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DE LA VILLE COLONIALE À LA COUR AFRICAINE

De
428 pages
Ce travail d'histoire urbaine a placé au centre de son analyse la notion d'espace. Partir de l'espace permet de saisir les logiques de contrôle et de ségrégation mises en œuvre par l'administration coloniale dans deux villes moyennes de la périphérie de l'empire français et de faire surgir des groupes sociaux, des clivages religieux, des compétitions commerciales, des enjeux fonciers, des lieux de pouvoir et de contre-pouvoir, autrement imperceptibles. De fait, les différentes échelles étudiées (du voisinage à la ville, de la cour à la rue) font apparaître une multiplicité de territoires et une complexité de la ville africaine.
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DE lA VillE COLONIALE

A lA

COUR

AFRICAINE

ESPACES, POUVOIRS ET SOCIÉTÉS A OUAGADOUGOU ET A BOBO-DIOULASSO (HAUTE-VOLTA) Fin 19èmesiècle-1960

Cet ouvrage a été honoré par le prix scientifique l'Harmattan 2000 (version thése).

@ L'Harmattan,

2001

ISBN: 2-7475-2307-1

Laurent

FOURCHARD

DE LA VILLE COLONIALE A LA COUR AFRICAINE

ESPACES, POUVOIRS ET SOCIÉTÉS A OUAGADOUGOU ET A BOBO-DIOULASSO (HAUTE-VOL TA)
Fin 19ème siècle-1960

Préface de Catherine Coquery-Vidrovitch

L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

75005Paris FRANCE

L'Harmattan ltalia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Villes.
histoire, culture, société
Collection dirigée par Denis Menjot, professeur d'histoire médiévale, et par Jean-Luc Pinol, professeur d'histoire contemporaine
La compréhension du monde urbain résulte à la fois des formes spatiales et des manières de vivre la ville. La collection Villes, histoire, culture, société associe des historiens, des historiens .de l'Art, des architectes, des géographes et des urbanistes Elle se propose de promouvoir du Moyen Âge à nos jours les recherches d'histoire urbaine.
Liste des ouvrages parus dans la collection: Laurent BARIDON, 1. 'imaginaire scientifique de Viollet-le-Duc Denis MENJO~,)ean-Luc PINOL (coord.), Les immigrants et la ville, insertion, intégration, discrimination (A7/'-XX" sIècles) Catherine COQUERY-VIDR0VITCt-I, Odile GOERG (coord.), La ville européenne outre mers: un modèle conquérant? XV'"-.XX' siècles Denis MENJOT (coord.), Le.' vil/es frontières (Moyen Âge-Époque moderne) Danièle VOLDMAN, La re['onstruction des vil/es françaises de 1940 à /954. Histoire d'une politique Michel BOCHACA, La banlieue de Bordeaux. Formation d'une jUridiction municipale suburbame (vers /250-vers i 550) Danielle COURTEMANCHE, Œuvrer pour la postérité Les lestaments parisiens des gens du roi au début du sIècle XV'" Denis MENJOT, Jean-Luc PINOL (coord.), Enjeux et expressIOns de la politique mumclpole (X/l'-XX" siècles) François-JoseRh RUGGIU, Les éliles et les V/lies moyennes en France et en Angleterre (XVII'-XVIII' sIècles) Rainer HUDEMANN, François WALTER, (coord.), Vil/es et guerres mondiales en Europe au XX" siècle Jeanne GAILLARD, ParIS, 10 Ville (1852-/870) Donatella CALASI, Marcel Poëte et le Paris des années vingt: aux origines de i! l 'histoire des vil/es Ji f Isabelle BACKOUCHE (coord.), 'histoire urbame en France (Moyen Âge-XX' siècle), guide bibliographique (/965-/996) vil/e des bourgeoIs: élites et sociétés urbaines à Bâle dans la deuxième ~~:~!fd~~~~i~èl;a Nouvelle série: Nora LAFI, Une ville du Maf:hreb entre Ancien régime et réformes ottomanes: genèse des ins!ithtions municipale., à Tripoli de Barbarie (/795-/9/1)

Contacts: Denis Menjot : denis.meniot@univ-Iyon2.tT Jean-Luc Pinol : Pinol@msh-paris.tT ou iean-Iuc.Pinol@wanadoo.tT
Maquette/mise en page: René Lorenceau Conception graphique couverture: Michel Renard

Remerciements

Cet ouvrage est une version abrégée d'une thèse de doctorat en
« Dynamiques comparées des sociétés en développement» soutenue à l'Université de Paris 7 le 15 janvier 2000. Je dois une reconnaissance particulière à Catherine Coquery-Vidrovitch, directrice de cette thèse, dont les encouragements réguliers, les conseils méthodologiques et bibliographiques furent essentiels pour l'aboutissement de ce travail. Je voudrais aussi remercier tous ceux qui, en France ou aux Etats-Unis, ont contribué durant la rédaction ou pendant la soutenance à enrichir cette étude: Florence Bernault-Boswell, Pierre Boilley, Elizabeth Crouzet-Pavan, Evelyne Cohen, Odile Goerg, Muriel Gomez-Perez, Isabelle Lagun, Georges Madiéga, Issiaka Mandé, Fabrice Melka, Gilbert Meynier, Françoise Raison-Jourde, Emmanuelle Spiesse. Les insuffisances et les lacunes ne sont pourtant que miennes. Le SEDET (Société en Développement dans l'espace et dans le temps), par ses programmes de recherche, ses séminaires et son soutien aux doctorants a également joué un rôle essentiel dans la définition du champ de ma recherche. La réalisation cartographique n'aurait pu se faire sans l'aide précieuse de Béatrice Patizel, géomètre de formation, professeur au lycée Lauritz de Nancy. Au Burkina Faso, les contacts avec les chercheurs, les administrations et les personnes ressources furent grandement facilités par Yves Georges Madiéga, Vincent Sédogo, Moussa Kourgougou, Boureima et Naomi Ouedraogo (à Ouagadougou) et par Mory Kaba, Lévy Zongo et Siaka Dembele (à Bobo-Dioulasso). Ces derniers m'ont également fait découvrir les multiples facettes de la vie ouagalaise et bobolaise. Ma reconnaissance va aussi à Monsieur Vokuma - archiviste trop tôt disparu - , à tous les archivistes qui m'ont autorisé à consulter les fonds disponibles en France et en Afrique de l'ouest et aux anciens du Burkina Faso qui m'ont confié sans hésiter et souvent avec passion leurs récits et témoignages. Enfin, comment remercier tous ceux, amis et collègues qui m'ont aidé dans cette entreprise? J'ai bénéficié du soutien indéfectible de toute ma famille et de la famille de ma femme et ce travail n'aurait pu aboutir sans l'immense patience de ma femme et de mes enfants.

Sigles et abréviations

ACB ACO ADP APBB APBO AEF ANCI ANS ANSOM AOF CAOM CARAN CEFA CFAO CFCI CGT ClAM CNRST
CRDA DEP DMA FFL FIDES JOAOF JOCI JOHSN JOHV JORHV IFAN IMTSSA MATS

Archives du cercle de Bobo-Dioulasso Archives du cercle de Ouagadougou Archives des députés du peuple (Ouagadougou) Archives des Pères Blancs à Bobo-Dioulasso Archives des Pères Blancs à Ouagadougou Afrique équatoriale française Archives nationales de Côte d'Ivoire Archives nationales du Sénégal Archives nationales section outre-mer (Aix-en-Provence) Afrique occidentale française Centre des archives d'outre mer (Aix-en-Provence) Centre d'accueil et de recherche des Archives nationales (Paris) Comité d'études franco-africain Compagnie française d'Afrique de l'ouest Compagnie française de Côte d'Ivoire Confédération générale du travail Congrès internationaux d'architecture moderne Centre national de la recherche scientifique et technique (Ouagadougou) Centre de recherche et de documentation africaine (Paris) Domaine de l'Enregistrement et de la Propriété foncière (Ouagadougou) Détachement motorisé autonome Forces françaises libres Fonds d'investissement et de développement économique et social Journal Officiel de l'Afrique occidentale française Journal Officiel de la Côte d'Ivoire Journal Officiel du Haut-Sénégal Niger Journal Officiel de la Haute-Volta Journal Officiel de la République de la Haute-Volta Institut fondamental d'Afrique noire Institut de médecine tropicale du service de santé des armées (Marseille) Ministère de l'administration territoriale et de la sécurité (Ouagadougou) Mouvement populaire de l'évolution africaine Mouvement républicain populaire Ministère de l'urbanisme et de l'habitat (Ouagadougou)

MPEA MRP MUH

OHE PCF PSEMA RAN RDA RIAOM SAF SCOA SFIO SHAT SGHMP TF TP

Office des habitations économiques Parti communiste français africaines

Parti social d'éducation des masses Régie Abidjan-Niger Rassemblement Régiment démocratique

africain

interarmées d'outre mer

Société africaine française Société commerciale de l'ouestafricain

Section française de l'Internationale socialiste Service historique de l'Armée de terre Service d'hygiène mobile et de la prophylaxie Titrefoncier Travaux publics

UV
c.

Union Voltaïque

:carton

d. : dossier

Note sur la transcription

des noms propres

Les noms propres d'origine africaine, transcrits depuis la pénétration européenne ne reflètent pas forcément la phonétique la plus juste. L'APl (Alphabet phonétique international) n'étant pas maîtrisé par tout à chacun, nous avons renoncé à cet idéal scientifique et avons adopté une règle orthographique pour chacun des mots de langue locale. Ils'agit donc d'un choix en partie arbitraire qui ne s'impose en fait que d'être respecté tout au long de l'étude. Ainsi, avons nous préféré choisir les «traditions écrites» des atlas coloniaux et conservées jusqu'à ce jour pour tous les noms de lieux. Même si nous avons tenté, au début de ce travail, de choisir une orthographe moins occidentale et plus proche du son originel, nous nous sommes bien vite résolu à utiliser une transcription consacrée par l'usage en ce qui concerne certains mots. «Dioula» par exemple peut s'écrire Dyula ou Djula mais la conservation de la graphie des noms de lieu (Bobo-Dioulasso) imposait d'utiliser la même orthographe. Nous avons cependant eu le souci de faire apparaître certaines nuances phonétiques dues aux recherches linguistiques, et qui, depuis, sont utilisées par certains chercheurs. Par exemple, le mot Moogo Naaba est l'orthographe que nous avons choisi pour notre texte. En revanche, nous avons préservé dans les extraits de sources citées les nombreuses variations orthographiques de ce mot datant de la période coloniale: Moro Naba, Morho Naba, Mogo Naba, etc. Les nuances phonétiques introduites ont, de toute évidence le souci d'être plus proches des sons de la langue locale. Enfin, nous n'avons introduit ni pluriel, ni féminin francisés pour les noms de peuples mais avons utilisé les pluriels des langues locales connus de nous (ex: Moogo Nanamse pluriel de Moogo Naaba).

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PRÉFACE

Catherine

Coquery-Vidrovitch

Je suis heureuse de présenter ce beau livre, qui plus est couronné du prix de la meilleure thèse publiée par les Éditions L'Harmattan. Cette étude procède d'un genre difficile mais passionnant, celui d'une analyse comparée de processus à la fois similaires dans leurs principes et parfois opposés dans leur

réalisation.Car l'urbanisation un fait universel,dans le temps et dans est
l'espace. Mais les formes en reposent sur des éléments infiniment variables car toujours agencés de façon différente, selon l'héritage culturel et historieque, les conditions de l'environnement, les hasards et les avatars de l'évolution. A la comparaison entre Ouagadougou, ville politique et administrative, capitale d'un État ancien relativement centralisé, et Bobo-Dioulasso, ville marchande et depuis toujours rencontre de peuples divers, Laurent Fourchard ajoute la confrontation entre deux espaces à la fois complémentaires et opposés: l'espace public et l'espace privé. Le domaine d'analyse n'a été abordé jusqu'à présent que par des historiens européens. C'est donc un des attraits de ce travail de montrer à quel point le phénomène urbain est universel, puisque l'on retrouve à propos de ces villes des éléments finement analysés par ailleurs sur la Venise médiévale1 ; on pourrait bien entendu, si d'autres travaux sont entrepris dans cette voie, en trouver confirmation en bien d'autres lieux. Sur les comparaisons entre villes africaines, l'auteur ajoute cette problématique nouvelle à celles précédemment explorées par les rares chercheurs qui l'ont précédé dans cet exercice délicat: Philippe Gervais-Lambony qui a confronté, en géographe, Lomé (Togo) à Harare (Zimbabwe)2, t OdileGoerg qui s'est livréen historienne e au même genre de travail en comparant Freetown (Sierra Leone) à Conakry (Guinée)3. Bien que les deux villes examinées ici appartiennent toutes deux au Burkina Faso, donc liées par une histoire coloniale et une histoire récente en

1. 2. 3.

Élisabeth Crouzet-Pavan, Venise: une invention de la ville XIII-xve siècles, Seyssel, Champ Vallon, 1997. Philippe Gervais-Lambony, De Lomé à Harare. Le fait citadin, Paris, Karthala, 1994. Odile Goerg, Pouvoir colonial, municipalités et espace urbain, Conakry-Freetown des années 1880 à 1914, Paris, L'Harmattan, 2 vol., 1997.

De la ville coloniale à la cour africaine

partie communes, on pourra juger à travers cette étude de leur personnalité et de leur évolution contrastées. Alliant dans son analyse, de façon harmonieuse, l'espace et le temps, Laurent Fourchard resserre progressivement son échelle d'observation: il commence par aborder la production de l'espace urbain dans son ensemble depuis les origines, dans ses dimensions spatiale, démographique et temporelle. Il démontre ensuite comment les stratégies foncières de l'époque coloniale contrastées selon les villes et les quartiers, européens ou africains, ont agi à la fois comme facteurs et comme révélateurs des divisions sociales de la ville; resserrant progressivement son analyse, du marché aux quartiers, il dirige sa lorgnette sur les espaces privilégiés que constituent les lieux de rencontre collective, marchés, bars et cabarets, et les événements constitutifs d'une sociabilité de groupe, festive, militaire ou religieuse. Enfin, il démontre comment s'articule la double cohérence de l'ensemble, du marché à la rue, du palais au pouvoir, de la foule au quartier, du stade à la cour, tandis qu'émergent progressivement le rôle et le contrôle de l'opinion publique. Tout dans ce travail est captivant. Je soulignerai, entre autres, la précision de l'analyse des étapes d'un urbanisme colonial progressivement affirmé; mais aussi la perfection de l'analyse foncière, reposant non seulement sur un dépouillement attentif et intelligemment cartographié des archives des domaines, mais aussi sur la reconstitution pittoresque de l'itinéraire de quelques spéculateurs dont le fameux Wangrin immortalisé par le récit romancé d'Amadou Hampâté Bâ4. Sur le plan politique, signalons un acquis historique d'importance: la démonstration est implacable de l'évolution des manifestations du pouvoir et des pratiques rituelles du Moogo-Naaba, souverain Moaga, ne serait-ce que par l'analyse précise des modifications successives du parcours du cortège d'intronisation à travers la ville; la conduite et les manifestations de la monarchie moaga, loin d'être intangibles comme elles ont eu tendance à être présentées jusqu'à présent, ont réagi précocement et durablement à la colonisation dont elles apparaissent indissociables. L'ensemble est démontré avec clarté et élégance, et repose sur le maniement excellemment accordé d'enquêtes orales précises et de documents d'archives glanés un peu partout dans le monde, mêlés à une connaissance intime des deux terrains. La bibliographie bilingue (de langue française et anglaise) est impeccable, dénotant la sûreté de l'auteur aussi bien en histoire générale qu'en histoire africaine. Bref, une étude qui fait honneur à l'École francophone d'histoire urbaine, et dont le laboratoire SEDET (Société en Développement dans l'Espace et le Temps) de l'Université Paris-? ; Denis Diderot peut légitimement être fier: ce livre est désormais indispensable à tous ceux qui s'intéressent à la ville en Afrique... et ailleurs.

4.
12

Amadou Hampâté Bâ, L'étrange destin de Wangrin ou les roueries d'un interprète africain, Paris, 10/18, 1973.

De la ville coloniale à la cour

africaine

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13

INTRODUCTION

Le terme espace, retenu pour cette enquête recouvre une pluralité de sens. I! renvoie de prime abord à l'espace matériel, à l'organisation interne de la ville ou à la manière dont s'organise l'espace urbain. I! évoque ensuite les relations existantes entre un groupe et son espace de vie, ou espace social. I! renvoie enfin à l'espace politique par l'étude des connexions entre les lieux et les pouvoirs, ou les institutions politiques considérées dans leurs fonctions et leurs manifestations. S'il s'agit d'éviter tout déterminisme géographique - les lieux et les espaces ne déterminant pas nécessairement les attitudes -, il est néanmoins évident que les conduites sociales ou politiques s'inscrivent nécessairement dans un cadre spatial dont il convient de cerner les contours. Depuis plusieurs années, des historiens modernistes ont remis en question une approche historique qui faisait des groupes sociaux ou des organismes urbains des catégories « naturelles», reconnaissables par des séries d'indicateurs structurels1. Comme l'indique Annie Fourcaut, « les groupes sociaux ne sont plus ontologiquement nichés dans les listes nominatives des
recensements, et il faut aller les chercher ailleurs
»2.

L'étude des relations

existantes entre un groupe et son espace de vie s'insèrent dans ce renouvellement de l'histoire sociale3. L'histoire de l'espace permet ainsi d'appréhender des groupes, des dynamiques sociales et politiques autrement insaisissables. Ces orientations générales constituent l'axe central de cette étude centrée sur deux petites villes de l'Afrique de l'ouest, Ouagadougou et Bobo-Dioulasso (carte n° 1). Les limites chronologiques du sujet recèlent peu de mystère. Elles correspondent à la période coloniale de ces deux villes de la Haute-Volta, depuis leur conquête par les Français en 1896-1897, jusqu'à l'indépendance de la

1.
2. 3.

Lepetit B, « La ville moderne en France. Essai d'histoire immédiate », in Biget J.-L., Hervé J.C., (coord.), Panoramas urbains, situation de l'Histoire des villes, Paris, E.N.S., éd. Fontenay Saint Cloud, 1995, pp. 180-181. Fourcaut A., La ville divisée. Les ségrégations urbaines en question. France XVI/le- XXe siècle, Créaphis, 1996, p. 10. Pour se limiter à quelques exemples français récents, voir Favel-Kapoian V" Déclin d'un quartier populaire: les pentes de la Croix-Rousse et Lyon 1870-1940, thèse de doctorat, Université de Strasbourg2, 1997. Faure A., Les premiers banlieusards.Aux origines des banlieues de Paris 1860-1940, Créaphis, 1991. Pinçon M., et Pinçon-Charlot M., Dans les beaux quartiers, Paris, Seuil, 1989.

De la ville coloniale à la cour africaine

colonie, en 19604. Le choix de ces deux villes exige cependant un commentaire succinct. En premier lieu, ces villes, malgré leur croissance, conservent une taille modeste jusqu'à la fin de la période coloniale (50000 habitants en 1960). Cette dimension fut essentielle pour la réalisation du sujet. Une étude sur les espaces dans la ville impose une multiplication des axes de recherche afin de rendre compte des différentes échelles sociales et politiques citadines. Ces échelles sont plus rapidement et plus aisément repérables pour des villes de la taille de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso que pour des villes comme Dakar
(Sénégal), Lagos (Nigeria), ou Abidjan (Côte-d'Ivoire).

Par ailleurs, Ouagadougou et Bobo-Dioulasso appartiennent à ces anciennes cités-marchés de l'ouest africain, dont l'histoire remonte au moins au XVe siècle. Comme tant d'autres villes d'Afrique, elles se sont imposées au colonisateur comme lieu de pouvoir administratif et économique. Il a donc paru intéressant de s'interroger sur le passage de l'organisation sociospatiale de la période dite précoloniale à la nouvelle organisation urbaine coloniale. Comment les multiples espaces précoloniaux survécurent et se transformèrent au contact de la colonisation? La question, sans être vraiment neuve, n'a pas souvent été posée pour les villes de l'Afrique occidentale française (AOF) ou de l'Afrique équatoriale française (AEF), sans doute parce que la plupart des chefs-lieux de colonie furent créés ex. nihilo5. L'encadrement administratif de ces deux villes ne date que de la création de cette colonie (1919) et leur intégration au commerce colonial ne se fit que très progressivement, entre les années vingt (Bobo-Dioulasso) et les années cinquante (Ouagadougou), intégration au demeurant bien marginale pour ce pays d'élevage et d'agriculture vivrière. A cet égard, le modèle urbain colonial classique (ville blanche/ville africaine) fut bien imparfaitement appliqué à ces villes du bout du monde impérial. Les divisions à l'intérieur de la ville africaine apparaissent au moins autant, sinon plus prégnantes, que l'habituelle séparation entre le quartier européen et les « quartiers indigènes ».

4.
5.

La Haute-Voita devient, suite au coup d'État du capitaine Sankara en 1983, ie Burkina Faso, ce qui signifie en moré et en dioula, les deux principales langues locales, « le pays des hommes intègres». Le géographe Mabogunje la posait dès les années 1960 pour les villes du Nigeria.
Mabogunje A., Urbanization in Nigeria, University of London Press,

1968.

16

Introduction

Enfin,

plusieurs recherches historiques et géographiques ont montré le

caractère fructueux d'une démarche comparatiste en étudiant deux villes appartenant à des pays différents, ce qui permet de faire surgir d'éventuelles spécificités urbaines6. Notre démarche est autre puisqu'il s'agit de deux villes d'un même territoire. L'objectif est d'étudier les réactions inégales des sociétés africaines assujetties à un même appareil colonial et à une réglementation, en principe, similaire. Cette comparaison, qui n'est pas toujours systématique en raison de la carence des sources, est également dictée par la particularité du réseau urbain de la Haute-Volta. Effectivement, la grande majorité des anciens territoires de l'AOF et de l'AEF est caractérisée par une macrocéphalie urbaine: la capitale représente un poids administratif, politique, économique et culturel considérable par rapport aux autres villes du pays. Cette armature urbaine est un héritage de la tradition centralisatrice française et de la logique impériale: l'appareil administratif et les entreprises coloniales se concentrèrent en un seul lieu de rupture de charge en liaison rapide avec la métropole (ports, tête de ligne de chemin de fer...). Quelques colonies de l'Afrique française comme le Dahomey, le Cameroun, la Haute-Volta échappèrent néanmoins à ce modèle. Dans ces territoires, le siège du pouvoir administratif (Porto-Novo, Yaoundé, Ouagadougou) était dissocié du siège des affaires économiques et des entreprises coloniales (Cotonou, Douala, Bobo-Dioulasso). Dès lors, les deux principales villes d'un même territoire ne subirent pas les mêmes influences: l'intégration au capitalisme colonial y était plus ou moins avancée, le marché du travail inégalement développé, le marché foncier et immobilier différemment organisé. En fin de compte, les logiques d'organisation de l'espace urbain, la construction des espaces sociaux et la gestion et le contrôle des espaces publics ne furent pas les mêmes à Ouagadougou qu'à Bobo-Dioulasso. Toutes ces questions ne sont pas indépendantes de l'essor des recherches urbaines en histoire africaine depuis les années 1980. Peel remarquait que, jusqu'aux années 1980, les historiens avaient peu contribué à l'histoire urbaine de l'Afrique? Du côté francophone, le fait urbain a commencé à intéresser les géographes, les sociologues, les urbanistes et les économistes au début des années cinquante8. Mais si la ville devenait un thème reconnu de la recherche africaniste, l'angle historique était encore souvent négligé9. Du côté anglophone, l'anthropologie historique opposa dans les années soixante un passé traditionnel à une urbanisationmoderne10.Comme le souligne Catherine Coquery-Vidrovitch, la littérature française s'est focalisée sur l'espace et la planification urbaine tandis que la littérature anglo-saxonne insistait sur l'anthropologie urbaine puis sur les
6.
7. 8. Goerg, op. cil., 1997, Gondola C. O., Villes miroirs, Migrations et identités urbaines à Kinshasa et Brazzaville, 1930-1970, Paris, L'Harmattan, 1996. Gervais-Lambony P., De Lomé à Harare. Le fait citadin, Paris, Karthala, 1994. Peel J.D.Y., "Urbanization and urban history in West Africa", J.A.H., 21, 1980, pp. 269-277. Haeringer P., La recherche urbaine à l'ORS TOM : Bibliographie analytique, 1950-1980, Paris, Orstom, 1983, pp. 35-39.

9.

Goerg O., « Des villes en Afrique au sud du Sahara », Bulletin de la Société d'Histoire moderne et contemporaine,n° 1-2, 1994,p. 67. 10. Coquery-VidrovitchC., "The process of urbanization in Africa from the origins to independance: an overviewpaper",AfricanStudies Review, vol.33, n° 4, 1991,pp. 1-99. 17

De la ville coloniale à la cour africaine

changements sociaux. La première approche eut tendance à oublier les acteurs, les sociétés et les pouvoirs, tandis que la seconde privilégia une dominante sociologique en oubliant les espaces de vie des différents acteurs. La recommandation finale ne pouvait être que d'établir les connexions entre ces deux tendances de la recherche: c'est-à-dire « mélanger le contenu et le contenant» ou associer, pour comprendre la ville, « espace, société, économie et mentalité collective ». Dans les années 1990, plusieurs études ayant établi ces liens ont directement inspiré cette problématique. Le travail de Fabrice Melka a proposé des pistes de recherche séduisantes sur les pratiques sociales de l'espace urbain à partir de la ville de Bamako (Soudan, actuel Mali)11.La thèse d'Odile Goerg a permis de sérier les questions relatives aux liens entre pouvoir et espace urbains dans les villes de Freetown (Sierra-Leone) et de Conakry (Guinée) au tournant du siècle12. Enfin, la thèse d'Elisabeth Crouzet-Pavan sur la Venise médiévale (Xlle-XVesiècles), bien que fort éloignée de notre domaine de recherche, a démontré de manière exemplaire comment se lisait une ville à travers ses espaces sociaux, religieux, politiques comme à travers ses structures matérielles13. A l'instar de ce travail, cette étude aborde une masse de sujets et de thématiques qui peuvent a priori dérouter le lecteur mais qui ne fait que traduire la variété des échelles sociales et politiques possibles (lieux, rues, voisinage, quartiers, territoires, villes...). Sont passés en revue les politiques d'aménagement urbain et les stratégies foncières, les cadres de la vie sociale (voisinage, lignage, quartiers) et les lieux de la vie politique (concession, palais, rue), les territoires religieux et les espaces de sociabilité, le contrôle de la rue et des marchés et la mise en scène des pouvoirs. Une telle dilatation du champ de la recherche a imposé le recours à une grande variété de sources. Depuis les travaux pionniers de Jean Vansina, il n'est guère utile de démontrer l'intérêt des sources orales pour écrire l'histoire de l'Afrique14.La plupart des sociétés africaines sont des sociétés de la parole et les sources proviennent de peuples dont il s'agit de faire l'histoire. Indispensables contrepoids aux sources écrites européennes, les sources orales africaines
permettent de faire l'histoire du point de vue des colonisés.

La tradition orale conservée par les détenteurs de la tradition (griots, conteurs et chanteurs, chefs de castes, forgerons...) se distingue habituellement du reste des sources orales appartenant à la masse des souvenirs qui n'ont pas

11. 12. 13.

14.

Melka F., Pratiques sociales de l'espace urbain colonial par les Africains, le cas de Bamako au Soudan français, (1920-1960), D.E.A., Université de Paris 7,1994. Goerg, op. cit., 1997. Crouzet-Pavan E., 'Sopre le acque salse'. Espaces, pouvoir et société à Venise à la fin du Moyen Age, Rome, Istituto storico italiano per il Media Eva, Ecole française de Rome, 1992, 2 voL, 1094 p. La méthode de collecte des traditions orales et leurs critiques furent pour la première fois

présentées de manière exhaustive par l'historienJean Vansinaen 1961, De la tradition orale, Tervuren, 1961. L'auteur a complété ce premier ouvrage en 1972: La légende du passé.
Traditions orales du Burundi. Tervuren, MRAC. 18

Introduction

nécessairement donné lieu à une tradition constituée15. S'il n'a pas été possible d'établir de contacts avec les musiciens de la cour de Ouagadougou, détenteurs de la tradition orale du royaume, une quarantaine d'enquêtes extensives ont pu être menées auprès des anciens de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso, appartenant généralement au monde des notabilités de quartier ou de la ville (cf. liste des personnes interrogées en annexe)16. Selon les méthodes préconisées, les entretiens sont guidés par un questionnaire précis ou privilégient au contraire le récit de vie17. Ce dernier consiste à laisser la personne dérouler ses souvenirs depuis son enfance jusqu'au moment de l'entretien. Le principal intérêt réside dans le fait que l'informateur n'oriente pas son discours en fonction des questions posées. Le principal inconvénient est de recueillir une quantité d'informations fort éloignées de son sujet. Après avoir procédé à des entretiens semi-directifs d'après questionnaire qui n'ont pas toujours abouti à de bons résultats (Bobo-Dioulasso 1992-1993), nous nous sommes ralliés au récit de vie mâtiné de questions subsidiaires (Ouagadougou 1995-1996, Bobo-Dioulasso 1996-1997). Cette méthode permettait d'abord de connaître l'histoire de l'interlocuteur avant de lui poser des questions ciblées concernant sa vie professionnelle, son quartier, sa ville. Le sujet n'imposait que deux critères de sélection: celui de l'âge (avoir vécu la période coloniale, soit être né avant ou pendant la Deuxième Guerre mondiale) et celui de la volonté de toucher des anciens de tous les quartiers de la ville coloniale. La plupart des personnes interrogées habitaient déjà le même quartier pendant la période coloniale, ce qui permit de couvrir une bonne partie de la ville. Sans ces entretiens, des chapitres entiers n'auraient pu voir le jour. Ils ont aussi permis de compléter les sources écrites, lesquelles présentent, pour le Burkina Faso, des lacunes considérables. La conservation des archives dans les pays africains et plus généralement dans les pays en voie de développement pose de grandes difficultés aux administrations centrales et locales18. Au Burkina Faso, il n'existe pas encore de gestion centralisée des différents fonds d'archives. Aussi, la situation varie-t-elle

15. 16.

Coquery-Vidrovitch C. et Moniot H, L'Afrique noire de 1800 à nos jours, PUF, Nouvelle Clio, 1984, 3e éd., 1992, p. 32. Les historiens évoquent le plus souvent deux types d'enquête: intensive ou extensive. La première se fait auprès d'une population choisie qui rèpond à un questionnaire préétabli et

exige un grand nombre d'enquêteurs

travaillant sous le contrôle d'un chercheur. Cette

17.

méthode reste hors de portée d'un doctorant isolé. La seconde est l'enquête extensive et ciblée auprès « d'informateurs qualifiés ». Pour les partisans de la première méthode, voir par exemple Gibbal J.M., et alii, « Position de

l'enquête anthropologique en milieu urbain africain », C.f.A., 1981, XXI,81-83, pp.

11-24.

Un

bon exemple de récits de vie dans Jewsiewicki B., M'Bokolo E., Ndaywel, E., E Nziem Kivilu S., (dir,), Moi, l'autre, nous autres. Vies zaïroises ordinaires, /930-/980. Dix récits, Paris, EHESS, Sainte-Foy,Safi et CELAT,1990. Voiraussi Ferrarotti F., Histoire et histoires de vie, Paris, Méridiens Klincsieck, 1990. Poirier J. et alii, Les récits de vie. Théorie et pratique, Paris, PUF, 3e éd. 1993.

18.

Besançon P., Camara R., Mande I., Schlupmann J., Les sources Mondes. Approches et enjeux, Paris, L'Harmattan, 1997.

historiques

dans

les Tiers-

19

De la ville coloniale à la cour africaine

sensiblement d'un service à l'autre19. L'état des sources écrites est à l'image de l'état de conservation des différents fonds. Les séries continues, si précieuses pour l'historien, sont fort rares Uournaux de bords et rapports annuels des missions, titres de propriété). Généralement, les collections sont lacunaires (procès-verbaux des commissions municipales, registres de justice, correspondances...). Il faut notamment remarquer que les archives municipales de Bobo-Dioulasso et de Ouagadougou ont pratiquement disparu du Burkina Faso. La difficulté d'écrire l'histoire de ce pays est accentuée par la dispersion des fonds d'archives dans différentes villes d'Afrique de l'ouest. Cette dispersion est liée à l'histoire particulière de la Haute-Volta coloniale constituée tardivement (1919), disloquée dès 1932 pour être répartie entre les trois colonies voisines (Côte-d'Ivoire, Soudan, Niger) avant d'être reconstituée en 1947. Les rapports et correspondances des cercles20 qui étaient régulièrement envoyés au chef-lieu de colonie sont éparpillés dans plusieurs villes de la sous-région: à Bobo-Dioulasso, chef-lieu du deuxième territoire militaire (1898-1905), à Bamako, chef-lieu du Haut-Sénégal-Niger (1906 à 1919) ; à Ouagadougou, chef-lieu de la Haute-Volta (1920 à 1932 et 1948 à 1960), à Abidjan, chef-lieu de la Côte-d'Ivoire (1934 à 1947)21. Ces rapports qui permettent de cerner les variations conjoncturelles à l'échelle du cercle complètent fort utilement les fonds des services administratifs centralisés à Aix-en-Provence et surtout à Dakar22. L'ensemble de ces fonds complétés par une consultation exhaustive des Journaux Officiels des colonies concernés et par le dépouillement complet de deux périodiques, l'hebdomadaire catholique, Afrique Nouvelle de 1946 à 1960 et le Bulletin d'information de /a Haute-Va/ta, de 1955 à 1959 forment un panel de sources disparates mais qui se complètent efficacement. Les livres fonciers des deux villes permettent de relever les stratégies foncières dans le quartier européen, les sources cartographiques, les statistiques et les entretiens auprès des chefs et notables de quartier rendent compte des dynamiques foncières et divisions sociales de la ville africaine. Les diaires et rapports annuels des missionnaires catholiques dessinent les contours d'une géographie du sacré dans la ville alors que les sources administratives, municipales et les Journaux Officiels permettent de brosser une histoire des projets et des aménagements urbains. Les nombreux ouvrages sur les coutumes

19.

20. 21.

22.

Les archives sont classées et répertoriées à la mairie de Ouagadougou, au service de la conservation fonciére de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso, au centre national de la recherche scientifique et technique (CNRST), à l'Assemblée des députés du peuple (ADP), et au Ministère de l'urbanisme et de l'habitat (MUH) à Ouagadougou ainsi qu'à l'archidiocèse des Pères Blancs de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso (APB). Elles se détériorent rapidement dans plusieurs administrations dépourvues d'archivistes et/ou de moyens (préfecture, mairie et trésor à Bobo-Dioulasso, ministère de l'intérieur et de la sécurité à Ouagadougou (MATS), ministère de la justice à Ouagadougou, direction nationale des Archives nationales à Ouagadougou. Le cercle est ia circonscription administrative de base dans l'Afrique française. La Côte d'Ivoire a récupéré la pius grande partie des archives du gouvernement de la HauteYolta au moment de sa suppression (série 5 EE Haute-Yalta: affaires politiques ») ainsi que celle des communes mixtes (séries 5DD administration générale »). On trouvera un descriptif détaillé des différents fonds d'archives utilisés en fin d'ouvrage.
({ ({

20

Introduction

de la cour du Moogo Naaba croisées avec les sources administratives auraient pu nourrir une étude exhaustive sur le fonctionnement de la chefferie à Ouagadougou. Nous nous sommes limités à une histoire des rituels publics et des usages de l'espace dans la ville par l'aristocratie locale. De la même manière, les archives administratives et policières de ces deux villes ont permis de délimiter les usages politiques des lieux dans la ville. Cette multiplicité de thématiques autorise la prise en considération des nombreuses échelles sociales et politiques citadines. Il s'agit de rendre compte des principales divisions de la ville: celles imposées « par le haut» à travers les plans de lotissement et les régimes fonciers qui divisent les espaces de vie en zones distinctes; celles vécues par les populations et qui ne recoupent pas nécessairement cette organisation de l'espace imposée par les autorités coloniales. Il s'agit aussi d'étudier les capacités de contrôle social, hygiéniste, fiscal et politique des espaces publics (marchés, rue, places) par l'administration et les conséquences de ce contrôle sur l'organisation des sociétés africaines (notamment le repli sur l'espace de la cour). De la ville coloniale à la cour africaine, c'est l'analyse de cet emboîtement d'échelles qui donne sens aux multiples usages de la ville par ses habitants. Le plan de l'étude, qui répond à ces orientations, doit donc se lire de deux manières. Thématique, il privilégie l'organisation de l'espace urbain, dans un premier temps, les espaces sociaux, dans un second temps et les espaces du pouvoir, dans un troisième temps. Géographique, ces trois thématiques correspondent à l'étude de trois échelles différentes: tout d'abord, la ville, ensuite le voisinage, le quartier et le territoire, enfin les rues, les lieux et la cour. Si les liens entre les trois parties sont nombreux, la première partie analyse la ville du côté des décideurs et des institutions alors que la seconde partie se penche plutôt sur les espaces de vie des sociétés urbaines. La troisième partie rend compte de la confrontation entre pouvoirs et sociétés urbaines à travers une histoire des lieux et des rues. La première partie analyse les principes organisateurs de l'espace urbain du XVIIIe siècle jusqu'en 1960. Elle s'attache à retracer l'histoire des aménagements depuis qu'une organisation raisonnée de l'espace apparut dans les deux villes. Le découpage chronologique interne de cette partie ne recoupe pas les ruptures habituelles de l'histoire coloniale parce qu'il obéit à l'histoire urbaine de la colonie. La première césure chronologique intervient moins lors de la conquête (fin du XIXe siècle) que lors de la mise en place de la Haute-Volta (années vingt). De même, les années 1945-1960 représentent moins une rupture que le prolongement des pratiques d'aménagement antérieures à la guerre. La seconde partie est davantage attentive aux mutations sociales internes. Le voisinage, le quartier, le groupe de quartiers, les sphères d'influences religieuses ou aristocratiques sont les principaux espaces étudiés. Le découpage thématique permet de rendre compte des principales divisions sociales dans la ville: celles matériellement visibles entre la ville africaine et le quartier européen, celles, non moins prégnantes, entre l'ancienne de la nouvelle ville africaine. Ces divisions se résorbent partiellement dans le développement de quartiers qui fonctionnent comme des espaces de rencontre pour tous les citadins (quartiers

21

De la ville coloniale à la cour africaine

militaires et/ou commerçants de la ville). Simultanément, de nouveaux territoires religieux, catholiques et musulmans, s'affirment mais recoupent bien imparfaitement ces divisions sociales notamment parce qu'ils ne cessent de s'étendre au cours du siècle aux dépens des religions locales. En dernière analyse, ce travail est attentif à la plus grande échelle de la ville: les rues, les places, les marigots, les marchés, les cours et les lieux de pouvoir regroupés ici sous le terme d'espace public. Quelques institutions (administration locale, municipalités, chefferie, partis politiques) ont laissé des sources permettant d'analyser les rapports entre pouvoirs et espaces publics. Trois thématiques sont privilégiées à l'intérieur de cette dernière partie. La difficile application de la réglementation sur les espaces publics (hygiène et entretien de la voirie, surveillance des marchés, police des rues) fut l'objet d'une lutte incessante entre les municipalités et les citadins. L'organisation des rituels du pouvoir, qu'ils soient africains ou coloniaux, manifeste un usage évolutif des lieux de pouvoirdans la ville.Enfin,la rue et la cour apparaissent, à partir de 1945, comme les tribunes d'expression politique des colonisés et comme la principale matrice de l'opinion publique d'après guerre.

22

Première

partie

DE LA VILLE À LA VILLE

AFRICAINE COLONIALE

PRODUCTION ET ORGANISATION DE L'ESPACE URBAIN C. 1700 - C. 1960

Géographes et historiens se sont penchés, avec des expressions différentes, sur ce qu'il est convenu d'appeler la production d'espace urbain. Cette expression, qui relève du vocabulaire géographique, désigne les mécanismes de passage du sol rural au sol urbain dans le contexte de forte croissance des villes d'Afrique au )(Xesiècle1, Quelques géographes se sont fait historiens en retraçant ce processus depuis le début de l'époque coloniale, mais dans l'ensemble, les études ont porté sur la période des indépendances2, Ce domaine de recherches - la croissance urbaine, ses modalités et ses formes fut pendant longtemps l'axe privilégié de la géographie urbaine francophone3, De son côté, la recherche historique africaniste a multiplié, depuis une vingtaine d'années, les études sur les politiques urbaines coloniales4, Un des axes de recherche s'est attaché à la genèse ou au remodelage des villes et aux conditions de leur développement pendant la période coloniales, Les conceptions européennes de la ville, l'application très imparfaite, dans le cadre colonial, d'un modèle urbain métropolitain, les politiques d'urbanisme et d'habitat, les architectures urbaines sont quelques-unes des thématiques abordées par cette question, Cette partie s'inspire de ce double courant historique et géographique de la recherche urbaine en Afrique noire. Ila paru nécessaire de dissocier l'histoire des

formes urbaines (conceptions et aménagements d'ensemble) des pratiques
1.
2. 3. 4.
d'espace urbain en Afrique centrale, thèse d'État, Universitè de Paris X Nanterre, 1989, publiée sous le titre, Citadins et quête du sol dans les villes d'Afrique centrale, Paris, L'Harmattan, 1993, p. 10. Voir, par exemple, Marguerat Y., « Le capitalisme perverti ou cent ans de production de l'espace urbain à Lomé (Togo) », Cahiers de l'ORSTOM., vol. 21, n° 4, 1985, pp. 451-460. Coquery-Vidrovitch, art. cit., 1991. Lakroum M., « Dix années de recherches urbaines: reflet des réalités africaines», in Dulucq S., et Goerg O., Les investissements publics dans les villes africaines: 1930-1985, Paris, L'Harmattan, 1989, pp. 203-208. Coquery-Vidrovitch C. Processus d'urbanisation en Afrique, L'Harmattan, 1988, 2 tomes. Home R., Of Planting and Planning. The making of British colonial cities. London, E&FN Spon, 1997, 249 p. King A. Urban development, Culture, social power and D" Colonial Environment, 1976, Routledge & Kegan Paul. O'Connor A., The African City, Hutchinson University, Library for Africa, 1983. Poinsot J., Sinou, A., Stenardel, J., Les villes d'Afrique noire entre 1650 et 1950, Politiques et opérations d'urbanisme et d'habitat, Documentation françaisel Ministère de la coopération et du Développement, 1989. Goerg, art. cité, 1994, p. 48.

Piermay J.-L., La production

5.

De la ville coloniale à la cour africaine

foncières de l'espace urbain, thématique à part entière qui fait l'objet de deux chapitres de la deuxième partie. Cette première partie privilégie donc les logiques institutionnelles de production et d'organisation de l'espace urbain pendant la période coloniale. Les Européens s'appuyèrent partout où ils le purent sur les réseaux urbains africains préexistants à leur conquête6. Iln'est guère opératoire de dissocier en ce domaine les politiques britannique, belge ou française en raison de traditions administratives supposées différentes? Les Britanniques fixèrent leur siège administratif dans les grands centres de pouvoir africain (Ibadan, Kano, Kampala, Mombasa, Kumasi ou Zanzibar par exemple), les Français firent de même en AOF pour deux chefs-lieux de .colonie (Porto-Novo, Ouagadougou) et d'innombrables chefs-lieux de cercle (Kankan (Guinée), Bobo-Dioulasso, Ségou (Soudan)). Ouagadougou et Bobo-Dioulasso appartiennent donc à ce groupe des villes précoloniales qui se développèrent au )(Xe siècle. Elles connurent un sort bien différent des grandes cités sahéliennes (Djenné, Bandiagara, Mopti, Tombouctou, Say, Zinder...) qui déclinèrent face aux nouveaux chefs-lieux du Soudan et du Niger (Bamako, Niamey). Cette volonté de rendre compte de la longue durée de ces deux villes a imposé un plan chronologique en trois parties. Si l'existence de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso est attestée depuis le XVesiècle, leur véritable essor date des XVIIIe et XIXe siècles. Avec la multiplication des échanges marchands et l'installation d'un contrôle politique sur la cité, Ouagadougou et Bobo-Dioulasso accédèrent au rang de ville. L'hétérogénéité sociale accrue de cette période donna naissance à des espaces urbains différenciés. La principale rupture dans cette organisation urbaine précoloniale date moins de la conquête française (1897) que de la création de la Haute-Volta (1919) (chapitre 1). Ce fut effectivement dans les années vingt que l'administration locale créa ex-nihilo une ville européenne au cœur de l'ancienne ville africaine. Un urbanisme colonial voyait le jour dans cette colonie enclavée de l'empire8. Dès l'origine, il fut intrinsèquement lié à la ségrégation, processus d'exclusion d'un groupe par un autre groupe9. Selon Home, le terme de ségrégation surgirait dans les domaines impériaux en même temps que les premières opérations d'aménagement urbain10, Ce fut notamment le cas de la Haute-Volta, avec ses premiers lotissements des années vingt. Simultanément l'administration voulut réorganiser
6. 7. Coquery-Vidrovitch c., Histoire des villes d'Afrique noire. Des origines à la colonisation, Albin Michel, 1992, pp. 329-330. Winters estime que les Britanniques, à la différence des Français, préféraient s'appuyer sur les centres indigénes indispensables au fonctionnement de l'administration dite indirecte. Winters C., "Urban Morphogenis in Francophone Black Africa", The Geographical Rewiew, vol. 72, n° 1, janvier 1982, pp. 139-154. L'urbanisme regroupe l'ensemble des techniques qui ont pour objet spécifique d'intervenir dans l'aménagement de l'espace urbanisé ou à urbaniser. Équivalent à « Stadtebau» et ({Town-planning», ce vocable, apparaît pour la premiére fois en 1910 en France. Marcel Roncayolo pp. 13-17 et Brun J. Essai critique sur la notion de ségrégation et sur son usage en géographie urbaine, in Brun J. et Rhein C., La ségrégation dans la ville, L'Harmattan, 1994, pp. 21-57. Home, op. cit., 1997, p.118.

8.

9.

10.

26

Production

et organisation

de l'espace

urbain

urbain des catégories «semi-évolués», « arriérés») (chapitre 2). Les politiques urbaines adoptées par la suite furent marquées par le parcours chaotique de la Haute-Volta. Les répercussions de la crise mondiale, de la dislocation de la Haute-Volta, puis, de la Deuxième Guerre mondiale, accentuèrent les différences entre les deux cités. Bobo-Dioulasso, qui vit son rôle commercial, administratif et militaire s'affirmer, renforça le zoning urbain de la période précédente alors que Ouagadougou, abandonnée des pouvoirs publics, se développa en dehors de tout contrôle colonial. La reconstitution de la Haute-Volta en 1947, les investissements publics et la forte croissance urbaine d'après guerre se traduisirent par une politique de reconstruction (pour Ouagadougou) et de lotissement à l'échelle de toute la ville. Les nouvelles propositions en matière d'urbanisme et d'habitat se heurtèrent cependant aux pouvoirs administratifs de la colonie reconstituée qui s'en tinrent jusqu'à l'indépendance à une politique urbaine du coup par coup (chapitre 3).

la structure

de la ville africaine,

en séparant

dans l'espace

urbaines

qu'elle

construisit

de toutes pièces (<<évolués»,

27

CHAPITRE

1

DE LA FONDATION AFRICAINE A LA VILLE COLONIALE

Ouagadougou et Bobo-Dioulasso appartiennent à ces villes précoloniales souvent citées et rarement décrites. A l'instar de Gao, dans l'empire Songhaï, ou de Sokoto, au Nigeria, nous sommes mieux renseigné aujourd'hui sur le fonctionnement politique, administratif et religieux des royaumes Mossi et du « Gwiriko », que sur l'organisation interne de Ouagadougou et de BoboDioulasso1. Depuis une quinzaine d'années, l'historiographie burkinabe a en partie comblé ses retards en multipliant les travaux sur les échanges commerciaux et sur l'islam mais, plus sporadiquement, sur l'organisation des deux cités2. Cette partie voudrait cerner les relations entre pouvoir, sociétés et organisation de l'espace urbain dans les deux villes précoloniales. Une bibliographie plus riche pour les royaumes mossi que pour les régions de l'ouest du Burkina Faso, permet de rendre compte de la production d'espace et des logiques résidentielles pour Ouagadougou, alors que cette dynamique reste à élucider pour Bobo-Dioulasso. Cette synthèse partielle, qui repose sur peu de sources de première main, a néanmoins paru essentielle pour tenter de comprendre l'origine et les tendances des dynamiques sociales et spatiales pendant les quatre siècles précédant la conquête coloniale. La situation géographique de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso sur les routes du commerce de l'Afrique de l'ouest, à mi-chemin entre le sud forestier et ses produits (or et cola) et le nord sahélien et saharien (sel et bétail) expliquent
1. 2.
Coquery-Vidrovitch, op. cit., 1992, p. 127 et p. 365.

Voir, par exemple,
culturelle

Kouanda A., Les Yarse: Fonction
moaga, thèse

commerciale, religieuse et légitimité
de Paris l, 1984 et Traore B.,

dans le pays

de 3e cycle, Université

Histoire sociale d'un groupe marchand, les Jula du Burkina Faso, thèse de doctorat, Université de Paris l, 1996. Voir aussi l'ancienne et excellente thèse de Quimby L. G, Islam
among the Oioula of Kombougou from 1880 to 1970, Ph. D. History, University of Wisconsin, 1972. Quelques maîtrises d'histoire de l'Université de Ouagadougou ont abordé l'histoire précoloniale de ces villes: Tiendrebeogo A., Bobo-Oioulasso avant l'arrivée des Français, maîtrise d'histoire, Université de Ouagadougou, 1979. Simpore L., Sites et monuments de Wogdogo, maîtrise d'histoire, Université de Ouagadougou, 1992. Nikiema T. C., Approche historique du marché de Ouagadougou: des origines à l'occupation coloniale, maîtrise

d'histoire,

Université de Ouagadougou,

1988.

De la ville coloniale à la cour africaine

en partie leur développement commercial à partir du XVesiècle. Le site des deux villes ne présente guère de particularités. Le paysage naturel de Ouagadougou est plat et monotone, comme l'immense pénéplaine qui s'étend sur les trois quarts du pays. La ville est traversée du sud au nord par deux marigots au débit très irrégulier, qui, pendant très longtemps, ravitaillèrent en eau les populations résidentes et le bétail en transit. Le relief est à peine plus accidenté à BoboDioulasso qui se trouve au pied d'un massif gréseux de faible altitude (749 m). Les marigots qui traversent le site d'est en ouest ont cependant creusé de
profonds sillons difficilement franchissables.

Le véritable développement de ces localités intervint avec les bouleversements politiques, militaires et économiques du XVIIIe siècle. Ouagadougou et Bobo-Dioulasso prirent alors les traits spécifiques de villes caractérisées par la multiplication des échanges marchands, par une hétérogénéité sociale accrue, par l'installation d'un contrôle politique sur la cité, et, finalement, par la production d'espaces urbains différenciés. Les facteurs décisifs de cette mutation urbaine différèrent dans les deux cités, même s'ils furent contemporains: installation de familles marchandes et guerrières à BoboDioulasso, sédentarisation de la capitale des royaumes mossi à Ouagadougou. Dans cette dernière, l'organisation de l'espace urbain résulta des choix du Moogo Naaba3, qui incitait des groupes d'origine variée à venir s'installer dans sa capitale. A partir du XVIIIesiècle, le palais et le marché constituèrent un binôme autour duquel s'organisa la nouvelle ville. A Bobo-Dioulasso, en revanche, les premiers villages accueillirent différents groupes marchands, guerriers, artisans et deux principaux quartiers se développèrent avec l'essor commercial de la ville. Ces dynamiques historiques particulières font qu'il est nécessaire d'appréhender chacune des deux villes séparément dans un premier temps.

A. Bobo-Dioulasso, développement et organisation d'une cité marchande

Avant d'analyser l'organisation de l'espace urbain, il est nécessaire de revenir sur la longue histoire de Bobo-Dioulasso depuis son apparition probable au XVe siècle sur la principale route de l'or de l'Afrique de l'ouest jusqu'à la conquête de la ville par les Français en 1897.

3.

Le « Moogo» représente le pays des Mossi et le terme de « Naaba » se rapporte à l'office ou à la transmission du pouvoir (naam). Si le terme « d'empire» et « d'empereur» ne recouvre aucune réalité historique précoloniale et doit être banni du vocabulaire, les termes de « roi » et de « royaume», d'utilisation plus délicate, peuvent désigner le Moogo Naaba et son domaine territorial. Michel Izard les utilise pour désigner le Yatenga Naaba. Izard M., Gens de pouvoir, gens de la terre. Les institutions politiques de l'ancien royaume du Yatenga (Bassin de la Volta Blanche), Cambridge, Paris, 1985. Les termes de Naaba, de Moogo Naaba et de Nanamse sont si fréquents qu'il a paru inutile de les mettre en italique.

30

De la fondation

africaine

à la ville

coloniale

1. Un relais sur la route Bégho-Djenné

(XVe-XVlle siècles)

Au XIVesiècle, le développement de l'empire du Mali (Xllle-XVe) itué sur le s delta intérieur du Niger4 s'accompagna d'un vaste mouvement de migration mandé en Afrique de l'ouest5. Parmi ces migrants de langue mandé, une caste commerçante multiethnique et musulmane appelé communément « Dioula » s'avança vers le sud jusqu'aux terrains aurifères du Ghana moderne (pays akan). Ils atteignirent la côte du golfe de Guinée à la même période que les Portugais dans la seconde moitié du Xve siècle. Si beaucoup de Dioula étaient des commerçants itinérants, d'autres s'installèrent en territoire étranger et fondèrent des colonies le long des axes commerciaux. le développement de Bobo-Dioulasso serait lié à sa situation sur la route reliant la cité de Begho dans le pays ashanti (à 100 km au nord-ouest de l'actuel Kumasi), à la ville de Djenné sur le Niger. le lieu était alors appelé Sya, nom d'une « dolotière » de renom dans la région et ancêtre éponyme de la cité6. la plupart des chercheurs estiment que l'installation des premiers marchands dioula

à Sya remonteraitau XVeou XVIe siècle? Sya serait alors un relais commercial
des mines d'or du lobi et de l'Ashanti. Cette installation mandé, ancienne dans ces pays de l'or, n'est pour l'instant pas attestée par l'archéologie8. Aussi la difficulté de fixer un cadre chronologique précis pour cette période impose-t-elle la plus grande prudence sur l'importance commerciale de Sya au XVIeet XVIIesiècles. Si la ville connaît une certaine prospérité au XVIesiècle, liée à sa position sur la route de l'or, il est probable que le changement de la conjoncture économique et politique, dans la vallée du Niger a affecté ce premier essor. En 1591, la chute de l'empire Songhaï qui contrôlait le commerce de l'or, inaugura une période de récession économique9. A partir de la seconde moitié du XVIIesiècle, la population de la vallée du Niger déclina, des paysans pillèrent

4,

L'empire du Mali fut fondé par Soundiata aurifères du Soudan.

Keita vers 1240 et contrôlait

les principales

places

5.

Les peuples de langue mandé constituent le plus vaste groupe de la savane de l'Afrique occidentale. Les premiers peuples de langue mandé furent sans doute des chasseurs migrants, Ils furent suivis par des colons qui fondèrent des chefferies le long du fleuve Gambie, au XIVe siècle, puis dans l'actuelle Sierra Leone, au XW siècle. D'autres enfin, étaient commerçants et migrèrent du delta intérieur du Niger vers la côte du golfe de Guinée.

6, 7.

Iliffe J" Les Africains. Histoire d'un continent, Flammarion 1997, 1ère éd., Cambridge Universiy Press, 1995, pp, 105-107, Traore, op, cit" 1996, p, 474, Une dolotière est une brasseuse de bière de mil. Cette bière est
dans la région, dolo, J.-L., Bouna, Royaume de la savane ivoirienne, Princes, marchands et paysans, Orstom, 1993, p, 23. Wilks I. "A medieval trade-route from the Niger to the Gulf of Terray E., Une histoire du royaume abron du Guinean", J.AH" 111,2,1962, pp,241-338. Gyaman. Des origines à la conquête coloniale, Thèse de doctorat d'État, Université de Paris V, 1984, p, 22. Hull R.W, African cities and towns before the european conquest, New York, WN. Norton and Co, Inc" 1976, pp.10-12. Traore, op, cit" 1996, pp. 71-73. Kiethega J.-B., « Le cycle de l'or au Burkina Faso », in Découvertes du Burkina, Sépia, ADDB, 1993, t. 2, pp. 97-126, appelée, Boutillier Karthala,

8, 9,

Jusqu'à l'invasion

marocaine de 1591, l'empire Songhaï, était l'État le plus puissant d'Afrique de l'ouest.

qui avait succédé à l'empire du Mali, 31

De la ville

coloniale

à la cour

africaine

Djenné et établirent des micro-États sur les ruines de l'empire, tandis que le commerce transaharien se déplaçait vers l'est10. Ces bouleversements affectèrent l'essor de Sya. Au XVIIe siècle, les marchands de la ville auraient ralenti leurs activités. Les caravanes de sel en provenance du nord passaient seulement une fois l'an sinon, très rarement à Bobo-Dioulasso11. Kodjo note que le pays bobo et le pays lobi étaient infestés de bandits au XVIIe siècle12. La réduction des activités marchandes obligea certains Dioula à se tourner vers l'agriculture. Sya ne serait alors qu'un ensemble de quatre villages peuplés essentiellement d'agriculteurs bobo (Kunima, Kibidoué, Tounouma et Bindougousso)13. L'histoire des lignages de ces quelques villages correspond à la trame chronologique proposée ci-dessus14. La population de ces villages est le fruit d'un métissage ancien entre des populations dites autochtones et des lignages marchands mandé. Ces derniers, originaires de localités différentes et n'ayant entre eux, à l'origine, aucun lien commun s'installèrent par petits groupes à de longs intervalles de temps dans la région, probablement entre les XIVe et XVIe siècles15. Certains groupes se mélangèrent à la population locale, puis retournèrent à l'agriculture en abandonnant l'islam au cours des siècles: ils auraient contribué à la formation du peuplement actuel des Bobo dont on retrouve certains éléments à Sya (Kibidoue et Tounouma). Enfin, les Zara (appelés pendant la période coloniale les Bobo-Dioula) affirment être d'origine mandé et, à la différence des Bobo, auraient tendance à conserver davantage leur activité de colporteurs16. Ces Zara étaient présents au moins dans deux villages de Sya, à Kunima et à Bindougousso17. La grande prudence des historiens sur cette période interdit cependant de tirer des conclusions sur l'importance des fonctions économiques et la diversité de sa population avant le XVIIIe siècle. Il faut attendre l'arrivée des Ouattara de Kong, au début du XVIIIe siècle, pour disposer d'informations plus précises.

10. 11. 12. 13. 14.

15. 16.

IIifte, op. cit., 1995, p. 109. Diallo S., L'évolution de l'islam à Bobo-Dioulasso, des origines à la crise de la communauté musulmane de 1973, maîtrise d'histoire, Université de Oua~adougou, 1991, p. 16. Kodjo N.G., Le royaume de Kong, thése de doctorat d'Etat, Université d'Aix-en-Provence, 1986, p. 379. Traore, op. cit., 1996, pp. 250-252. Le lignage peut se définir comme un groupe de proches parents sous l'autorité d'un membre plus âgé se réclamant tous d'un ancêtre commun. Le lignage est une scission du clan, qui correspond à un nom honorable, le dyamu, « lieu d'une solidarité morale» selon Yves Person, Samori, Une révolution Dioula, Dakar, IFAN, t. 1, 1968, p. 54. Le Moal G., Les Bobo, Nature et fonction des masques, Paris, Orstom, 1980, p. 17. Zara dériverait du terme bobo zeresum qui signifierait celui qui flâne, celui qui va sur les
chemins « sous-entendu, celui qui fait du commerce». Konaté S., Les masques dans

la
de

société zara Ouagadougou, 17. Le Moal, Ouattara

de Kawe 1980,

(Lahirasso), p.22. Traore,

province

du Houet,

Maîtrise

d'histoire, Entretien

Université avec

1995, p. 15.
op. cit., 1996, pp. 151-177. Bassory

op. cit.,

32

De la fondation

africaine

à la ville

coloniale

2. Naissance

ou renaissance

d'une ville (XVllle-XIXe siècles)

Le contexte politique et économique de la région au XVIIIesiècle donna un nouvel élan commercial et militaire à Bobo-Dioulasso. A partir de cette période, il est permit d'affirmer qu'elle accéda véritablement au rang de ville. Au début du XVIIIesiècle, Bobo-Dioulasso lia son destin à celui de Kong, située à 250 kilomètres au sud. En 1710, un groupe de guerriers (sonangw) conduit par Sékou Ouattara, issu d'une famille originaire du Soudan et associé à des lignages dioula confisqua le pouvoir aux autochtones de Kong. Son objectif était essentiellement commercial: protéger les routes du nord (Djenné), du sud (zone de production de colas), et éventuellement de l'Est (poches aurifères de la Volta noire). Le frère de Sékou Ouattara, Famagan Ouattara, fut envoyé avec une armée de sofa (soldats) dans le nord pour assurer le contrôle de la route Kong-Djenné. Cette région sous le contrôle des Ouattara fut abusivement appelée « l'empire de Kong» 18. Si les interprétations de cette conquête divergent selon les auteurs, on peut estimer que Sya au XVIIIesiècle était moins la capitale d'un empire ou d'un État qu'une ville-garnison importante en même temps que la résidence d'une nouvelle aristocratie guerrière: les sonangui Sanou19. La plupart des chefs zara fixent la naissance de la dynastie Sanou au début du XVIIIesiècle. Molo Sanou, son fondateur, aurait été recruté par Famagan Ouattara pour l'aider à asseoir son autorité sur la région en soumettant les principaux villages voisins. BoboDioulasso devint dès lors le fief des Sanou jusqu'à la conquête coloniale20.Si l'on suit l'interprétation de Guy Le Moal, l'étymologie de Bobo-Dioulasso et de BoboDioula remonte à cette période et à cette alliance entre les Ouattara de Kong et la dynastie locale des Sanou21. Les sources orales croisées aux récits des voyageurs européens du dernier tiers du XIXesiècle, permettent d'estimer que Bobo-Dioulasso était déjà une ville durant cette période22. Le capitaine Binger, le premier explorateur européen à
18.
Pour Kodjo, Famagan Ouattara aurait conquis, en 1735, une jusqu'à Djenné. Cet État fut appelé Gwiriko terme signifiant (représentant le long trajet à effectuer entre Kong et Sya) et Gwiriko aurait été un État dans l'empire de Kong. unique vaste région s'étendant de Sya « à la fin de la longue étape» Sya en aurait été la capitale. Le Kodjo, op. cit., 1986, p.385.

L'anthropologue Mahir Saul estime plutôt que la conquête de la région ne fut pas l'action de Famagan Ouattara, mais plutôt le projet de plusieurs chefs de guerre peu coordonnés et n'obéissant à aucun plan de campagne déterminé et réfute la thèse de la mise en place de toute administration centralisée. Saul, M., « The Watara political formations in the
West Volta Region», in Colloque international de Ouagadougou du 12 au 17 décembre 1996, Cent ans d'histoire du Burkina Faso, 1896-1996 à paraître chez Karthala. Traore, opcit., 1996, pp. 272-291. Kambou-Ferrand J.M., Peuples voltaïques et conquête coloniale, 1885-1914, Burkina Faso, L'Harmattan, 1993, p. 229. Le Moal, op. cit., 1980, p.16. Cette interprétation du néologisme Bobo-Dioula est celle retenue par la plupart des étudiants burkinabe ayant enquêté sur le terrain. Konaté, op. cit., 1995, p. 15. Sanou, D.B., La pénétration coloniale et l'évolution de la société madare: les

19. 20.

21.

22.

relations entre les Boboy et les Zara dans l'ex-canton de Sya, 1897-1947, maîtrise d'histoire, Université de Ouagadougou, 1991, p. 35. Binger L.G., Ou Niger au Golfe de Guinée par le pays de Kong et le Mossi, 1887-1889. 2 vols. Paris, Hachette, 1892, 513 p. Crozat Dr, « Rapport sur une mission au Mossi»,

33

De la ville coloniale à la cour africaine

pénétrer dans la ville, en 1887, ne vit qu'un regroupement de villages en raison de l'absence d'architecture urbaine, de la dispersion des groupes d'habitation et du maintien d'activités agricoles dans la ville. Bobo-Dioulasso n'était cependant, pas plus un groupe de villages que Djenné ou Tombouctou, villes qui comptaient pourtant 70 % de paysans avant la conquête coloniale23. Les critères de définition d'une ville retenus par les historiens sont désormais bien connus: existence d'un surplus de production agricole susceptible de nourrir les non-producteurs, présence d'un groupe de commerçants et d'un pouvoir politique capable d'imposer la production et la circulation des vivres24. Ces critères sont ceux de Bobo-Dioulasso au XIXe siècle. Binger estimait ainsi que, sur 5000 habitants, la ville accueillait entre 1 000 à 1 500 étrangers travaillant pour le commerce25. Le nouvel essor commercial de la ville à partir du XVIIIe siècle fut lié au retour d'une sécurité relative de la route Kong-Djenné26. Par ailleurs, les taxes sur cette route et sur les marchés de BoboDioulasso et de Kong furent supprimées par Sékou et Famagan Ouattara, mesure qui aurait attiré dans ces deux villes un grand nombre de commerçants de Djenné, de Tombouctou et de Bouna (50 km à l'est de Kong)27. BoboDioulasso constituait alors une étape indispensable à mi-chemin entre les cités du delta intérieur du Niger (Djenné, Mopti, Ségou, Tombouctou) et les villes plus proches de la forêt (Bou na et Kong). lIn grand nombre 'de produits y étaient échangés: du nord venaient des chevaux, des bandes de coton, du bétail et du sel. Au sud, les marchands s'approvisionnaient en fusils, en produits de quincaillerie d'importation européenne, en noix de cola en transit pour les métropoles du nord28. L'arrière-pays fournissait par ailleurs quelques produits artisanaux (ferronnerie, outils en fer) et surtout des esclaves razziés par les chefs de guerre de la région. Enfin, au XIXe siècle, la mise en place d'un système de commercialisation de l'or du Lobi joua en faveur de Bobo-Dioulasso, qui, avec Bouna et Bondoukou devint l'un des principaux marchés de la région29. L'important groupe de commerçants chargé de ces affaires était en relation constante avec l'aristocratie guerrière locale qui commandait dans la ville
J. ORF., 5-8/10/1891. Monteil, De Saint - Louis à Tripolipar le lac Tchad: voyage au travers du Soudan et du Sahara, Paris, Felix Acan, 1894-1895. Hull R.W., African cities and towns before the european conquest, New-York, W.N. Norton and Co, Inc., 1976, pp. 10-12. Coquery-Vidrovitch, op. cit., 1992, pp.29-30. Mabogunje, op. cit., 1968, p.35. Rayfield J.R., "Theories of urbanization and the Colonial City in West Africa", Africa, London, vol. XLIV, 1974, pp.163-185. Binger, op. cit., p. 370, Kodjo, op. cit., pp,379-382, Bernus E., « Kong et sa région », Eudes éburnnéennes, VIII, Abidjan, 1960, pp.249-256, Sécurité relative qui dépendait de la conjoncture politique et militaire locale, Dacher, M., Histoire du pays gouin et de ses environs, Découvertes du Bukina, Sépia, ADDB, Paris, Ouagadougou, 1997, p, 83. Kodjo, op. cit., p, 508, 662. La noix de cola sert à la fois de monnaie, de produit d'échange, de stimulant et d'excitant autorisé par l'islam, Les deux tiers des marchandises du nord et de la région (sel, ferronerie, tissus) étaient échangés contre de la cola à Bobo-Dioulasso selon Binger, op. cit., p, 372. Perinbam M" "The political organization of traditional Gold Mining; the western lobi, c, 1850 to c. 1910". J.A.H., 1988, vo129, n° 3. p. 462.

23.
24.

25, 26,

27. 28.

29.

34

De la fondation

africaine

à la ville

coloniale

plusieurs centaines de sofa et qui protégeait les caravanes sur les routes. Commerçants et chefs de guerre avaient également fait appel à des artisans pour leurs besoins personnels (tisserands pour les vêtements, forgerons pour les harnachements de chevaux et la fabrication des fusils par exemple)3°. Enfin, plusieurs lignages spécialisés dans l'enseignement du coran appelés en dioula karamogow (littéralement « ceux qui enseignent») s'occupaient des affaires religieuses de l'aristocratie militaire31. Les contacts répétés entre les commerçants et les populations locales conduisirent à la « dioulaïsation »32des aristocraties guerrières de Bobo-Dioulasso.
3. L'organisation de l'espace urbain

Les logiques d'organisation de l'espace se perçoivent à partir du plan dessiné par Binger en 1887, dix ans avant la conquête française (carte 2). La ville était séparée en deux par le marigot Oué. Sur la rive gauche, se trouvaient deux villages et un quartier33. 1) Tounouma (village de Bobo d'après Binger) abritait principalement des paysans bobo mais accueillait aussi des karamogow depuis le XVIIe siècle (par exemple les Diabi-Kassemba venu de Samatiguila au nord ouest de la Côte-d'Ivoire actuelle) ainsi que des chefs de guerre34. L'exemple le plus connu est celui du chef de guerre Zelelou Sanou, qui contrôlait en 1895, avec un puissant marchand de Kong, Sabana Ulé, le commerce de chevaux pour le compte de l'armée de Samori35. 2) Kibidoue(le « villagedu chef Bobo et Dioula» pour Binger) devint la garnison et le lieu de résidence de la nouvelle aristocratie guerrière des Sanou à partir du XVIIIe siècle. Cette aristocratie adopta pour ce quartier un deuxième toponyme d'origine dioula: « Dioulassoba », littéralement « la grande maison des Dioula» bien que ce quartier restât habité essentiellement par des paysans bobo et zara. De fait, cette aristocratie assimila les pratiques sociales et culturelles des chefs de guerre Ouattara36.
30.
31.
Entretien Quimby, d'Emmanuelle Spi esse avec la famille Traore.

32.
33.

op. cit., 1972, p. 20. Ce terme est proposé par Bakary
dioula, ainsi que les pratiques Tounouma,

Traore : il signifie notamment l'apprentissage commerciales du groupe. Traore, op. cit., 1996.

de la langue

Les habitants et les chercheurs locaux continuent
Dioulassoba, Kunima

villages principalement en eux, nous conservons cette expression pour ces quatre villages tout en sachant qu'ils regroupaient une population diversifiée de marchands, de guerriers, d'artisans, de sofa et de karamogowdés le Xlxesiècle. Sanou B., Commune de Bobo-Dioulasso,Les racines du futur, éd. du CAO, 1996, pp. 27-35.

de dire que les quatre villages d'origine, et Bindougousso demeurent aujourd'hui encore des raison du maintien des anciennes institutions villageoises. Comme

34. 35,
36.

fut un chef de guerre qui s'opposa militairement à la conquête de l'Afrique de l'ouest par les Français de 1885 à 1898. « Les Bobo-Dioula n'étaient pas des guerriers. Ce sont les Ouattara qui leur ont appris à faire

avec Yacouba Kassemba. Persan, op. cil., 1990, p. 1878. Samori
Entretien

la guerre, à

monter

surle cheval, à tirer au fusil, à manier lesabre». Entretien

avec Amadou

35

De la ville coloniale à la cour
Carte n° 2 : Bobo-Dioulasso vue par Binger (1888)

africaine

Carte n° 3 : Ouagadougou

vue par Binger (1888)

Source:

Croquis

réalisé

par Binger,

op. cit, 1892, pp. 369 et 397.

Diakité. Pour B. Traore, l'aristocratie Sanou adopta simul-tanément un type de scarifications faciales et ventrales, développa des sociétés de masques et des manifestations de danse particulières. Traore, op. cit., 1996, p. 308.

36

De la fondation

africaine

à la ville coloniale

3)

Elle se distingua du reste de la population en mettant dépendance des captifs qui adoptèrent son patronyme37. Enfin, Farakan (le village de l'imam selon Binger) se constitua

sous

sa

au début

du

XIXe

siècle. La multiplication

du nombre de commerçants

au XVIIIe

siècle, provoqua la migration à Bobo de lignages karamogow (Kassemba, Fofana, Sanogo) dont la survie dépendait en partie des cadeaux que leur faisaient les commerçants dioula38. A la fin du XVIIIe siècle, la famille Sanogo s'installa à l'écart pour pouvoir prier tranquillement39. Non loin de Dioulassoba, les frères Seydou et Ibrahim Sanogo ouvrirent une école coranique et construisirent une petite mosquée en 1820. Autour de ce noyau qui attira quelques familles autochtones, se constitua Farakan que Binger appelle, en 1887, le village de l'imam40. C'est à proximité de ce quartier musulman que Sakedi Sanou, un imam du pays élevé par la famille Sanogo, fit construire en 1894 la grande mosquée de la ville sur le site d'une forêt où les Zara faisaient auparavant des sacrifices. Sur la rive droite, se trouvait, à l'écart des autres quartiers, le village de Kunima peuplé essentiellement de paysans bobo et zara au XIXe siècle (Kuminé pour Binger). Le centre de la nouvelle ville était surtout constitué par ce que Binger appelle le « village des Dioula de Kong» et le « village des Marraba et des Sonninké». Effectivement, le quartier regroupait une garnison de sofa Ouattara et plusieurs lignages marchands installés probablement depuis le début du XVIIIe siècle pour représenter les intérêts des familles des autres villes de la région41. Ces réseaux de parenté servaient de cadre à la vie commerciale. L'essentiel du grand commerce (cola, tissus, fusils, or, sel) passait par les cours des diatigui, littéralement les « maîtres de l'hospitalité ». Comme dans beaucoup de cités dioula, ces derniers servaient de courtier et de banquier aux marchands de passage et leur cour était fréquemment transformée en entrepôt42. Ces diatigui, appartenaient aux lignages marchands installés à Kombougou et aux aristocraties guerrières locales de Tounouma et Dioulassoba. Bakary Traore a ainsi recensé pour la ville une vingtaine de clans dont la plupart étaient
originaires de Kong (Barro, Cisse, Coulibaly, Dianokho, Dao, Diaé, Diassarouba,

37. 38. 39. 40.

Traore, op. cit., 1996, p. 447. Diallo S., L'évolution de /'islam à Bobo-Dioulasso, des origines à la crise de la communauté musulmane de 1973, Maîtrise d'histoire, Université de Ouagadougou, 1991, p. 20. Entretien avec Bassory Ouattara. Diallo, op. cit., 1991, p. 22. Cette interprétation rejoint celle de Traore, op. cit., 1996, pp.779-784 et celle d'Alice Tiendrebeogo, Bobo-Dioulasso avant l'arrivée des Français, maîtrise d'histoire, Université de Ouagadougou, 1979, pp. 94-95. La date de la création de ce quartier varie du XVIIIe (Traore, op. cit., 1996, p. 255 et p. 296) au Xlxe siècle (entretien avec Bassory Ouattara). Ainsi fonctionnaient les cités dioula de Kankan, de Bouna, de Bobo-Dioulasso, de Kong. Goerg, op. cit., 1986, pp.194-195, Boutilier, op. cit., pp.303-305, Traore, op. cit., p.430. Kodjo, op. cit., pp. 580-584.

41. 42.

37

De la ville coloniale

à la cour africaine

se regroupèrent principalement, mais pas uniquement, dans le quartier Kombougou. Par ailleurs, dès le XVIIIe siècle, un autre grand réseau de marchands de l'Afrique occidentale, les Hausa, se développait à l'ouest de leur aire commerciale traditionnelle (régions de l'actuel Nigeria du Nord) en investissant les grands marchés dioula (Bouna, Bondoukou, Kong, Bobo-Dioulasso, Djenné)44. Au XIXe siècle, plusieurs familles hausa originaires du Katsina (Nigeria) résidaient à Bobo-Dioulasso, à proximité du quartier des Dioula de Kong. La plupart d'entre eux avaient adopté la langue dioula pour mieux s'intégrer aux affaires de la cité45. Enfin, des lignages d'éleveurs peul originaires de la région de Ségou (Soudan) et des marchands mossi s'installèrent également sur la rive droite au Xlxe siècle46. A proximité immédiate de ce quartier très cosmopolite se trouvait le quartier des sofa de Kombougou (appelé par Binger « village des Marraba et Soninké », déformation probable de sonangw) avec lesquels les commerçants étaient en constante relation (besoin d'escortes armées en périodes d'insécurité, principaux fournisseurs de captifs). Chacun de ces quartiers avait sa propre organisation socio-spatiale. Les villages bobo (Dioulassoba, Tounouma, Kunima, Bindougousso) étaient fondés sur des relations interlignagères où les deux premiers lignages étaient considérés comme les responsables du village47. En revanche, l'organisation interne de la garnison de Kombougou était calquée sur le modèle de l'armée Ouattara en campagne. Les sofa se répartissaient dans le quartier selon leur appartenance aux trois corps d'armée. Le centre, commandé par les descendants de Famagan, concentrait les troupes de fantassins. L'aile droite et l'aile gauche formaient la
cavalerie48.

Saganogho, Toure, Traore, etc.)43. Ces familles

Le quartier Kombougou était finalement au cœur de la nouvelle organisation urbaine. Un grand marché s'y tenait tous les cinq jours alors que le petit marché quotidien, destiné à la vente des produits vivriers, se maintenait sur la rive gauche (à proximité de Dioulassoba)49. Le principal marché aux esclaves de la région se trouvait également à Kombougou précisément parce que la ville mettait en contact de nombreux lignages marchands, plusieurs chefs de guerre et des centaines de sofa des garnisons de la ville, dont la principale activité était le pillage et la prise de captifs. L'alliance de l'armée et du commerce était donc l'une des bases économiques de la région et de la ville de Bobo-Dioulasso au XVIIIe et XIXe siècles. Ce fonctionnement n'avait rien d'exceptionnel dans la région. Il était celui des royaumes voisins de Kong, de Ségou ou de la théocratie
43. 44. 45. 46. 47. 48. 49. Ce chiffre n'est pas négligeable, mais c'est beaucoup moins que Kong où les historiens ont recensé de 55 à 120 patronymes différents. Traore, op. cit., 1996, p. 586. Mahdi A. B. M., The Hausa Factor in West African History, Ahmadu Bello University Press, Oxford University, Zaria, Ibadan, 1978, pp. 143-150. ibid., pp.156-159. Entretien avec Amadou Diakité. Le Moal, op, cit., p. 69. Traore, op. cit., 1996, pp. 300-302. Toure Y., L'économie d'échange et son influence sociale à Bobo-Dioulasso à la fin du XIX. siècle et au début du XX. siècle (1870-1920), maîtrise d'histoire, Université de Nantes, 1974, 90 p.

38

De la fondation

africaine

à la ville coloniale

d'El Hadj Omaro. La différence était plus liée au fait que les chefs Ouattara et Sanou n'avaient pas la puissance d'un El Hadj Omar, d'un Samori ou d'un Tieba Traore (roi du Kenedougou).

B. Ouagadougou, développement et organisation d'une cité royale
L'histoire de Ouagadougou peut être plus facilement retracée grâce aux traditions orales élaborées par les généalogistes du Moogo Naaba qui furent recueillies par plusieurs chercheurs. D'après ces récits, on distingue deux périodes principales: aux XVIe et XVIIe siècles, les Mossi s'installèrent dans le bassin de la Volta blanche et la cour de Ouagadougou se déplaçait dans tout le pays moaga (singulier de mossi). A partir du XVIIIe siècle, les Moogo Nanamse (pl. de Moogo Naaba) se sédentarisèrent à Ouagadougou. 1. Une cour itinérante
(Xve - XVIIIe siècles)

les Mossi de la boucle du Niger des XIII-XVe siècles de ceux de la boucle de la Volta blanche dont l'installation remontrait seulement à la Michel Izard dissocie fin du XVe siècle. Les premiers, appelés militaire concerne l'intérieur de la boucle entre 1250 et 1575 environ51. L'histoire royaumes nakombse du nom du peuple

Mossi septentrionaux et dont l'activité
du Niger ont une histoire qui se situe des Mossi méridionaux, appelés aussi guerrier venu du sud, du royaume du

Gambaga (Ghana actuel) ne remonterait, qu'à la seconde moitié du XVe siècle52. Le XVIe siècle fut une période de conquêtes. Les nakombse s'imposèrent
aux populations paysannes autochtones Burkina Faso et fondèrent plusieurs (Fulse, Kinsi, Yonyonse...) royaumes (Ouagadougou, de l'actuel Yatenga,

Tengodogo,

Fada N'Gourma). Les frontières extérieures

du royaume de

Ouagadougou se stabilisèrent sous Naaba Kumdumye(1540 -1567), pour ne plus se modifierjusqu'au XIXe siècle. L'étendue même du royaume imposa à ce
Naaba de placer ses fils dans les régions susceptibles d'échapper à son contrôle. Ce faisant, ces derniers établirent un pouvoir régional qui échappa progressivement au souverain. Simultanément, les souverains continuèrent de mener des opérations militaires contre leurs voisins. Aussi, de Naaba Wubri (1495-1518) à Naaba Koabga (1681-1695), les résidences royales furent-elles

50.

Green K.L., The foundation of Kong: a study in Oioula and Sonongui Ethnic Identity, Indiana University, Ph D., 1984. Roberts L.R., Warriors, Merchants and Slaves: the State and the

51.
52.

Economy in the Middle Niger Valley, 1700-1914, Standford, Standford Izard M. Introduction à l'histoire des royaumes mossi, Recherches CNRS, Ouagadougou CVRS, 1976, p 70.

University

Voltaïques,

Press, 1987. n° 12, Paris,

Izard réfute les chronologies de Delafosse, de Tauxier et de Tiendrebeogo qui situent la fondation des royaumes mossi aux XIe ou XIIe siècle et font des chefs mossi les responsables

du sac de Tombouctou en 1337. Izard, op. cit.,

1976,

pp. 70-138.

39

De la ville

coloniale

à la cour

africaine

situées, le plus souvent à proximité des opérations militaires. Si ce déplacement de la cour correspondait au désir de chaque Naaba de s'affranchir de l'âme des ancêtres de leur prédécesseur53, il semble que des préoccupations militaires et stratégiques guidèrent assez souvent la localisation des résidences royales. Ouagadougou eut quelquefois le privilège d'être, au XVIIe, lieu de résidence royale (notamment Naaba Yadfo 1620-1661) mais la ville ne devint l'élue définitive du Moogo Naaba qu'au XVIIIe siècle avec Naaba Zembre (17441784 )54.Aucune tradition ne donne les raisons pour lesquelles leur résidence se fixa à Ouagadougou. L'étymologie est elle-même sujette à discussion. Les multiples sens donnés à ce toponyme figurent dans le travail de Lassina Simpore55. Selon lui, trois thèses principales s'affrontent pour la paternité du nom. Il pourrait s'agir d'un nom de marché prédagomba (précédant la conquête des nakombse). La version
officielle

de la cour affirme au contraire que le nom fut prononcé pour la première

fois par Naaba Wubri (1495-1518), fondateur de la dynastie. Celui-ci, bien accueilli par les populations du lieu, aurait donné le nom de Wogdogo qui
respect en moré (la langue des Mossi). Enfin, les linguistes ont donné différentes signifie-cations: « résistances à l'invasion des mossi», « zone
signifierait

découverte», ou « respect». La ville devint un lieu privilégié des tombeaux des souverains mossi à la fin

du XVIIe siècle sous Naaba Zanna (1693-1702). Aux XVIIIeet XIXesiècles, tous les Moogo Nanamse56 se firent enterrer à Ouagadougou, même s'ils n'y avaient
pas résidé toute leur vie (Naaba Warga 1737/1744), même s'ils n'y étaient pas

morts

(Naaba

Ruulgu

1796/1825)57. La sédentarisation

des

rois fut

paradoxalement initiée par un Moogo Naaba particulièrement nomade, Naaba Warga (1737-1744) qui occupa successivement sept résidences. Simultanément, il institua un conseil du roi composé de tous les chefs locaux qui se réunissaient chaque matin au palais. Dès lors, les Moogo Nanamse se déplacèrent beaucoup moins souvent, au point de ne plus pouvoir sortir de Ouagadougou à la fin du
XIXe

siècle. L'histoire des Nanamse est consubstantielle de l'histoire du
et XVIIe de l'ordre politique

Moogo

:

chefs militaires n campagneaux XVIe e
garants

aux XVIIIe

siècles,ils devinrent davantage et XIXe siècles. A la première période

correspond cette multiplicité des résidences royales, à la seconde correspond la fixation à Ouagadougou du lieu de résidence de tous les MoogoNanamse. Naaba Warga entreprit par ailleurs des réformes politiques décisives. Il renforça le pouvoir central en développant considérablement un appareil de cour qui sédentarisa la résidence royale. Ouagadougou devint effectivement capitale permanente des chefs mossi avec Naaba Zembre (1744-1784), le successeur de
53.
54. 55. 56. 57. Izard, M., L'Odyssée du pouvoir. Un royaume africain: État, société, destin individuel, Paris, éd. de l'EHESS, 1992, p.13. Tiendrebeogo, op. cit., 1964, p. 34 Simpore L., Sites et monuments de Wogdogo, Maîtrise histoire, Université de Ouagadougou, 1992, pp. 76-84. Naaba Sagha est le seul souverain postérieur au XVIIIesiècle à ne pas se faire enterrer à Ouagadougou, mais à Dimkieta à 8 kilomètres de la capitale. Tiendrebeogo, Y., op. cit., P 42. Simpore, op cit., 263 p.

40

De la fondation

africaine

à la ville coloniale

Naaba Warga58. Le royaume moaga du Yatenga subit la même transformation dans la première moitié du XVIIIesiècle59. Enfin, la ville devint lieu d'intronisation du Moogo Naaba à la fin du XVIIie,sous Naaba Sagha I (1791-1796). Ainsi, la ville à la fin du XVIIIesiècle accueillait-elle les deux principaux rites de passage de la royauté: l'intronisation et les funérailles. Tout porte à croire que Ouagadougou était une ville relativement neuve en Afrique de l'ouest, puisque son développement daterait de la sédentarisation de la cour au milieu du XVIIIe siècle. Les premiers explorateurs européens imaginaient trouver une capitale plus prestigieuse, à l'image de la réputation des royaumes mossi en Afrique de l'ouest. Le Capitaine Binger en 1889, le Docteur Crozat en 1891 s'étonnèrent de son caractère rural et de son architecture villageoise (carte n° 3)60. En réalité, Ouagadougou était, à l'image des nombreuses bourgades de l'Afrique du XIXesiècle, marquées par l'importance relative des activités agricoles et pastorales intra-urbaines, et par la dispersion des quartiers, regroupés par appartenance ethnique et peu densément peuplés61. En fait, s'attacher à ces caractéristiques revenait à nier l'urbanité des villes africaines. Cette appréhension dura longtemps pour Ouagadougou. L'idée qu'elle n'était qu'un village avant la conquête et parfois même durant l'époque coloniale reste une évidence dans certains travaux, ainsi que pour une certaine élite formée à l'école française62. Or Ouagadougou n'était ni un « gros bourg moyenâgeux »63et ses habitants au XXe comme au XIXesiècle n'avaient pas

« avant tout une culture rurale »64. En réalité, dès le milieu du XVIIIe siècle,
Ouagadougou était devenue une ville de cour dans laquelle les Moogo Nanamse s'emparèrent du contrôle de la terre pour organiser l'espace de la ville. 2. L'organisation royale de la ville (XVllle-XIXesiècles) Cette organisation de l'espace développée à partir de Naaba Warga et Naaba Zembre fut marquée non par une architecture urbaine spécifique mais par une spécialisation fonctionnelle des quartiers, par un agencement réfléchi des places et lieux de représentation, par une organisation stratégique de toute la ville. La faible diversité du décor urbain (constructions rondes en terre ou en nattes, quelques constructions carrées à toit plat pour les notables, palais rudimentaire pour le Moogo Naaba), cachait aux yeux des explorateurs et des

58, 59. 60. 61. 62. 63.

Tiendrebeogo,

op. cit., 1964, p. 34.

Izard, op. cit., 1992, p.13. Le Yatenga est un autre royaume moaga situé au nord du royaume de Ouagadougou. Binger, op. cit. pp. 459-460. Crozat, op. cit. Coquery-Vidrovitch, op. cit., 1992, p. 242. Entretiens avec Samuel Doamba, Bougouraoua Ouedraogo, Moise Allasane Traore. Poussi, M., « Ouagadougou, capitale de la Haute-Volta. Esquisse historique et sociologique», Notes et Documents voltaïques, juillet-décembre 1975, 8 (4), CVRS, Ouagadougou, pp 26-28.

64.

Deverin-Kouanda, E., Le corps de la terre, Moose de la région de Ouagadougou: représentation et gestion de l'environnement, Thèse de géographie, Université de Paris l , 1992,3 I., p. 111.

41

De la ville coloniale à la cour

africaine

premiers administrateurs une forte spécialisation des zones urbaines dissociées en quartiers de serviteurs, de dignitaires, de commerçants et d'artisans.

Héritage des

XVIe

et XVIIesiècles, la cour continuait de se déplacer à

chaque intronisation d'un Moogo Naaba. Effectivement, les rois se faisaient enterrer le plus souvent dans la concession de leur palais. Dès lors, le Naaba qui entrait en fonction faisait construire une nouvelle résidence pour ne pas avoir à s'installer sur les tombeaux de ses ancêtres. A partir d'enquêtes orales, Lassina Simpore, a réussi à localiser dans Ouagadougou 14 sépultures royales du XVIIe au XXesiècle. Nous avons cartographié ses résultats (carte 4). D'après ces enquêtes, les premiers rois (Naaba Yandfo, Naaba Warga, Naaba Guirga) s'installèrent à proximité du quartier des premiers habitants: les Yonyonsé de Wogdogo et de Mankugdu65. Ceux-ci contrôlaient l'attribution des terrains cultivables et d'habitation et se chargeaient des enterrements. Si ces autochtones furent soumis par les nakombse, le pôle du sacré resta entre leurs

mains. Ces prêtres furent utilesaux conquérants qui s'installèrentà leurs côtés66.
Une certaine approche anthropologique a fait des États mossi des royaumes dépourvus de fondements économiques67. Nous suivrons pour notre part les analyses de Assimi Kouanda qui estime que les royaumes mossi en formation eurent très tôt besoin d'une ouverture sur le monde extérieur notamment sur les villes du Niger (Tombouctou, Mopti, Djenné, Say, Gao)68. Les premiers commerçants yarse, peuple probablement d'origine mandé, s'installèrent au Moogo au XVIe siècle et approvisionnèrent le royaume en produits du nord (bétail, sel) et du sud (tissus, colas, fusils européens). Garanties et privilèges leur furent accordés, leurs biens protégés et leurs caravanes escortées. Ouagadougou, simple relais entre le nord sahélien et le sud forestier fixa le premier quartier yarga (sing. de yarse) à proximité du marché probablement vers le milieu du XVIesiècle69.

65.

66. 67.

68. 69.

L'étymologie du mot yonyonsé est inconnue. Il s'agit du groupe qui occupait l'actuel pays moaga à l'arrivée des nakombse. Pageard, R., « Recherches sur les Nioniose », in Etudes voltaïques, Mémoire, n° 4, Centre Ifan, Orstom, Ouagadougou, 1963, pp. 5-71. Entretien du 16/8/1997 avec Dipama Georges Pamithwumba, responsable coutumier de Mankugdu. Pour Michel Izard, ce pouvoir politique fort n'a pas élaboré de réflexion économique. Y Deverin-Kouanda estime que les marchés précoloniaux du Moogo n'ont pas pour principale fonction l'échange tout en affirmant que ces échanges échappent au pouvoir politique qui ne s'y intéresse guère. Deverin-Kouanda, op. cit., 1992, pp.594-599. Izard, op. cil., 1985, pp 561-562, Kouanda A. Les Yarse : Fonction commerciale, religieuse et légitimité culturelle dans le pays moaga, Thèse de 3e cycle, Université de Paris l, 1984. Il s'agit du quartier Zogona dont l'étymologie est encore une fois mal connue. Kouanda, op. cit., pp.101-103, 126.

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