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CURE EN ADOLESCENCE

240 pages
La psychanalyse, sur le modèle de la " cure-type " de l'adulte, est-elle pertinente pour traiter le mal-être des adolescents ? Pour certains elle est contestée, contestable, voire même impossible. Pour d'autres elle nécessite des aménagements dans les conditions de son exercice. Théorie et pratique sont ici confrontées en s'appuyant sur les notions de processus, de pubertaire, d'adolescents.
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CURE EN ADOLESCENCE

~ L'Harmattan, 1999 ISBN: 2-7384-8280-5

Sous la direction de

Philippe Gutton

CURE EN ADOLESCENCE

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

-

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

Collection « Sexualité Humaine» Série Mémoire du temps dirigée par Charlyne Vasseur-Fauconnet «Sexualité humaine» offre un tremplin pour une réflexion sur le désir, le plaisir, l'identité, les rôles féminin et masculin. Elle s'inscrit dans un mouvement socioculturel, dans le temps et dans l'espace. La sexualité ne peut être détachée de sa fonction symbolique. L'erreur fondamentale serait de la limiter à un acte et d'oublier que l'essentiel est dans une relation, une communication avec l'autre, cet autre fût-il soi-même. Cette collection a pour objet de laisser la parole des auteurs s'exprimer dans un espace d'interactions transdisciplinaires. Elle relie la philosophie, la médecine, la psychologie, la psychanalyse avec des ramifications multiples qui vont de la pédagogie à la linguistique, de la sociologie à l' anthropologie, etc.

Déjà parus: La médecine et le régime de santé, M. Tiollais (2 vol.) La vocation d'être femme, O. Delect Le défi des pères séparés. «Si papa m'était conté... », Ph. Veysset Dieu, l'adolescent et le psychanalyste, O. Falque Agressions sexuelles victimes et auteurs, Evry Archer À paraître: Homme dominant Homme dominé l'imaginaire incestueux, M. El Bachari La sexualité féminine dans la pornographie, Mémoire d'une déraison, F. Dion Sexualité et Internet, P. Leleu

Nous remercions: les participants du séminaire du mardi de Philippe Gutton à Paris, - l'organisatrice de cette publication, Odile Falque, - celles qui ont apporté leurs compétences techniques, Chantal Martin, Fabienne Lévêque, Agnès Poulain et Danièle Grimault

Conception et réalisation de la plaquette de couverture: Martine CLERON

Sommaire

Philippe Gutton Philippe Givre Renée-Laetitia Richaud

Du but de la cure Don du temps et rythmicité Approche maïeutique Neutralité bienveillante La métaphore archéologique Processus d'adolescence d'adulte Une cure à la latence Une cure d'anorexique Soumission et détournement de traitement Les tags au singulier Irruption d'une idée délirante L'hospitalisation suicidants des adolescents et cure

I Guy Scharmann
Caroline Lebrun Odile Falque Marie- Hélène Girolet Anna Victoi Linda Slama Anne Tassel Béatrice Copper-Royer Philippe Pierre Tédo

7

Du but de la cure

Philippe Guttonl Le parallèle entre processus adolescens et processus de la cure permet d'attribuer à ces deux séries le même et double but: garder, élaborer la nouveauté pubertaire2. L'adolescent développe seul, et avec ses parents, ce travail du négatif dans la mesure où les modérateurs tiers (internes et externes) sont suffisamment bons. Rappelons les définitions (Robert) du terme se référer: «attribuer, s'en rapporter à, être attesté par ». Le système référentiel adolescens est ce qui permet au sujet de se rapporter à la scène originaire que constitue la scène pubertaire, se l'attribuer et attester que les activités fantasmatiques qu'il développe se dessinent à la fois dans la lignée de celle-ci et selon des défenses à son égard suffisamment bonnes. Nous étudierons successivement: le principe de ce but concernant la scène pubertaire qui n'est pas sans poser des problèmes importants dans la théorie psychanal ytique, les moyens qui font que ce but est difficile à atteindre ou menacé dan's son atteinte: l'inadaptation du système référentiel infantile empêchant que se produise ce que f<!.i"nommé «l'auto-analyse adolescens ». Ce que l'adolescent-peut attendre des rencontres avec l'analyste, de son écoute et de ses interventions est (même si de façon manifeste sa de1. Professeur à l'Université de Provence, psychiatre, psychanalyste. 2. Gutton P., Pubertaire, Paris, PUP, 1991. Adolescens, Paris, PUP, 1996, 9

mande ne porte pas sur ce thème) une libération ou une facilitation de son activité tierce, précisément, nous l'avons souvent répété, de sa capacité représentative. Est-ce le but de la cure que nous définissons ici ? Il Y a quelques hésitations à désigner un but dans la démarche analytique qui se veut spontanée. Tout but donné à la pensée en gêne la procédure associative fondamentale déjà si souvent empêchée par l'événementiel adolescent (que nous avons théorisé comme une proximité des traumatismes pubertaires\ Le but explicite est l'invitation à suivre la règle fondamentale. Donnons d'ailleurs l'exemple de notre propre fonctionnement psychique, exemple pour le déroulement de la séance et pour l'adolescens, en associant tôt, dès les premières séances à propos d'un apport narratif de l'adolescent: « Cela me fait penser... » En aucun cas le but ne peut être alimenté par un objectif d'avenir, un projet; il est par définition tourné vers le passé advenu et plus précisément la capacité pour celui-ci d'être intériorisé, subjectivé. Nous avons conçu l'adolescens comme un acte créateur dont l'œuvre (le résultat) ne peut être le but pendant la durée même de la création; «adolescere », croître; ce qui compte est l'inspiration jetant l'adolescent dans le changement tout en le maintenant au plus près et pas trop près de la source (la chose pubertaire). L'adolescens ne se crée pas par rapport à l'adulte que l'adolescent deviendra mais par rapport à son origine pubertaire (sa vérité, sa chose). L'enjeu est un travail de construction, je dis précisément de sublimation. Par retouches successives et diverses, ou d'emblée, des constructions adolescens sont montées, créant progressivement de façon continue et discontinue l'œuvre: l'adolescent. Il y a fondamentalement ainsi, dans la création, du faux, du masque, justement nécessaires afin que puisse s'y révéler une vérité ressemblante. Grâce à et malgré les images jetées sur la toile, le visage du modèle est reconnaissable. Le portrait n'est jamais qu'un masque précisément ressemblant par lequel le sujet, par le jeu des miroirs et des autres, pointe les ressemblances. Mon portrait n'est rien d'autre qu'un masque que je reconnais; ce n'est pas mon visage, dont il est un
3. Gutton P., Le traumatisme à l'adolescence, in L'illégitime violence, sous la direction de F. Marty, RemonvilIe Saint-Agne, Érès, 1997, pp. 2132. 10

signe de reconnaissance. La chose, la vérité, impensable et irreprésentable par définition (hors temps, le réel lacanien) rencontre l'écran de la représentation et du signifiant qui en empêchent l'expression (qui y font trou, absence, vide) et en même temps animent sa construction. Bien intéressante est la définition pour J. Lacan de la sublimation qui «feint d'imiter une image en échappant à l'objectalisation ». Citation classique que celle-ci: «La sublimation élève l'objet à la dignité de la chose », cette chose sublimée sera toujours prise comme objet, et pourtant elle est coup d'envoi, rupture sans cassure, détournement, mise en ébullition, suspension, «élan anticipatoire, c'est-à-dire ramenant à ce qu'il y avait avant ». Chez l'adolescent, la ligne énigmatique du sujet est du côté de la chose pubertaire se sublimant, «feignant d'imiter l'image d'un adolescent ». Le futur antérieur de J. Lacan (l'espace du «pré» selon le mot de J. Dury), «j'aurai donc été cela, qui suis-je? » est de la même façon le temps qu'utilise l'adolescens et l'expérience d'abord sublimatoire que constitue la rencontre avec un psychanalyste. La règle fondamentale, qui est aussi celle de l'adolescens, est de figurer associativement un masque dans et par lequel le sujet peut se reconnaître.

L'adolescent qui s'installe, avec plus ou moins de
confiance, dans notre bureau, ressent que le changement naturel qui se produit en lui, ne lui convient pas; son mal-être est qualitatif bien sûr, même s'il s'exprime souvent en termes quantitatifs: « Cela va trop vite, je me sens toujours le même, je n'avance pas ou plus» (mêmes échecs, conflits). Il y aurait en lui un «idéal de développement »4, «une bonne évolution » correspondant de façon implicite à l'idéal d'une bonne adolescence ou tout au moins une certaine temporalité adolescente. Il est attendu de l'analyse que se produise, au cours
4. Certains adolescents nous rencontrent sous l'incitation de leurs parents qui constituent pour eux la cause manifeste et extérieure de cet idéal de changement, par lequel se mesure l'écart d'un mal-être. Celui~ci est différent de l'idéal du Moi en cours de réélaboratiôn, c'est une image idé!lle du sujet construite par les objets idéalisés du moment. Il serait à rapptocher des idéalisations objectales si importantes à l'adolescence par lesquelles le sujet cherche ses références dans son environnement et trouve sa philosophie au moment où le Surmoi héritier de l'infantile est en difficulté. (Cf. Gutton P., Idéalisation, idéologie à l'adolescence, sous presse, 1999). 11

et décours des rencontres, un changement du fait de paroles écoutées. L'étymologie simple de la bienveillance chez l'analyste, répond suffisamment à cette demande, soit l'attitude qui permet spontanément à l'adolescent de prendre la bonne voie. Le choix directionnel ne saurait être donné par le thérapeute qui se doit de résister aux demandes de l'adolescent quant «au meilleur à faire et à dire» : refus souvent difficile car, dans le face-à-face, l'adolescent interprète volontiers à sa guise (projection) un geste de l'analyste ou au contraire un silence, un changement d'atmosphère. La position psychique de l'analyste est néanmoins supposée modifier l'histoire de l'adolescent qui vient le solliciter, toutes résistances avancées bien sûr. L'avenir est un passé recomposé et composé à travers bien des moments, en particulier de l'expérience avec lui. L'analyste ne saurait être considéré comme un historienS, pas même co-historien; il est l'occasion pour l'adolescent de recréer aujourd'hui son histoire autrement;. il pourrait être celui dont l'intervention (sous forme d'histoire relatée par exemple) modifie le cours de l'histoire dont l'adolescent est seul rédacteur. J'attache une place centrale à la scène pubertaire dans la cure lors même qu'elle est abordée par les processus adolescens. Rappelons que ce point de vue a été posé dès mes premiers travaux comme un retour au formidable insight que constitue le troisième essai de S. Freud (1905) et qui n'a pas eu pour le découvreur en sexualité infantile, un suivi à la hauteur. Là où les travaux psychanalytiques6 installent la scène primitive en tant qu'elle émet répétition et changement aux fins de la constitution fantasmatique de la situation analytique, je place la scène pubertaire7. Paraphrasant J. L. Donnet, je dirais que la scène analytique d'adolescence que consS. M'inspirant du message de Le Guen C. I., Voir,jaire (p. 97-116) et plus largement de l'argument général de la monographie dans laquelle cet article s'inscrit (Construire ['histoire, monographie de la Rev. Fr. Psychana!., Paris, PUF, 1998), il convient d'éviter de façon générale, le rapprochement trop commun aujourd'hui entre histoire et psychanalyse: un peu trop schématiquement, si l'historien voit, le psychanalyste agirait ~acte de parole). . Je pense parmi d'autres à ceux de Donnet J. L.(Le divan bien tempéré, Paris, PUF), Neyraut M., Fain M., Cournut J. 7. Répétant sans remémoration la scène primitive et y introduisant le prisme excitant de l'éprouvé génital, comme nous l'avons définie. 12

tituent la séance et son contenu, si souvent narratif, serait structurellement une répétition de la scène pubertaire. À titre d'exemple de raisonnement, je traduis ainsi la parabole de M. Fain8 : il définit l'intervention dans la cure psychanalytique comme le message d'une mère: adressé à son enfant de façon strictement altruiste (intervention idéale), concernant le danger de castration par le père face aux manifestations auto-érotiques (je dirais incestueuses) de son enfant: elle éveille l'angoisse comme signal d'alarme. Le message de l'analyste, à l'égard des processus adolescens, vise à signaler la menace de castration en relation avec l'instance tierce (Surmoi, grand Autre) qui pèse sur cet adolescent du fait de la scène pubertaire. La place accordée à la scène pubertaire est, dans mon esprit, limitée à la cure des processus adolescens. Ainsi, comme le rappelait M. Laufer, tout dans l'adolescence et plus précisément chez les adolescents très perturbés, est en contradiction avec les exigences de la technique psychanalytique. Cette affirmation relève d'une nécessité imposée par les processus d'adolescence en cours au sein desquels la scène pubertaire condense (dans un éprouvé prêt à bondir...) la scène primitive et ses élaborations infantiles. Je considère comme suffisant de ne pas chercher à remonter avant la puberté dans le trajet de reconstruction rétroactive de l'histoire auquel nous invite S. Freud. Le modèle dont il faisait usage dans ses cures d'adulte, à l'endroit de l'infantile, se révélerait impertinent dans la période circonscrite de prime adolescence, c'est-à-dire celle où les processus adolescens sont à vif et fragiles car incipiens9. Nous irons plus loin en formu8. Fain M., Introduction au numéro spécial sur l'interprétation, Rev. Fr. Psychanal., 1983,47,3, p. 707-716 ; également, Le désir de l'interprète, Paris, Aubier Montaigne, 1982. 9 On les conçoit fragiles précisément lorsque la pathologie estgrave. .. Ce n'aurait pas été le cas d'Emma où l'instigation freudienne, m~me si elle ne dépassa pas la phase de latence, chercha l'enfant que cette adQJeSc~nte fut. Peut-être que cette observation de début de carrière de son auteur nous incite à assouplir notre principe: la remontée «peu avant la puberté» serait possible voire intéressante, au moins sans danger, ainsi que les confrontations dans les problématiques névrotiques. Notre point de vue serait surtout pertinent pour les élaborations proches de la scène puber13

lant que les essais pour remonter en deçà de la puberté peuvent faire courir un risque à la cure et donc à l'adolescent. Ce point de vue, ici formulé de façon trop à l'emporte-pièce, seta étayé ultérieurement. Le principe en est que l'essentiel, si je puis m'exprimer ainsi, de la scène primitive se condense dans l'entrée en scène agie qui marque l'effet de puberté. L'enfant était absent de la scène primitive hormis son rôle d'observateur, il était infantile de cette absence (de façon plus moderne disons passif). Par la puberté, l'enfant plus ou moins séduit, capable d'être séduitlO, devient séducteur, acteur principal ; son texte à dire est précisément l'infantile revu par le changement génital. L'infantile est là, répété sans être remémoré en toute sa violence qu'il est aujourd'hui possible d'agir. Ne le cherchons pas aujourd'hui où il était dans le passé mais où il se répète dans l'actuelll. Si chez l'adulte, la remémoration qui entraîne mutation et que recherche l'interprétation au sens strict, porte sur les désirs sexuels infantiles inconscients, réactivés dans le transfert et véhiculés par le discours du patient, ici, elle porte sur les désirs pubertaires inconscients (répétition originale des désirs sexuels infantiles réactivés dans le transfert et véhiculés par le discours de l'adolescent). L'intervention cherche le pubertaire afin que se produise une nouvelle construction ~ui comprendra derechef « un morceau de vérité historique» I . Il convient véritablement de profiter de la proximité de la scène pubertaire et des premières symbolisations qui s'y produisent. Jamais dans la vie, il ne sera possible de se rapprocher autant de la découverte de l'œdipien au plus près de l'entrée dans la catégorie du possible génitalI3. Nous savons que cette proximité du pubertaire est de la dynamite. Dans bien des cas, en particulier dans les pathologies graves sur le modèle de l'état-limite, il est sage de savoir attendre, autotaire, et comme nous aurons l'occasion de le démontrer, souvent dans les ~athologies de type cassure d'histoire. 0. Il le serait encore par les caractéristiques infantiles qu'il conserve, gu'il garde plus ou moins longtemps. Il. Et pas non plus à mesure que l'élaboration adolescens intervient proHessivement, là où il fait retour lorsque l'adultisation se profile. . Freud S. (1937), Constructions dans l'analyse, in Résultats, idées, problèmes, Paris, PUF, 1985, pp. 269-281. .,. B . R ormIs peut-etre d ans certames expenences amoureuses d ont Ia va Ieur ' analytique peut être gardée toute la vie.
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nomiser, calmer l'excitation qui empêche toute différenciation et maintient dans la confusion entre l'infantile et le pubertaire. Ailleurs, dans la mesure où les cadres, internes et externes, sont suffisamment assurésl4, il faut profiter de la dynamique que produit le rapprochement quotidien entre parents et adolescents, répétant a minima la scène pubertaire à travers ce qu'il est commun de nommer les scènes familialesl5. La démarche adolescens y est inspirée. Cette disposition conceptuelle et technique est, je le répète, pertinente tant que les processus d'adolescence sont en cours; elle est un constat de notre travail avec l'adolescent très perturbé et ne se soucie pas des dispositifs concernant l'adulte. La cure prétend s'installer dans un espace de reconstruction, son but n'est rien d'autre que celui de la séance et précisément celui de l'intervention: favoriser ce travail de reconstruction incessant, en empêchant que des brides se développent par l'excès ou le videl6. L'intervention porte sur le travail de tissage permanent de l'adolescens, reflété par un certain plaisir à penser; plus précisément, elle vise à déconstruire quelque chose d'immobilisé, bloqué, buté, inélaborable, ou en cours de l'être, en cours de le devenir: déconstruire c'est-à-dire analyser. Un cas discuté en centre de consultation hospitalière montre l' application de ce raisonnement. J'en résume le récit dans cette optique. Fabrice, seize ans, demande (sans faire appel à la présence parentale) une psychothérapie du fait de l'angoisse qui talonne ses journées. TIse situe dans un milieu familial exclusivement féminin constitué de sa grand-mère maternelle, sa
14. Cette consolidation est le but d'une prise en charge classique ou institutionnelle précédant la psychothérapie dans la cure bifocale (Jeammet P.) ; également de ce que M. Laufer nomme période d'évaluation. IS. Cf Gutton P., Adolescens, Paris, PUP, 1996. La place accordée aux scènes familiales relatées dans le contenu de la séance et les problèmes concernant le cadre externe de la cure seront étudiés ailleurs. Il.est associé ici sur cette familiarité vite acquise par le transfert de certains adQfésGents à l'endroit du cadre externe de la séance (souvent refoulée ou étrangeté). «Vous avez changé de place mon fauteuil depuis la semaine dernière », dgs la troisième séance, il est dans le bureau comme à la maison. I . Soit sur le modèle de la névrose adolescente soit sur celui du breakdown. 15

mère et sa sœur de quatorze ans, tenant pour sans importance le beau-père devant la télévision; son père est mort d'un accident de la route lorsqu'il avait cinq ans. Pendant le weekend, il se réfugie dans la famille de sa copine où il se sent bien. L'angoisse de Fabrice est présentée comme de l'ordre d'une névrose actuelle; elle est directement liée au quotidien, coupée de toutes associations (en particulier des souvenirs adolescents et infantiles). La situation d'aujourd'hui lui semble avoir toujours ainsi existé. Pendant plusieurs mois, les séances répètent sur un modèle réellement traumatique, de façon dépouillée les injonctions paradoxales réciproques ~t quotidiennes dans lesquelles s'inscrit la relation mère-fils. A titre d'exemple: «Tu ne peux faire usage du téléphone qu'entre 20 heures et 20 heures 30» Comme c'est l'heure du dîner et qu'il est interdit de quitter la table, cet instrument privilégié de l'adolescent amoureux est impossible. Fabrice se glisse (sans résoudre le dilemme), au risque de coups et blessures, entre 20 heures 25 et 20 heures 32. L'emprise réciproque porte sur le thème des horaires et des lieux. La mère est violente (elle alla jusqu'à des gestes d'étranglement) ; Fabrice a une passivité provocante, exhibée, moqueuse parfois; pas de duel réel mais des explosions entre le pouvoir formidablement exigeant de la mère et les contournements sournois (vicieux ?) d'un fils qui en semble séduit. De sa vie imaginative, il ne dit rien; à aucun moment, il ne se laisse aller à associer, tout en paraissant fort à l'aise et bavard. Après quelques mois de traitement, la mère, véhémente, fait scandale dans le centre où Fabrice s'est adressé. Elle exige de voir le psychothérapeute, trouve inacceptable (on est proche d'un processus délirant d'influence) qu'il «lui mette des idées dans la tête », du style: «il faut que tu fasses ta vie» Elle menace d'un procès, excès assurément paranoïaque. Pourquoi Fabrice a t-il répété à sa mère un tel propos de son psychothérapeute qui était précisément une de ses phrases préférées, se trouvant caricaturée. Je comparais cette séquence de dérision à celle de la Gorgone, mise en face de son reflet dépouillé de la troisième dimension, aplati dans le bouclier-miroir de Persée, et dès lors déjà blessée mortellement. La phrase maternelle, à multi-significations, était retournée en quelque sorte grossièrement à ses oreilles par le jeune homme (défense proposée par Athéna) sur la suggestion supposée d'un autre. La dualité maintenue de la relation entre Fabrice et sa mère, aux alibis de scène pluri-quotidiens, se trouvait menacée, peut-être brisée, par ce qui était appréhen16

dé par cette dernière comme dérision. Elle formait un noyau enkysté dans les essais adolescens de Fabrice, clivage du Moi chez lui sans doute. Il se sentait habité par elle en permanence ; cette aliénation était d'autant plus serrée qu'il avait sans doute entrevu une échappée possible; l' enfermement dans lequel se recroquevillait cet adolescent (il se bouclait dans sa chambre officiellement pour se protéger, en fait pour répéter en lui-même les scènes traumatiques avec sa mère), s'étendait dans sa vie quotidienne débouchant sur une grande solitude et le désarroi. Il devenait mystérieusement contagieux pour le psychothérapeute qui se décrivait en quelque sorte piégé dans cette cure dont le matériel identique se répétait. Comment se débarrasser d'un tel carcan ? Dégager le pubertaire de l'infantile est une opératipn pour laquelle l'adolescent est singulièrement ambivalent. A la puberté, les scènes infantiles sont l'objet d'un travail défensif. Nous résumons ainsi (radicalisation trop schématique) l' ordinaire ambivalent de la névrose adolescente: l'homosexualité infantile est refoulée et idéaliséel7; l'hétérosexualité infantile est en grande part déniée en tant que telle et projetée G'ai souvent écrit agie, ailleurs extériorisée) dans la scène pubertaire Gouée par les trois acteurs, même). Nous soutenons qu'elle est essentiellement l'objet d'un déni, déni de cette part hétérosexuelle de la réalité de l'infantile, déni temporaire, disparaissant à mesure que l'adolescent travaille. Rappelons où résident les deux lieux de projections: la scène pubertaire en tant que répétition de l'infantile modifié par la catégorie du possible génital, les positions parentales présentes qui deviennent de véritables porte-parole de l'infantile. L'analyse des projections, sur les autres, rencontre une résistance considérable de l'adolescent qui craint la régression (sous le sigle de l'immaturité) ou du retour du projeté (sous forme d'une érotomanie,. avêc éventuellement un retournement en son contraire dans la paranoïa ordinaire des adolescents.).:,Cette projection a néanmoins le côté positif de féconder uÏÎe-eer17. Freud S. (1918), L'homme aux loups, in Cinq psychanalyses, tr., fr., Paris, PUF, 1975. 17

taine autonomie: s'éloigner des parents réels et fantasmés devient synonyme de se dégager de l'infantile. Laissons l'infantile où il se loge aujourd'hui à la puberté
avec l'idée d'une réintrojection ultérieure (identification

projective), retour qui constitue en lui-même les marques progressives de l'adolescens. TIy aurait grand danger à tenter de traverser le système défendu par le couple déni-projection. Dans la cure, deux situations schématiques: Pas de souvenirs d'enfance inclus dans les associations ou les narrations de l'adolescent. L'infantile admet cette extraterritorialité. J'utiliserai comme parabole de ce fait «l'oubli dans la mémoire d'Athènes »18 En 403 avo J. c., au lendemain même d'une effroyable guerre civile où les partisans de la démocratie avaient subi les pires exactions, ceux-ci finalement vainqueurs firent voter un décret interdisant à quiconque d'évoquer à l'avenir les tragiques événements que venait de traverser la cité. Athènes décrète l'oubli de tout et pour tous, créant une sorte de non-mémoire officielle. Chacun doit prêter serment de suivre cette injonction, et la somme des serments engage la cité tout entière. Le ciment de la communauté est l'oubli de l'affrontement des forces politiques, l'omission du conflit, des divisions entre majorité et minorité; et c'est de cette conflictualité stabilisée, c'est -àdire omise, que naîtrait pour ceux qui brûlent encore de s'entre-tuer, le sentiment paradoxal de quelque chose de commun, une conformité. J'insiste ici à la fois sur la procédure (et ses effets) et sur l'acte de décision qui impliquent un tiers, une Autorité, par et grâce à laquelle l'adolescent peut omettre ce qui l'avait perturbé dans son enfancel9. Ailleurs, des souvenirs d'enfance sont présents, il y a lieu de procéder à une confrontation, à une différenciation. Tel est « le roman familial où l'adolescent construit toute légende à partir de la différence entre sa position ancienne par rapport à ses parents et sa position actuelle »20.Une étude du maté18. Loraux N., La cité divisée, l'oubli dans la mémoire d'Athènes, Paris, Payot, 1997. 19. Je pense plus précisément à laconflictualité œdipienne vue par un sujet en néoténie, les affres de son impuissance dans l'ambivalence. 20. Freud S., Notes de 1920 au troisième essai, Trois essais sur la théorie de la sexualité, tr. fr., Paris, Gallimard, (Folio), 1986. 18

riau des séances incite à repérer une différence entre les souvenirs infantiles et adolescents. Deux mouvements possibles de l'intervention: souligner la répétition, c'est-à-dire rapprocher le souvenir d'enfance et le souvenir d'adolescence; le risque est alors sensible de rencontrer une résistance du sujet craignant le retour du projeté; marquer par un élément singulier et discret la nouveauté pubertaire en cours d'élaboration adolescens, au risque peutêtre de donner des mots à un traumatisme en cours. Dans les deux cas, l'analyse est vigilante à la distinction entre l'érotique infantile et pubertaire. Il n'y a pas lieu, selon nous, de souligner la répétition qui forcément se produit, mais de marquer ce qui change dans ce qui est rapporté, transféré, par le fait de la puberté. Ce que fit S. Freud avec la jeune Emma. Aussi répétitive qu'elle soit, la scène pubertaire est fondamentale par ce qu'elle souligne de nouveauté (entrée dans la catégorie du possible œdipien) et dès lors, fait d'elle une source de changement. Le parti pris de l'intervention est moins de souligner que l'enfant est écouté dans le discours du jeune que de s'étonner d'entendre déjà un adolescent. Ce point, à la fois conceptuel et technique, est une spécificité considérable de la cure des adolescents. Que la différence soit modeste, peu importe, positivons-la. La grande question reste celle de la référence permettant précisément la différenciation entre infantile et pubertaire afin de favoriser l'originalité adolescens incipiens. L'argument du jugement attributif (ayant une singulière valeur existentielle) ne peut venir de l'infantile. Il suppose justement une nouveauté de l'angle de vue. Cette fonction nécessaire est elle-même en remaniement. Quel désarroi pour l'adolescent d'être saisi par la nouveauté pubertaire et de ne pas avoir les instruments actuels de sa gestion! Prenons l'exemple de J. 21,jeune fille de treize ans .-Sis .parents, divorcés et vivant à distance, lui ont donné une enfance
21. Discussion en séminaire théorico-clinique sur l'adolescence, 1998, nous remercions le Docteur Jean-Claude Elbez. Aix,

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dispersée; elle adore son père trop dominé par sa seconde femme; elle haïssait la mère (qui l'abandonna à cinq ans pour son amant) ... jusqu'à ces récentes vacances où cette dernière se révéla intéressante peut-être même fascinante; c'est «d'ailleurs» au cours de ces vacances qu'elle fit sa première expérience de l'amour. Deux incitations à associer peuvent être faites par le psychothérapeute afin que J. lie les significations œdipiennes de son histoire (résumée en ses trois premières séances) : selon l'une, les problématiques parentales de cette jeune fille, réactivées à la puberté, complexes et peut-être plus variables et plus inconscientes qu'elle ne le croit, sont travaillées en séance. Elle compare le passé et le présent objectaux, . l' œdipe infantile et pubertaire; selon l'autre, l'accent est mis sur la bascule de son jugement, permettant une prise de vue assez différente pour elle sur le monde, parental en particulier: l'expérience amoureuse récente en serait l'origine. Si la psychothérapie vise à faciliter la libération des processus de reconstruction adolescens du fait du pubertaire advenu, il y aurait tout bénéfice à recentrer J. sur les transformations pubertaires (désir génital) dont elle difia son système référentiel (<< sa maturité », selon ses parents, «rien n'est plus comme avant », disait-elle). La confrontation fondamentale, plus que celle des objets partenaires infantiles et pubertaires, est référentielle, entre la lignée du Surmoi, séquelle de l'infantile, et les nouvelles constructions tierces. A partir de ces dernières se restructure la métapsychologie adolescens, nouveau fonctionnement de la deuxième topique par fait de puberté.

prit connaissance par l'amour « du petit copain », et qui mo-

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Don du temps et rythmicité de la séance dans les thérapies d'adolescents

Philippe Givre! En faisant appel aux notions de don du temps et de rythmicité dans les thérapies d'adolescents, nous souhaitons développer un certain nombre de réflexions autour d'une question centrale: dans quelle mesure et sous quelles conditions le thérapeute doit-il privilégier un «don du temps» dans les thérapies d'adolescents? Certaines propositions de Didier Anzieu paraissent être en mesure d'apporter un début de réponse. Dans son article «Le temps d'être plus vrai »2, Anzieu insiste sur l'importance du temps donné aux patients dont les difficultés relèvent principalement des incertitudes sur l'être (c'est-à-dire sur l'existence ou sur l'identité). Si l'analyste est amené à livrer des interprétations ou des constructions, s'il donne aussi son écoute neutre et bienveillante auprès des patients névrotiques, c'est son temps qu'il doit donner dès que la problématique du patient s'approche des états limites ou de la psychose. Dès lors, ne faut-il pas étendre cette proposition à la prise en charge des problématiques

. Maître de Conférence UFR Sciences humaines cliniques Pari~ VU; Unité de recherche sur l'adolescence - psychologue clinicien-psychothérapeute - Service de Psychiatrie du Pr. Hénniaux - Hopital Saint-Phili~ert, Lomme (59) . Anzieu D., Le temps d'être plus vrai, Nouvelle Revue de Psychanalyse, Numéro 41, L'épreuve du temps, Printemps 1990, pp.234-236.
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adolescentes, si l'on considère que l'adolescent est lui aussi confronté à des questions qui touchent pour l'essentiel à son identité et à son mode d'être ou d'existence. Dire que c'est son temps que l'analyste doit donner à l'adolescent soulève immédiatement des problèmes cruciaux, notamment sur la durée de la séance. On peut, par exemple, se demander s'il est supportable pour un adolescent de vivre des entretiens hebdomadaires qui se limitent à quinze ou vingt minutes, l'analyste se cantonnant dans une position de neutralité, même bienveillante! Qu'advient-il sur un plan thérapeutique, si le patient concerné est un adolescent en proie à des carences ou à des défaillances narcissiques? N'est-on pas trop souvent dans l'obligation d'enregistrer les doléances d'adolescents qui font état d'un début de thérapie avortée suite à la déconvenue causée par l'attitude silencieuse et expéditive du thérapeute? A contrario, il est tout aussi légitime de se demander si l'adolescent est en mesure de supporter des séances longues. La tendance à prolonger la durée des séances, ne risque-t-elle pas d'être vécue par l'adolescent comme une violence qui lui est faite? Un laps de temps prolongé n'aurait-il pas pour résultat d'atténuer la fonction séparatrice du cadre analytique en réalisant cet inceste entre appareils psychiques qui met à mal le narcissisme et les limites du sujet, comme le souligne Ph. Jeammet? Et cela, d'une manière identique à l'interprétation du transfert qui dans les thérapies d'adolescents a pour effet de piéger le patient... et l'analyste dans un fonctionnement incestueux... À notre perplexité, s'ajoutait le souvenir de certaines phrases lacaniennes distillant que l'important est moins ce qui se passe pendant la séance que ce qui se joue en dehors de la séance. Il nous revenait également en mémoire, les propos de Jean-Luc Donnet rappelant la nécessité pour l'adolescent d'élaborer certains «sujets brûlants» (cf P. Mâle) à l'abri de la présence du thérapeute. D'un autre côté, nous gardions à l'esprit la fameuse proposition de D. W. Winnicott qui fait du temps le remède privilégié de l'adolescence. D. W. Winnicott ajoutait pourtant qu'il n'est pas sûr que le temps soit une notion qui ait beaucoup de signification pour l'adolescent. Comment dès lors nous ressaisir et nous réapproprier cette logique pour le moins paradoxale? Paradoxale puisque le 22

temps apparaît tantôt comme remède, tantôt comme poison. C'est à ce niveau de notre réflexion qu'un emprunt aux conceptions de J. Derrida sur le temps nous a paru des plus opportuns pour réussir à clarifier certaines notions et celle du don du temps en particulier.

Qu'est-ce que donner du temps?
Dans son texte «S. Freud et la scène de l'écriture »3, J. Derrida n'hésitera pas écrire que l'analyste reste prisonnier d'une conception vulgaire du temps; S. Freud y compris: «L'inconscient n'est intemgorel qu'au regard d'un certain concept vulgaire du temps »'1,affirme-t-il. L'analyste resterait donc rivé à une conception courante et traditionnelle du temps, trop proche de la mécanique ou du temps de la conscience ! Pour J. Derrida, le temps renvoie à l'économie d'une inscription psychique qui se différencie de l'économie de la conscience. Pour comprendre ce que J. Derrida veut nous signifier, je vous inviterai à reprendre certains arguments développés dans un ouvrage de J. Derrida qui s'intitule Donner le temps (ouvrage paru en 1991, avec comme sous-titre La fausse monnaie, en référence à un texte de Baudelaire). Loin d'être neutre, le titre de ce livre a l'avantage de nous renvoyer directement à la formulation de notre problématique initiale. Dans cet ouvrage J. Derrida se propose d'aborder la question de la temporalité en analysant les rapports qui se trament entre le temps et le don, puisque ceux-ci vont se révéler intimement liés. Dans l'acception que lui donne J.Derrida, le don est un concept très particulier. Le don au même titre que le pharmakon, la différence ou l'archive serait une des notions indécidables qu'affectionne particulièrement J. Derrida. Si le pharmakon est toujours à la fois remède et poison, il en est de même pour le don qui s'apparente toujours à un cadeau empoisonné. J. Derrida souligne cette ambivalence du d0I11:antôt bon, tantôt mauvais, comme cadeau et comme poison: M"ais, plus fondamentalement, à partir de ses relectures de Heideg3, Derrida J., L'écriture et la différence, Paris, Points/Seuil, 1967. 4. Ibid., p.318. 23

ger, Marcel Mauss et S. Freud, J. Derrida va poser le postulat suivant: «Le don n'est un don que dans la mesure où il donne du temps. »5 Postulat qu'il reformule encore de cette manière: «Là où il y a le don, il y a le temps. »6 Cette définition sous-tend implicitement une critique des options structuralistes qui en substituant l'échange au don font « s'évanouir toute difficulté et jusqu'à la valeur même de
don

>/.

Or, le don se différencie

de toute autre opération

d'échange pur et simple par le fait qu'il offre du temps: «Réduire celui-ci à un échange, c'est tout simplement annuler la possibilité même du don. »8 Par ailleurs, faire prévaloir la logique de l'échange sur celle du don revient à éliminer ou à amoindrir tout ce qui a trait aux «notions affectives ». Cela revient surtout à éliminer tout ce qui a trait aux phénomènes d'auto-affectation, alors même que l'auto-affectation pure conditionne les phénomènes de «proto-temporalisation» ou de «prato-spatialisation ». L'auto-affectation pure, c'est la possibilité pour le sujet de rendre perceptible et assimilable des traces «autotravailleuses» qui œuvrent dans la psyché sans qu'elles aient jamais eu la possibilité d'être vécues dans leurs sens présents, c'est-à-dire en conscience. On pense là à D. W. Winnicott et aux événements ayant eu lieu sans trouver de lieu d'inscription psychique. Comme illustration de ces phénomènes d'auto-affectations pures, J. Derrida, relisant Baudelaire, évoque ce qu'il nomme la poétique du tabac.

La poétique du don
Le don a à voir avec un moment où une auto-affectation
pure du sujet pourrait se produire. Lorsqu'il fume, que ce soit de l'herbe ou du haschich, l'adolescent cherche à se procurer un plaisir au plus proche de l'auto-affectation (orale). Plaisir dont il ne reste rien, plaisir qui se dissipe en fumée. A travers

cette consommation pure (sans rapport avec un besoin naturel
de l'organisme), l'adolescent tente de se donner quelque plaisir pur ou quelque affect pur indispensables à l' événemen5. Derrida J., Donner le temps, Paris, Galilée, 1991, p. 59. 6. Ibid., p. 60. 7. Ibid., p. 99. 8. Ibid., p. 101.

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