COSMOPOLITISME ET ANTIQUITÉ

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Celui qui est cosmopolite est citoyen du monde. Etre cosmopolite suppose en effet de se déplacer pour rencontrer d'autres peuples, d'autres pays, ou s'ouvrir à ceux qui viennent à sa propre rencontre. Mais être cosmopolite peut aussi signifier dépasser sa dimension d'homme pour aller à la rencontre de Dieu. Les deux grandes religions nées sur les bords de la Méditerranée et tributaires de l'Antiquité proposent des approches du cosmopolitisme qui se rejoignent bien souvent.
Publié le : mardi 27 mars 2012
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EAN13 : 9782296422773
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Midi f{lrra n i{lS
Revue de l'association Méditerranées N° 25 - 2000

Co~mopoliti~m{l
{lt l1ntiquit~

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y lK9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Itafia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

L'illustration de couverture est extraite de l'Hypnerotomachia Poliphili (le songe de Poliphile) l, ouvrage de Francisco Colonna, écrit en 1467 et imprimé par le Vénitien Alde Manuce en 1499.
@ L'Harmattan, 2000 ISBN: 2-7384-9719-5 ISSN: 1259 - 1874

1 Curieuse fantaisie allégorique, en un mélange de latin et d'italien (avec des passages en grec et en hébreu) ; l'ouvrage, illustré de belles gravures sur bois d'un artiste inconnu, est considéré aujourd'hui comme l'un des meilleurs livres illustrés de la Renaissance.

Membres d'honneur : Guillaume CARDASCIA

(professeur émérite d'Histoire du Droit - Université Paris II - Assas)

Jean GAUDEMET (professeur émérite d'Histoire du Droit

- Université

Paris II - Assas)

Directeur de publicatio~ : Jacques BOUINEAU (professeur d'Histoire du Droit - La Rochelle) Comité de lecture Hassan ABD ELHAMID (maître de conférences d'Histoire et de Philosophie du Droit

-

Université Ain Chams du Caire) Claude ANDRAULT (professeur d'Histoire de l'Art - Université de Poitiers) Ivan BILIARSKY (attaché de recherches - Académie des Sciences de Bulgarie) Jean-Marie CARBASSE (vice-président de l'Université de Paris II - Assas) Pierangelo CATALANO (professeur de Droit romain - Université "La Sapienza" de Rome) Jean CEDRAS (professeur de Droit Privé - Université de La Rochelle)

Jean-Marie DEMALDENT (professeur de Sciences Politiques - Université Paris X - Nanterre) Jean DURLIAT (professeur d'Histoire médiévale - Université de Toulouse-Ie-Mirail) Jean-Louis GAZZANIGA (professeur d'Histoire du Droit - Université de Toulouse) Gérard GUYON (professeur d'Histoire du Droit - Université Montesquieu - Bordeaux IV) Andréas HELMIS (professeur d'Histoire du Droit - Université d'Athènes) Sophie LAFONT (professeur à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes) Bemadette MENU (directeur de recherche au C.N.R.S) Cemil OKTAY
(professeur Marie-Luce PAVIA (professeur de Sciences Politiques

-

Université

d'Istanbul) I)

de Droit Public - Université

de Montpellier

Secrétaire de rédaction: Solange SEGALA (maître de conférences d'Histoire du Droit - Université de La Rochelle)

cFJommairrz

Jacques

Bouineau
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..
9

Éditorial.

Didier Pralon Les pérégrinations des Phocéens (540 av. J.C.) Pierre Rocalve Antioche dans les Écritures saÛ1tes

13

...

...27
37
55

Philippe Luisier Cosmopolitismeet monachisme dans l'Égypte chrétienne au IV s.
Gérard Guyon
A propos du cosmopolitisme chrétien (rr-Ifr s.)

J.M. Demaldent
Le cosmopolitisme
Hassan

à l'âge d'or (1453-1566)

75

Abdelhamid
L'homme cosmopolite dans la pensée du soufisme musulman 91

Erato Paris La notion de gréco-latinité dans la genèse Û1tellectueUe de la Méditerranée de Fernand Braudel

113

Varia Hassan Abdelhamid L'enfant à naître entre droit romaÛ1et droit musulman Notes de lecture Ivan Biliarsky N.V. Sinicyna, La troisième Rome. Les sources et l'évolution de la conception médiévale russe (XV-XYr siècles)

125

149

Jacques

Bouineau HassanAbdelhamid,
C I1ristianisme

fondamentaux.
Le

Les Religions du Livre et le langage des droits Tome premier; Les Traditions Juridiques Religieuses. Égyptiens et Français au Caire, 1798-1801

II. 154

.................. ... ....................... ..... ............... ............. .......... ....

André Raymond,

Rapport de synthèse' Dominique et Jean-Pierre HocqueDet Colloque Cosmopolitisme et antiquité Komotini, les 4 et 5 novembre 1999

161

kfl 33abylonifln a;fla;haulta; mura; vantflra et a;fla;vflrgflra; fln l'air, dfl ~on ephfl~iflnnfl ka Gr~e~ d~~erira la fabriqu~ anei~nn~, et l~ p~upl~ du Hil a;fl~point~~ ehantflra : ka m~~mfl Gr~e~ ~neor vant~u~~ publira <V~~on grand Juppit~r l'imag~ ()lympi~nn~, k~ Maua;ol~ ~~ra la gloir~ Cariflnnfl, et a;on viflUXkabyrinth' ta Crfltfl n'oubtira : k'antiqufl 'Rhodifln ~lflvflra ta gloirfl <V~a;on fam~ux Colo~~~, au t~mpl~ d~ M~moir~ : et ~i qu~lqu~ o~uvr~ ~neor dign~ ~~ p~ult vant~r <V~m8reh~r ~n e~ r8ne, qu~lqu~ plu~ gr8nd'f8eond~ k~ dir8 : qU8nt à moy, pour tou~ j~ v~ulX eh8nt~r k~a; a;~pt eo~t8ux 'Rom8in~, a;flpt mir8et~a; du mondfl.

J08ehim du 33~118Y k~~ 8ntiquit~a; dfl 'Romfl

editorial

rencontre ne figurent signé par Jean-Pierre

L

E PRÉSENTnuméro d'un colloque cosmopolitisme.

de notre revue propose quelques

réflexions

issues

tenu à Komotini en novembre 1999 sur le Toutes les communications prononcées durant cette

pas dans le présent volume. Le rapport de synthèse et Dominique Hocquellet fournira une vision complète grands thèmes: dans la pensée. celui du

de nos échanges. Nous avons retenu ici deux déplacement dans l'espace et celui du déplacement

Le cosmopolitisme résulte en effet d'une mise en présence venus d'origines géographiques différentes.

de peuples

Les migrations des Grecs dans le bassin méditerranéen au IIème millénaire ont donné lieu à des récits multiples, plus poétiques ou littéraires que scientifiques, nous affmne Didier Pralon. Si l'on en croit Hérodote, l'expansion des Phocéens prolonge une vaste entreprise Méditerranée, mettant en relation des peuples différents rencontre avec des personnages Bien sûr, on ne sait pas comment mais cela n'est pas vraiment d'explorations et permettant en la

de légende (par exemple le roi Arganthonios). se noue l'amitié entre Hellènes et barbares, ce qui compte, c'est le lien entre l'ici

important;

et l'ailleurs, le thème du passage sur lequel les écrivains pourront broder. Antioche joue elle aussi ce rôle de pont entre différentes communautés. Partagée entre quatre quartiers (grec, syrien, juif, romain) elle offre l'image typiquement méditerranée d'une agglomération bigarrée, où règne la débauche de moralité et où juifs d'abord, et de spiritualité. chrétiens ensuite, tenteront d'apporter une note de la 9 Pierre Rocalve rappelle que l'organisation

Jacques Bouineau

communauté juive a servi de modèle aux chrétiens. En effet, Antioche fut le
point central géographique les murs structures. univers monachisme fascination facteurs judéo-chrétiens de l'évangélisation chrétienne en Asie mineure; sa situation lui donnait l'avantage sur Jérusalem. On rencontre donc dans deux types de communautés toutes deux nanties Luisier chrétiennes d'églises comme (les et de un et les pagano-chrétiens), En revanche, qui y apparaît l'Égypte

de cette métropole

de Philippe

s'impose exercent

cosmopolite,

non pas tant par sa situation

géographique

que par le une telle vers les

au IVème siècle. Les ascètes pour se mettre en Égypte:

que l'on vient d'un peu partout ont fait éclore le monachisme

à leur école. Trois

les pèlerinages

Lieux saints, les exils liés à la politique coercitive des empereurs romains et les échanges culturels, notamment par le biais de la Vita Antoni, qui contribue à faire connaître le visage de l'ascète égyptien: Macaire, Arsène le grand (précepteur d'Arcadius et Honorius), Rufin d'Aquilée, Evagre, Jérôme, tous véritablement Occident. cosmopolites, car jouant le rôle de passeurs entre Orient et

Mais Philippe Luisier insiste sur un point capital: la leçon majeure des moines d'Egypte consiste à faire prendre conscience à chacun qu'il est un étranger de passage dans le monde. En effet, dans les deux grandes pensées religieuses nées sur les bords de la Méditerranée et tributaires des leçons de l'Antiquité, le christianisme et l'islam, le voyage sur terre est un enseignement où les différentes rencontres doivent éclairer la seule véritablement importante: celle de l'homme avec Dieu. Gérard premiers Guyon l'écrit d'emblée: le cosmopolitisme des chrétiens des siècles, certes hérité des Grecs et de la pensée stoïcienne au principe originel, c'est-à-dire de Rome, à Dieu. Là

va plus loin car il invite à remonter est la première être terrestres, réalisation

différence avec les juifs, chez lesquels les bienfaits devaient tandis que chez les chrétiens ils seront spirituels. La chrétienne est bien sûr favorisée par l'existence de

de l'unité

l'empire romain, intégrant dans un vaste ensemble des régions diverses, mais chrétiens et Romains n'ont pas exactement la même vision du culte public. Pour les chrétiens, il doit s'étendre à l'ensemble de l'univers. Car la religion chrétienne s'adresse à l'ensemble du monde, tout comme le fait l'islam. JeanMarie Demaldent en donne tout d'abord une image institutionnelle: celle de l'empire ottoman, dont il rappelle bien qu'il est par essence cosmopolite, donc pas turc. Constantinople, devenue Istanbul, en est le reflet, repeuplée qu'elle est après la conquête par des ethnies d'origine orientale tout autant à la qu'occidentale. 10 Dans l'empire lui-même, chrétiens et juifs, appartenant

Editorial

religion

du

Livre,

sont

sur statut

le chemin particulier:

de la Vérité;

juridiquement,

ils

bénéficieront

donc d'un

celui de dhimmi.

A ce statut,

élément tangible de cosmopolitisme, désigne les différentes communautés nations occidentaux

s'ajoute le système des millets, qui confessionnelles de l'empire, les Etatset même le loyalisme dû par

(il,existe un millet français)

tous les sujets ottomans. Car l'essence du cosmopolitisme réside dans le passage à l'universalité de l'être, comme l'écrit Hassan Abdelhamid. Le voyage est ici purement réalisable confident. intérieur. Pour les soufis, devient lieutenant par exemple, l'universalité de Dieu, de l'homme en se faisant n'est son dans que si l'homme comme

Pour cela, il convient

de rejeter tous les obstacles

qui se dressent

sur le chemin,

la science,

non pas pour entrer

l'ignorance qui serait absence de connaissance, mais dans l'ignorance à laquelle on parvient quand on a dépassé le monde de l'altérité. Il convient aussi de dépasser la gnose, (supérieure à la science), car le gnostique voit la gnose et non Dieu. Ce n'est qu'après ces dépassements que l'homme peut entrer dans la waqfa, l'anéantissement de soi en Dieu. Parvenu à ce stade, l'homme a revêtu une dimension d'universalité: il est devenu un homme cosmopolite, car la Vérité est une, même si les voies pour y accéder sont multiples. La conclusion reviendra à Fernand Braudel, par l'obligeance d'Erato Paris: le cosmopolitisme n'est-il pas une conscience héritée de l'Antiquité et fondée sur une valeur centrale, l'Homme, comme se plaisait à le souligner Paul Valéry ?

Jacques

BOUINEAU

11

brz$ pirigrination$ drz$ phoeirzn$ (540 avant f.-G.) 11irodotrz, tlistoir{Zs 1163-167

' L
essaimage les autres espaces.

HISTOIRE de l'expansion problèmes particuliers:

grecque

en Méditerranée

pose

quatre

1. Les anciens Grecs ont essaimé dans tout le bassin méditerranéen depuis le deuxième millénaire avant J.-C. jusqu'à la fm de l'Antiquité. Cet répondait peuples à deux fms : développer de la Méditerranée, et organiser trouver de des échanges nouveaux avec lieux

d'implantation pour dépeupler partiellement des cités ou des territoires surpeuplés, pour fuir un désastre ou simplement pour conquérir de nouveaux J. Boardmanl, entre autres, a étudié les grandes migrations de le l'époque archaïque et leurs conséquences historiques. rôle important qu'a joué le religieux dans les entreprises I. Malkin a étudié de colonisation2.

1

J. Boardmann, The Greek Overseas, Oxford, 1964-1973, nouvelle édition 1998; traduction française, M. Bats, Naples, 1995 sur la troisième édition de 1980. J.-P.

Morel, « La colonisation grecque jusqu'à la fin de l'archaïsme », L'Irifonnation historique
57, 1995, p. 190-201 a proposé un état récent de la question. Je remercie V. Haydon, historien doctorant de l'Université de Provence, pour sa lecture attentive et ses suggestions. Voir aussi Les Grecs en Occident, G.P. Carratelli ed., Milan, Bompiani, 1996. I. Malkin, Religion and Colonization in Ancient Greece, Leyde, 1987. 13

2

Didier Pralon

2. Ces mouvements éparpillés chez toutes

de population sortes d'auteurs:

ont fait l'objet de récits des historiens,

multiples, en de

Hérodote

nombreux passages, Thucydide (par exemple, Guerre du Péloponnèse II 68 ; VI 3,1) des polygraphes, Diodore (Bibliothèque historique V 6Q, 4-5), Strabon (Géographie poètes, VI l, 12 et 15 ; XIII l, 48), Pausanias (Périégèse III 1,7-8), des go Pythiques; Pindare (5° et 7° Olympique), Bacchylide (Ode Il) et C. Dougherty et C. Calame en ont de

d'autres encore ont raconté ces récits. étudié la logique et les formes3. 3. Aucun récit d'origine

ou de fondation

ne rapporte

ni n'évalue

manière critique les faits réduits à leur authenticité. Chacun enjolive, magnifie, donne pour exemplaire, selon des procédés qui n'appartiennent qu'au récit lui-même, les événements des origines. Selon le schéma le plus fréquent, une situation conflictuelle contraint le héros fondateur à quitter sa patrie d'origine. Il ne part pas sans consulter l'oracle, le plus souvent celui d'Apollon, à Delphes, à Claros, à Didyme ou ailleurs. N'interprétant pas parfaitement bien la parole du dieu, l'exilé commence par s'égarer... mais fInit, au terme de au lieu que conciliation, pour le plus tribulations plus ou moins longues et mouvementées, par arriver lui assigne la volonté divine. Il y obtient, par la lutte ou la un territoire délimité qu'il organise, y compris religieusement, grand bonheur des générations à venir. font défaut: même le « Serment des Epigraphicum Graecum, IX 3) n'est deux siècles au moins après les

4. Les témoignages épigraphiques fondateurs de Cyrène» (Supplementum qu'un pieux artefact4. Les textes, composés et transcrits

événements ne rapportent et embellissent que des traditions orales, nécessairement célébrantes et élogieuses, même si tous les événements rapportés ne sont pas glorieux. H. White, aux USA, et P. Veyne, en France, ont analysé les modes propres du théoriques5. Ils ont chacun épistémologiques par
3

récit historique à sa façon qui suppose une

et provoqué des débats étudié des présupposés ne peuvent mise en pas former une intrigue,

rarement une

explicités:

les événements

eux-mêmes

histoire,

4 5

C. Dougherty, The Poetics of Colonization From City to Text in Archaic Greece, New York & Oxford, 1993 ; C. Calame, Mythe et histoire dans l'Antiquité. La création symbolique d'une colonie, Lausanne, payot, 1996. F. Létoublon, «Le sennent fondateur », Métis N, 1989, p. 102-105. H. White, Metah istory , Baltimore, 1973; Topics of Discourse. Essay in Cultural Cristicism, Baltimore & London, 1978. P. Veyne, Comment on écrit l'histoire, Paris, 1971 ; version abrégée et suivie de «Foucault révolutionne l'histoire », Paris, 1979; Inventaire des dffférences, Paris, 1976.

14

Les pérégrinations des Phocéens (540 avo J.C.)

argumentation L'histoire

exégétique,

une mise en perspective, antiques

par le recours

à l'analogie à

ou à la métaphore,

par une finalité idéologique,

consciente

ou inconsciente.

des colonisations

se résume

le plus fréquemment

la résolution de crises cruciales. Le récit hérodotéen de la colonisation phocéenne en Occident, qui ne recouvre pas les autres récits d'Aristote (fragment 208), de Strabon (Géographie IV 1, 4) ou de Trogue Pompée (Justin, Abrégé des Histoires Philippiques de Trogue-Pompée XLIII, III, 4 - V, 7) résout l'une des crises qu'est supposée avoir provoquées la conquête de l'Asie mineure par les armées perses de Cyrus le Grand vers 540 avant J. -C. Il est généralement occidentale admis que les Phocéens ont dominé la Méditerranée VIèmesiècle avant notre ère6. au cours du

Le récit d'Hérodote (Histoires I, 164-167) rapporte les tribulations pathétiques d'un peuple chassé de sa patrie. Les aventures des Phocéens errants forment la préhistoire de la fondation d'Élée en Italie du Sud, sur le mode d'une chanson de geste7 :

163 IIpWT\1 B£ 4»lùKal'IJ 'IùJvll1S ÈTTEX€{Pl1cr~.0\. 6È 4>OOKat€€S otJ'TOt VŒU'Tt)J-nal J1aKp'ij01. TTpWTOt Kat 'Tf)V '113T}ptlll1 Kat 'TOV tEÀÀ~vC1)v €XpnaaVTO) Kat '-OV 'TE 'A6p(l1V Kat 'T~V TupaTlvtllv TapTT}(JOOV OÛTO{ Etat oi KŒ'Ta6É~aV'TES. Èvau-rlÀÀoII'TO BÈ: Où (J'Tpo')'yUÀ1J01. VllUo1. àÀÀà TTEV'T1) Kov,-époun. 'ATTtKOIlEVOt BÈ È~ 'TOV TapTllaaov npoa<ptÀ€ES £yÉVOV'TO -r~ l3a<nÀÉï 'Troll Tap-rT}aoirov) -r4) ouvolla ~Èv ~v 'Apoyav9wVlos) È'TUp&vveuO'~ BÈ Tap-rTlaaoû ày6ooKOV'Ta €-rea, oi ckoKatÉes O\JTc'o B~ èf3(ù.)(JEBÈ (Tro naV'TŒ e\KOOt Kat ÉKŒTOV. TOUT~ 6T) T4> àv6pl npoa$tÀÉes oÙ<f1aŒt 'Tt ÈyÉVOVTO) £.OS''Tà IlÈV npW'Ta O'q>EŒS'ÈKÀlTTovraS' 'Irovt1}V ÈKÉÀEUE 'T1)S €WUTOÛ XWPl'IS' b BÈ 1TUB6J1EVOS'TOV Mfi80v ' OKOU f3oUÀOV'-Œt, JfETà 8É, lOS' TOÛTO ryE OÙK En~l9€ TOÙS' ~atÉas) 'E6{Bou 6è TTap' aù'TWV WS' aüJ.;ot 'TO, È6{Bou O'<I>tXP~ IlŒTa 'TE1.XOS' neplf3ŒÀÉC19at ,.i}v n6Àtv. TOÛ "TE(XEOS' OÙK oAt yot crraBtol Elal, 'TOOTO BÈ 1Tdv À{9wv à(j>EtBÉWS'. Kat yàp Ka\ ~ nepto60s. jJ.eyaAwv Kat Er. C1UvapiiOOI1ÉvooV.To JiÈv 6.1} T€ÎXOS- Toî<n 4»WKat.EOOt Tpô1T~ Tou{)BE ÈI;ETTOll18rt.
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[163J (Harpage)

attaqua

tout d'abord

Phocée en Ionie. Ces Phocéens

furent les premiers des Grecs à pratiquer les longues navigations. Ce sont eux qui firent connaître l'Adriatique, la Tyrrhénie, l'Ibérie et Tartessos. Ils ne naviguaient pas sur des vaisseaux ventrus, mais sur des pentécontères. dont le ans et quatre-vingts Arrivés à Tartessos, ils se lièrent d'amitié avec le roi des Tartessiens, qui fut tyran de Tartessos pendant

nom était Arganthônios,

vécut en tout 120 ans. Les Phocéens se lièrent avec cet homme de telle sorte que d'abord il les invita à quitter l'Ionie pour habiter où ils voulaient dans son pays; puis, comme il ne parvenait pas à convaincre les Phocéens sur ce point, il leur donna, quand il apprit d'eux que le Mède s'accroissait, de l'argent pour

6

7

Grecs outre mer, traduction française, Naples, 1995, p. 257-258. Voir M. Gigante, «Il logos Erodoteo sulle origini di Elea », Parola del Passato, 108-110, 1966, p. 295-317. Sur la Grande Grèce en général, voir E. Greco, Archeologia della Magna Grecia, Rome, 1992; traduction française, La Grande-Grèce, histoire et archéologie, Paris, 1996 ; sur Velia voir particulièrement les pages 126-128. 15

J. Boardmann,

Didier Pralon

entourer leur cité d'un rempart. Et il donna sans parcimonie; en effet, le circuit du rempart n'est pas de peu de stades. il est lui-même fait de grosses pierres bien qjustées. Voilà donc comment les Phocéens ont construit leur rempart. Si l'expatriation ponctuelle des Phocéens répond à l'avancée conquérants entreprise perses, elle n'est sinon pas accidentelle. Elle prolonge dans une d'explorations de découvertes la Méditerranée des vaste de

l'Ouest (mer adriatique, mer ionienne ou tyrrhénienne, sens large jusqu'à l'embouchure du Guadalquivir). d'aventuriers, navires rencontres longs voire de pirates à 50 rameurs: meIVeilleuses, (comme les explorations), les pentécontères.

golfe du Lion, Ibérie au C'est une entreprise liée à l'utilisation des à des de Elle est associée

en l'occurrence

celle du vieux roi légendaire

l'Occident: Arganthonios8. L'épisode de Tartessos (peut-être lié dans les faits au commerce des métaux, cuivre et argent du Guadalquivir, étain des Cassitérides, pour lequel Tartessos jouerait le rôle d'un comptoir) représente à la fois un détour par la limite, au delà même des colonnes d'Héraclès, une tentation d'émigration massive (Arganthonios tente d'attirer chez lui les Phocéens), l'occasion d'un bienfait (Arganthonios couvre les Phocéens de richesses qui leur permettent ces trois de fortifier leur propre cité). se profile le thème du passage d'Ulysse à Derrière motifs

Schérie (Odyssée VI-XII): les Tartessiens, comme les Phéaciens, sont des passeurs entre l'ailleurs et l'ici. Comme Arganthonios, Alcinoos avait tenté de retenir son hôte, Ulysse, puis l'avait couvert de cadeaux. Les modalités, les raisons thèmes et les conséquences se recoupent. et barbares. des voyages Peu importe. ne se recouvrent pas, mais les On ne sait même pas comment se noue l'amitié entre les entre Gyptis et

hôtes hellènes

Un récit épique a dû être composé, de la rencontre

comme a existé et sUIVécu le récit massaliote Protis 9.

La nature du pouvoir d'Arganthonios reste floue. Il est successivement appelé roi (f3a01Â.EUÇ) puis tyran (ÉtUp<XVVEOOE). si le nom de tyran n'est Même pas, pour Hérodote, comme pour Sophocle, totalement péjoratif, les termes
8 L'existence effective du roi importe ici moins que sa fonction légendaire. La Neue Pauly ne comporte pas d'article Arganthônios. Sur Tartessos, voir M.E. Aubert, Tartessos : Arqueologia Protohistorica del Bqjo Guadalqivir, 1989. Voir aussi J.M. Alonso-Nunez,
« Herodotus

on the Far West », AC LVI, 1977. Selon Pline l'Ancien,

Histoire Naturelle

VII

9

48, Arganthônios aurait vécu jusqu'à 120 ans. Silius Italicus, Guerres Puniques ill 396, le fait vivre trois cents ans d'une vie guerrière (Rex proavis fuit humani düissimus œvi / ter denos decies emensus beUiger annos). Voir mon étude « La légende de la fondation de Marseille», MarseiUe Grecque et la Gaule, Etudes Massaliètes 3, 1992, p. 51-56 et son complément: «Les Fondatrices », Marseillaises, Les Femmes et la viUe, ed. Y. Knibiehler, Paris, 1993, p. 53-60 & 370.

16

Les pérégrinations des Phocéens (540 avo J.C.)

flottent

parce que la nature

du pouvoir

n'est pas clairement des peuples

caractériséel0. au

Seule le distingue

sa longévité.

La richesse

et des puissants,

bout du monde, va de soi. Symboliquement, le don d'argent que fait Arganthonios résume la richesse matérielle que les Phocéens tirent de leurs entreprises coloniales, au point, implicitement, qu'ils transforment leur cité en entrepôt fortifié, immense et majestueux polygonal). Après ce bienfait, fmalement Arganthonios, tel un bienfaiteur (construit qu'il est en grand appareil inutile face aux troupes d'Harpage, sans raison explicite, du

de conte, disparaît,

récit de sorte que les exilés ne peuvent se réfugier chez lui. Sa mort est simplement rappelée au moment où les Phocéens exilés cherchent à s'établir (~ 165,2). Sans transition, Hérodote revient au récit du siège de Phocée:

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[164J Harpage fit approcher son armée, puis les assiégea tout en proposant, verbalement, de se tenir pour satisfait si les Phocéens Q£ceptaient d'abattre maisons. voulaient l'invitèrent un seul bastion du rempart et de conSQ£rer une seule de leurs Les Phocéens, irrités à l'idée d'un esclavage, répondirent qu'ils unjour pour délibérer; et, pendant le temps où ils délibéreraient, ils à écarter son armée du rempart. Harpage leur répondit qu'il savait

bien ce qu'ils s'apprêtaient à faire, mais pourtant les laissait délibérer. Or, pendant le temps où Harparge écartait son armée du rempart, les Phocéens tirèrent leurs pentécontères toutes sortes de meubles sanctuaires à la mer, y installèrent et, en outre, les statues leurs enfants, qu'ils avaient leurs femmes, retirées des

et le reste des offrandes,

excepté ce qui était en bronze, en pierre

ou de la peinture. Après avoir chargé tout le reste et avoir eux-mêmes embarqué, ils naviguèrent jusqu'à Chios. Et les Perses s'emparèrent de Phocée vidée de ses hommes.

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J. E. Powell, A Lexicon to Herodotus, Cambridge, 1938, SV'tUp<XVVEUro et 't'OpavvoÇ', classe les emplois sous trois rubriques 1. Oriental kings (8 emplois du substantif), 2. Satraps (1 emploi du substantif), 3. Greek tyrants (56 emplois du substantif I). 17

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