DEMAIN LA BOSNIE

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Ce livre rend compte d'une enquête conduite en Bosnie-Herzégovine en mai 1998. Il montre comment les Bosniaques des trois communautés voient leur avenir. Au travers de nombreux entretiens avec des personnalités civiles indépendantes et des " gens " des bourgs et des villes, il analyse les chances de la réconciliation et les risques de la partition définitive. Des hommes et des femmes se battent, de plus en plus nombreux, sur le terrain pour la Démocratie, la tolérance, l'harmonie entre les communautés.
Publié le : jeudi 1 avril 1999
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EAN13 : 9782296375277
Nombre de pages : 176
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Demain la Bosnie

Du même auteur (direction) :
Opérations des Nations Unies - Leçons de terrain Cambodge, Somalie, Rwanda, ex-Yougoslavie Collection "Perspectives Stratégiques" Fondation pour les Etudes de Défense La Documentation française, 1995

Dernière guerre balkanique? Ex-Yougoslavie Témoignages - Analyses - Perspectives

Fondation pour les Etudes de Défense L'Harmattan, Collection "Aujourd'hui l'Europe", 1996

Mes vifs remerciements vont: - à Madame Pascale DELPECH, mon interprète en serbocroate pendant mon commandement onusien. Elle fut bien davantage qu'une interprète pour cette enquête, participant très activement à sa préparation et à son exploitation. - à Madame Marylène PION, qui a dactylographié le texte et mis le livre en page, avec une rare compétence.

@L'Harmattan,

1998

ISBN: 2-7384-7200-1

Général Jean Cot

Demain la Bosnie

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan INC 55, rue Saint Jacques Montréal (Qc) - CanadaH2Y IK9

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Sommaire
1ère partie - Synthèse
Introduction

1. La guerre 2. La réconciliation 3. La vie 4. La politique 5. La Communauté internationale Conclusion

11 15 23 29 35 43 48

2ème partie - Entretiens et conversations
Introduction Entretiens Entretien avec M. Kovac Entretien avec Mme Grebo-levtic Entretien avec M. Sliskovic Entretien avec M. Srdjan Dizdarevic Entretien avec M. Udovicic Entretien avec M. Cicak Entretien avec M. Bajramovic Conversations en Bosnie centrale Conversations en Herzégovine Conversations en Bosnie orientale serbe Conversations à Sarajevo 55 59 61 65 71 77 85 91 97 103 119 139 161

1ère partie Synthèse

Introduction
L'enquête que rapporte ce livre a été initiée par le ministère de la Défense. Elle fait suite à une autre, analogue, faite en octobre 1996 et portant sur L'avenir du processus de paix en Croatie et en Bosnie-Herzégovine.

Elle a pour but de mettre en lumière les représentations que les Bosniaques des trois communautés se font de leur avenir. Elle s'est attachée à recueillir en priorité les réactions et les opinions de ce qu'il est convenu d'appeler "les gens". Elle est donc un regard concret sur l'état d'esprit des populations, spécialement en ce qui concerne les chances de la réconciliation ou les risques de la partition définitive, au milieu de l'année 1998. Choix des interlocuteurs Nous avons considéré que ce travail n'aurait pas une valeur ajoutée significative pour deux catégories d'interlocuteurs: les organisations internationales d'une part (SFOR, ONU, OSCE, ONG, etc.), les autorités locales à tous les niveaux (Municipalité, Canton, Entité, État) d'autre part. Dans les deux cas en effet, les positions sont connues par les décideurs concernés aussi bien que par les observateurs avertis. Par ailleurs, les rencontres avec les Maires et les Conseils municipaux que nous avions eues en 1996 avaient surtout mis en évidence l'alignement total de ces instances sur les pouvoirs centraux et les partis dominants ainsi qu'une grande aptitude à l'usage de la "langue de bois".
Nous avons en revanche porté une attention exclusive aux "gens", terme générique recouvrant toutes les catégories sociales, du médecin à l'ouvrier, du militant indépendant au petit commerçant. Ce choix est motivé par le constat que rares sont ceux qui

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prennent le temps d'écouter "les gens", même dans la petite cohorte des spécialistes français de l'ex-Yougoslavie. Le peuple oublié?
Or, il paraît utile, pour l'action de la France sur ce théâtre, de pouvoir mesurer l'écart éventuel entre les positions affichées de l'appareil du pouvoir dans les trois communautés et les opinions et réactions du "citoyen moyen" de chacune de ces communautés.

Une connaissance plus fine de l'évolution des opinions publiques devrait aider à affiner la stratégie de la Communauté internationale et de la France en Bosnie. Elle pourrait permettre en particulier de soutenir davantage l'émergence des courants démocratiques pluri-ethniques. Le mérite principal de cette étude, si elle en a un, pourrait être d'apporter une contribution modeste à cette connaissance du citoyen bosniaque dont nous avons voulu "prendre le pouls". Une critique pourrait nous être faite selon laquelle il serait utopique d'imaginer qu'on puisse jouer les peuples contre leurs dirigeants dans un pays où le citoyen n'a le plus souvent pas encore conscience de l'être. On répondra que le pari fou de la Démocratie est justement de croire que le peuple peut et doit prendre en compte son destin, pour autant qu'on l'y aide. On peut aussi objecter que l'action prioritaire de la France, dans l'ex-Yougoslavie en général et en Bosnie en particulier, n'est pas d'y favoriser, contre vents et marées, de véritables démocraties. On répondra que ceci peut se discuter, dans la perspective d'une grande Europe. La France a rarement fait le bon choix en soutenant ici et là, au nom de la stabilité régionale, des personnages et des régimes incompatibles avec ses valeurs démocratiques. Dans l'ex-Yougoslavie, ceci vaut au moins autant pour MM. Tudjman et 12

Milosevic que pour les dirigeants nationalistes bosniaques. Cette enquête, en tout cas, a conforté notre conviction: il n'y aura pas de progrès véritable dans l'œuvre d'apaisement et de réconciliation en Bosnie tant que les pouvoirs nationalistes actuels resteront en place. La Communauté internationale a traité exclusivement avec eux pendant la guerre et pour faire la paix. On peut avancer que nous n'avions alors pas d'autres interlocuteurs. Il y en a aujourd'hui, qui se battent pour rendre crédible une alternative au nationalisme et qui nous supplient, notre enquête le montre, de mieux les entendre, les reconnaître et les soutenir. Thèmes et méthode Nous avons retenu les grands thèmes de l'enquête à partir desquels nous avons établi un questionnaire-type pour nos interviews, évidemment adapté à chaque interlocuteur.
Les chapitres de cette synthèse reprennent chacun de ces thèmes.

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guerre réconciliation vie politique Communauté internationale

La lecture de cette synthèse ne saurait remplacer celle des entretiens et conversations rassemblés dans la deuxième partie. En effet tous ces documents, mais spécialement les conversations, représentent une part de la vérité d'un homme ou d'une femme avec sa charge de résignation ou de révolte, de détresse ou d'espérance.

Nous l'avons dit: nous avons voulu "prendre le pouls" des gens. Or il est difficile, sauf pour un docteur Knock, d'accorder une valeur opérationnelle à un "pouls moyen".

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Ce travail pourra aider le lecteur à "se faire une idée" de la réalité de la Bosnie profonde par la juxtaposition de nos "auscultations" plus qu'au travers de leur synthèse.

1. La guerre
Le bilan de cette guerre n'est pas clos et ne le sera peutêtre jamais. Quelques chiffres cependant, pour la seule BosnieHerzégovine: - 150 000 tués et disparus, civils et militaires, soit 1 sur 30 pour une population de 4 365 000 habitants au recensement officiel de 1991. Ce chiffre équivaut à 2 millions de morts pour la France aujourd'hui; une hécatombe comparable à celle de la Première Guerre mondiale. - 2 200 000 réfugiés (hors des frontières de la RH.) et déplacés (à l'intérieur de ces frontières) soit plus de la moitié de la population totale. Ce chiffre équivaut à 30 millions pour la France. Encore ce bilan ne rend-il pas compte des séquelles terribles de cette guerre, dans les familles des morts, pour ceux qui en gardent des traces dans leur chair, chez les réfugiés et déplacés mais aussi chez ceux qui ont pu rester chez eux et qui ont, comme les autres, vécu dans des conditions de précarité souvent extrêmes, en particulier pour les assiégés des enclaves musulmanes. Au début de l'hiver 1993-1994, 2 700 000 Bosniaques dépendaient à peu près totalement de l'aide humanitaire internationale pour leur survie. Trois ans après la fin de la guerre, on peut constater ces séquelles dans les hôpitaux et les institutions psychiatriques mais aussi, comme nous l'avons fait une nouvelle fois au cours de cette mission, dans les rues des bourgs et des villes. On ne peut qu'être frappé, en effet, par le nombre de gens, souvent jeunes, manchots ou unijambistes, ou encore de ceux qui déambulent, absents aux autres, marmonnant et agitant les mains.
Au-delà de ce constat, il faudrait mieux comprendre comment ont pu se déchirer trois communautés slaves aussi étroitement mêlées, comme le montre le recensement de 1991 et les registres d'état civil, à la rubrique "Mariages" en particulier. Or l'histoire de cette guerre n'est pas encore écrite. Ce qu'on croit en connaître est très déformé par les propagandes. L'opinion la plus répandue, en France et ailleurs, est qu'elle serait l'expression d'une haine très ancienne

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entre ces peuples; guerre d'autant plus barbare que cette haine aurait été refoulée, contenue, par un demi-siècle de titisme.

Si l'on suit cette analyse, il faut logiquement considérer que la réconciliation est impossible et que les efforts apparents déployés par la Communauté internationale ne sont qu'hypocrisies. Notre connaissance du pays est limitée et récente. Elle se fonde sur : - plusieurs missions en Croatie et B.R., à partir du début de 1992, en tant que responsable de la préparation des unités françaises engagées sur ce théâtre; - le commandement de la FORPRONU pendant neuf mOIs; - deux missions, en 1996 et 1998, au profit de la Délégation aux Affaires Stratégiques du ministère de la Défense. - un suivi permanent de la question balkanique depuis sept ans. Insuffisante au regard des exigences de la vérité historique, cette expérience nous permet cependant de nous inscrire en faux contre cette thèse de la haine viscérale et généralisée. Tous les témoignages recueillis montrent que cette guerre n'était pas un conflit inéluctable et incontrôlable mais au contraire une opération politico-militaire préparée de longue date par les autorités civiles et les chefs militaires serbes, qui ont "inventé l'idée que les trois communautés bosniaques ne pouvaient pas vivre ensemble" (Entretien avec S. Dizdarevic - 2ème partie - p. 77) et en ont tiré la conséquence la plus radicale: la purification ethnique. Le scénario de cette purification ethnique fut le plus souvent le suivant: - bombardement, par l'artillerie et les mortiers de l'armée fédérale, des localités à "purifier", afin de terroriser la population, la composante serbe ayant été au préalable temporairement éloignée; - engagement des milices paramilitaires, relevant en par16

ticulier d'Arkan et de Seselj, pour l'exécution des basses besognes: expulsion brutale des "autres", accompagnée de la mise en détention ou de l'assassinat des élites masculines; - destruction systématique des habitations afin d'extirper l'idée même d'un retour. Ce scénario-type pouvait être "adouci" lorsque les communautés à bannir étaient minoritaires dans une localité. On pratiquait alors l'intimidation permanente, le harcèlement administratif, la marginalisation progressive, jusqu'à obtenir le départ par découragement, non sans avoir fait signer auparavant une renonciation aux biens immobiliers et fait payer cher un "ticket de départ". Sans atteindre ce niveau de perversité organisée, on pourrait évoquer des procédés visant au même résultat, mis en œuvre par les autorités croates en Herzégovine et même par les autorités musulmanes en quelques endroits de Bosnie centrale. La responsabilité des dirigeants nationalistes serbes, en premier lieu, mais aussi croates, est donc accablante dans la conception et la mise en œuvre de la purification ethnique. Parce que l'homme est ce qu'il est partout et toujours, c'est-à-dire aussi minable qu'il peut être grand, il est des gens qui, sans être directement impliqués dans la "machine à purifier", ont donné libre cours à leurs instincts les plus bas, ajoutant à la détresse de leurs voisins, jusqu'au viol et à l'assassinat. Nous avons la conviction qu'il s'agit là de comportements "quantitativement marginaux", si l'on ose dire, par rapport à l'ampleur de "l'ignominie planifiée".
On parle beaucoup moins des innombrables hommes et femmes des trois communautés, et spécialement des Serbes, qui ont tenté, souvent au péril de leur vie, de venir en aide à leurs malheureux voisins tracassés, maltraités ou expulsés. Nous en avons recueilli de nouveaux et nombreux témoignages pendant cette mission.

Ainsi de ce Croate s'élevant contre le comportement de la soldatesque à l'encontre d'un voisin musulman, en 1993, à GornjiVakuf. 17

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