FEMMES ET SALARIAT

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Alors que la participation continue des femmes à l'activité économique se déploie et s'affirme comme une évidence et que les directives politiques nationales et européennes reconnaissent la nécessité de " favoriser et garantir " l'égalité professionnelle entre hommes et femmes, le contexte de l'emploi au féminin demeure fortement discriminant pour ces dernières.
Publié le : mercredi 1 mars 2000
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EAN13 : 9782296409316
Nombre de pages : 128
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FEMMES ET SALARIAT
L'inégalité dans l'indifférence

Collection Logiques Sociales fondée par Dominique Desjeux et dirigée par Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un telTain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques.

Dernières parutions

Howard S. BECKER, Propos sur l'art, 1999. Jacques GUILLOU, Louis MOREAU de BELLAING, Misère et pauvreté, 1999. Sabine JARROT, Le vampire dans la littérature du XIX" siècle, 1999. Claude GIRAUD, L'intelligibilité du social, 1999. C. CLAIRIS, D. COSTAOUEC, J.B. COYOS (coord.), Langues régionales de France, 1999. Bertrand MASQUELIER, Pour une anthropologie de ['interlocution, 1999. Guy TAPIE, Les architectes: mutations d'une profession, 1999. A. GlRÉ, A. BÉRAUD, P. DÉCHAMPS, Les ingénie/.(rs. Identités en questions, 2000.

2000 ISBN: 2-7384-9006-9

@ L'Hacrnattan,

Philippe ALONZO

FEMMES ET SALARIAT
L'inégalité dans l'indifférence

L'Harmattan 5-7. rue de l'École Polytechnique 75005 Paris FRANCE

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L'Harmattan Inc. 55. rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

NOTULE

Mes remerciements chaleureux vont à Margaret Maruani Nadia Marchand pour leurs conseils et suggestions.

et à

Les résultats et réflexions présentés dans ce petit livre sont en partie le fruit d'un rapport réalisé en 1999 pour le compte de I'ISERES (Institut syndical des études et recherches économiques et sociales). Le présent ouvrage se distingue de cette première publication en ce qu'il bénéficie d'une réactualisation complète des données statistiques concernant les femmes sur le marché du travail. La dernière enquête sur l'emploi réalisée par l'INSEE en mars 1998 sert ici de référence à l'élaboration des tableaux. Outre ces corrections nécessaires, des précisions concernant l'utilisation de certaines notions théoriques, comme celle de «tolérance sociale », ont été introduites de manière à éviter les risques de confusion. Ce livre bénéficie par ailleurs, de l'apport de deux enquêtes de terrain. L'une, réalisée avec des chercheurs du CEREQ, auprès de secrétaires et d'assistantes du secteur privé concernant l'évolution concomitante de leur qualification et de leur statut; l'autre réalisée avec les étudiants du cours d'enquête statistique 19%-1998, du Département de Sociologie de l'Université de Nantes, sur les conditions de travail et d'emploi des assistantes maternelles agréées de Nantes. Je profite de cette note pour les remercier pour leur travail et pour l'intérêt qu'ils ont porté à cette enquête. Enfin, ce livre est aussi une synthèse des travaux concernant les discriminations qui touchent les femmes dans le travail et l'emploi. Cette synthèse sollicite donc très largement, mais toujours en les citant, l'ensemble des travaux des nombreuses chercheuses (et des plus rares chercheurs) du GDR MAGE (Groupe de Recherche, Marché du travail et Genre) qui depuis 1995 s'attachent à faire en sorte que la variable Genre ne soit pas considérée comme «un supplément d'âme », mais une nécessité heuristique pour qui veut comprendre les clivages majeurs qili traversent aujourd'hili encore le salariat.

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INTRODUCTION

L'inégalité dans l'indifférence Dans notre société, le salariat constitue encore la matrice d'une condition sociale stable qui associe au travail, des garanties et des droits. S'intéresser aux discriminations qui touchent les femmes dans l'exercice de leur emploi salarié a un sens fort dans une période qui voit se développer la dégradation des régulations (Castel, 1998) et se multiplier les risques qui rendent le rapport à l'emploi aléatoire (risque-chômage, mais aussi prolifération des contrats de travail « atypiques» : à durée limitée, à temps partiel, d'intérim, pour ne citer que les principaux). Pourquoi? Parce que les différences entre hommes et femmes sur le marché du travail sont l'un «des révélateurs majeurs de l'aggravation du processus de différenciation inégalitaire}) (Rogerat, 1998). Parce que les femmes sont, sinon les premières, du moins fortement concernées par ces déstabilisations profondes des régulations de la société salariale. L'incontournable mauvais genre Les dernières évolutions du marché du travail et de l'emploi resteront marquées par un phénomène pour le moins paradoxal. Alors que la participation continue des femmes à l'activité économique se déploie et s'affirme comme une évidence et que les directives politiques nationales et européennes reconnaissent la nécessité de «favoriser et garantir}) l'égalité professionnelle entre hommes et femmes, le contexte de l'emploi au féminin demeure fortement discriminant pour ces dernières. En ce domaine, les chiffres sont éloquents. La progression des taux d'activité féminine s'est poursuivie à un rythme soutenu tout au long de la dernière décennie et n'a été remise en cause ni par la crise économique, ni par la montée du chômage. L'augmentation de la population active féminine contribue pour environ 90 % à l'accroissement de la population active totale. La part des femmes dans la population active est aujourd'hui de 45,3 % et le taux d'activité des femmes de 25 à 49 ans est passé de 71 % en 1985 à 77,9 % pour les femmes de 25 à 39 ans et à 80,0 % pour les femmes de 40 à 49 ans, en 1998. n y avait, en

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1982, 9 618 000 femmes actives; elles sont Il 667 142 au moment de l'enquête emploi, en mars 1998 (INSEE, 1998). Entre 1990 et 1998, le taux d'activité des femmes aux âges de pleine activité (25 à 50 ans) augmente de 74 % à presque 79 %. Cette évolution est, pour l'essentiel, imputable au mouvement de saIarisation qui accompagne la consolidation des femmes sur le marché du travail. Aujourd'hui, plus de neufs femmes sur dix sont salariées (91,0 % exactement, contre 85,1 % pour les hommes). En outre, cette croissance accompagne et génère, un autre mouvement structurel: la tertiairisation de la société française. En 1998, 70,7 % des actifs occupent un emploi dans le secteur tertiaire; c'est le cas de plus de 80 % de la population' active féminine (83,3 % selon l'enquête emploi, et 60,7 % de la population active masculine). Par ailleurs, cette croissance n'est pas une spécialité française. Margaret Maruani observe que du nord au sud de l'Europe, le phénomène est le même. «Entre 1965 et 1992, le nombre de femmes au travail a très fortement augmenté, passant de 40 millions en 1965 à 54 millions en 1992. Dans les années 60, elles ne représentent qu'environ 30 % de la population active européenne; en 1994, ce pourcentage s'élevait à un peu plus de 42 %» (Maruani, 1996 a). Aujourd'hui plus visibles sur le marché du travail, les femmes sont également moins promptes à le quitter du fait de leur situation familiale. On savait que l'enfant, même en bas âge, n'était plus un obstacle à l'activité de la mère. Comme le soulignent Claire Aubin et Hélène Gisserot, en 1993, 80 % des femmes de 30 à 34 ans ayant un enfant de moins de 2 ans exerçaient une activité professionnelle (Aubin et Gisserot, 1994). En 1998, parmi les femmes du même âge, les taux d'activité sont de 83,2 % avec un enfant de moins de 3 ans et 73,8 % avec deux enfants en âge d'être scolarisés. Ce n'est qu'à partir du troisième enfant que le taux d'activité des femmes s'infléchit tout en se maintenant à un niveau encore jamais atteint: avec trois enfants ou plus, une femme sur deux conserve son activité professionnelle. Pour être tout à fait précis sur cette question, les données de l'enquête emploi de mars 1998 montrent que les taux d'activité des femmes âgées de 30 à 34 ans ayant trois enfants ou plus varient d'un maximum de 59,3 % lorsque le plus jeune des enfants a de 6 à 17 ans, à un

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minimum de 31,0 % lorsque le plus jeune enfant n'est pas scolarisé (moins de 3 ans). 46,0 % des femmes maintiennent leur activité professionnelle lorsque le plus jeune des enfants a entre 3 et 5 ans. Ce maintien des femmes dans l'activité témoigne d'un bouleversement profond des identités féminines dans la manière d'envisager l' établissement social. Les comportements d'activité des femmes montrent que la norme consiste désormais en l'exercice d'un emploi stable de manière continue que ni la mise en couple (et son institutionnalisation par le mariage), ni les maternités, ni le chômage ne sauraient remettre en cause. Ces rapprochements entre les comportements d'activité des hommes et des femmes sont également le résultat d'une très forte mobilisation de ces dernières vis-à-vis de la formation et de l'école. Si les comparaisons entre les trajectoires scolaires des filles et celles des garçons restent délicates à opérer dans le détail du fait de la forte différenciation des filières, il n'en reste pas moins, comme l'observent Claire Aubin et Hélène Gisserot, que le taux de réussite scolaire des filles est nettement plus élevé que celui des garçons pour le baccalauréat d'enseignement général, en particulier dans la série scientifique puisque dans cette section il atteint 87 % pour les filles et 80 % pour les garçons (Aubin et Gisserot, 1994). Cette réussite différentielle, selon le sexe dans la certification moyenne, n'a pas été démentie depuis lors. En 1998, 14,9 % des femmes déclarent un diplôme du niveau du baccalauréat, contre II,6 % pour les hommes. L'investissement des filles dans la formation scolaire initiale est particulièrement visible à l'examen des taux des sans ou très faibles diplômes. En 1998, la part des sans diplômes dans la population féminine des 15 à 24 ans a été divisée par un peu moins de trois fois (2,7 fois) par rapport à la population féminine des 60 ans et plus (dans la population masculine cette baisse n'est que de 1,6 fois (Fig. 1. page 93». Par ailleurs, lorsqu'on connaît le poids détenninant des diplômes pour résister au chômage, on observe qu'au début de la vie active, les filles possèdent un avantage sur les garçons dans la mesure où elles sont .un peu moins nombreuses qu'eux à ne posséder que la certification minimale: 23,4 % des femmes âgées de 15 à 24 ans ne déclarent aucun diplôme, ou déclarent le CEP et/ou le BEPC seul (les garçons

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sont 29,9 % dans ce cas). Lors de la dernière enquête emploi de mars 1998, les taux de chômage BIT, tous âges confondus, selon le niveau de diplôme se distribuent de la manière suivante. n est de Il,8 % pour l'ensemble de la population: 17,4 % pour les personnes n'ayant aucun diplôme et «seulement» 7,5 % pour les titulaires d'un diplôme baccalauréat + 2 ans. Pour les femmes qui connaissent un taux de chômage de 13,8 % (alors que celui des hommes atteint 10,2 %), ce dernier s'élève à 19,3 % lorsqu'elles ne sont pas ou très peu diplômées (CEP). A l'inverse, il descend à 7,8 % pour les détentrices d'un diplôme de niveau baccalauréat + 2 ans. L'avantage des filles sur les garçons s' affinne et devient décisif à l'examen des cursus universitaires. Désormais plus présentes que les garçons dans l'ensemble des disciplines universitaires (elles représentaient 54,3 % des effectifs en 1993) et à l'exception des disciplines scientifiques dont les filles ne représentent toujours que 36 % des effectifs, les filles y réussissent mieux que leurs camarades masculins: en 1998, 23,7 % des femmes actives sont diplômées de l'enseignement supérieur (20,3 % pour les hommes). Cet écart se creuse avec l'âge dans la mesure où le taux de diplômés de l'enseignement supérieur représente 30,1 % des femmes actives âgées de 25 à 39 ans et seulement 23,2 % des hommes actifs du même âge (voir Fig. 1. page 93). A en croire cet ensemble de données, on est en droit de penser, comme le souligne Margaret Maruani, que les conditions sont désonnais réunies pour que les inégalités entre travail masculin et travail féminin s'estompent (Maruani, 1998). Au lieu de cela, malgré une relative embellie, les discriminations qui contribuaient à faire de la situation des femmes sur le marché du travail et de l'emploi une situation particulière et contingente par rapport à celle des hommes, persistent. Certes, l'emploi féminin est devenu plus qualifié au cours de ces dernières années: en 1998 sur 100 femmes actives, 9 appartiennent à la catégorie socioprofessionnelle (CSP) des cadres et professions intellectuelles supérieures, 20 exercent des professions classées « intennédiaires» dans la nomenclature des CSP (voir Fig. 2. page 94). La comparaison de la structure de la population active féminine entre le recensement de 1990 et l'enquête emploi de 1998 montre donc que les femmes accèdent davantage que par le passé à des postes de

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