Etats-Unis / Mexique, fascination et répulsions réciproques

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Publié le : lundi 1 janvier 1996
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EAN13 : 9782296327122
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Etats-Unis /Mexique
fascinations et répulsions . reclproques
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Sous la direction de Serge RICARD

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Etats- UDis /Mexique
fascinations et répulsions . reclproques
~

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

L'AIRE ANGLOPHONE Collection dirigée par Serge Ricard
Cette collection entend s'ouvrir aux multiples domaines d'un vaste champ d'investigation, caractérisé par la connexion idiome-culture, auquel les spécialistes formés en langues, civilisations et littératures dites" anglo-saxonnes" donnent sa spécificité. Il s'agira, d'une part, de mieux faire connaître des axes de recherche novateurs en études britanniques, américaines et canadiennes et, d'autre part, de répondre à l'intérêt croissant que suscitent les cultures anglophones d'Afrique, d'Asie et d'Océanie - sans oublier le rôle de langue véhiculaire mondiale joué par l'anglais aujourd'hui. A cette fin, les domaines privilégiés seront l'histoire des idées et des mentalités, la sociologie, la science politique, les relations internationales, les littératures de langue anglaise contemporaines, le transculturalisme et l'anglais de spécificité.

@ L'Harmattan, ISBN:

1996

2-7384-4711-2

SOMMAIRE

page

Préface, par Serge RICARD. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

7

"La gueule de Mex- Tex" : un douloureux syndrome identitaire. Quelques éléments de sa préfiguration au Mexique (1846-1848) , par Marc MORESTIN. . . . . . . . . . .. . . . . . . . . .. 11 Interdépendance et conflit: les années orageuses (19761980), par Isabelle VAGNOUX . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . 43 Patronat agricole et ouvriers mexicains et mexicano-américains dans la basse vallée du Rio Grande (1942-1964), par Lucienne NÉRAUD. . . . . . . . . . . . . . . . . . .. Estados Unidos en los corridas cana,
par Mercedes

61

de la tradicién

oral mexi75
89

ZAVALA GOMEZ DEL CAMPO

. . . . . . . . .
. . . . . . . . .

La generaci6n beat y el magico Sur, por Juan A. PASCUAL AY. . . . . . . . . G

La vision de la révolution mexicaine dans le Mexique insurgé de John Reed, par Jean-Pierre PAUTE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 101 Le mythe mexicain de Cormac McCarthy dans Blood Meridian, All the Pretty Horses et The Crossing, par Yves-Charles GRANDJEAT 131 La inversion de los tépicos : El plan infinito de Isabel Allende,
par Adriana CASTILLO BERCHENKO . . . . . . . . . . . . 151 DE

SOMMAIRE

/I

l'''interlinguisme'' i You spick Spanglish?": langue littéraire, dialecte ou code ethnique?
par Serge RICARD.

chicano,
163

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Recherches topiques et atopiques du sujet féminin: Mixquiahuala Letters d'Ana Castillo, par Corinne DATCHI

The 179

L'amour et la haine dans un roman chicana contemporain: Sapogonia d'Ana Castillo,
par Elyette BENJAMIN-LABARTHE . . . . . . . . . . . . . . 193

L'enjeu du manuel scolaire au Mexique: l'image des ÉtatsUnis, . . . . . . . . . . . . . . 209 par Jacqueline Cava. .
.:..:..:.

Serge RICARD
Université de Provence (Aix-Marseille I)

PRÉFACE

Après son colloque "fondateur" de 1993, le Centre d'Analyse et de Recherche Nord-Américaines et Latines (C.A.R.N.A.L.) de l'Université de Provence (Aix-Marseille I) a une fois de plus réuni des anglicistes et des hispanistes, tous spécialistes du Nouveau Monde, pour un symposium sur les États-Unis et le Mexique (22-23 septembre 1995). Que Maryse Gachie-Pineda, de l'Université Paul-Valéry (Montpellier III), co-responsable de l'équipe et animatrice du colloque, ainsi qu'Isabelle Vagnoux, co-organisatrice, soient ici vivement remerciées. Le but essentiel de la rencontre était d'appliquer à nouveau, à cette occasion, l'approche comparatiste qui avait si bien réussi deux ans plus tôt. Le présent ouvrage rassemble les travaux auxquels celle-ci a donné lieu. La problématique choisie, "États-Unis/Mexique: fascinations et répulsions réciproques", souligne une constante des rapports difficiles qu'entretiennent les deux peuples depuis toujours - relation orageuse, tourmentée, crispée, passionnelle, sur fond de patriotisme culturel et racial et d'inégalité économique. Tels deux frères ennemis qui tour à tour s'aiment et se haïssent, Mexicains et Nord-Américains sont condamnés à vivre ensemble une irrémédiable contiguïté héritée de l'histoire, en une belliqueuse coexistence. Le Mexique - qui refait périodiquement son unité sur l'inusable thème de l'impérialisme yankee - ressasse ses vieux griefs territoriaux, dénonce d'insatiables appétits économiques et d'innombrables ingérences politiques, se plaint d'un paternalisme et d'une condescendance vexatoires; les États-Unis se repaissent de leur bonne conscience, de leur sentiment de supériorité, de leur séculaire efficacité. Le Latin et l'Anglo-Saxon dans leurs rôles pérennes,

8

SERGE RICARD

le premier servant, à son corps défendant, de faire-valoir diaboliquement? au second, toujours - inconsciemment? maître du jeu et dictant les termes de la comparaison. La riche variété des domaines représentés dans ce volume, tant en histoire qu'en littérature, appelait des regroupements, dont le fil conducteur, dans une large mesure, se trouve être une symbolique des représentations où se mêlent stéréotypies et mythologies. Et c'est l'histoire des idées, comme il se doit, qui ouvre la réflexion avec la contribution provocante de Marc Morestin sur le douloureux syndrome identitaire des Mexicains des années 1830 et 1840, alors que plus de la moitié du territoire national change de main. L'historiographie traditionnelle est sérieusement mise à mal par une dissection sans concession des ambiguïtés et des hypocrisies d'une fédération qui pleure la perte de territoires que par son impéritie patente elle n'a pas su retenir. L'impossibilité d'un voisinage serein au XIXe siècle a son pendant à notre époque, comme le montre Isabelle Vagnoux en s'appuyant sur les années Carter de janvier 1977 à janvier 1981. Les causes contemporaines des rapports tendus entre les deux républiques sont à rechercher du côté d'échanges économiques - d'hommes et de produits dont le "Colosse du Nord" perçoit tous les dividendes dans le cadre d'une quasi-symbiose totalement déséquilibrée qui lui fait la part belle. L'étude de Lucienne Néraud met à nu, dans le cas exemplaire des ouvriers agricoles mexicains et mexicanoaméricains du sud du Texas, de 1942 à 1964, les mécanismes de l'exploitation patronale au nord du Rio Grande, et ses piètres justifications, où le paternalisme et le racisme le disputent à la mesquineri~ et au cynisme. Le champ littéraire peut aussi se lire comme une investigation de l'histoire des mentalités, avec les corridos consacrés aux États-Unis, selon une tradition dont les recherches originales de Mercedes Zavala Gomez deI Campo illustrent la y aurait-il autant de variété, la vitalité et la contemporanéité. Mexiques que d'observateurs gringos? Tout à leur fascination spirituelle ou charnelle, les figures de proue de la Beat Generation, en tout cas, ont décliné le Sud magique sur les modes mythique, esthétique et éthique, essentiellement, sans pour autant se désintéresser de certains avantages éminemment tangibles que ce pays "primitif, immaculé et innocent" pouvait offrir en matière de drogue ou de sexe, ainsi que le fait apparaître Juan A. Pascual Gay. C'est un autre Mexique, insurgé

PRÉFACE

9

celui-là, que le journaliste engagé John Reed dépeint dans un roman moins connu que ses Dix jours qui ébranlèrent le monde; avec cette fresque colorée, exaltante et généreuse, il offre certes au lecteur une vision romancée de la Révolution mexicaine, mais fait également œuvre d'historien par son souci du détail véridique. Jean-Pierre Paute, au terme d'une méticuleuse analyse, restitue à Reed sa dimension - un peu oubliée d'écrivain talentueux et met en lumière sa contribution majeure à la geste révolutionnaire: la genèse d'une découverte du peuple mexicain par lui-même. Plus près de nous, Cormac McCarthy, fidèle à l'une des traditions "sudistes" des lettres nord-américaines, assigne au Mexique le topos central de sa fiction dans sa trilogie frontalière, objet de l'étude d'YvesCharles Grandjeat : espace de régression, de transgression, de désorientation, le Mexique de McCarthy est l'élément-clé d'un dispositif allégorique qui au bout du compte éclaire magistralement le processus narratif. Citoyens ou résidents "à trait d'union", les Mexicano-Américains sont au confluent de forces d'attraction et de répulsion socioculturelles déstabilisantes, prisonniers d'un nœud de contradictions raciales et ethniques qui, le plus souvent, ne se résolvent qu'au prix de frustrations, sinon de traumatismes individuels. La cohabitation conflictuelle, dans le Sud-Ouest notamment, des chicanas et des anglos en constitue l'un des révélateurs. La Chilienne Isabel Allende, domiciliée aux ÉtatsUnis, l'a prise pour thème de son quatrième roman, El plan infinito, dont Adriana Castillo de Berchenko nous démontre qu'il est le choix logique et légitime d'un écrivain expatrié, le témoignage d'une "affinité identitaire" et, par-delà l'ironique inversion "topique" qui fait de l'Anglo-Saxon l'opprimé, un acte de foi humaniste en un possible métissage culturel interethnique. Le lexique et la syntaxe ont également leurs froninvolontairetières, transgressées - déplorera le puriste ment par maints bilingues (dits "perméables" ou "composés") ou sciemment par tels auteurs biculturels en quête de nouvelles

_ et, de préférence, subversives -

formes d'écriture. Je vois personnellement dans ces revendications d'une langue chicana
faisant feu de tout idiolecte le signe d'un inconfort, sinon d'un désarroi, socioculturel que ne compensent nullement les indéniables gains stylistiques qui en résultent pour une littérature "ethnique" coupée, au demeurant, de son lectorat naturel.

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SERGE RICARD

L'aliénation ethno-raciale du latino - double, voire triple, inadéquation identitaire dans le cas de la femme, de surcroît victime du machisme, comme le rappelle Corinne Datchi n'est évidemment pas sans incidence sur sa personnalité et ses rapports sociaux; elle peut conduire à des états pathologiques, pousser à la névrose, telle cette obsession de la blancheur dans Sapogonia d'Anna Castillo qui finit en guerre des sexes. La lumineuse interprétation psychanalytique qu'en donne Elyette Benjamin-Labarthe nous fait découvrir les ravages du transculturalisme chez deux héros, et deux ego, "incapables de réconcilier indianité et hispanité" et s'entre-déchirant dans une relation sadomasochiste, jusqu'au naufrage final du couple. L'on se définit par le regard des autres, mais aussi par celui que l'on porte sur eux et sur soi. Il en va des nations comme des individus. Auto-définitions, inter-définitions, définitions par défaut, dont la somme nourrit trop souvent les préjugés et les haines entre peuples... Jacqueline Covo clôt cette collection d'essais par une analyse documentée de l'édition scolaire au Mexique, dont elle dégage une 'multiplicité d'images des ÉtatsUnis tributaires de la conjoncture intérieure ou extérieure. Le manuel scolaire apparaît ainsi comme le baromètre du sentiment national. Ce qui m'amène, pour conclure, à souligner, s'il en était besoin, la subjectivité de l'écriture, reprochée à l'historien parce qu'elle lui fait déformer la réalité et célébrée chez l'écrivain parce qu'elle lui permet de transcender le réel. J'espère que le présent volume aura au moins pour mérite de montrer qu'historiographie et littérature sont complémentaires dès lors que l'on aborde la question des comportements nationaux et ethniques.
.:..:. .:.

Marc
Université Paul-Valéry

MORESTIN
(Montpellier III)

"LA GUEULE DE MEX-TEX" : UN DOULOUREUX SYNDROME IDENTITAIRE. QUELQUES ÉLÉMENTS DE SA PRÉFIGURATION AU MEXIQUE (1846-1848)

Le titre choisi pour cet essai n'est pas une boutade. Certes, la mode a consacré depuis une quinzaine d'années un supposé "style tex-mex". On devrait y déceler l'effet des débordements réciproques qu'opèrent les hommes et leurs us de part et d'autre de la frontière mexicano-américaine. Pour lors, il est communément admis que le caractère nord-américain s'encanaille et se "typifie" en se mexicanisant. Implicitement, c'est le substrat nord-américain qui domine et emprunte à "l'autre" de quoi s'humaniser et se folkloriser, afin de se perpétuer sous un jour qui le rende plus amène ou plus supportable. Le Mexique est alors réduit à un rôle de prestataire de services folkloriques. Carlos Monsivais voit dans le Chicano contemporain un "traducteur" de l'American way of life; son rôle est de mexicaniser

l'américanisa tion 1.

L'examen du nationalisme mexicain dans la deuxième moitié du XIXesiècle conduit à penser qu'à une époque plus ancienne, et sur un arrière-fond politique et culturel autrement plus conséquent, le pays a déjà dû affronter la question de son rapport avec la puissance nord-américaine. Il l'a fait à propos du Texas, territoire "mexicain" mal aimant, bien que patriotiquement aimé. Sécessionniste en 1836, annexé par les États-Unis
avec la guerre 1846 _, même si ledeMexiqueon oserait dire en bonne et due forme

s'est attaché à mémoriser cette perte comme l'arrachement odieux d'une parcelle de son territoire. L'ambiguïté des sentiments mexicains pour le Texas me semble étayer dès le milieu du XIXe siècle une préfiguration
1. "L'utopie métisse (Paris: des sans-papiers: la Cité des Anges" I Notre La Découverte [documents], 1992). Amérique

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MARC

MORESTIN

"mex-tex" du portrait d'un Mexique, si près des États-Unis et si loin... de lui-même. Si le substrat mexicain est cette fois donné en majeure, c'est pour mieux souligner que l'affixe "Tex" est passé de l'autre côté de la frontière, porteur de l'accusation de non-assistance à territoire en danger. Aujourd'hui encore, au nombre restreint des États emblématiques de l'Union, il est le doigt accusateur pointé sur un Mexique prompt à pleurer l'aimée enlevée mais ô combien indifférent à son égard quand elle était encore sous son toit. J'utilise le terme Mex-Tex sous deux acceptions. C'est d'abord celui qui vit sur un territoire mais sans droit de cité. Entité souffrante qui évalue sa condition de demi-exclu pour insuffisance d'adhésion à la communauté (Mex) dont verbalement il pourrait se réclamer. Mex-Tex annonce l'ébauche d'un autoportrait national, où national ne recouvre pas toute l'acception d'une nation. Le Mex-Tex est aussi un faisceau complexe de sentiments, d'aspirations, de refus et la chronique d'une expérimentation originale: un sujet de discours présumé représentatif d'une collectivité nationale s'évalue et se découvre sous l'éclairage de son occupant qu'il hait et admire simultanément. Son introspection tourne autour de la difficulté ontologique mexicaine - si marquante dans sa diplomatie jusqu'à nos jours - et constitutive de ce que j'appelle un syndrome identitaire. Cette pathologie nationale se vit dans une douleur confuse, et sans espoir de guérison; mélange d'indignation contre les abus du "Poten te vecino deI Norte", d'a version pour ses méthodes politiques de hussard, et de fascination pour un modèle de civilisation dont la "Race" mexicaine in se tient éloignée, alors que le pragmatisme d'analystes mexicains contemporains du Traité de Guadalupe Hidalgo suggérait que l'on s'en inspirât assidûment. Cette épreuve-découverte est l'occasion d'un sévère réquisitoire contre les carences et l'incurie d'un système national qui précisément n'est rien de tout cela: ni institutionnalisé, ni "national". En d'autres termes - et nous voilà loin de la vulgate obstinée de bien des historiens mexicains et étrangers -, la crise américano-mexicaine (la guerre de 1846-1848) offre l'avantage de confisquer une part conséquente du territoire à un pays qui découvre contraint et forcé qu'il n'a pas su être une nation. Le Mexique - tel un Boabdil du Nouveau Monde -

"LA GUEULE

DE MEX- TEX" : UN SYNDROME

IDENIIT AIRE

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regrette amèrement ce qu'il a a perdu dans les larmes parce que sa vigueur défaillante n'a pas su le défendre. Le "Mex" est devenu Mex-Tex à son corps défendant puisqu'il n'a pas voulu expressément changer de territoire, il s'y est abandonné en l'abandonnant. Si le Mexique est "métèque"2 et géo-historiquement "mextex", c'est en responsabilité propre. Le Traité de Guadalupe Hidalgo n'est rien que la mise en forme juridique de la situation de fait pré-nationale d'un État qui ne sait pas territorialiser sa Nation. Lucas Alaman, ministre mexicain des Relations extérieures avait dit en 1830: "México como naci6n es un aborto"3. L'idée nationale n'acquiert sa force qu'en étant proclamée comme un idéal politique. En ce sens, la nation est à la fois une idéologie et un système politique4. Le Mexique d'après 1821 a négligé de praxiser la nation en ne l'inscrivant pas dans les préoccupations administratives de l'État. Cela aurait commencé par une occupation de l'ensemble du territoire; mais la capitale est trop historique pour être physiquement au cœur du problème national. La question reste d'une bûlante actualité. La crise de 1846-1848 montre que le sentiment d'appartenance à une collectivité historique est légitimable par une riche histoire de plusieurs siècles. Mais ce sentiment aurait dû concourir à fonder une forme opérationnelle d'organisation politique, inexistante en 1846. Un nationalisme fécond aurait dû se fixer de créer la nation et de lui insuffler une éthique collective légiférée et collectivement admise. Or, comme le dit Louis Panabière, "l'indépendance nationale ne fut pas un facteur d'unité mais au contraire renforça la multiplicité des différences et des cloisonnements entre les éléments de la pluralité du pays,,5. Les pronunciamientos qui sous-tendent la courte période qui nous occupe ne sauraient être autre chose que des prurits d'action personnaliste sans autre suite que l'attente
2. Michel Grangeon résume Aristote pour déduire que le métèque n'est pas un homme parce qu'il ne vit pas dans la cité (Le Nouvel Observateur, 5-11.03.92). Dans l'Antiquité, le métèque est un étranger vivant en Grèce sans droit de cité. Stricto sensu, il est "celui qui a changé de famille et de pays d'origine". 3. Rapporté par Fernando deI Paso dans les Noticias deI Imperio. 4. Voir Dominique Schnapper, La communauté des citoyens. Sur l'idée moderne de nation (Paris: Gallimard, NRF Essais, 1994), chapitre 1. 5. Cité aigle, ville serpent (Perpignan: Presses Universitaires de Perpignan, Collection Études, 1993), p 61.

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MORESTIN

béate du politicien retors (mais grand communicateur) qui portera l'espoir d'un salut national: Santa Anna, alors aveuglément adulé dans la presse. En termes économiques, nous le verrons, une nation saine aurait dû intégrer la société mexicaine au cadre politique pour lui faire partager les fruits d'une stabilité et d'un effort productif, pour peu qu'elle les trouvât. Ces conditions réunies, "l'appartenance et le sentiment national naissent de cette intériorisation des connaissances, des normes et des valeurs communes". Extensivement comprise, la nation devrait voir les gouvernés se reconnaître dans l'action du gouvernement qui incarne l'État. Elle doit aussi marquer la coïncidence de ce vouloir politique et d'une communauté de culture, ainsi que la totale indépendance de l'État national vers l'extérieur6. Ce lien organique entre le peuple et l'État constitue ce que Dominique Wolton appelle I"/espace public"7. Or celui-ci manque au Mexique de 1846. Il n'existe même pas décliné comme une aversion antigouvernementale ou de classe, ce qui aurait eu l'avantage de favoriser une mobilisation massive de type subversif contre l'État, salutaire pour l'identification à la communauté nationale. Rendons cette grâce au Porfirisme d'avoir "su" créer un tel lien. .. N'est nation que le pays qui a une vue administrative sur son territoire dans son entier. Le Mexique de 1846-1848 a l'intuition qu'il va devoir relever le défi national de la territorialisa tion. Simultanément, il engage - avec son autocritique - une analyse de ses besoins dans des termes aux accents physiocratiques et "éclairés". Il comprend la nécessaire convergence entre la parole sur le territoire et le territoire de la parole. L'État doit se parler sur un territoire préparé à recevoir une parole nationale, c'est à dire intelligible et sensible au plus grand nombre. En ce sens on a pu dire que ce sont les historiens qui ont créé les nations8. Considérons que quiconque ramasse des fragments d'information pour nourrir le débat politique de l'instant fait œuvre d'historien. C'est dans cet esprit que je considère la
6. Ibid., pp. 41-42. 7. Ille définit comme "un espace symbolique au sein duquel s'échangent les discours, pour la plupart contradictoires, des différents acteurs sociaux, religieux, culturels et politiques composant une société". L'espace économique en est un sous-ensemble. L'Esprit de l'Europe, Tome II, Mots et Choses (Paris: Flammarion, 1993). 8. Bernard Guenée cité par D. Schnapper.

"LA GUEULE DE MEX-TEX": UN SYNDROME IDENTITAlRE

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presse des années 1846-48, qui ne manque pas de diffuser des évocations mexicaines de l'histoire et des héros "nationaux". Dans le cas mexicain, ul'invention de la nation par l'État précède la tentative de l'État de se faire passer comme un produit de la nation" (Rafael Segovia)9. La presse dévoile donc une parole qui prend conscience de son non-dire et s'évertue à trouver les voies d'un territoire suffisamment "étatisé" pour prétendre être la nation. Le uparleur mex-tex "est dans ce cas le politicien factieux et intéressé, le politicien éclairé et honnête, l'officier avec ou sans gloire et le lecteur anonyme qui écrit, souvent inspiré. En fait, entre 1846 et 1848, le Texas n'a été que le pré-texte d'ouverture à une prise de parole nationale qui connaîtra encore bien des hoquets et des vicissitudes10. La "gueule de Mex-Tex" dont je repère la trame résulte et incarne une triple démarche: un cri de révolte dûment mis en scène contre le membre arraché; une interrogation sur l'être mexicain et la recherche d'un territoire que l'on s'engage à administrer de telle façon qu'il pourra s'appeler Nation. Tout cela est impossible à concevoir sans le double penchant d'aversion et d'attirance pour les États-Unis qu'éprouve un Mex-Tex que l'affaire texane réveille avec une lancinante gueule de bois. L'entéléchie "Mex- Tex" que je fais parler ici est un portrait polyphonique, à la fois "coup de gueule" contre l'adversité et rictus de frustration nationale et de douleur humiliée.

1. Ange

blessé

et diable

blond

Pendant l'été 1846, le bilan du début des opérations militaires nord-américaines est déjà accablant: occupations territoriales, blocus naval, sécession au Yucatan et discordias intestinas à

Mexico, et dans les États de Jalisco, Sinaloa et Sonora Il.
9. ln Jérôme Monnet, La ville et son double; la parabole de Mexico (Paris: Nathan [Essais et Recherches], 1993), p. 177. 10. Pour la énième fois, le Mexique actuel semble découvrir que le
Chiapas est sous sa souveraine juridiction nationale. 11. J'utilise un corpus documentaire tiré de la presse de l'Eta t de Jalisco. Elle a l'intérêt d'être celle d'un État souvent à la pointe des mouvements politiques de la République et de mentionner des extraits de journaux d'autres États de la République ou de l'étranger, ainsi que des rapports officiels d'administrateurs, de militaires en poste et de
..

16

MARC

MORESTIN

La presse du Departamento de Oajaca (sic) relève pour sa part l'invasion d'un ennemi artero y ambicioso, les agissements d'une faction inique qui cherche l'occasion de mieux commercer avec l'Europe, et le risque de disparition de la république12. Ceci étant, la nation est à satiété réputée souveraine et riche d'une histoire jalonnée par des personnages fameux. Au nombre de ceux-ci, les mythiques Hidalgo, Morelos, Iturbide, puis Santa Anna dont la réputation n'est pas encore ouvertement controversée13. Cette histoire entre dans le portrait national en ce que les Mexicains reproductores et imitadoresdes exemples de leurs aînés sont "verdaderos y desinteresados patriotas et verdaderos hijos de la gran Tenostitlan" (sic)14. Avec les effets de la guerre, l'imitation cessera d'être réputée exemplaire car, pétris de costumbres coloniales, certains mexicains ne sont que des imitaciones qui conduisent à l'indolence et à la superficialité sur les questions publiques (Rf n° 13,5.09.48). Le Mex-Tex ne revendique pas l'histoire pour seulement s'en montrer le digne héritier; il en prend argument pour classer la nationalité mexicaine au dessus de l'ordinaire: [...] este pueblo el mas morigerado de la tierra, el mas dulce,
el mas tranquilo, y por 10 mismo el mas digno de ser republicano, [.. .]. [H'] el pueblo mas generoso y hospitalario deI
universo [. . . ]15.

Certes, il se trouvera des esprits acides pour épingler un "pueblo afeminado que no sabe ni gobernarse ni defenderse", mais ceux-là sont étrangers et le général Francisco Pacheco qui les cite ajoute avec empressement: "Probemos al mundo que

politiciens. Elle s'agrémente aussi de réactions à chaud de correspondants, spontanés pour certains, apparemment attitrés pour d'autres. Rapport du gouvernement et de l'assemblée du Zacatecas, Bolet{n Republicano de Jalisco (BR]), n° 18, 17 juillet 1846. 12. BR] n° 22, 1.08.46.

13. BR] n° I, 22.05.46; n° 2, 25.05.46 ("el derecho de

regirnos

aten-

diendo a nuestros respectivos intereses") ; n° I, 1.06.46 (" el principio de la soberanla nacional es un dogma sagrado entre los mexicanos"). BR] n° 3 et 4 des 28.05 et 1.06.46. 14. El Republicano jalisciense (R]) n° 17, 20.10.46. 15. R] n° S, 8.09.46 et n° 37 du 29.12.46. Je conserve en l'état les particularités d'orthographe et d'accentuation tonique écrite du corpus considéré. Elles ne sont pas toujours cohérentes.

i'LA GUEULE

DE MEX- TEXt; : UN SYNDROME

IDENTITAIRE

17

sabemos las dos cosas"16. On aura compris qu'un tel portrait ne fonctionne pas seulement sur l'axe de la flatterie. Il prépare celui - au vitriol - de qui a osé porter la main et les armes sur un pays d'exception. Avec un relent ethnocentriste (voire racialiste) sur lequel nous reviendrons, c'est l'angloamericano qui doit en faire les frais par contrecoup17. La charge est fortement appuyée. Les États-Unis sont des infâmes, en tant que civilisation et en tant que troupe d'intervention :
[...] esos avarientos norte-americanos, en cuyo mercado i se vende el hombre cual si fuera un cabaUo, y a una madre con sus hijos , como a una vaca con su cria! nada concedemos al odio justa que nos inflama; led a los viageros, y consultad a los que 11, 26.06.46). han vivido en ese puebla inhospitalario. (BR] n°

Historiquement, les Nord-Américains, eux, n'ont rien retiré d'utile de leur histoire. 1/[...] Hijos reprobados de Washington [...] como los bârbaros del Norte de Europa, â destruirlo todo en el continente americano", ils sont comparés aux conquistadores espagnols et connaîtront le même sort qu'eux18. Pire: le MexTex les marque de la péréquation de l'infâmie, en les taxant de caribes19. Autrement dit, ils sont le pire de la sauvagerie qui avait paru abominable aux pires des espagnols: les conquistadores. Superlatif absolu de l'effrayant. D'ailleurs, à ce point dépourvus de conscience historique nationale, ils sont un défi à la raison historique: 1/... conquistadores â mano armada deI Norte-América, afrenta de la civilizaci6n deI siglo" (BR] n° 13,4.07.46). Plus grave encore, ils violent la mémoire du Père fondateur de l'Union (leur propre père en histoire!) : "... esos republicanos degenerados deI Norte, indignos descendientes deI ilustre Washington" (BRf n° 15, 10.07.46). Moralement, ils I/Mueran los ladrones y pérfidos Estados sont indéfendables: Unidos deI Norte" (Rf n° 13, 6.10.46).
16. Gouverneur de l'État de Mexico, il écrit aux gouverneurs des autres États de la République. Alcance al Republicano jalisciense, 18.08.47. 17. Déclaration du peuple et de la garnison de Tampico; 28.08.46. 18. BR] n° 11, 26.06.46 et n° 7, 14.06.46; les Yankees sont souvent comparés aux barbares ou aux vandales européens (passim); soit ceux que la civilisation chrétienne n'a pu absorber en tant que tels en Europe. 19. Alcance al Diario deI Gobierno de la Republica mexicana, n° 181; 10.09.47.

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Tout à son sentiment d'horreur, le Mexique s'en remet à l'évidence: "... es una especie de tradici6n popular en los ciudadanos de los E-U, que ellos estan destinados a ser los dominadores deI continente" (Rf n° 54, 26.02.47). Façon de rétablir la logique dialectique par là où elle avait été évacuée: les relations internationales. Le Mex-Tex restitue à son maître pour sa force ce que celui-ci avait perdu par son immoralité. Reconnaître la froide évidence n'est pas pardonner, ni justifier. El Triunfo de la Libertad de Oaxaca (29.11.46) intitule un violentissime réquisitoire : "Al gabinete norteamericano, maldice el pueblo mexicano " Par sa tonalité, l'apostrophe préfigure certaines adresses de Walt Whitman à l'encontre de l'impérialisme Us20. Seul recours, le Mex-Tex affecte d'attendre "el estruendoso estallido de su cafda car il a pour lui la protection divine: "Dios ama al pueblo mexicano". L'étendue des ambitions territoriales US ne peut rien moins que préfigurer un tel effondrement. Le voisin encombrant aurait des visées sur le Soconusco et jusque sur le Chiapas luimême. L'inflation dialectico-géographique est flagrante: les USA "piensan no solo poseer las tres cuartas partes de nuestro territorio, sino apropiarse tambien toda la republica, como un despojo de guerra" (Rf n° 31, 8.12.46 et n° 25, 17.11.46). L'histoire a démontré plus de réalisme et de retenue. On retiendra de cet échantillonnage une écriture emphatique et superlative propre à mobiliser un sentiment national (Mex) qui doit passer par un ressentiment patriotique (Mex-Tex), plus près des tripes. Le portrait à l'eau-forte du diable blond est mobilisateur, à des fins de politique interne plus instinctive que stratégiquement raisonnée. Il met en relief l'exceptionnalité du Mexique mais recouvre mal la douleur éprouvée au spectacle d'un Etat personnaliste et a-national. Cette découverte donne lieu à l'introspection analytique que nous allons examiner.
Il

2. L'introspection

analytique

Le rituel patriotard d'imprécation auquel souscrit le MexTex ne le prive pas de ses facultés d'analyse. Un personnage de Carlos Fuentes soutient que "la patria mutilada fue el precio de
20. Barbare, perfide, charlatan, langue impie, monstre anglo-saxon et autres imprécations convergent sur cette formule de condamnation: "todos te juramos un 6dio eternoJ/.

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la incapacidad politica interna, no de la capacidad diplomatica externa"21. Le Mexique se trompe; voilà ce que signifie la perte du Texas. Sa politique générale est mal orientée:
Si se ve el gigantesco poder de otras naciones; si se atiende a sus adelantos, as! en su sociedad coma en sus individuos, y esta alcanzado par un camino totalmente contrario deI que se ha hecho andar a la nacion mexicana; si se comparan los sacrificios de todo género que ha hecho este puebla con la abyeccion en que gime [...] es precisa ya reconocer que todo camino cuyo punta de partida no sea el mismo, es tan errado como ilegitimo [...] (Rf n° 5,8.09.46).

Le jugement est sans nuance et annonce un bilan imprégné du physiocratisme anglais du siècle des Lumières. L'ironie de l'histoire veut que ce soit... un Irlandais (Michael J. Quin) qui porte la bonne parole pour dire que si le Mexique avait su utiliser les nombreuses ressources naturelles que Dieu lui a données, "nunca hubiera ocurrido el ultimo choque con su colosal vecino, 6 si se hubiera efectuado, el écsito hubiera sido seguro, [.. .]". Les ressources agricoles ("sena indefectible de la prosperidad y civilizaci6n de las naciones") sont figées ("entumecidas") dans leur développement par des lois prohibitives et des monopoles odieux. La population est éparse et insuffisante, de même que les voies de communication (Rf n° 10, 25.08.95). En d'autres termes, l'aménagement du territoire est à ce point délaissé qu'aucune infrastructure économique réelle n'a pu soutenir le choc (défi à la nation) que suppose une guerre22. Le cruel Irlandais, auquel le Rf ouvre plusieurs fois ses colonnes, poursuit avec un bilan admiratif de la démocratie, de la science et de l'ardeur des entreprises nord-américaines, habituées à vaincre les obstacles. Ainsi s'est forgé un ennemi insurmontable pour un Mexique "acostumbrado desde los primeros momentos de su emancipaci6n a sucumbir ante los obstaculos fisicos y morales que se oponian a su promesa politica y social, y a someterse sin resistencia al férreo yugo deI despotismo de la anarqufa [...]". On voit une sorte de fatalité consubstantielle au Mex-Tex à ne pouvoir progresser, induite par son esprit velléitaire. Albert O. Hirschmann a parlé à ce
21. Propos du Ministre Federico Robles Chacon dans Cristobal Nonato. 22. Illustration mot pour mot de la thèse de Dominique Walton sur espace public et sous-ensemble économique, évoquée supra.

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propos de fracassomanie23. Le 31 octobre 1848, le Rf dénonce à nouveau le système fiscal, les monopoles et les contrats ruineux mexicains, ainsi que les pléthores d'employés. Encore une fois, l'acuité de la carence mexicaine est criante dans son rapport relatif aux États-Unis. Hormis ce déficit de conceptualisation économique, le Mexique souffre d'un dilettantisme pervers; d'une indolence qui conduit à n'avoir "ni espiritu publico, ni opini6n firme y rectificada que pudiera llamarse nacional" (Rf n° 10, 25.08.48). Un habitus idéologique flasque et informe ne peut contribuer à former une culture nationale collectivement éprouvée, et apte au combat idéologique et économique. Parallèlement - ceci induisant cela - le territoire national ne sait être perçu qu'à l'échelle de la baronnie en termes politiques, et du canton en termes humains et économiques. Dans El Porvenir (Rf, 25.09.46), un "Provincial" (sic) déplore que "el quietismo inspirado por una educacion monastica, la escasez de poblaci6n, el poco movimiento deI comercio y la dificultad de los caminos, eran otras poderosas causas que impidiendo las relaciones, fomentaban el provincialismo [...]24. Ni el gran movimiento operado para conquistar la independencia pudo verificar una fusion nacional, porque unidos todos los mexicanos en primer término para conseguir tan alto destino, sus deseos ultimos venian a limitarse a un porvenir de ventura que cada uno apetecia para el suelo en que habia visto la luz primera" . Ce fractionnement du peuple en une mosaïque d'intérêts parcellisés et de perspectives étroites l'enferme dans un mutisme délétère, au point que le Ministère de la Guerre et de la Marine finit par assimiler le silence devant la patrie en danger à un crime de "lesa-naci6n" (Rf n° 49, 9.02.47). À diverses reprises, les commentateurs notent la léthargie dans laquelle baigne le pays et tirent la métaphore à son extrême: "la republica antes de esta guerra, yacia en un parasitismo de adormecimiento social y politico "(Rf n° 10, 25.08.48). Le MexTex s'éveille à son sort grâce à la guerre, et à l'ennemi. Cette approche anthropo-behaviouriste du territoire provoque une analyse plus percutante de la structuration de l'État mexicain. Ainsi dans un journal de Morelia (El Soldado deI
23. Il l'appelle aussi "complexe d'échec". Deux siècles de rhétorique réactionnaire (Paris: Fayard, 1991). 24. C'est moi qui souligne.

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Pueblo, 13.09.46) où l'on relève les inconvénients du centralisme (lourdeurs et cherté de la hiérarchie) et le fait que "las mismas leyes no pueden ser analogas a todos los climas, ni pue den ser conformes con los diversos usos y costumbres que hay en la estensi6n de nuestro territorio [...]", on conclut aux avantages de "la federaci6n que es el alma de la sociedad : el estado se fija en una base indestructible que le da solidez para resistir a los vaivenes, y esfuerzos para sostenerse; [.. .]". Le schéma est tracé. L'institution fédérale devrait dynamiser l'État et fonder l'espoir d'une Nation saine. Il manque l'instrument exécutoire d'un tel dessein. Institutionnellement, ce doit être le gouvernement, porteur de la légitimité populaire dans les rouages permanents de l'institution étatique. Mais on l'a vu, sur ce point encore, le constat est décourageant. L'incurie et l'incapacité gouvernementales sont avérées: "personages adormecidos en los puestos publicos et torpeza con que el gabinete actual, digno hijo de la revoluci6n iniciada en San Luis, ha dirigido los negocios nacionales", dénonce El Telégrafo de Puebla (19.06.46). Le pire est que la crise est radicale et de nature philosophique. La Armon{a Social(AS n° 14, 16.02.49) écrit dans son éditorial que "a nada util conducen en un pueblo corrompido las magicas palabras de libertad, igualdad, fraternidad, poblaci6n, riqueza, prosperidad, etc. [...] no salen de la esfera de las palabras consignadas en folletos primorosos 6 pronunciados en brillantes y fugaces discursos". Le Mex-Tex s'aperçoit qu'un pays sans programme idéologique, éthique ni économique ne peut être une Nation. Et l'AS précise que le Mexique pâtit de cela depuis vingt-huit ans qu'il est souverain. Un pareil constat renvoie la nation in-constituée à son histoire. El Instructor du Zacatecas fait parvenir un papier: "Crisis de la Republica. La guerra esterior y la civil" (13.03.47). La charge est sans appel: se croire capable de gouverner parce qu'on occupe un poste par la force, "esta es la capacidad de las fieras; y las fieras no tienen titulos ningunos para gobernar las naciones". Les conflits et la guerre civils (espantosa tea) entre mexicains ont conduit à un tableau "que hara estremecer al mexicano mas desnaturalizado". L'image en est si horrible que "(...) i no queremos creer su asombrosa deformidad !". Gouvernants sans morale, soit. Et que dire des gouvernés? Un Manifeste de l'État de Veracruz (9.03.47) déclare que ce

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n"est pas"el valor y el heroismo de solo algunos hombres 10que sal"I'~las ,naciones [...]"; en fait~ poursuit le document, lies n~esajJ.Ç)patentizar al mundoque 'SOMOSignos de la patria d q1i'~'J).Y~;tii6elser é no hijos degeneradOsdenuestros ilustres ,'.' .teSres". Il Il~' Y aurait donc-un déficit. quantitéitif de l'adhé~~~ire du Mexique à sa .nittion.Façon de suggérer que ~'~~Tex n'est pas un sinistré mais un exponent naturel de .:dè'1a:non-nation. Comme ap1.11e dire John Le Carré: Il:. .rÎUlenation 'esfun peuple assez coriace.'pour empoigner la veüt et s'y crampolU:\er"'2S. courant existe dans le Un ~~~1\Vain~que cette volontécoria~manqueau Mexique. . :.~termes qualitatifs, la careriœest comparable et ,donne lieu -~':~':ë}ê)quentes'évaluâtions'.nationalb..taxonomiques. Il y a Nj~lca.i1\s etMexicain~;' selon qui évalue l'autre... Le schéma .t,Stirtple, comme dans la plupart:'des périodes de conflits ~1',n 'ya de bons Mexicains, républicains' et. patriotes et de .

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~uPlandeGu~ar.a, 31.05. 46)26. ,'~8t.Tex sècOrtsole des'trattres en se convainquant qu'ils ne:101\îfêtù'un cortêf ',ulmero' (BRlnO;l, 22.05.46). Acœptons-en 1".:">:',.:_is remârqoonstoutde même 'qu'ily avait bien peu
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,!:,;':,,;':i:,"bpatriote$ sN1e:fri)J\tNotd 'Alors : Mex ? Mex1e~jl\'1eX;?'Us-Tex? I11différendâ.~tion ,1.Indifférence ? Tout au défimtions... D'ailleurs .o...;s.,ifte q~l1~dechif~'éfde 'è"'>~blêdéd0ublé (mais pàsleseffeetifs guerriers de la ~1M>mé)(lcalne)': ,II. ..'. la..gùêm,,, Tëjas y â Norte-América,la 1ti~",aÎ~'~ceretco~"timiento untl"iifte'.de la naci6n y no un ~_Înolntùfriblê-'J/D. :. _:.~eSfpâ8' certâm que cette division entre bons et méchants " :.:~tIÎ\eUeMerif;'imperrnéabIe.Cê;serait logique. si l'on tient t1~ptedel.préêarité:dêS critères'de"différènciation. De surêt.;,:l.guerre: mèxical\o-mexiêaine' ,entre.. monarchistes' et
.n° ",ki't$.;:i.e./""''' .OI1serT1JlteuT 1572,. 22~~8.12.1994. Il.àréfléchit sur les l'indépendance ~,~;,~~,.~~!\t .ipdispens~}Jl~ à, l'accession ~.to~te<tf.fiQft~ ancienne ou nouvelle. "..'.,~.~r;:~e~t, je ne surmultiplierai,~pas dèS citations qui n'enriI

.C.#::-;',06.46.
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plus qu'elle n'adhère...

quistM1ligne. emarquonsque la R
ni ne se sacrifie...

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