ETHNO-SOCIOLOGIE DES MACHINES A SOUS

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Depuis quelques années de curieux objets ont envahi les casinos français. Qu'on les appelle Liberty Bells (Cloches de la liberté), bandits manchots ou slots, c'est bien sûr de machines à sous dont il est question. Pendant plus de deux ans l'auteur a interrogé (joueurs, employés, responsables de casinos), observé (attitude, comportements, rituels…) joué, pour essayer de comprendre pourquoi un jeu aussi simple a su conquérir des millions de français.
Publié le : lundi 1 mai 2000
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EAN13 : 9782296412064
Nombre de pages : 263
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ETHNO-SOCIOLOGIE DES MACIDNES À SOUS

Collection Logiques Sociales fondée par Dominique Desjeux et dirigée par Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques.

Dernières parutions

Howard S. BECKER, Propos sur l'art, 1999. Jacques GUILLOU, Louis MOREAU de BELLAING, Misère et pauvreté, 1999. Sabine JARROT, Le vampire dans la littérature du XIX siècle, 1999. Claude GIRAUD, L'intelligibilité du social, 1999.

C. CLAIRIS, D. COSTAOUEC, J.B. COYOS (coord.), Langues
régionales de France, 1999. Bertrand MASQUELIER, Pour une anthropologie de l'interlocution, 1999. Guy TAPIE, Les architectes: mutations d'une profession, 1999. A. GIRÉ, A. BÉRAUD, P. DÉCHAMPS, Les ingénieurs. Identités en questions, 2000. Philippe ALONZO, Femmes et salariat, 2000. Jean-Luc METZGER, Entre utopie et résignation: la réforme permanente d'un service public, 2000. Pierre V. ZIMA, Pour une sociologie du texte littéraire, 2000.

Lihua ZHENG et Dominique DESJEUX (eds), Chine-France, Approches interculturelles en économie, littérature, pédagogie, philosophie et sciences humaines, 2000.

Jean-Pierre

G. MARTIGNONI-HUTIN

ETHNO-SOCIOLOGIE DES MACHINES À SOUS
"Que le hasard vous serve, mais préparez-vous à l'accueillir* "

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris FRANCE

-

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

* Alain, Les Dieux, Paris, Gallimard,

1985.

@ L'Harmattan, 2000 ISBN: 2-7384-9159-6

AVANT-PROPOS
Les machines à sous possèdent des caractéristiques qui les rangent dans la catégorie des phénomènes sociaux les plus intéressants. Dans certains pays - en Espagne par exemple elles ont envahi l'ensemble du territoire dans de multiples espaces de proximité. Aux États-Unis, leur succès ne se dément pas depuis plusieurs décennies et de nouveaux casinos resorts, possédant des milliers de slots, ont encore vu le jour ces dernières années, à lAs Vegas, dans les réserves indiennes ou sur de gigantesques bateaux casinos. En France, elles ont connu un démarrage fulgurant depuis leur autorisation en 1987. 13 2761 machines à sous "tournent" déjà dans les 160 casinos et leur nombre ne cesse d'augmenter. Elles deviendront peut-être un jour aussi populaires que le Loto, le Millionnaire ou les paris hippiques. Malgré les contraintes législatives et fiscales, leur succès actuel est déjà très important, aussi bien en nombre de joueurs qu'en ce qui concerne la part2 qu'elles représentent dans le Produit Brut des Jeux réalisé par les casinotiers (12,8 milliards de francs en 1999). Cet ouvrage -fruit
d'une enquête ethno-sociologique dans 12 casinos français3

-

leur

est consacré.

1 Chiffre au 1 janvier 2000. 2 87,90 % du PBI en 1998. 3 970 joueurs ont été interrogés par questionnaire de manière aléatoire à la sortie des salles de machines à sous des casinos suivants: Aix-les-Bains "Grand cercle", Biarritz, Cannes "Croisette", Deauville, Divonne, Évian, Hyères, Luxeuil-les-Bains, Montrondles-Bains, Niederbronn, Royan, Trouville. Nous mentionnons au début du deuxième chapitre, quelques remarques méthodologiques et quelques notes épistémologiques concernant les modalités de l'enquête "qualitative" effectuée parallèlement dans ces établissements pendant plus d'un an. Notamment 140 entretiens réalisés auprès de joueurs, personnels et responsables de casino et de multiples observations microsociologiques effectuées dans les salles de machines à sous. Visiter des casinos pendant plusieurs mois comme nous avons pu le faire constitue un poste idéal pour mener des
It

observations

naturalistes

It

de type goffmanien.

INTRODUCTION
Quand on entre pour la première fois dans une salle de machines à sous, on ne voit qu'une chose: une foule compacte et gesticulante. On n'entend qu'un bruit: un immense brouhaha cliquetant. Si, pour le profane, cette scène grouillante ressemble à une arène où tous les coups sont permis, en réalité l'ambiance est joyeuse et bon enfant. Nous constaterons tout au long de ce livre comment, derrière cette apparence d'enfermement et d'individualités, une communauté s'amuse et prend du plaisir à jouer. Une salle de machines à sous constitue plus qu'un simple espace de jeu. C'est un microcosme social ouvert aux joueurs et aux non-joueurs. Dans une salle de slots. on peut regarder, discuter, faire des rencontres ou rester seul face à "sa" machine dans l'anonymat le plus complet. Si, pour le néophyte, une salle de bandits manchots est un univers étrange et impénétrable, en réalité cet espace de jeu démocratique est le témoin privilégié du lien social éphémère qui s'instaure dans ce cercle ludique. C'est "tantôt le lieu dense, bruyant où l'on peut espérer la rencontre de l'autre, tantôt le refuge qui favorise le repliement, le retrait des autres, ou encore, ce lieu désocialisé, vide, mais plein de la présence au monde2." Si les salles de machines à sous, présentes désormais dans la quasitotalité des 160 casinos français, sont des espaces de jeu où nos
concitoyens cherchent avant tout à gagner de l'argent

àfaire fortune grâce au jackpot - ce sont également des espaces de vie où l'on parle, où l'on rit, où l'on se restaure; des espaces festifs où l'on prend du bon temps. Malgré les apparences, les salles de machines à sous ne sont pas des lieux spatialement homogènes. Des zones existent, même si aucun marqueur de frontière n'apparaît. La première séparation (machines à rouleaux d'un côté, vidéo-poker de l'autre) est nette, même si le joueur peut naviguer facilement entre les deux. "Le partage de l'espace résulte d'un consensus entre les clients et d'une ingénieuse répartition des
1 Le terme slot signifie fente et fait référence à l'activité principale du joueur de machines à sous: introduire des pièces dans une fente. Ce terme est devenu synonyme de machines à sous. Tout au long du livre nous utiliserons les expressions slots, slots
pour désigner machines et le néologisme slotiste machines à sous et les joueurs. 2 V. Membrado, "Le café: entre l'éphémère et l'immuable", colloque de l'AISLF, Genève, 1988, p. 234-238.

-

et éventuellement

-

-

d'une

manière

différente

les

Le lien social, actes du XIIIe

activitésl". En outre, la présence dans certains casinos de deux salles de machines à sous instaure une segmentation (relative) des joueurs selon leur fortune. Nous verrons comment, au partage du temps, se superpose un double partage de l'espace. Puis, nous nous attarderons sur les joueurs, leur machine, les logiques et les croyances qu'ils construisent autour, dans une expérience de jeu éternellement recommencée mais sans cesse renouvelée. Quiconque a regardé des joueurs s'activer devant une machine à sous croit immédiatement tout comprendre et peut facilement établir un jugement définitif très négatif. Le bandit manchot n'est-il pas l'archétype du non-jeu? Ne doit-on pas l'exclure de la sphère ludique? Il est si simple dans son fonctionnement qu'un enfant de cinq ans apprendrait à jouer en quelques minutes. II apparaît si répétitif qu'il ne semble pouvoir entraîner que l'ennui. Par ailleurs, comme les combinaisons sont désignées par un système aléatoire, le joueur ne peut pas intervenir dans les tirages ou prévoir la prochaine "sortie". Voici comment un journaliste - certes talentueux mais aveuglé par l'illusion des apparences et la rectitude de ses convictions - a pu décrire ce jeu: "Il suffit d'avoir observé les peuples vraiment joueurs pour comprendre que la machine à sous n'est plus un personnage de roman mais la prothèse feignasse d'un face-à-face misérable entre le joueur et la figure changeante de son micro-destin2." fi suffit pourtant de passer du simple regard à l'observation prolongée, d'écouter avec attention les joueurs échanger des propos, éventuellement d'entrer soi-même dans ce jeu, pour voir aussitôt se dissiper cette illusion de monotonie, d'enfermement et d'aliénation. Certes, les rudiments "techniques" des machines à sous sont peu nombreux et le bandit manchot pourrait faire sien le premier slogan du lot03 qui insistait sur la facilité, la faiblesse de la mise et la potentialité du rendement. Mais riche en incertitudes, ce jeu entraîne des rituels, des stratégies, des croyances. Par exemple, en ce qui concerne le taux de redistribution. La loi oblige les casinos à "redonner" un certain pourcentage des enjeux4, mais toutes les machines à sous ne sont pas "réglées" de la même façon. Par conséquent, un certain nombre de "zones d'ombre" flottent sur les détails liés au rendement des machines. Est-ce chaque machine qui restitue un certain pourcentage ou la totalité du parc, toutes machines confondues? Sur quelle période sont-elles censées rendre leur taux de

1 2 3 4

M.-H. Dufour, "Café des hommes en Provence", Terrain, n° 13, octobre S. Daney, "La banalité d'un vice", Libération du 6 aoOt 1988, p.s. "Le loto c'est facile, c'est pas cher et ça Peut rapporter Qui varie de 86 à 98 %. gros".

1989, p. 84.

8

redistribution théorique? Y a-t-il certains moments plus favorables que d'autres? Le joueur de machines à sous cherche à comprendre. Dans sa quête ludique, il se pose de nombreuses questions sans jamais trouver complètement la réponse mais sans que cela ne remette en cause sa volonté de jouer et son espérance de triompher. Au contraire, nous verrons comment ces incertitudes ludiques participent d'un imaginaire qui apparaît riche, diversifié et sans cesse reconstruit dans l'expérience du jeu, dans l'échange avec d'autres joueurs ou en discutant avec les employés du casino.

9

BALISES

CHIFFRÉES

1

Évolution

du PBJ {Produit Brut Total des Jeux)2 des casinos français depuis 10 ans Entre parenthèses: progression par rapport à la saison précédente

- 1991-1992 : 3 031 367 688 F. (+26,27 %) - 1992-1993 : 3 995 270 944 F. (+31,80 %) - 1993-1994 : 5 023 602 343 F. (+25,74 %) - 1994-1995 : 6 068 226 490 F. (+20,79 %) - 1995-1996 : 7 153 594 315 F. (+17,89 %) - 1996-1997 : 8 080 551 646 F. (+12,96 %) - 1997-1998 : 9 404 440 471 F. (+16,38 %) -1998-1999: 12800000000 F. (+11,10 %) (À titre de comparaison,aux États-Unis le revenu brut des jeux s'élève à 40 milliardsde francs dans le seul État du Nevada).

Les leaders de la profession en 1999 (Ie PBI est donné en milliards de francs)

-

Partouche : 20 casinos, 2050 machines à sous, PBI: 1,6 MF. - Barrière: 13 casinos, 1970 machines à sous, PBI: 1,9 MF. - Accor Casinos: Il casinos, 1302 machines à sous, PBI : 1,207 MF. - Européenne des casinos: 14 casinos, 1188 machines à sous, PBJ : 1,055 MF.

-

- Moliflor

Tranchant:

15 casinos,

1068 machines

à sous, PBI:

1,017 MF.

: 8 casinos, 458 machines à sous, PBJ : 0,37 MF.

1 Les choses évoluant très vite dans le domaine des casinos à cause des concentrations en cours, les statistiques citées dans cet ouvrage auront certainement évolué quand le livre sera publié. Par exemple, fin 1999, le groupe Partouche possédait 2050 machines dans 20 casinos. En février 2000, il en avait 2475 dans 24 établissements (cf Investir, n° 1362, 28 février 2000, p. 34). 2 Le PBI (produit brut des jeux) correspond à ce que les joueurs "laissent" dans les caisses du casino une fois que les machines ont "restitué" leur taux de retour. Cela correspond à ce que les joueurs perdent réellement. Le PNI (produit net des jeux) correspond à ce qui reste aux casinotiers une fois les prélèvements effectués.

Parts

de marché

des casinos français

(février 25,9 19,1 16,7 10,1 8,8 8,5 4,5 4,2 2,2 % % % % % % % % %

2000)1

Casinos indépendants Partouche Banière Accor Casinos Européenne de Casinos Tranchant Didot Bottin Moliflor Émeraude

Hit-parade des 10 premiers2 casinos français pour la saison 1997-1998
(le PBJ est donné en millions de francs) Entre parenthèses: pourc.entagede progression par rapport à la saison 1996-1997 1/ La Tour-de-Salvagny: 2/ Divonne : 31 Nice Ruhl: 4/ Deauville: 5/ Amnéville : 61 Cannes Croisette: 7/ Enghein : 8/ Forges-les-Eaux: 9/ Évian : 101Aix-en-Provence: 367,9 351,3 289,7 265,5 263,7 262,0 250,5 218,8 186,2 185,6 MF. MF. MF. MF. MF. MF. MF. MF. MF. MF. (+ 15,03 (+16,11 (+4,72 (+13,76 (+7,57 (+4,33 (+7,46 (+24,71 (+ 14,59 (+16,72 %) %) %) %) %) %) %) %) %) %)

1 Source: Le Journal des Finances, n° 5856, 26 février 2000, p. 14. 2 Les derniers seront les premiers: la lanterne rouge des casinos français est celui de Bourbon-L'Archambault classé en 15ge position avec un PBJ de 68 605 F. pour la saison 1997-1998. Dans cet établissement, la roulette anglaise a même eu une recette négative!

12

Hit-parade des 10 premiers casinos français pour la saison 1998-1999 (le PBJ est donné en millions de francs) Entre parenthèses: pourcentage de progression par rapport à la saison 1997-1998 1/ La Tour-de-Salvagny (groupe Partouche): 2/ Divonne-les-Bains (casino indépendant): 3/ Nice Ruh} (groupe Accor casinos SA) : 4/ Deauville (groupe Barrière) : 5/ Cannes "Croisette" (groupe Barrière) : 6/ Amnéville (groupe Tranchant) : 7/ Enghein (groupe Barrière) : 8/ Forges-les-Eaux (groupe Partouche) : 9/ Aix-en-Provence (groupe Partouche) : 10/ Évian (casino indépendant) : 401,7 327,4 290,3 287,6 283,1 272,1 265,1 253,9 203,8 190,5 MF. MF. MF. MF. MF. MF. MF. MF. MF. MF. (+ 9,18 %) (-6,81 %) (+0,19 %) (+8,33 %) (+8,06 %) (+3,16 %) (+5,83 %) (+16 %) (+9,8 %) (+2,3%)

Évolution du nombre d'entrées dans les casinos français sur 10 ans 1987 : 1997 : 2 millions d'entrées 46 millions d'entrées pour 138 casinos pour 159 casinos

pour

Répartition du PBJ par type de jeu la saison 1997-1998 dans les 159 casinos français Entre parenthèses, répartition de la saison précédente 87,90 % (87,58) Machines à sous: 12,10 % (12,42) Jeux de table: dont: 3,50 % (3,73) Roulette anglaise: 3,26 % (3,35) Black-jack: 2,81 % (2,76) Roulette française: 1,34 % (1,54) Boule et 23 : 0,75 % (0,63) Punto-banco : Roulette américaine: 0,14 % (0,19) 0,14 % (nouveau jeul) Stud-poker: 0,06 % (0,08) Banque: 0,05 % (0,10) 30/40 : 0,03 % (0,02) Craps: 0,02 % (0,02) Chemin de fer:

1 Pour la saison 1997 -1998 ce jeu, désormais autorisé en France, était présent dans 15 casinos.

13

Présence des différents jeux dans les 159 casinos français (en 1998) Machine à sous: dans 152 casinos. Boule et 23 : dans 140 casinos Black-jack: dans 95 casinos Roulette anglaise: dans 89 casinos Roulette française: dans 38 casinos Stud-poker: dans 15 casinos Punto-banco : dans 9 casinos2 Roulette américaine: dans 7 casinos3 Chemin de fer: dans 4 casinos4 Banque: dans 3 casinoss 30/40 : ans 3 casinos6 Craps: dans 2 casinos 7

Pourcentage

des prélèvements

sur le PBJ 54,14 % 59,44 % 62,23 %

Saison 1993-1994: Saison 1996-1997 : Saison 1997-1998 :

1 En 1998, seuls 7 casinos ne possédaient pas de machines à sous: Enghein, Cagnes-surMer, Cabourg, Bagnols-les-Bains, Veulettes-Mer, Cazaubon, Bourbon-L'Archambault. 2 Nice Ruh}, Deauville, Enghein, Forges-les-Eaux, Évian, Cannes Carlton, Gosier, Mandelieu, Beaulieu. 3 Saint-Denis, Saint-Gilles, Gosier, Schoelcher, Saint-Pierre, Saint-François, Les TroisÎlets. 4 Enghein, Forges-les-Eaux, Évian, Beaulieu. 5 Enghein, La Grande-Motte, Le Boulou. 6 Cannes "Croisette", Aix-en-Provence, Cassis. 7 Trouville, Mandelieu.

14

Pourcentage

de progression des prélèvements versés par les casinos français (saison 1997-1998 par rapport à la saison 1996-1997) Prélèvements fixes:

- Jeux de table: - Machines à sous:

+13,38 % +16,81 %

Prélèvements progressifs: - État: +18,25 % - Commune: +17,91 % Autres prélèvements:

- CRDS : - CSG 3,40% : - CSG 10%: - Cahier des charges:
Droits de timbre:

+16,38 +93,84 +40,81 + 18,60

% % % %

-1,56 %

Taxes et prélèvements payés par les casinos (saison 1998-1999) À l'État: - Impôts: - CRDS : - CSG : 4,27 milliards de francs 309 millions de francs 468 millions de francs

Aux communes: 1,3 milliard de francs

Pourcentage de progression des principaux jeux (saison 1996-1997 par rapport à la saison 1995-1996) Machines à sous: Black-jack: Roulette anglaise: Roulette française: Boule: +15,33 +1,48 +2,47 -11,44 +5,73 % % % % %

15

Évolution

du nombre de machines à sous autoriséesI dans les casinos français

1987 : autorisation des premières machines 1989 : 2 110 1990 : 2 060 1991 : 3 340 1992 : 6 378 1993 : 8 942 1997 : 12 845 1998: 12 927 1999 : 13 227 (À titre de comparaison, aux États-Unis dans le comté de Clark - où se trouve Las Vegas - les 1 530 casinos en activité possèdent 135 376 machines à sous).

Pourcentage de casinos disposant de machines 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 : 26 : 61 : 74 : 82 : 87 : 92 : 94 : 95,5 % % % % % % % %

français à sous

I Nous donnons le nombre de machines autorisées. Mais, à cause des problèmes de maintenance, il y a toujours une différence entre ce chiffre et le nombre de machines en exploitation. Par exemple, au I novembre 1997, il Y avait 12 571 machines en exploitation pour 12845 autorisées, au 1janvier 2000, 13276 machines autorisées pour 13200 en exploitation.

16

Nombre

d'entrées

dans les casinos (en effectif)

français

Saison 1995-1996 - Total des entrées: 48 188 761 - Entrées machines à sous: 45 436 146 - Entrées jeux de table: 2 752 615 (dont entrées Boule: 1 489 099) Saison 1996-1997 - Total des entrées: 54 743 576 - Entrées machines à sous: 51 909 202 - Entrées jeux de table: 2 834 374 (dont entrées Boule: 1 577 951)

Nombre

d'entrées dans les casinos (en pourcentage)

français

Saison 1995-1996 - Entrées machines à sous: 94,28 % ; entrées jeux de table: 5,72 % Saison 1996-1997 - Entrées machines à sous: 94,82 % ; entrées jeux de table: 5,18 %

Coût moyen d'une machine à sous:

environ 50 000 F.

Nombre

d'emplois

drainés

par les casinos

directs: indirects:

environ 10 000 environ 37 000 (dont installations thermales: 7 000 communes: 30 000)

17

" PREMIERE

PARTIE

IDENTIFICATION, COMPORTEMENT ET MOTIVATIONS DES JOUEURS DE MACHINES À SOUS

A - IDENTIFICATION ET CARACTÉRISTIQUES SOCIA~ES DES JOUEURS DE MACHINES A SOUS 1/ Un jeu d'hommes... et de femmes
Les joueurs de machines à sous sont avant tout des hommes (à 57 %) sans pour autant que l'on puisse qualifier ce jeu de masculin dans la mesure où les femmes représentent 43 % de la population des slotistes. Mais en réalité, la prépondérance d'un sexe sur l'autre dépend largement du moment de la journéel et du type de machine utilisé habituellement (rouleaux ou vidéo-poker). Les hommes sont surtout majoritaires en nocturne (64 % d'hommes de minuit à la fermeture du casino, contre 36 % de femmes), alors qu'en soirée et surtout en journée le pourcentage des femmes rejoint pratiquement celui des hommes, sans jamais toutefois le dépasser. La distribution des hommes est pratiquement homogène tout au long de la journée, même s'ils sont proportionnellement moins nombreux en journée. La distribution des femmes est plus hétérogène, notamment par rapport à la nocturne (26 % de femmes en nocturne, contre 38 % en soirée et 36 % en journée). Les résultats généraux de notre sondage concernant le genre contredisent les apparences qui présentent souvent les machines à sous comme un jeu de femmes. En fait, cette erreur - issue de l'observation
naturaliste non systématique

-

n'est pas complètement

fausse et provient

du type de machines utilisé habituellement. Notre étude montre clairement que les joueurs de machines à rouleaux sont plutôt des joueuses (à 52 %) alors que les joueurs de vidéo-poker sont massivement des hommes (à 81 %). Par ailleurs, si l'on regarde la distribution à l'intérieur des deux genres selon le type de machine utilisé, on observe que 59 % des hommes jouent exclusivement aux rouleaux, 25 % exclusivement au vidéo-poker; alors que, pour les femmes, 82 % jouent exclusivement aux rouleaux et 8 % exclusivement au vidéo-poker. Notons également la présence de multijoueurs. 12 % des joueurs de machines à sous jouent à la fois aux rouleaux et aux vidéo-pokers et ces multijoueurs sont le plus souvent des hommes (à 66 %).
1 La pré-enquête nous a permis de déterminer trois moments qui structurent
"raisonnablement" la temporalité journalière d'une salle de machines à sous: journée (de l'ouverture du casino à 18 heures), soirée (de 18 heures à minuit), nocturne (de minuit à la fermeture du casino).

2/ Un jeu qui attire

toutes les catégories

d'âge

Les machines à sous séduisent toutes les catégories d'âge de la population française. Deux tranches se détachent légèrement: les 20-30 ans qui sont les plus nombreux (24 %) et, dans une moindre mesure, les 40-50 ans (20 %). Les autres classes d'âge pèsent de 14 à 17 %. Seules les personnes du quatrième âge et les 18-20 ans représentent moins de 5 % des joueurs de machines à sous. Le regroupement par grandes classes d'âge permet d'observer d'autres tendances. Les personnes qui ont passé la cinquantaine (51-70 ans) pèsent autant que les moins de 30 ans (29 % chacun). Mais le plus gros effectif des joueurs de machines à sous se situe chez les adultes de 30 à 50 ans qui représentent 37 % de la population des slotistes. L'âge des joueurs varie grandement en fonction du moment de la journée. En nocturne, nous trouvons surtout des joueurs de 18 à 40 ans (et notamment les 20-30 ans qui représentent 49 % des joueurs noctambules). En soirée, ce sont les personnes de 40 à 60 ans qui sont majoritaires. En journée, ce sont plutôt des joueurs du troisième âge (60 ans et plus) qui viennent tenter leur chance sur les bandits manchots. L'âge est aussi une variable discriminante en ce qui concerne la coupure semaine/week-end. Les joueurs de machines à sous de moins de 40 ans sont majoritaires le week-end (les 30-40 ans représentent à eux seuls 56 % des joueurs du samedi/dimanche). À partir de 40 ans, la tendance s'inverse. Les joueurs de 41 ans et plus sont sur-représentés en semaine où ils pèsent pour plus de 60 %. En ce qui concerne la répartition par âge selon le type de machine utilisé nous obtenons les résultats suivants. Comme ils sont les plus nombreux, les "joueurs rouleaux" sont majoritaires quel que soit l'âge, mais il y a des différences considérables de "majorité" selon l'âge. On passe respectivement de 57 % de joueurs de rouleaux chez les 21-30 ans pour atteindre 91 % chez les 71 ans et plus. À partir de 21 ans la proportion de joueurs de rouleaux augmente au fur et à mesure que l'on avance dans les tranches d'âge. Pour les vidéo-pokers la tendance s'inverse. Plus les joueurs sont jeunes, plus ils sont nombreux à préférer les vidéo-pokers. Ce sont les 2030 ans qui préfèrent ce jeu (30 % de joueurs de poker dans cette catégorie) et, dans une moindre mesure, les 30-40 ans (25 %). À partir de 31 ans la proportion de joueurs de vidéo-pokers diminue quand les joueurs avancent en âge. Notons également un nombre non négligeable de multijoueurs dans toutes les catégories d'âge (12,5 % en moyenne), mais c'est chez les 40-50 ans qu'on en trouve le plus (17 %).

22

31 Un jeu populaire
59 % des joueurs de machines à sous exercent une activité professionnelle dont 15 % sont employés, 12 % ouvriers, Il % cadres, professions intellectuelles supérieures (PIS), 10,5 % professions intermédiaires, 10 % artisans, commerçants, chefs d'entreprise (CE), 0,5 % agriculteurs. Si l'on distribue (en base 100) uniquement les joueurs qui travaillent, on obtient la répartition suivante: employés: ouvriers: cadres, PIS: professions intermédiaires: artisans, commerçants, CE: agriculteurs: 25 20 19 18 17 1 % % % % % %

41 % des joueurs de machines à sous ne travaillent pas (dont 22 % sont retraités et 19 % inactifs non retraités). Une majorité est en inactivité depuis moins de 10 ans. Si l'on distribue (en base 100) les joueurs de machines à sous sans activité professionnelle, on obtient la répartition suivante: 54 % d'inactifs retraités et 46 % d'inactifs non retraités. Parmi les joueurs qui travaillent 63 % jouent aux rouleaux et 22 % au vidéo-poker, alors que parmi les inactifs 79 % préfèrent les machines à rouleaux et 12 % le poker. Il n'y a pas de segmentation sociologique nette par type de jeu, même si certaines préférences apparaissent selon la catégorie sociale. Les retraités, les inactifs non retraités, les professions intermédiaires et les employés s'adonnent plus volontiers aux rouleaux que les autres catégories sociales (de 66 % chez les employés à 81 % chez les retraités). De leurs cotés, les artisans, les commerçants, les chefs d'entreprise, les cadres, les professions intellectuelles supérieures - ainsi

que les ouvriers - s'intéressent nettement plus au vidéo-poker, même
s'ils jouent avant tout aux rouleaux. La démocratisation des machines à sous concerne donc non seulement l'accès général au jeu mais également l'accès aux deux possibilités regroupées sous le vocable machines à sous. Même si les vidéo-pokers sont avant tout un jeu d'hommes, ils concernent les hommes de toutes les couches sociales et pas seulement les plus fortunées. La présence de machines poker à 2 F., la libre circulation dans l'espace ludique, favorisent cette démocratisation interne.

23

4/ Quelques autres machines à sous

caractéristiques

des joueurs

de

- SituationMarié(e) famille de :
Célibataire: Divorcé(e) : Concubin( e) : Veuf/veuve:

49 % 29 % 9% 8% 5%

- Nombre

d'enfants Aucun: Un enfant: Deux enfants: Trois enfants: Quatre enfants: Cinq enfants et plus:

41 % 17 % 25 % 12 % 3% 2%

- Nombre Une personne: de personnes

dans le foyer 25 % 40 % Deux personnes: 16 % Trois personnes: Quatre personnes: 12 % 4% Cinq personnes: Six personnes et plus: 3%

- Niveau

d'étude 69 % des joueurs de machines à sous possèdent un diplôme selon la répartition suivante: Niveau V : 29 % Niveau IV : 16 % Niveau I et II : 13 % Niveau III : Il % Niveaux I et II : 2e et 3e cycles universitaires et grandes écoles, diplômes universitaires Niveau ln : paramédical ou social, BTS, DUT, le cycle universitaire Niveau IV : BP, BEI, BC, BEA, Bac de technicien sans Bac général, Bac général seul, Bac général et diplôme technique secondaire Niveau V : CAP seul, BEP seul; CAP, BEP (ensemble), BEPC

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- Salaire

mensuel du ménage 0-5000 F. : 15 % 5-10 000 F. : 23 % 10-15 000 F. : 20 % 15-20 000 F. : 12 % 20-25 000 F. : 7% 25-30 000 F. : 3% 30-35 000 F. : 3% 35-40 000 F. : 2% 40-45 000 F. : 1 % 0,5 % 45-50 000 F. : 2,5 % + 50 000 F. : refus de répondre: 1 %

- Nationalités Français: Étrangers:
Double nationalité:

89 % 10 % 1 %

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