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En naviguant sur le Congo et l'Oubangui en 1950

De
191 pages
En 1949-1950, les fonctionnaires, militaires, colons, servant en Afrique Équatoriale rejoignaient leurs postes par bateau de Marseille à Pointe-Noire, en chemin de fer (CFCO) de Pointe-Noire à Brazzaville et enfin par voies fluviales pour rallier Bangui. Le voyage pouvait durer quatre mois. Il fallait des hommes pour faciliter la navigation des bateaux marchant au bois sur ce dernier parcours Brazzaville-Bangui, 1 200 kilomètre dont 600 au coeur de la forêt équatoriale. C'est l'histoire de ces hommes en mission pendant de longs mois qui est relatée dans ce livre. Histoire ! petites histoires de la vie au fil des jours, avec son cortège d'anecdotes souvent cocasses, de difficultés, de petits bonheurs, la vie quoi...
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En naviguant sur le Congo et l'Oubangui en... 1950

Jacques Charpentier

En naviguant sur le Congo et l'Oubangui

en... 1950

Editions L tHarmattan
5-7, rue de ItEcole-Polytechnique 75005 Paris

L'Hannattan INC 55, rue Saint Jacques Montréal (Qc) - Canada H2\'"

@ L' Hannattan, 1997 ISBN: 2-7384-5650-2

AVANT-PROPOS
Bientôt 40 ans que ces lignes ont été écrites, c'est-à-dire à l'époque de l'Afrique Equatoriale Française (AEF). Elles ne sont que le reflet d'une expérience de jeunesse. Quelques réflexions sont devenues inadaptées compte tenu des acquis de l'Indépendance des Etats de l'Afrique Francophone. Ce livre doit donc être considéré comme un témoignage de l'époque et le gage de l'attachement que j'ai toujours porté au Congo, et à ses hommes, au cours de mes 39 années de présence auprès d'eux.
Août 1991

Mission sur l'Oubangui

L'Aventure

n'existe plus ?...

Il n'est pas dans mes intentions de vouloir, ici, faire oeuvre littéraire en construisant une histoire plus ou moins romancée, ou de m'aventurer dans des considérations politicotechniques qui n'intéresseraient personne. Je voudrais simplement essayer de vous conter, ou mieux, de vous faire vivre la vie d'une de nos missions sur les grands fleuves d'A.E.F. Vie simple et monotone quand on la prend au fil des jours, mais qui s'avère rétrospectivement, lorsqu'on ouvre l'ar~oire aux souvenirs, d'un intérêt sans égal et d'un attrait plein de charme, je dirais même de poésie.
Si quelques jeunes, après lecture de cet ouvrage, secouaient leur inertie en aspirant eux aussi à partir, alors mon but serait atteint.

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~EPUBLIQUE

Le cours de l'Oubangui entre Liranga et Bangui

Le pays
Il est indispensable, pour se faire un idée approximative des difficultés rencontrées, de situer les lieux d'une façon sommaire. Cette mission concerne particulièrement l'étude du fleuve Oubangui. Nous évoluerons donc dans une zone comprise entre Brazzaville et Bangui. Entre ces deux villes distantes l'une de l'autre d'environ 1.300 km, un seul moyen de communication, à part l'aviation, la voie fluviale. Le Congo, navigable toute l'année, est un fleuve immense et grandiose, tout à l'image de la nature. Ici, tout est plus grand, plus exubérant, plus capricieux que dans notre vieille Europe. il est d'ailleurs une comparaison que je mets souvent en parallèle pour éclairer le. profane: la Seine débite en moyenne, à son embouchure, environ 250 m3 seconde et le Congo 45.000 m3 seconde. Mais le Congo ne nous intéresse que d'une façon relative, car nous ne l'emprunterons que pour nous rendre sur les lieux de notre travail, l'Oubangui. Nous trouverons ce fleuve après avoir parcouru six cents kilomètres de Congo. C'est alors -Wlimmense delta, où il est impossible de distinguer les deux rives réelles. Ce n'est qu'une multitude d'îles et d'îlots, avec de nombreux bras se rejoignant, se croisant, dont la plupart sont sans issue, et le navigateur qui s'aventurerait dans ces parages sans l'aide d'un balisage précis risquerait d'eITer durant phisieurs jours avant de trouver sa route défmitive. La végétation, tant sur les îles que sur les rives, y est luxuriante. Mais doit-on parler de rives dans cette cuvette marécageuse où la forêt inondée fait corps avec le fleuve pendant des centaines de kilomètres? Ce ne sont que marigots encombrés de nénuphars et autres plantes aquatiques propres aux eaux dormantes, longues tranchées creusées par le passage répété des hippopotames, repaire idéal du moustique et de la mouche tsé-tsé. Et puis, au fil des kilomètres, il devient possible, malgré la présence des nombreuses îles, de s'apercevoir que nous sommes sur un fleuve, et non plus sur un océan de verdure. Il

Cette saignée d'eau jaunâtre, parsemée de longues taches vertes que sont les îles, encaissées le long des rives basses de la grande forêt équatoriale, semble être la source de vie du coeur de cette forêt. Ce sera, pendant de longs mois, notre unique paysage, d'une monotonie lancinante, étouffante même. Mais on s'y attache, tout comme à la mer ou au désert. Ce sera notre horizon cette forêt qui deviendra souvent pour nous la source de notre ravitaillement et de notre détente. Détente physique et morale, joie de fouler au pied cette verdure, fut-elle inhospitalière, après les longues heures passées sur cette masse liquide qu'est le fleuve. Fleuve difficile et fantasque, avec une période de hautes eaux de juillet à décembre et période de basses eaux de décembre à juillet. La différence de niveau atteint facilement cinq à six mètres et aux basses eaux c'est un amoncellement d'immenses bancs de sables. Il suffit parfois de très peu de chose: un tronc d'arbre échoué, WIéboulement de la berge, pour que le sable se dépose, la présence d'un banc de sable provoquant de nouveaux dépôts, et ainsi de suite jusqu'à ce que le bras soit complètement comblé. En d'autres endroits au contraire, pour des raisons inconnues, l'eau se met brusquement à ronger les rives et à gagner plusieurs décimètres par jour, malgré l'enchevêtrement des racines des arbres. Lors d'une étude effectuée dès 1939 à l'occasion d'essai de dragages, il a été constaté que les berges avaient reculé, parfois de dix mètres en une année. En 1949, à certains endroits, la berge reculait d'environ un mètre par semaine 1 : un arbre vivace, haut de 42 mètres, aux racines profondes et puissamment ramifiées, s'était abattu. Sur ce fleuve, d'une largeur moyenne de plus de trois kilomètres, il est souvent impossible aux basses eaux de trouver un passage de plus de 30 m de large et ayant Om80 à I m de profondeur. C'est assez dire que la navigation n'y est pas toujours facile et souvent périlleuse.

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D'après des études du capitaine de corvette YAYER.

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Les bancs de sable sont en déplacements continuels et là où vous passiez huit jours auparavant, il n'existe plus qu'un bras sans issue. Là où, quelques années plus tôt - quelquefois des mois suffisent - où il n'y avait qu'un inoffensif banc de sable, on retrouve une île avec de jeunes arbustes qui, plus tard, elle aussi disparaîtra. En août, les eaux déjà hautes provoquent le long défilé J des concessions portugaises allant à la dérive. Après le village de Landza, le fleuve se modifie d'une façon sensible; il devient plus étroit, et les premières roches font leur apparition, ceci n'excluant pas les bancs de sable. Il s'agit donc de naviguer avec prudence, car il est toujours désagréable pour un marin, fut-il d'eau douce, de se retrouver avec son bateau à cheval sur une roche. Quittant Brazzaville tous les ans à peu près à la même époque: novembre, décembre, l'équipe de la mission hydrographique a pour but d'étudier l'hydrographie de l'Oubangui et de ses affluents avec, notamment le relevé des fonds sablonneux et rocheux en vue de l'amélioration de la navigation sur ce fleuve qui est, je le répète, la seule voie naturelle de communication
vers Bangui.

.

Nos diverses études sont utilisées ensuite par d'autres équipes qui sont, elles, chargées du balisage ou de dragages. Nous profitons de la saison des basses eaux pour l'exécution de ces travaux et c'est généralement Juillet qui voit notre retour à la base de Brazzaville. C'est donc une absence de près de huit mois qui nous laisse sans contact avec ce que l'on appelle la civilisation. fort; Mais nous avons l'avantage de jouir d'un certain conen effet, notre bateau qui porte le nom de l'Ingénieur en

Nom familier donné par les usagers du fleuve aux nombreuses épaves, débris, herbes que la montée des eaux détache des rives ou îles. Ces épaves constituent W1danger permanent pour la navigation car elles s'accrochent aux bouées de balisage qu'elles font cower. 13

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Chef Nicolau est neuf. Construit spécialement pour la navigation sur l'Oubangui, d'une longueur de trente mètres sur sept mètres de largeur et 0 m 80 de tirant. Muni d'un moteur diesel de 135 ev qui propulse à l'arrière une roue à aubes, il est en fait beaucoup plus près de la "caisse à savon" que du bateau tel que le néophyte se plaît à l'imaginer, et celui-ci est souvent surpris de l'aspect très particulier qu'offrent les unités fluviales. Un chaland sensiblement du même modèle, c'est-à-dire grand rectangle à fond plat, non automoteur, est amarré solidairement à l'avant. Il est utilisé pour le logement du personnel, bureau d'études, sondeur ultrasons et autres matériels techniques. Il s'agit assez paradoxalement de remorquage en poussée. La navigation sur le Mississippi et le Missouri se pratique dans les mêmes conditions. Cela revient à avoir, avec deux éléments, un seul bateau. Les évolutions en descendant le courant s'en trouvent effectivement améliorées. Un remorquage en flèche 1 ne permettrait pas autant de fantaisie. Toutefois la propulsion par une unique roue à aubes réduit considérablement les qualités nautiques du navire, surtout lorsque le convoi atteint une certaine longueur, mais elle a l'avantage d'être moins fragile que l'hélice. A bord, chaque Européen dispose d'une cabine confortable, quoique peu aérée. L'équipage, composé d'indigènes, est logé dans des postes à peu près équivalents aux postes d'équipage de notre Marine Nationale. Hélas, ils se refusent absolument à partir sans femmes, enfants, chiens, poulets, moutons, singes, perroquets... et j'en passe. C'est un souci permanent pour y faire régner l'ordre et la propreté. Il va sans dire que ce bateau d'une certaine importance ne nous pennet qu'une navigation très prudente, et ne sert que pour les déplacements à grande distance., et comme base.

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Remorquage habituellement utilisé en France.

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C'est en fait la mère poule, les poussins étant en l'occurrence deux vedettes à moteurs et des pirogues qui nous servent pour nos travaux.

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Les hommes... et les femmes de l'équipage.

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Les hommes
Le choix des hommes appelés à vivre ensemble de longs mois est d'une importance capitale; aussi la constitution d'lU1équipage fait-elle presque toujours l'objet de soins attentifs. La réussite d'une mission, le rendement, le moral, reposent entièrement sur la cohésion du groupe. Quelles que soient leurs affinités, après un long séjour ensemble, la fatigue, le climat, la solitude, la forêt, l'absence de courrier ont souvent raison des systèmes nerveux les plus éprouvés et l'Européen a quelquefois des sautes d'humeur bien compréhensibles. Il est bon de se surveiller et, dès les premiers symptômes, il est prudent d'organiser soit une bonne partie de chasse, soit un rudimentaire match de football sur un banc de sable, ce qui fera en plus la grande joie des indigènes. Selon le caractère de chacun, un bon livre sera également d'un grand secours. En fait, l'Européen sérieux et équilibré se rend parfaitement compte de sa défaillance passagère, et reprend immédia.

tement le contrôle de ses nerfs.
Sur ce point, notre mission fut parfaite, nous nous connaissions déjà bien les uns et les autres, ayant eu à plusieurs reprises l'occasion de travailler ensemble lors de missions précédentes. Voici d'ailleurs une image succincte de chacun de nous qui vous permettra de mieux nous connaître.

Mutschler Paul - 40 ans. Hydrographe. Chef de mission. Avec ses vingt ans de bourlinguage derrière lui, connaît son métier d'une façon parfaite. D'lme santé de fer, c'est un bûcheur infatigable qui ne vit que pour le travail. En plus de son rôle de chef de mission, il s'occupe particulièrement du bureau de dessin. Fanatique de la chasse, c'est lui qui, le plus souvent, assure notre ravitaillement en viande fraîche. 17

Charpentier Jacques - 30 ans. Adjoint au Chef de mission. En plus des travaux d'hydrographie, est particulièrement chargé du personnel, ordre, discipline, entretien du navire... et des hommes. Exerce aussi les fonctions de toubib grâce à raide du manuel du parfait infumier... et de son inspiration. Guidou Armand - 25 ans. Électromécanicien. Benjamin de l'équipe, plus connu sous le nom de Mousse. Issu de l'aviation, il s'est adapté à la marine et à ses coutumes avec une rapidité déconcertante, propre à vous dégoûter d'être marin. D'une douceur et d'une timidité peu communes chez un gars du I5e arrondissement. On le trouve indifféremment de jour comme de nuit le nez dans un moteur, avec de la graisse jusqu'aux cheveux. Sa chambre est un amoncellement de pièces détachées les plus diverses et, s'il vous manque une petite vis, une lampe de radio, il suffit d'aller trouver le Mousse. Les hommes de l'équipage étant trop nombreux, vous ferez, si vous le voulez bien, connaissance avec eux au cours de la mission.

LA MISSION

1

Notre ordre de mission est en poche. Celui-ci précise notre départ dans la quinzaine qui suit. Il mentionne l'exécution d'un profil en long de l'Oubangui avec étude des passages sableux et rocheux les plus inaccessibles à la navigation, reconnaissance de la Motaba et de la Lobaye, dans la limite des possibilités d'accès de nos vedettes. Programme vaste mais imprécis qui nous laisse une grande latitude, et dont nous ne pourrons défInir les modalités qu'au fil des mois et des kilomètres. Il est bien évident que, pour une mission de cet ordre, il ne saurait être question d'une rigidité absolue dans l'emploi .du temps. Trop d'impondérables sont en cause: tornades, échouages, incidents de bord, avaries diverses et surtout configuration nouvelle du fleuve. Là où nous estimerons pouvoir effectuer les travaux en quinze jours, nous resterons un mois par suite de surprises, le plus souvent désagréables, dans la modification des fonds. Ou bien ce sera simplement l'immobilisation absurde parce qu'il nous manque une manille 2 ou un bout de câble que l'on trouve pour quelques centaines de francs chez le plus modeste des ships-chandlers. Il faudra alors faire preuve d'esprit pratique et d'ingéniosité... mais l'esprit pratique ne vient, hélas! quelquefois qu'après deux jours de réflexion. Quant à l'ingéniosité! Trois jours sont facilement perdus. Durée de la mission: sept mois... environ. Pas trop d'illusions à avoir; elle durera sans doute huit ou neuf mois. Au moment du retour, il reste toujours un petit passage à reconnaître et qui s'avère généralement du plus grand intérêt.
Fièvre du départ...

1 _

Ce chapitre risque de paraître fastidieux; je crois toutefois qu'il est
de la préparation

indispensable pour avoir Wle idée de l'importance d'une mission.
2 _

Sorte de maillon démontable. 19