Dynamique de l'enseignement au Niger

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Ce livre s’inscrit dans le cadre d’une réflexion globale, sur les pratiques identitaires en Afrique musulmane en général et sur la capacité de transformation des sociétés musulmanes par le biais de l’école en particulier. En effet, le religieux dans l’Afrique subsaharienne est producteur de sens et instrument de reconstruction identitaire. Les auteurs montrent que dans les pays subsahariens - tels que le Niger -, qui n’ont pas la capacité de répondre à la demande éducative des différents groupes socio-linguistiques ou de scolariser l’ensemble des enfants vivant à l’intérieur de leurs frontières, une vision moderne de l’école coranique est en train de se mettre en place au niveau de la société civile.
Publié le : mercredi 1 janvier 1997
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EAN13 : 9782296345775
Nombre de pages : 296
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DYNAMIQUE DE L'ENSEIGNEMENT ISLAMIQUE AU NIGER

Le cas de la ville de Maradi

Collection:

Etudes africaines

~

- Alfred BOSCH, Nelson Mandela

-

Le dernier titan.

- Ambroise KOM, Éducation et démocratie en Afrique illusions.

- Le temps

des

- ATANGANA,

Éducation scolaire au Cameroun.

- Claude RA YNAUD, Sociétés d'Afrique et Sida. - Thibaut MOURGUES, Les Ethiopiens. La Misère et la Gloire. - Fweley DIANGITUKW A, Qui gouverne le Zaïre? La république des copains. Essai.- Fabien EBOUSSI BOULAGA, La démocratie de transit au Cameroun - Jean-Pierre LACHAUD, Les femmes et le marché du travail urbain en AjTiquesubsaharienne

@ L'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-5687-1

Olivier Meunier

DYNAMIQUE DE L'ENSEIGNEMENT ISLAMIQUE AU NIGER
Le cas de la ville de Maradi

Éditions

L'Harmattan

5- 7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

A Nassim

Avertissements
N otes linguistiques
La transcription du hawsa que nous avons adoptée cOITespond à celle en vigueur au Niger1 : le « e » n'est jamais muet et se prononce « é ». le « c » se prononce « tché ». le «u » se prononce « ou ». le « h » est toujours aspiré.

s'écrit «hawsa ».

- la lettre « s » ne prend jamais la forme « z ». - Le « wa» se prononce « oua »; de même, « haoussa»

Lorsque les mots sont écrits en hawsa et en arabe, ils sont toujours soulignés; lorsque ces mots sont écrits en français ou francisés, ils ne sont pas soulignés: nous utilisons l'écriture des noms de .lieux ou de personnes telle qu'elle est employée officiellement dans le pays concerné; ainsi, au Nigéria, «Maidougouri» s'écrira «Maiduguri », et au Niger, « Tessaoua » s'écrira « Tessaoua » (le français est la langue officielle). Les titres ou qualificatifs (exemple: imam), les toponymes et les ethnonymes sont considérés comme neutres et invariables, sauf indications particulières. Un index à la fm de l'ouvrage reprend les mots et les noms hawsa et arabes les plus employés: le sens de chacun d'entre eux est le plus souvent indiqué à chaque première référence paginale dans le texte. La traduction de phrases ou de périphrases, sans indication de référence, est la nôtre.

1

D'après l'arrêté nOOl/MEN/SCNRElMJSC/MESR/M.INF/MDR/MI du 15 mars 1981.

7

Le système de transcription adopté pour les tennes, les phrases ou les périphrases arabes est le suivant:

[ONSONNES : ~d
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Introduction

Carte n01 : Niger

Il

Groupes

socio-linguistiques

Q
1:21

Hawsa

Zarma-Songhai
Kanouri

[ZJ]

~ ~

Djada .
~ Séguedine

Touareg Gourmanché Peul Toubou Arabe

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8

. .

. Dirkou
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.

o 100km ..............

Carte n02 : Groupes

socio-linguistiques

au Niger

12

..

~coI8coranique Médef8Bl8Iamlque

Échelle 1/10.000

Carteno3 : Répartition des écoles islamiques dans la ville de Maradi 13

La culture, en tant qu'identité collective est une production historique: elle se transforme continuellement dans le temps et l'espace en fonction des intérêts du moment. Ceux-ci se révèlent souvent par des conflits politiques qui reformulent sans cesse le champ du social. Ainsi, la culture est un « réservoir» de pratiques et de représentations que les acteurs sociaux utilisent afm de renégocier leur identité; de ce fait, une société est appelée constamment à se redéfmir pour exister. Si les modes de scolarisation sont les véhicules des idéologies culturelles, ils découlent d'une production historique et doivent par conséquent suivre l'évolution de cette dernière, c'est-à-dire se transformer. Au Niger (Cf. infra, carte nOt), et en particulier dans le pays hawsa2 (Cf. infra, carte n02), les modes d'éducations islamique et national sont issus de productions historiques distinctes et sont l'objet d'une renégociation perpétuelle par les acteur~ sociaux, ce qui se traduit par des politiques d'éducation de la part de l'Etat et des instances supranationales (Fonds monétaire international, Banque mondiale, Organisation de la conférence islamique, etc.) et par des stratégies éducatives et des initiatives privées au niveau de la population. Ainsi, si l'école coranique continue à se développer dans un milieu favorable à l'école nationale (Maradi (Cf. infra, carte n03), capitale commerciale du Niger), c'est non seulement parce qu'elle résulte de la production historique d'une culture religieuse islamique, mais aussi parce qu'elle obéit à une dynamique interne de reformulation de son enseignement et de sa pédagogie. L'école coranique est un mode de scolarisation et d'alphabétisation en arabe et en ajami (écriture du hawsa en caractères arabes) qui n'est pas pris en compte par les responsables d'éducation, notamment dans des régions hostiles à l'école moderne où une culture islamique s'est développée. De ce fait, elle peut être considérée comme une alternative de substitution à l' école publique dans les régions fortement islamisées, notamment lorsque l'Etat qui doit les gérer ne possède pas les moyens
.
~

2 Nous entendons par

«pays hawsa» la région qui s'étend au Niger du Dallol Maouri au

Damagaram et celle du Nigéria septentrional. Si les Hawsa du Niger n'occupent que la partie Centre-Sud du pays, celle-ci est également la plus dense au niveau de la répartition de la population: l'ensemble hawsa constitue la majorité du peuplement au Niger. La langue hawsa fait partie des trois grnndes langues véhiculaires de l'Afrique avec le swahili et le fulfuldé ; elle est parlée par 35 millions de locuteurs, dont 22 millions comme langue maternelle (au Niger et au Nigériaprincipalement). Cette langue est donc parlée par des groupes d'origines diverses. La religion musulmane est devenue également une caractéristique de ce groupe socio-linguistique durant le XXème siècle au Niger et au Nigéria.

t4

humains et surtout fmanciers pour une scolarisation et une alphabétisation de masse. Nous avons constaté qu'en milieu hawsa la demande des parents en éducation islamique est plus forte que celle concernant l'éducation moderne et cela même dans un contexte urbain favorable à l'école moderne. De plus, non seulement l'enseignement islamique reste très vivace, mais de plus il se diversifie. Nous avons montré3 que le monde hawsa, dans sa construction socio-historique, a développé une subjectivité avec la culture islamique qu'il a assimilée durant plusieurs siècles, ce qui lui a permis de résister efficacement à l'idéologie européenne et à son véhicule: l'école moderne. De même, si l'école coranique a pu s'intégrer dans le monde hawsa, c'est parce que l'idéologie qui la sous-tend s'est progressivement diffusée dans cette société par le.. biais d'acteurs sociaux qui appartiennent à cette dernière. Par conséquent, si l'école coranique est autant sollicitée, c'est parce qu'elle est intégrée àla communauté d'une manière très étroite, et que cette dernière participe directement à sa gestion. De ce fait, elle est devenue un instrument de socialisation (politique et idéologique) fonctionnel et efficace. Cependant, même si le monde hawsa nigérien tient à conserver ses valeurs traditionnelles - quitte à les transformer progressivement afm qu'elles demeurent fonctionnelles dans une société en mutation -, il ressent le besoin d'acquérir d'autres valeurs plus universelles qui lui permettent de « communiquer » avec les différentes cultures qui l'entourent. De ce fait, l'école coranique obéit à un processus de transformation - engendré par les stratégies éducatives des populations - qui l'amène à prendre en compte, dans son enseignement et sa pédagogie, des connaissances et des méthgdes d'enseignement que l'on retrouve dans les écoles «modernes» de l'Etat nigérien, mais également à un niveau universel. Nous allons montrer que si l'école coranique continue à se développer dans un milieu favorable à l'école moderne, c'est parce qu'elle obéit à une dynamique interne de reformulation de son enseignement et de sa pédagogie. Le mouvement interne au processus de développement et de transformation des écoles coraniques résulte de leur concurrence effective et de celle des différents courants islamiques, notamment en milieu urbain (qui cristallise dans une zone géographique restreinte la situation régionale), qui se renforcent avec la diffusion de divers modes de scolarisation islamiques
3

MEUNIER (O.), Les routes de l'Islam:

anthropologie politique de l'islamisation œ

l'Afrique de l'Ouest en général et du pays hawsa en particulier du VIIIème au XIXème siècle,

Paris, L'Harmattan, 1997, 210 p. et MEUNIER (O.), Islam et Education au Niger
(Maradi): production historique d'une culture religieuse en pays hawsa et dynamique des modes de scolarisation informels, Thèse de doctomt en Anthropologie et sociologie dI politique, sous la direction de P.P. Rey, Université de Paris Vill, novembre 1996, 690 p.

15

provenant d'autres pays musulmans. Ces écoles coraniques participent à une dynamique de reformulation en intériorité qui est engendrée en particulier par les reprises d'initiatives <!es marabouts et des commerçants, ainsi que la politique d'éducation de l'Etat et les stratégies éducatives des parents d'élèves. Nous allons développer cette analyse. en montrant quelle est la dynamique de la scolarisation islamique à Maradi, et notamment, comment il y a eu accumulation des connaissances islamiques chez les marabouts de la ville, diversification et différenciation des modes de scolarisation islamiques, et renouvellemel}t du champ scolaire religieux à partir des stratégies politicoreligieuses de l'Etat nigérien, des initiatives privées des mécènes de l'Islam et des stratégies éducatives des p3rtisaris des écoles islamiques (informelles et privées). TIs'agit ici non seulement de montrer comment sont organisées les différentes écoles coraniques, quels sont les enseignements dispensés, quelles sont les méthodes pédagogiques employées, mais également de dévoiler la dynamique de l'enseignement islamique à travers les différents stades de sa reformulation et de connaître les stratégies des acteurs sociaux qui ont permis ce dépassement.

16

.

Première partie: des connaissances

Développement
.

islamiques chez les marabouts de la ville

Mm de mieux saisir le contexte socio-religieux de la ville de Maradi, nous allons présenter un certain nombre de données quantitatives sur les marabouts-enseignants, leurs écoles coraniques, leurs revenus, leurs formations islamiques, leurs enseignements, leurs élèves, etc. Nous expliciterons ces données par quelques exemples représentatifs sur les différents types de marabouts qui enseignent dans la ville. La présentation des principales familles maraboutiques de la ville nous indiquera comment s'organise le champ religieux maradien, quels sont les marabouts qui détiennent les charges ou les fonctions religieuses les plus importantes, et quels rôles ils jouent au niveau de l'islamisation et de la scolarisation islamique dans la ville. La plupart des marabouts issus des grandes familles maraboutiques de la ville, soucieux de rattraper leur retard en matière de sciences religieuses, vont se rendre chez les marabouts du Damagaram et du Bomou spécialisés dans l'apprentissage du Coran, et chez les marabouts du Nigéria spécialisés dans les sciences islamiques (Fiqh, Hadiths, Nahw, Lugha, Tafsîr, etc.). En développant ainsi leurs connaissances islamiques par le biais des voyages d'études, certains vont même se spécialiser dans plusieurs disciplines islamiques et devenir des cheikh réputés dans la sousrégion, voire même à l'échelle du pays (cheikh Abdou Dan KouIlou, cheikh Ibrahim Dan Jirataoua, ...), vers qui les élèves coraniques voudront aller étudier et où les almajirai (étudiants en sciences religieuses) iront acquérir de nouvelles connaissances. Ainsi, à partir des années 1970-1980, Maradi va devenir un centre religieux dans lequel les élèves pouITonttrouver à la fois des spécialistes en sciences coraniques et en sciences islamiques. Au début des années 1990, il n'est plus vraiment nécessaire pour un talibé de partir en voyage d'études pour ,chercher des connaissances religieuses puisqu'il peut les trouver dans sa propre ville.

19

Chapitre I Présentation de la situation socio-religieuse à Maradi..

Avant de parler des marabouts de ,Maradi, nous allons présenter la ville4, du moins la ville nouvelle qui a été reconstruite sur la dune qui surplombe le Gulbi-n Maradi, depuis 1945 (Cf. infra, carte n03). La vieille villes (des années 1950) s'organise autour de la place du Chef (où se trouve le palais du sarkin-Maradi) avec les quartiers Limantche, Yandaka, Assao et une partie des quartiers de Maradawa, Dan Gulbi, Mokoyo et Bagalam. Au SU,dEst se trouve le quartier administratif (Bourja). C'est surtout dans la vieille ville que nous pouvons trouver les familles des Maradiens qui sont à l'origine de la fondation de la ville, les formes d'habitats traditionnelles (en banco), ainsi que la densité humaine la plus forte, dont la plus grande proportion des cultivateurs et des commerçants par rapport aux autres quartiers de la ville. . C'est également dans la vieille ville que nous trouvons le plus d'habitants qui sont propriétaires de leurs maisons. La première aire d'extension (fin des années 1950 - début des années 1960) se situe à l'Est de la vieille ville avec le
4

Nous nous basons pour cette description de la ville sur l'enquête pluridisciplinaire

Croissance urbaineet santé à Maradi(Niger),Université de Bordeauxll-ORSTOM-GRID, 1990-1991, et notamment sur GREGOIRE (E), Croissance urbaine et santé à Mandi (Niger), Histoire économique, Approvisionnement vivrier, Emploi, Problèmes fonciers, Université de Bordeaux II-ORS TOM-GRID, 1990, 101 p. et HERRY (Cl.), Croissance urbaine et santé à Maradi (Niger): caractéristiqnes démographiques et phénomènes migratoires, Université de Bordeaux II-ORSTOM-GRID, 1990, 101 p. Il faut cependant noter que ces enquêtes ont été effectuées en 1983-1984, et que depuis, de nombreuses données ont changé du fait de l'accroissement de la ville, de la détériomtion de l'économie, et de l'emprise de l'Islam sur le mode de vie des populations de la ville. Nous allons donc ici compléter et mettre à jour les données qui nous intéressent dans le cadre de notre enquête sur l'islamisation de la ville effectuée durant l'année 1993. 5 A ne pas confondre avec « l'ancienne ville» de Maradi qui a été inondée en 1945. 21

développement des quartiers Maradawa, Dan Gulbi, Mokoyo et Bagalam, et la création du quartier Sabon Gari (en 1957) : ce' sont les activités traditionnelles concernant l~artisanat et le petit commerce qui y sont le plus représentées; c'est également là que nous trouvons la plus forte concentration de marabouts. Si Maradi est l'un des centres les plus actifs en matière de traite arachidière dans les années 1950, ce qui entraîna également le développement d'autres activités commerciales et artisanales (exportation des peaux, du coton, etc. ; importation de produits manufacturés), ainsi qu'une migration des ruraux de la région (offres d'emplois dans la manutention, le transport, l'huilerie installée à Maradi depuis 1942, etc.), elle n'est en 1959 que la troisième ville du Niger en matière de population (12.500 habitants) après Niamey (29.000 habitants) et Zinder (22.000 habitants). La deuxième aire d'extension de la ville (dans les années 1970) concerne l'élargissement des quartiers Bourja et Sabon Gari jusqu'à la route nationale qui coupe la ville dans un axe Nord-Sud, et la création au Nord des quartiers Sabon Carré, Bouzou Dan Zambadi et Soura Buldi, l'extension à l'Ouest étant bloquée par des mares aux abords de la vallée du Gulbi-n Maradi. L'Est du quartier Sabon Gari et le Nord du quartier Bourja représentent les lieux d'implantation du secteur des affaires de Maradi (autour du grand marché) et des activités modernes de commerce et d'artisanat. La proportion de l'habitat locatif (dont les boutiques) y est élevée (près de 50 %). Le Centre du quartier Bourja est occupé par les différents services de l'administration nigérienne: en 1964, lorsque le Niger est divisé en sept départements, Maradi, autrefois chef-lieu de Cercle devient Préfecture du département, ce qui contribue à renforcer ses structures administratives, et donc à accroître le nombre de ses fonctionnaires. Sabon Carré, Bouzou Dan Zambadi (à l'origine il faisait partie du quartier Sabon Carre) et Soura Buldi sont des quartiers dans lesquels l'habitat locatif s'est également développé; les commerçants, les artisans, les marabouts, les apprentis, les manoeuvres, les tâcherons ainsi que les fonctionnaires et les cultivateurs y sont bien représentés. La sécheresse des années 1970 provoque l'effondrement de la culture arachidière qui est remplacée par les cultures vivrières (mil et sorgho) tandis qu'une tentative d'industrialisation6 mise en

Presque toutes les industries ont dû fermer leurs portes: c'est le cas de l'usine d'égrenage du coton (fondée en 1956), la Conco-Niger qui fabriquait des confitures à partir des produits fruitiers (une autre usine de fabrication des confitures tournait au ralenti en 1992-1993), la Société Nigérienne de Briqueterie (SONIBRI) de Djiratawa, la SEFAMAG (fabrication œ matériel agricole), la SONIFAC (confection de couvertures), la SICONIGER (huilerie), la SONITAN (Société Nigérienne de Tannerie), l'UNlMO (fabrication de matelas mousse), la FABMETAL (confection de mobilier en métal). La BRANIGER (production de boissons gazeuses et de bière (la « Conjoncture») à partir de produits importés) était sur le point œ fermer en 1993.

6

22

place par l'État (grâce aux ressources provenant de l'exploitation des gisements d'uranium) dans le but de rendre le Niger moins tributaire de ses importations, échoue notamment à cause de la concurrence des produits nigérians importés d'une manière frauduleuses pour la plupart et qui bénéficient également de la dépréciation de la Naira (monnaie nigériane). Néanmoins, les commerçants de Maradi soutiennent la croissance économique de la ville en pratiquant le transit (introduction ~frauduleuse de marchandises protégées au Nigéria par des monopoles d'Etat comme les cigarettes, les tissus, le riz, ainsi que l'exportation du bétail, du mil, du sorgho, du niébé) tout en jouant sur les fluctuations du taux de change entre la naira et le franc. C.F.A.. Cette dynamique économique va permettre à de nombreux co~mmerçants d'investir dans l'immobilier (construction de villas louées à l'Etat pour le logement de ses cadres et des coopérants), ce qui va contribuer au développement de nouveaux quartiers. La croissance du grand commerce (54 transporteurs en 1980) s'accompagne de la diversification du secteur informel et donc de la création de nombreux emplois: la population de Maradi passt<de 44.500 en 1977 à 104.500 en 19887 (respectivement celle de Niamey passe de 233.500 à 392.000 et celle de Zinder de 54.000 à 120.000). la troisième aire d'extension (dans les années 1980) concerne le Sud de la ville avec le développement du quartier Bourja (le Sud de Bourja est également appelé Tarna) dans lequel nous trouvons une grande partie des fonctionnaires, ainsi que toute la partie à l'Est de la route nationale, avec au -Sud-Est le quartier résidentiel Ali Dan Sofo qui comprend de nombreuses maisons en ciment habitées par des commerçants, des fonctionnaires, des coopérants et quelques commerçants arabes (Algériens, Libanais), ainsi qu'un certain nombre d'employés (gardiens, hommes à tout faire, etc.), et au Nord-Est le quartier Zaria qui est le moins dense de la ville (certairles zones notamment à l'Est sont en cours de construction) et qui peut être considéré comme un deuxième quartier résidentiel (nombreuses maisons en ciment) dans lequel nous trouvons essentiellement des commerçants (plutôt des jeunes de moins de 40 ans) et des salariés (surtout des fonctionnaires), mais aussi, dans les concessions qui ne sont pas encore construites (dans des parcelles qui sont néanmoins entourées d'un mur), des tâcherons, des tabliers, des vendeurs à la criée (eau, thé, etc.), des 'gens à la recherche d'une activité, souvent des étrangers venus des campagnes environnantes chercher un travail saisonnier' durant la saison sèche (nous les trouvons également à 1'.Estdu quartier Sabon .Gari, entre la route nationale et l'aéroport (qui limite une extension des constructions dans cette zone, même si son activité est quasi-inexistante».. Cette stagnation dans l'immobilier résulte de la baisse des bénéfices des commerçants de Maradi à la fm des années 1980 : si la fenneture des
Annuaire statistique "séries longues", Direction de la statistique et de la démographie, Ministère du Plan, 1991, p. 47.
7

13

frontières nigérianes (d'avril 1984 à février 1986) a pour conséquence de limiter les échanges commerciaux entre les deux pays,. c'est la dévaluation de la nairas (qui diminue le pouvoir d'achat nigérian dans la zone du franc C.F.A.) et la libéralisation de l'économie nigériane (qui rend caduque le transit de nombreuses marchandises; néanmoins le Nigéria ne lève pas ses interdictions d'importation sur les cigarettes, les tissus et les céréales), qui limitent la croissance économique de la ville. Cependant, la population de Maradi est estimée9 en septembre 1992 à 153.700 habitants, ce qui représente par rapport à celle qui a été recensée en 1988, un accroissement de 47,1 %10 en 4 ans (il était de 134,8 %11 entre 1977 et 1988), ce qui donne des taux moyens de croissance sensiblement équivalents12. La baisse de la croissance
.8

GREGOIRE (E), Idem, p. 13 : «Entre avril 1986 et février 1988, la naira fut dévaluée œ

435 % par'rapport au francs CFA sur le marché officiel et de 60 % sur le marché noir qui régit les échanges à Maradi ».

9 Inspection de l'Enseignement du Premier Degré de Maradi, Rapport de rentrée Année scolaire 1992-1993, Direction de renseignement du premier degré, Ministère de l'Education Nationale, République du Niger, p. 10.
10

Accroissement de la population

104.5(0)x(100/104.500),

soit 47,08. (Données:

en 1992 = 153.700).
11

de Maradi entre 1988 et 1992 = (153.700population en 1988 = 104.500, population
.

Accroissement de la population de Maradi entre 1977 et 1988

44.500)x(100/44.500), soit 134,83. (Données: population en 1977
en 1988 = 104.500)
12

= 44.500,

=

(104.500population

Le taux moyen de croissanceannuelleentre 1988à 1992est de 10,13 % :

[Si je considère que chaque année la population augmente en moyenne de (X/1OO),et si a = 104.500 (population de 1988) et si b = 153.700 (population de 1992), nous avons en 1989 (a + (X/100) x a), soit a x (1 + X/100), et par la suite en 1992, nous avons a x (1 +' X/1(0)1\4 = b. (:::) (1 + X/100)1\4 = b/a (:::) (1 + X/1oo) = (b/a)1\1/4 (:::) (X/100) = (b/a)1\1/4 - 1 (:::) X = 100 x [(b/a)1\1/4 - 1] (:::) X = 100 x [(153700/104500)1\1/4 1] (:::) X = 10,1258.]
Le taux moyen de croissance annuelle entre 1977 et 1988 est de 8,1 % : [De même, si je considère que la population en 1977 = 44500 i, et si j = = la population en 1988, soit 104500, et si chaque année la population augmente avec le même pourcentage œ Y/100, alors nous avons en 1988 : [i x (1 + (Y/100»1\11) j (:::) (1 + Y/1(0)1\11 =j/i (:::). (1 + Y/100) G/i)1\1/11 (:::) Y/100 G/i)1\1/11 - 1 (:::) Y 100 x [G/i)l\l/ll - 1] (:::) Y 100 x [(104500/44500)""1/11 - 1] Ç:) Y = 8,069.]

=

=

=

=

=

Le taux moyen de croissance annuelle est donc en légère augmentation

de 2,06 %.

24

économique!3 et la croissance continue de la population de la ville ont non seulement des conséquences en matière d'urbanisation (ralentissement des constructions) mais également sur la redistribution des richesses au sein des réseaux de solidarité, qu'ils soient commerciaux (petits commerçants ou artisans du secteur informel, employés ou apprentis (bara» ou socio-religieux (dépendants, marabouts, démunis). Or la plupart des marabouts de la ville dépendent financièrement de ces commerçants (alhazaz) : ce sont notamment les enseignants coraniques qui, recevant aux alentours de 100 francs CFA par mois et par élève (soit généralement moins du tiers de leurs revenus), restent tributaires de la générosité de la population aisée de Maradi. Si, en 1984, les marabouts et les talibés représentent près de Il % de la population active14 et si le nombre total d'élèves coraniques était supérieur à 10.00015,en 1992 ces derniers dépassent les 30.000, et comme la population totale de la ville est passée de 70.00016 en 1983 à 154.000 en
1992, nous pouvons estimer

-

si l'accroissement

du nombre

d'élèves

13 GREGOIRE (E), Ibid., p.9 : «EVOLUTION DES RECETIES DOUANIÈRES À MARADI (millions de francs CFA)

Années 1964/65 1969/70 1976/77 1980/91
»

Montant 335 512,8 1.390,5 3.300

Années 1982/83' 1984/85 1985/86 1986/87

Montants 4.416,9 2.719,8 3.428,9 2.821,9

15

GREGOIRE

(E), Ibid., p.31.

16

HERRY (C1.),Idem, p. 10.

25

coraniques correspond à celui du nombre de marabouts - la population religieuse active (des 15-65 ans) à 15 %. Alors que dans l'enseignement officiel!7 le taux de scolarisation (élèves du primaire de 7 à 14 ans) pour l'année 1992 est de 39,8 % dans ]a ville de Maradi, celui de l'enseignement informel18 (écoles coraniques et
Inspection de l'Enseignement du Premier Degré de Mamdi, Idem, p. 10. Population de la ville = 153.686 ; Population scolarisable = 30.737 ; Effectifs scolarisés = 12.236 dont 7.509 garçons et 4.727 fdles ; Taux de scolarisation = 39,8 % ; soit pour les filles 30,8 % et pour les garçons 48,9 %.
18
17

D'après notre enquêtesur l'islamisationde la villeeffectuéeen 1992-1993:

Le nombre d'élèves recensés sur 197 écoles informelles est de 11965 élèves. Ces 197 écoles correspondent à 39,4 % des écoles informelles; soit une estimation pour les 500 écoles informelles recensées, une population moyenne de 30368 élèves dans la ville œ Maradi. Total des élèves de sexe féminin sur 183 écoles coraniques: 3535 Total des élèves de sexe masculin sur 179 écoles coraniques: 8345
Le nombre moyen de filles par école est de 3535/183

= 19,3.

Le nombre moyen de garçons par école est de 8345/179

Le rapport moyen garçons/filles est de 46,6/19,3 =2,4. Le nombre total de filles dans les 500 écoles est de 8.932 et le nombre total de garçons est de 21.436 : [Soit X = nombre moyen de filles dans les 500 écoles, et Y = nombre moyen de garçons dans les 500 écoles; alors d'après ce qui précède, nous avons: Y = 2,4 X et X + Y = 30368 ~ Y = 2,4 X et X + 2,4 = 30368 ~ Y = 2,4 X et 3,4 X = 30368 ~ X = 30368/3,4 = 8932 et Y = 2,4 X = 21436.] Considérant que 30,4 % des élèves ont moins de 7 ans (voir supra), soit «30,4/100)x30368) = 9232 élèves, la population scolarisée (de 7 à 14 ans) dans l'enseignement informel représente 21136 élèves (30368-9232) Soit 6.217 filles (8932-«30,4/100) x 8932)) et 14.919 garçons (21436-(30,4/100) x 21436). Comme la population scolarisable (enfants de 7 à 14 ans) de Maradi en 1992 est estimée à 30.740 élèves, 'et qu'elle comprend une égale répartition entre les deux sexes, nous avons au niveau de l'ensemble des écoles informelles:

= 46,6.

- un

taux de scolarisation

informelle

général

de «21136/30740)

x 100)

- un taux

= 68,7

%

de scolarisation - un taux de scolarisation

des fdIes de (6217/(30740/2)) x 100 = 40,4 % des garçons de (14919/(30740/2)) x 100 = 97,1 %

Et si nous tenons compte des 35,2 % (cf. note suivante) parmi la population scolarisée d'élèves coraniques extérieurs à la ville (uniquement des garçons de 7 ans ou plus), nous avons en fait:

26

médersas islamiques) est de 51,7 %. Si pour la même année le taux de scolarisation officielle pour les garçons est de 48,8 % et celui des filles de 30,7 %, le taux de scolarisation informelle est de 62,9 % pour les garçons et de 40,4 % pour les filles. Néanmoins, comme certains parents envoient leurs enfants dans les écoles islamiques du Nigéria (à moins de 50 kilomètres), le taux de scolarisation informelle des enfants de Maradi est plus élevé. Mais comme ces taux de scolarisation informelle ne comprennent pas les élèves coraniques qui viennent de l'extérieur de la ville (24,4 %)19, notamment des arrondis~ements (tableau 1) du département de Maradi (76 %), cela contribue à accroître le nombre d'élèves (43,1 %) dont les parents sont paysans (voir tableau 2). Tableau 1 : Provenance géographique des élèves extérieurs à la ville de Maradi (enquête de 1992-1993) :
Arrondissement de Guidan Roumdii Arrondissement de Dakoro Arrondissement de Madaroumfa Arrondissement de Mayahi Arrondissement de Tessaoua Arrondissement d' Aguié Département de Zinder Département de Tahoua Autres départements Total 21,1 % 14,3 % 13,7 % 10,3 % 9,1 % 7,4 % 14,9 % 9,1 % 0,1 % 100%

général (ne comprenant que les élèves de Maradi de 7 à 14 ans) œ 51,7 % : [le nombre d'élèves de Maradi qui sont scolarisés est de (21136 - «35,2/100) x 14919)) = 15885 ; soit un taux de scolarisation générale ne comprenant que les élèves de Maradi œ «15885/30740) x 100) = 51,7 %] - un taux de scolarisation des garçons de 7 à 14 ans qui sont de Maradi de 62,9% : [le nombre de garçons de Maradi qui sont scolarisés est de (14919 - (35,2/100) x 14919) = 9668 ; soit un taux de scolarisation des garçons qui sont de Maradi de «9669/(30740/2)) x 100) =62,9 %

- un taux de scolarisation

- un taux
19

de scolarisation

des ftlles restant à 40,4 %.

Sur 195 écoles informelles (39 % du nombre total d'écoles) nous avons recensé 2900

élèves qui sont extérieurs à la ville de Maradi, ce que nous estimons à 7436 élèves pour l'ensemble des écoles informelles, soit «7436/21136) x 100) = 35,2 %.

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Tableau 2 : Provenance sociale des élèves coraniaues en fonction de l'activité
, .

dominante des parents2tJ:
4370 1991 1411 1213 586 393 169 10.133 431 % 196% 13,9 % 12% 5,8 % 39 % 1,7 % 1()() %

Paysans
Marabouts Petits commercants Artisans I ouvriers Fonctionnaires Grands commercants Autres activités Total

Les élèves qui ne sont pas originaires de Maradi sont des garçons issus du monde rural (les parents sont essentiellement paysans) : ils sont pris en charge notamment par le marabout qui leur dispense un enseignement coranique (tableau 3). Certains élèves (11 %) qui ne le sont pas vivent uniquement de la mendicité et s'intègrent rapidement dans des réseaux de délinquants (que nous trouvons notamment autour de- la gare routière) en devenant les ba11Vaï(employés ou apprentis dont la rémunération se limite souvent à de la noumture, quelques vêtements et à un endroit pour dormir) occasionnels des petits trafiquants en tous genres (carburants, pièces de rechange, etc.).

En privilégiant l'activité dominante des parents, nous évitons d'avoir des populations « sans activité» ou « sans réponse », ce qui renforce notamment le nombre de paysans et de marabouts, étant donné que de nombreux Maradiens pratiquent l'agriculture uniquement durant l'hivernage (parfois dans les champs de leur famille), et qu'une partie des gens qui se disent marabouts peuvent avoir une fonction précise (précepteur, conseiller, etc.) au sein œ leur propre famille, ce qui est difficilement repérable pour quelqu'un de l'extérieur. De plus, ces activités souvent secondaires dans une période de croissance économique, deviennent principales durant une période de crise qui limite l'emploi dans des activités lucratives. Les tâcherons et les apprentis étant chefs de famille (ils ont souvent plus de 20 ans), nous avons préféré les répartir par rapport aux différentes activités.

20

28

Tableau 3 : Prise en charge des élèves extérieurs à la ville :
t
688 % 111 % 9,7 % 6,9 % 2,1 % 14 % 100%

Si la prise en charge des enfants extérieurs à la ville par le marabout (tableau 4) est parfois gratuite (11,1 %), ce que les parents lui donnent (mil, argent, vêtements) souvent après les.récoltes, ne couvre (32 %) généralement pas les besoins des élèves coraniques: pour y subvenir, le marabout les envoie surtout quémander (43,2 %), essentiellement de la nourriture mais parfois de l'argent, et d'une manière moindre, utilise les plus grands (8 %) comme main-d'oeuvre (soit directement pour lui, soit pour d'autres personnes qui lui donnent une contrepartie sous différentes formes) et emploie lui-même quelques-uns d'entre eux pour des tâches domestiques (5,6 %). Indirectement, 56,9 % des élèves extérieurs à la ville contribuent à leur subsistance et à celle du marabout. Pour ces jeunes migrants venus de brousse, l'école coranique représente la première étape de leur intégration en milieu urbain, la seconde consistant à s'insérer dans le monde du travail : bénéficiant du statut d'al.rnq,jiri élève coranique) à partir duquel ils peuvent ( profiter du réseau relationnel de leur marabout-enseignant, ..les plus grands (dès 12 ou 13 ans) fmancent leurs études coraniques en travaillant partiellement pour des commerçants, souvent en tant que barwaï. Avec le temps, ces almajiraï: privilégient en fonction des opportunités qu'ils sont en mesure de saisir, l'une ou l'autre de leur activité: certains deviennent 11101amoï: (marabouts), d'autres des petits commerçants ou des employés d'alhazai.

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