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Entraide villageoise et développement - Groupements paysans au Burkina Faso

196 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 0001
Lecture(s) : 87
EAN13 : 9782296198500
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Collection «Alternatives Rurales»

Dans la collection « Alternatives rurales»
Guy BARTIIÉLÉMY, Chipko. Sauver les forêts de l'Himalaya. 144 pages, 22 gravures hors-texte. Denys CuCHE, Pérou nègre. Les descendants d'esclaves africains du Pérou. Des grands domaines esclavagistes aux plantations modernes. 182 pages.
INSTITUT PANAFRICAJN POUR LE DÉVELOPPEMENT. Comprendre une économie

rurale. Guide pratique de recherche. 172 pages. Jean PAVAGEAu,Jeunes paysans sans terres. L'exemple malgache. 208 pages. Jean-Luc POGET,Le beefsteak de soja: une solution au problème alimentaire mondial? 168 pages. Les sillons de la faim. Textes rassemblés par le Groupe de la Déclaration de Rome et présentés par Jacques Berthelot et François de Ravignan. 225 pages. Jean-Paul BILLAUD,Marais poitevin. Rencontres de la terre et de l'eau. 265 pages. Rémi MANGEARD, aysans africains. Des Africains s'unissent pour amélioP rer leurs villages au Togo. 308 pages. Philippe BERNARDET, Association agriculture-élevage en Afrique. Les peuls semi-transhumants de la Côte d'Ivoire. 240 pages. François BESLAY,Les Réguibats. De la paix française au Front Polisario. 192 pages. Adrian ADAMS,La terre et les gens dufleuve. Jalons, balises. 244 pages.

Anne-Marie HOCHET, Afrique de l'Ouest. Les paysans, ces

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ignorants effi-

caces». 176 pages. Jean-Pierre DARRÉ,La parole et la technique. L'univers de pensée des éleveurs du Ternois, 200 pages. Pierre VAWN, Paysans rouges du Limousin. 366 pages. Dominique DESJEUX(sous la direction de), L'Eau. Quels enjeux pour les sociétés rurales? 222 pages. Jean-Claude GUESDON,Parlons vaches... Lait et viande en France. Aspects économique et régionaux, 156 pages. David SHERIDAN, L'irrigation. Promesses et dangers. L'eau contre la faim? 160 pages. Nicole EIZNER,Les paradoxes de l'agriculture française. 160 pages. Lloyd TIMBERLAKE, L'Afrique en crise. La banqueroute de l'environnement. 300 pages. Anne CADORET(sous la direction de), Protection de la nature; histoire et idéologie. De la nature à l'environnement. 246 pages. Etienne BEAUDOUX,Marc NIEUWJŒRK,Groupements paysans d'Afrique. Dossier pour l'action. 244 pages. P. MACLOUF (textes réunis par), La pauvreté dans le monde rural. 332 pages. Jean CLÉMENT,Sylvain STRASFOGEL, Disparition de la forêt. Quelles solutions à la crise du bois de feu? 192 pages. R. VERDIER,A. ROCHEGUDEsous la direction de), Systèmes fonciers à la vi/( le et au village. Afrique noire francophone. 300 pages. A suivre...

BERNARD LEDEA OUEDRAOGO
en collaboration avec ~ Le Balle

ENTRAIDE VILLAGEOISE ET DÉVELOPPEMENT
Groupements paysans au Burkina Faso
Préface de Henri Desroche

L'Harmattan 5-7 rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 - Paris

DU MÊME AUTEUR
Associationnismes postscolaires et précoopératifs au Yatenga, E.P.H.E., Paris, 1970,201 p. Les Groupements précoopératifs au Yatenga (Haute-Volta)Essai de modernisation d'une structure éducative traditionnelle: le Naam; Mémoire et thèse de doctorat en sociologie, Université René Descartes - Sorbonne, Paris, juin 1977, 327 p. L'auteur a par ailleurs rédigé de nombreux articles et communications qui ont paru dans des revues spécialisées.

- L'aquarelle de la couverture est due à Mme Marie Le Balle. - Le symbole de l'association «Six S» est la cigogne (voir p. 6 sa signification). Les photos sont dues à des particuliers, partenaires de «6 S».

M. YVES LE BALLE, maître de conférences à l'Université des Sciences sociales de Grenoble et membre de l'Université Coopérative Internationale, a mis en forme ce manuscrit, ce dont nous lui sommes vivement reconnaissants.

@ L'Hannattan, 1990 ISBN: 2-7384-0566-5

A tous les collaborateurs et animateurs des NAAM/SIX S sans lesquels notre travail n'aurait pu se faire.

A mes filles: Marie-Berthe, Armande, Clémence, Irma et Viviane A mes fils: Edmond, Gervais et Joël

qui, malgré mes longues absences dédiées à la recherche, ont toujours respecté mes conseils.

ASSOCIATION INTERNATIONALE «SIX S» Se Servir de la Saison sèche en Savane et au Sahel

La cigogne est libre. Elle incarne la paix et la quiétude.

Le symbole de l'association est la cigogne elle est intercontinentale, donc interculturelle, elle relie l'Europe à l'Afrique, elle porte le noir et le blanc, elle est symbole de sacrifice, de fidélité, d'affection, elle a une vie de famille (couple, cigogneaux), elle est rare, estimée, protégée. Le cigogneau vient au monde sur le toit dans un nid et notre bébé, sous le toit, dans une couche. Leur toit est commun.

PRÉFACE DE HENRI DESROCHE

à Bernard Lédéa OUEDRAOGO Mon cher Bernard Lédéa

Enfin voici donc votre mémento de l'Odyssée Naam dans ce pathétique Yatenga. «Votre», au sens d'un acteur qui se décide à devenir auteur plutôt que s'en remettre aux auteurs exogènes qui virevoltent autour de son action pour en sublimer l'apologie ou en susurrer le procès. «Votre», en dépit ou plutôt en raison du script si discrètement et si généreusement fourni par Yves Le Balle. «Votre», au singulier sans être pour autant une clause de majesté, puisque derrière cette singularité se profile une pluralité proliférante: celle des centaines de villagisations retenues ici comme échantillon majeur de ce que P. Pradervant salue comme une «Afrique en marche», une «Afrique du courage», disons une Afrique plutôt bien partie et en tout cas «partie». Ce qui vous vaut hommages et honneurs. Et ne va pas parfois sans vous valoir des citrons acides ou des couplets moroses. Vous êtes modeste, après les premiers, pugnace devant les seconds, joueur et enjoué après les uns comme devant les autres. Merci. Bravo. Et surtout tenez bon.
Dans mes archives, je retrouve l'an 1970 comme ayant été celui de votre premier diplôme: «Associationnismes post-scolaires et pré-coopératifs au Yatenga». Comme une ou deux années de rédaction ont précédé cette livraison, c'est donc une triple décennie de compagnonnage que ma préface commémore. L'âge du Collège. L'âge de ma fille. Bientôt sénior, vous en étiez à être junior, mais quelle jouvence! Vous veniez de l'IRFED(l) et vous avez irradié votre force et votre sagesse sur
1. Institut international de Recherche et de Formation, Education et Développement, 49 rue de la Glacière, 75013 Paris. 7

nos premières promotions collégiales. Vous leur montrez et leur montrerez l'exemplarité d'un itinéraire avec ses navettes, permanentes et récurrentes, entre l'action et la recherche, l'expérience et l'expression, le Nord et le Sud, l'~G et rONG, les générations qui montent et celles qui culminent, des genèses et des exodes, des performances et des turbulences et, comme vous le préconisez dans votre sous-titre axiomatique, le oui au développement et le non à ses détériorations. C'est d'ailleurs ce que vous argumentiez en 1977 puisque, à cette date, les archives recèlent votre soutenance doctorale, et donc les 300 pages d'une thèse qui aura fourni le matériau ici revisité, redéfini, réactivé. C'est ainsi que je vous aperçois, en tournant moi-même autour de la roue qui tourne dans mon moulin. Vos visites m'y rendent les visites pour lesquelles, m'étant rendu dans votre royaume du Naarn, vous aimiez réserver mon cantonnement à l'auberge «du Syrien» et sa double collocation de mon séjour et de mon atelier. Dans cet atelier, à coup d'autobiographies, à coup d'autoprojets, à coup de bandes magnétiques, nous avons façonné la cellule Ouahigouya de l'ABRAAD(2). Et vousmême, à coup de «Si le Naam m'était conté» où votre oralité faisait merveille. Nostra culpa, nous n'avons sans doute pas ou pas assez circulé dans les arcanes d'une ethno-histoire. Mais quelles randonnées dans ces villagisations, leurs sursauts et leurs soubresauts. Auprès des forages miraculeux «sans fuel, sans électricité, sans ciment», respectueux des nappes phréatiques. A travers les périmètres maraîchers et leurs parcelles où s'adonne une «phalange» multicolore. Parmi les cases et leurs moutons de cases. Dans les rendez-vous entre les pétulances juniors et les sagesses séniors, tour à tour levain et pâte, pâte et levain. Autour des moulins - moulin-père, moulin-fille, moulin-fils - et leurs carnets de comptabilité élémentaire, page coopérative et page mutualiste. A Ouahigouya même, sous la grande case à palabres, au long d'assemblées générales de sections et devant leurs tableaux de chiffrages éclaboussés de soleil sahélien. Et vous-même, là-dedans, dessus, dessous, porteur de souvenirs et de mémoires, conteur de contes et de proverbes, porté par les
2. Association burkinabé de Recherche-action et d'Auto-développement. 8

espérances diffuses, tranquille et surmené, remémoratif et imaginaetif au four de votre verbe et au moulin de l'écriture. A travers votre écriture, que voici et voilà, comment ne pas percevoir entre les lignes ou dans les filigranes quelques visages qui nous sont chers car cernés par nos amitiés respectives et conjointes? Notre aiDé Jean-Louis Chleq, à Titao, qui vous fit don de son hydraulique villageoise et de sa technologie de gabions injectée dans les clôtures, les forages ou les mini-barrages des périmètres maraîchers. Dans la stratégie «Six S»= Se servir de la saison sèche en savane au Sahel, votre compagnon, Bernard Lecomte, sa stratégie des Fonds souples et son interrogation de l'Aide par projet. Votre second et compère, Hamadoun Tamboura qui me doit et vous doit sa monographie, «Mon village au Sahel», car nous avons tellement labouré sa préparation. Votre homonyme et vis-à-vis, Benoît, de Ouagadougou, et sa responsabilité de l'ABRAAD comme cellule burkinabé de l'DCW). Pourquoi pas, là-bas là-bas, au Sud, votre consœur Madeleine Père, dédiant, elle aussi, son troisième âge à .un tiers monde dans ce pays Lobi vers lequel des cohortes faméliques descendaient lors des années tragiques de la disette? Quelque part, à Bobo et au CESA0<4), à Ouaga et aux CFJA(5), autres trajets, autres projets cousins du vôtre... Autour de vous, cette cellule de recherche-action, sa quinzaine de têtes chercheuses, et je ne me console pas de devoir être absent à ses rendez-vous du donner et du recevoir... ou alors de ne pouvoir être présent autrement qu'au moulin de ma propre écriture et ses messages à grands coups d'ailes sémaphoriques... De mon moulin au vôtre, se pianote, hie et nunc, le même message que voilà ou voici. Depuis trente ans j'attends, je souhaite, j'espérais qu'un cadet africain valide par son œuvre et son ouvrage hypothèse ou/et espérances que nous aurions ensemble ruminées et mûries... C'est ce que je me dis. Et c'est ce que vous faites. Les fruits atteignent et devraient dépasser la promesse des fleurs...

3. Université Coopérative Internationale. 4. Centre d'Etudes économiques et sociales d'Afrique de l'Ouest. 5. Centre de formation des Jeunes Agriculteurs. 9

Comme on dit: «Cela va sans le dire»... Mais aussi, cela va d'autant mieux en le disant. Vous le disant et vous le redisant.
Henri DES ROCHE

Président fondateur de l'Université Coopérative Internationale (UCI)

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«Lave-toi le ventre pendant qu'on te frotte le dos» Proverbe moagha *

«La faim n'a honte de personne, ni peur de Dieu. Elle recule seulement devant le travail organisé et conscient»
Un paysan

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Le singulier de Mossi est Moagha.

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Précipitations annuelles du pays
Sources: à partir des fichiers de l'ORSTOM, pour chaque poste pluviométrique, ajustement sur une loi de probabilité des hauteurs d'eau annuelles.

AVANT-PROPOS

DÉVELOPPER SANS ABÎMER

Comment définir le développement rural autrement qu'une conjugaison de processus dynamiques, plus ou moins lents, de prise en charge d'une communauté par elle-même? C'est en tout cas notre conviction profonde suite à un certain nombre d'impondérables. Notre contribution à cette recherche conseille d'aider à la découverte de l'environnement humain et physique adapté qui baigne les projets et leurs acteurs, milieu à partir duquel il faut déclencher une dynamique consciente d'activités cohérentes et innovatrices. Pour réaliser ce processus, nous avons expérimenté une méthode qui consiste à animer le paysan à partir de ce qu'il est (donc de sa nature), de ce qu'il sait et vit (donc de sa culture), de ce qu'il sait faire (donc des technologies maîtrisables par luimême) de ce qu'il veut (donc de ses aspirations), à le sensibiliser, motiver et mobiliser pour réaliser des actions de développement dans le respect des valeurs, de la mentalité, des pouvoirs qui régissent la société que les hommes se sont construite. Si l'animateur-paysan, le technicien et le partenaire appuient le paysan en respectant son amour-propre et son identité culturelle afin de le rendre entièrement responsable de ses problèmes, ils lui auront permis la prise en charge de son propre développement. Les exemples suivants illustrent parfaitement cette approche. 1°) En 1987, les Groupements Naam(l) ont construit un barrage de 2.191.000 m3 dans un village au Centre-Nord du Burkina Faso. Avant le premier coup de pioche, les responsables du Groupement Naam et le Chef de Terre se sont mis d'accord
1. Le NAAM est l'expression signifiant le pouvoir, la chefferie, chez les Mossi du Burkina Faso. Nous verrons plus loin que le KOMBI NAAM est une association coopérative et récréative. Le GROUPEMENT NAAM est le KOMBI NAAM modernisé et amélioré. 13

pour accomplir les rites qui supplieront le monde invisible (esprits, génies, mânes) de libérer les lieux en faveur des hommes: un canari de dolo (bière de mil), un poulet blanc et une chèvre composent l'offrande. La même opération se répète souvent dans les villages chaque fois que l'Association veut réaliser des investissements quels qu'il soient sur un lieu dit sacré ou hanté. Dans de nombreuses innovations en direction du monde paysan, deux forces s'opposent. D'une part, la science et la technique, de l'autre, les coutumes, les interdits et le monde invisible. Y a t-il conciliation possible? Dans tous les cas, le conseil que nous donne Abdou Diouf se révèle exact: «TI est un fait indéniable qu'aucune société ne peut se développer harmonieusement si elle ne prend l'option de bâtir son propre développement sur ses propres valeurs de civilisation et ne s'enracine»(2) 2°) A plusieurs reprises, les animateurs-paysans sont partis de leurs pratiques quotidiennes. Par exemple, pour introduire la culture maraîchère dans le village, on s'appuie sur les jardinets traditionnels autour du puits où on cultive habituellement des légumes locaux (oseille, gombo, aubergine locale, nièbé, etc.). L'animatrice chargée du secteur part de cette activité pour enseigner la culture des légumes importés. C'est alors que légumes locaux et légumes importés se côtoient dans les mêmes planches: gombo, chou, carotte, salade, bulvenka, pomme de terre, oseille, haricot vert, betterave, etc. 3°) Une troisième voie incite à appuyer les communautés de base organisées à partir de leur propre association. Citons les groupes d'entraide, les classes d'âge et les associations traditionnelles communautaires de jeunes paysans. La plupart de ces groupements puisent leur essence des sources ancestrales des ethnies qui les secrètent. Cet enracinement suggère aux animateurs SIX «S»(3) de former les bénéficiaires à partir de leurs habitudes, de leur savoir-faire et de leurs
2. A. Diouf, «Négritude et Développement», le Soleil, n0305 du 8 mai 1971, p.29. 3. «Se Servir de la Saison Sèche en Savane et au Sahel». 14

aspirations dans le respect des coutumes et de la solidarité paysanne. Les améliorations s'imposeront inéluctablement. Petit à petit, les opérations passablement rentables s'effaceront en faveur des innovations. L'approche décrite ci-dessus se défmit comme une dynamique du développement, organisée avec et par les intéressés. C'est un consensus librement construit, sans heurts, sans conflits internes ni externes, avec le consentement de toutes les catégories sociales en présence (minorités privilégiées, majorités psychologiques, minorités discriminées) d'où l'expression utilisée pour caractériser l'approche des Naam: «Développer sans abîmer». Du reste, pourquoi enfm n'essaierait-on pas de partir du dedans traditionnel? Ce dedans évoluerait d'une dynamique intérieure, pour s'ouvrir vers les autres. Ce serait un fil conducteur de la racine aux extrémités, un moyen de sensibilisation et de motivation profonde des masses rurales en vue d'une mobilisation réelle pour le développement. «Il faut s'enraciner dans l'ouverture» a dit Léopold Sédar Senghor. Ce livre est le fruit d'une recherche d'animateurs-paysans avec la participation de quelques universitaires. Ils ont d'abord essayé de désarmer la méfiance de leurs frères analphabètes. Les résultats provisoires les ont encouragés. Telle est ma modeste manière de leur manifester ma reconnaissance.

S'il n'avait pas existé un Henri Desroche, mon conseiller spirituel, tenace et averti, ce document n'aurait pas été tenté. Ce compagnon des jours de désenchantement et des jours glorieux, mon ami de toujours, mérite davantage qu'un merci mais il manque le mot juste que mon cœur désire écrire.

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Limites administratives du pays (ordonnance du 7 juin 1974)
Sources: I.G.N. «carte routière et administrative de la Haute Volta» au 1/1 000 OOOe pour le tracé des cercles. Journal Officiel de la Haute Volta; Ordonnance du 7 juin 1974 pour la composition des départements.

INTRODUCTION

«Une espèce ne s'implante pas seulement en détruisant les autres, elle s'implante aussi par la qualité de son adaptation, par la qualité innovatrice qu'elle représente»<l)

- OBJET DE L'ÉTUDE L'analyse des systèmes de développement rural, depuis les indépendances, permet d'exhumer des incohérences dans la conception même des stratégies et méthodes appliquées. En effet, on n'a pas toujours tenu compte, dans la conception des nouveaux systèmes de développement rural, du modèle socioéconomique actuel qui comporte deux systèmes distincts: le modèle <<traditionnel» qui fonctionnait en vue de satisfaire tout juste les besoins biologiques, sociaux et religieux, et le modèle de l'économie marchande. Ces deux modèles, au lieu de produire un hybride ayant les qualités de l'un et celles de l'autre, se juxtaposent et s'opposent. Une recherche soutenue pourrait permettre de trouver une voie appropriée. Pour l'instant, afin d'éviter tout malentendu, bornons-nous à rappeler ici l'avertissement de Joseph Ki-Zerbo: «On ne développe pas, on SE développe» Les stratégies du développement varient en Afrique, selon les caractéristiques physiques et culturelles des régions concernées. L'essentiel est de pouvoir d'abord rendre les hommes responsables de leurs propres problèmes, ensuite les aider à les prendre en charge totalement. Notre stratégie conseille de s'appuyer sur les valeurs du milieu humain. Les imbrications entre les valeurs idéologiques, morales et religieuses sont si liées et si complexes qu'il serait difficile de les
1. C. Bourguignon, Le Sol, la Terre et les Champs, La Manufacture/Sang la tene, Paris, 1989, p.14. de

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organiser en rubriques distinctes. La philosophie de l'action du paysan consiste à organiser le monde visible et non visible en un réseau de forces correspondant à une répartition des tâches en fonction des compétences. Il ne cherche pas à soumettre la nature. Il essaie plutÔt de s 'y intégrer pour l'utiliser harmonieusement. Il vit en étroite communion avec elle. Cette donnée de base reste vivace malgré les agressions socio-cultrirelles extérieures. Ignorer ce substrat collectif, c'est supprimer toute chance de succès à n'importe quel projet de développement. De l'étude de la société traditionnelle et des groupes d'individus qui y vivent, nous avons organisé une association précoopérative que nous avons bâtie à partir d'une organisation traditionnelle dont les qualités n'envient en rien celles d'une coopérative moderne. Cette expérience que nous vivons depuis les années 1967 ne nous a pas encore trahis dans nos convictions. Des milliers de paysans au Sahel se sont appropriés de la formule et l' afrment de jour en jour. Contre vents et marées, le mouvement croît en qualité. Nous sommes d'autant plus réconfortés dans notre conviction que des voies autorisées (professeurs, instituts spécialisés, joumalistes, gouvernements) en matière de développement, reprennent dans le même sens notre écho. Pierre Pradervand l'a ainsi constaté: «Des milliers de paysans tentent de nouvelles expériences et font preuve d'une immense créativité. Dans les villages s'opère une révolution silencieuse. Elle est en train de changer totalement le visage du développement de ce continent.»(2) Il s'agit du Kombi-Naam. Le Groupement Naam en effet, qui est le Kombi-Naam amélioré, vient de la nuit des temps. C'est la seule Association de l'ethnie Mossi qui ne couvre pas d'inégalités sociales. Elle renferme un projet social de développement communautaire évolutif. Les individus y adhèrent sur le même pied d'égalité. Ils SüI.t tous éligibles aux postes de responsabilité. Ni la fortune, ni la naissance, ni le sexe n'interviennent dans les élections. Seuls comptent le caractère, le tempéramment, l'esprit de sociabilisation et .la compétence technique du candidat. La démocratie
2. P. Pradervand, Une Afrique en marche paysans africains, Plon, Paris, 1989, p.13. 18 la révolution silencieuse des

qualitative, la régulation des statuts sociaux, l'exercice collectif de la responsabilité font l'essence de l'Association. Elle est bâ-

tie en dehors de toute conception extérieure.

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Si le Prince et le Riche sont systématiquement élus dans les autres associations, il en est autrement dans le Kombi-Naam. Il faut respecter les valeurs ci-dessus indiquées. C'est pourquoi les ancêtres ont inventé quatre critères d'élection. Tout bon responsable du Kombi-Naam devrait être capable de: - Maîtriser sa langue, c'est-à-dire parler peu mais efficacement. n devrait pouvoir et savoir convaincre son interlocuteur par argumentation et ne jamais le heurter. La délation et le mensonge lui sont formellement interdits. - Etre d 'humeur égale, donc pouvoir à tout instant réguler les impulsions de son cœur, c'est-à-dire maîtriser ses sentiments, ses colères et ses envies amoureuses. Ces dernières en particulier trop étalées le positionneraient mal au sein de son groupe et de la société. Il perdrait autorité et fermeté. - Maîtriser «son ventre»: être altruiste, savoir partager. - Etre techniquement compétent dans les fonctions pour lesquelles il est élu. Ce mode d'élection, les Groupements Naam l'ont repris et le signifient «démocratie qualitative» dans leur jargon. n s'agit de rechercher à partir de quoi et comment on pourrait réaliser le développement coopératif avec la participation et l'implication de la communauté villageoise. Qu'on ne se méprenne pas. Nous distinguons d'emblée développement coopératif et «coopérative». En effet, la coopérative, entreprise de production et d'échange d'origine européenne, acculturée dans les différentes parties du monde, n'est pas notre objet. C'est une institution qui a ses principes et ses règles de gestion, ses formes juridiques et ses variantes «occidentales» ou «socialistes» . Nous excluons aussi les «coopératives» du temps de la colonisation, car il s'agissait de structures quasi-administratives, à caractère obligatoire et oppressant. Gérées par l'administration avec la participation des seuls notables locaux, elles servaient de relais à l'autorité coloniale. Par ailleurs, depuis les indépendances, l'histoire coopérative en Afrique a été souvent marquée par une succession d'échecs

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