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Femmes et politique autour de la Méditerranée

280 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 0001
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EAN13 : 9782296270282
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L

FEMMES ET POLITIQUE autour de la Méditerranée

Nadia AÏNAD-TABET, Juliette BESSIS, Suzanne I. DEVAULX, NaoualJacqueline EL-ZAÏM, Catherine GARSON, Anne de GIRY, Souad KHODJA, Magali MORSY, Isabelle NADDEO, Olga PATANÉ, Yolla POLITY-CHARARA, Éliane RICHARD, Yeldez SERTEL, Myriam SHADID, Christiane SOURIAU, Claude STRANO, Raquel THIERCELIN, Cérès WISSA-WASSEF.

FEMMES ET POLITIQUE A UTOUR DE LA MÉDITERRANÉE
ouvrage collectif sous la direction de Christiane SOURIAU

Librairie-Éditions L'Harmattan 18, rue des Quatre- Vents 75006 Paris

@ L'Harmattan, 1980 ISBN: 2-85802-148-1

Introduction

Femmes et politique autour de la Méditerranée est un essai collectif de femmes sur un thème qui n'a jamais été abordé jusqu'ici, du moins de cette manière. Il est évident que depuis une quinzaine d'années la réflexion critique et active des femmes a pris son élan et qu'elle s'étend peu à peu à tous les domaines. Mais on sait moins qu'elle se manifeste dans toutes les sociétés du monde contemporain et qu'il y a là un phénomène déjà massif - peu ou non organisé - qui gagne du terrain comme jamais il n'a pu le faire auparavant (1). Sans doute est-ce dû aux progrès des moyens de communication, de l'instruction, au choc des cultures, tout cela étant bien sûr conjugué aux. effets mondiaux des problèmes socio-économiques, des luttes sociales, des nationalismes - mais surtout à l'évidence des charges spécifiques des femmes, qui demeurent envers et contre tout pesantes, et à leur plus grande sensibilisation aux abus de pouvoir politiques ou familiaux alors même qu'on leur prône la participation ou l'égalité. En nombre croissant elles se posent des questions de tout ordre à propos des actes qui les engagent; elles ont commencé de façon multiple à exprimer leurs points de vue, à les échanger et même à en tenir compte pour faire pression sur l'évolution sociale. Je parie que d'ici cinq ans, en plus
(I) C'est ainsi que parmi les activités du Centre d'Études Féminines de l'Université de Provence (CEFUP) des cours pluridisciplinaires sur tous les aspects de la « condition féminine» sont donnés aux étudiants(es) en sciences humaines de I re et 2" années qui les choisissent à titre d'option. En 6 ans, plus de 500 étudiantes en ont passé les examens écrits. Parmi elles figure un tiers environ d'étrangères, la plupart maghrébines ou alors africaines, iraniennes, grecques, américaines, etc. Aux différents niveaux de la recherche se multiplient également curiosités, tentatives et résultats.

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INTRODUCTION

des conséquences individuelles ou collectives de ce mouvement dans les conduites, les luttes et peut-être la législation, une quantité d'œuvres écrites ou audio-visuelles féminines, aujourd'hui en cours, auront vu le jour, éclaircissant les données, affinant les analyses, illustrant une crise de la confiance des femmes envers tout ce qui leur a été inculqué bon gré mal gré à propos d'elles-mêmes et le reconstruisant. Crise légitime car les femmes ont besoin de savoir à quelle sauce elles se laissent manger ou mangent les autres, pourquoi, et comment y remédier quand elles ne sont pas d'accord. Mais une pensée critique à partir de la condition des femmes estelle propre à déranger, c'est-à-dire à décentrer, recentrer, les hiérarchies du Pouvoir établi, et ce « Savoir» que la société des hommes a monopolisé avec l'histoire écrite, avant de le normaliser, de le spécialiser en disciplines et techniques et de le diffuser partout dans cet état fractionné et hiérarchisé grâce à tous les moyens dits modernes? Ce n'est pas pour étayer un parti politique que l'entreprise que voici est née, mais pour saisir une occasion de plus de vérifier s'il est intéressant, utile, nécessaire de tester toute question à partir de la condition féminine, et surtout de l'idée que les femmes en ont. L'idée m'en est venue en 1976 lorsque la Revue Française d'Etudes Politiques Méditerranéennes (2) m'a proposé d'ouvrir une rubrique « Femmes» en ses pages. Et c'est à titre d'hypothèse de travail que j'ai repris au titre de la revue ses deux thèmes: « Politique» et « Méditerranée» pour les mettre en relation avec celui de « Femmes». Mais c'est par féminisme que j'ai voulu donner à des femmes exclusivement la possibilité de traiter ce sujet qui les concerne en premier lieu. D'emblée j'avais envisagé un travail collectif qui a été organisé comme suit: « Méditerranée» a été posé comme un cadre de référence politique constitué de la somme des nations qui bordent la mer de ce nom;

(2) Je le dois à R. Weexsteen; qu'il en soit amicalement remercié. La R.F.E.P.M. a été créée en 1974 sous la direction de P. Biarnès et la responsabilité de Paulette Decraene ; 13 articles sur le thème « Femme/Politique/Méditerranée» ont paru dans les numéros 24, 25 et 27, de décembre 1976 au 3e trimestre 1977. La revue a depuis suspendu momentanément sa parution. Je remercie très vivement Paulette Decraene d'avoir autorisé la reprise de ces 13 articles - augmentés de 5 articles inédits - dans le présent livre édité par l' Harmattan.

INTRODUCTION

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ceci dans l'espoir d'obtenir un article au moins concernant chaque nation - et c'est ce qui a été fait (3). Quant à « Femmes », comme je l'ai dit, c'était une condition de base que chaque article fût écrit par une femme, soit originaire du pays étudié, soit y résidant, soit le connaissant bien, soit, à la limite, prête à s'y intéresser vivement. Mais en ce qui concerne «Politique », j'ai, contrairement à une méthode actuellement courante, refusé d'établir une problématique préliminaire, pensant que c'était justement en favorisant toute liberté sur ce point que l'on sortirait peut-être des sentiers battus. Lectrices et lecteurs jugeront du résultat. La revue proposait 10 pages par article: ce défi n'a pu être relevé qu'au début. Tous comptes faits, ce genre d'entreprise, qui a pris trois ans, n'a pas été facile. Il n'existait pas à ma connaissance de groupe de femmes constitué selon ces besoins particuliers et il y avait peu de chances d'en constituer un complet. Par ailleurs, des statistiques à jour sur le monde méditerranéen ou des analyses globales qui ne seraient pas dérivées de modèles extérieurs dominants, cela n'existe pas non plus. Et puis la revue paraissait en français; or la langue française écrite n'est pas répandue en milieu féminin dans les sociétés méditerranéennes. Enfin je n'ai jamais disposé des moyens matériels nécessaires à une grande investigation internationale. J'ai donc cherché, beaucoup par correspondance, et fini par trouver, parfois après plusieurs tentatives pour un même pays, ces femmes qui ont répondu à ma demande en réalisant coûte que coûte cette série d'articles: je les en remercie chaleureusement. Malheureusement nous n'avons jamais pu, vu notre dispersion et faute d'argent, malgré mes efforts et à mon grand regret, nous réunir toutes pour confronter nos démarches et critiquer nos idées. Regroupées par ces pages, nous ne formons ni une équipe de travail ni un groupe-femmes (4) - mais
(3) En réalité on trouvera 2 articles concernant le Midi de la France et 2 concernant l'Algérie. Les deux premiers montrent à quel point peuvent diverger les démarches d'approche, les deux autre~ au contraire comment ces démarches peuvent être complémentaires. Deux lacunes subsistent, que j'ai espéré un moment combler avec un article sur les femmes maltaises. Je n'ai trouvé personne pour Chypre. (4) Nous avons toutes fait des études jusqu'au niveau universitaire, mais nous sommes diverses au regard de la profession, de l'engagement politique ou du militantisme, du milieu social, de la nationalité, du statut, de l'âge, du lieu où nous vivons. Ce sont là des données personnelles auxquelles on évite généralement de se référer dans les études de type universitaire, avec l'illusion que cela conforte l'objectivité. Mais cela renforce au contraire l'objectivation, c'est-à-dire la transformation du sujet étudié en objet d'étude, procédé que beaucoup de femmes récusent pour en avoir été les victimes.

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INTRODUCTION

cela peut venir... et le groupe peut s'étendre, en susciter d'autres ailleurs: tout est possible... Mais pour cette fois, chacune a travaillé seule et a ressenti les difficultés de la démarche personnelle, dans la mesure où elle parlait globalement des femmes, et où une réflexion de fond sur les rapports de celles-ci avec la - ou le - politique dans le monde méditerranéen relève d'une recherche nouvelle et exige une liberté d'esprit peu commode à mettre en œuvre dès lors qu'on est juge et partie sur bien des points. Curieux livre donc que celui qui s'ouvre ici, marqué après coup d'un double sceau: d'une part celui de l'hétérogénéité des données et des langages qui reflètent les formations acquises, et d'autre part celui de l'unité d'une conscience nettement exprimée: dès que les femmes - la moitié des sociétés humaines - prennent en considération les réalités de leurs vies et les exigences spécifiques qui en découlent, elles ne sont pas dupes de la politique et savent qu'elles en sont exclues, surtout au niveau des instances de décision. Participation: oui mais. Autorité: non. Leurs pouvoirs sont ailleurs. Le couvercle de la boîte de Pandore est soulevé et s'en échappent quelques vérités inattendues, propres à bousculer des idées reçues, notamment à propos des nations privilégiées et des conditions du progrès social. En tout cas, un apport incontestable de ce livre est qu'il étudie des situations actuelles et qu'il reconstitue une cohérence au «monde méditerranéen» d'aujourd'hui, alors que dans les analyses politiques et économiques habituelles ce monde est a priori conçu comme éclaté à partir de toutes sortes d'appartenances externes: confessions, langues, régimes, marchés, etc. On est d'ailleurs en droit de se demander à qui cette conception de dépendances profite. Ici, le « monde méditerranéen» n'est pas réduit à une « périphérie » de « centres ». En suivant le sens des écritures méditerranéennes, c'est-à-dire de gauche à droite au Nord, s'agissant des Espagnoles, des Françaises, des Italiennes, des Yougoslaves, des Albanaises, des Grecques et des Turques - et puis de droite à gauche, à l'Est comme au Sud, s'agissant des Syriennes, des Libanaises, des Israéliennes, des Palestiniennes, des Égyptiennes, des Libyennes, des Tunisiennes, des
Algériennes et des Marocaines

-

le cercle

du

«monde

méditerra-

néen» a été parcouru complètement; mais en contrepoint à sa fragmentation en nations s'est reconstitué un élément primaire de son unité culturelle: la société politique y fonctionne comme un patriarcat.

INTRODUCTION

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Ce n'est pas la surprise que nous cause le cas antithétique si intéressant de l'Albanie qui suffit à modifier ce constat général. On peut avancer au contraire que c'est sur le modèle pérenne de ce patriarcat politique méditerranéen que ne cessent de fonctionner et de se répandre les pratiques politiques sexistes dans le monde contemporain, audelà des législations égalitaires et en dépit des discours unitaires qui voilent les réalités. Si bien que les lectrices éclateront de rire, à un moment ou à un autre, devant la farce sans cesse renouvelée des pourcentages des femmes élues, par exemple. Mais elles ne riront plus - car leur engagement politique est à ce prix - devant les frustrations et les sacrifices chaque jour encore exigés de celles qui se lancent dans les luttes et les batailles communautaires, seules ou aux côtés des hommes, ou de celles qui, tout bonnement, sans armes défensives ou offensives, sont exposées aux bombardements, aux tortures spécifiques, aux exils. Règne la paix? Elles seront le repos du guerrier, le vivier des réserves de la vie et du travail, sous-payées, sous-qualifiées mais toutes citoyennes votant au suffrage universel. Je ne crois pas pour autant à 1'« Internationale des femmes» ou à leur combat pour la paix. Ce livre met en évidence à quel point la diversité des régimes politiques et leurs évolutions dans une région comme le «monde méditerranéen» peut avoir des répercussions sur l'existence des femmes, diversifiant les détails de leur statut, l'axe général de leurs idéologies, leurs réactions aux pouvoirs extérieurs. On verra combien les nationalismes les imprègnent et comment elles finissent par reconduire, grâce à l'éducation qu'elles donnent, les contraintes qui om freiné leurs existences et les dogmes qui les ont formées. On découvrira aussi que leur participation aux luttes politiques n'est pas nouvelle et que sur ce point les nations dites «avancées )), « modernes )), ne sont pas exemplaires. Enfin, lorsqu'on réfléchit à partir du «monde méditerranéen )) et qu'on prend en considération ses sociétés féminines, on peut saisir entre autres l'excentricité menaçante d'une expression comme « dialogue nord-sud )). Car, dans l'ensemble méditerranéen, le « nord )) équivaut soit à l'étranger en position dominante, soit à une Classe sociale autochtone devenue dominante selon un modèle socio-économique introduit, et la part des femmes à ce « nord )) est tout à fait minime. Par contre les oppositions entre «socialismes)) et «libéralismes)) y ont des conséquences plus réelles. Profondément, les femmes en tant que telles continuent à être obligées d'avoir une perception distante de la politique, du fait que

.

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INTRODUCTION

l'intelligence de la « chose publique» n'a pas cessé de leur être interdite après des millénaires, en fonction de la spécialisation domestique qui leur demeure échue. Quand cela n'est pas vrai de certaines femmes, on verra lesquelles et pourquoi. Le sujet est toujours brûlant. Pas seulement parce qu'il mène à la contestation des pouvoirs traditionnels et modernes que les hommes exercent sur les femmes mais parce qu'il constitue, comme l'a dit l'une de nous, la «transgression d'un tabou ». Je ne m'étonne pas d'avoir essuyé quelques refus de la part de femmes qui, même sous un pseudonyme, craignaient d'être reconnues et désignées à la censure sociale en écrivant des articles pour lesquels elles avaient par ailleurs beaucoup à dire. On remarquera qu'aucune d'entre nous n'a abordé le thème « Femmes/Politique/Argent» alors qu'il y a quelques exemples flagrants dans les pays étudiés. Il n'est pas plus question des Palestiniennes dans l'article sur Israël qu'il n'est question des Israéliennes dans l'article de la militante palestinienne: c'est qu'il n'est presque pas possible, entre femmes, de poser en termes d'alternative claire comme le font les hommes, notre situation de femmes et notre situation de citoyenne ou de militante politique. Ce que nous avons à dire et que nous avons exprimé parfois difficilement, parfois lucidement, n'est jamais anodin. Nos articles ne sont pas aisément comparables et tant mieux: on n'en est pas à l'ère du manuel sur les femmes. Rien que parce que la rédaction des articles s'est étalée sur trois ans, certaines évolutions récentes ne sont pas mentionnées. C'est pourquoi ils sont datés, certains comportant une annexe écrite en 1979. Que ce livre soit, avant tout, discutable. Et bienvenue féminin, méditerranéen et politique qu'il pourra susciter. au débat

Christiane SOURIAU (*) Aix-en-Provence, août 1979

(*) Secrétaire générale du Centre d'Études 1975 à 1979.

Féminines de l'Université

de Provence de

Les femmes espagnoles et la politique
par Raquel Thiercelin (*)

« Les femmes espagnoles et la politique»... il y a dix ans, un tel sujet aurait fait sourire, il aurait été impossible à traiter, il était impensable. Il est maintenant à l'ordre du jour, plus d'un an après la mort du général Franco et de la fin d'une longue dictature, olt les femmes et les hommes d'Espagne se mettent à respirer, quoique encore à petits coups, un air de liberté depuis longtemps oublié, se prennent à réfléchir à leur avenir et à vouloir plus de justice, plus d'égalité, plus de participation à la gestion du bien commun.

C'est dans ce climat de fourmillement idéologique et poli'dque que de plus en plus de femmes, de toutes les régions d'Espagne, s'unissent et se réunissent pour en finir avec leur isolement et leur marasme, pour exiger la prise en considération de leurs aspirations les plus profondes et de leurs nécessités les plus urgentes qui se résument en un mot: libertad! Les femmes veulent disposer d'elles-mêmes, par la reconnaissance de leur valeur (productivité de leur force de travail et de leurs aptitudes intellectuelles), de leur capacité à gérer leurs propres affaires et celles de leurs enfants (par l'abolition de la tutelle maritale ou paternelle), de leur volonté de participer directement à l'organisation
(*) Serre, 20 novembre 1976.

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RAQUEL THIERCELIN

de la Nation (par le droit de vote et d'association), de leur exigence, enfin, de pouvoir choisir librement le cours de leur destin de femmes (notamment par la contraception et le divorce). Ainsi, de plus en plus de femmes luttent-elles pour être reconnues citoyennes à part entière (comme des sujets libres et conscients, et non plus comme de sempiternelles mineures, des objets, des moyens ou des alibis). Les femmes d'Espagne commencent à exister, à croire qu'elles existent, et ce sont des femmes de toutes catégories qui plus d'une fois déjà sont descendues dans la rue, prouvant ainsi qu'elles étaient capables de se battre, même physiquement, pour obtenir le droit à la reconnaissance. Il est plus que probable qu'elles ne s'arrêteront pas en chemin, et qu'elles seront capables de faire l'histoire. Pour comprendre ce jaillissement, cet éclatement, pour l'expliquer dans son évolution, il a fallu se poser trois questions préalables: qu'est-ce que la politique? qu'est-ce que l'Espagne? qui est la femme espagnole? Si l'on prend le terme de politique dans son sens le plus généralement accepté: « Science du gouvernement des Etats» (Littré), on remarquera que quelques noms féminins jalonnent brillamment l'histoire de l'Espagne. La participation de la femme aux affaires publiques n'a pas été déterminée une fois pour toutes. Ellle n'est ni totalement absente, ni générale ou uniforme, ni constante ou progressive. Elle a connu de fulgurants exemples et a subi des éclipses prolongées. Elle a surgi, ici ou là, à la faveur de commotions politiques diverses, en des renouveaux plus ou moins sporadiques ou improvisés. C'est aujourd'hui, et aujourd'hui seulement que cette volonté de participer se généralise et se radicalise, à la faveur d'une profonde interrogation politique, d'une véritable bataille pour la dignité et la démocratie. Quant à l'Espagne, on se plaît à la définir comme un pays de contrastes et d'ambiguïtés: Il s'agit en effet d'un conglomérat de particularismes, unifié artificiellement très tôt (dès la fin du XV. siècle), au profit d'un pouvoir central fort émanent de la Castille qui impose sa loi, sa religion et sa langue au détriment des cultures ancestrales, des droits coutumiers et des autonomies médiévales. Le Castillan impose aussi sa morgue, dans l'auto-satisfaction de ses vertus guerrières, de son expansionnisme, de son patriarcat ombrageux et de son « machismo» de droit divin. En ce qui concerne la femme espagnole, elle est à la fois le produit et le reflet de son histoire. L'occupation musulmane qui a

... EN

ESPAGNE

13

duré sept siècles (du moins dans une partie importante du territoire, l'Andalousie) a imprimé au statut de la femme un certain nombre de traits typiquement musulmans: protection/oppression et

-

parallèlement

prépondérante à partir du XV. siècle, n'a fait que consolider cet état de choses. La femme espagnole est ainsi devenue le réceptacle - et chrétiennes. le plus sûr garant - des vertus et des traditions Confinée (non sans certains égards) dans son rôle d'épouse et de mère, elle est tenue à l'écart de toute occupation ou préoccupation extérieure, comme, dans le meilleur des cas, de tout souci. C'est la tour d'ivoire, plus ou moins épaisse plus ou moins solide, plus ou moins efficace, accompagnée d'une ignorance absolue sur le plan politique et d'un conformisme mental (à défaut de confort), dont elle s'est généralement assez bien accommodée.
Sécurisée par le mariage

-

protection/exaltation;

la religion

chrétienne,

marier se dit tomar estado), valorisée par enceinte se dit estar en estado), elle a trouvé vertus domestiques (propreté impeccable bien aux enfants, dévouement sans bornes, etc...) dans les fastes et les promesses d'une religion

-

indissoluble

-,

son

état

naturel

(se

la procréation (être un exutoire dans les connue, soins donnés et une compensation où elle s'est corps et

âme exaltée. Exceptées les reines (et quelques « saintes »), peu de
femmes ont jamais quitté l'horizon étroit de leur village ou de leur quartier. Des siècles durant, leur univers exclusif a été la maison paternelle d'abord, puis le logis conjugal ou le couvent (femme mariée se dit casada, et vient de casa, maison), seuls lieux du bonheur féminin et de la morale, par opposition avec le monde, domaine plus ou moins démoniaque et exclusif des hommes... L'ignorance et le conservatisme, savamment entretenus par le pouvoir des hommes, et le cléricalisme, non moins savamment inculqué par des légions de prêtres, ont contribué à faire de l'Espagne ce qu'elle est et d~ la femme espagnole ce qu'elle ne veut plus être. Aussi n'est-ce pas sans stupeur (et pour nous, féministes, sans une allégresse non dissimulée) que l'on assiste aujourd'hui à cette levée massive des femmes espagnoles qu'un exposé historique permettra de comprendre et surtout de situer. LES FEMMES DANS L'HISTOIRE. nos jours, de juger ce

L'historiographie ayant été elle aussi, et jusqu'à l'affaire des hommes, peu d'éléments nous permettent

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RAQUEL THlERCELIN

qu'a pu être le rôle joué par les femmes

dans la formation
«

de la

société hispanique sous le règne des rois

barbares », goths et wisi-

goths du Haut Moyen-Age. Mais si l'on songe que la grande affaire de cette époque était déjà l'affermissement de la religion catholique et la lutte contre les hérésies (avec la spectaculaire conversion du roi Récarède au Christianisme, en 587), que le Concile de Mâcon discuta de savoir si les femmes étaient ou non douées d'une âme, l'on saisira combien la femme chrétienne était déjà reléguée loin des affaires de la cité. Par contre, la femme espagnole est déjà présente dans la légende (laquelle, comme disait Unamuno, est souvent plus vraie que l'histoire) et continue de se rendre coupable. En effet, la légende rapporte que l'énorme bouleversement que représente pour l'Espagne l'invasion musulmane de 711 eut pour cause un règlement de comptes «pour venger l'honneur d'une femme ». Les femmes sont donc déjà des êtres faibles et fragiles, prompts à succomber et hautement pernicieux, qu'il convient de maintenir jalousement enfermés, loin des regards et des rivaux et, à plus forte raison, loin des affaires de la cité. Paradoxalement, au cours des sept siècles de la Reconquête, pendant lesquels vont progressivement se forger les premiers royaumes chrétiens indépendants de l'Espagne du Nord, il n'est pas rare que telle ou telle couronne passe entre les mains d'une femme, soit par défaut d'héritier direct mâle, soit par le partage du royaume entre tous les héritiers. A cette époque, ni le droit d'aînesse, ni le patriarcat exclusif ne sont encore très rigidement fixés. Dans cette féodalité naissante et guerroyante, les conflits sont individuels (de fief à fief, de royaume à royaume), les alliances intermittentes, et révocables à tous moments, de même que sont tolérées les différences de coutumes et de croyances des diverses communautés qui peuplent le sol de la péninsule: juifs, arabes et chrétiens. Ce n'est que progressivement que l'impétuosité de la foi chrétienne va devenir l'impulsion exclusive de la formation de l'unité espagnole et la femme, de plus en plus, sera considérée comme objet d'échange, moyen d'alliance. Par le mariage, gage d'union par excellence, se scellent des alliances politiques avec d'autres fiefs ou d'autres royaumes et se coagulent peu à peu les hégémonies locales. L'histoire regorge d'exemples de ces petites princesses que l'on mariait à sept ans avec le futur héritier du royaume de Portugal et qui changeaient de cortège, en larmes, à la frontière. C'est ainsi qu'Isabelle de Trastamare, fille du roi Jean II de Castille. hérite du royaume à la mort de son père et par son mariage

... EN

ESPAGNE

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avec Ferdinand d'Aragon va être le principal agent de l'unification de l'Espagne. Il peut sembler paradoxal que ce soit précisément une femme qui soit à l'origine de l'établissement d'un pouvoir central fort. En réalité Isabelle avait de grandes capacités politiques et ses déterminations allaient dans le sens de l'histoire qui tendait à une plus grande économie de moyens et au regroupement des énergies, à l'encontre des rivalités ruineuses des nobliaux. Par contre, elle demeura extrêmement jalouse de son autorité exclusive sur son propre royaume, la Castille, qu'elle réoganisa avec beaucoup de sagesse et de lucidité politique, quoique pas toujours sans de lamentables excès, tels que l'expulsion des juifs, décrétée en 1492 et l'instauration du Tribunal de l'Inquisition. Mais c'est elle aussi qui accorda à Christophe Colomb le patronnage officiel pour ses expéditions à la recherche de la route maritime des Indes et c'est également à elle, à son courage et à son sens de la stratégie que l'on doit la chute du dernier bastion arabe en Espagne, le royaume de Grenade. A sa mort, en 1504, on rendit public son testament, véritable chef-d'œuvre de sagesse politique, par lequel elle allait apporter,

notamment dans la conquête des « Indes occidentales », un élément
humanitaire et universaliste (dont s'inspireront les défenseurs des Indiens, et en particulier Bartholomé de las Casas), revendiquant comme ses sujets tous les autochtones, découverts et à découvrir, que la majorité des conquérants n'hésitaient pas à considérer (et à traiter) comme bêtes de somme. Après les sept siècles d'escarmouches et de batailles de la Reconquête, la conquête de l'Amérique va pour ainsi dire servir de relais à l'humeur expansionniste et belliqueuse des Espagnols. Mais cette nouvelle aventure sera encore plus exclusivement réservée aux hommes qui, pendant plusieurs décennies au moins, partent seuls. Les femmes espagnoles, pratiquement absentes de cette aventure, ne se sentiront jamais directement concernées par cet exploit. Par ailleurs, cet épisode expansionniste, si fulgurant et si proche de la fin de la féodalité, va avoir pour l'Espagne de très fâcheuses conséquences. A l'aube des temps modernes, alors que le reste de l'Europe connaît des transformations importantes dans l'exploitation des richesses et dans l'organisation économique, l'Espagne va rater son étape pré-capitaliste, son passage au capitalisme monopoliste et son industrialisation. En effet, l'Espagnol enrichi aux Indes n'investit pas ses richesses: il dilapide en dépenses somptuaires et son orgueil guerrier lui interdit tout travail productif comme toute manipulation financière. L'or et l'argent arrachés aux entrailles de

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RAQUEL THIERCELIN

la terre américaine enrichissent les industries et les financiers étrangers tandis que l'Espagne ne cesse de s'appauvrir... Les siècles suivants verront s'accentuer la décadence espagnole: c'est Charles Quint abdiquant pour se retirer dans un austère monastère, c'est Philippe II partageant son Empire entre son fils et son frère. Ni les Bourbons éclairés de la fin du XVIII' siècle, ni les deux règnes féminins du XIX. siècle, ballotés entre les libéraux et les modérés, ne permettront à l'Espagne de retrouver un équilibre économique et politique désormais perdu. Car il faut avouer que ni la régente Maria Cristina ni Isabelle II (dont on n'a retenu que les changements de ministère qui correspondaient à ses changements d'amant) n'eurent les capacités politiques nécessaires pour redresser la situation. Ce qui tout de même, est caractéristique de l'Espagne c'est la permanence de la Loi Salique permettant aux femmes de régner, et qui fut notamment à l'origine des sanglantes et fratricides Guerres Carlistes (1833-1840; 1875-1885) qui furent beaucoup plus l'expression de conflits idéologiques que de simples querelles dynastiques. Ainsi à l'aube du XX, siècle, la situation peut se résumer de la sorte: L'influence de l'Islam réduit du foyer. La Reconquête l'Eglise catholique. peut s'identifier, a contribué des femmes espagnoles l'espace de

à les confiner

dans

les a placées

sous l'influence

toute-puissante

L'orgueil guerrier du « conquistador », auquel tout mâle espagnol
leur a interdit toute occupation extérieure au foyer. Dans la pratique, la plupart des femmes ne sortent de chez elles que pour se rendre à l'église; dans bien des cas, dès que la famille a atteint une certaine aisance, ce n'est même pas la servante qui sort faire les achats nécessaires à la bonne marche de la maison, mais quelque gamin du voisinnage, pauvre, orphelin ou protégé, et qui est payé pour cela. Un nombre infime de femmes, celles qui appartiennent à l'aristocratie ou à la haute bourgeoisie, reçoivent un peu d'instruction, et ce, dans les écoles religieuses où on les instruit

dans les « occupations propres à leur sexe », avec des rudiments de
lecture à travers les ouvrages pieux et édifiants. Mais les trois-quarts des femmes espagnoles ne savent ni lire, ni écrire, ni calculer. D'autre part, l'Espagne, ayant raté sa révolution industrielle, sauf au Pays Basque et en Catalogne, est restée un pays essentiellement agricole où le sous-emploi est endémique et les femmes des couches

... EN ESPAGNE

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les plus modestes n'ont même pas la ressource d'accéder aux emplois rémunérés que pourrait leur offrir une économie moderne. Celles qui ne peuvent vraiment pas rester à la charge de leur famille entrent dans le service domestique, qui équivaut en fait au remplacement d'une tutelle par une autre, et ce, uniquement jusqu'à leur mariage, s'il a lieu, ou bien n'ont d'autre issue que d'entrer au couvent et l'on dénombre ainsi une énorme quantité de religieuses de tous ordres et de toutes conditions, depuis la plus humble servante jusqu'aux puissantes et princières mères abbesses. En effet, la monarchie espagnole, centraliste et autoritaire, a fondé tout son pouvoir sur la hiérarchie, dont les discriminations sont encore plus évidentes en ce qui concerne les femmes; seules les femmes appar-

tenant à la famille royale et à quelques lignées de
pagne» ont le et elles seules, D'un côté, les de haut rang), L'EVEIL

«

Grands d'Es-

pouvoir légitime de jouer un rôle dans la société. Elles et les lois s'accordent pour leur garantir ce pouvoir. reines et les princesses (entourées de quelques dames de l'autre côté, toutes les autres femmes... FEMININE.

DE LA CONSCIENCE

C'est dans ce marasme économique et politique qu'apparaissent les premières tentatives pour sortir les femmes de leur léthargie ancestrale. Cela commence sur le plan éducatif, au début du XIX' siècle. En 1820, l'initiative privée d'une femme, dona Ramona Aparicio, fondatrice de la «Escuela Lancasteriana Femenina », marquera le premier jalon destiné à instruire les femmes suivant des méthodes pédagogiques «modernes ». Son institution connait un vif succès parmi la bourgeoisie et incite les pouvoirs publics à prendre une série de mesures concernant l'instruction des filles. Ainsi est fondée

en 1858 la « Escuela Nacional de Institutrices»

qui provoquera bien

évidemment une énorme révolution dans les mœurs et dans les esprits. Puis à l'instigation d'une autre importante féministe de l'époque, Conception Arenal, sera fondé en 1869 un centre de conférences et de lectures publiques pour l'Education de la Femme qui eut, lui aussi, un succès retentissant. Ces différentes démarches aboutiront au Premier Congrès National de Pédagogie, en 1882, qui, sur 2.182 participants comptait déjà 431 femmes. C'est ainsi qu'en 1910, par annulation d'une vieille loi sur l'éducation, les femmes ne furent plus obligées de solliciter une dérogation spéciale pour s'inscrire à l'Université. Mais ces progrès dans l'éducation des femmes

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RAQUEL

TH 1ER CE LIN

restent tout à fait minoritaires et élitistes; en 20 ans, quinze femmes seulement reçurent le titre de Licenciées, tandis que la masse demeure analphabète et continue de n'être instruite que dans les occupations propres au sexe féminin. Peu à peu cependant, une conscience plus aiguë du problème des femmes commence à se faire jour et surtout à l'occasion de la fondation d'organisations syndicales et de partis politiques en Espagne. Le premier Congrès Anarchiste de la péninsule (1908), rédige une motion visant à attirer les femmes dans ses rangs. La même année, les Cortès, organisme qui équivaut à une Chambre des représentants, discutent de l'opportunité d'accorder aux femmes le droit de vote, assorti cependant de restrictions capitales: seules en bénéficieraient les femmes considérées comme chefs de famille, elles seraient électrices et non éligibles et seulement dans le cadre d'élections municipales! Le premier tiers du XX- siècle va voir la naissance d'un nombre important d'associations féminines. Les unes dépendent directement des partis politiques, comme les quatre groupes socialistes féminins (qui ne totalisent que 185 femmes), d'autres sont autonomes et inspirées des mouvements similaires existant dans les pays étrangers,

tels que la « Société Concepcion Arenal'., la « Ligue Espagnole pour
le Progrès des Femmes» ou « l'Action Sociale Féminine». D'autres encore, comme le «Lyceum Club» (dont le Comité directeur est composé de la Reine elle-même, de la Duchesse d'Albe, de la femme du poète Rabindranath Tagore, etc.) se donneront une double mission: culturelle, c'est-à-dire élitiste, et sociale, terme qu'il faut entendre dans le sens de bienfaisance, sinon de charité. Mais le régime de monarchie constitutionnelle mis en place par Alphonse XIII s'avère de plus en plus fragile et se montre incapable de faire face à toutes les difficultés qui assaillent l'Ef :lgne et en 1924 le général Primo de Rivera suspend les garanties constitutionnelles et institue la dictature. Mesure démagogique, opportunisme politique? Primo de Rivera signe un décret accordant aux femmes le droit de vote; mais encore une fois seulement aux femmes libres. Primo de Rivera n'organisa jamais d'élections et son Décret resta lettre morte. Par contre, l'Assemblée Nationale de 1927 comprit onze femmes nommées par le pouvoir comme représentantes de différents organismes et associations et deux Dames d'Honneur de la Reine. Mais les contre-coups de la crise économique mondiale de 1929 se font durement sentir en Espagne et amènent la chute de Primo de

... EN ESPAGNE

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Rivera et l'organisation d'élections générales, transformées bientôt en élections municipales. Les femmes ne participent pas au suffrage qui donne la victoire aux formations républicaines. C'est le 14 avril 1931 et la proclamation de la République. La deuxième République espagnole s'empresse d'élire une Assemblée Constituante, sans le concours du suffrage féminin. Le Gouvernement provisoire craint que le conservatisme des femmes ne fasse pencher le scrutin vers les partis de droite. Les femmes seront donc éligibles mais non électrices et la décision d'accorder le plein exercice du droit de vote aux femmes est laissée à l'Assemblée Constituante. Celle-ci est finalement élue et comprend 470 députés, dont deux femmes toutes deux élues par des cantons de la capitale, Margarita NeIken, socialiste et Victoria Kent, radicale. Les débats sur le suffrage féminin furent houleux et acharnés; enfin, la Constitution espagnole de 1931 accordait aux femmes le droit de vote, sans limitation ni restriction, et était ainsi le premier gouvernement de pays latin à accorder à toutes les femmes la pleine et entière capacité politique. Mais la situation intérieure demeure tendue, les Républicains n'ayant remporté les élections de 193I qu'à une très faible majorité. Dans la perspective de nouvelles élections, prévues pour 1933, les diverses tendances se regroupent, les forees conservatrices tentent de se ressaisir. On assiste alors à l'éclosion de mouvements féminins

très politiquement marqués. A droite,

«

L'Association Féminine d'Ac-

tion Nationale », «l'Association Féminine de Renouvellement Espagnol », «l'Association Féminine Traditionnaliste », etc; à gauche, «L'Union Républicaine Fémmine », le «Groupement Social Féminin », le « Comité National Féminin contre la Guerre et le Fascisme », présidé par Dolorès Ibarruri etc... En 1933, douze ans avant la France, le premier vote féminin a lieu en Espagne. Il y a près de treize millions d'électeurs inscrits, avec un peu plus de femmes que d'hommes (6.700.000 femmes, 6.236.000 hommes), mais la proportion d'abstentions sera très forte (32 %) et les résultats seront défavorables aux formations de gauche. On aura vite fait de les imputer aux suffrages des femmes! Mais les vérifications sur ce point s'avèrent impossibles, compte tenu des consignes abstentionnistes données par la Fédération anarchiste (1 million d'électeurs): Quoi qu'il en soit, la consultation électorale suivante, en 1936, donne la victoire au Front Populaire sans que personne ne songe, cette fois, à l'attribuer à la détermination féminine!

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Entre temps, les forces réactionnaires préparent leur revanche et, profitant des hésitations du Gouvernement Républicain, les généraux limogés se soulèvent, le 18 juillet 1936, entraînant l'Espagne dans la guerre civile. Débarrassé de ses complices les plus gênants, Sanjurjo et Martinez Campos, Franco va devenir le symbole de l'Espagne traditionnelle, cléricale, archai'que et recevoir bientôt l'appui idéologique et surtout l'aide militaire énorme du fascisme italien et allemand. C'est dans les rangs républicains surtout que les femmes vont montrer ce dont elles sont capables. Elles sont miliciennes, cantinières, agents de liaison, n'hésitant pas à se hasarder en première ligne. A l'arrière, elles occupent la place des hommes absents, dans les usines, les ateliers, les ministères. Elles organisent la défense et le ravitaillement des villes, bravent les bombardements pour sauver des centaines, des milliers d'enfants des zones les plus touchées. Les chroniques de guerre regorgent de noms féminins: la plus connue, la Pasionaria, infatigable, haranguant les soldats et les ouvriers, mais aussi les militantes moins connues qui fondent des cantines gratuites, des écoles modèles, des crèches, des dispensaires, ce sont Emilia Elias, Teresa Falcon, Conchita Supervia, Juanita Corzo, Pura Verdu, etc... Mais il y eut aussi toutes ces femmes anonymes, au dévoul? ment sublime, qui abandonnèrent tout, leur foyer, leur quiétude, pour se consacrer à l'effort d'une guerre véritablement révolutionnaire, dont l'enjeu était leur dignité d'êtres humains. Ces efforts furent, hélas! impuissants face à la coalition fasciste, face à l'hypocrisie de l'aide des pays soi-disant démocratiques avec leur pacte de non-intervention... II suffit de regarder les bobines filmées à la hâte, au moment du grand exode de l'hiver 38-39 et de voir ces femmes espagnoles de toutes conditions qui fuient sur les routes, leur dernier-né dans les bras, à travers le froid hivernal, avec la faim aux tripes et le désespoir dans les yeux pour comprendre à quel point elles se sont senties impliquées dans cette lutte sans quartier et sans merci contre le fascisme. Elles ne fuient pas seulement pour suivre leur mari. Elles savent qu'elles ont fait un choix, qu'elles ont été vaincues et qu'on ne le leur pardonnera pas. Elles disent catégoriquement non à l'oppression et marchent vers ce qu'elles croient être la liberté! QUARANTE ANS DE FRANQUISME.

Tandis qu'un million et demi d'Espagnols quittent leur pays, le général Franco se fait acclamer à Burgos et prend les pleins pouvoirs

... EN

ESPAGNE

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d'une nation sur laquelle va s'abattre une répression impitoyable. Politiquement, moralement, le pays est coupé en deux. D'un côté, les gagnants, traditionnalistes, conservateurs de l'ordre ancestral, fanatiquement catholiques; sl1rs de leur bon droit, ils rendent grâce à Dieu d'avoir préservé « l'ordre social» et « la paix des foyers ». Très vite, le nouveau régime s'emploie à récupérer les femmes; on exalte les vertus ancestrales de la femme espagnole, prude, dévote, vouée à ses enfants et à son mari; la Charte des Espagnols, proclamée dès 1938, stipule nommément qu'elle doit se consacrer aux soins de son foyer (et de son jardin, ceci pour les paysannes dont le franquisme ne méconnaît pas la force de travail qu'elles représentent et il n'y a pas de petit profit!) : la « nouvelle société» doit éviter à la femme tout travail salarié, considéré comme une chute, dont elle doit être « rachetée ». La « Falange Tradicionalista» crée une section féminine et institue un Service Social Féminin obligatoire, qui comprend des cours théoriques de religion et de « civisme» (franquiste) et des « prestations» sociales et de bienfaisance. Le régime fait tout son possible pour cantonner la femme dans ses tâches domestiques et l'écarter de toute problématique qui ne se réduise pas à sa vertu et à son dévouement. Cependant, de l'autre côté, il y a les vaincues, les « rouges ». Celles qui sont rentrées en Espagne après quelques mois passés dans les camps de concentration français. Les veuves, les orphelines, celles dont le père ou le mari ou les frères sont en exil ou en prison ou cachés par peur des représailles ou encore déchus de leurs droits, de leurs titres, de leur emploi... Quand elles ne sont pas elles-mêmes en prison, les femmes des « rouges» doivent subvenir à leurs besoins, à ceux de leurs enfants (ou à ceux du père ou du mari « planqué» ou mis à pied) et entrent ainsi dans le monde du travail salarié, acceptant les plus bas emplois, misérablement rémunérés. C'est ainsi que dans les villes ces femmes humiliées par la défaite et marquées du sceau de l'infamie seront postières, employées de commerce, poinçonneuses de tickets de métro, etc. En ces années 1940-50 où tout est fait pour les confiner dans leurs foyers, les femmes qui travaillent, et, a fortiori les femmes mariées, sont immédiatement suspectes d'être « de gauche », d'être des « rebelles ». C'est au cours de ces années-là aussi que les plus jeunes d'entre elles, celles qui appartiennent à des familles relativement aisées vont entrer massivement à l'Université lorqu'elles ont eu la chance de sortir bachelière des écoles religieuses (les quelques Lycées existants sont réservés aux garçons). A l'Université, elles vont un peu par désœvrement et pour
«

trouver un mari» qui les sorte de leur condition, mais elles ren-

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contreront très vite les germes des premiers mouvements de contestation qui débutent en 1950 par de simples boycotts des transports en commun de la part des étudiants universitaires. Ainsi les années 40-50 voient naître une nouvelle sorte de femmes qui n'acceptent plus ni le traumatisme manichéen de la guerre civile, ni la misère dans la passivité et qui réclament le droit à la vie par l'exercice primordial du droit au travail et à l'instruction. Il convient de noter au passage que dans les familles paysannes pauvres ce sont les femmes qui, poussées par la misère, prennent l'initiative de l'exil économique; elles sont les premières à partir, aux alentours des années SO, vers les capitales étrangères pour s'employer comme domestiques. Ce qui est significatif c'est qu'elles partent seules, les hommes ne suivront que bien plus tard. VERS LE MOUVEMENT DE MASSE.

A partir des années 60-65, grâce à tou te une série de facteurs tels que l'aide américaine d'abord, puis le développement rapide du tourisme, l'Espagne va connaître quelques années d'essor; le pays se
«

modernise », commence à s'industrialiser, à créer des équipements.

Mais les bénéfices vont rarement aux travailleurs dont le sort ne s'améliore guère, aussi les luttes revendicatrices ne cesseront-elles de s'intensifier. Les femmes, là aussi, et souvent au premier rang, vont se sentir impliquées. D'abord, parce qu'elles soutiennent leur mari à l'occasion des grandes grèves et puis parce que, ouvrières et employées, elles sont elles-mêmes en butte à l'exploitation et à l'ar-

bitraire. Ainsi, parallèlement aux les femmes s'organisent

«

Commissions Ouvrières », organi«

sations syndicales clandestines qui naissent un peu partout spontanément contre les très officiels Syndicats verticaux (sic) du régime,

entre elles et fondent des

Comités de

quartier» et des « Associations de femmes au foyer ». Enfin, en 1965, apparaît le M.L.F. espagnol qui s'intitule dès le départ Movimiento de Liberacion de la MujerjMovimiento Democratico de Mujeres, ce qui prouve son orientation politique. Au cours des années suivantes, quantités de groupements vont voir le jour; certains travaillent dans la clandestinité, d'autres sont tolérés, d'autres ont un statut officiel et reconnu, tel que le « Mouvement des Femmes Universitaires» ou «l'Association des Femmes Jusristes démocrates », etc... Des femmes de plus en plus nombreuses, de plus en plus conscientes et de plus en plus combatives vont être présentes dans toutes les batailles pour la démocratie, contre le fas-

... EN ESPAGNE

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cisme et l'arbitraire. Des militantes serviront de relais, d'agents de liaison aux autonomistes basques; des avocates défendront courageusement les accusés des ignominieux procès de Burgos; des femmes enfin purgeront des peines de prison, toujours très lourdes en Espagne, pour délit politique, telle Juana Dona qui est restée 18 ans en prison, telle Eva Forest, qui y est encore... Des femmes également seront condamnées à mort et ne devront qu'à leur grossesse de voir leur peine commuée en trente années d'incarcération! Un an, jour pour jour, après l'horreur de la quadruple exécution capitale ordonnée par un vieillard gâteux et moribond et qui frappa de stupeur les démocrates du monde entier, mettant pour un temps l'Espagne au ban de la société, les femmes constituent encore le tiers des emprisonnés politiques qui peuplent les gêoles espagnoles... Aussi n'est-il pas étonnant que la plupart des mouvements féministes existant en Espagne soient très nettement politisés (ceux qui se veulent apolitiques étant plutôt réactionnaires) et que les revendications propres aux femmes débouchent presque inmanquablement sur des prises de position politiques. Par ailleurs, ces mouvements se veulent autonomes et indépendants des paTtis politiques « traditionnels» qui sont en très grande majorité dirigés par des hommes. C'est pourquoi les dernières actions publiques organi-

sées par des femmes, que ce soit la Conférence de presse du « Collectif Féministe de Madrid", les « Journées
«

Catalanes

des Femmes»

(mai 1976), les séances inaugurales de

l'Association des Femmes

Basques» ou celles de « l'Association des Femmes de Galice» (automne 1976), mettent toutes l'accent sur l'aspect politique de leurs luttes. Les femmes espagnoles engagées dans le combat pour la reconnaissance de leurs droits élémentaires d'êtres humains et de citoyennes, ont conscience qu'elles doivent aussi combattre pour l'instauration d'un régime réellement démocratique sans lequel aucune de leurs revendications spécifiques ne saurait aboutir. Le droit au travail à égalité avec les hommes et sans autorisation préalable du mari, le droit à la libre disposition de leurs biens et de ceux de leurs enfants, l'abolition de la puissance paternelle réservée exclusivement aux hommes, la participation égalitaire à la gestion des affaires publiques, comme le droit au divorce, à la contraception et à l'avortement légalisé, rien de tout cela ne pourra être obtenu sans un bouleversement total des structures familiales, économiques, sociales et politiques éminemment archaïques dans ce pays. Le combat est ardu, la route semée d'obstacles et d'embûches, mais de plus en plus de femmes d'Espagne refusent de se laisser

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enfermer dans les rôles sclérosants de la tradition et de l'isolement. Les mouvements sont interclassistes, universalistes et démocratiques; ils se veulent unitaires mais dans le respect des particularités régionales et, surtout, la plupart des militantes pratiquent, approuvent et encouragent la stratégie du double militantisme (lutter au sein des mouvements féministes autonomes et à l'intérieur des formations syndicales et des partis politiques traditionnels où elles ont aussi des places à prendre et un important combat à mener). Un peu partout en Espagne, les femmes travaillent à leur unité dont elles savent qu'elle est leur force et elles n'oublient jamais qu'elles doivent lutter sur plusieurs fronts à la fois, dans leur famille, dans leur travail et dans toutes les organisations, pour obtenir une société plus juste, plus cohérente et plus harmonieuse au bénéfice de tous.

Femmes et politique dans la France méditerranéenne
par Eliane Richard (*)

de «la Femme» s'il en fût, elles ne mettent symboliquement la femme sur un piédestal (les Déesses-mères de l'antiquité, le culte si répandu de la Vierge Marie, ou tout simplement la glorification de la « Mamma») que pour mieux la dominer, voire même l'asservir dans la réalité. De ces longs siècles de sujétion dont les femmes. nordiques se sont extirpées plus tôt (1), que reste-t-il aujourd'hui dans le comportement des femmes méditerranéennes?

On sait la conception

très

particulière

qu'ont

les civilisations méditerranéennes.

Patriarcales et « phallocrates»

En matière politique notamment, sont-elles encore marquées profondément par la situation mineure qui fut si longtemps la leur, et surtout par ce qui demeure dans les mentalités masculines de conceptions d'un autre âge? Ou sont-elles, au même degré que leurs
(*) 1976. (1) Dans une étude Intitulée «BIOLOGIE et HUMANISME» publiée en octobredécembre 1969, dans le numéro 38 de la Nef consacré à la condition féminine, J.E. HAVEL, professeur à l'Université Laurentlenne de SUDBURY (ONTARIO), estime que la réforme, en coupant la route aux Influences méditerranéennes, aurait bloqué la détérioration de la condition féminine dans le nord de l'Europe. Aussi, est-ce dans les pays anglo-saxons, scandinaves et finlandais que se sont livrées avec succès les premières batailles féministes. Dès 1869, J. STUART MILL Y publiait «l'assujettissement des femmes ». «Là, le féminisme renouait avec les traditions pré-chrétlennes vieilles d'à peine six siècles et n'avait en réalité que peu de batailles à livrer. Entre 1863 et 1920, ces pays restltua.lent aux femmes l'essentiel de leurs droits ».

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ÉLIANE RICHARD

consœurs du Nord, sur la voie d'une indépendance véritable? Telle est la question que nous souhaitons poser pour la France méditerranéenne. Mais il s'agit là d'une entité régionale intégrée depuis longtemps dans un ensemble national plus vaste où dominent d'autres influences, atlantiques ou européennes. C'est dire la complexité de tout travail portant sur la spécificité de la France méditerranéenne. Peuton, en dépit des brassages séculaires, retrouver, sous le vernis uniforme de l'assimilation française, des comportements originaux témoignant de la vitalité des traditions antiques? Et la condition féminine se révèlera-t-elle un terrain de choix pour entreprendre une telle recherche? Bien que, depuis la fin du XIX' siècle, on assiste progressivement à une promotion et à une prise de conscience féminines, les travaux qui prennent les femmes pour objet d'étude ne sont pas encore très nombreux. En 1974, la création en France d'un Secrétariat d'Etat à la Condition Féminine, en 1975, l'Année de la Femme ont contribué pour beaucoup à l'éclosion de toute une littérature plus ou moins sérieuse sur ce sujet. Mais, pour importante qu'elle soit, cette floraison d'ouvrages sur les femmes ne saurait compenser des siècles d'ignorance et de désintérêt. Dès lors, si la spécificité méditerranéenne n'est pas chose aisée à établir dans l'ensemble national français, isoler une spécificité féminine ne l'est pas davantage. Non qu'une telle spécificité soit inexistante, mais elle ne fut que rarement étudiée, du moins à l'échelon régional. Deux ouvrages intéressants concernent partiellement notre sujet:
«

Les Françaises face à la politique» (2). Mais, si les auteurs, pour

d'une part, le très beau travail

de M. Dogan et J. Narbonne

sur

expliquer le comportement des femmes, envisagent les différents paramètres possibles, conditions économiques, sociales, familiales, degré d'instruction, sentiments religieux, etc... à aucun moment, il n'est question des différences régionales. Les femmes y sont considérées sous différents angles selon qu'elles sont mariées, veuves ou célibataires, catholiques ou non, bourgeoises ou ouvrières, mais jamais en tant que Parisiennes ou Provinciales, Bretonnes ou Languedociennes.
(2) M. DOGAN et J NARBONNE: «Les Françaises face à la politique J. Cahiers de la Fondation Nationale des Sciences Politiques no 72, Colin 1955.

... DANS LA FRANCE MÉDITERRANÉENNE

27

Inversement,

MM. A. Olivesi

et M. Roncayolo

ont réalisé

sur

la

({

Géographie électorale des Bouches-du-Rhône sous la IVe Répu-

blique », une remarquable monographie (3); mais si nous y retrouvons toutes les données habituelles de l'analyse socio-politique, il y manque cette fois la dimension féminine. Reconnaissons que cette dernière est bien difficile à saisir. A quelques exceptions près (4), femmes et hommes n'ont jamais voté dans des urnes séparées. Il est donc difficile, pour ne pas dire impossible, de faire le départ des voix masculines ou féminines. Restent donc, pour pallier l'absence de ces sources d'investigation, la technique des sondages d'opinion ou les décomptes pratiqués sur les statistiques publiées. Notre travail, au confluent de deux courants, l'aspect régional méditerranéen et la préoccupation féminine, cumule de ce fait une double série de difficultés. Les recherches bibliographiques que nous avons faites sont demeurées vaines, les contacts personnels que nous avons recherchés se sont avérés peu fructueux. A notre connaissance, il n'existe, à ce jour, aucune étude sérieuse et exhaustive sur le comportement politique des femmes dans la France Méditerranéenne. Force nous est donc de tenter une approche personnelle du sujet; nous l'avons fait dans la perspective historique qui fut toujours la nôtre; puisse-t-elle, malgré son caractère ponctuel, contribuer à éclairer l'évolution ultérieure.

...

Le Dictionnaire Biographique du mouvement ouvrier français publié depuis 1964 sous la direction de Jean Maitron fut la base de ce travail. En fait, nous n'avons utilisé que la troisième partie, en cours de publication, qui recouvre les années 1870 - 1914. Ce choix limité se justifie par le nombre infime de militantes recensées dans les deux premières parties. Il ne pouvait donner lieu à une statistique sérieuse, ce qui nous a dissuadé de remonter plus haut dans le temps. Mais surtout, c'est au cours du dernier tiers du XIXe siècle que les femmes commencent à émerger de l'obscurité dans laquelle, à
(3) A. OLIVESI et M. RONCAYOLO: «Géographie Electorale des Bouches-duRhône sous la IV- République ». Cahiers de la Fondation Nationale des Sciences Politiques no 113, Colin 1961. (4) P. CLEMENT et N. XYDIAS: «Vienne sur le Rhône: Sociologie d'une Cité Française ». Cahiers de la Fondation Nationale des Sciences Politiques no 71, Colin 1955.

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quelques exceptions près, elles s'étaient tenues jusque-là. En 1871, la Commune de Marseille sur 200 Communards ne comptait alors que trois femmes (5). alors qu'à Paris on avait jugé 1.015 Communardes. Une douzaine d'années plus tard, les femmes commencent à faire entendre leurs voix. Elle le doivent à un triple phénomène dont les interactions sont multiples: leur accès progressif à l'instruction, jusque-là privilège masculin par excellence (6), leur entrée massive dans la grande industrie (7) et le secteur tertiaire, liée aux mutations démographiques de la France d'alors, enfin leur apparition encore timide sur la scène politique avec la naissance et l'intensification des mouvements féministes (8), les premières tentatives pour créer des syndicats féminins et le timide développement d'un militantisme politique féminin, principalement socialiste ou radical-socialiste. Ces trois ou quatre décennies précédant le premier conflit mondial constituent donc, dans l'histoire des femmes, un tournant capital dont la connaissance n'est pas inutile à la bonne compréhension des étapes suivantes. Le critère essentiel retenu pour cette tranche chronologique est la délégation aux congrès nationaux, syndicaux ou socialistes. On y a rajouté certains militants des trois familles, chrétienne, anarchiste et coopérative. Il s'agit donc, là déjà, de militants confirmés, choisis, en quelque sorte d'une élite du mouvement ouvrier. Critère restrictif que Jean Maitron justifie de la façon suivante: «Qui
»

dit militantisme

dit continuité

et de ce fait une

action de grève peut être moins valable qu'une délé» gation à un congrès national qui suppose une action » militante d'une certaine durée» (9).
A chacun de ces militants - il Y en a 12.000 recensés pendant la période considérée - est consacrée une biographie plus ou moins détaillée en fonction de son importance certes, mais aussi des hasards de la documentation.
(5) A. OLIVESI: «La Commune de 1871 à Marseille et ses origines », Paris 1950. (6) 1866 volt la première fille se présenter au baccalauréat: 1880, la création des lycées de jeunes filles; 1881, la fondation de l'Ecole Normale Supérieure de Sèvres; 1882, l'Instruction obligatoire pour les filles comme pour les garçons; 1884, l'instauration des deux premières agrégations féminines, etc... (7) Qu'Il ne faut pas confondre avec le monde du travail car l'agriculture, l'artisanat, le travail à domicile, première forme du travail Industriel, étaient pour une bonne part et depuis longtemps l'œuvre des femmes. En 1921, 39,6 % des femmes travaillaient, soit légèrement plus qu'en 1974 (39,4 %). (8) C'est la fondation, par exemple, du quotidien La Fronde qui de 1887 à 1903 fut, sous la direction de Marguerite DURAND, rédigé et composé uniquement par des femmes. (9) J. MAITRON: Dictionnaire Biographique du mouvement ouvrier français, tome 10, page 11.