Dandies à Bacongo

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Les six chapitres montrent que la gestion prévisionnelle et préventive des ressources humaines et de l'emploi n'a de sens qu'intégrée à l'élaboration de la stratégie de l'entreprise et à son plan d'action.

Publié le : mardi 27 mars 2012
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EAN13 : 9782296175884
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DANDIES

À BACONGO

Collection
dirigée

(c

Logiques

sociales»
Desjeux

par Dominique

José Arocena, /A' déve/opp"""'1/1 par l'tililialive /",~/e. Le ca. françai., 1987. 227 pa~es. A. Ber~er. J Cata,ano, JO. l'ernairon, J Rou,ier, La revalllhe dU.<lld..Ul/ défi J la fral/C<'.1988, 168 p. , Bri~itte Brébanl. La Pauvrelé, UIIdeJltil 1984, 284 pa~e.. Jean-Pierre Boutinet ('<lU. la dir. dei, DII dimum' J l'aclioll .. le. .ciences wciale. sinlerro~ent sur elles-mêmes. 1985, 406 pa~es. MulhouJe, L'an~oisse el le nou de l'enfance, 1986.212 p. Claude Courchay,l/Ùloi,,' du P""II Pierre Cousin. Jean.Pierre Bourinet, Mi,'bel Morfin. AJpiraliom re"i,;,'uJ"J d"J/,'ul/"J Iveéem, 1985, 172 pa~es. Michel Deboul, Gérard Clavairoly. lA' Déwrdre médÙ~/, 1986, 160 pa~es. Jacques Denanres, LeJ /eulll'J ('/ l'mlplvi. Aux WH la Jé",rilé, aux aUlreJ la dérive, 1987, 136 p. Majhemoul Diop, I/;Jlvire deJ clam'J wC/dl".rdam l'Afrique d,' l'Ou"J/. Tome I .. Le Mali. Tome 2 : Le Séné~al. 1985. l'rançoi. Dupuy el Jean-Claude ThOéni~, La lAIi du ma"hé: l'électroména~er en l'rance, aux Elar.-Unis el au .Iapon. 1986, 264 pa~,,,,. , Franco Foshi, Eu"'pe, quel aV<'llir Emploi, chôma~e des jeun,,,,, coopératives, eland,,,,rins, 1986. Claude Giraud, Bu,,'aueralie ('/ ,hallfm"'III, le '~J d" l'admilliJlralÙm deJ lélémml11ullicalÙmJ. préface de R. Boudon, 1987.262 p. Pierre Grou, L'avelllu,,' éamvl11iqu,', d,' l'a1Hlralopiihèque aux mulitita/ÙmalCJ. Essai sur l'évolution économique, 1987, 159 p.

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Collection « Logiques sociales» dirigée par Dominique Desjeux

Justin-Daniel

GANDOULOU

Dandies à Bacongo
Le culte de télégance dans la société congolaise contemporaine

Préface de Georges Balandier

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

DU MÊME AUTEUR CHEZ LE MÊME ÉDITEUR Au cœur de la Sape, Mœurs et aventures des Congolais à Paris, 1989.

En couverture: Sapeurs candidats à l'émigration en train de pointer.

@ L'Harmattan, 1989 lSBN : 2-7384-0354-9

Ouverture

Ce livre est une suite, ni le Congo ni Brazzaville ne sont un pays et un lieu méconnus. Depuis longtemps, avant d'être l'un des espaces de la colonisation moderne, l'ancien royaume traversé par le fleuve Congo a irrigué l'imaginaire occidental. Il était reconnu, assoa"éà une histoire fabuleuse, à des fastes, à des commerces de produits rares, à des guerres où déjà sejouait la défense d'une indépendance et d'une identité, à des audaces religieuses s'opposant à la capture missionnaire des âmes. Tout cela, qui a légitimé l'affirmation enthousiaste d'André Breton: « Civilisés jusqu'à la moelle des os ! ». Depuis les années cinquante, le Congo et ses villes ont été soumis à l'observation scientifique, celle des anthropologues et des sociologues, des géographes et des démographes, des historiens et des économistes. Une concentration d'études, au moment où une transition s'effectue, où le développement est en voie de se faire et l'indépendance de parvenir à son accomplissement. C est le temps où ma présence au Congo me permet de parachever mon éducation africaine et mes engagements; elle fait naître ma contrtbution à la théorie de la situation coloniale, à une sociologie actuelle de l'Afrique noire; elle
provoque

-

avec la publication

de ma Sociologie

des Brazzavilles

noires -l'une des premières explorations anthropologiques des villes africaines. Cest ce même milieu urbain, auquel il appartient, dont traite Justin Gandoulou. Il s'y trouve en tant que spectateur engagé, et membre d'une génération plus libérée du poids de la domination extérieure. A cette différence de l'observateur s'ajoute celle des conditions de l'observation. La capitale congolaise s'est étendue, peuplée sans limitation des /lux migratoires, transformée et modernisée. C est une scène constamment changeante, avec des espaces sombres, qui sont ceux où le chômage, la pauvreté, le déracinement tiennent lieu de 5

fatalité - notamment pour nombre de jeunes. C est aussi une scène politique où se manifestent depuis les années soixante les turbulences, les affrontements, les drames, les liturgies d'un pouvoir qui parvient difficilement à imposer l'Etat moderne et ses contraintes. Le peuple citadin encadré, idéologisé, mobilisé selon les circonstances et tes événements s'y trouve plus spectateur qu'acteur. Le phénomène «Sapeur» auquel ce livre est consacré prend tout son sens dans sa relation à cet arrière-plan. Il s'agit en apparence d'une imitation, d'une mode, d'une réaction dejeunes à lafois aventureuse et ostentatoire. On sait maintenant que la mode exprime plus qu'il n'y paraît; elle n'est pas seulement une présentation de soz~un jeu defrime par lequel se marque la distinction, elle est un langage par lequel la prise de distance et la contestation peuvent se dire. Dans le casprésent, elle acquiert cette valeur face à une société qui n'a pas la capacité de faire une place à une jeunesse nombreuse, revendicatrice d'emplois et dont l'identité sociale reste floue. La mode devient un moyen de transfigurer une condition précaire et mal acceptée. Si Brazzaville reste la scène où il convient de se montrer, Paris devient le lieu où peut
s'opérer la métamorphose

-

le prestige s'y conquiert par l'accès aux

vêtement fabuleux, ceux qui portent les grandes « griffes» et qui sont
propices à la représentation. Cette conquête est aventureuse, elle requiert le voyage, l'accès à l'argent, la débrouillardise, la ruse et le risque, la transgression aussi. Elle fait de Paris, lointain et rêvé, un lieu mythique. Toute l'entreprise prend d'une certaine façon l'aspect d'un parcours initiatique: on en sort différent, valorisé; on échappe au peu d'existence. Phénomène social multiple, la «Sape» est révélatrice à d'autres titres. Ceux qui la pratiquent sont issus de sociétés traditionnelles dont j'ai révélé naguère qu'elles théâtralisaient les rapports sociaux, qu'elles exprimaient par le drame ritualisé leur théorisation d'elles-mêmes et du monde. La «Sape» n'est pas seulement une parade, un moyen de créer

une ambiance - comme disent les «ambianceurs » -, elle est une mise en spectacle des rapports sociaux où la dérision tient un rôle. Elle est aussi une fête qui impose ses parcours, ses lieux, son rite, son réseau de participants et sa discipline; les mots et l'éloquence, les dons, la communication sexuelle, le look personnel, la danse donnent à la manifestation son contenu et ses moments d'intensité. Une société éphémère et mimétique dans ses moyens et ses hiérarchisations trouve l'occasion de se constituer, de rassembler ses composants. Reprenant une formule que j'utilise dans la Sociologie des Brazzavilles noires, j'insisterai sur le fait que le phénomène sapeur

révèle la ville africaineen qualité de « laboratoirede l'innovation ».
Des formes nouvelles y surgissent, une socialité à l'essai s'y fait et refait, où se retrouvent certains apports de la tradition. Le langage des « Sapeurs », notamment, est une véritable création; il mêle le lari (langue dominante) et le français, il déplace les significations, il 6

différencie et initie à la participation à une culture jeune singulière, Il donne de la saveur au parler, Il ne sépare pas de la culture ancienne, tout en exaltant une modernitl S'il s'agit de jeu, celui-ci est sérieux et son enjeu s'exprime en poids

Il y a là une revendication de reconnaissance sociale, de liberté opposée au verrouillage Idéologique, de bonheur en dépit des circonstances contraires, C'est aussi une sorte de salut personnel par l'imaginaire, un retournement des apparences qui fait de l'infortune une illusion de succès, Un individualisme confestataire et irrévérencieux se façonne ainsi sur fond de communautarisme issu de la tradition, La socialité juvénile des Kongo montre ainsi sa jéconditl Georges BALANDIER

d'existence

~

et peu importe que cesoit defaçon précaireet illusoire,

7

Instantanés

«C'est une tradition madame, nous sommes nés comme ça. Mon père était comme ça, mon grand-père aussi. Nous ne pouvons qu'être cornme eux. Je dirais même que si nous avons acquis cette mentalité, c'est parce que tu vois, nos parents et nos grands-parents, ils ont travaillé chez les Blancs. Alors ils étaient... comment dirais-je, dans le temps colonial ils travaillaient chez les Blancs. Donc les Blancs s'habillaient bien. Donc ils essayaient un peu d'imiter les Blancs. Lorsque les Blancs sont partis, eux ils ont continué à s'habiller proprement c'est-à-dire à l'européenne. Evidemment, nous les enfants, nous avons hérité maintenant... tel père, tel fils. C'est comme vous, vous. parlez français; on ne vous a jamais appris le français vous. Parce que vous êtes née dans une société où on parle français et vous êtes obligée de parler français. Si moi je suis habillé comme ça c'est parce que mon père était comme ça. Je n'y peux rien. C'est beau tu vois, on est agréable à voir. Il faut refuser la laideur tu vois... » « Et moi je dirais pour vous les Français, vous fumez beaucoup. Vous fumez de l'herbe et pourtant vous ne la cultivez pas. Mais vous la fumez? Et pourquoi vous la fumez, vous l'avez chez vous ? Vous subissez, et pourquoi ça? C'est pareil! Nous, on vient dans votre pays, on travaille ici, on a été colonisé par les Français. On a acquis certaines habitudes, on est obligé d'être bien habillé. C'est une taçon de s'exprimer. Les Jamaïcains ont des tresses. Les Congolais veulent être propres c'est tout... » « Vous savez, un bon plumage fait un bel oiseau... »
Extrait d'une émission sur « Les Sapeurs» L'Oreille en coin, France-Inter, juin 1984.

Cette étude succède à une autre - Entre Paris et Bacongo 1 - qui a porté sur un aspect très marginal de l'émigration africaine et particulièrement congolaise en France, en l'occurrence l'émigration
1. GANboULOU Justin-Daniel-

Pompidoù (Coll.« Alors »), Paris 1984,214 p.

Entre Paris et Bacongo, C.C.I. -

Centre Georges

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aventurIère. Cette émigration ne concerne qu'une catégorie essentiellement juvénile de Congolais, dans l'ensemble déscolarisée et désœuvrée. Rappelons que l'Aventurier est un Sapeur émigré et l'émigration porte le nom d'aventure. Sapé, participe passé du verbe saper, dérivé de la sape, donne le nom commun Sapeur. La sape est un mot d'origine argotique qui signifie vêtement, avec connotation d'élégance prestigieuse et de dernière mode. Pour les Sapeurs et les Aventuriers, ce mot veut dire aussi« Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes » (s.A.F.E.). La sape, c'est la façade de tout un système de valeurs. Il existe - à l'instar des Sapeurs - dans certains pays de l'ouest et du centre africain, des jeunes migrants, candidats à l'expatriation qui se signalent par leur recherche vestimentaire et expressive. Mais l'émigration des Sapeurs congolais, produit d'une région et d'une ethnie particulières, est essentiellement d'origine populaire et citadine. De plus, caractérisée par une prépondérance des facteurs socio-culturels, elle est sous-tendue par une sous-culture spécifique. Ce type d'émigration est donc à la fois très particulier et représentatif d'un phénomène à large diffusion. La rencontre des cultures occidentale et congolaise a créé une nouvelle dynamique culturelle qui n'est pas restée sans effet sur les attitudes et comportements du Congolais. Celui-ci cherche à s'identifier, à s'adapter à des comportements nouveaux, à de nouvelles formes d'existence. Il veut, semble-t-il, sinon ressembler à l'Européen, du moins posséder l'essentiel de ces instruments, de ce prestige qui fondent à ses yeux la supériorité de ce dernier. Le phénomène sapeur ne serait-il pas l'une des lointaines conséquences de ce choc culturel observé depuis l'ouverture du monde congolais à l'Occident? Cependant, il convient de noter que les Sapeurs actuels se placent temporellement loin de ce choc culturel. A l'évidence, entre-temps, il s'est sans doute passé bien des choses. Pourtant, à priori, on peut remarquer que les Sapeurs n'ont pas de comportements neutres. Il y a lieu de penser aussi que le jeune Sapeur a hérité d'une situation qui ne dépend pas seulement de lui. Il s'agit alors de comprendre pourquoi le Congo, spécialement ce pays, sécrète un tel phénomène, que ses manifestations induiraient à qualifier de typiquement « occidental» ? Pourtant ce pays n'est ni plus riche ni plus avancé que d'autres pays d'Afrique; notamment ceux d'Afrique Equatoriale contemporaine, historiquement parlant, anciennes colonies françaises (A.E.F.).On pourrait, sans aucun doute, croire que cela est dû à la dépendance économique du Congo vis-à-vis de l'ancienne métropole. Mais il s'avère que tous ces pays sont, d'une certaine manière, éçonomiquement dépendants de.' l'ancienne puissance coloniale. On pourrait aussi penser que les comportements des Sapeurs sont le produit d'une simple acculturation. Assertions sans doute encore hasardeuses. On ne voit donc pas, 12

à priori! pourquoi le Congo serait plus enclin à produire un tel phénomène qui, du reste, ne semble pas devoir s'estomper dans un avenir prévisible. L'environnement socio-économique, socio-politique et socioculturel actuel du Congo serait donc favorable à la perpétuation de comportements tels que ceux des Sapeurs. Mais de quel ordre cette influence est-elle? Et par quelles. voies, directes et indirectes, s'exerce-t-elle ? Il s'agit aussi de montrer que des gens -les Sapeurs - dans une certaine situation, tout en se conduisant de manière rationnelle, essaient d'atteindre certaines choses. En fonction de leurs ressources, de leurs capacités propres, de leurs attentes présentes, ils adoptent des comportements adéquats et développent une stratégie correspondante. Ils donnent des réponses, ils innovent. Ils créent une situation, des rites, etc., en bref une sous-culture qu'eux-mêmes n'ont pas prévue, qui ne correspond pas spécialement à leurs intentions et qui, en retour, les détermine, les conditionne. Il paraît donc intéressant d'essayer de comprendre la dynamique interne de ce groupe ou réseau - conduites, stratégies et pratiques de réappropriation, détournement, affectation de fonctions et significations originales, voire redéfinition de sens... La préoccupation principale, dans cette étude, c'est de tenter de répondre à une double question générale. D'une part, peut-on comprendre pourquoi la sape (et sa sous-culture) est apparue au Congo grâce aux éléments de contexte? D'autre part, comment au niveau des individus, des jeunes de Bacongo, s'acculture-t-on à la « sapeur », jusqu'à vouloir émigrer? Nous convenons avec nos lecteurs que nous emploierons les termes: «Aventurier », pour désigner le Sapeur qui a émigré; « Parisien », quand il s'agira de parler de l'Aventurier - initié à la sape - qui est revenu au pays après le voyage à Paris. Enfin « Sapeur» pour faire allusion aux candidats à l'émigration.

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I
L'ARRIERE. PLAN CONGOLAIS
de l'ancien royaume de Kongo à nos jours

Section 1 L'ancien royaume de Kongo

. Le

premier contact socio-culturelles

avec l'Europe
xv(

et ses conséquences

Les témoignages des Européens du

siècle laissent entendre

qu'il existait au Congo un ancien royaume très important voici plus de cinq cents ans. Très étendu, il englobait une grande partie de l'Angola, de l'ancien Congo Belge, du Cabinda, de l'ancien Moyen-Congo et même du Gabon. Il paraît en effet s'être étendu, à un certain moment, jusqu'à Fernan-Vaz. Avant même l'ouverture des frontières aux Européens, le royaume de Kongo - à l'instar d'autres Etats africains de l'époque - s'était doté de structures viables pour son fonctionnement régulier. Ce royaume avait connu,semble-t-il, sur les plans social, politique, économique et culturel un certain équilibre intérieur. En suivant certains observateurs (historiens, anthropologues, voyageurs, etc.) qui se sont penchés sur ces questions, notamment Galbraith Welch, Ngoïe Ngalla, W.L.G. Randles, Georges Balandier, Marcel Soret, Filippo Pigafetta et Duarte Lopes, nous pensons

résumer nos connaissances sur le passé I du Congo en ces termes :
Pour ce qui concerne l'habillement, par exemple, les gens du

1. Il s'agit notamment d'un passé relatif à l'apparence. « L'apparence de l'individu étant défmie comme le corps et les objets portés par le corps ou encore comme un ensemble de caractères physiques constants (en variant lentement), d'attitudes corporelles (posture, expressions, mimiques) et d'attributs (vêtements, coiffures, accessoires). En même temps, l'apparence est la partie visible, la face qu'offre l'individu à la perception sensorielle d'autrui... (Cf. Marie-Thérèse DuFLOT L'apparence individuelle et la représentation de la réalité humaine et des classes sociales, in C.I.S., vol. LXX, 1981, p.64.

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royaume Pigafetta

n'étaient pas tant à plaindre. et Duarte Lopes le suggèrent:

Les notations

de Filippo

«Anciennement, le roi et ses courtisans s'habillaient d'étoffes faites de palme C..) : ils s'en couvraient le bas du corps en les retenant par une ceinture tissée de la même matière et finement travaillée; par devant, comme ornements, leur pendaient à la façon d'un tablier, des peaux délicates et jolies, telles. que les peaux de petits tigres (...). Pour un faste plus grand, ils jetaient sur la chair d'une des épaules, une sorte de rochet de forme ronde, appelée dans la langue, «.incutto » (...), qui descendait plus bas que les genoux et qui était, à la façon d'un filet, de fins tissus de palmes; les mailles en étaient bordées de houppes effrangées, il portait une queue de zèbre attachée à un manche (...), pour la beauté et selon une très ancienne coutume de ces régions (...). » « La plupart [des gens] allaient nu-pieds mais le roi et quelques grands portaient des chaussures à l'antique, comme on en voit aux statues romaines, et qui étaient faites de la même matière tirée de palmes (...). Les femmes se couvrent le bas du corps de trois bandes d'étoffe, l'une longue descendant jusqu'aux talons, la seconde plus courte encore et bordée de franges, chacune d'elles étant drapée en largeur et s'ouvrant à l'avant. Elles se couvrent la poitrine d'un corsage qui descend jusqu'à la ceinture. Ces vêtements sont faits de mêmes tissus de palmes, ainsi que la cape qu'elles portent sur les épaules 2. »

Ces observations, combien précises, nous conduisent d'emblée à faire remarquer qu'en matière d'habillement les Kongo manifestaient déjà quelque appétence. Ils accordaient beaucoup d'attention à leur apparence; le rôle du vêtement était plus que fonctionnel. Georges BaJandier remarque, de son côté que:
« Les Bakongo, fort habiles en. matière de tissage, ont très tôt accordé une grande importance à l'art du vêtement. Le costume varie selon le statut social et selon les circonstances; il exprime la richesse et le pouvoir - ou leur absence -; il manifeste la fonction du porteur J. »

Selon BaJandier, d'autres auteurs comme O. Dapper, Laurent de Lucques et l'Abbé Proyart abondent dans le même sens.

Au demeurant, à propos du tissage, Marcel Soret 4 fait observer
qu'il n'existe pas de tissage au sens ordinaire du terme, c'est-à-dire de
2. PIGAFETIA F. et loPES D. - Description du royaume de Congo et des contrées environnantes, Paris, - Trad., Ed. Béatrice NAUWELAERTS, 1957, pp. 118-119. 3. BALANDIER G., La vie quotidienne au royaume de Kongo, du XIIIe siècle au XVIIIe siècle, Hachette, Paris,1965, p. 158. 4. SORET M., Les Kongo Nord-Occidentaux, P.U.F., Paris, 1959, p. 52.

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fabrication de tissus à l'aide des textiles classiques comme le coton, la laine, la soie, etc. ; mais de nombreuses fibres végétales sont utilisées, tant dans la fabrication des cordages que dans celle des «tissus indigènes ». On utilise aussi, pour le tissage, les fibres de raphia non ftlées, parfois. teintes. à l'avance pour donner un joli jeu de couleurs. On obtient de très beaux carrés de tissu de cinquante ou soixante centimètres de côtés. Ce royaume, tel qu'il était avant la conquête européenne, avait une certaine authenticité. Mais, l'équilibre lata sensu et l'intégrité du royaume devaient être rompus à l'arrivée des Européens, notamment des Portugais. La plupart de ces auteurs font remarquer que la première apparition des Européens dans l'univers des Bakongo fut un événement marquant et stupéfiant. Les Bakongo considèrent les Portugais, qui font irruption chez eux, comme des êtres. exceptionnels, comme des esprits des ancêtres venus de l'autre monde (ici de sous l'eau, selon la cosmogonie congolaise) : «Les Noirs du Soyo, voyant la nouveauté des navires, sans savoir quelle chose cela était, commencèrent à crier avec des signes d'admiration: « amindelle », c'est-à-dire des choses comme des baleines que l'on peut voir en mer (...)>>, note W.G.L. Randles'. «En réalité, ajoute-t-il, «baleine» signifie tout simplement «être sorti de la mer ». Aujourd'hui « mundélé» (au pluriel mindélé) a en kikongo le sens d' « homme blanc» 6. On peut dès lors imaginer le choc psychologique vécu par les Kongo, à cette occasion. Du fait qu'ils sortaient de la mer, les Européens appartenaient au domaine du sacré. On peut aussi pertinemment comprendre l'ampleur de la construction mythologique autour de la personnalité et l'identité de l'homme blanc. Les réactions suscitées par ce premier contact et notamment son retentissement psychologique ne seront pas,semble-t-il, sans effet sur les attitudes et comportements du Congolais vis-à-vis de l'homme blanc tout au. long de son existence. Son imaginaire social, pourrait-on dire, en dépendra aussi comme le mentionne largement l'historien Ngoïe Ngalla 7. En convertissant le roi et ses sujets au christianisme, les Portugais espéraient une transformation radicale de la vie traditionelle du royaume. Mais en réalité, l'enthousiasme des Bakongo pour le christianisme ne fut pas un sentiment sans amalgame, d'autant plus qu'à la reconnaissance de la puissance «divine» de l'Européen s'ajoute leur admiration pour la supériorité de ses méthodes de travail. Par la conversion au christianisme les Bakongo désirent, semble-toil, illusoirements'octroyer les pouvoirs et la puissance du Blanc. Cette transformation ne s'opère pas selon les souhaits des
5 et 6. RANDLESW.G.L., L'ancien royaume du Congo des origines à taftn du xix. siècles, La Haye Mouton & Co, Paris, 1968, p. 87. 7. Cf. article en annexe p. 197.

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Portugais, quand bien même ils palViennent à détruire les amulettes et les statuettes, etc. Ce qu'il y a de plus fondamental, de plus résistant et de plus vivace dans la conscience et l'inconscient des Bakongo restera indemne. C'est le cas par exemple des croyances aux fétiches, aux gris-gris, le symbole pris pour la chose, bref toute l'indifférenciation qui caractérise la pensée de l'animiste qu'est le Mokongo. Néanmoins, pendant des années, le royaume de Kongo a été marqué par l'influence occidentale qui fait, semble-toil, que les Bakongo « passent d'une de ceS mentalités à une autre ». En vérité, elles se superposent. C'est une source d'écartèlement car il y a certains patterns qui s'harmonisent et d'autres qui sont en perpétuelle contradiction. En outre, l'intérêt que les Bakongo manifestaient déjà pour l'habillement ne fit que s'accroître au contact des luxueux tissus européens, d'autant plus qu'ils considéraient - au même titre que la parole du missionnaire portugais - tout ce qui venait de l'Europe comme POUlVUde puissance. Pigaffeta met bien cette évolution en évidence en écrivant: « Après que ce royaume eut reçu la foi chrétienne, les grands de la cour commencèrent à s'habiller selon les usagesdes Portugais; ils revêtirent des manteaux, des capes, des paletots d'écarlate et de soie, chacun selon ses moyens; ils se mirent à se coifferde chapeaux et de bonnets, à se chausser de sandalesde velourset de cuir, de bottines à la mode portugaise, (...), les femmes aussi se vêtent à la portugaise, sauf qu'elles ne portent pas le manteau, mais elles se couvrent la tête d'un voile et posent par-dessus un bonnet de velours noir, orné de
joyaux, et plusieurs chaînes d'or au cou 8 ».

Ajoutons que ce luxe est limité aux membres de la caste dirigeante, car les hommes du peuple gardent l'ancien usage. Seules les femmes de la cour s'ornent de la façon ci-dessus décrite. TI est indubitable que les tissus européens contribuèrent à accentuer un clivage social (matériellement évident) auparavant moins fondé sur des facteurs économiques que politiques. « Par ostentation de richesse ou pour rehausser l'autorité royale, le roi change souvent d'habillement» note un témoin en 1595. « C'est par la diversité des habits qu'on distingue la qualité des gens », obselVe Cavazzi 9. L'exclusivité des tissus importés laissée au roi ne durera pas longtemps. Très vite, les indigènes du royaume les acquièrent. Si la rencontre des cultures congolaise et portugaise a engendré, semble-toil, dans différents domaines comme l'agriculture, l'éducation scolaire, l'artisanat et l'habillement - ce qu'on désigne communément par « acculturation », il n'en demeure pas moins

8. PIGAFETIA F. et LoPES D., op. cit., p. 119. 9. BALANDIERG., op. cit., p. 162.

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qu'elle reste précaire et superficielle. De plus, il n'est montré nulle part - en tout cas chez la plupart de ces auteurs - que les changements qui intelViennent au niveau culturel se répercutent pour autant, nécessairement, sur l'ensemble du système social et sur la psyché des Congolais. C'est ainsi, par exemple, à partir du moment où la conversion au christianisme se révèle très contraignante, notamment du fait de la prohibition de la polygamie - qui, du reste, constitue le fondement essentiel de l'économie agricole des Congolais - que son échec ne se fit pas attendre. Par ailleurs, l'arrivée des Portugais amorce une dépendance (que la colonisation confirmera) par le biais des échanges que les deux royaumes ont eus; dépendance d'autant plus probable que les biens venant des Portugais sont chargés de puissance, aux yeux des Congolais. Après une période de prospérité, le royaume de Kongo a vu ses rapports avec le Portugal se dégrader. Les successeurs des premiers rois perdent peu à peu leur autorité; les provinces et les royaumes du nord échappent les uns après les autres à leur contrôle. Au xIx" siècle, il ne subsiste plus grand chose de l'ancienne grandeur du royaume «Kongolais ». Des migrations lentes se sont poursuivies jusqu'au xx< siècle - au moment où le Congo devient colonie française - dans la région située à l'ouest de Brazzaville où les Kongo sont maintenant fixés. Au regard de cet ensemble de considérations socio-historiques, on est porté à interpréter le premier contact avec les Portugais comme une préparation de terrain à la pénétration coloniale.

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Section 2 L'institution français

d'une colonie

: le Congo

Nous n'allons pas rappeler ici que le Congo a été découvert par Pierre Savorgnan de Brazza. Cela fait partie de ce qu'on apprend à l'école primaire, et la suite des événements, semble+il, est de même dans toutes les mémoires. Nous renvoyons aux divers manuels d'histoire relatifs aux anciennes colonies françaises d'Afrique. Les bouleversements sociaux qui, de nos jours, secouent le continent africain et d'autres contrées du Tiers-Monde, ne peuvent plus laisser indifférents les spécialistes des sciences humaines; les assertions de Georges Balandier au sujet du problème colonial apparaissent aujourd'hui plus actuelles que jamais: « Quelles que soient les apparences, souligne-t-il,il (le problème colonial) continue à s'imposer à notre attention comme l'une des questions majeures sur lesquellesont à se prononcer les spécialistes des sciences sociales1.»
Autrement dit, une étude concrète sur les bouleversements sociaux actuels exige que l'on tienne compte de l'importance de l'arrière-plan historique, comme le précise à nouveau G. Balandier à propos des mutations observées dans les pays affectés par la colonisation: « Une telle étude, note-t-il, s'efforçant à une saisie complète, ne peut cependant s'accomplir que par référence à ce complexe qualifié de situation coloniale. C'est en approfondissant l'analyse de cette dernière, en repérant ses caractéristiques selon le lieu de l'enquête, en examinant les mouvements qui tendent à sa négation, qu'il devient possible d'interpréter et de classer les phénomènes observés 2. »
1. BALANDIER ., Sociologie ac,uetle de l'Afrique Noire, Paris, P.U.F., 1982, p. 3 W G éclition)~ 2. Idem.

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Il nous paraît alors nécessaire de tenir compte de l'influence ô combien forte des pays du « Nord », mais également des pressions internes pour appréhender les mutations actuelles de l'Afrique et bien entendu les crises profondes qu'elles engendrent. . La situation coloniale, ses conséquences sociales et culturelles La notion de situation coloniale doit être comprise ici au sens où l'a définie Georges Balandier}. Elle se caractérise par cinq constantes. La première est l'effet de domination politique, économique. et culturelle exercé par le colonisateur. La deuxième est le jeu complexe d'acceptation et de refus que joue -plus ou moins inconsciemment - le colonisé; conséquences formellement contradictoires,. mais en réalité complémentaires d'une série de processus d'imitation, de surenchère (avec phénomètles de grossissement) et de révolte, se développant en chaîne dans une certaine confusion, au moins

apparente. . La troisième constante concerne le dualisme qui vient
briser l'unité sociale traditionnelle, en apportant une véritable mutilation. La quatrième constante est que la société nouvelle née du contact colonial est hétérogène: elle est 'caractérisée par des disparités de tous ordres, en dehors du hiatus existant entre la majorité sociologique européenne et la minorité sociologique africaine. Disparités qui créent un déséquilibre permanent installant la société dans un malaise. Enfin la dernière constante concerne les impasses qui bloquent toute voie de sortie. Toutes les tentatives vers les «échappatoires» achoppent: c'est le cas de l'assimilation, de l'adhésion à des systèmes politico-philosophiques, du retour aux sources, et des syncrétismes. Voyons comment cela s'est produit dans le cas du Cotlgo.

a) Au plan soCial Quelque. temps après son instauration au Congo, par le biais de la Société de géographie et le Comité français de l'Association internationale africaine, le régime .colonial décide de créer Brazzaville. Cette nouveauté qu'est la ville, à l'évidence, va modifier non seulement le paysage géographique congolais, mais également le paysage social, comme .le.signale G. Balandier. en..ces. termes: «La plupart des sociétés traditionnelles sont en train d'opérer à

3. BALANDŒR G., « La situation 1951, pp. 44-79.

coloniale:

approche

théorique

», in C.1.S., vol. XI,

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un rythme accéléré une véritable mutation de civilisation. Elles s'ouvrent au procès d'industrialisation; elles construisent des villes là où n'existait aucune tradition urbaine, elles suscitent de nouveaux rapports entre l'homme et les techniques, de nouveaux rapports entre les individus et entre les groupements sociaux 4. »

Cette mutation génère de graves déséquilibres sociaux. En se dotant d'équipements et d'attraits sans équivalents dans le milieu rural, la ville, création des Blancs, provoque l'exode rural. Aller en ville signifie en quelque sorte partager les plaisirs que procure l'appropriation de certains objets et d'autres créations qui fondent aux yeux des Africains la supériorité du Blanc. Mal contenu, cet exode rural est créateur de chômage et donc de parasitisme social. La société urbaine impose également des relations personnelles indirectes, aux antipodes de celles, directes, qui caractérisent les unités sociales réduites et suffisamment intégrées dans les villages. Elle impose, en outre, des transformations dans la parenté. On passe progressivement de la famille traditionnelle étendue à la famille nucléaire restreinte qui, du reste, ftnit par se désintégrer. « Le fait essentiel, note encore Balandier, est que ce phénomène affecte des individus mal préparés à cette émergence de la famille restreinte, si bien que l'encadrement social à la base même (au sein du groupe primaire) peut révéler des déftciences graves. Il s'établit, pendant une assez longue période, un état de disponibilité qui entraîne un désarroi certain du citadin nouveau 5.» Cet état de disponibilité engendré par la désintégration de la famille donne naissance à des comportements dits « déviants» ou « délinquants ». Pire encore, ce processus « d'individuation» et ce désert social où erre le Congolais néo-citadin incapable de se réinsérer convenablement dans un groupe, voire dans la société, provoquent dans certains cas des troubles de la personnalité. Devant cet ensemble de facteurs de désajustement de la société, les néo-citadins sont conduits à se regrouper en associations. C'est ainsi que naissent à Poto-Poto les premières associations, d'abord exclusivement féminines. Ensuite apparaissent à Bacongo les associations masculines que nous citerons plus loin. Il s'avère aussi que les rapports de domination caractérisant cette situation coloniale sont quotidiennement mal vécus par les Congolais. En maintes occasions, le colonisateur s'applique à persuader le colonisé, par le regard, la parole,les faits et gestes qu'il est moins que rien. Blessé et contrarié, le colonisé ne croit plus en lui-même puis il ftnit par intérioriser cette infériorité. C'est alors qu'afm de se
4. BAI.ANI>IEK G., «Déséquilibres sociaux et modernisation développés JO, in C.I.,Ç., XVI, janvier-juin 1956, p. 30. vol.
5. BAI.ANI>IEKG., op, cil., p.37.

des pays sous-

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