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DU KOUTTAB À LA SORBONNE

De
128 pages
Transcendant les oppositions entre les systèmes d'éducation occidentale et orientale en Afrique, Du Kouttab à la Sorbonne retrace la quête de savoir d'un élève coranique. Cette quête commence au " pays des Hommes Intègre " , au Sahel, se poursuit dans le désert en Orient pour finalement se terminer en occident au bord de la Seine sur le constat suivant : " le savoir est une source inépuisable qui, depuis la nuit des temps, arrose un monde complexe où vérité et mensonge se chevauchent, mythes et réalités se superposent et où chaque interrogation et chaque réponse en appellent d'autres ".
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Collection Encres Noires dirigée par Maguy Albet et Alain Mabanckou

Du Kouttab à la Sorbonne

@ L'Harmattan,

1999 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris - France Montréal (Qc)

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques, Canada H2Y 1K9

L'Harmattan, Italia s.r.l. Via Bava 37 10124 Torino ISBN: 2-7384-7880-8

Yacouba DIARRA

Du Kouttab à la Sorbonne
Itinéraire d'un Talibé

L'Harmattan

Collection Encres Noires dirigée par Maguy Albet et Alain Mabanckou

Dernières parutions

N°l77 Léopold Rosernnayr, Le Baobab. N°178 Boubakar Diallo, La nuit deJ ehienJ. N°179 C.-M. Istasse-Moussinga, Aïna ou la/oree de l'eJpérance.

PREMIERE PARTIE

CHAPITRE PREMIER

Le soleil commençait déjà à perdre de son ardeur légendaire et l'horizon s'habillait de rouge pour annoncer la tombée prochaine de la nuit au Sahel. A Syal, les habitants, vivant au jour le jour, rejoignaient sans état d'âme leur modeste demeure. Ici, au "Pays des Hommes Intègres2" où sérénité et précarité se côtoient, où le temps semble s'être arrêté, les jours se suivaient et se ressemblaient! Telle était l'atmosphère dans laquelle deux quinquagénaires, couverts de terre rouge et boueuse, après une longue journée de labeur, discutaient tranquillement sur le chemin de retour, au quartier populaire de Farakan. Quelques minutes auparavant, dans un corps à corps avec la nature, l'un était tapi comme une taupe à plus de cinquante mètres de profondeur sous terre, en quête d'une hypothétique source d'eau, tandis que l'autre maniait la corde et le seau plein de boue et de gravats avec une dextérité extrême. Rien d'étonnant, ils en avaient l'habitude, ces vieux baroudeurs! Depuis leur retour bredouille du "Pays des Grandes Forêts'" où ils avaient, pendant des années, travaillé comme chercheurs d'or clandestins, le vieux Baro et son compagnon d'aventure le vieux Kouma évoluaient
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Bobo-Dioulasso (2è grande ville du Burkina-Faso) , Burkina"Faso
Cote-D'Ivoire

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désormais ensemble dans le forage manuel des puits du côté de Sya, dans la province du Houêt. Les deux hommes, en confidents inséparables, ne manquaient jamais de se concerter avant. toute décision digne d'importance. Kouma qui n'avait pas eu d'enfants veillait sur ceux de son ami comme s'ils étaient les siens. C'était-là une attitude courante et conforme à la mentalité locale de l'époque. Les amis étaient encore sincères et pouvaient se faire mutuellement confiance en tout, à commencer par l'éducation des enfants qui était d'ailleurs du ressort de la société tout entière. Une société qui n'avait besoin d'aucune autorisation parentale et qui par conséquent n'en exigeait aucune de ceux qui cherchaient à inculquer les bonnes manières à ses enfants. Mieux, il n'était pas rare de voir certains de ses membres conduire, eux-mêmes, leurs propres enfants difficiles au commissariat de police le plus proche ou chez un père fouettard du quartier. Ainsi, à Dioulassoba, un des premiers quartiers de Sya, vivait un vieil homme sourd-muet dont l'activité principale consistait à confectionner à longueur de journée des cravaches qu'il vendait aux maîtres coraniques, aux parents d'enfants durs d'oreilles, aux époux cocus, etc. Confectionnés avec soin et amour, ces cravaches étaient de longueur et d'épaisseur différentes, sans doute pour respecter la diversité des destinataires! Mais le plus drôle et le plus pathétique à la fois était que parfois, après avoir assisté à la punition de l'enfant récalcitrant, les parents, certains au bord des larmes, reprenaient leur progéniture ainsi que l'instrument qui avait servi pour la correction! Bien sûr, à Sya, ces pratiques n'échappaient pas aux intéressés. Aussi, pour ne pas se laisser prendre au dépourvu, Kadara, cadet de la famille Baro, gardait-il ses distances vis-à-vis de Bamba, un vieux ferrailleur habitant la même cour que lui. L'homme, en dépit de sa soixantaine bien sonnée, était trapu et robuste et son regard foudroyant 10

inspirait aux enfants de la cour une peur bleue. D'ailleurs ces derniers faisaient tout pour l'éviter. Mais hélas! Dans le monde ici-bas, seules les montagnes ne se rencontrent pas, dit-on. Ce jour-là donc, Bamba avait surpris Kadara en train d'acheter une grillade. Pour lui, tout enfant bien élevé devrait se contenter de ce qu'on lui donne à la maison et ne saurait se permettre d'acheter de la nourriture surtout de la viande grillée dans la rue ! Cependant, contre toute attente, Bamba ne se fit pas remarquer de Kadara. Sans doute s'attendait-il à le voir rapporter la brochette à la maison et la partager avec son jeune frère. Ce qui, à ses yeux, aurait constitué des circonstances atténuantes. Et le petit qui ne s'était douté de rien mangea à la sauvette les trois morceaux de viande mal cuite, enfreignant ainsi l'un des principes de base de la vie communautaire, à savoir le partage. Dès que l'enfant franchit l'entrée du vestibule, quelques instants plus tard, deux bras puissants comme des tenailles le grippèrent au cou, et une voix sourde et menaçante l'assaillit de questions: - Où as-tu mis la brochette? Où as-tu mis la part de ton frère? Réponds vite petit gourmand! - Aïe! Quelle brochette? Elle n'était pas à moi, je..... - Si tu continues de mentir, je te fais goûter incessamment la poudre de vérité. - Non pas ça, pas la poudre de vérité, la brochette était eh... eh... eh... à...mmm... je l'ai mangée, cela ne se répétera plus, je vous le jure sur le nom d'Allah et de son Prophète. Epargnez-moi l'épreuve de la poudre, je vous en supplie, faites-le à cause de vos parents. En fait, l'histoire de la poudre de vérité, une sorte de détecteur de mensonge, n'était que de la poudre aux yeux, une pure astuce du vieux ferrailleur pour obtenir de Kadara des aveux. D'ailleurs qui, parmi les enfants de la cour, ne redoutait pas l'épreuve de cette poudre prétendument magique et dont la consommation, en cas de Il

mensonge ou de vol, était supposée entraîner des crises de folie? En tout cas, une chose est sûre, c'était le moyen le plus efficace au cours des interrogatoires. Ce faisant, à l'indifférence complice de toute la famille, Bamba s'acquitta de son devoir d'éducateur en donnant quelques claques au petit. Et afin de faire ressortir l'aspect éducatif de son geste, il conclut en ces termes: - « Ne mens jamais petit, le mensonge est le propre des hommes qui ne se respectent pas, c'est un signe de faiblesse et de trahison; il assure le jour mais rarement son lendemain; - Ne te cache pas pour manger mon garçon, l'égoïsme est l'attribut d'un homme désespéré qui manque de fierté et surtout de foi en la bonté inépuisable du Créateur ».

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