines effilées Entières et blanches qui ne collent pas, Qui glissent dans la main Comme des fils de soie, Portait un grand boubou blanc, Un tricot tout blanc Et un bonnet blanc brodé. Il vint, il s'assit, jambes croisées Comme un pacha. Le mil, lui, portait un boubou Bleu indigo avec une chemise Et un pantalon aux couleurs assorties. Il portait sur la tête un turban De couleur bleu turquoise Qui renvoyaient au loin les rayons jaunes Du soleil déclinant. Il vint et s'assit. Le sorgho blanc, Si blanc qu'on dirait au loin 10

Avoir affaire à des gouttelettes de lait, Mit un boubou en baiin «Petits pois ». Il portait en dessous un caftan blanc Aux longues manches. Il s'attacha un beau turban blanc De jeune marié. Il vint, s'assit et s'accouda sur une main. Le blé, quant à lui, portait Un beau boubou couleur sable Richement brodé à la machine, Avec un turban en gaze de même couleur, Semblable à ceux des chameliers du désert. Il vint et s'assit confortablement. Le maïs, que Dieu vous protège Comme Il l'a enveloppé, portait Douze vêtements couleur mate Dont six boubous et six chemises. Il se mit sur la tête Un turban tissé De longs fils de soie jaune. Il vint et s'adossa sur la dune. Le fruit de nénuphar Se pavanait avec un boubou Et un pantalon noirs cousus main Avec du gros fil blanc. Il vint s'asseoir là, tout à côté. Le choix du sorgho sauvage alla A la tunique et au pantalon ocres Que portent les bergers peulhs. Il n'oublia pas les chaussures en peau tannée Que chaussent tous les hommes du Sahel Pour marcher plus aisément sur le sable. Il vint et s'assit de l'autre côté. Le haricot lui, choisit De porter une tunique rouge 11

Avec de fines rayures blanches Que portent d'habitude les femmes mariées De chez nous. Il se coucha et replia ses jambes en équerre. La tubercule de nénuphar Vint la dernière, retardée par sa coquetterie habituelle. Elle portait un pantalon très serré. Avec une chemise à manches longues Comme en portent les toubabs. Tout le monde rit d'elle Car elle avait oublié de boutonner Et son pantalon Et sa chemise qui laissaient voir, Entre autres choses, Son gros ventre tout rond. Elle se boutonna tout de même, toute penaude, Et dit: - Pourquoi donc riez-vous de moi? ] e suis persuadée qu'avec une bonne sauce Et un morceau de viande grasse, ] e ferais claquer la langue des hommes Et nul ne regrettera de me manger A sa natte, surtout comme dîner. Par contre, il y a dans cette assemblée, Bien des gens que l'on mange Faute de rien Et que même les chevaux et même les ânes N'approchent qu'en cas de disette. Tous se turent un moment, Chacun se sentit visé et vexé Par les paroles de la tubercule. La tubercule de nénuphar Continua longtemps à parler, Puis à bouder, puis à dire des paroles insidieuses, Puis, il se fit un silence long et lourd. Alors, le mil, d'habitude très susceptible Et très sensible, se leva et dit: 12

- Tubercule de nénuphar, C'est donc de moi que tu parles? - Non, par Dieu, non! Il ne s'agit point de toi. Toi, tu es nio et sanio Comme disent les Bambaras Qui te connaissent bien. Jamais, personne n'est morte En t'ayant gardé dans la bouche Ou bien elle te crache et meurt, Ou bien elle t'avale et sourit. Ce n'est donc point toi, grande herbe Des plaines du Sénou, Toi que les gens de la bonne société De Tombouctou viennent chercher jusqu'ici à Djenné, Toi, provision préférée des ca~avaniers du désert. Il ne s'agit point de toi. Celui dont je parle fait la sourde oreille Et sait précisément Que c'est bien lui Que visent mes propos. Le sorgho blanc, si timide, lui dit: - C'est donc de moi qu'il s'agit? - Par Dieu, je ne parle point de toi. Toi qui est blanc comme lait. Ta pâte dispose de beaucoup de force Et ta brisure donne du tonus et de la résistance Aux paysans qui aiment bien En faire leur petit déjeûner. Le «grand riz », tout fier, Savait bien que ce n'était point de lui qu'on parlait, Mais, par acquit de conscience, il dit: - Tu parle donc de moi? - Par Dieu, ce n'est point de toi Qu'il s'agit, loin de là ma pensée, 13

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