Critique de la raison scientifique ou Une nouvelle manière de penser

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Publié le : lundi 1 janvier 1996
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EAN13 : 9782296314245
Nombre de pages : 224
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Collection COllversciences
dirigçe par Philippe Brenot
A l'aube du troisième millénaire, le champ scientifique éclate,
les disciplines en mutation s'interpénètrent, convergence d'attitude
pour le décloisonnement des connaissances. « CONVERSClENCFS »
se veut le carrefour de réflexion dans, sur et au-delà de la science,
lieu d'élaborationpluri- et transdisciplinaire.« CONVERSCIENCES »
accueille ainsi des ouvrages de synthèse multi-auteurs (la Mémoire,
tomes I et II), des actes de réunions àthème (les Origines, Langage,
Sociétés), ainsi que des essais transdisciplinaires. Au-delà du
clivage des disciplines et de la dichotomie sciences exactes-
sciences humaines, « CONVERSCIENCES » crée un espace d'interac-
tion pour que conversent les sciences en conversion.
Les Origines
Langage
Sociétés
La Mémoire (Tome I)
La (Tome II)
La Lecture (Tome I)
La (Tome II)
La Lecture (Tome III)
L'analyse critique des sciences
Le statut du malade
Les rythmes
Les figures de la forme
La théorie générale de l'évolution
Faut-il brûler Darwin?
Le recours de la science au mythe
Le paradigme de la filiation
Le corps et ses discours
Du "système" à la torah
Le singe, l'enfant et l'homme. Essai d'éthopsychanalyse des inter-
actions socialesCritique de la raison
scientifique@L'HARMATTAN, 1995
ISBN 2-7384-3972-1Jacques Jaffelin
Critique de la raison
scientifique
ou
une nouvelle manière de penser
Éditions L'Harmattan
5-7, rue de l'École-polytechnique
75005 ParisDu même auteur:
Le promeneur d'Einstein, vers une théorie de l'information
générale, Montréal-Paris, Méridien-Le Cerf, 1991.
Pour une théorie de l'information générâle, Tractatus logico-
ecologicus, Paris, ESF, 1993.À mes enfants,
Sophie et Benjamin,
qui me manquent."Car chaque science a ses présupposés par où
le jugement est bridé de toutes parts. Si vous
venez à choquer cette barrière en laquelle gît la
principale erreur, ils ont incontinent cette
sentence à la bouche, qu'il ne faut débattre
contre ceux qui nient les principes."
MontaigneTABLE DES MATIÈRES
Table des matières ...ix
Préface .xii
Introduction et remerciements xvii
Matinée.. .. . . . .. .. .. .. .. . .. .. . .. .. . . .. . .. .. .. . .. .. . .. .. . . .. .. . .. .. .. . . .. .. . . .. .. .. .. .. .. . 1
- Exposé des problèmes: science, explication, connaissance,
théorie et finalité, p.1 - Qu'entend-on par méthode scientifique?,
p.10 - Discussion au sujet de l'idée d'explication finale des
fondements de la nature (S. Weinberg); arguments, dialogues,
p.16 - Les points fondamentaux de l'argumentation de Weinberg,
le réductionnisme bien compris et non naïf de le
principe anthropique de Brandon Carter, p.23 - Au sujet de
Wittgenstein, p.26 .. Platonisme, réalisme, Guillaume d'Ockham
et le positivisme logique, point commun entre réalisme et
positivisme, p.Z9 - Sur la "réalité des lois de la nature", p.30-
Sur la théorie finale et la convergence des principes, p.31 -
Réponse à la question du début; le paradoxe caché de Russell et
sa plus simple formulation, p.34 - Métaphysique et totalité, p.35
- Sur l'usage du concept de modèle, p.37 - Expérimentations et
prévisions, pAO - Une théorie en tant que technique de pensée,
~ Le paradoxe dupAZ - Anthropocentrisme et solipsisme, p.45
miroir et l'idée de loi finale, pA8 - La pensée et l'information
générale, p.50 - L'équivalence intelligible des événements,
cognition, vision, audition, mécanisation, calorisation, olfaction,
IXgustation, métabolisation, etc., p.51 - L'impasse des sciences
cognitives,p.55 - L'activité scientifiquene découvre rien et ne
prouve rien non plus, p.58 - "Connaissance"et irresponsabilité,
p.59 - Expérience, p.60 - Sciences "exactes", "connaissance"et
intégristes de tout poil, p.60 - Spinoza et les inventeurs de
mystères, p.61 - Éthique et paradigme: principes d'équivalence,
p.63.
Déjeuner 73
- Sur la notion de "progrès de la connaissance" , p.73 -
Transitions de phase, p.74 - Sur la beauté des théories, p.74 -
Sur les niveaux d'abstraction et: sur le rôle des épistémologues,
p.75 - Sur la démocratie dans la science, p.76 - Sur l'intelligence
artificielle, la notion d'explication et celle d'information,
positivisme et réalisme, p.77 - Expérience et pensée, p.80 -
Expérience et confrontation, p.83 - Concept et compréhension,
p.93 - Une autre façon d'énoncer des propositions, p. 94 - Sortir
de la Renaissance, p.95 - Science, langage et Kant, p.96 - Du
monde, dans le monde...? et l'écologie?, p.97 - L'impasse des
notions de particule, de force ou d'interaction élémentaires, p.98
- Sur la notion de système et l'interprétation réaliste de la
mécaniquequantique, p.98 - Et sur la notion d'entropie, p.98 -
Un nouveau concept de champ, p.99 - Un commentaire de
Spinoza, p.lOO - Esthétique, arts et relations humaines, p.IOI -
Cosmologie, paradoxe, inertie et accélération, invariance CPT et
S, p. - L'impasse des concepts d'invariance de jauge, de symétrie
et de réversibilité, p.I 02
Soirée l 09
- Mécanique et information, p.I 09 - Sur les changements
paradigmatiques,p.III - Mécanisationde la pensée:les nombres
et le concept d'équation, p.II2 - Einstein et l'épistémologie,
p.1l3 - La démarche heuristique d'Einstein et la démarche
proposéepar l'informationgénérale,p.I13 - Sciences,techniques
et paradigmes,p.l13 - Fractales et multifractales: météorologie,
la confusion des niveaux d'information; le processus
d'aqualisation; Ie concept fractal de temps, p.1l5
Réinterprétation de l'effet Doppler, p.123 - Réinterprétation de
xl'hypothèse de Friedmann, p.130 - Masse mécanique et "masse"
informationnelle, p.132 - Le retournement épistémologique du
principe d'inertie de Galilée par la relativité spéciale d'Einstein la
relativité générale et l'information générale, p.134 - Les ailes
traîtresses de l'analogie: l'erreur de Newton?, p.136 - Pour une
physique de l'irréversible émancipée du concept métaphysique de.
temps fléché, p.142.
Annexe 1 .., .; .151
- Théorie de l'information générale, Axiomatique
Annexe 2 .191
- Lettre aux étudiants du cours BCM314
xiPRÉFACE
A la fm du siècle dernier, Lord Kelvin, savant éminent, disait
ressentir par avance de la pitié pour les futurs physiciens. La
physique étant arrivée selon lui à ses fins, et donc à sa fin, ils
n'auraient plus rien d'intéressant à étudier. On sait à quel point la
relativité, puis la physique quantique, vinrent ridiculiser ce
jugement naïf et hâtif. Un peu plus tard, à la fin des années
vingt, Max Born, éminent physicien lui aussi, racontait à qui
voulait l'entendre que "la physique serait achevée dans les six
mois". Là encore, on sait ce qu'il en fut. Et voilà qu'aujourd'hui,
à quelques pas d'un changement de siècle (et même de
millénaire), on nous reparle de la fin prochaine de la physique
théorique. La grande unification des interactions étant paraît-il
sur le point de se faire, les théoriciens n'auront bientôt plus qu'à
se mettre en chômage technique. L'univers aura d'ici peu livré ses
clés les plus intimes, l'Équation du Tout s'exhibera
prochainement sur les tee-shirts estudiantins, les lois de l'univers
se mélangeront joyeusement au sein d'une théorie glorieuse et
oecuménique. Bref, nous saurons, enfin, de quoi l'univers est
fait!
Le piège où était tombé Kelvin' est donc à réamorçage rapide.
On n'en finira jamais, semble-t-il, d'annoncer la fin de la
physique. Pour les penseurs, la tentation du définitif est trop
impérieuse, trop lancinante, comme si l'idée même
d'aboutissement était un virus de la pensée. Mais rassurons-nous.
Contre ce virus récurrent, un vaccin efficace vient d'être mis au
point, qui n'est autre que le livre que j'ai l'honneur d'introduire.
xiiiParce qu'il détecte et dénonce toutes les fonnes de glaciation
idéologique, sa lecture nous protège des utopies scientistes les
plus virulentes. Certes, la conversation que ce livre met en scène
entre trois personnages (un physicien, un vieux philosophe et
N'Guo, le porte-parole de l'auteur) fera grincer bien des dents
dans le huis clos des laboratoires ou des amphithéâtres. li faut
dire qu'au cours des trois moments qui scandent la journée
servant de cadre à ce livre, NGuo joue les iconoclastes paisibles.
li brise très tranquillement les évidences qui sont les mieux
assurées aux dires des scientifiques, et remet en question des
concepts considérés aujourd'hui comme incontournables. Selon
lui, la science n'a ni fin ni totalité à proposer. L'entreprise
scientifique est plutôt un mode de transformation de la pensée
humaine à partir de son expérimentation dans le monde,
autrement dit un processus qui proscrit toute vision statique ou
définitive des choses. Jacques Jaffelin (alias NGuo) s'insurge
contre le concept de totalité sous prétexte qu'il est à lui seul un
paradoxe ou, si l'on préfère, une impasse logique (une
"monstruosité" à ses yeux...). Godel, finalement, ne disait pas
autre chose. Est-il en effet légitime de concevoir un objet qui
s'appellerait le Tout, qui n/engloberait pas le mouvement de la
pensée qui le pense?
On a l'habitude de classer les philosophes en catégories, voire
en clubs. D'un côté du spectre philosophaI, il y a les idéalistes,
ceux pour lesquels la connaissance humaine est limitée à tous
égards par les facultés sensibles et intellectuelles de l'homme et
se voit grandement déterminée par ces facultés mêmes, d'où la
réticence de ces gens à ériger notre expérience humaine collective
en description des "objets en soi". De l'autre côté du spectre, on
trouve les réalistes, ceux qui pensent que les objets que
considère la physique existent en eux-mêmes, qu'ils ont une
existence propre, indépendante de nous et de la connaissance que
nous pouvons en avoir. lis sont aisément reconnaissables au fait
que, lorsqu'ils parlent du monde, on pourrait croire que c'est le
monde lui-même qui parle à travers eux. Pour cette école de
pensée, le but naturel de la physique est bien sûr de décrire le
plus exactement possible la réalité objective, au grand dam des
idéalistes qui n'accordent aucun sens à ces mots. Entre ces deux
conceptions extrêmes, on trouve maintes variantes ou nuances,
XIVbaptisées empirisme, pragmatisme, matérialisme, positivisme,
phénoménologie, antiréalisme ... La subtile profusion des écoles
philosophiques est telle que quiconque devrait pouvoir y choisir
son camp, et ainsi trouver l'étiquette qui le caractérise le mieux.
Cette commodité ne vaut pas pour Jacques Jaffelin, qui navigue
dans l'ailleurs de tous les systèmes. Car sa théorie de
l'information générale, qu'il présente et commente ici, est une
façon fondamentalement autre d'envisager et de formuler les
constructions de la science. La question qui se pose n'est pas de
savoir s'il faut ou non y adhérer. Le mieux est que chacun ouvre
son esprit, et accepte de la discuter. Car quoi qu'en disent les
prophètes trop pressés, nous n'en aurons jamais fini d'interroger
les énoncés de la science et le sens qu'il convient de leur donner.
Le débat est donc lancé.
Avant de commencer sa lecture, le lecteur doit savoir qu'il sera
immanquablement dérouté. Tantôt, il prendra parti pour l'un ou
l'autre des trois interlocuteurs (dont les points de vue s'opposent),
tantôt il s'inquiétera d'avoir lui-même changé de camp, tantôt il
se scandalisera de ce qu'il aura lu. Tout cela est plutôt bon signe.
La pensée, il ne faut pas l'oublier, est d'abord et surtout une
aventure.
Étienne Klein, le 5 mai 1994
xvINTRODUCTION ET REMERCIEMENTS
La science est-elle fondamentalement réductionnistei? Une
physique et une biologie non mécaniques sont-elles possibles?
Comment construire une science de l'irréversibilité? Tels sont les
problèmes abordés dans cet ouvrage. Mais quelles sont les
sources du réductionnisme, et quelles sont les différences entre
réductionnisme, platonisme, réalisme, etc.? Quel est le but du
réductionnisme et quel paradoxe engendre-t-il?
Comment sortir du cauchemar réductionniste de la théorie
finale? Y a-t-il un rapport entre la cathédrale de Beauvais, le
SSC (le Superconducting Super Collider) et le Human Genome
Projectii? Sur quelles prémisses l'activité scientifique s'appuie-t-
elle pour justifier des projets aussi colossaux, voire monstrueux?
La science est-elle en voie de dinosaurisation?
Nous venons récemment d'abandonner l'idée propre au XIX'
siècle d'un sens de l'histoire, d'une loi du progrès humain. TIest
inutile de rappeler pourquoi. Cependant, nous n'avons pas
abandonné l'idée d'un sens de la pensée humaine. C'est pourtant
cette idée qui était à l'origine de la précédente. Comme si cette
pensée se trouvait en dehors de ce que nous appelons histoire. La
science, c'est-à-dire ce type d'activité humaine particulière
inaugurée par Galilée et peut-être par les anciens Grecs, selon
laquelle il y aurait a découvrir et a expliquer une loi finale de
l'univers, est-elle désormais, après l'idée du dieu unique et
transcendant, une impasse pour la poursuite de l'évolution
humaine contribuant, à son tour, à nourrir un nouvel
obscurantisme?
XVllL'idée commune à toUtes les activités scientifiques actuelles est
que l'on suppose un but à l'esprit humain qui serait de fournir un
modèle aussi fidèle que possible de la "réalité" considérée comme
existante en dehors de toute activité humaine. La controverse
entre les diverses tendances épistémologiques ne portent que sur
les modèles logiques et m:St.hodologiques pour considérer et.
atteindre ce but: soit le but est accessible par la découverte des
lois finales de la nature à partir des principes qui gouvernent les
particules dites élémentaires, principes qui ne sont gouvernés par
aucun autre principe; soit le but est, comme l'horizon kantien,
inaccessible, reculant en même temps que l'on avance, bien que
celui-ci soit toujours "en vue".
Selon les physiciens réductionnistes, comme par exemple
S. Weinberg, S. Hawking, dont les thèses seront soutenus ici par
Le physicien, ce but s'exprime ainsi: toutes nos explications
depuis Démocrite, Leucippe, Galilée, Newton, Einstein, etc.
convergent vers un ensemble de propositions simples appelées
lois de la nature, notamment à travers la physique des particules
élémentaires.
Selon les positivistes, comme Carnap, et certains
épistémologues issus des néo-positivistes, comme Popper, le but
reste mais il ne peut y avoir, comme le proposent les
réductionnistes, de théorie finale, c'est-à-dire de principes qui ne
pourraient pas être expliqués par des principes plus profonds.
Selon d'autres, il ne peut exister une science qui est le fondement
de toutes les autres et de laquelle les autres dépendent. Par
exemple, pour les biologistes de cette tendance, il est impensable
d'imaginer que la vie est comme elle est à cause des lois de la
physique.
En fait, chacun, dans sa spécialité, tire à soi la couverture de la
connaissance tandis que tous sont d'accord pour dire qu'ils
cherchent quelque chose comme la vérité ultime.
Soit ]a séquence de dialogue suivante:
- Qu'est-ce qu'une théorie scientifique?
xviii- C'est un moyen pour connaître le monde
- Mais qu'est-ce que "connaître le monde" veut dire?
- Cela veut dire émettre des propositions qui constituent des
modèles du monde ou de ce que nous cherchons à comprendre
dans le monde.
- Mais que voudrait dire émettre une proposition qui soit un
modèle plus ou moins exact du monde?
- Cela voudrait dire avoir découvert une loi de l'univers.
- Mais est-ce que l'énoncé de la loi est compris dans la loi?
... . . . . ..- ???II'
L'objet général du livre est de proposer une manière de
s'émanciper du concept paradoxal de connaissance au profit de
celui de projet, pro-jet, humain. Dans cette perspective, parler du
monde ce n'est pas parler de ce qui n'est pas l'homme, de ce que
la philosophie et l'épistémologie nomme réel, mais c'est d'abord
réaliser que l'homme projette; qu'il forme et réalise des projets.
Même dire que le monde a commencé sans l'homme ne peut être
qu'une idée humaine et donc s'inscrit dans un projet humain. Les
propositions contenues dans ce livre ne constituent pas une
nouvelle épistémologie mais bien plutôt une remise en cause de
ce que nous entendons par là à partir d'un nouvelle manière de
penser que j'ai appelée théorie de l'information générale, bien
qu'il ne s'agisse pas d'une théorie dans le sens habituel du terme
puisqu'elle propose de s'émanciper des concepts de connaissance
et d'explication. Ainsi, pourquoi disons-nous que la justice est
humaine mais que la réalité physique ne l'est pas? Du fait de la
confusion que l'on fait entre "réalité" comme concept humain
créé et entre "réalité" comme pro-jet (désir) inauguré par la
création du concept. TIne s'agit pas non plus d'une critique de la
science, ce qui ne nous avancerait pas davantage que de critiquer
la religion si la critique s'effectuait sur la base des mêmes
perspectives, à savoir la quête d'un modèle de l'univers, des lois
XIXfondamentales de la nature, de la théorie finale et autres
chimères.
Ce travail est la première partie d'un projet qui est prévu en
comporter trois. Celle-ci est consacrée à l'examen des problèmes
posés par le changement paradigmatique que je propose en
physique, un second, qui devrait s'intituler Le gène de la
découverte du gène, une erreur dans la "duplication",
Dialogues paradigmatiques pour sortir de la métaphore du
"programme génétique" et du néodarwinisme, et rédigée en
collaboration avec Benoît Coulombe sera consacrée, comme on
s'en doute, à la critique des dogmes en cours en biologie
moléculaire et à l'énoncé de nos propositions pour une nouvelle
intelligibilité du "vivant"; à cet égard, nous invitons le lecteur à
se reporter à la Lettre aux étudiants du cours BCM314 jointe en
annexe, qui peut constituer une bonne introduction au texte qui
va suivre; et une troisième publication sera consacrée à une
application de la théorie de l'infonnation générale à
l'intelligibilité du processus de socialisation que j'avais esquissée
iii,dans mon Tractatus... et que j'ai décidé de nommer
socioanalyseiv .
Les points défendus ici par le personnage nommé Le physicien
sont ceux exposés par Steven Weinberg dans son dernier livreVet
aussi par David LindleyVi qui soutient la nécessité de la théorie
finale, théorie qu'il admet cependant non scientifique puisque non
testable, mais où la science doit nécessairement céder le pas au
mythe. Les deux physiciens ont donc le même point de vue sur la
finalité de la physique, qui est aussi celui partagé par Stephen
Hawking et, bien sûr, beaucoup d'autres.
La discussion est conduite de telle sorte qu'elle semble suivre
les questions qui surviennent à l'esprit des interlocuteurs au
cours des échanges. Les dialogues se présentent bien comme des
discussions mais il ressortira l'incompréhension manifeste entre
la position commune défendue par Le physicien réductionniste et
celle proposée par le personnage paradigmatique N'Guo van
Allen et soutenue à sa manière par Le vieux philosophe. On
remarquera aussi des régressions ou des va-et-vient, comme dans
une conversation nonnale; je n'ai pas trop voulu organiser les
xxdialogues. TI ne s'agit donc pas d'un style littéraire. rai voulu
qu'ils restent un peu comme nous les vivons habituellement,
c'est-à-dire avec une certaine frustration. Certaines choses sont
répétées plusieurs fois sous différentes fonnulations afm de bien
faire saisir au lecteur les enjeux des problèmes car on verra qu'il
n'est pas si facile de les saisir d'emblée. Le physicien semble, par
exemple, prendre, par moment, le parti de N'Guo, mais à d'autres
il revient à la position réductionniste, montrant ainsi la difficulté
du passage à un autre point de vue: il oscille d'une position à
l'autre. On voit ainsi qu'ils évoluent dans deux mondes
intelligibles différents et, apparemment, irréductibles.
Ces dialogues s'inscrivent à la suite de mon précédent travailvii.
L'intelligibilité des propositions qui y sont présentées n'est
possible que par la lecture, au moins, de l'axiomatique que j'y
avais développée et à laquelle on renvoie plusieurs fois au cours
du texte. C'est pourquoi, cette axiomatique est ajoutée en annexe
à la fin du présent texte dans une version remaniée. Mais nous
invitons le lecteur intéressé à compléter son travail par la lecture
de ce Tractatus. Ceux qui s'y reporteront auront ainsi le loisir de
noter l'évolution de la pensée de l'auteur en corrigeant le texte à
partir des propositions éthico-paradigmatiques contenues dans
celui-ci.
Je désire exprimer ma gratitude envers ceux qui ont contribué
directement ou indirectement à l'élaboration de ce texte et à son
amélioration par leurs remarques et leurs bienveillantes critiques,
ainsi que ceux qui ont déclenché en moi la nécessité d'en rédiger
telle ou telle partie. Je pense en particulier à la Lettre aux
étudiants du cours BCM 314. Ce sont des étudiants de ce cours
de biologie cellulaire - que donne Benoît Coulombe, professeur à
l'université de Sherbrooke (Canada) et avec lequel j'ai créé en
1993 le Groupe de recherche en information générale - qui,
dans une démarche aussi peu commune que sympathique, m'ont
demandé de leur adresser cette lettre. TIs m'ont ensuite invité à
donner deux conférences avec Benoît Coulombe à l'université de
Sherbrooke en avril 1994. C'est tous ceux qui ont exprimé leur
ouverture d'esprit à cette occasion que je voudrais remercier.
Merci particulièrement à CWoé Girard, Gérald Zagury et Pierre
Vandenberghe. Je voudrais aussi remercier et encourager ceux
XXIqui, de ce côté-ci de l'Atlantique participent activement au travail
de notre groupe de recherche ainsi que ceux qui suivent mon
séminaire annuel à l'Université Européenne de la Recherche.
Merci à Alain Guénette. Merci à Mike Home et à Ralph
Potdevin pour leurs pertinentes suggestions dans le cours d'une
bien méticuleuse correction du manuscript. Merci, bien sûr, à
mon ami et collègue Benoît Coulombe, avec lequel je travaille en
étroite collaboration, et qui contribue au développement de notre
groupe de recherche à Sherbrooke, et à son épouse Diane Forget
pour sa précieuse collaboration expérimentale en biologie, sa
chaleureuse hospitalité et son amitié. Merci enfin à Etienne Klein
pour ses remarques judicieuses concernant le présent texte, pour
m'avoir fait l'honneur et l'amitié de m'offrir cette préface
incitatrice et percutante et pour nos discussions en cours et à
vernr.
Palaiseau, le 8 mai 1994
i Le réductionnisme est Wl des éléments du paradigme général de toute la
science moderne. Les réductionnistes, qui sont aussi des réalistes, disent
n'admettre comme vrai et réel que ce qui est fondamental, c'est-à-dire les
processus ou les principes physiques élémentaires d'où tout peut être déduit.
Cependant, la pensée d'Wl réductionniste énonçant ces principes, n'étant ni
élémentaire, ni fondamentale, selon sa propre définition de l'Wl et de l'autre,
ne peut donc être tenue ni pour vraie ni pour réelle. Et ainsi, curieux mais
remarquable paradoxe, ce qui est "expliqué" est considéré comme plus vrai
et plus fondamental que celui qui donne l"'explication". Il existe aussi Wle
autre tendance dans la science, que l'on nomme holisme ou systémisme, et
qui, symétriquement à la précédente, n'admet comme fondamental que le
grand tout lequel, selon la formule consacrée, est plus que la somme de ses
éléments. Ici, l'individu et sa pensée sont alors considérés comme inclus
dans Wl ensemble ou système plus vaste, la société, l'univers, et son
fonctionnement est conçu comme déterminé par le système dont ils font
partie. Dans les deux cas, nous avons affaire à Wle logique de classes
d'objets emboîtés les WlSdans les autres, et la seule différence entre les deux
points de vue réside dans le niveau à partir duquel on porte l"'explication";
le niveau dit "élémentaire" pour les réductionnistes, le niveau global, le
système, le tout, l'Wlivers, pour les holistes ou systémistes. Dans les deux
cas, celui qui donne l'''explication'', l'être humain pensant, est considéré
comme moins important que ce qui est "expliqué". Le premier paradoxe
s'énonce ainsi: la proposition "le fondement de la pensée se trouve dans les
XXll

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