DÉMOCRATIE (UNE) POUR TOUS LES BURUNDAIS

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Le 21 octobre 1993, l'espoir de la majorité des Barundi en un gouvernement juste, équitable, préoccupé enfin du bien-être de Tous ses concitoyens, a basculé : Melchior Ndadaye a été assassiné et des massacres intercommunautaires ont été déclenchés. L'impunité des coupables a entraîné fatalement un état de guerre civile auquel le génocide au Rwanda voisin n'est pas étranger…
Publié le : vendredi 1 janvier 1999
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EAN13 : 9782296356054
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Une démocratie pour tous les Burundais

Volume II

Sylvestre NTIBANTUNGANYA

UNE DEMOCRATIE POUR TOUS LES BURUNDAIS
La Guerre « ethno »-civile s'installe (1993-1996) Glossaire des noms cités

L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

<Q L'Harmattan 1999 ISBN: 2-7384-6221-9

I

1. Le président Pierre Buyoya remet les instruments du pouvoir à Melchior Ndadaye, son successeur élu triomphalement président du Burundi, devant la Cour constitutionnelle, le 10 juillet 1993.

-'2. La joie de la victoire partagée; le président Ndadaye félicite l'auteur, son compagnon de route et ami, dans ses nouvelles fonctions de ministre des Relations extérieures et de la Coopération.

Il

3. Les Etats voisins invités à la cérémonie d'investiture du président Ndadaye, le 10 juillet 1993 ; de droite à gauche, le Tanzanien Ali Hasan Mwinyi, le Zaïrois Mobutu Sese Seko, le Rwandais Juvénal Habyarimana et leurs épouses respectives.

4. Une vue de la salle du Palais des Congrès de Kigobe, ce 10 juillet 1993.

III

5. Le premier meeting du FRODEBU au pouvoir, le Il juillet 1993; de gauche à droite: Jean-Marie Ngendahayo, Gilles Bimazubute, Augustin Nzojibwami, Karibwami Pontien, ceints du foulard vert-blanc.

6. A la inême tribune, de gauche à droite: Juvénal Ndayikeza, Cyprien Ntaryamira, l'auteur.

IV

7. Le président Ndadaye participe à la 48èmesession de l'Assemblée générale de l'ONU, le 4 octobre 1993, et salue son secrétaire général Boutros Boutros Ghaîi.

8. Avec Georges Moose, soussecrétaire d'Etat américain chargé des Affaires africaines.

,

9. Le président Ndadaye en compagnie de l'auteur sont reçus au National Press Club

de Washington,lors du mêmevoyageaux Etats-Unis.

v

10. Rencontre avec Ie businessman afro-américain Butler désireux d'installer une usine de torréfaction du café au Burundi.

Il. A la Banque mondiale.

12. Le président Ndadaye et l'auteur rencontrent le premier ministre belge Willy Claes.

VI

13. Le président et Mme Ndadaye Guillet 1993).

14. Le président Ndadaye et l'auteur à New York (octobre 1993).

15. L'année salue son président qui s'envole pour les Etats-Unis (octobre 1963).

VII

16. Des officiers de l'Année bunmdaise transportent dans la cathédrale Regina Mundi de Bujumbura, le 5 décembre, le cercueil du président de la République qui a été assassiné le 21 octobre 1993 par les putschistes.

17. Le catafalque du président Melchior Ndadaye ainsi que sept autres cercueils exposés pour recevoir l'adieu des familles, des compagnons et de la population.

18. Mm~ la présidente Laurence Ndadaye et ses enfants devenus orphelins, aux côtés du premier ministre Sylvie Kinigi, le 5 décembre 1993.

19. Le convoi mortuaire, suivi par la foule, roule vers le Palais du 1er novembre, résidence du feu président Ndadaye où sont inhumés les martyrs du putsch d'octobre 1993.

20. La foule endeuillée suit Laurence Ndadaye et Sylvie Kinigi.

21. Le cimetière des Martyrs de la Démocratie où reposent le héros Melchior Ndadaye et ses compagnons assassinés le 21 octobre 1993.

SIXIEME PARTIE

LE COUP D'ETAT RAMPANT

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Chapitre 15

A la recherche d'un Président de la République "rassurant"
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Panni les représentants du monde présents aux funérailles du Président Ndadaye se trouvait le mauritanien Ahmedou Ould Abdallah, le Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations-Unies au Burundi. Il était arrivé dans le pays depuis près de deux semaines. Sa mission: aider les Barundi, notamment la classe politique, à surmonter les problèmes très éprouvants qu'ils vivaient. En fait, Abdallah remplaçait un diplomate d'origine béninoise, défaillant pour cause de santé. Le diplomate mauritanien était arrivé au moment où des négociations s'amorçaient entre les partis politiques pour doter le pays d'un nouveau Chef d'Etat. Les partis politiques de l'opposition, qui accusaient le FRODEBU "d'avoir commis un génocide contre les Tutsi" et "fait lyncher des Hutu de l'opposition", affmnaient que le FRODEBU n'avait plus la force morale pour prétendre seul diriger le pays. Tous se sont mis dans la course pour le pouvoir. Leur objectif était de parvenir progressivement, par tous les moyens, à évincer le FRODEBU du pouvoir. A peine Ndadaye et ses collaborateurs étaient-ils assassinés, le coup d'Etat, tel que pensé dès sa 'planification, venait-il d'échouer (momentanément), que les partisans d'une certaine hégémonie se lançaient dans la phase rampante du coup d'Etat. C'est dans cette ambiance que le diplomate onusien, homme du désert, venait aider et conseiller "les fourbes et intriguants burundais" montagnards et hommes de la savane dans le processus de remise en place de leurs institutions. Les négociations ont débuté dès la troisième semaine du mois de novembre. D'abord, le Premier Ministre a réuni beaucoup de partenaires politiques et socio-professionnels pour résoudre la vacance de la Présidence de la République, les troubles qui se poursuivaient à travers le pays, les blocages constitutionnels pour la succession du Président assassiné etc...

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Une association s'est d'abord distinguée: le G.A.P.S (Groupe des Associations pour la Paix et le Secours) animé par les évêques Bududira Bernard et Ntamwana Simon, ainsi que d'autres civils comme le Président de la Chambre de Commerce, un dirigeant de la Ligue Burundaise des Droits de l'Homme... Ces personnalités ont engagé les premiers contacts avec le Gouvernement depuis qu'il était réfugié à l'Ambassade de France. Quand l'Ambassadeur Ahmedou OuId Abdallah est arrivé au Burundi, ces contacts se sont multipliés et poursuivis jusqu'à l'Hôtel Club des Vacances. Ils n'étaient pas faciles. La Coalition des Partis Politiques de l'Opposition avait tendance à chauffer son opinion à blanc pour réussir un pari qu'elle s'était fixée: "disqualifier le FRODEBU". Il devenait dès lors difficile de négocier avec un partenaire rejeté dès le début. Parallèlement, une violence sans nom se poursuivait dans le pays, y compris à Bujumbura, où des gens étaient gratuitement tués. Des idées ont même jailli pour demander l'aide de puissances étrangères afin de mettre fin, non seulement à la "rébellion de l'Armée contre les institutions démocratiques ", mais aussi pour protéger les populations innocentes. Il y a même eu des personnalités, très respectables et estimées qui face aux violences, disaient-elles, n'hésiteraient pas à acheter une arme pour leur autodéfense, au cas où elles seraient attaquées chez elles comme cela se passait souvent. C'est à cette période, notamment après l'entrée en jeu des actions violentes de l'opposition organisatrice des villes mortes, accompagnées de l'épuration ethnique à Bujumbura, que beaucoup d'armes sont entrées dans le pays, profitant d'un trafic facile qui se faisait à partir du Rwanda où les grenades, par exemple, se vendaient comme des ananas! Tel est le contexte dans lequel se sont déroulées les négociations destinées à remettre en place les institutions. Le Premier Ministre, madame Sylvie Kinigi, des personnalités du G.A.P.S et quelquefois de l'Armée, même si, officiellement, celle-ci se voulait "en dehors de la mêlée", ont joué des rôles importants dans ce processus. Vers la troisième semaine du mois de décembre, ces négociations paraissaient avancer. Tout le monde était d'accord que le successeur du Président Ndadaye proviendrait du FRODEBU et que le Gouvernement serait formé, en ce qui concerne le partage du pouvoir, dans les mêmes proportions qu'auparavant: la Mouvance Présidentielle aurait 60% des postes ministériels et le reste reviendrait à l'opposition. Le Premier Ministre devait provenir de l'opposition. L'élément nouveau était qu'il devait être proposé par cette dernière. D'autre part, au sein de cette opposition, tous les "leaders" tenaient à être présents dans le Gouvernement. Compte tenu de mes charges de président ad intérim du FRODEBU et de mes fonctions de ministre des relations extérieures et de la coopération, je me suis dit qu'il fallait que je fasse un choix: me consacrer totalement au parti. 8

D'autre part, des tractations étaient déjà en cours, au sein du FRODEBU, pour désigner le candidat à présenter, auprès des négociateurs, comme aspirant au fauteuil présidentiel. Des spéculations allaient bon train. Qui entre Ntibantunganya et Nyangoma, les deux rescapés des leaders historiques du FRODEBU depuis sa création en 1986, allait être proposé pour prendre les commandes du pays? Les militants du FRODEBU et des Forces de Changement Démocratique, ainsi que l'opinion, s'attendaient à ce que je sois l'homme à mettre ou à se mettre en avant. Mais, au cours d'une réunion du Bureau Exécutif que j'ai dirigée vers le 20 décembre, j'ai laissé comprendre à mes amis que je ne pouvais pas, pour des raisons personnelles, entrer dans la course à la Présidence de la République, que je préférais continuer à me consacrer au parti. Personne n'a compris. Ils ont insisté pour que je change ma position. Sans succès. Dès lors il fallait trouver un autre candidat. Tout le monde se regardait. C'est finalement Ngendahayo Jean-Marie qui a proposé Ntaryamira Cyprien. Après beaucoup d'échanges, tous ont accepté cette proposition. L'intéressé a tenté de résister. Mais on ne pouvait pas permettre davantage d'hésitations alors que le temps pressait. J'allais clore la réunion quand deux questions ont été posées. D'abord, Ngendahayo Jean-Marie - toujours lui - a évoqué ce que devait être quand même ma position au sein de la structure étatique. Il trouvait que je ne pouvais pas rester sans position importante dans FEtat, compte tenu de ce qu'il appelait mon "audience" parmi les militants et dans l'opinion. Il a alors proposé que j'aille à l'Assemblée Nationale où je pourrais me porter candidat au poste de président de cette auguste institution. En même temps, il était également arrêté que Sendegeya Christian me rejoigne pour devenir le viceprésident de l'Institution. Pour concrétiser cette mesure, il fallait préalablement que je démissionne de mes responsabilités ministérielles. Nous nous sommes mis d'accord pour que cela se fasse le plus rapidement possible. La deuxième question à résoudre était celle de l'officialisation du candidat à la Présidence de la République que nous venions de désigner. Les statuts du FRODEBU prévoient que le candidat à de telles fonctions doit être proposé par le Comité Directeur et agréé par le Congrès. Il était impossible de convoquer ce congrès compte tenu des conditions sécuritaires prévalant dans le pays. Nous avons alors opté pour l'organisation des Etats Généraux du Parti qui eux pouvaient facilement s'organiser. Ils réunissent les parlementaires issus du FRODEBU, les membres du Gouvernement émanant de ce parti, les gouverneurs de province et administrateurs communaux tributaires du parti et les premiers responsables des fédérations. Tous doivent se réunir autour du Comité Directeur National. Il a été ainsi arrêté que ces Etats-Généraux devaient rapidement se tenir. 9

La date du 2 janvier 1994 a été choisie. Il était prévu qu'en même temps serait organisée une manifestation pour soutenir la venue de la MIPROBU (Mission Internationale de Protection au Burundi). Pour bien préparer tout cela, j'ai décidé de démissionner du poste de ministre des relations extérieures et de la coopération. Je suis allé voir madame le Premier Ministre pour lui en parler avant que je ne le lui adresse la lettre officielle. Elle a compris et accepté ma démission. Quand cela a été annoncé à la radio, l'opposition a cru à des manoeuvres me positionnant pour la Présidence de la République. Au sein du FRODEBU, il y avait des interrogations qui, pour la plupart, ne rassuraient pas. Il fallait expliquer. Nous l'avons fait. Les militants n'ont pas tardé à comprendre. La manifestation que le FRODEBU et les Forces de Changement Démocratique tenaient à organiser le dimanche 2 janvier 1994 était une réponse à une autre que l'UPRONA et les partis de l'opposition avaient organisée quelques jours avant pour refuser la force internationale. Au cours de ces manifestations de l' opposition, l'Ambassadeur Papa Louis Fall, Représentant Spécial du Secrétaire Général de l'O.U.A, avait été sérieusement pris à partie. Les Forces de Changement Démocratique tenaient donc à exprimer une autre opinion, celle-là favorable à laMIPROBU. Le dimanche 2 janvier 1994, le FRODEBU a tenu ses Etats-Généraux. En tant que Président a.i. du parti, j'ai passé en revue la situation politique nationale et l'évolution interne du parti. J'ai rappelé à l'assemblée présente que le parti devait jouer pleinement et efficacement son rôle pour concourir à la recherche de solutions satisfaisantes aux impasses politiques et sécuritaires auxquelles le pays était confronté. A cette fin, il fallait s'assurer d'un bon rédéploiement de ses forces humaines tant pour la gestion de l'Etat que pour ses affaires internes. De là, j'ai demandé aux membres du parti de passer à l'investiture du candidat que le Bureau Exécutif avait proposé pour la Présidence de la République. Beaucoup de questions ont été posées sur les raisons qui m'ont poussé à ne pas me présenter. Des explications ont été données et après acceptation du candidat, il a fallu nous présenter au stade F.F.B où nous attendait la foule des militants qui venaient de participer à la manifestation de soutien à la venue de la MIPROBU. Bansubiyeko Mamès a, le premier, pris la parole. Il a remercié les militants des Forces de Changement Démocratique: le FRODEBU, le R.P.B., le P.P. et le P.L. qui avaient massivement répondu à la manifestation malgré les risques d'insécurité. C'était pour lui et pour nous tous un signe de plus que les Forces de Changement Démocratique, le FRODEBU en tête, étaient là et qu'elles demeuraient une pièce maîtresse dans la définition de l'avenir politique du Burundi. C'est à cette fin, devait-il poursuivre, "que vous voyez toute la crème politique du FRODEBU ici présente. Notre Comité Directeur National, nos parlementaires, nos premiers responsables des Fédérations, nos gouverneurs et administrateurs viennent de se réunir tout au JO

cours de cette matinée pour échanger et prendre des décisions politiques pour l'avenir de ce pays. Je voudrais à cette fin demander au Président du Parti de prendre la parole, nous commenter l'action que nous venons de mener et surtout nous parler, si ce n'est encore un secret, des conclusions auxquelles les Etats-Généraux du parti qui viennent de se tenir ont abouti" Sous les applaudissements nourris de la foule je me suis levé pour prendre la parole. Deux mois et demi après l'assassinat du Président Ndadaye, je me sentais fier de l'oeuvre qu'il nous avait laissée: un FRODEBU vivant, courageux que j'avais devant moi, malgré la tourmente que nous traversions. Pour la deuxième fois je retrouvais ce FRODEBU après l'assassinat de notre héros et fondateur de notre parti. La première fois c'était à Kinama, quelques jours après notre arrivée à l'hôtel où le Gouvemment s'était retranché. Nous y avions organisé un meeting pour nous soutenir mutuellement au vu des drames que nous traversions. Certains d'entre nous, au Comité Directeur, comme Nyangoma Léonard, avaient eu peur de braver l'insécurité. Cela me rappelait ce qui s'était passé le 25 novembre 1993 quand j'avais décidé de sortir de l'hôtel, pas pour aller dans un quartier de Bujumbura, mais pour visiter l'intérieur du pays. Ma conviction était que pendant ces moments difficiles il fallait nous manifester auprès du Peuple Burundais qui avait, plus que jamais, besoin de nous. Ce 2 janvier, Nyangoma Léonard était là. Je l'ai présenté à la foule, le tout premier, parmi les membres survivants du Comité Directeur National qui avaient répondu à ce rendez-vous. Puis j'ai parlé de la MIPROBU. Elle était réclamée par la foule des militants pour rassurer tous ces dignitaires que nous avions devant nous. Ensuite, j'ai entamé le chapitre le plus attendu: celui relatif à la personne qui venait d'être désignée comme candidat du parti à la succession de notre regretté Ndadaye Melchior, à la Présidence de la République. La première chose que j'ai dite était que je n'allais pas révéler son nom," de peur que les caïmans, les crocodiles et autres hippopotames "dont Ndadaye nous parlait comme obstacles dans la traversée de ce fleuve plein de vagues, ne le ravissent comme ils l'avaient fait de Ndadaye lui-même et de beaucoup de ses collaborateurs. Toutefois, j'ai esquissé son portrait, pour qu'à la fin de mon discours, ceux qui connaissaient bien les membres du Comité Directeur National du FRODEBU, ne s'y trompent. J'ai parlé d'un homme fort dynamique, courageux, qui aime et se soucie des paysans notamment les pasteurs et agriculteurs, un homme qui connaît le FRODEBU depuis ses ancêtres BAMPERE et l'U.B.U (Umugambwe w'aBakozi b'Uburundi - Parti des Travailleurs du Burundi), un homme qui, depuis des années, était impliqué, au sein de l'Etat comme dans sa vie privée, à promouvoir les activités agricoles et pastorales. Puis, sans dire à la population de qui il s'agissait, j'ai demandé à Ntaryamira Cyprien de se lever et d'adresser un mot à la foule. Si on avait été encore à l'époque d'une monarchie burundaise j'aurais expliqué ce geste par une préoccupation: le 11

lancement de la grande saison agricole qui commence justement en cette période. Et Ntaryamira Cyprien était ministre de l'agriculture et de l'élevage. Par la suite, j'ai appris que beaucoup s'attendait en ce jour à mon autoproclamation comme candidat. Il y aurait eu énormément de frustration. Dans les quartiers Nord de la capitale, là où se trouvait notre plus grand fief, des militants auraient même ouvertement manifesté leur déception. J'ai reçu effectivement des messages m'exprimant la déception de la population. Je devais donc multiplier les explications. Je le faisais publiquement comme j'utilisais également les petites rencontres en famille notamment chez les cadres et militants les plus influents dans les quartiers de Mutakura, Kamenge, Kinama. La tactique a payé. La presse locale de l'opposition m'y aidait. Beaucoup de ses titres, comme celui-ci :"Ntibantunganya : Le chacal de Gishubi", qui mettait en exergue certaines passes politiques que j'avais pu traverser dans des conditions parfois difficiles, portaient les militants à s'interroger, beaucoup plus dans un sens positif. Le 5 janvier, trois jours après les Etats-Généraux du parti, j'ai convoqué la presse nationale pour rendre public le nom du candidat que le FRODEBU avait désigné pour le poste de Président de la République. Il ne restait alors qu'à entamer les procédures politiques et légales pour avancer vers sa mise en place. La Coalition des Partis Politiques de l'Opposition qui avait préparé ses batteries pour s'opposer à ma candidature, a été déroutée. Le FRODEBU venait de déjouer leur plan diabolique qui visait à prolonger l'attente du pays et de la Communauté Internationale quant à la désignation du nouveau Chef d'Etat. Malgré tout, même si ces partis se disaient officiellement satisfaits de la désignation du ministre de l'agriculture et de l'élevage qui leur paraissait "plus modéré" que moi, ils n'ont pas pour autant renoncé à leurs actes de violence et de déstabilisation. Le 6 janvier, des troubles étaient organisés à Bujumbura lors d'une "ville morte", prétendument destinée à protester contre les massacres qui avaient lieu dans l'arrière-pays. C'était plutôt une véritable mobilisation meurtrière de la jeunesse Tutsi dans des actions violentes qui n'allaient plus s'arrêter et qui devaient aboutir à la purification de la ville de Bujumbura de sa population Hutu. Pour tenter d'endiguer ces violences, le Gouvernement avait émis une quinzaine de mandats d'arrêt à l'endroit de certains dirigeants de l'opposition dont le docteur Rugambarara Alphonse et Hitimana Mathias, Nzigamasabo Salvator et beaucoup d'autres. Mais ces mandats n'ont eu aucun effet. Le Parquet Général de la République qui devait les exécuter n'a pas daigné le faire. Y-avait-il complicité ou vice de procédure? En tout cas, cela a fortement entamé l'autorité du Gouvernement déjà assailli de toutes parts. Toutefois, de grands pas étaient faits dans le processus de désignation du 12

Président de la République. Le 13 janvier, l'Assemblée Nationale était réunie dans une session extraordinaire pour procéder à l'amendement de l'article 85 de la Constitution afin d'ouvrir une voie légale pour l'élection, par le parlement, d'un nouveau Chef d'Etat. L'amendement voté indiquait que "Par dérogation à l'article 61, le nouveau Président est élu au scrutin secret par l'Assemblée Nationale à la majorité des deux tiers des membres composant l'Assemblée. Le candidat est présenté dans un délai qui ne doit pas être inférieur à un mois et supérieur à trois mois depuis la constatation de la vacance, par le parti vainqueur des dernières élections présidentielles ou par le Gouvernement lorsque le précédent Président s'était présenté en qualité d'indépendant. Si ce candidat n'obtient pas la majorité, un second scrutin est organisé dans un délai de quinze jours. Le même parti ou le Gouvernement, selon le cas, présente un candidat,. le Président est élu à la majorité absolue des membres composant l'Assemblée Nationale. Le dossier du candidat est transmis au Président de l'Assemblée nationale au plus tard vingt-quatre heures avant la séance fixée pour l'élection". L'amendement précisait également les documents que le candidat devait fournir. Enfin, "le nouveau Président achève le mandat en

cours Forte de cet amendement l'Assemblée Nationale a élu Ntaryamira Cyprien à la Présidence de la République. Ce dernier a recueilli 78 voix favorables sur 79 votants! Il ne restait alors qu'à investir le nouveau Président. L'événement a été retardé par des discussions interminables entre les partis politiques sur la façon il fallait désigner le Premier Ministre. Les partis politiques de l'opposition tenaient à ce qu'il soit clairement dit qu'ils devaient eux-mêmes le désigner alors que pour les autres la seule précision était qu'il devait provenir de l'opposition. Il en était de même pour le Gouvernement dont les partis politiques de l'opposition tenaient à désigner les membres en provenance de leurs rangs. L'opposition qui manquait d'arguments convaincants pour faire adhérer les autres partenaires à ses points de vue a renvoyé alors le débat sur le terrain de la violence, dans la rue. Le 31 janvier, ces partis ont lâché des groupes de jeunes Tutsi, partisans de la "ville morte", pour bloquer le trafic dans la ville de Bujumbura. Deux jours après, la ville restait paralysée sans que les forces de l'ordre ne bougent pour mettre au pas ces hors-la-loi. C'était, pour ces perturbateurs de l'ordre, une sorte d'encouragement. Ainsi, le 4 février, les violences se poursuivaient sous forme d'affrontements politico-ethniques, sous le nez des forces de l'ordre. Beaucoup de gens, d'ethnie Hutu, y ont perdu la vie, emportés par les actes des groupes criminels de "Sans échec" et de "Sans-défaite" existant depuis quelques années, mais que l'opposition avait récupérés pour en faire ses milices. En même temps que ces massacres se perpétraient, les leaders des partis politiques discutaient toujours, sous la haute surveillance du chef de l'Etatfl.

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Major Général de l'Armée, le lieutenant-colonel Bikomagu, et le regard des évêques Bududira Bernard et Ntamwana Simon, le dossier de l'investiture du Président. Les négociations n'avançaient pas. Les partis politiques de l'opposition donnaient l'impression de ne rechercher que le chaos. Les pourparlers se sont poursuivis jusque tard dans la nuit, vers 1 heures. Hitimana Mathias, Rugambarara Alphonse et un représentant du RADDES (Nzeyimana Joseph ou Cyrille Sigejeje) qui se trouvaient sous la pression de "leur base", cherchaient à gagner du temps. Ils évoquaient le besoin de disposer de quelques jours supplémentaires pour remettre de l'ordre dans leurs troupes. Ils avouaient par là qu'ils se trouvaient à la base des mouvements et actions meurtrières qui se déroulaient dans la ville. Le chef d'Etat-Major Général de l'Armée, le Lieutenant-Colonel Bikomagu, savait ou constatait peut-être que ces petits partis, soutenus par certains éléments de l'Armée, exagéraient. A la sortie de la salle des conférences de l'hôtel, il s'est arrêté, juste à la porte, et a mis en garde, ou plutôt a donné l'ordre aux dirigeants des partis organisateurs de ces villes-mortes de tout faire pour que ces jeunes ne se retrouvent plus dans la rue. Le lendemain, dès le petit matin, l'ordre serait donné aux militaires de tirer sur tous ceux qui tenteraient d'outre-passer cette décision. "S'il le faut, je sortirai les blindés. Pour moi, que vous le vouliez ou pas, demain le Président de la République devra être investi" devait conclure le colonel. Le message était clair. D'abord à l'endroit des négociateurs des Forces de Changement Démocratique à qui le lieutenant-colonel Bikomagu démontrait ainsi qui était le véritable maître du jeu. Lui. Quant aux leaders des partis politiques de l'opposition, il leur indiquait par là les limites à ne pas dépasser. Avant de partir, il a clairement dit qu'au cas où cela serait nécessaire il allait utiliser les hélicoptères de l'Armée pour transporter au lieu d'investiture toutes les personnalités indispensables. Hitimana Mathias a pris l'ordre au sérieux. II a fait remarquer à ses compères que si les blindés doivent sortir, "il faut absolument stopper nos jeunes, s'il le faut même, travailler toute la nuit". Ils sont alors rentrés. Quant à moi, je suis allé dormir après avoir informé le Président Ntaryamira et les autres dignitaires que l'investiture allait avoir lieu le lendemain. Pendant ces jours-là, on pouvait dire que ce que Bikomagu voulait, Dieu pouvait! En effet, le lendemain, des dispositions avaient été prises pour que les jeunes vagabonds, drogués, n'investissent plus le centre-ville. Celui qui s'y aventurait était arrosé de gaz lacrymogène. Ceux de Ngagara qui avaient tenté de brûler des pneus pour rendre impraticable la Chaussée du Peuple Murundi, donnant accès au Palais où devaient se dérouler les cérémonies d'investiture, avaient été effectivement dispersés à la grenade lacrymogène. Toutes les voies donnant accès à ces lieux avaient été dégagées.

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La première étape de cette journée d'investiture consistait à déposer une gerbe de fleurs sur la tombe du Président Ndadaye et au Monument de l'Unité. Le 5 février 1994 marquait le troisième anniversaire de l'adoption de la Charte de l'Unité nationale. Nous étions là, en petit nombre, pour célébrer cette journée. Ensuite, nous nous sommes rendus au Palais des Congrès de Kigobe où devaient se dérouler les cérémonies. Rien de semblable avec celles du 10 juillet 1993. L'ombre deNdadaye planait sur la salle. n n'y avait pas de Cour constitutionnelle pour recevoir le serment du Président de la République. Elle avait été "suspendue" à cause de sa tendance à gêner l'action du Gouvernement engagé dans la normalisation de la vie politique nationale. Deux candidats des petits partis politiques de l'opposition, Ndeberi Jean et Nzeyimana Joseph, avaient également introduit leurs candidatures au poste de Président de la République. Se voyant refusés, ils avaient introduit des saisines à la Cour constitutionnelle pour demander à être rétablis dans leurs droits. Afin d'éviter que la Cour ne leur donne raison, le Gouvernement l'avait suspendue. Le rétablissement de cette Cour avait été ensuite une condition des petits partis politiques pour accepter l'investiture du Président Ntaryamira. La promesse avait été faite mais elle devait être concrétisée après l'investiture du Président et la formation du Gouvernement. Au moment de l'investiture proprement dite, le serment du Président de la République a été reçu par le Bureau de l'Assemblée Nationale. L'autre différence d'avec l'investiture du 10 juillet 1993, était que l'ancien et le nouveau Président ne se transmettaient pas les signes du pouvoir. Et pour cause! C'était un Premier Ministre - une femme - qui, au nom d'un gouvernement démissionnaire, ''faisant fonction de Président de la République", a transmis ces signes à un Président élu par l'Assemblée Nationale. Toutefois, les cérémonies ont été grandioses et beaucoup de Barundi avaient la foi et l'espoir que peut-être le pays allait enfin <démarrer. Cet espoir a été nourri par le discours du nouveau Président. Son allocution avait été préparée par le ministre Simbizi Cyriaque, un jeune uproniste qui venait d'adhérer officiellement au FRODEBU le 2 janvier 1994, lors de la manifestation en faveur de la MIPROBU. Le mot-clé de ce discours était: "discipline". La discipline partout: dans les partis politiques, dans l'Armée, dans les écoles, dans le Gouvernement, dans l'Assemblée Nationale, dans la population; la discipline à l'échelle de toute la nation. L'autre point fort de ce discours a été le passage relatif à la nomination du Premier Ministre. Celle-ci devait intervenir rapidement. Le nouveau Chef de l'Etat devait suivre un principe légué par son prédécesseur: le Premier Ministre serait d'une ethnie différente de la sienne, sortirait de l'opposition et, devait ajouter le Président Ntaryamira, pas de n'importe quelle formation 15

de la famille, mais bel et bien de leur aîné. La salle a tout compris: le Premier Ministre devait sortir de l'UPRONA. Ce n'était que normal.

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Deux jours après son investiture, le Président Ntaryamira, ayant consulté des amis, dont moi-même et certains leaders de l'opposition mais aussi de la société civile, a demandé à Kanyenkiko Anatole de lui proposer une équipe gouvernementale. Le nouveau Premier Ministre était bien connu dans les méandres politiques burundais. A la fill des années 1970, on l'avait remarqué militant dans un mouvement de jeunes étudiants et stagiaires burundais vivant en France: l'D.G.E.S.B.F(IJ. L'association n'était pas en odeur de sainteté auprès de Bagaza. Après avoir travaillé au ministère des travaux publics, cet ingénieur, d'une sagesse remarquable, avait été à la tête des SETEMU (Services des Techniques Municipaux) avant d'être nommé maire de la ville de Bujumbura. Fervent militant de l'UPRONA, on l'avait vu très actif lors de la campagne électorale, aux côtés de l'UPRONA et du candidat Buyoya. Très attaché à la République, il n'hésita pas, après la défaite de son candidat, à adresser un message de félicitations au Président Ndadaye qui venait de gagner les élections. Très attaché à ses convictions, il a dit au Président Ndadaye qui l'appelait à faire partie de son équipe ministérielle, qu'il se mettait au service de la République sans se renier, sans renoncer à ses convictions. Ndadaye l'avait bien compris. A mon avis, le choix du Président Ntaryamira était judicieux. Le 9 février, le Premier Ministre a présenté au Président de la République la liste des membres de son Gouvernement. Le Président Ntaryamira s'était catégoriquement opposé à ce que les leaders des partis politiques, à l'origine des opérations de "ville morte" et de la purification ethnique dans la ville de Bujumbura, entrent au Gouvernement. Il avait raison. Au moment où il prêtait serment, le 5 février 1994 et alors que le chef d'Etat-Major Général de l'Armée avait ordonné à ces leaders de cesser leurs violences, un drame était en cours au quartier Nyakabiga. Plus d'une cinquantaine de Bahutu y étaient massacrés sans que les forces de l'ordre fassent quoi que ce soit. Pour le Président Ntaryamira et l'opinion, il était normal que les organisateurs et encadreurs de ce "carnage" ne soient pas au Gouvernement! Ces petits partis politiques, dont les leaders ne poursuivaient que des postes ministériels ont, pour leur part, accentué leur pression. Les villes mortes et la purification ethnique se sont poursuivies. Nzeyimana Joseph, le plus tribun de tous, a osé même dire, sur les antennes de la Radio-Télévision
1. U.G.E.S.B.F : Union Générale des Etudiants et Stagiaires Burundais en France. 16

Nationale, qu'il allait "arrêter la circulation du sang du Gouvernement" dans toutes les actions que ce dernier pourrait entreprendre. Quant au belgoburundais Hitimana, il promettait que, partout où le FRODEBU s'emploierait à construire, eux ne feraient que détruire! Enfm, le docteur Rugambarara Alphonse, visiblement le plus proche des "jeunes", appelait à la poursuite des actions" ville morte" pour faire fléchir le Président de la République et son Premier Ministre... Néanmoins, tous les "petits partis" de la Coalition des Partis Politiques de l'Opposition ne cherchaient pas à entrer à tout prix au Gouvernement. Le RADDES, l'INKINZO et le P.R.P étaient les plus virulents. Par contre, le P.S.D (Parti Social-Démocrate), l'ABASA (Alliance Burundo Africaine pour le Salut de l'Afrique) et l'ANADDE (Alliance Nationale pour le Droit et la Démocratie) donnaient l'impression de ne pas être pressés. Il leur fallait d'abord, un véritable Etat de Droit au Burundi. C'est ainsi qu'ils avaient constitué le Forum pour l'Etat de Droit (F.E.D) dont la mission était - du moins officiellement - de militer pour l'avènement de cet Etat de Droit. On ne les a pas vus monter au créneau comme le faisaient le RADDES, le P.R.P et l'INKINZO, qui paraissaient avoir la compréhension du Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations-Unies, l'Ambassadeur Ahmedou Ould Abdallah. Ce dernier a organisé, pendant les journées des 10 et 11 février, un véritable marathon diplomatique, faisant espérer à ces partis, qu'il croyait ainsi calmer, que leurs leaders entreraient au Gouvernement alors que de fortes pressions étaient en même temps exercées sur le Président Ntaryamira et le Bureau Exécutif du FRODEBU pour qu'ils acceptent cette (énième) concession. Pour la même raison, le Premier Ministre Anatole Kanyenkiko, qui ne voulait pas avoir des problèmes dès son entrée en fonction, menaçait de démissionner si le problème n'était pas rapidement réglé. Il brandissait à chaque moment une lettre de démission. Pour nous, cela compliquait une situation déjà précaire, caractérisée par des velléités guerrières qui se développaient dans les milieux Hutu traumatisés à la fois par l'ampleur des villes mortes et les massacres sélectifs des populations qui allaient de pair. Les forces de l'ordre ne faisant rien pour réduire ces actions. L'idée d'une lutte armée commençait à se développer très sérieusement. Une organisation conséquente s'esquissait. L'Ambassadeur Ahmedou Ould Abdallah nous rassurait. Selon lui un Gouvernement élargi à tous les partis politiques allait contribuer à la stabilisation de la situation. Soumis à toutes ces pressions et voulant honnêtement mettre fin à la dégradation de la situation, le Président de la République, compris et soutenu par la majorité des membres du Bureau Exécutif du parti FRODEBU, a fmalement accepté que Nzeyimana Joseph et le docteur Rugambarara Alphonse, respectivement Président du RADDES et de l'INKINZO, et Nyamwana Léonidas du P.R.P entrent au Gouvernement. Ce dernier était ainsi remanié le Il février. Il n'avait duré que deux jours ! L'accord du Bureau Exécutif du FRODEBU n'était pas total. Certains 17

n'acceptaient pas cette concession. Quelqu'un avait même pris des dispositions pour empêcher à Ndiho Jérôme, le chargé de presse du Président Ntaryamira, d'amener le décret à laRadio-Télévision Nationale. Quand cela a été annoncé, nous avons enregistré une série de réactions. Les militants du FRODEBU et des autres partis des Forces de Changement Démocratique, victimes de la folie des villes mortes et de la purification ethnique, ne comprenaient plus rien. Et ceux qui venaient d'entrer au Gouvernement s'en félicitaient avec une arrogance dépassant la bienséance. Nzeyimana, le Président du RADDES, dira ainsi que "ico umwana w'umwami yipfuje akironka" (ce que veut un prince, il l'obtient). Le Premier Ministre Kanyenkiko, tout en étant satisfait du déblocage de cette impasse politique, se demandait dès lors comment il allait pouvoir dignement recaser les personnalités qui venaient de passer deux jours au Gouvernement! Rien ne paraissait donc réglé, si je me réfère à la stabilisation que nous recherchions. Tout demeurait précaire pour nous et même de plus en plus dangereux pour la cohésion au sein des Forces de Changement Démocratique. Une sérieuse guérilla commençait à s'organiser et à se manifester dans les quartiers Nord de la capitale, notamment dans le quartier de Kamenge. Le 28 février, des affrontements y ont eu lieu entraînant la mort d'une dizaine de personnes alors que beaucoup d'autres étaient blessées. Cette guérilla, qui naissait en pleine ville, n'était pas spontanée. Les combattants qu'on avait vus en action à Bujumbura en novembre 1991, et plus tard en 1992, dans les provinces de Bubanza, Bujumbura-Rural et Cibitoke n'avaient pas été anéantis. Ils ont cessé de se battre et se sont fondus dans la population. Le coup d'Etat du 21 octobre 1993 leur a redonné vie. Ils ont cru qu'à la violence armée des forces gouvernementales, il fallait répondre par une autre violence. Ainsi, la guerre civile commençait à prendre forme. Plus l'opposition et les forces de l'ordre prenaient des positions radicales, plus les jeunes Hutu, dont beaucoup avaient été suffisamment "travaillés", idéologiquement et politiquement, par le PALIPEHUTU, s'engageaient dans cette lutte armée. Certains hommes politiques n'hésitaient plus à les soutenir. Sur ce point de la résurgence de la violence, ce sont les commanditaires et exécutants du coup d'Etat du 21 octobre 1993 qui sont les premiers responsables. Mais il ne faut pas excuser et encore moins justifier ceux qui ont répondu aux armes par les armes.

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Chapitre 16

Les "extrémismes" ethnistes contre la paix
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Malgré la mise en place d'un Gouvernement de très large ouverture, la violence ne s'est pas pour autant arrêtée. Ce qui s'est passé à Kamenge, dans la zone de Gasenyi, dans la nuit du 6 au 7 mars 1994, a été une véritable catastrophe, un "acte de génocide" préparé et exécuté soigneusement. Des familles Hutu avaient été identifiées. Pendant cette "nuit des longs couteaux", des centaines de personnes, vieillards, hommes, femmes et enfants ont été systématiquement massacrés à l'arme blanche. Une carte d'identité d'un militaire gendarme a été trouvée sur les lieux. Dès le petit matin, la population, révoltée, a exposé des dizaines de cadavres sur la route nationale n01, pour prendre le monde à témoin. D'autres cadavres ont été emportés par des camions (militaires ?) et jetés dans la Rusizi. Ce jour, le Président de la République devait se rendre à Gitega pour rencontrer la population et parler avec les fonctionnaires travaillant dans la deuxième ville du pays. Il est parti en hélicoptère. Les ministres qui devaient l'accompagner ont quant à eux emprunté la route. Quand ils sont arrivés au niveau de Gasenyi, à la sortie de la ville, ils ont vu l'hécatombe et ont été stoppés par l'horreur. Certains ont contourné ce "barrage de morts", en passant par l'intérieur du quartier Kamenge, pour rejoindre plus loin la route nationale n° 1. Ce sont eux qui, à Gitega, ont informé le Président de la République des détails horribles dont il avait été mis au courant avant son départ. D'autres ministres sont restés à Kamenge pour soutenir la population éprouvée. Parmi eux, le ministre Kabushemeye Ernest. Malheureusement il n'est plus là pour témoigner. Il est mort. Assassiné. Quand le Président de la automatiquement ordonné une sous la supervision directe du Jean-Bosco. Des gesticulations République est revenu à Bujumbura, il a enquête qu'il a confiée au Ministère Public procureur général de la République, Butasi ont été faites pour permettre finalement au 19

procureur général de la République d'annoncer que son enquête n'avait pas été concluante faute de preuves! Pourtant, une équipe d'enquête à caractère administratif mise sur pied par Nyangoma Léonard, alors ministre d'Etat en charge de l'intérieur et de la sécurité publique, paraissait remettre en cause des éléments de la Gendarmerie. Saura-t-on un jour ce qui s'est passé réellement? Cette violence insensée se poursuivait presque chaque jour et énervait dangereusement les parlementaires du Groupe FRODEBU. Or, le Président de la République tenait à faire voter, par l'Assemblée Nationale, le projet de la loi budgétaire. Il redoutait que mon vice-Président à l'Assemblée Nationale, l'honorable Sendegeya Christian, ne puisse maîtriser les parlementaires fortement choqués par 1'hécatombe de Kamenge. Il a alors demandé que j'interrompe mon voyage en Europe. A cette époque, je me trouvais en Allemagne venant de France. Dans le pays de François Mitterrand, j'avais pu rencontrer beaucoup de personnalités dont le Président de l'Assemblée Nationale, Philippe Séguin, visiter les différents groupes parlementaires et leurs présidents, me faire expliquer le fonctionnement de l'Assemblée Nationale dont le Règlement Intérieur a servi d'inspiration à celui dont s'était dotée notre assemblée etc... Au moment où je m'apprêtais à rentrer, un coup de téléphone m'est parvenu de Bujumbura. Deux événements malheureux venaient de se passer au pays. D'abord à Tangara, dans la province de Ngozi, où 32 citoyens Tutsi venaient d'être massacrés par une horde de tueurs Hutu. Certains ont prétendu que ces massacres venaient en réaction à 1'hécatombe qui avait eu lieu à Kamenge. Ce qui signifie une certaine coordination des violences ou qu'il s'agissait alors d'une manipulation. Les présumés responsables de ces massacres, tous Hutu, ont été arrêtés et emprisonnés. Plus tard, l'incapacité, ou le manque de volonté de la justice pour éclaircir et prendre les mesures indispensables contre des situations où des Hutu étaient les victimes, n'ont fait qu'accentuer la méfiance de cette partie de la population à l'endroit de l'appareil judiciaire burundais accusé depuis longtemps de pratiquer "deux poids, deux mesures". Cela ne pouvait pas calmer les esprits. Les violences se poursuivaient à Kamenge comme un peu partout dans les alentours de Bujumbura. L'Armée faisait face à des groupes armés décidés à en découdre avec elle. A cette époque l'on a commencé à parler du "capitaine Savimbi", un mythe devenu héros pour les populations de Kamenge parce qu'il osait défier l'''Armée de Bikomagu", alors que, pour cette dernière, l'homme était devenu une véritable hantise. Dans toutes ces turbulences meurtrières, la population civile innocente payait le plus lourd tribut. Elle devait participer à l'effort de guerre que lui imposaient les combattants tout en courant le danger d'attraper des balles 20

perdues ou d'être purement et simplement massacrée par des militaires gouvernementaux auxquels cette guérilla urbaine s'affrontait. Les 19-20 mars la guerre "faisait rage" à Kamenge et à Kinama. La situation était tellement inquiétante que le ministre de l'intérieur et de la sécurité publique, Nyangoma Léonard, l'administrateur général-adjoint de la Documentation Nationale, Ntanyungu Festus, le chef d'Etat-Major Général de l'Armée, le colonel Bikomagu Jean et le Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations-Unies, se sont rendus sur les lieux, pour s'informer et tenter de calmer la situation. Dès leur entrée dans le quartier de Kamenge, ils ont été accueillis par des rafales de mitraillettes tirées à partir des maisons. Le plus à l'aise parmi eux était le colonel Bikomagu. Il savait comment se mettre à l'abri. Peut-être aussi Ntanyungu Festus, qui avait fait l'Ecole Royale des Cadets, en Belgique mais pas autant que le colonel Bikomagu qui s'était déjà affronté à ces gens en 1991 et 1992, dans la province de Cibitoke. Les plus terrifiés étaient certainement Nyangoma Léonard et l'Ambassadeur QuId Abdallah. Comme si le commandement de ces tirailleurs aurait été assuré par Nyangoma, le mauritanien lui aurait dit: "Parlez, parlez Nyangoma". Comme pour lui dire de donner à ces tirailleurs l'ordre de stopper! Nyangoma demandait plutôt au chef d'Etat- Major de l'Armée de trouver un moyen pour les dégager de cet enfer. Le colonel a appelé une jeep dans laquelle Nyangoma et Ntanyungu se sont rapidement engouffrés pour ne reprendre le souffle qu'une fois arrivés à l'hôtel où ils se sont "retranchés". Ils passaient leurs dernières heures au Burundi. Au début de la soirée, les rebelles ont tiré trois grenades à fusil dans une zone résidentielle qui s'adosse aux contreforts dominant Bujumbura (les zones des quartiers Mutanga sud et Gihosha). Certains ont cru que c'étaient des obus lancés par des blindés contre le palais présidentiel que Ntaryamira avait rejoint depuis quelques jours, juste après une visite effectuée à Gbadolite, pour y rencontrer les Présidents Mobutu du Zaïre et Habyalimana du Rwanda, dans le cadre de la C.E.P.G.L(2). De retour de ce voyage le Président Ntaryamira avait regagné son palais alors que plus tôt, le matin, j'avais, quant à moi, regagné le palais du Président de l'Assemblée Nationale. Beaucoup d'autres personnalités avaient aussi gagné des villas de l'Etat ou étaient rentrées tout simplement chez elles. Encore une fois, seul Nyangoma et quelques-uns des irréductibles refusaient de quitter l'hôtel. Nyangoma se sentait le plus menacé d'entre nous tous. Il avait ses raisons. Mais ce soir-là, il n'a pas logé à l'hôtel. Il a dormi quelque part, dans une ambassade, alors que Ntanyungu tentait de trouver, vainement, un refuge chez le Président de la République. Dès le lendemain, ils prenaient l'avion;
2. Communauté Economique des Pays des Grands Lacs comprenant le Burundi, le Rwanda et le Zaïre. 21

disposant d'ordres de mission où Nyangoma devait aller dans les pays du Golfe alors que son compagnon Ntanyungu devait rester en Belgique. En fait, même Nyangoma Léonard est resté en Belgique, tout au moins pendant quelques jours. De là, le 23 mars 1994, il a annoncé que près d'un millier de personnes avait été tuées dans les quartiers Nord de la capitale (Kamenge, Kinama et Cibitoke) par les Forces Armées Burundaises alors qu"'elles faisaient face" à des groupes armés. Ce jour-là, le Président Ntaryamira a procédé à la destitution du chef d'Etat-Major Général de la Gendarmerie, le lieutenant-colonel Bayaganakandi. Il lui reprochait d'avoir été amorphe dans la protection des populations de Kamenge, lors des massacres de Bahutu au cours de la fameuse "nuit des longs couteaux" des 6-7 mars 1994. Pendant tout le mois de mars 1994, aucune nuit n'est passée sans violences: grenades, mitraillettes et autres armes de combat étaient entendues. Le Président Ntaryamira, comme beaucoup d'autres responsables, ne dormait plus. Les téléphones ne cessaient de sonner pour demander secours, qui de Musaga, qui de Nyakabiga, qui de Cibitoke. Même les quartiers Nord de la capitale, où les Bahutu de ces quartiers trouvaient refuge, étaient soumis à des assauts de l'Armée et des milices Tutsi qui, sous le prétexte de poursuivre des groupes armés, continuaient le plan de "purification ethnique" de la ville de Bujumbura d'où les Bahutu étaient en train d'être chassés.

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L'autre événement important du mois de mars 1994 a été l'arrivée à Bujumbura d'une Mission des Nations-Unies envoyée au Burundi pour établir les faits sur le coup d'Etat du 21 octobre 1993 et les massacres qui ont
SUIVI.

La mission était composée de l'Ambassadeur Siméon Aké qui représentait la Côte d'Ivoire en Allemagne et Martin Huslid, Ambassadeur de la Norvège en Belgique et madame MichèlePolianof. Cette commission avait été souhaitée par le Gouvernement, le parti Sahwanya-FRODEBU et les Forces Armées. Ces dernières réclamaient avec insistance, dans leur communiqué n° 2 du 13 novembre 1993, "que le Gouvernement fasse appel, le plus rapidement possible, à une Commission Internationale neutre en vue d'établir les responsabilités des uns et des autres dans une analyse globale de la tragédie burundaise". Le communiqué était signé par les lieutenant-colonels Bikomagu et Bayaganakandi. Le Gouvernement n'a pas tardé à exaucer ce voeu des Forces Armées et des 22

autres forces politiques comme le FRODEBU. Il a envoyé, le 16 novembre, une requête ou secrétaire général des Nations-Unies où madame le Premier Ministre indiquait que "le Gouvernement du Burundi et une large partie de l'opinion nationale souhaitent ardemment cette enquête pour être objectivement fixés sur les tenants et aboutissants, non seulement de la crise actuelle, mais également de celles qui, cycliquement, ponctuent l'histoire post-coloniale du Burundi. Aussi, le Peuple Burundais attend-il de cette enquête, toute recommandation pertinente qui l'aide dans ses efforts à extirper à jamais toute considération perverse dans l'accès et la gestion du pouvoir et l'encourage plutôt à défendre et à promouvoir les droits et libertés de la personne humaine". Le 26 janvier 1994, une autre commission internationale d'enquête, composée de plusieurs organisations non gouvernementales, était venue au Burundi. Des organisations aussi prestigieuses dans la défense des droits de l'homme que Human Rights Watch/Africa, la F.I.D.H (Fédération Internationale des Droits de l'Homme), la Ligue des Droits de la Personne dans la Région des Grands Lacs, l'Organisation Mondiale contre la Torture et des O.N.G pour le développement comme le Centre National pour la Coopération au Développement, son équivalent flamand le C.N.O.S de Belgique et Novib de Hollande ont durant des semaines, déployé leurs enquêteurs au Burundi. Dès leur arrivée, les partis politiques de l'opposition ont mis en doute leur neutralité à cause de la présence en leur sein d'un homme: le professeur Filip Reyntjens, qui, dans les milieux de l'opposition, était considéré comme un "conseiller du PALIPEHUTU". Les éventuelles conclusions de cette commission étaient, avant même l'enquête, rejetées par l'opposition. Son rapport, très équilibré pourtant et d'une objectivité recherchée, qui a été rendu public le 5 juillet 1994 et qui portait sur les "violations des droits de l'homme au Burundi depuis le 21 octobre 1993", a été contesté par l'opposition. Pourtant, ultérieurement, la Commission d'Enquête Internationale des Nations-Unies au Burundi (C.E.I.N.U.B), demandée par le Gouvernement du Burundi (la requête a été conjointement adressée au secrétaire général des Nations-Unies par le Président de la République que j'étais et mon Premier Ministre Nduwayo Antoine) semble s'en être inspiré lors de ses investigations, même sur la question des massacres qui intéressait l'opposition et qu'elle qualifiait de" génocide ". En demandant cette commission, le Gouvernement du Burundi insistait sur son caractère judiciaire. Il voulait une inculpation individuelle de tous ceux qui avaient commandité et exécuté le coup d'Etat du 21 octobre 1993 qui emporta le Président Ndadaye et ses collaborateurs. Il en était de même des commanditaires et exécutants des massacres ethniques (que certains qualifiaient de "génocide") qui ont suivi cet assassinat. Du point de vue de la requête du Gouvernement du Burundi, cette enquête judiciaire devait couvrir toute la période allant du 21 octobre 1993 au jour (au moins) où le Conseil de 23

Sécurité des Nations-Unies devait voter la résolution créant cette commission. Son rapport a été rendu public par le Conseil de Sécurité le 22 août 1996. Personnellement, je me félicite de cette décision. Elle me paraît sage et prometteuse pour l'avenir du Burundi. J'en suis satisfait pour plusieurs raIsons. Depuis le mois de novembre 1993, j'ai tout fait pour que cette enquête puisse avoir lieu. Sa publication est le couronnement d'efforts personnels que j'ai déployés depuis cette date. Alors que j'étais ministre des relations extérieures et de la coopération, j'ai préparé un dossier y relatif que j'ai proposé au Premier Ministre, madame Sylvie Kinigi. Il était question de demander "une Commission Internationale d'Enquête sur les événements survenus au Burundi lors du coup d'Etat sanglant du 21 octobre 1993 et les jours qui ont suivi". Le Gouvernement était aussi intéressé par le besoin de connaître, comme je l'ai déjà indiqué, les tenants et aboutissants de toutes ces crises cycliques similaires qui, depuis l'indépendance, ne cessaient d'emporter beaucoup de Barundi. Raison pour laquelle, quand madame le Premier Ministre a adressé sa requête au secrétaire général des Nations-Unies, elle a insisté, non seulement sur "les tenants et aboutissants de la crise commencée en octobre 1993 mais également de celles qui, cycliquement, ponctuent 1'histoire post-coloniale du Burundi". Lors des négociations de la Convention, je devais y insister également, au nom de mon parti, le FRODEBU. Toutefois, nos partenaires de l'opposition, habitués à arrêter l'histoire et les faits du Burundi sur ce qui exclusivement les intéressent, se sont obstinés pour limiter l'enquête souhaitée aux seuls événements d'octobre 1993. Le FRODEBU tenait à ce que tout commence à la racine, donc depuis l'indépendance. C'était d'ailleurs une contradiction de cette opposition qui affirme que "l'idéologie du génocide contre les Tutsi et le lynchage des Hutu de l'opposition remonterait à l'année 1959". J'ai déjà dit que cette question "Hutu/Tutsi" me paraît avoir des racines qu'on décèle bien avant dans l'histoire du Burundi. La deuxième raison de ma satisfaction suite à la publication du Rapport de la Commission d'Enquête Internationale des Nations-Unies au Burundi est que cela constitue une première dans l'histoire tourmentée de notre pays. Beaucoup d'événements dramatiques ont été vécus au Burundi sans que les pouvoirs publics d'alors osent les traiter dans la transparence. Il suffit de se souvenir des massacres des 4 syndicalistes Hutu de Kamenge en 1962 que le Gouvernement Muhirwa et le Comité Central de l'UPRONA refusèrent d'éclaircir malgré l'insistance de Paul Mirerekano, des assassinats du prince Kamatari et du Premier Ministre Ngendandumwe qui restent jusqu'aujourd'hui mystérieux, des événements d'octobre 1965-octobre 1966 sur lesquels Simbananiye Arthémon refusa à la Commission Internationale des Juristes d'enquêter alors que la presse internationale en dénonçait le 24

caractère génocidaire à l'égard de l'élite Hutu mais aussi où, à mon avis, on a décelé des tendances similaires dans les massacres des Batutsi à Busangana, des événements d'avril 1972-1973 où l'Etat burundais a commis à huis-clos un génocide contre les Bahutu après une attaque d'assaillants Hutu qui venaient de massacrer des milliers de Batutsi innocents. On n'a fait que servir à l'opinion un Livre blanc vide. Il y a eu aussi les événements de Ntega et Marangara où des criminels Hutu ont massacré des Batutsi visiblement après des provocations de certains d'entre eux mais où la réaction des forces de l'ordre gouvernementales a pris des allures génocidaires en massacrant des Hutu qui n'étaient pas de connivence avec cette rébellion. Mbonimpa Cyprien, alors ministre des relations extérieures et de la coopération, refusa la venue au Burundi d'une commission internationale d'enquête. Quand il lui a été demandé, par la presse, de laisser venir au Burundi une telle commission la réponse du ministre a été un non sec et énervé. Que n'a-t-on pas dit aussi quand Brigitte Erler et Filip Reyntjens sont venus enquêter sur les événements de 1991 ? On a tout simplement dit qu'ils étaient venus justifier les actes du -PALIPEHUTU! Il faut la transparence et la vérité sur notre histoire, si nauséabonde soitelle. Je l'ai toujours dit et le redis. Pour les événements qui ont suivi l'assassinat du Président Ndadaye, je réitère aussi ce que j'ai toujours dit. S'il est objectivement établi, preuves irréfutables à l'appui, que le Comité Directeur National du FRODEBU a siégé un jour, dans une réunion, pour planifier, financer, superviser un plan quelconque de "génocide contre les Tutsi et de lynchage des Hutu de l'opposition", je suis prêt à en assumer la responsabilité morale, politique, judiciaire et devant l'histoire. J'aimerais par ailleurs inviter tous les dignitaires et autres responsables, sans oublier les partis qui ont géré le pays pendant les différents moments de crises, qu'ils soient politiques (dirigeants des partis politiques, ministres et parlementaires, militaires, hommes d'affaire etc..), à faire de même, en donnant cet acte de foi, dans le but de soulager le Peuple Burundais aujourd'hui otage et victime de sa propre histoire. Néanmoins, le rapport publié le 22 août 1996 ne suffit pas. Il doit être prolongé par d'autres actions. D'abord j'ai de sérieuses interrogations sur les raisons qui ont poussé la Commission d'Enquête Internationale des NationsUnies au Burundi à s'éloigner du caractère judiciaire, pour être simplement politique. Pourtant, le Gouvernement burundais avait demandé une enquête judiciaire. Ensuite, je m'interroge sur les raisons qui ont poussé la Commission à limiter son enquête sur une courte période de deux semaines au plus, au lieu de prendre son temps pour recueillir des témoignages partout dans le pays sans se fixer des limites, ni dans le temps (tout au moins depuis le 21 octobre 1993), ni dans l'espace. C'était cela le contrat entrel'O.N.U et le Burundi. Il est donc regrettable que la Commission d'Enquête Internationale des 25

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