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FONDER UNE NATION AFRICAINE DÉMOCRATIQUE ET SOCIALISTE EN CÔTE D'IVOIRE

LE FRONT POPULAIRE IVOIRIEN Créé en 1982, Le Front Populaire Ivoirien rassemble tous ceux qui, en Côte d'Ivoire, se battent pour libérer la personne humaine de toutes les aliénations qui l'oppriment et pour assurer à l'homme, à la femme, le libre exercice de leurs droits et le plein épanouissement de leurs facultés naturelles, dans le respect de leurs droits à l'égard de la collectivité. Parce qu'ils sont des démocrates conséquents, les membres de FPI estiment qu'il ne peut exister de démocratie réelle que dans une société démocratique pluraliste où, sur le plan économique, l'initiative privée (individuelle ou collective) est garantie et respectée, et où l'État veille à la défense des intérêts de la nation et à l'équilibre des forces économiques et sociales en présence. Parce que tous les droits de la personne humaine et toutes les formes de liberté (politique, économique et sociale) sont indissociables les unes des autres, le F.P.I. dans sa volonté de construire une société plus juste, affirme son désir d'assurer les conditions essentielles à l'établissement d'un régime démocratique: suffrage universel et égal, éducation, culture et information démocratiquement organisées, respect de la liberté de conscience et de la laïcité de l'école et de l'État.

1998 ISBN: 2-7384-6235-9

@ L'Harmattan

FRONT POPULAIRE IVOIRIEN
Congrès extraordinaire du F.P.I. (décembre 1994)

FONDER UNE NATION AFRICAINE

DÉMOCRATIQUE

ET SOCIALISTE

" EN COTE D'IVOIRE

Texte rédigé sous la direction de Harris MÉMEL-FOTÊ Préfacé par Laurent GBAGBO

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

PRÉFACE DE LAURENT GBAGBO

L'HÉRITAGE

ET L'ESPÉRANCE

A - D'UN SIÈCLE À UN AUTRE, D'UN MILLÉNAIRE À UN AUTRE

C'est à un tournant de l'histoire que le Front Populaire Ivoirien présente à la Côte d'Ivoire, à l'Afrique et au monde son projet de société. Dans trois ans nous serons au XXIè siècle, dans le IIIè millénaire. Fin et début de siècle, fin et début de millénaire qu'accompagnent des calamités et de grands bouleversements : tremblements de terre, cyclones, inondations en Europe, au Japon, en Asie, en Amérique; pandémie du SIDA qui n'épargne aucune partie du monde; persistance du paludisme qui reste l'une des premières causes de mortalité dans les pays tropicaux et particulièrement en Afrique; ravages de la drogue dans toutes les sociétés parmi les jeunes; conflits armés en Afrique, en Europe de l'Est et en Amérique du sud. Partout, dans tous les domaines de l'existence et de la connaissance, les incertitudes se multiplient: la religion et la science, moyens de salut deviennent des sources d'angoisse et d'inquiétude. Cette crise généralisée s'étend aux doctrines et aux idéologies. Les idéologies "globalisantes" reculent; le "socialisme scientifique" est ébranlé avec la faillite de l'Union Soviétique mais le capitalisme n'en demeure pas 5

moins dans une impasse humaine. L'humanité continue de payer cher un succès du capitalisme qui expose le monde au risque de sa propre destruction. Les interprétations à caractère mystique auxquelles ces phénomènes donnent souvent lieu traduisent en réalité l'angoisse de l'humanité face aux conséquences de ses propres errements au moment du bilan. Les tournants comme celui que nous vivons sont en effet des moments privilégiés. Ils nous offrent, comme tout anniversaire, l'occasion de mesurer la distance parcourue. Notre angoisse est d'autant plus grande qu'est longue la période concernée par le bilan et sont incertains les lendemains. C'est comme si nous étions entre deux précipices. Aussi, ces moments, où le destin semble hésiter à prendre forme, invitent-ils d'abord à la réflexion avant d'engager à l'action car, nous avons un héritage à assumer, si nous voulons réellement incarner une nouvelle espérance. Face à ce défi, le Front Populaire Ivoirien ne parie ni sur le miracle ni sur la chance qui sont des catégories faussement rassurantes. Il présente un projet de société. Tout projet est porté par un bilan. Tout projet vient prolonger une histoire. Tout projet est un engagement. B - TOUT PROJET EST PORTÉ PAR UN BILAN Celui du IIè millénaire et du XXè siècle qui s'achèvent incite à la réflexion parce que ces deux périodes nous lèguent un monde contradictoire; "un monde plein à la fois de promesses et de menaces pour la vie et la liberté des peuples et des individus". Le XXè siècle se présente en effet d'abord comme le siècle du progrès; le siècle de l'aboutissement des efforts 6

des siècles passés aux plans des idées, de la connaissance de la nature, de l'homme, de ses besoins et de ses aspirations. Des développements scientifiques, techniques, économiques changent fondamentalement la face du monde et la place de l'homme dans le monde: - prodiges de la médecine avec la mise au point de vaccins, de médicaments, de techniques de diagnostic et de soins contre des maladies redoutables dont certaines, comme la rage, sont éradiquées et d'autres, comme la lèpre, sont sur le point d'être vaincues; - inventions et développements dans l'aéronautique et dans la conquête de l'espace ayant abouti aux premiers pas de l'homme sur la lune, aux stations orbitales, aux navettes spatiales et aux satellites artificiels; - développement de la communication et des télécommunications qui fait de nous les habitants d'un "village planétaire" et transforme la culture en une industrie maJeure; - rationalisation du travail avec les premières théories sur l'organisation de la production, la rentabilité, l'efficacité, etc, qui deviennent des "valeurs" de la société moderne. La fondation Nobel, créée en 1900, a aujourd'hui l'âge d'un siècle et les prix qu'elle décerne distinguent les auteurs et les acteurs des plus grands succès de ce siècle en physique, en chimie, en médecine, en littérature, dans la recherche de la paix et, depuis 1969, en économie. La liste des lauréats depuis la création des prix révèle que c'est dans les pays développés et démocratiques que l'on trouve la grande majorité des acteurs des progrès de l'humanité, dans les domaines où il s'agit de soulager l'homme de ses peines, d'augmenter ses connaissances, de le rendre maître de son destin. Cette situation constitue l'un des plus grands défis des pays sous-développés au XXlèsièc1e. 7

Mais le XXè siècle n'est pas que le siècle du progrès. Il est marqué par deux guerres ayant tué plus de personnes que n'en ont tuées tous les conflits antérieurs réunis. La première guerre mondiale, 1914-1918, n'est pas seulement la première du genre dans l'ordre chronologique. Elle est la première guerre totale de l'histoire par la mobilisation massive à l'échelle mondiale, la propagande militaire, les bombardements aériens et les gaz asphyxiants. C'est la première guerre mondiale qui crée véritablement le pouvoir et la fortune d'une nouvelle catégorie d'industriels et de commerçants: les fabricants et les trafiquants d'armes. Elle provoque une commotion humaine sans précédent. Historiens et polémologues avancent 12 millions et demi de morts causés directement et un chiffre égal de morts causés indirectement par la guerre. L'humanité croyait avoir atteint le bout de l'horreur. Mais, moins d'une génération après cette catastrophe, éclate la seconde guerre mondiale; continuation, dit-on, et non réplique de la première qu'elle dépasse dans l'accroissement des forces de mort et dans la redoutable efficacité d'arsenaux sans cesse renouvelés. On estime à 26 millions le nombre de soldats morts ou disparus. Les victimes civiles sont sans nombre. La seconde guerre mondiale inaugure en effet l'ère atomique dans la mort. La première bombe atomique, "little boy", lâchée sur Hiroshima le 6 août 1945 cause, en quelques heures, la mort de 78 150 personnes, 13 939 personnes portées disparues, 9 284 personnes grièvement blessées parmi la population civile et 20 000 soldats tués. La deuxième bombe atomique, sur Nagasaki le 9 août 1945, tue 36 000 personnes et fait 40 000 blessés. Comment, après la première, la seconde guerre mondiale a-t-elle été possible?

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L'entre-deux-guerres a vu se développer la plus grande contestation de la démocratie parlementaire de l'histoire, avec la montée des totalitarismes: le stalinisme d'une part, la contagion fasciste de l'autre, et la recrudescence des messianismes conquérants de part et d'autre. A partir de 1922, Joseph Staline, le "petit père des peuples", établit une implacable dictature sur l'Union soviétique. Il liquide, au passage, l'expérience semi-libérale de la NEP au profit d'un socialisme autoritaire et d'une économie dirigée de guerre. Au même moment, les régimes fascistes de l'Allemagne hitlérienne, de l'Italie mussolinienne, de l'Espagne franquiste font des émules aux Pays-Bas, en Belgique, en France, en Yougoslavie, etc. Ces régimes entendent modeler un nouveau type d'homme dévoué au parti unique, capable de discipline et de sacrifice. C'est le triomphe de la propagande politique et de la manipulation des opinions; "le viol des foules" suivant des mécanismes fondés sur la xénophobie, l'exaltation d'une appartenance ethnique, nationale ou raciale, l'attaque et l'exclusion de personnes non sur la base de ce qu'elles font, mais d'après ce qu'elles sont. Autant de pratiques dont la conjugaison débouche sur la seconde guerre mondiale et sur la terrifiante solution finale de l'extermination des juifs par les nazis. Les Etats totalitaires de l'entre-deux -guerres, qu'ils soient "de gauche" ou de "droite", qu'ils soient au Nord ou au Sud, en Europe ou en Asie, ont en commun le culte du chef, se veulent "dans le sens de l'histoire", mêlent à la politisation de la société une dramatisation de la vie quotidienne: chaque geste, chaque engagement acquiert une résonance exceptionnelle dès lors que l'idéologie omniprésente l'inscrit dans un vaste projet messianique ou dans un projet subversif.

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La guerre provoquée par ces totalitarismes s'est terminée en 1945 sur un partage du monde dont l'un des points culminants reste l'érection, en 1961, du Mur de Berlin. Ironie de l'histoire, c'est l'année où le monde se sépare en deux que l'ONU voit le jour en 1945 pour organiser la paIX. Voilà les temps dont nous sommes les héritiers; voilà l'âge de feu dont nous revenons. Oublier que nous avons à assumer cet héritage-là, c'est nous oublier nous-mêmes. En avoir conscience incite à la mesure, à la modération, à la méfiance vis-à-vis des extrémismes.

C - TOUT PROJET VIENT PROLONGER UNE HISTOIRE

Prolonger une histoire, ce n'est pas répéter les échecs, les oublis, les frustrations. Il s'agit d'explorer les voies non empruntées, de libérer les voix étouffées et les aspirations occultées ou trahies. Je suis d'une génération dont toutes les "guerres" sont en train de prendre fin. La guerre Est-Ouest (tantôt chaude, tantôt froide) s'est affaissée en même temps que le mur de Berlin qui en était le symbole historique. En dépit des lenteurs de l'histoire, la crise israélo-palestinienne, vieille de plus d'un demi-siècle, est en voie de résolution par l'action de leaders d'organisations membres de l'Internationale Socialiste: le parti socialiste israélien d'Itsak Rabin et Shimon Pérès d'une part et l'Organisation pour la Libération de la Palestine (OLP) de Vasser Arafat de l'autre. Le régime d'Apartheid est démantelé en Afrique

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du Sud avec l'élection de Nelson Mandela à la tête d'une République Sud-Africaine multiraciale et démocratique. Dans le même temps, et à une allure soutenue à partir de la décennie 1980-1990, on voit s'éteindre, s'effondrer ou se transformer les dictatures militaires ou civiles, dans les pays de l'Est ou de l'Ouest, du Nord ou du Sud, en Amérique Latine ou en Afrique, se réclamant ou non de l'idéologie communiste, mais ayant en commun le régime du parti unique. Ce sale temps pour les dictatures correspond à l'effondrement des économies dirigées de ces mêmes pays. Le bilan de ces régimes montre qu'aucun d'eux n'est parvenu aux résultats en vue et au nom desquels ils ont sacrifié la démocratie et souvent des milliers de vies humaines. Le "développement" promis n'est pas au rendezvous, pas plus que la "paix" ou "l'unité nationale". Au contraire, partout, dans les pays de l'Est comme dans les pays d'Afrique ayant subi le parti unique, des nationalités ou des ethnies, des religions ou des régions se regardent en chiens de faïence ou se déchirent dans des guerres civiles: ex-Yougoslavie, Algérie, Rwanda, etc. Partout, on observe sur les traces du parti unique les disparités régionales, l'accroissement de la misère dans les villes et à la campagne. Partout, ces pays croulent sous le poids de la dette extérieure. Avec 7 445 millions de dollars en 1980 et 17,997 millions de dollars de dette extérieure en 1992, la Côte d'Ivoire est classée, dans le rapport de la Banque Mondiale sur le développement dans le monde, pour 1994, dans la catégorie des pays gravement endettés, avec l'Albanie, l'Argentine, la Bolivie, Cuba et le Pérou parmi les pays à revenu intermédiaire. La leçon que notre époque tire ou devrait tirer de ce bilan négatif, c'est qu'il existe un lien entre la démocratie et le développement économique et que le dirigisme
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