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DU SÉMANTIQUE AU POÉTIQUE

De
128 pages
Montrer que l'ambiguïté n'est pas une imperfection contre laquelle on doit se prémunir, mais un trait constitutif du langage qui permet au sens d'avancer masqué, tel est l'objectif de ce petit livre. Une fois admis que c'est dans la polysémie qu'il faut chercher la clef de certaines énigmes, il devient possible au linguiste d'éclairer des créations restées jusqu'ici rebelles à l'interprétation, dévoilant des constructions inattendues et donnant à penser que l'ambivalence sémantique est un des ressorts essentiels du poétique.
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DUSaMANTIQUEAUPOaTIQUE

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29.- M.-P. THoLIDN-BEHAR, vant le langage A 30.- N. DUBLEUMORTIER, Glossolalie 31.- Th. GAIl.EPE,Didascalies, Les mots de la mise en scène

C L'Harmattan, 1997

-

ISBN: 2-7384-5579-4

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Arabyan

Maurice Pergnier

DU SÉMANTIQUE

AU POÉTIQUE

avec Baudelaire, Cocteau, Magritte
Préface de Denis Slakta

L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Du même auteur Les fondements sociolinguistiques de la traduction, Presses Universitaires de Lille.

Le mot,
Presses Universitaires
danger

de France.

Les ang licisn1es, ou enrichissement pour la lllngue française, Presses Universitaires de France. La publicratie

En collaboration
Comprendre le langage,

Actes du colloque de Cr.éteil, Didier-Erudition. Théories et pratiques linguistiques, Société pour l'Information Granunaticale. Lefrançais en contact avec l'anglais, (en hommage à Jean Darbelnet), Didier-Erudition.

PRÉFACE

C

E QU'IL y A de remarquable dans les institutions sémiolo-

giques, ce n'est pas qu'on puisse les classerselon les cinq

sens comme Umberto Eco, c'est que toutes sont susceptibles de donner naissance à des pratiques esthétiques. Ainsi le corps dans son ensemble donne-t-il naissance à la mode,. la démarche à la danse; la vue à la peinture et au cinéma; les odeurs aux parfums; le goût à la cuisine; l'ouïe à la poésie; le tact à la caresse... Si bien qu'un sémiologue qui serait sourd à l'esthétique serait un anachronisme, comme dirait Roman Jakobson. Le sémiologue qui présente ici ces essais n'est heureusement pas anachronique. Au contraire. Voici que sont
observés un fragment de Moesta et errabunda ; deux poèmes de Jean Cocteau; et La grande famille de Magritte. C'est merveille (1) de voir comment Maurice Pergnier lève l'ambiguïté de ce tableau qui, selon lui, exhibe une surprise de taille,. tout de même qu'un poème de Jean Cocteau se révèle

contenir un « manifeste ». L'auteur ne cherchepas ici à expliquer, comme le ferait un simple professeur, mais à « éclairer »,
et pour ce faire, il ne néglige pas les données biographiques

Afin d'éviter les effets réducteurs d'une approche explicative, fondée sur des concepts préétablis (considérations théoriques sur l'homonymie, etc.), on a délibérément adopté une démarche stratifiant les modes d'approche du point de vue du lecteur. [...J L'œuvre est d'abord un "objet" qui, se présentant à nous dans sa singularité première,
«

quand elles sont pertinentes:

6

DU SÉMANTIQUE

AU POÉTIQUE

nous interroge avant que nous l'interrogions. L'analyste se doit donc de préserver, autant que possible, la "naiveté" de cette interpellation réciproque pour ne pas réduire le poème à une énigme linguistique et psychologique» (p. 57). D'autres énigmes sont levées chemin faisant. On verra que la psychanalyse est mise à contribution, mais de façon modérée, modeste, sans pédantisme: « dès lors, un troisième niveau de lecture - dont les jeux d'homonymes sont la raison d'être s'impose à l'esprit. On l'appellera, si l'on veut, psychanalytique, dans la mesure où une démarche psychanalytique peut aider à le cerner de plus près, mais on se gardera de confondre le contenu psychanalytique et le contenu poétique» (p. 70). linguiste et sémiologue, Maurice Pergnier n'impose rien. Il propose, honnêtement, et pas à pas, des voies d'approche dont

on peut discuter certainspoints. Ainsi, à propos du « vertparadis des amours enfantines », il reconnaît bien l'adjectif de couleur, mais reconnaît aussi que l'adjectif ici tie dénote pas une couleur. C'est juste, mais est-ce encore un adjectif qualificatif ? La question se pose pour grand antéposé, qui n'est pas équivalent à grand postposé. Un grand homme n'est pas obligatoirement un homme grand, un simple soldat n'est pas un soldat simple. Le cas d'ancien signalé par Charles Bally est intéressant : un ancien prêtre n'est plus un prêtre, mais un très ancien prêtre peut être très vieux. Très vieux est WIsyntagme adjectival constituant d'un syntagme nominal, et du coup ancien est antéposable. De même, un faux prêtre n'est pas un prêtre faux: ce n'est pas un prêtre. On admettra que vert n'est pas quantifiable dans toutes ses occurrences: les vertes prairies, le vert galant (impossible de dire le très vert galant), etc. Il n'est pas question ici de verdure mais de verdeur, et c'est tout autre chose... Le discours ordinaire cherche à éviter systématiquement l'ambiguïté. On parle de contexte, sans toujours voir que le contexte résulte d'une combinatoire possible ou impossible de signes. Certains signes changent de nature selon la combinatoire. Ainsi marche est-il un signe français, mais, selon qu'il

PRÉFACE

7

sera précédé de je ou de l'article défini féminin singulier, il
sera verbe ou substantif. Le singulier, c'est que Jean Cocteau cultive systématique-

ment l'ambiguïté:

«

Un serpent teint/ est, le matin,/ un serpen-

tin ». Ou encore « Mes mensonges, c'est vérité / Sévérité, même en songe. / Je suis le mur - l'art mar, l'armure ». Instrument privilégié de l'inconscient, l'homonymie est donc recherchée chez Cocteau, ne serait-ce que pour le lapsus et la rime. Par exemple langes rime avec l'ange. L'homonymie est fonction de l'arbitraire du signe et de ce que la langue n'est pas une nomenclature de signes correspondant à autant de choses. Soit cet exemple de Saussure dans le Cours de linguistique générale: « Je laprends. Je l'apprends ». On approche alors d'une définition de l'homonymie face à la polysémie: la polysémie relève de la langue, et l'homonymie, ou l'équivoque, du discours (de la parole). Lafonction ludique du langage est alors en place. L'homonymie, fondement de l'équivoque, passe pour un défaut aux yeux des logiciens, mais c'est un bonheur pour les poètes et l'inconscient! On peut suivre cet aimable guide, compétent et bien informé, pour le plaisir et l'instruction.
Denis Slakta

à Claire à Marie

AVANT-PROPOS

ES OBJETS esthétiques scrutés ici se présentent sous un jour énigmatique, plurivoque, voire hermétique. Ds mettent à nu la question du sens, et certains lancent un défi à la possibilité même d'une interprétation. L'analyse qui en est proposée prétend, cependant, apporter un éclairage, conçu comme un « dévoilement », ou une « révélation », de ce qui constitue leur sens le plus pur, parce que le plus savamment masqué. On n'a pas visé, rassemblant ce bouquet, à ramener à l'un le multiple, ni le divers à l'uniforme. On a voulu au contraire donner sa chance totale à l'unique qui, en matière d'art et de poésie, est seul digne d'attention. Mais au-delà de la diversité des œuvres analysées et de la variété des regards portés sur elles se dessine une problématique du sens dans l'art moderne; d'autant plus insistante qu'elle parm1 s'imposer à partir de prémices et de modes d'approche différents. S'il est vrai que le décryptage de l'hermétisme et l'analyse du non-sens aboutissent à des révélations qui diffèrent à la fois selon le contenu des œuvres et selon les approches, les convergences entre les résultats des recherches sont significatives. Magritte et Cocteau apparaissent ici comme des virtuoses de l'équivoque et de l'énigme. Or l'équivoque n'a pas bonne presse ! Sous les espèces de l'ambiguïté, elle ocèupe une place de choix dans les préoccupations des linguistes et des philosophes ; elle est cependant considérée le plus souvent comme l'intruse qui, dénonçant les imperfections de notre langage, doit être dé-

L

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DU _SÉMANTIQUE AU POÉTIQUE

busquée. De la polysémie des signes à l'ambiguïté des énoncés, l'ambivalence sémantique est volontiers traitée comme une pathologie, appelant les traitements qui - en assurant le retour à l'univocité - feront retomber la fièvre. Les œuvres analysées ici nous invitent à lui prêter un tout autre visage. Il apparaît notamment que depuis le cubisme et le surréalisme, l'art contemporain fait un usage abondant et ouvert de toutes les formes de l'équivoque. Ambivalence, ambiguïté, plurivalence sémantique, loin d'être des ratés de la communication, sont des manières de faire rendre un son et un sens neufs aux associations anciennes de signes et de concepts. L'analyse d'un vers particulièrement célèbre des Fleurs du mal fera apparaître que la polyvalence sémantique -loin d'être l'apanage de l'esthétique contemporaine - fait partie des ressorts constants et essentiels du poétique. Aussi ces études ne pouvaient-elles prétendre projeter quelque éclairage neuf sur les œuvres qu'en interrogeant à leurs racines les caractères du signe sur lesquels se construit cette équivoque créatrice qu'on aurait tort de confondre avec l'ambiguïté. C'est donc une réappréciation du statut théorique de la polysémie - et secondairement de l'homonymie - dans le système de la langue qui s'impose à la lumière de leur utilisation esthétique. Les études portant sur Magritte et Cocteau se veulent une exploration de l'esthétique de l'équivoque qui - dans les œuvres étudiées ici - caractérise chacun de ces deux créateurs. Dans l'un et l'autre cas, elle prend la consistance de l'énigme: l'analyse consiste donc essentiellement à « dévoiler» des sens que la facture de l' œuvre dissimule. La juxtaposition des analyses suffit à suggérer la parenté entre ce que le peintre crée

avec des images et le poète avec des mots. On n'a pas, pour autant, cherché à donner un statut à cette analogie.

MOESTA ET ERRABUNDA Dis-moi, ton cœur, parfois, s'envole-t-il, Agathe, Loin du noir océan de l'immonde cité, Vers un autre océan où la splendeur éclate, Bleu, clair, profond, ainsi que la virginité? Dis-moi, ton cœur, parfois, s'envole-t-il, Agathe? La mer, la vaste mer, console nos labeurs! Quel démon a doté la mer, rauque chanteuse Qu'accompagne l'immense orgue des vents grondeurs, De cette fonction sublime de berceuse? La mer, la vaste mer, console nos labeurs! Emporte-moi, wagon! enlève-moi, frégate! Loin! loin! Ici la boue est faite de nos pleurs! - Est-il vrai que parfois le triste cœur d'Agathe Dise: Loin des remords, des crimes, des douleurs, Emporte-moi, wagon! enlève-moi, frégate? Comme vous êtes loin, paradis parfumé, Où sous un clair azur tout n'est qu'amour et joie, Où tout ce que l'on aime est digne d'être aimé, Où dans la volupté pure le cœur se noie! Comme vous êtes loin, paradis parfumé ! Mais le vert paradis des amours enfantines, Les courses, les chansons, les baisers, les bouquets, Les violons vibrant de"ière les collines, Avec les brocs de vin, le soir, dans les bosquets,

-

Mais

le vert paradis

des amours

enfantines,

L'innocent paradis, plein de plaisirs furtifs, Est-il déjà plus loin que l'Inde et que la Chine? Peut-on le rappeler avec des cris plaintifs, Et l'animer encor d'une voix argentine, L'innocent paradis, plein de plaisirs furtifs?