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DES MOTS POUR DIRE

De
167 pages
Cette méthode de découverte très progressive permet un travail individualisé et peut se passer de professeur. Apprentissage d'une lecture silencieuse qui fait associer un mot à une image et conduit ainsi à la vraie lecture : la lecture mentale. Cette méthode se compose de trois fascicules qui peuvent se travailler simultanément :
" Des mots pour dire " allonge la lecture par des phrases courtes du langage parlé.
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DES MOTS POUR DIRE

Yvette VOCAT

DES MOTS POUR DIRE
«Apprendre» à lire à tout âge

Des mots pour lire... Des mots pour rire... Du plaisir de lire, Et puis écrirepour dire... Dire que Je lis, ., , . et que J ecns...

Sans rire!

L'Harmattan
5- 7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y lK9

(Ç)L'Harmattan, 1999 ISBN: 2-7384-8399-2

SPECIFICITE DE LA METHODE

Cette méthode s'appuie sur une pédagogie de la découverte et d'acquisitions même minimes, au jour le jour. Elle est basée sur du concret. Elle demande un accompagnement qui ne soit pas de l'ordre de l'enseignement mais d'un appui. Tout se déroule sous forme de proposition. L'accompagnateur est là pour comprendre comment apprend le débutant, comment il fonctionne. Il est surtout témoin des progrès pour les refléter et les encourager quand le besoin s'en fait sentir.

A qui s'adresse cette méthode? Elle a été conçue et expérimentée près d'adolescents en difficultés d'apprentissage, puis elle s'est étendue auprès d'un public d'origine étrangère, en particulier près de femmes maghrébines et turques. Enfin elle s'est appliquée auprès d'adultes, notamment près des gens du voyage, qui possédaient quelques notions d'assemblage des lettres sans pouvoir comprendre le sens des mots ainsi décomposés. Dans chacun de ces groupes, une fois les fondements bien posés, le plaisir de progresser rapidement a démontré par lui-même que cette méthode « savait» s'adapter à la mentalité de personnes différentes et satisfaisait, en particulier, les adultes.

Sa présentation Elle se présente sous forme de fiches établies selon une progression rigoureuse, distribuées au fur et à mesure de l'apprentissage, à la demande et selon le rythme de l'apprenant. Sur chacune de ces fiches sont dispersées plusi~urs séries de mots illustrés. A charge de l'apprenant de relier le mot repéré à son illustration par un trait de couleur différent selon la série. Une fois terminées, les fiches sont rangées dans un classeur et constituent peu à peu le dossier des acquis. C'est ce dossier qui devient LE LIVRE. Au départ, il s'agit de reconnaître et d'enregistrer, de mémoriser des mots qui font partie, pour la plupart, de l'univers de l'apprenant. Par exemple, parmi les premiers, nous proposons : FARINE) CAFE) RIZ. Ces mots peuvent se retrouver à la cuisine, dans les commerces, voire dans la rue comme l'enseigne d'un café, ou encore sur des panneaux publicitaires. Inutile de souligner l'intérêt de présenter des mots et des images de la vie concrète à des adultes, en particulier s'ils sont d'origine étrangère. Avec quelques mots et syllabes mémorisés, ils pourront constituer d'autres mots et surtout commencer à déchiffrer seuls. En effet, après une dizaine de fiches et partant de ce qui est connu, l'apprenant va peu à peu faire jouer une consonne nouvelle avec les voyelles et découvrir ainsi les vrais plaisirs de la lecture. Déjà, le fait de mémoriser quelques mots étiquettes et de les retrouver dans la vie quotidienne peut valoriser ces personnes et, même si elles n'allaient pas jusqu'au bout d'une progression, les bases fondamentales du processus, acquises au bout de quelques semaines, permettraient une évolution. C'est pourquoi, il sera important de ne pas manquer ces premières étapes. De toute façon, si la mise en route est bien faite, les progrès sont assez vite mesurables et deviennent, par le fait même, encourageants.

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Son intérêt
En fait, cette méthode est autodidactique. L'accompagnateur, comme son nom l'indique, ne fait que répondre aux questions. S'il joue bien son rôle, il ne lira jamais à l'avance le mot à déchiffrer, mais permettra au contraire à l'apprenant de découvrir le processus de la lecture. Il propose ou contrôle le rythme de la progression en accord avec l'apprenant. Il n'aura même pas de vérification orale à demander, un simple coup d' œil sur la feuille permettra de voir si la lecture est assimilée. Dans un groupe où les apprenants sont de plusieurs niveaux, ou encore lorsqu'ils ne viennent que de façon irrégulière, ce travail individualisé permet de respecter le rythme, le niveau, et les besoins de chacun. Cependant, il n'exclut pas un échange autour des mots découverts ou qui posent problème. Les recherches faites ensemble permettent à chacun d'enrichir son vocabulaire en découvrant des significations diverses pour un même mot, en cherchant synonymes ou dérivés...
Associer le mot à une image présente encore un avantage: cette formule n'appelle pas la lecture à voix haute, elle fait accéder de suite à la « vraie» lecture, la lecture mentale, celle qui donne sens à ce qui est déchiffré.

Dès que l'intéressé aura pris goût à la découverte et compris le processus, il désirera emporter des fiches à faire chez lui pour continuer son apprentissage tout seul. Une observation: Des personnes d'origine étrangère peuvent ne pas connaître certains mots et ne pas pouvoir, du fait même, les relier à l'image. S'il en est ainsi, en dehors des fiches et dans les temps qui précèdent leur distribution, il sera intéressant de travailler oralement avec les objets eux-mêmes et avec d'autres du même ordre. Par exemple, avant de donner la fiche sur le café et la farine, on pourra jouer sur les structures de phrases, si possible avec du matériel, peut-être par des mimes, ou encore en feuilletant un catalogue: « J'ai bu du café- j'ai offert un caféElle a bu du thé - J'ai acheté un paquet de café- tu as vendu un paquet de
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farine - J'ai fait chauffer une tasse de café- J'ai fait chauffer du couscous... »
Ainsi, on introduit les mots à prendre en compte avec d'autres du même genre pour élargir la proposition et ne pas induire des réponses toutes faites. Autre difficulté: les personnes venant d'Afrique du Nord, par exemple, ont du mal à prononcer certaines lettres comme le u. Rappelons-nous alors que le moment de la lecture n'est pas celui de l'élocution. Avant d'être d'utilité orale, la lecture est d'abord à usage personnel. Qu'importe que l'apprenant dise la rue ou la ri pourvu que lui relie bien le mot à la chose! Ne présentons qu'une seule difficulté à la fois, c'est un principe clé pour avancer rapidement. Par contre, en travaillant des sons oralement, comme il sera intéressant de faire parler ces personnes pour leur demander si, dans leur langue, il y a des mots que l'on pourrait coucher sur nos fiches. En apprenant le J, par exemple, «ta;ïne» et son image pourraient venir tout naturellement! Ses particularités Cette progression se place au carrefour de plusieurs méthodes d'apprentissage de la lecture. Pour ma part, j'ai depuis longtemps rejeté pour des adultes celle qui commence par l'apprentissage des lettres de l'alphabet, épelle ensuite les syllabes, puis des mots et enfin arrive à des phrases. Inutile pour moi et même néfaste de nommer les lettres, qui à la différence des chiffres, ne disent rien par elles-mêmes (c ne fait pas s..., c-a ne fait pas s...a ). L'alphabet nous sera utile un peu plus tard pour écrire mais au moment de l'apprentissage de la lecture, il faut penser qlle les sons dans la langue française dépassent largement le nombre des lettres et que de plus, un son peut être produit par plusieurs sortes de signes ( le F peut l'être par ph...) ; Surtout, les débutants ont déjà trop tendance à nommer la première lettre d'un mot ( quand ils l'ont apprise par ailleurs) au lieu du son qu'elle insuffle. Cette méthode syllabique conduit peut-être rapidement à la lecture mais elle ne me semble pas motivante pour des adultes et surtout elle ne laisse pas découvrir, à priori, le sens du mot. La méthode analytique (dite globale) qui part de phrases pour aboutir à la combinaison des lettres entre elles est déductive, mais elle me semble 6

longue avant décourageante.

de pouvoIr

constater

un

progrès,

et devient

par-là

Des adultes qui ont l'expérience de la méthode syllabique peuvent passer un certain temps avant de découvrir les possibilités que donne notre méthode. En effet, ils ont du mal à laisser l'alphabet qui était pour eux le seul repère. Comme nous l'avons déjà indiqué, les mots simples vont faire découvrir non plus des lettres dont ils ne savent quoi faire, mais des syllabes, et cela tranquillement en ne présentant qu'un élément nouveau à la fois. Dans un premier temps, nous nous appuyons sur le principe du triage et donc de l'observation silencieuse. Trier des mots, c'est se familiariser avec leur longueur ( ri~ caft,farine J. Trier, c'est distinguer l'agencement ou au moins la position des lettres. Il n'est pas indifférent que dans ces trois mots, la lettre fJ et la syllabe ri se retrouvent deux fois sans avoir la même position. Trier, c'est distinguer l'agencement des lettres et ce qu'elles font ensemble. Nous ferons d'abord trier trois ou quatre séries de mots, puis les syllabes composant ces mots comme nous le verrons plus loin. J'insiste cependant sur le fait que c'est à l'apprenant de découvrir ses propres repères et qu'il ne s'agit pas de lui communiquer les nôtres. Le triage bien mené suscitera très vite l'attention rapide et la mémoire visuelle. Cependant, la lecture n'est pas une affaire de mémoire. Cese,xercices ne seront que momentanés et pour permettre d'enclencher un mécanisme. En effet, si la mémoire joue un rôle ici, ce doit être d'une façon spontanée. Que l'apprenant ne cherche pas inconsidérément ce qu'il «devrait» trouver. Non, en lecture, on lit, on n'examine pas comment et dans quelles circonstances les lettres s'accordent entre elles. Nous détaillerons plus loin les étapes de la progression et comment conduire ces exercices pour que la personne qui débute n'aie pas d'efforts à fournir pour « apprendre ». Car c'est là, à ce point précis, que se trouve la particularité principale de cette méthode: on n'apprend pas à lire, on découvre un mécanisme, on décode des signes en se laissant conduire tranquillement. D'ailleurs ce travail sera facilité si nous ne faisons pas lire oralement l'apprenant. Lorsqu'il est nécessaire de l'aider, il sera meilleur de lui demander de nous montrer silencieusement l'image correspondante, ou encore, par exemple, de l'inviter à regarder un mot en l'avertissant que nous allons ensuite le cacher. Un jour, je
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passais dans une salle et l'on me fait part des difficultés d'une femme algérienne qui au lieu de lire, inventait la fin des mots. Je demande une fiche qu'elle n'avait encore pas vue et je cache un mot au hasard; pendant que mon doigt était encore dessus, j'entends la femme murmurer: «té...ti...ne...Tétine!» alors que triomphante elle pointe l'image en question en le répétant encore. A partir de ce jour, les progrès ont été spectaculaires car elle avait compris le mécanisme.

Ses principes La progression est faite de telle sorte que le débutant pourra assez vite, et de lui-même, déchiffrer des mots nouveaux. D'une part, à chaque consonne nouvelle, il y aura un mot-clé, et surtout un mot d'une sewe syllabe commençant par la lettre à découvrir, une syllabe, un mot qui veut dire quelque chose. ( ri~ rue)ralj tas) mUfjjus...) ; d'autre part, après les dix premières fiches où se répètent les mots à enregistrer, nous verrons que la consonne inconnue se greffe toujours sur celles acquises auparavant. Ainsi, pour apprendre ce que « donne le T », après avoir bien exploité le ra) ri) ru) ro) on aura comme mot clé rôti. Nous remarquerons que le ti vient en deuxième position. Par contre, pour passer au M, si nous prenons moto comme mot clé, son image sera tout à côté pour induire la consonne nouvelle. Partir du connu pour aller plus loin, mais aussi retrouver les mots appris dans des contextes différents pour le plaisir et l'assurance de la personne qui a si souvent subi l'échec, ou du moins qui se croit encore incapable d'apprendre à « son âge» ! Nous verrons que, pour faciliter la déduction pendant tout un temps, l'importance sera sur la première syllabe: CA f~ FA rine afin de faire distinguer la consonne. Puis, ce sera la voyelle qui peu à peu sera à remarquer: Fée, FzI, Riz, Rat, Rue... ( fiche 19 par exemple). Arrivés à l'apprentissage du « L », nous retrouverons le mot fiL déjà bien connu, puis « Le fiL)) etc.

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Des remarques: En insistant ainsi sur la phonétique, en ne tenant pas compte de la lettre qui ne se prononce pas à la fin des mots, on peut bien se demander ce que devient l'orthographe. Eh bien, je répondrai que boire n'est pas vraiment manger et que manger n'est pas boire. Lire et écrire sont deux opérations différentes même s'il est intéressant de les associer. La lecture est une fonction cérébrale, alors que l'orthographe est une matière traitant un ensemble de règles établies par l'homme et qui se transmettent comme un savoir. La lecture proprement dite interprète simplement une pensée. Non seulement nous pouvons lire et comprendre des mots dont nous ignorons l'orthographe, mais nous pouvons lire et comprendre des mots que nous ne pouvons qu'à peine prononcer. Nous avons sans doute repéré que certains exercices seront intéressants à mener avec plusieurs personnes, tandis que d'autres seront réservés à tel ou tel apprenant. Ces exercices individuels sont appréciés lorsque nous avons dans un même groupe plusieurs niveaux.

LA PROGRESSION Pour commencer, nous marquerons trois temps. Le premier est celui de la reconnaissance l'on sort d'un tout le mot à repérer, « le même que où celui-ci... » selon le principe du triage. Puis vient le temps de la nomination, là on enregistre le mot entendu que l'on répète aussitôt en le prenant pour le classer. Enfin, les jours suivant l'enregistrement, ce sera
l'identification}

c'est-à-dire la lecture globale du mot.

Stade de la reconnaissance. La reconnaissance n'est pas un temps banal mais il n'est pas celui de l'apprentissage à proprement parler. On pourrait dire que c'est un mode d'apprivoisement, ce temps où l'on reçoit, par l'un ou l'autre de nos sens une proposition, une information dont on ne sait pas encore à quoi elle nous servira. Ainsi, un mot nouveau pour nous, entendu dans une conversation, pourra être compris puisque faisant parti d'un contexte ou bien susciter notre curiosité. La fois suivante, nous le saisirons de suite, mais ce n'est que plus tard que nous l'aurons suffisamment intégré pour 9

l'employer nous-mêmes à bon escient. Ainsi, en lecture, il y aura le temps de la reconnaissance et plus loin celui de la nomination, le troisième sera celui de la restitution. N'ayons donc pas peur d'insister sur ce premier temps par toutes sortes de jeux de triage et autres. Pratiquement, je propose donc de commencer avec 3 boîtes semblables, assez grandes pour avoir glissé dans la première des sachets de farine vides, dans la deuxième ceux de café vides, et dans la troisième du riz. Sur chacune de ces boîtes les mots sont écrits plusieurs fois et dans les différentes écritures (script, MAJUSCULESD'IMPRIMERIE). Nous remarquons pour nous, et sans le dire aux apprenants, que fan"ne a trois syllabes, café n'en a que deux et riZ est un mot très court d'une seule syllabe. Comment procéder? Choisir deux de ces boîtes en attirant l'attention sur les écrits mais sans les lire, puis ouvrir l'une d'elles et explorer son contenu. En sortant par exemple, un sachet de café, on pourra peut-être chercher ensemble où se retrouvent les mots de la boîte et les annoncer en même temps, refermer la boîte, la mélanger aux autres et la faire reprendre à partir des mots reconnus, vérifier le contenu et recommencer. Puis faire de même avec la deuxième, et assez vite avec la troisième. Ensuite, demander indifféremment l'une des trois.

Reconnaissance

du symbole

A ce stade nous travaillons aussi le symbole, montrant par-là, que le mot écrit signifie, représente une chose, une idée, une action. En se référant à la page 27 de cet avant-propos, il peut être intéressant de se constituer un jeu d'étiquettes. Sur l'une d'elles, par exemple, au verso une image « un lit », au recto le mot « UT» ; sur une autre étiquette un symbole: la flèche et au recto le mot: « VA » ; sur une troisième étiquette, la silhouette d'un homme, et au recto aucun mot. Chaque participant possède un jeu de ces étiquettes et posera devant lui celle qui convient au fur et à mesure du déroulement d'une histoire: « ilva-sur-le-lit . Ce travail habitue l'œil à repérer rapidement des signes ) graphiques et apprend à les utiliser à sa convenance, du côté image ou du côté mot, comme on le ferait pour un rébus... Bien sûr avec des adultes, il sera de bon ton d'utiliser des logos de la vie quotidienne ou les signaux 10

du code de la route auxquels assez vite nous ajouterons le café, la farine ou le riz... image d'un côté, écriture de l'autre. Mais photographier un mot ce n'est pas forcément le lire. A cette étape de la reconnaissance, on visualise sans forcément nommer. Et c'est très bien ainsi, car nous l'avons déjà dit, la lecture n'est pas une affaire de mémoire. D'ailleurs, si nous regardons notre propre façon de lire, il n'est pas besoin de décomposer un mot, même intérieurement, pour en saisir le sens, car en fait, l'esprit va bien plus vite que le travail des yeux. ( Une réalité dont il nous faudra tenir compte et dont nous reparlerons plus I0 in) . Ajoutons que ce jeu d'étiquettes, que chacun fabrique au fur et à mesure des besoins, servira également si l'on veut pour travailler le féminin elle et le masculin i~ le singulier ou le pluriel... De plus, le débutant inventera ses propres phrases en alternant l'image ou le mot, comme il le peut ou le souhaite.

Reconnaissance de la structure des mots
Nous travaillerons alors à partir de 5 ou 6 étiquettes portant chacune un de ces trois mots de départ, plus un quatrième (fée par exemple), écriture script d'un côté et majuscule de l'autre (page 28 de cet avantpropos). Pour cela, faire aligner ces étiquettes selon le principe du triage. Le débutant prend un mot et le place devant lui, prend le deuxième le met à côté du premier ou dessous selon la correspondance et continue sans éparpiller les autres. Il doit, en effet, les prendre selon l'ordre dans lequel ces mots se présentent, comme cela se fera en lecture. Nous pouvons demander ensuite de nous donner un des mots appris précédemment sur les boîtes, puis prendre nous-mêmes une autre étiquette, mélanger le tout, redemander un mot connu, continuer le rangement pour les autres et demander à la fin en choisissant un mot connu: « qu'est-ce que c'est? ». Alors la réponse arrive ou nous répondons nous-mêmes, sans insister. ( Nous sommes toujours au premier stade, et sortir une étiquette qui est demandée, ce n'est pas encore lire). Avec les syllabes, il est intéressant de marquer un rythme (on pose la syllabe voulue au fur et à mesure qu'on l'entend), ou bien, on la détache du mot pour la faire glisser à gauche, à droite, en haut etc., pour 11

découvrir sans explication que le mot se compose de phonèmes. On peut encore recomposer des mots nouveaux, par exemple nous verrons qu'avec caféet farine, il y a moyen de refaire phonétiquement cane,Carine, ou Corinepar exemple.
Il sera bon également d'avoir une série de chacune de ces syllabes écrites d'un côté en script et de l'autre en caractère d'imprimerie, pour les faire trier comme précédemment et sans forcément les lire. Nous sommes toujours au stade de la reconnaissance...

Reconnaissance à partir des premières fiches Sur la première fiche imprimée, le premier mot appris, caft, est dispersé sur la feuille, toujours selon les différentes écritures; dans un autre espace, une image de café, puis deux ou trois mots de farine et plus loin son image, un ou deux mots fée et dans un autre coin son image. Demander à l'apprenant d'indiquer le mot qu'il reconnaît et, l'inviter à relier ce mot à l'image avec un crayon de couleur ainsi que tous les autres de la même catégorie, comme nous l'avons déjà dit dans la présentation. Peut-être pourra-t-il de suite reconnaître le mot farine qu'il reliera alors avec une autre couleur à son image. En principe, on laissera le mot fée, mais?.. C'est la personne apprenante qui conduit, elle posera la question, exigera une réponse ou restera indifférente à l'inconnu, tout simplement. Sur la deuxième fiche, c'est le mot farine qui sera le plus fréquent avec comme image une présentation différente de la fiche précédente. Mais déjà il faudra inviter l'apprenant à prendre les mots dans l'ordre de présentation et ne pas le laisser chercher d'abord tous les mots café...tous les mots farine, etc. La troisième fiche proposera surtout le mot ri~ tandis que la quatrième s'attardera sur fée, mais on procédera toujours de la même façon, en prenant les mots de gauche à droite et en changeant de crayon chaque fois que cela sera nécessaire. A la cinquième fiche, le débutant découvrira fil et, à ce point là, il aura pu mémoriser 5 mots et sans doute 6 syllabes.

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Cependant, nous n'insisterons jamais assez pour dire que la lecture n'est pas une affaire de mémoire. Gardons-nous de faire enregistrer tous les mots d'une fiche ou même de faire retenir toutes les syllabes des premières fiches! Que le débutant aille à son rythme par toutes sortes d'exercices de reconnaissance. Il ne faut pas qu'il s'installe dans un système d'apprentissage mais dans un chemin de découverte et de relation. Sachons patienter et encourager: la phase de démarrage peut être plus ou moins longue.

Stade de la nomination
Pendant une vingtaine de fiches, ce sont souvent les mêmes mots que l'on retrouvera pour le plaisir de les reconnaître, puis de les nommer avant de savoir s'en servir pour aller plus loin en déchiffrant les nouveaux. Comme il ne serait pas bon de partir de l'image pour arriver au mot par un jeu de devinette, la présentation d'un même objet ne sera jamais la même d'une page à l'autre. En effet, le café sera dans une cafetière sur la première fiche, dans une tasse sur la suivante, puis en grains, en paquet... On verra une bobine de fil, du linge ou un oiseau sur lln fi~ etc. Par contre, la fiche réalisée, il pourra se faire que l'apprenant suive son trait de couleur depuis l'image jusqu'au mot pour mémoriser ce qui lui plaît. Ce ne sont pas aux illustrations qu'il faut se fier avant de lire. Au contraire, c'est la lecture qui élargit les connaissances et aide à comprendre certaines icônes. Il faut même ajouter que, sur quelquesunes unes de nos fiches, certaines images ne sont pas faciles à décoder; cela peut se révéler utile, car l'apprenant doit garder un sens critique, développer son imagination, élargir son champ de réflexion. Prenons par exemple la fiche n035, nous voyons parmi d'autres, l'image d'un homme. Est-il dans un jardin? Dans une rue? Que faut-il considérer: le trottoir, la fenêtre, le mur? Si je commence par lire, j'arriverai au mot tire, alors je comprendrai peut-être que cet homme tire sur une corde que je ne voyais pas jusque-là! Sur certaines fiches, on remarquera ce que j'appelle les mots pirates. Afin de ne pas habituer la personne qui apprend à regarder d'abord les images pour trouver les mots, ceux que j'appelle pirates n'ont pas d'images correspondantes. Mais ce seront toujours des mots dont les syllabes sont connues. Ainsi, très vite, nous trouverons rire ou férié. 13

Dans ce cas, soit l'apprenant fait un signe auprès du mot qu'il a lu sans trouver l'image, soit, lorsqu'il le veut ou le peut, il l'illustre lui-même.

Parcourir

un texte

On pourra encore faire parcourir un texte dans lequel se retrouve plusieurs fois un mot connu: une réclame sur le riz ou le caf~ par exemple. Cet exercice donne l'impression de lire comme «tout le monde », mais apprend aussi à suivre des yeux une ligne de lecture. En trouvant« le mot connu» (que nous n'avons pas annoncé), on l'entoure, ou le souligne (fiche 6 par exemple ). Plus tard, en travaillant avec le débutant, nous pourrons surligner tout ce qu'il peut lire seul et nous-mêmes « donner» les syllabes encore ignorées. Stade du déchiffrage Par des exercices variés, nous continuerons ainsi à passer les stades de la reconnaissance et de la nomination, tantôt avec les fiches, tantôt avec les étiquettes de syllabes, ou les pictogrammes~ Avec le mot cacao sur la dixième fiche, nous enclenchons le déchiffrage. Il est donc très important de ne plus «donner» les mots comme on a pu le faire parfois jusque-là quand c'était vraiment nécessaire. Il faut vraiment que ce soit le débutant qui découvre le mot nouveau, ou déduise ce «que» fait la consonne nouvelle. En effet, il peut lire ca) ca) et devinera le o. L'accompagnateur n'est là que pour confirmer ou encourager. Pour ce faire, au besoin on cache le reste du mot pour avancer syllabe par syllabe.

Lire permet de découvrir, de sortir de sa propre pensée pour entrer dans celle de l'autre. Lorsque le débutant bute sur la signification d'un mot qu'il vient de déchiffrer, on peut l'inviter à retourner sa feuille pour ne pas se laisser influencer par les images et à chercher à quoi ce mot le fait penser... Les mots feront bientôt images. Mais au contraire, on peut parfois interroger chaque image avec le mot:« cela, c'est du café? ... et ceci est-ce du café ? ...» Mais encore une fois, ce ne sont pas les illustrations qui importent. Elles ne sont là que pour concrétiser ce qui vient d'être lu, entraîner l'esprit à une représentation et favoriser l'imagination.
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