DICTIONNAIRE GÉNÉRAL DU CONGO-BRAZZAVILLE

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Première synthèse de l'histoire générale du Congo-Brazzaville partant des origines (XVe siècle) jusqu'à l'époque contemporaine, ce dictionnaire comprend 511 entrées portant sur les faits politiques, économiques, socio-culturels, les aspects mythologiques, géographiques. Il englobe aussi des notes bibliographiques à la fin de chaque entrée et des anecdotes historiques rendues dans des encadrés. En outre, il rassemble des annexes (cartes géographiques), une chronologie générale et deux index.
Publié le : lundi 1 novembre 1999
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EAN13 : 9782296395121
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DICTIONNAIRE GÉNÉRAL DU CONGO-BRAZZAVILLE

(Ç) L' Harmattan, 1999 ISBN: 2-7384-8222-8

PHILIPPE

MOUKOKO

DICTIONNAIRE

GÉNÉRAL

DU CONGO-BRAZZAVILLE
Alphabétique, analytique et critique Avec des annexes et ~lntableau chr()nologique

L 'Harnlattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'HarluattaD IDe 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y 1K9

En couverture: Nègre au globe terrestre (1989) de Marcel Gotène, huile sur toile, 60 X 80 cm. Illustration choisie par Philippe Moukoko

A ma regrettée mère, Julienne M'Boyo, à mon père, Daniel Moukoko à mes frères et soeurs Comme vous le voyez, je suis toujours debout!

Mes remerciements vont à mes nombreux amis et connaissances, et plus particulièrement à ceux qui m'ont apporté de l'aide dans la rédaction de cet ouvrage. Au titre des informations et renseignements donnés: Olivier Barlet de la revue Africultures (L'Harmattan), l'historienne Florence Bernault, JeanAbel Dirat (Jeune Afrique Économie), Guy Serge Nkoua, les écrivains Alain Mabanckou, Daniel Biyaoula, Caya Makhélé. A divers titres: Thierry Serge Renoux et Christine Susini, responsables de la salle de droit public de l'université d'Aix-Marseille III, Sylvestre Nkouikani. Didier Delprete (chargé de travaux dirigés), lecteur du premier jet, et Edit Kouba-Fila, lecteur de tout le manuscrit, qui ont apporté des corrections et suggestions. Last but not least, je remercie vivement Mlle Mariama Ahmed dont la présence a été très utile tout au long de la rédaction de cet ouvrage. Elle a, en outre, lu les dernières épreuves et a apporté d'utiles corrections.

AVERTISSEMENT

Avant d'entamer la lecture de cet ouvrage, le lecteur est convié à lire les lignes qui vont suivre: * Bibliographie. Sous cette rubrique sont réunis les ouvrages ou articles que j'ai lus. Lorsqu'un ouvrage important n'a pas été lu, il est précédé de la mention "à titre indicatif'. Les références auxquelles je renvoie sont-souvent commentées. * Biographie. A mon grand regret, je n'ai pas pu réunir les dates de naissance ou de décès de certaines personnalités retenues. L'éditeur a bien voulu imprimer l'ouvrage tel quel, la charge me revenant de combler ces lacunes lors d'une ultérieure réédition du dictionnaire. A cet effet, toutes suggestions et informations complémentaires pouvant contribuer à améliorer la qualité de cet ouvrage sont les bienvenues. Vous pouvez m'écrire par l'intermédiaire de mon éditeur ou par internet à mon adresse électronique suivante: pmoukoko@aix.pacwan.net

Nota Bene: A l'exception de celles que je n'ai pas pu vérifier, les informations contenues dans cet ouvrage sont à jour au 30 janvier 1999.

PRÉSENTATION DU DICTIONNAIRE

Voici le premier dictionnaire en langue française consacré au Congo qui n'avait suscité J'usqu 'alors aucune entreprise livresque mais dont la nécessité se faisait sentir depuis des lustres. Née du "choc" que j'eus avec un dictionnaire d'importance mineure de France Loisirs ("La France au XXème siècle "), l'idée me parut d'autant plus exaltante que la tâche prit l'allure d'une gageure, puisque le but recherché fut de rendre compte du vécu du peuple congolais, de sa situation particulière au monde et de la diversité de sa culture. Pour ce faire, ma première résolution fut de franchir les barrières disciplinaires, de "visiter" toutes les époques et de me positionner par rapport aux valeurs de la société congolaise. L'ampleur de la tâche m'amena à lire des articles de presse, des dictionnaires, des guides de voyage et autres ouvrages d'érudition (thèses, mémoires) dans le but d'obtenir une gamme d'informations, parfois rien du tout, pour aller perpétuellement de l'avant. Aussi me paraissait-il normal, pour ne pas me disperser dans des recherches inutiles, de ne recourir qu'aux journaux de renom, aux articles d'anthologies et aux oeuvres des spécialistes des domaines d'études abordés dans cet ouvrage. La seconde tâche fut d'arrêter une liste des entrées. S'il fut relativement facile d'inventorier les grands événements et personnages ayant marqué 1'histoire congolaise, il était plus difficile d'arrêter les noms des pers.onnages importants de second ordre. Pour y parvenir, il m'a fallu, après plusieurs balbutiements, procéder de façon arbitraire. Bien entendu, les noms et les faits retenus sont à mon avis les plus marquants. De cette façon, je me suis débarrassé de la tentative de multiplier les entrées dont la rédaction m'aurait conduit à des développements elliptiques. Néanmoins, cela a été compensé par la rédaction d'un index placé à la fin de l'ouvrage qui permet de retrouver par ordre alphabétique tous les noms cités et les thèmes abordés. Ce procédé a l'avantage d'éviter de fractionner les faits retenus et offre une utilité pratique. Il donne au lecteur des vues différentes sur son objet de recherche. Sur le fond, j'ai voulu faire de ce dictionnaire un ouvrage de référence

en y incluant des notes bibliographiques et en traitant les rubriques selon une

approche analytique et/ou descriptive], sans toutefois m'empêcher d'exprimer mon point de vue par le biais de l'examen critique. Cet aspect est très perceptible pour ce qui est des entrées consacrées à la vie politique. Peut-être faut-il faire montre de compréhension à mon égard. Les récents événements intervenus au Congo continuent encore à me hanter au point que mon aversion pour les hommes politiques a depuis lors décuplé. A la différence des artistes et des écrivains pour qui je nourris une profonde vénération du fait qu'ils cultivent les valeurs de tolérance, de liberté et de dignité, les hommes politiques ont toujours été à l'origine des maux du Congo. Dans ce cas, il fallait les traiter tels quels, c'est à dire restituer les faits par lesquels ils sont devenus des "personnages historiques". On sait aussi que les années de parti unique ont conditionné les mentalités congolaises, car 1'histoire sociale était préfabriquée par les "machines" de propagande du Parti Congolais du Travail, érigeant en valeur des faux credo et en grands personnages .ceux qui ne pouvaient l'être. C'est principalement contre cela que ce dictionnaire se veut critique. Mais loin d'avoir écrit une encyclopédie, j'ai voulu mettre à la disposition du public une oeuvre générale sur le Congo. De même, l'ouvrage recèle -je le sais pour l'avoir écrit- des lacunes et desfaiblesses. Les unes sont dues à l'insuffisance même de ma documentation, les autres à la difficulté2 de la tâche ou encore à ma démarche personnelle. Par ailleurs, ce que je ne pouvais éviter, ce sont les répétitions et redites lorsque les informations concernant deux ou plusieurs entrées se chevauchent ou ont une même origine factuelle. Peut-être pour combler certaines de ces lacunes faudrait-il une seconde édition. Dans cette éventualité, la prochaine consacrera une place aux "oubliés" qui n'ont pas été retenus ici et aux hommes d'affaires, sportifs et aux localités congolaises, etc. Quant aux célébrités musicales, politiques ou littéraires du moment, ilfaut encore du temps pour se rendre compte si elles vont véritablement entrer dans 1'histoire du Congo. Écrit d'abord pour les Congolais dont le système d'enseignement rend peu compte de leur histoire sociale, ensuite pour les étudiants qui sont avides de références utiles, enfin pour tous ceux qui manifestent une curiosité pour

1. A l'exception de quelques entrées ("rumeur", "phraséologie", "arrogance", de violence politique", "versatilité") qui constituent des "études".

"sous-culture

2. Difficulté d'autant plus grande que le temps consacré à la rédaction relativement court: de janvier 1997 à septembre 1998.

de l'ouvrage

a été

10

l 'histoire congolaise, le Dictionnaire général du Congo-Brazzaville comporte 511 entrées portant sur l 'histoire générale (politique, économique, littéraire et artistique), des aspects mythologiques et géographiques. Il englobe aussi des notes bibliographiques à lafin de chaque entrée et des anecdotes historiques rendues dans des encadrés. En outre, il rassemble des annexes (cartes géographiques), une chronologie générale et deux index. N'étant pas une oeuvre d'imagination, ce dictionnaire s'appuie sur un large corpus "scientifique" constitué des écrits des premiers voyageurs européens du XVème siècle, des colonisateurs, des chercheurs des années 50 et des spécialistes français et congolais actuels. Aussi exprimé-je une marque de reconnaissance à l'égard de ces chercheurs qui ont pu saisir les "clichés" de notre vécu lorsque certains d'entre nous dansaient encore et à ceux qui continuent d'éclairer certains aspects de la société congolaise actuelle au moment où une majorité des "clercs" se sont résolument tournés vers la "politique du ventre". C'est grâce à ces chercheurs que notre histoire a cessé de tomber dans l'effacement. Notre société s'ouvre ainsi sur le XXIème siècle avec une boîte à outils où nous puiserons pour ériger de nouvelles valeurs. Dans ce grand chambardement à venir, le Dictionnaire général du CongoBrazzaville constitue déJ"à apport sinon indispensable, du moins significatif. un
Aix-en-Provence, 8 septembre 1998 Philippe Moukoko

Il

LISTE DES SIGNES PHONÉTIQUES ET DES ABRÉVIATIONS UTILISÉS

I. SIGNES CONVENTIONNELS
1&

signifie que les informations concernant le mot
qui le précède se trouvent à l'entrée à laquelle ce signe renvoie
1&

Exemple: Zoulou

(voir) Milices privées

() englobe des exemples ou un point d'explication. [] contient une explication ajoutée par l'auteur. * placé devant un mot signale que celui-ci constitue une entrée à laquelle il peut être utile de se référer.
@ dans un encadré, apporte une anecdote.

o dans un encadré apporte une note explicative.

t

introduit une note bibliographique ou lorsqu'il s'agit d'un écrivain ses oeuvres ou les études qui lui sont consacrées.

o introduit un point de développement. c» précédé de 0 constitue sa sous-section
~

indique une date ou un chiffre approximatif

II. SIGNES PHONÉTIQUES Use lit [u:] Exemple: Munari ou Munukutuba

13

III. ANNOTATIONS MORPHOLOGIQUES Pour les noms d'ethnies, il convient de se référer au radical lorsqu'ils constituent une entrée:

Exemple: Ba-Téké Ba-Kongo (les)

III"

Téké (les) lU" Kongo (les)

Sauf dans certains cas où un fait est attribué à une sous-ethnie qui ne fait pas l'objet d'une entrée: Exemple: Ba-hangala (résistance) et non Hangala (résistance) Ba-Kougni (résistance) et non Kougnis (résistance) Ba étant la marque du pluriel

14

LISTE DES SIGLES ET DES ABRÉVIATIONS

A.C.A.P. A.I.A. A.O.F. B.C.C. B.C.C.O. B.E.A.C. B.N.D.C. C.A.S.L. C.C.A. C.C.S.L. C.EP.E. C.E.S.B. C.F.A.O. C.F.D.T. C.F.H.C. C.F.H.B.C. C.F.S.O. C.F.T.C. C.G.C. C.G.T.-F.O. C.G.T.A.E. C.I.A. CICIBA C.N.R.S. CONOSEL
COPARCO

C.P.K.N.

Association Congolaise d'Amitié entre les Peuples Association Internationale Africaine (Belgique) Afrique Occidentale Française Banque Commerciale Congolaise Bureau pour la Création, le Contrôle et l'Orientation des entreprises Banque des États de l'Afrique Centrale Banque Nationale de Développement du Congo Confédération Africaine des Syndicats Libres Caisse Congolaise d'Amortissement Confédération Congolaise des Syndicats Libres (exC.A.S.L.) Certificat d'Études Primaires Élémentaires Centre d'Enseignement Supérieur de Brazzaville Compagnie Française d'Afrique Occidentale Confédération Française Démocratique du Travail Compagnie Française du Haut-Congo Compagnie Française du Haut et Bas-Congo Compagnie Forestière de la Sangha-Oubangui Confédération Française des Travailleurs Chrétiens Confédération Générale des Cadres (France) Confédération Générale du Travail-Force Ouvrière Compagnie Générale du Transport en Afrique Équatoriale Central Intelligence Agency (États-Unis) Centre International des Civilisations Bantoues Centre National de la Recherche Scientifique (France) Commission Nationale d'Organisation et de Supervision des Élections Compagnie Congolaise de Parfumerie et de Cosmétiques Compagnie Propriétaire du Kouilou-Niari 15

E.N .A. E.N.S. E.N.S.A.C. E.R.D.U.N.N. F.A.C. F.A.O. F.E.A.N.F. FESPACO F.M.I. F.P.A. G.P.E.S. I.N.A. INSSEJAG INSSED M.A.C.C. M.A.S.A N.A.H.V. O.C.B. OCORA O.M.S. O.N.U. O.R.S.T.O.M. O.R.T.F. O.U.A. PARESO PNUD R.D.R. R.C.A. R.D.A. R.D.A. R.F .A. R.F .1. S.F.I.O.

École Nationale d' Administration (France)

École Normale Supérieure

.

École Normale Supérieure d'Afrique Centrale Espace Républicain pour la Défense de la Démocratie et de l'Unité Nationale Forces Armées Congolaises Food and Agriculture Organization Fédération des Étudiants d'Afrique Noire en France Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou Fonds Monétaire International Fabrique de Peinture en Afrique Groupement pour l'Évolution Économique et Sociale Institut National de l'Audiovisuel (France) Institut Supérieur des Sciences économiques, Juridiques, Administratives et de Gestion Institut Supérieur des Sciences de l'Éducation Manufacture d'Armes et de Cartouches Congolaises Marché des Arts du Spectacle Africain (Côte d'Ivoire) Nieuwe Afrikaansche Handels Vennootschap Office Congolais de Bois Office de Coopération Radiophonique (France) Organisation Mondiale de la Santé Organisation des Nations Unies Organisme de Recherches Scientifiques et Techniques d'Outre-Mer Office de la Radio et de la Télévision Française Organisation de l'Unité Africaine

Programme d'Action et de Relance Économique et
Sociale Programme des Nations Unies pour le Développement Rassemblement pour la Démocratie et la République République Centrafricaine Rassemblement Démocratique Africain République Démocratique Allemande République Fédérale Allemande Radio France Internationale Section Française de l'Internationale Ouvrière 16

I

S.I.A.N. SNEFAC SO.CO.DI. SONATRAB SOTEXCO T.P O.K JAZZ U.F.D. UNESCO U.R.D.-F.D.U. U.D.R. Mwinda U.R.S.S.

Société Industrielle du Kouilou-Niari Société Nouvelle des Entreprises Franco-Africaines Société Congolaise de Disque Société Nationale de Transformation du Bois Société des Textiles du Congo Tout Puissant Orchestre Kinois de Jazz Union des Forces Démocratiques Organisation des Nations Unies pour l'Éducation, la Science et la Culture Union pour le Rassemblement Démocratique- Forces Démocratiques Unies Union pour la Démocratie et la République-Mwinda Union des Républiques Socialistes Soviétiques

17

A
ADIDI DANIEL Homme politique (*Sangha, 13 mars 1942). Il étudia à l'université de Grenoble (France) jusqu'à l'obtention d'un doctorat en mathématiques et milita au sein de l'Association des Étudiants Congolais (*A.E.C.). En sa qualité de membre influent de l' *A.E.C., il cautionna le pouvoir de Marien *Ngouabi mais ne connut une ascension politique qu'en 1979, à l'avènement de *Sassou Nguesso au pouvoir. Enseignant à l' *université de *Brazzaville, puis nommé recteur (19791983), il devint successivement membre du Comité central du *P.C.T. (1984) chargé des relations extérieures, ministre de l'Éducation secondaire et supérieure (1984) et membre du Bureau politique du *P.C.T. (1989) chargé de l'Éducation et de l'Idéologie. En 1990, Daniel Abibi démissionna du *Parti Congolais du Travail de *Sassou Nguesso et rejoignit 1'*U.PA.D.S. de Pascal *Lissouba. Celui-ci le nomma représentant du Congo aux Nations Unies.
ADADA RODOLPHE

. Bibliographie.- Bazenguissa-Ganga, Les voies du politique au Congo, Karthala, 1997, p. 220, et plus spécialement p. 425.

Homme politique. Après avoir suivi ses études secondaires au Congo, il partit en France pour poursuivre ses études supérieures de mathématiques. Comme la plupart des jeunes étudiants congolais de l'époque, il milita au sein de l'*A.E.C. Après avoir obtenu son doctorat, il rentra au Congo. En 1972, il devint l'un des membres de cette association élitiste à faire allégeance au régime de Marien *Ngouabi. Coopté au Comité central du *P.C.T. dès cette année, il fut successivement nommé ministre des Mines et de l'Énergie (1977-1984), des Hydrocarbures (1984-1989) et de l'Enseignement secondaire et 'Supérieur, chargé de la recherche scientifique (19891991). A la chute du régime autocratique de *Sassou Nguesso, il s'installa en France et réapparut à la veille des élections présidentielles avortées de juillet 1997 comme un membre important de la campagne de *Sassou Nguesso. Lors du déroulement de la seconde bataille de *Brazzaville, il s'illustra dans la recherche de soutiens publics et financiers pour le compte de son leader. Au retour de ce dernier au pouvoir, il a été nommé, en novembre 1997, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération.

19

.

Les Bibliographie. - Rémy Bazenguissa-Ganga, voies du politique au Congo, Édition Kathala, 1997, p. 425. L'Autre Afrique, n° 25, du 12 au 18 novembre 1997, p. 32.

A.E.C. (Association des Étudiants Congolajs) Créée à Paris le 13 octobre 1952 sous le numéro 52/1073 par Martial *Sinda, JeanMarie Concko et Hélène Bouboutou, l'A.E.C. se présenta comme le forum de la jeunesse étudiante congolaise en France. Affiliée à la Fédération des Étudiants d'Afrique Noire et dotée d'un organe de presse (Bulletin de 1'*A.E.F.), l'Association hésita longtemps entre apolitisme et engagement politique direct, bien que certains rédacteurs, tels Lazare *Matsocota et Pascal *Lissouba, écrivaient déjà des articles virulents contre le pouvoir colonial. Ainsi, la nouve lIe ligne amena certains d'entre eux à créer "L'Action congolaise", journal dissident dirigé par *Matsocota et Baba Aïdara ayant de puissants alliés dans le groupe des anciens associés (Ernest *Ndalla, Ambroise *Noumazalaye) rentrés au Congo. En 1956 et 1957, ses membres se lancèrent dans des ac60ns de propagande politique par lesquelles ils dénoncèrent la colonisation du *Moyen-Congo et critiquèrent les dirigeants politiques congolais enclins à servir les intérêts des colons plutôt que ceux du peuple. Après le succès obtenu lors des journées du 31 août au 3 septembre 1957, l'A.E.C. s'orienta de plus en plus vers l'action politique. A la "révolution des *Trois Glorieuses", cette élite accéda rapidement à de hauts postes politiques (*Lissouba, Premier ministre) et judiciaires (*Matsocota, procureur de la République). En dépit de cette vitalité jdéologique à tendance marxiste, l'unanimité sur une option politique claire n'existait pas au sein de l'Association. Devenue le creuset de l'intelligentsia politique congolaise, l'A.E.C. renouvela ses instances dirigeantes chaque fois que ses membres les plus influents rentraient au Congo. Avec 1'*U.G.E.E.C., elle prit une part importante dans la chute 20

A.C.I (Agence Congolaise d'Information) Agence de presse nationale créée par la loi du 20 juin 1961 qui partageait avec le journal *Étumba à partir de 1964 le monopole de la récolte et de la diffusion des informations concernant le Congo. Elle succède à l'Agence France-Presse et édite un bulletin quotidien ronéoté en langue française tiré à un millier d'exemplaires. Au lendemain des "*Trois Glorieuses", elle se colora de l'idéologie officielle de l'État, secondant souvent le journal *Étumba dans son rôle d"'éclairer la révolution". Ainsi, l'A.C.!. participa à la critique des dirigeants européens des entreprises installées au Congo (*Potasses, *Elf) et activa le dénigrement des "contre-révolutionnaires". Dans ses bulletins, elle adoptait une attitude frileuse, niant souvent les faits (grèves de 1971), ressassant l'imminence d'une conspiration internationale contre les institutions congolaises. En 1987 et 1989, l'A.C.I. connut de longues périodes d'interruption de ses activités. Depuis la fm du régime monopartiste, elle s'est adaptée au nouvel environnement médiatique. Mais du fait de l'absence d'une véritable politique de modernisation de ses structures techniques, elle reste encore un parent pauvre des agences de presse opérant au *Congo.
. Bibliographie.Marchés Tropicaux et

Méditerranéens de 1961 à 1990, et plus spécialement 21 avril 1972,31 mars 1972,3 mars 1970. L'esprit général de sa nouvelle orientation transparaît dans ses dépêches, voir Guy Menga, Congo, La Transition Escamotée, L'Harmattan, 1993.

politique de *Massamba-*Débat. Sous le règne de Marien *Ngouabi, les contradictions internes entre les étudiants du Nord favorables à Marien *Ngouabi et ceux du Sud le considérant comme un faux révolutionnaire contribuèrent à l'affaiblissement du mouvement étudiant. L'aile radicale continua néanmoins à critiquer les visées répressives du régime (grève de novembre 1971). En retour, Marien *Ngouabi porta un coup fatal aux activités de l'*A.E.C. en vendant La Maison des Étudiants Congolais (M.E.C) à Paris où l'association avait son siège. En 1979, à la suite du refus de *Sassou Nguesso de coopérer avec elle, l' A.E.C. s'illustra par la diffusion des tracts contenus dans le document "L'Étudiant Congolais". Devenue finalement une association des étudiants *kongo, elle n'avait pas pu embrigader la nouvelle génération d'étudiants congolais vivant en France qui manifestent de grandes réserves à l'égard de toute association à caractère politique. Ainsi, l'Association des Étudiants Congolais n'a pas survécu au-delà des années 80.
. Bibliographie.Samuel Decalo, Virginia Thompson, Richard Adloff, Historical Dictionary of the people 's Republic of Congo, The Scarecrow Press, Inc., Metuchen, N.J., and London, 1996, p. 39. Jean Michel Wagret, Histoire et sociologie politiques du CongoBrazzaville, P.U.F, 1960, p.183. Florence Bemault, Démocraties ambiguës en Afrique centrale, CongoBrazzaville, Gabon, Karthala, 1996, p.p. 336-337. Bazenguissa-Ganga, Les voies du politique au Congo, Karth al a, 1997, l'auteur recourt dans diverses pages aux tracts diffusés par cette association, p.p. 270-271.

A.E.F. (Afrique Équatoriale Française) Appellation donnée aux territoires d'Afrique centrale conquis par la France et longtemps dénommés le "Congo français". Créée le 25 janvier 1910 par le *Gouverneur général 21

Merlin, 1'* A.E.F. comprenait quatre colonies (*Moyen-Congo, Gabon, Oubangui-Chari, Tchad) et avait pour capitale politique et administrative *Brazzaville. Elle s'étendait sur une superficie de 2 538 445 km2 et comptait en 1950 4 143 922 habitants dont 15 922 Européens et assimilés, 4 128 000 autochtones. Équatoriale, l' A.E.F. ne l'était pas entièrement, car elle présentait une grande diversité climatique opposant trois ensembles (régions équatoriale, tropicale et subdésertique), offrant, par conséquent, des températures arides, très humides et chaudes. La fédération était administrée par un *Gouvemeur général, puis à partir de 1946 par un haut-commissaire de la République contrôlant l'action des départements (20), des districts (127) et des chefs de tribus indigènes. Le hautcommissaire de la fédération recevait le A.E.F., concours du Grand conseil de 1'* constitué de 20 délégués des quatre territoires. Par ailleurs, la vie politique était rendue possible par les élections de 1945, mais l'existence des collèges différents (1er et 2ème) entre autochtones et Européens ainsi que la coexistence de plusieurs scrutins (uninominal, tête de liste, proportionnel, etc) bloquaient jusqu'en 1958 une réelle expression des sensibilités politiques africaines. Sur le plan économique, la Fédération avait longtemps souffert des velléités de la politique métropolitaine qui faisait d'elle, par comparaison à l'A.O.F., la "cendrillon" de l'empire français. En dépit des efforts déployés par de différents chefs de territoires pour promouvoir le développement socio-économique de la colonie, les réalités socio-historiques, telles que le poids des *compagnies concessionnaires, l'omniprésente domination des Européens dans les circuits économiques

ainsi que les humiliations subies quotidiennement par les peuples colonisés, pesèrent de telle sorte que l'ensemble des territoires de 1'* A.E.F. optèrent aux différents référendums de 1958 pour leurs indépendances politiques.
. Bibliographie.François Luchaire, Les institutions politiques et administratives des territoires d'Outre-mer après la loi-cadre, Revue juridique et politique de l'Union française, 1958, p.p 15-294. Pour les aspects historiques et surtout physiques, humaines et industriels: Jean Pouquet, Afrique Équatoriale Française, Que sais-je, Presses Universitaires de France 1954, n° 633. Sur les aspects humains, Eugène Guemier, Afrique Équatoriale Française, Paris, 1950, p.p. 433-434. Sur l'origine, la formation de l'A.E.F., voir aussi Eugène Guemier et G. Froment-Guieyesse, (sous la direction de), Afrique Équatoriale Française, Encyclopédie coloniale et maritime, Paris, 1950, p.p. 46-67. On consultera avec profit, G. Bruel, La France Équatoriale Africaine, le pays, les habitants, la colonisation, les pouvoirs publics, 2ème édition, Larose, 1935. H. Ziéglé, Afrique Équatoriale Française, Berger-Levrault, 1952. Atlas colonial français, préface du Maréchal Lyautey, L'Illustration, 1929, p.p. 141-148.

AFFAIRE DU CONGO ~ Compagnies concessionnaires

AFONSO I er (Nzinga Mpemba baptisé sous le nom de) Célèbre roi chrétien qui gouverna le royaume *Kongo de 1506 à 1543. Sous le règne de *Joâo 1er, Dom Afonso gouverneur à Nsundi, s'opposait par ses idées progressistes à son frère cadet Mpanza Nzinga, fervent défenseur des valeurs traditionnelles menacées et gouverneur de la province de Mpangu. En 1506, à la mort de *Joâo 1er, Dom Afonso put vaincre, avec l'appui des Portugais, son frère ennemi qui avait le soutien d'une grande majorité de

*Kongo. Sa victoire fut mise sur le compte de l'intervention du miracle religieux, d'un don de Saint-Jacques. Cet événement fut d'une importance telle que le nouveau roi se donna à fond à l'évangélisation de son royaume. Très Chrétien, Afonso 1er fit construire des églises pour faire de *Mbanza Kongo le foyer religieux du royaume. On dénombra quelques-unes dont San Salvador (1526) et "Notre-dame-des-victoires" (Ambilla, 1526). Il encouragea beaucoup de *Kongo à devenir chrétiens. Pour répandre l'évangile, il fit constamment appel aux missionnaires qui se chargeaient aussi de l'instruction civique. Progressiste, Dom Afonso mena une véritable politique de l'enseignement. Dans la capitale, il fit construire quelques écoles afm de permettre à ses "fils" et à ceux de ses notables de s'instruire et d'apprendre les précéptes de la religion chrétienne. Quelques-uns d'entre eux eurent le privilège d'aller étudier au Portugal. Le royaume eut ainsi une élite: Dom Henrique, fils du roi, devint évêque et Dom Afonso, son neveu, obtint le grade de professeur à Lisbonne. Le roi voulut en même temps organiser un enseignement scolaire pour les jeunes filles que ne permit pas l'insuffisance de ses moyens matériels et fmanciers. En réalité, le roi Afonso vit dans la religion et l'acquisition du savoir moins un moyen de convertir les mentalités qu'une occasion de raffermir son pouvoir. C'est à ce titre qu'il oeuvra pour la centralisation du pouvoir largement inspirée du modèle du royaume du Portugal. En dépit du rôle d'intermédiaire que les Portugais s'étaient arrogé en politique extérieure, il réussit à établir des relations diplomatiques avec le Saint-Siège. Cependant, son programme de réforme religieuse et politique .dépendait largement de la puissance et de l'assistance fmancière des Portugais qui monopolisaient

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les relations commerciales avec l'étranger. Tous n'étaient pas des missionnaires. Parmi eux, il y eut des mercenaires, des marchands occasionnels, des marins, des spéculateurs et des faux missionnaires, préoccupés à augmenter leurs revenus plutôt qu'à répandre l'évangile. Autour de 1512, les Portugais commencèrent à se livrer au commerce négrier et incitèrent les *Kongo à marchander. Les antagonismes surgirent très vite, car le roi, qui n'avait aucune influence fmancière, tenta de contrôler ce trafic. Mais, il se heurta aux Portugais qui lui accordèrent la liberté de faire du commerce et se réservèrent l'exclusivité du transport. En 1526, la tension s'aggrava lorsque les membres de la famille royale furent embarqués et vendus comme des esclaves sans distinction de leur statut social. Le roi protesta vivement auprès du roi du Portugal. Mais c'est la lettre de Jean III qui coupa court à toute tentative d'Afonso d'avoir la mainmise sur ce commerce florissant. Face à cette intransigeance, Afonso 1er fut d'autant plus désarmé qu'il craignit J'abandon des activités commerciales se déroulant au port de Mpinda au profit de San Tomé et des côtes d'Angola. Ces antagonismes commerciaux et politiques (tentatives de renverser le roi en 1539) se renforcèrent au fil des années, tant que continua à se poser le problème des mythiques mines du royaume. Vieillissant et délaissé par ses anciens alliés, le roi vit peu à peu le début de la dégénérescence de son royaume et ne put inverser le cours des choses. Il mourut en 1543 dans l'oubli le plus total. Le règne du "plus chrétien" des rois de *Kongo correspondit à la période la plus faste de la christianisation du royaume et à l'entrée du Portugal dans le jeu colonial. Son adhésion affirmée au christianisme et son oeuvre progressiste furent à l'origine de la

destruction de l'art *kongo et contribuèrent à ouvrir le royaume aux influences extérieures néfastes. Mais de son vivant, Afonso connut l'un des règnes les plus prestigieux des Ntotila (rois) de *Kongo.
. Bibliographie.- Voir sous royaume Kongo. Filippo Pigafetta et Duarte Lopès, D~scription du Congo et des contrées environnantes, Edition E. Nauwalaerts, Louvain, 1965, p.p. 89-99. Hubert Deschamps, Histoire générale de l'Afrique Noire, tome I, p.p. 371 à 396, P.D.F., 1970. Georges Balanqier, La vie quotidienne au royaume de Kongo du XVlème au XVllème siècle, Hachette, 1965, p.p. 37-52.

AGIP-CONGO Société pétrolière italienne créée en 1971. L'État congolais détenait jusqu'en 1996 20% de parts sociales de son capital. Elle a pris une place importante dans la recherche et l'exploitation des champs pétrolifères. Partenaire d'*Elf-Congo dans plusieurs permis d'exploration (Emeraude, LoangoEst, Yanga-Sendji, Tchibouela, etc) et principale opératrice (Loango-est, Likouala, Zatchi-Marine, Kitina, etc), elle a contribué de 1973 à 1989 à l'augmentation de la production du pétrole favorisant les deux "*booms pétroliers". Sous le règne de *Ngouabi, elle a failli être nationalisée, mais la décision rendue par la Cour d'arbitrage internationale (le CIRDI) a permis de main,tenir le statu quo tout en dédommageant l'Etat. Deuxième grande société après *Elf-Congo, Agip-Congo offre à ses employés (278 en 1990) des salaires plus valorisants que ceux qui ont cours dans les autres secteurs de la vie économique (fonction publique et autres sociétés privées). Par ailleurs, elle a aussi mis une infime partie de ses marges bénéficiaires dans la promotion de la culture congolaise. A cet effet, la création du prix Enrico Matteï 23

(nom du premier directeur de la société) a couronné des écrivains de renom (*TatiLoutard, *Sony Labou Tansi, etc) ainsi que des peintres talentueux comme Michel *Hengo et Marcel *Gotène. Depuis l'entrée en vigueur de la loi n°24/94 du 23 août 1994 instituant le nouveau code des hydrocarbures, Agip, devenue entièrement italienne à la suite de la rétrocession des parts de l'État, s'est pliée à la nouvelle législation qui avantage tous les groupes pétroliers étrangers opérant au Congo par le biais des contrats de partage de production.
. Bibliographie.- Europe-Gutre-Mer, mai 1980, n0604. Marchés nouveaux, 1er mars 1997, n 01. Marchés Tropicaux, numéro spécial de juin 1997. Marchés Tropicaux, 2 juillet 1982, p. 1872.

Elle a créé plusieurs emplois (au moins 1000/an) et a fait émerger de petites unités d'exploitation agricoles détenues par des Congolais. Ce dynamisme l'a conduite à étendre son action dans le *Niari (*Dolisie) et dans les *Plateaux, tout en se dotant d'un observatoire économique du maraîchage chargé d'étudier les lois du marché (offre et demande) à *Brazzaville.
. Bibliographie.Marchés Tropicaux et

Méditerranéens, juin 1997, p.p. 36-37, numéro hors série. Pour la politique agricole et de l'élevage, Marchés nouveaux, nOl, mars 1997, p. p. 186-205.

AMBOUILA (bataille d') Elle se déroula le 25 octobre 1665 et opposa les troupes portugaises du Gouverneur André Vidal de Negreiros aux *Kongo. L'origine du conflit remonte au début du XVllème siècle. En effet, les relations de bon voisinage qui s'étaient établies' entre les Portugais et les *Kongo étaient constamment soumises à de fréquentes tensions. Voulant contrôler les relations commerciales avec l'étranger, les différents rois depuis *Afonso se heurtèrent au refus systématique des Portugais. Ceux-ci s'étaient particulièrement intéressés, afm de satisfaire les besoins en hommes que nécessitaient l'exploitation et le peuplement de leurs nouvelles colonies du Brésil ou du CapVert, au commerce des esclaves et au négoce des matières premières, sans toutefois abandonner leur vieille hantise de prospecter et d'exploiter les mines du royaume. Après maintes prospections qui se soldèrent par des échecs (1536), les Portugais accusèrent les *Kongo de "dissimulation" mystique. Lorsque les Hollandais occupèrent l'Angola de 1642 à 1648, les *Kongo, désormais hostiles aux 24

AGRI-CONGO Société mixte de développement agricole créée en 1986 par l'État congolais (42%), *Elf-Congo (50%) et divers partenaires privés (8%), Agri-Congo est devenue depuis 1988 une société privée dont toutes les parts sociales sont détenues par l'Association Agri-Sud International. Implantée à *Brazzaville, elle a pour mission principale "le pilotage d'activités agricoles et d'élevage" (soutien, création, aides, recherches, etc). Collaborant avec des O.N.G, l'administration congolaise et les centres de recherche, dotée d'un soutien financier de l'État, de plusieurs partenaires internationaux (BAD, Union Européenne, etc) et des pays comme le Canada ou l'Allemagne, Agri-Congo s'est efficacement illustrée dans la production maraîchère et vivrière autour de *Brazzaville, contribuant ainsi à l'approvisionnement en vivres (endives, piments, etc) des marchés de la place.

Portugais, s'allièrent aux nouveaux venus. Mais, en 1648, les Portugais réussirent à chasser les Hollandais et reprirent le contrôle des territoires. Pour punir le peuple du royaume *Kongo de sa collaboration avec l"'étranger", les Portugais imposèrent au roi Garcia II *Afonso la signature d'un traité de paix (13 avril 1649) qui leur concéda "les montagnes dans lesquelles on dit qu'il se trouve des mines d'or et d'argent" et les terres de *Kongo méridionales. A la mort du roi, son successeur, Antonio 1er, continua à s'opposer à la prospection des ressources minières tant convoitées. Pour avoir la liberté de mener cette entreprise, les Portugais déclarèrent la guerre aux *Kongo. La bataille fut fixée au 25 octobre 1665. Auparavant, Antonio 1er dut mener une vaste campagne de sensibilisation à travers toutes les provinces de royaume. Il parvint à constituer une armée d'environ 100 000 hommes, à la tête de laquelle il se plaça lui-même en vertu de l'adage *kongo selon lequel "la guerre est l'affaire des chefs et non des sujets". Les armées portugaise et *kongo bataillèrent en brandissant chacune des enseignes portant des croix. Les combats furent atroces. L'armée portugaise perdit beaucoup de ses soldats mais imposa une écrasante défaite aux *Kongo qui étaient sur le point de gagner, mais abdiquèrent lorsqu'ils virent la tête de leur roi coupée au combat. Ainsi, les sujets d'Antonio 1er furent massacrés, des hommes capturés furent vendus comme des esclaves par les Portugais, la tête du roi fut exhibée à l'Église Notre dame de Nazareth avant de l'enterrer à Luanda. L'issue de la bataille ouvrit la période des rivalités et des divisions claniques pour la succession au trône à San Salvador mais ajourna la mainmise portugaise sur le royaume.

1800, P.D.F., 1970, Chapitre X, p. 382. Georges Balandier, op. cit., p.p. 64-65.

ÂME BLEUE (l') ~ Makouta Mboukou

AMICALE (Association des Originaires de l'A.E.F. et du Congo belge) Association apolitique fondée le 17 juillet 1926 à Paris par André *Matsoua, reconnue officiellement sous le numéro 164-649 à la préfecture de la Seine. L'Amicale s'était proposée d'apporter de l'aide morale, matérielle et financière à ses membres en cas de difficultés. Elle avait aussi inscrit dans son programme les problèmes liés à l'évolution morale et intellectuelle des populations concernées.' Fixée à Paris, l'Amicale ouvrit progressivement des antennes à Marseille et à Bordeaux. En 1928 et 1929, l'Amicale entreprit une campagne d'information et de collecte de fonds en envoyant quelques-uns de ses membres (Pierre N' Ganga, Constant Balou) en *A.E.F. et au Congo belge. Dans ces territoires, l'opération rencontra un franc succès (plus de 100 000 francs de collecte). Des bureaux furent ouverts à *Brazzaville, Léopoldville, Libreville et *Pointe-Noire. Pressé par ses amis *kongo, encouragé par quelques personnalités françaises rencontrées à Paris, André *Matsoua, qui a pris un second prénom (Grenard), orienta très vite son action associative vers des revendications politiques. Les colons qui avaient auparavant approuvé l'Amicale lui octroyant même une subvention (1 000 francs, 1929) commencèrent à s'inquiéter de l'influence que prenait l'Association. Ils firent pression sur l'administration coloniale. L'Amicale fut

. Bibliographie.- Hubert Deschamps, Histoire générale de l'Afrique noire, tome I, Des origines à
25

dissoute en 1929, tandis que son chef fut arrêté et transféré au Congo. Entrée dans la clandestinité, l'Amicale continua à recruter ses membres au Congo et plus particulièrement au sein de la population *kongo. Dès lors, l'Association vécut au gré de la politique des autorités françaises (autorisation en 1935, nouvelle interdiction en 1939) jusqu'à la mort d'André *Matsoua en 1942. Après cette date, le mouvement amicaliste se transforma aussitôt sous la direction de Pierre Kinzonzi en un puissant mouvement socio-religieux exaltant la personnalité de *Matsoua. Le *matsouanisme devint ainsi une redoutable arme religieuse dans la lutte contre le colonialisme français et devait peser lourdement sur l'avenir de la colonie.
Bibliographie.Voir sous Matsouanisme. Wagret, Histoire et sociologie politiques, op. cit, p.p.42-49. Georges Balandier, Sociologie actuelle de l'Afrique noire, 1955, Quadridge, 1955, p.p. 396-416. Georges Balandier, Sociologie des Brazzavilles Noires, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, 1985, p.p. 171-173. L'amicalisme, sa portée révolutionnaire et les limites de son action, in Woungly-Massaga, La révolution au Congo, Maspero, 1974, p.p. 100-108.

changement. A la création de l'*U.P.A.D.S, l'A.N.D. devint une machine électorale dont la fonction fut de drainer des voix au candidat Pascal *Lissouba. A l'élection de celui-ci à la présidence de la *République, les têtes d'affiche de l'A.N.D. furent nommées aux postes les plus importants du gouvernement de Stéphane *Bongho Nouarra. Dès le lendemain de la constitution de ce cabinet ministériel, l'A.N.D se mua en "Mouvance présidentielle", nouvelle coalition politique que dirigeaient *TambaTamba, puis *Yhombi-Opango.
. Bibliographie.Pour les agissements de l'A.N.D, voir Guy Menga, Le Congo, La Transition escamotée, L'Harmattan, 1996.

.

ANGA PIERRE (capitaine) Homme politique (1940-1988). Il fit ses études supérieures en U.R.S.S. où il obtint un doctorat en sciences sociales. Éphémère membre du Comité central du *P.C.T. en 1972, il exerça les fonctions de garde du corps du président Marien *Ngouabi. A la suite de l'assassinat de ce dernier, il entra au *Comité Militaire du Parti. Sous la pression de *Sassou Nguesso et Florent *Tsiba, il fut exclu du Comité central du *P.C.T. en raison de son opposition à Denis *Sassou Nguesso qu'il accusait d'avoir tué Marien *Ngouabi et d'avoir accaparé' tous les pouvoirs militaires et politiques. Emprisonné en 1979 au lendemain de la chute de *Yhombi-Opango, Pierre Anga vivait dans une situation de semi-liberté même après sa libération. Suspecté de préparer un coup d'État, il refusa de se rendre aux autorités politiques du régime de *Sassou Nguesso. Dans sa région de la *Cuvette, il tenta de se rebeller avec ses partisans. Mais il fut tué en juillet 1988 par l'armée congolaise dirigée par Jean-Marie 26

A.N.D. (Alliance Nationale pour la Démocratie) Coalition de 16 partis politiques créée le 26 juillet 1991, coordonnée par Stéphane *Bongo-Nouarra et animée pour l'essentiel par des anciens apparatchiks du *Parti Congolais du Travail (*Moukouéké, *Mberi Martin, *Tamba-Tamba, etc). Présents au sein du Conseil Supérieur de la *République, les membres de l'A.N.D. constituaient une réelle opposition à l'égard de la politique du gouvernement d'André *Milongo soutenue par les *Forces du

Michel *Mokoko.
~ Owando (affaire d')

ANGOR LÉON-ROBERT Homme politique (Souanké, 13-07-1926- 2 octobre 1993). Comptable de formation, il se convertit avant les indépendances dans le syndicalisme. En 1963, Léon Angor fut le responsable de la Confédération Congolaise des Syndicats Libres (C.C.S.L. ex C.G.T.F.O.) qui parapha la lettre commune (5 juillet 1963) de protestation des syndicats contre les propositions youlistes de création d'un syndicat unique. Ainsi, il devint l'un des fossoyeurs du régime de *y oulou. C'est à ce titre qu'il fut élu en décembre 1963 président de 1'* Assemblée nationale. Il fut réélu en mars 1965 à ce poste. Marxiste sourcilleux, il déclara au cours de la session parlementaire du 26 décembre 1963 : "Nous devons montrer que la révolution répondait à un besoin de changement de régime dans les domaines politique, économique et social". Son extrémisme fut tel que dans l'affaire de réfugiés (1964) opposant les deux Congo (Léopoldville et *BrazzavilIe ), il qualifia Tschombé de "marionnette des impérialistes" et menaça de censurer le gouvernement de Pascal *Lissouba au motif qu'il abritait des "contre-révolutionnaires". Par ailleurs, il refusa d'accorder au président de la *République le pouvoir de légiférer par ordonnance (septembre 1964). Dans son discours du 29 juillet 1965, il allia ses convictions révolutionnaires à une sousculture de *violence politique en affirmant: "Puisque la souveraineté du peuple s'exerce ici, le parlement révolutionnaire que je préside donne plein pouvoir aux brigades de vigilance et de choc de toutes les fédérations

du *Mouvement National de la Révolution, tant locales que régionales, pour liquider sur-le-champ tout artisan de la contrerévolution" . Une telle attitude ne pouvait laisser indifférent *Massamba-Débat qui se montrait constamment réservé envers la politique de nationalisation tous azimuts. Le 20 mai 1966, Léon Angor fut battu au poste de président de 1'* Assemblée par un proche de *Massamba-Débat, André Georges *Mouyabi. Non content de cette disgrâce et de la rétrogradation de Marien *Ngouabi en soldat de première classe, il participa avec d'autres dirigeants politiques du Nord (Céline Yandza, Emmanuel *Dadet, etc) à la dégradation des locaux du *Mouvement National de la Révolution. Emprisonné le 27 juin 1966 à Makala (l'un des camps de la mort de la *J.M.N.R.), ancien centre de la Confédération chrétienne dissoute, il n'obtint sa libération qu'en août 1968. Après cette éclipse politique, Léon Angor fit une apparition momentanée au *C.N.R. d'août à décembre 1968. A partir de 1969, il fut nommé successivement à des postes d'ambassadeur en République Arabe Unie, au Gabon, puis en Guinée équatoriale.
. Bibliographie.- Marchés Tropicaux, 12 sept 1964, La citation est tirée de la page 37 du numéro du 4 janvier 1964. MTM du 7 août 1965, p. 2017~ Bazenguissa, op. cil., p. 425. Marien Ngouabi, Vers la construction d'une société socialiste en Afrique, Présence Africaine, 1975, p.p 132-133.

ANNÉE

BLANCHE

Période de trêve scolaire et universitaire connue sous le règne de Pascal *Lissouba, elle s'est échelonnée sur deux cycles scolaires (1993-1995). Résultant à la fois de la dégradation par des miliciens de l'opposition de certaines infrastructures universitaires (Fac. de sciences à Bacongo) 27

et de l'incapacité des pouvoirs publics à satisfaire les revendications des étudiants et des enseignants, la décision officielle de suspendre momentanément le déroulement des études a été diversement appréciée au sein de la classe politique. Conséquence immédiate de l'influence du politique sur le social, 1'''année blanche" a exacerbé les maux du système éducatif congolais qui entraîneront peut-être dans l'avenir une grande différence de culture et de production intellectuelle entre la génération actuelle et celle qui est née avant les indépendances.

gamine se suicide et se venge de lui en laissant une lettre accusant Dadou d'avoir couché avec elle et de l'avoir contrainte à l'avortement. Cette fausse accusation lui vaut des ennuis avec l'oncle de Yavelde, "le commandant de zone". Celui-ci ordonne de l'arrêter. Aidé par Yealdara, la fille du "citoyen-commissaire" et cousine rivale de Yavelde, Dadou fuit Kinshasa - sa famille
ayant été assassinée

-

et se réfugie

sur

ANTÉ-PEUPLE

(L')

Roman de *Sony Labou Tansi publié aux Éditions du Seuil en 1983. Il s'inscrit dans le prolongement des deux premiers romans de l'auteur (La *Vie et demie, 1979; L'État honteux, 1981). L 'histoire du roman se déroule successivement au Zaïre et au Congo. Nitu Dadou, beau citoyen zaïrois, marié et père de deux enfants, repousse les avances de Yavelde, une collégienne qui fréquente le collège normal des filles de Lemba-Nord dont il est le directeur. En dépit de la beauté 18 ans et vierge - le "citoyen-directeur" trouve tous les subterfuges pour refuser ses propositions: "on ne peut pas avoir trente neuf ans et tomber amoureux d'une gamine... je refuse de tomber amoureux... j'ai dit pas question". Cela est conforme aux qualités morales de Dadou surnommé Monsieur Moche par les collégiennes du fait de l'abus qu'il faisait de cet adjectif pour stigmatiser les maux de sa société. Afin d'oublier Yavelde, il devient un habitué de Magistrat Pub où il va consommer du "kazoumourachi", une boisson locale alcoolisée. A cause de cette attitude, la

"électrisante" et la pureté de la "gamine" -

l'autre rive du fleuve *Congo où .il va vivre parmi les pêcheurs. Mais, sur l'autre rive, les inconnus sont traqués et considérés comme dangereux parce que là aussi la "mocherie" politique est présente. Battu par un petit groupe des pêcheurs, trahi et arrêté par des inconnus, Dadou devient ainsi un des maquisards retranchés dans la forêt, se battant pour "l'honneur, l'amour et la dignité". C'est à ce titre qu'il accepte la pénible mission de tuer Mouyabas dit le Premier, puissant homme du régime en place. Comment s'y prend-t-il ? Il imite le fou, fréquente les églises à la recherche de sa future victime qui se rapproche du peuple le dimanche au moment de la prière. Comme les fous ne sont pas porteurs de menace politique, "Dadou-le-Fou" prend le risque de s'asseoir sur le siège réservé au Premier. Celui-ci ne s'y oppose pas. C'est en cette occasion que Dadou sort son arme et tue Mouyabas, "ce fils bien aimé de la misère du peuple". Malgré toutes les traques organisées par le régime, Dadou -parvient à se sauver. Par ailleurs, le nouveau guide qui succède à Mouyabas ordonne le massacre des faux ou vrais fous et des catholiques. Empêtré dans cette même façon de gouverner, le nouveau guide reçoit un jour un avertissement sous forme de rêve de son prédécesseur défunt: "Mon cher, cesse de déconner: le temps appartient au peuple et à Dieu". Par cette intrigue, *Sony Labou Tansi a fait de L 'Anté-peuple une satire

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politique de ces deux pays d'Afrique centrale séparés par le fleuve. La légèreté et la monstruosité des hommes politiques sont montrées à partir de leurs moeurs sexuelles, leur vie facile et de multiples arrestations opérées dans les rangs de ceux qui vivent la vie de l'extérieur. Il naît ainsi deux mondes parallèles, celui du peuple et celui des dirigeants politiques. Dans cet état perpétuel de tuerie, fait de mensonges et de violation des libertés de circuler, l'hospitalité devient une denrée rare, l'amour un acte impossible entre Yealdara et Dadou, la vie complètement "liquéfiée". Dès lors, la vraie révolution, dit le sage Amanda, consistera à imposer la loi du "cerveau et du coeur" contre celle du "béret". On voit ainsi dans "ce monde qui fout le camp" le peuple se doter d'un courage et d'un optimisme lumineux. Ces qualités deviennent face à ce désordre social les seules armes qui permettent au peuple de reconquérir son destin brûlé par les feux de la "mocherie" politique. Ces multiples thèmes coulés dans un langage à la fois insolent et créatif font de L'Anté-peuple une oeuvre importante dans la production romanesque de *Sony Labou Tansi. Ce roman lui a valu en 1983 le Grand Prix littéraire de l'Afrique noire.

ANTONETTIRAPHAËL
A.E.F. et l'un des *Gouvemeur général de 1'* principaux artisans de la construction du *C.F .C.O (Marseille, 1872 - Paris, 1938). Dès l'âge de 19 ans, il entra dans la fonction publique où il gravit lentement les échelons de l'administration coloniale. Il évolua dans huit colonies françaises dont celles de la Côte de Somalis (1905), du Dahomey ( 1909-1911) du Sénégal (1914-1916) et de la Côte d'Ivoire (1917-1924). Nommé par le décret du 8 juillet 1924 *Gouvemeur général de l' *A.E.F., Antonetti remplaça à 29

ce poste Victor *Augagneur qui avait donné trois ans auparavant le coup d'envoi des travaux de la voie ferroviaire congolaise. Dès son entrée en fonction, il aurait fait remplacer la dénomination "BrazzavilleOcéan" par celle de "*Chemin de fer Congo-Océan". Ce souci formel ne le détourna nullement des missions pour lesquelles il fut nommé. Contrairement à son prédécesseur Victor *Augagneur, le nouveau gouverneur entreprit très vite d'étendre les recrutements au-delà de la zone côtière et de *Brazzaville. Malgré la résistance des indigènes qui refusèrent de travailler dans le gouffre du *Mayombe, l'administration d'Antonetti fit venir par des moyens de contrainte des travailleurs des autres régions du Congo, de l'OubanguiChari et du Tchad, excepté le Gabon du fait de son sous-peuplement. Dans les faits, l'insuffisance des moyens fmanciers rendait difficile la réalisation des travaux et contraignait l'administration à prendre des décisions qui se révélaient inefficaces. En métropole, Antonetti et le projet qu'il défendait devinrent l'objet d'une campagne politique outrée. La presse et les députés critiquèrent ses méthodes suicidaires. A partir de celles-ci, Antonetti fut qualifié d"'assassin" et de "tueur à gages" (L 'Humanité, 23 janvier 1929). Ainsi, le projet fut considéré par l'extrême gauche française comme un "aveuglement du grand capitalisme colonial". En fait, l'inertie ou l'incapacité de l'administration à réduire le nombre de morts s'expliquait en grande partie par l'attitude des hommes politiques de la métropole. Ballotté entre l'hostilité du gouvernement d'engager plus de crédits et les tergiversations du Parlement menaçant toujours de suspendre le vote des subventions, Antonetti fit néanmoins preuve d'une ténacité et d'une# ardeur exceptionnelles, anticipant certains travaux

et poussant la métropole à suivre ses engagements. Dans cette période critique (1921-1926), il reçut grâce à l'appui de Paul Doumer 300 millions de francs comme complément de financement. Tirant profit des critiques et de quelques forces progressistes au sein du gouvernement et du service de la main d'oeuvre du *MoyenCongo, Antonetti lança dès 1928 une nouvelle politique ouvrière et sanitaire. Les maladies furent attaquées, le climat de terreur qu'inspirait le *Mayombe put s'apaiser avec les regroupements familiaux et l'augmentation des salaires. A sa grande satisfaction, il constata: "Commencé avec le recrutement forcé, le chemin de fer s'achèvera uniquement avec des travailleurs volontaires". Les critiques qui avaient, des années durant, failli ajourner le projet s'étaient dissipées au fil des années, grâce à l'extraordinaire présence de l'ouvrage. Après avoir donné le coup d'envoi de la construction du port de *Pointe-Noire, il fut relevé de ses fonctions contre son gré et rentra en métropole "très ulcéré" . Par ailleurs, il avait déjà initié au *MoyenCongo une politique répressive à l'égard des *amicalistes qu'il fit arrêter, condamner et déporter au Tchad. Cet épisode antimatsouaniste allait être plus ou moins renouvelé par ses successeurs, mais ne fut jamais évoqué lors des célébrations officielles de grandes figures de "l'humanisme" français au *Moyen-Congo. C'est dans cette optique que le nom d'Antonetti allait être donné à la ville de *Pointe-Noire : un monument en son honneur y fut érigé sis le Score.
. Bibliographie.Bernard Lanne in Hommes et destins (Dictionnaire biographique d'outre-mer), tome VIII, Académie des sciences d'outre-mer, 1977, p.p. 3-5. Gilles Sautter, Notes sur la construction du chemin de fer Congo-Océan, Cahiers d'Études Africaines, 7, 26, 1967, p.p. 219-299. Pierre Vennetier, Pointe-Noire et la Façade maritime de Congo-Brazzaville, ORSTOM,

Paris, 1968, p. 276, note 2. Philippe Decraene, Les mystères d'une éphémère capitale économique in Lettres d'Afrique, Denoël, 1995, p.p. 193-202.

A.R.C. (Assurances et Réassurances du Congo) Société nationale créée par ordonnance présidentielle du 31 octobre 1973 et mise en activité au début du mois de janvier 1974. Avec un capital de 500 millions de Francs CFA réparti entre l'État (50%), des institutions financières (C.C.A., B.C.C., *C.N.S.S.) et des sociétés para:publiques (*S.N.D.E., CoCoR), elle s'est spécialisée dans l'assurance et la réassurance. Bénéficiant de l'intervention étatique dans ce secteur jadis exploité par des entreprises privées, elle devint vite une entreprise à monopole couvrant tous les risques (automobile, transport, incendie, assurances scolaires et sportives, etc). La part la plus importante de son chiffre d'affaires fut occupée par les primes d'automobiles (619,2 millions de Francs en 1975 à 1081 millions en 1980), de transport (85,6 à 868,3) et d'incendies (130,6 millions à 277,9 millions). Compte tenu du volume important des sinistres enregistrés dans les deux premiers secteurs, ses résultats d'exploitation atteignirent des montants modestes (1 913 million en 1975 à 5 673 millions de francs en 1980). A la suite de la libéralisation de cette branche d'activités, l'A.R.C a enregistré une baisse (40%) du montant de ses primes au profit de la nouvelle Congolaise des Assurances et de Réassurances, spécialisée dans la couverture des risques pétroliers (14 milliards de primes). C'est dans cette perspective de crise que l'A.RoC. se prépare à sa privatisation prochaine.

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. Bibliographie.-

Marchés Tropicaux, 2 juillet p.1862, numéro spécial, juin 1997, p. 25.

1982,

ARC-EN-CIEL Dans la mythologie congolaise, et plus particulièrement du sud du pays, son apparition accompagnée d'éclairs dénote une lutte féroce que la lune livre au soleil. Au cours de celle-ci, il est interdit de lever le doigt vers le ciel. La survenance de la pluie est considérée comme la victoire de l'astre femelle sur l'astre mâle.

ARMÉES (Boulevard des) Le plus grand boulevard de *Brazzaville construit sous le règne de *Sassou Nguesso. C'est un tronçon de voie goudronnée qui part de l'avenue de Maya-Maya jusqu'au pont de *Centenaire. Lieu de défilés civils et de parades militaires au temps du flamboyant *socialisme congolais, ce boulevard a été valorisé grâce à la construction en 1989 du Palais des *Congrès qui le borde actuellement.

ARMÉE NATIONALE 1&Forces Armées Congolaises (F.A.C.)

ARROGANCE L'un des attributs de l'élite politique congo laise. Elle est apparue dans la sphère publique lorsqu'un groupe d"'*évolués" longtemps brimés par l'administration coloniale devinrent des hommes d'État à la suite des aménagements politiques introduits par la 4ème et la 5ème Républiques

françaises. Par l' *arrogance, cette~ élite issue de la corporation des enseignants (Isaac *Ibouanga, Marcel *Ibalico, Dominique *Nzalakanda, etc) se distingua du reste du peuple peu instruit, en attente des fruits des indépendances. Apanage d'abord des enseignants, elle devint après la "révolution des *Trois Glorieuses" le fait de l'élite formée (Pascal *Lissouba et le groupe des "techniciens") dans les universités françaises. Néanmoins, l'arrogance reconnue aux hommes politiques (Justin *Lékoundzou, A-E Yoka, etc) du régime socialiste de *Sassou Nguesso avait pour fondement les privilèges purement politiques. Un autre cas d'arrogance se remarqua chez l'élite *kongo, mais au contraire des deux premiers, elle s'explique par des données humaines et ethnohistoriques. 0 Arrogance fondée sur les privilèges de pouvoir: Elle s'est révélée avec force sous le régime de Fulbert *y oulou et de *Sassou Nguesso. Ce type d'arrogance résultait d'une longue présence de cette élite au sein des institutions de l'État (Assemblée, gouvernement, etc). Les po liticiens représentant ce courant affichèrent leur attitude hautaine à un moment où le régime politique qu'ils représentaient était en proie aux critiques de la rue. Interpellé un j our par les populations de Bacongo qui ne recevaient pas les avantages escomptés de la part de l'un des leurs, Dominique *Nzalakanda aurait dit: "V ous n'êtes tous venus sur cette terre que pour nous accompagner. Nous sommes les seuls dignes de profiter des bienfaits du pouvoir". De même, les Brazzavillois attribuent à l'impopulaire ministre de l'Éducation de *y oulou, Prosper *Gandzion, ces mots par lesquels il tenta de stopper net ses pourfendeurs: "J e suis vilain, je suis balafré, mais mon argent me rend beau". Une telle attitude méprisante à l'égard des populations pauvres de

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*Brazzaville était aussi incarnée par Marcel *Ibalico et Isaac *Ibouanga. Ce dernier compensa son immaturité politique par I'habillement de luxe. Par ailleurs, dans les dernières années de l'agonie du régime socialiste de *Sassou Nguesso, Aimé Emmanuel Yoka, l'actuel maire de *Brazzaville, alors ministre des Mines et de l'Énergie, se moquait de ses contradicteurs à la télévision congolaise en affirmant de façon presque surprenante qu'il était un "bourgeois" du fait qu'il "mangeait à table". Si ces paroles avaient été prononcées au temps du marxisme orthodoxe, elles lui eussent valu une exclusion du *P.C.T. et du gouvernement pour le grief d' "inconséquence idéologique". Simultanément, ce faste se répandit dans les milieux des hommes d'affaires du Nord qui avaient prospéré dès l'avènement de Marien *Ngouabi au pouvoir. 0 Arrogance fondée sur la position ethnique: Ce sont les hommes politiques *kongo qu'on reconnaît dans ce type de comportement. En effet, la conscience à la supériorité ethnique *kongo a donné naissance bien avant 1945 à des revendications politiques qui ont rendu André *Matsoua célèbre, bien que l'incursion de l'élite *kongo dans la politique ne date véritablement qu'à partir de 1956, à la création de 1'*U.D.D.I.A. de Fulbert *y oulou. Or dès 1955, cette attitude avait été remarquée par Georges Balandier qui écrivait dans son ouvrage Sociologie actuelle de l'Afrique noire: "Les Ba-kongo adoptent vis-à-vis des étrangers une attitude de supériorité qui efface en certaines circonstances leurs propres particularismes. L'importance qu'ils attachent à la notion de "pureté de la race", le souci de tenir un rôle de leader, à l'égard des ethnies jugées plus attardées en sont les aspects les plus évidents. " 32

S'appuyant aussi sur leur glorieux passé précolonial et leur position majoritaire à *Brazzaville, l'élite *kongo a dès 1958 revendiqué les arènes du pouvoir. Empêtrés dans cette attitude, les politiciens *kongo furent très loin de croire que l'activisme d'un petit groupe des *MBochi allait chasser le président *kongo, *MassambaDébat, du pouvoir en 1968. En dépit du long règne des dirigeants du Nord, l'élite et plus encore les populations de Bacongo considèrent toujours l'exercice du pouvoir comme relevant de leur domaine ("Tsi mfumu tsya béto"). Elles ont même observé dans cet élan idéaliste la montée politique des *Beembé tout en les considérant comme des "vauriens" ("Babeembé, bantu ba mpamba mpamba"). Cette attitude avait été stigmatisée par *Massamba-Débat à la suite des manifestations pro-youlistes (7 morts et 30 blessés graves) du 7 février 1964. Ce qui contribua à son impopularité au sein du sous-groupe Lari. 0 Arrogance fondée sur la position intellectuelle: Ce comportement fut incarné par Pascal *Lissouba et fut à l'origine des conflits idéologiques entre les "techniciens" (*Lissouba, Van Rysen), autrement dit "ceux qui avaient fini leur étude" et les "politiciens" (*Ndalla, *Noumazalaye ), en d'autres termes, le groupe de ceux qui avaient "abandonné" leurs études "pour se lancer dans la politique". C'est pour cette raison que Pascal *Lissouba, peut-on lire dans son récent ouvrage, justifiait le refus de nommer *Noumazalaye, en dépit de son influence politique au *M.N .R., dans la catégorie A 1 de l'administration publique Même en vieillissant, "le professeur des professeurs" ne s'est pas amélioré. Son arrogance apparaît à la fois comme une attitude politique défensive et une idiosyncrasie, cette "maladie de valeur" (André Gide). En effet, dans Lesfruits de la passion partagée, ses principaux con-

currents aux élections avortées de juillet 1997 sont tour à tour dévalorisés: *Sassou Nguesso, son prédécesseur, devient le "petit Gorbatchev congolais", Benjamin Bounkoulou, son ancien ministre des Affaires étrangères, celui "qui [lui] doit l'essentiel de sa carrière politique", Paul *Kaya "se trouve à peu près dans le même cas de figure", *Thystère Tchicaya, celui "en faveur duquel [il] étai[t] intervenu". S'inscrivit aussi dans cette optique le discours de *Massamba-Débat prononcé à quelques mois de la fin de son règne. Ce discours tendait à le valoriser puisque *Massamba-Débat y appelait un "frère particulièrement doué, un artisan plus intelligent, plus dynamique..." à le remplacer. Cette attitude s'explique différemment pour l'un et pour l'autre. En ce qui concerne le premier, son arrogance tendait à valoriser son parcours scolaire brillant qui constituait un rempart à sa position ethnique minoritaire au sein des instances du pouvoir. Celle de *Massamba-Débat étalait l'érosion de sa popularité au sein même de son groupe ethnique et s'attachait à montrer qu'il avait d'autres cordes à son arc. Loin d'avoir laissé indifférents les groupes sociaux auxquels ces attitudes étaient destinées, les arrogants du groupe intellectuel (*Lissouba, Galiba, etc) ont été évincés par les "politiciens" en 1966, ceux de la position ethnique (surtout les militaires *kongo) ont suscité les réactions des autres groupes (*MBochi, *Beembé) dans la course au pouvoir, tandis que ceux issus de la nomenklatura (*Ibouanga, *Ibalico, *Gandzion, *Lékoundzou, Aimé Yoka, etc) ont été chassés du pouvoir à la suite de la "révolution des *Trois Glorieuses" pour les uns et de la *Conférence nationale pour les autres.

. Bibliographie.- L'émergence du faste politique sous Youlou in Bazenguissa-Ganga, Les voies du politique au Congo, op. cit., p.p. 67-71. Les propos de Dominique Nzalakanda sont rapportés par Rémy Boutet in Les Trois Glorieuses ou la chute de Fulbert Youlou, vol. 6, Chaka, 1990, p.l 06, repris par Florence Bernault, Les Démocraties ambiguës en Afrique Centrale, Karthala, 1996, p. 354. Ceux de P. Gandzion se trouvent dans Rémy Bazenguissa-Ganga, op. cit., p. 68. La citation de Balandier est tirée de Sociologie actuelle de l'Afrique noire, Quadridge-P.U.F., 4ème éd. 1985, p. 337. Discours arrogant de Massamba in Bazenguissa, p.134. Extraits du livre de Lissouba (Congo: les fruits de la passion partagée, Odilon Média, mars 1997) publiés dans Jeune Afrique Économie, 14 avril 1997, n0236, p. 49. Arrogance comme idiosyncrasie, voir p. 208 de ce livre, ses
paroles sont aussi rapportées avec une note. critique très

instructive dans le livre de Théophile Obenga, L 'histoire sanglante du Congo-Brazzaville (19591997), Présence Africaine, 1998, p.p. 313-314.

ASECNA (Agence pour la Sécurité de la Navigation aérienne en Afrique) Elle gère le système de navigation des aéroports et aérodromes congolais. Avec ses 407 agents, l'Asecna finance ses activités grâce aux prélèvements qu'elle effectue lors des atterrissages et du trafic voyageur. Néanmoins, les salaires des agents consomment une part importante de ses ressources (plus de 74%). En 1997, l'Asecna connaît des difficultés financières qui ne lui permettent plus de payer régulièrement ses travailleurs, d'entamer et de parachever les travaux d'aménagement aéroportuaire (agrandissement, entretien des pistes, amélioration). A ces difficultés sont venus s'ajouter d'autres problèmes nés de la guerre de *Brazzaville. En effet, l'aéroport de *Brazzaville qui lui assure l'essentiel de ses redevances a été très endommagé. La reconstruction de cet ouvrage nécessite aujourd'hui de lourds investissements estimés à 4 milliards de francs C.F.A.

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. Bibliographie.p. 28. Marchés p.34.

Marchés Tropicaux, 2 janvier 1998, Tropicaux, numéro spécial, juin 1997,

ASSASSINATS DE 1965 (affaire des) Épisode politique tragique qui fit trois morts au sein de la classe restreinte d'intellectuels congolais. Nommés aux hautes fonctions publiques à la suite de stages ou de brillantes études universitaires parachevées en France, Anselme Massouémé (d'ethnie *Kougni, directeur de 1'*A.C.I.), Joseph Pouabou (*Vili, président de la cour suprême) et Lazare Matsocota (*Kongo, procureur de la *République) faisaient partie de l'élite politique qui n'avait pas d'attache idéologique forte. Parmi ces trois personnalités, Joseph Pouabou (né en 1919) et Lazare Matsocota (né le 12 août 1931) étaient beaucoup plus connus dans le milieu des lettrés congolais. Le premier avait déjà écrit au temps du *Moyen-Congo des articles dans la revue *Liaison et avait été distingué (4ème prix littéraire de l' A.E.F., juin 1951). Matsocota avait, quant à lui, un parcours d'intellectuel respecté. Militant de la F.E.A.N.F. où il s'était fait connaître en France, il se remarqua en 1957 au cours des discours publics par son attitude critique à l'égard des institutions coloniales (*Loicadre) et des hommes politiques congolais. Jeune, intelligent et éloquent, Lazare Matsocota était très populaire chez les Brazzavillois qui l'appelaient le "Mirabeau du *Moyen-Congo". A la différence des deux autres, il faisait preuve d'un anticonformisme modéré n'hésitant pas à adhérer au groupe de *Mpila. Néanmoins, le jour où il fut absent de leur entrevue habituelle, les autres participants firent de lui, de Pouabou et de Massouéme les boucs émissaires d'une opération de conspiration internationale montée contre le régime, 34

révélée au groupe de *Mpila par Pascal *Lissouba. Celui-ci prétendit avoir reçu une lettre confidentielle de Modibo Keïta. Ainsi, en l'absence de Claude *Da Costa, les membres du groupe de *Mpila lancèrent des ordres d'exécution contre les intéressés. Ceux -ci furent enlevés et tués dans la nuit du 14-15 février 1965 par les hommes de main de la *Jeunesse du *Mouvement National de la Révolution. Ce triple meurtre fut le premier épisode tragique inauguré sous la présidence de *Massamba-Débat et la "primature" de Pascal *Lissouba. Dans un système judiciaire défaillant (le procès de 1968 ne fut qu'une tribune d'expression des influences politiques), ni les membres du groupe de *Mpila ni le président de la *République n'ont permis de dégager les responsabilités ni les vraies raisons de ces assassinats. Si l'hypothèse d'un complot international fut écartée à la *Conférence nationale, celle attribuant la responsabilité de ces crimes à Pascal *Lissouba reste la plus ancrée dans les consciences
congo lais es .

Deux versions continuent d'être soutenues. La première est véhiculée par *Radio- Trottoir qui met en cause Pascal *Lissouba, en "friction intellectuelle" avec Matsocota. La seconde est ~ celle du sociologue congolais Rémy BazenguissaGanga. Ce dernier a montré que Pouabou, Massouémé et Matsocota s'opposaient à faire juger et "peut-être" exécuter le "chef" (*Youlou) détenu alors en prison. L'invasion de celui-ci en mars 1965 aidé par ceux qui redoutaient un tel sort au président déchu tend à renforcer cette dernière thèse. De même, ne fut pas anodine la démission de Pascal *Lissouba en avril 1966 remplacé par son rival Ambroise *Noumazalaye. Ces changements politiques ouvrirent quelques pans d'un acte criminel dont l'essentiel des motivations restent toujours cachées.

Au demeurant, ce triple meurtre contribua à affaiblir *Massamba-Débat qui allait s'attendre aux mécontentements des Lari. Il mit également à nu les agissements maladroits de la *J.M.N.R contre lesquels l'armée allait se soulever en 1968, réussissant ainsi à éclipser les civils de l'arène politique.

Présidents de l'Assemblée de 1958 à 1999 Jayle Christian (1958-1959)

Massamba-Débat Alphonse ...(1959-1962) lbalico Marcel Angor Léon Mouyabi André (1962-1963) (1964-1966) (1966-1968) (1968-1973) (1973-1974) (1974-1977) (1977-1979) (1979-1989) (1989-1991) (1991-1992) Conseil Supérieur de la République (1992) (1993-1997) (19février 1998 -) Conseil National de Transition

. Bibliographie.- Bazenguissa-Ganga, Les voies du politique au Congo, Karthala 1997, p.p. 110-111.

Pas d'Assemblée Miakassissa Dieudonné Mouissou Poaty Alphonse Pas d'Assemblée

ASSEMBLÉE NATIONALE L'exercice de la fonction législative dévolue aux élus congolais n'est devenu effectif qu'à partir de 1958. De 1947 jusqu'en 1958, l'Assemblée territoriale du *Moyen-Congo n'exerçait, selon l'article 1er des décrets de 1946, qu'un rôle administratif: "la gestion des intérêts propres aux territoires". Elle était coiffée par l'Assemblée de l'Union Française, elle-même organe consultatif du Parlement français. C'est la Constitution du 4 octobre 1958 qui met un terme à ce régime juridique en dotant cette institution de vraies fonctions législatives. C'est dans le cadre de cette évolution que les députés du *MoyenCongo votèrent deux lois en faveur de l'indépendance de la colonie et que fut organisé le référendum de 1958. Devenue la pièce maîtresse du régime présidentiel de Fulbert *y ouIou, l'Assemblée permit à celui-ci de raffermir son pouvoir jusqu'en 1960. A partir de cette date, elle adopta des lois de plus en plus attentatoires aux libertés individuelles et syndicales, donnant ainsi l'occasion aux syndicats de renverser le régime de Fulbert *y oulou. Sous les successifs régimes monopartistes, et malgré les changements des dépositaires du pouvoir et les innovations apportées sous *Ngouabi 35

Ganga Zanzou Jean Combo Matsiona Bernard Mgr Kombo Ernest

Mouélé André (dissolution) Milongo André Koumba Justin

(élections des conseillers régionaux) et *Sassou, l'Assemblée nationale fut réduite au rôle de "chambre d'enregistrement" sans réel contrôle parlementaire ni initiative législative. Avec la montée des forces contestataires en 1990, les députés furent divisés sur la conduite politique à adopter par rapport aux bouleversements venant de l'Europe de l'Est. Le déroulement de la *Conférence natjonale mit fin au règne de l'Assemblée Nationale Populaire qui fut remplacée par le Conseil Supérieur de la *République, véritable Assemblée d'exception chargée de veiller à l'exécution des actes de la *Conférence nationale. L'Assemblée natjonale qui s'était formée à l'issue des élections libres de 1992 constituait un authentique organe législatif

aussi bien pour voter des lois que pour exercer un contre-poids au pouvoir exécutif congolais. A la chute du régime de Pascal *Lissouba, le nouveau président *Sassou Nguesso a dissous cette Assemblée et l'a remplacée en février 1998 par un Conseil National de Transition.
. Bibliographie.- L'Afrique noire de A à Z, Ediafric, 1971, p. 64. Pour le Conseil National de transition: Afrique Golfe, n013, mars-avril 1998, p.p. 34-58.

largement influencé les pratiques constitutionnelles et politiques de Denis *Sassou Nguesso. Devenu un sage parmi les ressortissants du Nord, il tenta en 1987 avec d'autres personnalités politiques et judiciaires d'apaiser par des négociations secrètes le conflit politico-ethnique qui opposa Denis *Sassou Nguesso à Pierre *Anga.
. Bibliographie.Rémy Bazenguissa-Ganga, Les voies du politique au Congo, Essai de sociologie historique, Paris, Karthala, 1997, p. 425. Marchés Tropicaux et Méditerranéens, 21 février 1970.

ASSÉMEKANG CHARLES Juriste et homme politique (Souanké, 16 juin 1926). A la fin de ses études supérieures à l'Institut des Hautes Études d'Outre-Mer, il rentra au Congo avec un doctorat en droit. Nommé président de la Cour suprême en janvier 1970, il accéda au Comité de Défense de la Révolution et reçut dans le second gouvernement Guin 1969) d'Alfred *Raoulle portefeuille des Affaires étrangères. Tout en gardant sa fonction judiciaire, il allait subir en janvier 1970 une disgrâce politique. Au lendemain de l'affaire *Kinganga, il fut exclu du gouvernement et du Comité central pour" déficience idéologique" après la session extraordinaire du Comité central du *P.C.T du 27-31 décembre 1971. Par son origine nordiste, il fut nommé président du Tribunal d'exception institué en 1978 par Joachim *Yhombi-Opango pour juger les prétendus assassins du président Marien *Ngouabi. Les verdicts sévères rendus par ce tribunal, aidé par les réquisitoires de Jacques *Okoko, permirent d'exécuter des personnes innocentes au nom de la "légalité révolutionnaire". Après le renversement du régime autoritaire de Joachim *YhombiOpango, Charles Assémekang devint conseiller juridique à la présidence. Dans ce grand service de l'État, cet universitaire a
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ASSOIFFÉS DE POUVOIR Cette expression est apparue lors de la marche de soutien du 1er août 1968 en faveur de *Massamba-Débat. Elle désignait dans la confusion politique de cette année-là les adversaires (hommes politiques et militaires) du président qui critiquaient avec force sa gestion publique. Le terme devait connaître une large audience sous les régimes de ses principaux successeurs. Invoqué lors des "meetings" politiques ou à la "Voix de la révolution congolaise", ce leitmotiv permettait de distinguer les auteurs des coups d'État ou les victimes de la machination politique du *P.C.T. Sous les règnes de Marien *Ngouabi et de *Sassou Nguesso, le terme prit une teinte ethnique et servit à qualifier les "Sudistes" de façon générale et les Lari-*Kongo en particulier. Jusqu'avant la *Conférence nationale, le terme faisait partie de la *phraséologie du régime socialiste congo lais au même titre que "valets locaux" ou "tortues à double carapace" .
. Bibliographie-. Le quotidien Le Monde du 2 août 1968. Le mot sera repris par les "techniciens" dans la lettre adressée à Massamba-Débat du 26 juillet 1968.

A.T.C. (Agence Transcongolaise de Communication) Établissement public à caractère industriel et commercial qui gère les principaux moyens de communication du Congo. L'A.T.C. fut créée par ordonnance présidentielle du 24 octobre 1969 pour prendre la relève de l'A.T.E.C. (1960) qui regroupait quatre pays (Congo, Tchad, R.C.A. Gabon). Ses statuts furent définitivement approuvés le Il février 1970. Dotée d'une autonomie financière et placée sous la tutelle du ministère des Transports, l'A.T.C. gère et coordonne les activités du port de *PointeNoire, le *C.FC.O, les transports fluviaux et l'axe routier *Dolisie-Gabon. 0 Port de *Pointe-Noire : Situé sur la façade maritime, il constitue une porte ouverte du pays vers le monde extérieur (Europe, Asie, Afrique centrale, etc) faisant de la ville de . p . e * omte-N OIre" 1 poumon économique" du Congo. Construit de 1934 à 1939, il comprend le terminal de Djéno destiné à l'exportation des hydrocarbures et le port public où s'effectuent les importations et les exportations des autres produits (ciment, far.ine,vin, poissons séchés, bois en grumes, huIle de palme, café). Il possède aujourd'hui 14 postes de quais. Après avoir connu une intense activité jusqu'en 1986, faisant passer le volume de ses embarquements de 2 328 401 tonnes en 1970 à 9 513 7772 tonnes en 1986, le port de *Pointe-No~e connaît de difficultés de croissance et de développement. Le trafic commercial de 1995 est à peu près au même niveau qu'en 1986. Afm de le sortir de cette situation inquiétante, les pouvoirs publics ont opté pour sa privatisation future. 0 Le *C.F .C.O: Il a subi depuis sa création plusieurs opérations de transformation dictées par la place essentielle qu'il occupe dans l'économie du pays. Il a dû réorganiser ses services (installation des gares), procéder aux modifications des tracés 37

depuis 1968 (1971, 1984). Élément moteur de l'économie nationale, le *C.F.C.O est confronté, malgré des efforts consentis, aux difficultés administratives (pléthore des effectifs, environ 4 000 employés), techniques (vétusté des locomotives), à la mauvaise gestion et aux répercussions de la dérive sociale congolaise (gaspillage, destruction des biens, etc). Ce qui explique en 1995 la diminution de ses recettes de 41% et de son fond de roulement (moins de 35 milliards). Sur le plan des relations du travail, son syndicat est l'un des plus forts du *Congo et exerce une forte influence sur les pouvoirs publics lors des négociations sociales et salariales. En 1995, 1 256 000 voyageurs ont emprunté le *C.F.C.O. contre 2 480 000 passagers en 1987. Le volume des marchandises transitées par le *C.F.C.O a également baissé. Il était de 1 210 000 tonnes en 1987 contre 714 000 tonnes en 1995.0 Port de *Brazzaville : Il comprend le port public (55 ha) construit aux alentours de la Chambre de commerce et le port à grumes (22 ha) en amont de la PointeLopez. Le port de *Brazzaville sert au déchargement des produits venant du port de *Pointe-Noire par la voie ferrée et à leur transport par voie navigable en direction du nord et du Congo-Kinshasa. Parmi les marchandises qui transitent par le port de *Brazzaville figurent les hydrocarbures, les bois de sciage, des grumes flottées et des grumes sur barges, etc. 0 Transports fluviaux: L'A.T.C. exploite la flotte fluviale rachetée à l'ancienne C.G.T.A.E en 1970 et celle des Messageries fluviales de la *Cuvette congoJaise. Ce qui en fait un réseau de 5 000 kilomètres. Toutes les activités sont coordonnées au port de *Brazzaville pour la montée et au port de Bangui pour la descente. D'autres ports secondaires existent dans la *Cuvette (Boundji, Etoumbi, Oyo, Makoua), dans la *Sangha (*Ouesso) et dans la *Likouala

(*Impfondo). Ces réseaux fluviaux jouent un rôle fondamental dans la circulation des marchandises et des personnes à destination ou en provenance du Cameroun, de la Centrafrique et du Congo-Kinshasa. Depuis 1984, le trafic fluvial est en pleine chute (591 000 tonnes en 1980 contre 157 000 tonnes en 1993) due à la baisse du volume du bois de la Centrafrique et de la R.C.A. De même, le volume du trafic voyageur se situe en deçà de 45 000 passagers. A l'origine de cette situation il y a plusieurs causes structurelles et conjoncturelles parmi lesquelles la vétusté du matériel, le déséquilibre constant du bilan comptable, des colossaux arriérés de salaires (27 milliards de francs C.F.A. au début de l'année 1997). Aujourd'hui, les différentes branches d'activités de l'A.T.C. sont en voie de privatisation. Le *C.F.C.O., les ports fluviaux et maritimes feront l'objet, après des négociations avec les syndicats, de concessions à accorder aux entreprises privées.
Marché Tropicaux, numéro spécial, Le Congo, juin 1997. Marchés Tropicaux, numéro spécial, 2 juillet 1982, Le Congo, p.p. 1839-1844. Revue Europe Outre-Mer, 1980, p. 66, n° 63. Marchés Tropicaux du 28 septembre 1973, p. 2887. L'Afrique noire de A à Z., numéro spécial du Bulletin de I'Afrique noire, Ediafric-service, 1971.

. Bibliographie.-

AUGAGNEUR JEAN-VICTOR Gouverneur général de l' *A.E.F. (Lyon, 16 mai 1855 - Seine-et-Oise, 23 avril 1931). Après avoir connu simultanément un brillant parcours de professeur agrégé de chirurgie (1894-1904), de maire de la ville de Lyon (1900-1905) et de député du Rhône (19041905), Jean Victor Augagneur fut nommé le 3 novembre 1905 *Gouvemeur général de Madagascar en remplacement de Joseph 38

Gallieni. A Madagascar, il rendit l'enseignement obligatoire, abolit le travail forcé et paracheva la construction du chemin de fer initiée par son prédécesseur. Parti en décembre 1909 en métropole pour chercher des subventions gouvernementales, il y resta définitivement pour poursuivre sa carrière politique. Élu député du Rhône (19101919), il occupa plusieurs postes ministériels dont celui des Travaux publics et des P.T.T. (1911-1912), de la Marine (1914), des Instructions publiques (1914) et la Marine (1914-1915). C'est en 1920 qu'il remplaça Angoulvant (1872-1932) à la tête de l' *A.E.F. malgré les vives protestations des milieux coloniaux qui redoutaient son attitude libre penseur et ses idées anticléricales: à Lyon, il lutta contre la réglementation de la prostitution; à Madagascar, il tenta de soustraire les indigènes de l'influence des missionnaires. Dès son arrivée en Afrique équatoriale, il donna corps au projet de la construction du *C.F.C.O en orientant les positions métropolitaines vers le choix du site de *Pointe-Noire et en anticipant les travaux le 6 février 1921. Dans les faits, sa politique de recrutement des ouvriers limitée dans les régions du *Kouilou, du *Niari et du *Pool se montra très vite inadéquate par manque d'hommes, de matériels et par la présence d'obstacles physiques (monts, forêts). Au cours de cette période difficile, il réadapta ses plans et sa politique au gré des circonstances. En effet, il mit ses connaissances médicales au service de la lutte contre la tIypanosomiase, la maladie du sommeil. Il joua également un grand rôle dans l'élargissement de l'enseignement public (création des écoles à Fort-Lamy et à *Pointe-Noire) et à l'aménagement des conditions de vie et des horaires de travail sur le chantier. A cet effet, il créa la première inspection du travail en Afrique.

Par ailleurs, durant son bref passage en *A.E.F., il put nouer contre toute attente de bonnes relations avec les missionnaires (Pères du Saint-esprit) en faveur desquels il rétablit les crédits supprimés sous le gouvernement de ses prédécesseurs, marquant ainsi sa reconnaissance aux services rendus par l'Église à l'oeuvre coloniale française. En 1924, il demanda à être remplacé et rentra en métropole où il fut élu pour la troisième fois député du Rhône (1928-1931). Victime d'une hémorragie cérébrale au Vésinet, il mourut le 24 avril 1931 et fut enterré à Paris. En souvenir de son rôle, son nom fut donné le 23 janvier 1957 au premier collège, puis lycée de *Pointe-Noire qui, après avoir changé de dénomination sous le régime socialiste (Karl Marx), est redevenu lycée Victor Augagneur.
. Bibliographie.Dictionnaire biographique d'outremer, Académie des Sciences d'outre-mer, Paris, 1977, tome III, p.p. 35-39. Jean Jolly (sous la direction de) Dictionnaire des parlementaires français, 1889-1940, tome 1, P.D.F., p.p. 416-417. Gilles Sautter, Notes sur la construction du chemin de fer, Cahiers d'Études Africaines, 7, 26, 1967, p.p. 219-299. Philippe Decraene, Lettres d'Afrique, Denoël, 1995, p. 201.

AUGOUARD (Mgr) Apôtre et explorateur du Congo français (Poitiers, 16 sept. 1852 - Paris, 3 octobre 1921). Prosper-Philippe Augouard naquit dans une famille pauvre de Poitiers. Élevé par des parents pieux, il fréquenta très tôt l'Église catholique et reçut à Il ans sa communion. Cependant, à l'école, il se montra piètre élève, car il avait un tempérament bagarreur et impulsif. Ne doutant pas de la foi de leur fils, sa famille l'envoya au petit séminaire de Mont Morillon. Là , il ne put avoir la bénédiction de ses supérieurs et fut vite renvoyé. Après 39

son service national (1871), il entra au séminaire de Séez et fit de bonnes classes. C'est incontestablement sa rencontre avec Mgr de Ségur qui détermina l'orientation future du jeune Augouard. Lorsqu' il lui fit part de son voeu de devenir Prêtre, Mgr de Ségur lui répondit: "Tu as raison. Je te connais; je sais que tu es fait pour être prêtre, mais pas en France! Avec ton caractère primesautier et intransigeant tu étranglerais ton préfet et peut-être serais tu toujours en guerre contre ton évêque. Il vaut mieux que tu ailles chez les sauvages...". C'est en pensant à cette lointaine destination que Prosper Augouard partit étudier dans d'autres lieux (Langonnet et Chevilly) de telle sorte qu'il fut ordonné prêtre le 10 juin 1876 à Paris. En 1877, il reçut son obédience pour Sainte-Marie du Gabon. Après s'être installé à Landana, il se lança de 1880 à 1890 sur les instructions de Mgr *Carrie dans des voyages risqués dans l'arrière-pays pahouin. Il s'enfonça non sans hostilité dans les pays *Téké (sur les deux rives). Il remonta par la suite 'le fleuve jusqu'en Oubangui dans le but d'installer des missions, d'enseigner l'évangile et de baptiser les autochtones. Ayant conscience de servir Dieu mais aussi la France, il contribua par sa bonne réputation auprès des indigènes à l'installation française au *Kouilou. Dans cette région, les *Vili sous l'instigation de leur chef (André Loemba) se montrèrent hostiles au lieutenant de Vaisseau Cordier. Dans les pays *Téké, il entretenait même la bonne image de *Brazza et tenta de s'opposer à l'arrivée des protestants. Après l'installation française dans les limites territoriales issues de la Conférence de Berlin, Mgr Augouard multiplia ses actions de croisade contre l'anthropophagie des populations du Congo français (Pahouins, Bakongo, Boubangui, etc), l'esclavage, la polygamie et le

Mgr Augouard ou Diata-Diata ? En marge de la conquête coloniale, s'il est unfait contre lequel les Congolais ont réussi à résister c'est celui concernant les appellations des noms européens. En effet, ces peuples soumis étaient parvenus à substituer à ces noms venus d'ailleurs les appellations locales très pittoresques fondées tantôt sur les attitudes manuelles, tantôt sur le caractère et le comportement des colonisateurs. Ainsi, en vertu de ses qualités de chasseur, de sa rapidité dans l'exécution de certains travaux, Charles de *Chavannes et Mgr Augouard reçurent respectivement les sobriquets de "Tara Niama" ("Père de la viande) donné par les Ba-Téké et de "Diata Diata" ('De la Vitesse'') donné par les *Vili. De même, le sergent *Malamine reçut le sobriquet de "Mayélé" ("Débrouillard'') de la part des *Téké, Stanley était affublé du sobriquet de "Mboula Matari" ('Briseur des rocs'') par les *Kongo qui furent sans doute impressionnés par ses méthodes de colonisation tapageuses. Un autre Français moins populaire fut toujours désigné par un nom correspondant aux traits de son caractère: "Celui qui a lefront fermé à clé". Anton Greshoff, le puissant gérant de la société hollandaise N.A.H V. ayant des succursales à *Loango, Matadi, Léopoldville, la *Sangha... fut appelé "M'Foumou N'Tangou" ('le roi soleil" !) par les *Kongo. En Oubangui-Chari, Gaud qui fut impliqué dans 1'*Affaire du Congo avait reçu le sobriquet de "Niama Gounda" ("Bête féroce ''). Il y eut aussi des noms altérés. Au Tchad, "commissaire *Gentil" fut remplacé par "Koumsère Thiandi", au *Moyen-Congo, De *Gaul/e par "Digol". Seul de *Brazza a échappé, dufait de l'image du "commandant" qu'il sut bien imposer, à cette "congolisation" des noms qui était en général une marque d'estime indigène.

fétichisme des "pauvres Noirs". Si ses opinions sur les Noirs ("menteurs", "naturel enfantin", "versatiles", "goulus", "indolents"...) en général furent assez proches de celles des autres explorateurs français, il s'engagea à la différence de ces derniers à les convertir par la prière et par une vie chrétienne exemplaire. Ainsi, il participa à la construction des églises. Il acheta des esclaves vendus par leurs propres frères pour les extraire de ce commerce odieux. Il travailla aussi dur pour nourrir ses "enfants". Polyvalent, il fut à la fois médecin occasionnel des Noirs et de ses compatriotes (*Dolisie, *Chavannes, etc), cartographe (carte de l'Oubangui) et artisan (cathédrale en 1894 et orphelinat de *Brazzaville). Son combat quotidien contre les maladies équatoriales mis au service de la civilisation occidentale lui valut très tôt la sympathie et les soutiens matériels et financiers de Rome, de la Belgique, du Portugal et de la France. En Afrique équatoriale, il fut très vénéré par les indigènes congolais qui appréciaient aussi bien ses qualités humaines que ses aptitudes manuelles. Celles-ci lui firent appeler

"Diata-Diata", sobriquet qu'il redonna à sa petite embarcation "Le Sagittaire". Après une longue croisade contre les "Diables de l'Afrique", Mgr Augouard prit sa retraite en 1909. Il entra en métropole où il continua à recevoir les honneurs de sa patrie, de la Belgique et de l'Italie. Il mourut en 1921 au faîte de sa gloire. Son nom est ainsi entré dans l'histoire de l'impérialisme français au Congo qui, pour avoir été une entreprise politique, n'eut pas moins un appui religieux. C'est sous ce double prisme appellation qu'il revendiquait avec fierté est aujourd'hui perçue par de nouvelles générations congolaises enélines à inventorier la part du religieux dans la réussite de la politique coloniale française.
. Bibliographie.Jahan de Witte, Un explorateur et un apôtre du Congo Français, Mgr Augouard. Ses notes de voyage et sa correspondance, Paris, Émile Paul, 1924,372 p. Beslier G.G., Mgr Augouard, l'apôtre du Congo, Éditions de la Vraie France, 1946. Mgr Augouard, Vingt huit années au Congo, Lettres, Poitiers, 1905, 2 Vol. Dominique Ngoïe Ngalla, Mgr Augouard devant le jugement de I'histoire, Annales du Centre d'enseignement de Brazzaville, 1973, p. 95. Bérangère Bouhet, Messianisme etfétichisme en A.E.F.

que la vie du "père des anthropophages" -

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à travers les sources missionnaires: le cas Augouard 1878-1921, Mémoire de maîtrise d'Histoire contemporaine, Poitiers, 1988.

AVENTURES (les)

DE MONI-MAMBOU

Récits de contes de la brousse et de la forêt publiés par Guy *Menga aux Éditions Clé en 1971. Ce livre s'ordonne autour d'un personnage principal, Moni Mambou ou "celui qui voit à travers les choses". Après s'être révolté contre son milieu social et avoir été initié aux rites mystiques, MoniMambou abandonne son village natal et entreprend un long voyage à travers l'Afrique où il va rencontrer de nombreux obstacles. Mais son flair à la tintin, sa malice qui rappelle celle du lièvre, son

courage et son engagement pour des causes justes vont lui permettre de surmonter toutes les embûches, de gagner des batailles contre les forces du mal et de recommencer le même combat positif. Racontés dans un style captivant, où les images s'associent à l'imaginaire du lecteur et au fantastique de l'univers africain, ces récits ont connu un immense succès et sont devenus des classiques de la littérature africaine de la jeunesse. Sa nouvelle édition (1986) complétée d'une suite (Les nouvelles aventures de Moni Mambou) reste traversée par les mêmes histoires toujours prêtes à rebondir, comme dans les contes (*Lissapo) de Georges Embana.

. Notes critiques.- Notre Librairie, Littérature
congolaise, n° 92-93, 1988, p.p. 245-246, par Caya Makhélé.

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B
B.A.B. (Boissons Africaines de Brazzaville) Société de fabrication des boissons gazeuses aromatisées. Elle fut créée en 1964 avec un capital de 140 millions de francs C.F.A. détenu par des investisseurs belges (85%) et par des opérateurs congolais (15%). Après avoir subi une chute en 1977 (mort de *Ngouabi, fermeture des bars) avec seulement 155 700 hectolitres produits, la production de la B.A.B. avait augmenté de 40 184 hl en 1972 à III 854 en 1981. Dans les années 80, elle a accru ses coûts d'investissements (500 millions de francs C.F.A) pour augmenter sa production à 200 000 hl/an. Aujourd'hui, son capital est de l'ordre d'un milliard de francs C.F.A. détenu majoritairement par François Odzali. Par son dynamisme, la B.A.B. s'est bien implantée dans le marché des boissons gazeuses (55% des parts). Elle a réalisé un chiffre d'affaires de 1,7 milliard en 1995 et de 4 milliards de Francs C.F.A. en 1997. BABASSANA HILAIRE Économiste et homme politique (né en 1943). D'origine ethnique *kongo, Hilaire Babassana étudia les sciences économiques en France où il obtint en 1976 une thèse d'État portant sur l'économie du travail au Congo-*Brazzaville. A son retour au Congo, il devint enseignant à l' *u~iversité Marien *Ngouabi où il a occupé la fonction de chef de département de sciences économiques. A ce titre, il fit partie du cercle des conseillers du régime de *Sassou Nguesso et participa à l'élaboration du *Plan quinquennal. Devenu un *Kongo représentatif et un "grand intellectuel", il accéda au Comité central et au gouvernement (Pêche, Industrie et Artisanat, chargé du Tourisme) à l'issue du 4ème congrès ordinaire du *P.C.T. (2631 juillet 1989). Il resta à ce poste (à l'exception du Tourisme) jusqu'en 1991, à la chute du régime socialiste d~ *Sassou Nguesso.
. Principales études.- Formes hybrides de production et reproduction de laforce de travail en Afrique noire. Le cas d'une formation économique et sociale d'exA.E.F., thèse de doctorat d'État, Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble, 1976, 530 + XXVII p. Travail forcé, expropriation et formation du salariat en Afrique noire, Grenoble, Presses Universitaires de

.

Bibliographie.- Europe-Gutre-Mer, n° 602, mai 1980, p. 28. Marchés Tropicaux, 2 juillet 1982, p. 1807. Marchés Tropicaux, juin 1997, p. 50.

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Grenoble, 1978, 225 p. Parcours politique: Samuel Decalo, Virginia Thompson, Richard Adloff, Historical, Dictionary of the people 's Republic of Congo, The Scarecrow Press, Inc., Metuchen, N.J., and London, 1996, p. 41. Rémy Bazenguissa-Ganga, Les voies du politique au Congo, Essai de sociologie historique, Karthala, 1997, p. 424, p. 282, p. 294, note de bas de page n° 168.

. Bibliographie.- Répertoire culturel du Congo,
A.C.C.T., 1989, p.p. 161-162.

BADILA LOUIS (l'abbé) Prêtre et journaliste (*Brazzaville, né en 1930). Il suivit sa scolarité au séminaire de *Mbamou. Devenu prêtre dans les années 60, il fit ses débuts dans le journalisme auprès de deux grands directeurs de la *Semaine de 1'*A.E.F. En 1962, il remplaça à cette fonction le successeur du père Le Gall, le Père de la Moureyre. Après la vague révolutionnaire de 1963, il fit preuve avec quelques syndicalistes et prêtres brazzavillois d'une grande lucidité face à l'aveuglement idéologique des membres de *M.N .R., à l'embrigadement politique organisé par le régime d'Alphonse *Massamba-Débat. En effet, il écrivit dès 1964 des articles dénonçant les exactions de la *J.M.N.R., la dérive et l'enfermement social vers lesquels s'orientait l~ nouveau régime. A cause de son refus de cautionner la tendance dure du régime révolutionnaire, il fut arrêté, persécuté et incarcéré entre novembre et décembre 1964. Néanmoins, Louis Badila poursuivit la même politique éditoriale de La *Semaine faite sinon de réserves, du moins de neutralité à l'égard des hommes et des événements politiques du Congo. Cette orientation rehaussa l'audience du journal dans les populations et consacra les mauvais rapports de l'Église catholique avec l'État congolais. Cette attitude allait se poursuivre même au-delà de la chute politique de *Massamba-Débat. En 1977, lorsque ce dernier fut exécuté au nom de la même idéologie qui l'avait amené au pouvoir, l'abbé Badila réapparut lors de la messe célébrée en mémoire du Cardinal Émile *Biayenda. A cette occasion, il évita par des paroles conciliatrices au régime militaire en

BABINDAMANA JOACHIM Sculpteur de renom (*Brazzaville, 6 août 1950). Issu d'une famille de sculpteurs, Joachim Babindamana fut initié très jeune à la sculpture par son père Marcel Mbemba. Enfant prodige, il commença à exposer dès l'âge de 14 ans (Galerie centrale, Centre culturel français) à *Brazzaville. En 1968, il obtint des consécrations officielles (1er prix de la ville de *Brazzaville, ordre du dévouement congolais). Virtuose, il partit approfondir ses connaissances en Europe (R.FA.) tout en continuant d'animer d'importantes expositions. Ses séjours à l'étranger lui ont permis de renouveler son art qui tend vers un attachement aux thèmes modernes (misère, tourments, liberté, etc). Il travaille sur plusieurs types de supports (bois, fibre, métal, etc). Il exécute aussi bien des bas que des hauts reliefs. Au premier festival culturel panafricain d'Alger, il fit montre d'une dextérité et d'une rapidité étonnantes en exécutant publiquement un bas-relief. Son haut-relief le plus célèbre au Congo est la statue qui domine la "Place de la Liberté" en face de la gare de *Brazzaville. Par le caractère universel de ses thèmes, par le nombre de ses distinctions artistiques (Chevalier de l'ordre de mérite, officier du mérite congolais) et par l'éventail des expositions réalisées (Canada, France, Nigéria, R.F.A., etc), Joachim Babindamana est l'un des plus grands sculpteurs congolais contemporains.

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