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CONTES ET LÉGENDES TANDROY (Madagascar)

96 pages
Ces contes qui parlent du pays Androy, une province de pâturages au sud de Madagascar, personne ne les a jamais lus. Nés de l'obstination d'un auteur malgache, Sambo, qui souhaiterait offrir ce témoignage de la culture de son peuple, ils sont aussi le fruit d'une aventure humaine : c'est la rencontre de Sambo et d'un écrivain français, Olivier Bleys, qui leur a permis de voir le jour. Découvrez donc l'œuvre d'une amitié au-delà des mers.
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CONTES ET LÉGENDES
TANDROY
(Madagascar)

Collection Légendes des Mondes Jeunesse dirigée par Martine Michon, Alliette Sallée et Denis Rolland

@ L'Harmattan,

1999 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris - France

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques, Montréal (Qc) Canada H2Y 1K9 L'Harmattan, Italia s.r.l. Via Bava 37 10124 Torino ISBN: 2-7384-8217-1

SAMBO
Adaptation Olivier BLEYS

CONTES ET LÉGENDES TANDROY
(Madagascar)

L'Harmattan

Collection La Légende des Mondes Jeunesse Martine Michon, Alliette Sallée Denis Rolland

Déjà parus

Contes du Maghreb, LUNDJA Contes Zaghawa du Tchad, M.M. et J. TUBIANA, 2 tomes. Contes du Rwanda, E. GASARABWE Contes toupouri du Cameroun, La sorcière et son fils, S. KLEDA. Contes de l'île de La Réunion, I. HOARAU, A. VANDEVELDE. Contes de la lumière et du gel, Islande, P. deI PERUGIA. Contes blancs d'Afrique noire, J. V AN HEE Blanchette et ses chevreaux face aux dangers du monde, Conte français pour le Rwanda, E. GASARABWE

AVANT-PROPOS

Lorsque je rencontrai M. Sambo à Madagascar, lors d'un dîner d'écrivains, rien ne laissait supposer que nous partagerions un jour semblable aventure. Car c'est une aventure, oui, que de porter au jour ces contes venus du fond des âges, appris des aînés lorsque M. Sambo était encore enfant, puis transcrits et traduits par lui à l'âge adulte, dans le souci louable de faire un abri de papier à ces récits qui n'avaient connu avant lui que vent et parole. Ces contes n'ont jamais été lus, parce qu'ils n'ont jamais été écrits. Vous ouvrez un livre neuf, dont chaque mot porte un peu du pays Androy, cette province de pâturages au sud de Madagascar.

En recevant le manuscrit des « Contes et légendes
Tandroy », tapé avec une machine fatiguée sur du méchant papier de recyclage, j'ai songé aussitôt à l'honneur qui m'était fait. Premier à lire en français ce qui jusqu'alors avait été dit en malgache, j'avais le sentiment de me baigner dans une source pure et préservée: ces récits brefs, parfois énigmatiques, ont pour eux une clarté et une fraîcheur dignes des plus beaux titres de notre littérature populaire. Surtout, ils parlent d'un pays... Dans le fond comme dans la forme, dans l'argument des contes comme dans le chant inimitable de l'écriture, c'est toute la terre des Tandroy qui revit. Il m'a semblé, à tourner ces pages, feuilleter des paysages: défilé de collines sèches; pistes rouges tendues entre les baobabs; forêts où évoluent, prestes et légers comme les soupirs d'une partition musicale, les gracieux lémuriens. .. Ces contes peuvent être lus comme un livre d'histoi-

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re : la civilisation des Tandroy, une société guerrière qui n'admettait ni roi ni suzerain, y figure tout entière. C'est ainsi qu'on apprendra l'importance du beko, un chant traditionnel sans accompagnement, dans l'expression de la sensibilité tandroy ; c'est ainsi qu'on découvrira les rites et les usages liés au zébu, richesse véritable de ce peuple de pasteurs. Les faits d'histoire ne manquent pas eux non plus: pour ceux qu'intéresseraient les guerres tribales du sud malgache, ils en trouveraient ici de nombreux échos. On pourrait pareillement pister la trace de l' iEpyornis, un oiseau géant aujourd'hui disparu, ou celle d'un nouveauvenu déjà dérangeant, l'homme blanc.. .Plusieurs contes en font mention.

Mais si les « Contes et légendes Tandroy » dressent
une véritable chronique de civilisation, leur mérite est ailleurs: dans cette poésie, cette sagesse, ce libre dialogue avec la nature qui font si forte impression sur les hommes de peu de foi que nous sommes devenus. Ces contes, imaginés pour instruire les enfants Tandroy dans un savoir traditionnel, me trouvent aussi nu, aussi démuni qu'eux. Oui, ces contes réussissent où tant de livres ont échoué: ils m'enrichissent sans m'alourdir, ils me font homme, enfin, à vingt-huit ans passés. Pour ce rare bonheur, autant que pour le plaisir continu d'une lecture, je vous suis reconnaissant, M. Sambo ! Olivier Bleys

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POURQUOI NE CONTE-T-ON QUE LA NUIT?

Chez les Tandroy l, il est interdit de conter en plein jour. La narration ne se fait jamais sous le soleil, mais sous les étoiles ou sous la lune, pendant la veillée. Pourquoi ne conte-t-on que la nuit? Parce que le jour est consacré aux activités quotidiennes telles que la pêche, la chasse, l'élevage, l'agriculture, le tressage. .. La journée du paysan est un dur labeur. Conter le jour serait une perte de temps. Cela ne signifie pas que contes et légendes soient des choses futiles. Seulement, à chaque activité son moment convenable. Pour le conte, c'est la nuit. La nuit, tout le monde est au rendez-vous du conte. Le calme, la tranquillité règnent. Après la veillée et avant de s'abandonner à un profond sommeil, on peut mâchonner, ruminer, digérer la noix nourrissante de la chose racontée. La veillée est une école où l'on s'instruit, où l'on se construit, où l'on se cultive. C'est un endroit où l'on peut se délecter de l'art culinaire du narrateur. L'aspect éducatif du conte se retrouve dans la phrase qui clôt chaque narration: « lirioke mitoy lala, itika morofoko sambe hahilala ! » : « Que nous soyons tous sages comme un moineau suivant un chemin droit! ». « Chemin droit» évoque ici le « droit chemin », la prescription d'une vie honnête. En un mot, veiller, c'est apprendre à vivre. Le jour assure la nourriture charnelle, la nuit la nourriture morale. Voilà le rythme binaire qui fait que l'homme tend à s'élever vers la complétude. M. Sambo 7

LA LEGENDE DE LA TORTUE

Deux frères firent cuire une tortue, chacun dans une marmite d'argile. L'un était plus malin que l'autre: il plaça son gibier dans une position renversée dessus dessous, de telle sorte que la tortue ne pût faire le moindre mouvement. Son frère, en revanche, mit la tortue dans une position normale. Ne supportant pas la chaleur qui prenait progressivement possession de l'intérieur, le reptile bougea violemment, à tel point que la marmite se fendit. Ainsi, tandis que l'un des frères attendait la cuisson de son mets délectable, l'autre perdait son ustensile combien précieux. Fâché, le frère imprévoyant réunit la maisonnée et maudit celui de ses enfants qui mangerait de la tortue. L'un était ascendant des Tanosy, l'autre des Tandroy. C'est pourquoi les Tandroy ne mangent pas de tortue. C'est pourquoi, les Tandroy et les Tanosy sont des alliés à plaisanterie.

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