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ECRITURE EN RESIDENCE

De
200 pages
Pas à pas, ce texte suit les étapes de cinq ateliers menés dans le cadre d'une résidence mise en place à Reims par la ville et la DRAC Champagne-Ardennes, un atelier d'adultes et quatre ateliers d'enfant en milieu scolaire. Au-delà des productions d'ateliers, cet écrit se veut outil de réflexion sur une démarche destinée à conduire en écriture, tant il apparaît utile aujourd'hui de faire état du travail à mettre en oeuvre pour partager l'entrée possible dans l'écrit.
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ÉCRITURES EN RÉSIDENCE © L'Harmattan, 1997
ISBN : 2-7384-5236-1 Nadine BRUN-COSME
ÉCRITURES EN RÉSIDENCE
L'Harmattan L'Harmattan Inc.
5-7, rue de l'École Polytechnique 55, rue Saint-Jacques
75005 Paris - FRANCE Montréal (Qc) - CANADA H2Y 1K9
Ouvrage publié avec le concours de la DRAC Champagne-Arden ne SOMMAIRE
PRÉFACE 5
AU BORD D'ECRIRE.
Travail mené avec une classe de 6ème.
Avec Madame Rieunier, coordonatrice ZEP.
Madame Jantelet, enseignante de français. 7
Chapitre I. Un prénom noble 9
Chapitre II. La naissance des textes de Laurent et André ...15
Chapitre III. Anna, ne rien voir. 21
Chapitre IV. Quelles rencontres, pour quelle structure ?
Ou / Du sens des formes grammaticales. 27
Chapitre V. Ecrire / Etre au bord. 35
TISSER DES RENCONTRES.
Travail mené avec une classe de 6ème. Avec Madame Rieunier,
coordinatrice ZEP. et Madame Durandeau, enseignante de
français. 39
41 Chapitre I. Solitudes.
Chapitre II. Rencontres. 47
Chapitre III. Lieux de rencontres. 53
Chapitre IV. La séduction des fées. 57
Chapitre V. Sa mère l'appelle, mais lui, il ne peut pas sortir. 63
LES SECRETS DU COQUILLAGE.
Travail mené avec une classe de CM2. Avec Madame Guerin,
enseignante et Monsieur Taillefer, coordonnateur ZEP. 67
Chapitre I. Qui a mangé les rayons du soleil 69
Chapitre II. L'héritage. 75
Chapitre III. Où l'on entend les mots comme des vagues, qui
tombent l'une après l'autre ou : L'écoute, principe de choix...81
Chapitre IV. Structures.
Ou : Tentatives de construire. 87
Chapitre V. Choisir sa patrie. 93
Chapitre VI. Le texte de l'héritage. 99
LES AVENTURES DE COLORFLAMME ET
COLORFLAMMETTE 111
Travail mené avec une classe de CM2.
Avec Madame Joubert, enseignante et la coordonnatrice ZEP.
113 Chapitre I. Où tout commence par la couleur.
Chapitre II. Cadeau en écriture, ou cadeau d'écriture... ? 119
Chapitre III. La forme. 125
Ou : Ça n'est pas que pour faire joli
Chapitre IV. Rencontre.
Ou : Quand le lien s'écrit. 131
Chapitre V. Rencontres
Ou : Il papote si elle serait libre le soir. 135
139 ALORS, JE PEINDRAI UNE TERRE NOUVELLE
Travail mené avec un groupe d'adultes
et Madame Rieunier, coordonnatrice ZEP.
141 Chapitre I. Ressentir.
Chapitre II. Mises en relations. Ecoutes. 147
Chapitre III. Structures de travail. 159
Chapitre IV. La part manquante. 167
Chapitre V. Et questionner... 173
CONCLUSION. D'EUX A MOI, ECRIRE. 177
PRÉFACE
Mené à la demande conjointe de la Direction Régionale des
Affaires Culturelles de Champagne-Ardennes et de la Ville de
Reims, cette conduite d'ateliers s'est déroulée pendant six mois.
Quatre des cinq ateliers présentés ici ont concerné directement
le milieu scolaire, au sein de deux zones d'éducation prioritaire
de Reims, Croix-rouge et Wilson, à la demande des
coordonnateurs ZEP.
L'atelier adultes a été conduit dans le quartier Wilson.
Ecrire. Ecrire ensemble. Construire ensemble la solitude
d'écriture de chacun. Par la sensation. L'émotion. Pas à pas.
Et puis, laisser trace.
Cela, les recueils de textes le font à leur manière. Modelé par le
travail d'un imprimeur, mis en forme par la frappe d'ensei-
gnants, construit comme objet à manipuler, chaque recueil a
choisi, dans chacun de ces cinq ateliers, de témoigner d'un
aspect du travail.
Une autre trace, que j'ai voulu laisser, est cet écrit. Plus que
trace d'un objet fini, il marque l'accompagnement de ces mois
de rencontres que constitue le travail d'un auteur en résidence
pour conduire des ateliers, et tente de retracer la pensée, les
questions, les doutes qui en ont été le ferment.
Ne se voulant ni lieu de théorisation au sens strict, ni lieu de
recueil d'écrits d'enfants, il parcourt, au rythme où ils sont
5 apparus, les moments signifiants de ces rencontres. Ainsi,
apporter une chose de soi, énoncer l'émotion, retenir, choisir,
entendre la structure d'un texte, le nourrir, réouvrir la mémoire,
prendre conscience soudain de questions essentielles de l'écrit
au moment de l'implication de soi, sentir et construire les deux
temps du lien et de la solitude, enfin découvrir qu'écrire peut se
conjuguer au pluriel pour permettre à chacun de construire son
écriture au singulier, sont autant de moments que nous
laisserons apparaître dans le fil du temps où ils nous ont été
donnés à voir.
Ecrit peu à peu, dans la difficulté des questions et le bonheur
d'échanges, à l'image en cela du travail qu'il tente de relater, ce
texte est pour ceux qui, dans leur pratique, souhaitent
poursuivre et échanger.
Qu'au-delà d'une présence, enfin, il reste des outils.
Et que ce texte puisse en être un.
6 AU BORD D'ÉCRIRE I
UN PRENOM NOBLE Notre premier échange se fait autour d'un de mes romans
qu'ils ont lu : "15e ETAGE, porte droite : Léo" *, où je leur dis
que pour moi, une histoire s'écrit autour d'une petite chose
importante pour celui qui écrit. Et je demande ce partage-là :
Que chacun cherche à dire quelque chose qui lui est important.
—Déménager, c'était un peu rigolo, un peu triste.
Je m'appelle A..
—Qui t'a nommé ainsi ?
—Ma mère.
Un garçon rit, placé derrière lui. Je lui demande de dire
pourquoi.
—Parce qu'il a la peau noire, et son nom, ça veut dire "côté
blanc".
— Sais-tu pourquoi ta mère t'a donné ce prénom ?
—Parce que le plus jeune joueur de la coupe du monde de
football, une année s'appelait A. C'était un Irlandais.
—Le plus jeune joueur de la coupe du monde de football !
Si c'était vous, comment vous sentiriez-vous ?
—Noble et fier, dit Yann.
J'écris : Ma mère m'a donné un prénom noble.
Certains ont compris qu'ils devaient chercher une chose
importante pour moi ; me deviner, en quelque sorte.
Et l'un dit : Une feuille.
Je réponds :
—Un papier tellement beau, qu'on ne peut pas s'empêcher
d'écrire dessus. Comment est-il ?
—Très grand.
— Blanc.
* "15e étage, porte droite ; Léo. Coll. Zanzibar. Ed. Milan 1988.
11 — Avec de très grands carreaux.
J'écris, éliminant le mot "papier" : Il est très grand, blanc,
avec de très grands carreaux.
— J'aime les chevaux. J'aimerais en avoir un.
— Il serait comment ?
— Un étalon. Noir.
J'écris : J'aimerais un étalon noir.
Et je demande : Noir comment ?
J'écris :
Comme le charbon ; comme le lointain ; comme le fond du
lointain ; comme de la peinture noire ; comme de la graisse ;
comme le goudron ; comme le réglisse ; comme la beauté ;
comme une chose féroce ; comme de la ficelle noire ; comme des
cheveux ; comme le vide ; comme la douceur ; comme la nuit ;
comme l'encre ; comme du velours ; comme la pupille de nos
yeux ; comme de la cendre ; comme du sable noir ; comme mon
pull ; comme les arbres ; comme des nuages de tempête ; comme
une porte ; comme une voiture ; comme une bête ; comme un
perfecto ; comme l'univers ; comme la méchanceté ; comme un
piano ; comme le café ; comme la peur ; comme le pétrole ;
comme une montre ; comme la force.
L'image de l'étalon noir est venue dans la foulée de la
discussion autour du prénom noble de l'enfant à la peau noire ;
après qu'ait été dite la raison du rire. Lorsque les émotions, les
réactions blessantes sont énoncées, semble se mettre en place
une autorisation à dire qui d'un coup donne de l'ampleur aux
productions spontanées, aux images apportées.
C'est une des conditions de la richesse possible d'un travail
de cet ordre, que la richesse des images données ; ce n'est
possible que s'il n'y a pas peur du regard de l'autre. Cela
suppose que l'intervenant détienne la règle de devoir énoncer.
12 Notre première mémoire
Nous sommes en possession de notre première "mémoire".
Elle dit des choses de chacun. Plus que dire, elle reformule ; par
exemple, le sens du prénom A. Dans ma façon d'écrire chaque
élément dit, il faut que je rende celui-ci porteur d'un devenir ;
que je le rende apte à s'intégrer dans une relation d'histoire avec
les autres éléments, donnés par les autres ; que par là même,
chacun soit rendu à sa capacité de relation aux autres.
Elle dit aussi des choses de l'écriture ; de la situation d'écri-
ture, et comment on se sent, face à cela, dans le groupe ; démé-
nager, peut-être ; en attente de chevaucher.
Les premiers liens
C'est cela que nous commençons à chercher ; à l'oral.
— Si c'était une histoire, ce serait l'histoire de quoi ?
Cherchant ainsi ensemble à mettre en liens, peu à peu l'on
entend "sortir" un noeud, une première trame.
Les premiers éléments de l'histoire à écrire sont, ce jour-là :
Un enfant déménage à la campagne. Il s'appelle A.
Il pense à son prénom, et il rêve. Il est sur un étalon noir, il
galope sur le sable noir, sur la douceur du chocolat, et il arrive
devant la porte d'un château.
Le moment de l'écrit, moment-silence
Chacun maintenant prend une feuille et commence à écrire.
Temps de solitude en présence des autres. Nous sommes là,
présents, également dans le silence ; montrer que c'est possible ;
nous sommes là, adultes, prêts à aider ; premier passage,
ensemble, de la parole au silence ; première plongée.
Faire l'expérience, pour certains, qu'on ne s'y immerge pas
sans espoir de retour.
1 3 Alors, les textes...
Beaucoup ont donné au héros le prénom de A, et l'ont fait
chevaucher l'étalon noir. Souvent, dans les productions, les
textes du groupe "prennent en charge", dans leurs textes, parce
qu'il est aussi porteur pour eux, le devenir de celui qui se
réécrit. Peut-être un indice que nous sommes bien là dans
l'écrit.
Certains textes, dans leurs façons d'aborder le château,
disent sans doute leurs façons d'aborder l'écriture. L'un des
enfants, par exemple, décrit son héros entrant dans le château ;
puis il ressort parce qu'il a peur... Et demande mon aide pour la
suite. Des difficultés, peut-être, d'entrer en écriture...
Et puis... Et puis ce jour-là il y a aussi Laurent...
14 Il
LA NAISSANCE
DES TEXTES DE LAURENT ET ANDRÉ